Un an plus tard, l’incidence des accords d’Abraham sur les relations arabo-israéliennes

Le ministre émirati des Affaires étrangères, cheikh Abdallah ben Zayed ben Sultan al-Nahyane (à droite) rencontre le chef de la diplomatie israélienne, Yaïr Lapid, à Abu Dhabi. (Photo, AFP/WAM)
Le ministre émirati des Affaires étrangères, cheikh Abdallah ben Zayed ben Sultan al-Nahyane (à droite) rencontre le chef de la diplomatie israélienne, Yaïr Lapid, à Abu Dhabi. (Photo, AFP/WAM)
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Publié le Vendredi 13 août 2021

Un an plus tard, l’incidence des accords d’Abraham sur les relations arabo-israéliennes

  • Le rapprochement entre les Émirats arabes unis et Israël est spectaculaire à bien des égards si l’on considère l’histoire tourmentée entre ces deux nations sur les droits du peuple palestinien
  • Avec l’assouplissement des restrictions de voyage, des milliers de touristes et de voyageurs d’affaires ont pu bénéficier des premiers vols commerciaux entre Tel-Aviv et Dubaï

DUBAÏ: Il y a un an, le 13 août dernier, les Émirats arabes unis (EAU) ont signé les accords d’Abraham, une série de traités de paix négociés sous l’égide des États-Unis et destinés à normaliser les relations diplomatiques entre Israël et les pays arabes.

C’est la première fois qu’un pays arabe établit des relations officielles avec Israël depuis 1979, avec l’Égypte. La Jordanie l’a fait en 1994. Quant à Bahreïn, il a imité les EAU le 11 septembre dernier.

Le rapprochement entre les EAU et Israël est spectaculaire à bien des égards si l’on considère l’histoire tourmentée entre ces deux nations sur les droits du peuple palestinien.

Les partisans de l’accord ont salué des perspectives d’échanges commerciaux qui pourraient s’élever à 5,5 milliards d’euros par an, estiment les les économistes.

Dorian Barak, cofondateur du Conseil des affaires EAU-Israël (UAE-Israel Business Council), déclare à Arab News: «Les échanges commerciaux devraient atteindre 2,5 milliards d’euros d’ici à 2025; d’autres estimations prévoient même un chiffre plus élevé.»

«Certes, certains échanges sont bilatéraux, mais le commerce avec et via les Émirats arabes unis constitue, pour Israël, une porte d’entrée vers les autres marchés de la région – des grandes économies du monde arabe jusqu’à l’Inde, en passant par l’Asie du Sud.»

D’autres voix se révèlent plus sceptiques quant à la capacité de cet accord à promouvoir la paix dans la région ou à résoudre un conflit israélo-arabe qui dure depuis plusieurs décennies.

Le Dr Abdelkhalek Abdallah, un analyste politique émirati, confie à Arab News: «Au bout d’un an, nous nous rendons compte que cet accord est à double tranchant. Il comporte des points forts et des points faibles.»

Le ministre bahreïni des Affaires étrangères, Abdellatif ben Rachid al-Zayani, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, le président américain Donald Trump et le ministre émirati des Affaires étrangères, cheikh Abdallah ben Zayed ben Sultan al-Nahyane, lors de la cérémonie de signature des accords d’Abraham devant la Maison Blanche à Washington, le 15 septembre 2020. (Photo, AFP)
Le ministre bahreïni des Affaires étrangères, Abdellatif ben Rachid al-Zayani, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, le président américain Donald Trump et le ministre émirati des Affaires étrangères, cheikh Abdallah ben Zayed ben Sultan al-Nahyane, lors de la cérémonie de signature des accords d’Abraham devant la Maison Blanche à Washington, le 15 septembre 2020. (Photo, AFP)

«L’un des aspects positifs réside dans le fait qu’il s’agit d’une étape pragmatique, ou réaliste, qui est là pour durer. Elle est clairement bénéfique pour les deux pays [les EAU et Israël] et a trait aux avantages économiques, technologiques et stratégiques des accords.»

«Le point faible repose sur son caractère idéaliste, qui promettent à la fois la paix et la stabilité dans la région et la prospérité aux Palestiniens. Il n’est pas aussi efficace que les intérêts nationaux qui unissent les EAU et Israël», ajoute le Dr Abdelkhalek Abdallah.

Le 15 septembre 2020, les EAU, Bahreïn et Israël ont signé les accords d’Abraham, par lesquels ils reconnaissent «l’importance de maintenir et de consolider la paix au Moyen-Orient ainsi qu’à travers le monde en s’appuyant sur la compréhension mutuelle, la coexistence et le respect de la dignité humaine et de la liberté – notamment la liberté de culte».

Les accords ont été signés à la Maison Blanche à Washington par le ministre émirati des Affaires étrangères, cheikh Abdallah ben Zayed ben Sultan al-Nahyane, son homologue bahreïni, Abdellatif ben Rachid al-Zayani, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et le président américain Donald Trump.

Avec l’assouplissement des restrictions de voyage en lien avec la pandémie de Covid-19 au cours de l’automne dernier, des milliers de touristes et de voyageurs d’affaires ont pu bénéficier des premiers vols commerciaux entre Tel-Aviv et Dubaï.

Du jour au lendemain, la ville de Dubaï est devenue le témoin de nombreux changements. On entend parler hébreu dans les lieux publics, beaucoup d’hommes portent la kippa, et les Juifs qui habitent les EAU commencent à pratiquer ouvertement leur religion. La cuisine casher fait son entrée dans les grands hôtels et à bord des vols commerciaux pour répondre à une clientèle juive de plus en plus importante.

Les drapeaux de Bahreïn, d’Israël et des États-Unis flottent sur un avion Boeing 737 de la compagnie aérienne israélienne El Al, au moment où il atterrit sur une piste de l’aéroport international du royaume de Bahreïn, le 18 octobre 2020. On peut lire au niveau du cockpit le mot «paix» écrit en arabe, en anglais et en hébreu. (Photo, AFP)
Les drapeaux de Bahreïn, d’Israël et des États-Unis flottent sur un avion Boeing 737 de la compagnie aérienne israélienne El Al, au moment où il atterrit sur une piste de l’aéroport international du royaume de Bahreïn, le 18 octobre 2020. On peut lire au niveau du cockpit le mot «paix» écrit en arabe, en anglais et en hébreu. (Photo, AFP)

Pour maintenir l’élan de la compréhension interconfessionnelle, des projets ont été définis, comme la construction, à Abu Dhabi, de la Maison de la famille d’Abraham. Ce complexe religieux devrait ouvrir ses portes en 2022. Conçu par le célèbre architecte ghanéen David Adjaye, il abritera une église, une synagogue et une mosquée afin de promouvoir la fraternité entre les trois religions monothéistes.

Le succès apparent des accords d’Abraham a incité d’autres pays à faire de même. Au mois d’octobre dernier, le Soudan devient ainsi le troisième pays à les signer; il est suivi par le Maroc en décembre.

À la question de savoir si l’Arabie saoudite envisage de rejoindre ces pays, le ministre des Affaires étrangères, le prince Faisal ben Farhane, a récemment fait l’éloge de ces accords tout en affirmant qu’un règlement palestinien conduirait à la normalisation des relations avec Israël partout dans la région.

«Les accords d’Abraham ont eu, dans l’ensemble, un effet positif sur les relations dans la région. Nous devons en tirer profit en vue de trouver une solution pour les Palestiniens», a-t-il déclaré lors du Forum d’Aspen sur la sécurité.

Les partisans des accords – notamment les communautés juives qui vivent dans le monde arabe – espèrent qu’ils favoriseront la poursuite du dialogue.

Yehuda Sarna, grand rabbin des EAU, affirme dans un entretien à Arab News: «Il y a un an, j’ai prédit que la mise en place de relations diplomatiques permettrait d’éliminer les stéréotypes entre les Arabes et les Juifs et de repartir sur de bonnes bases. C’est exactement ce qui s’est passé: des centaines de milliers de personnes se sont rencontrées, principalement aux EAU, tandis que des millions d’autres personnes se sont contactées en ligne. Elles ont échangé de manière positive et inspirante.»

Le président israélien, Isaac Herzog (à gauche), et l’ambassadeur des EAU en Israël, Mohammed al-Khaja, coupent le ruban lors de l’inauguration de la nouvelle ambassade des EAU à Tel-Aviv, le 14 juillet 2021. (Photo, AFP)
Le président israélien, Isaac Herzog (à gauche), et l’ambassadeur des EAU en Israël, Mohammed al-Khaja, coupent le ruban lors de l’inauguration de la nouvelle ambassade des EAU à Tel-Aviv, le 14 juillet 2021. (Photo, AFP)

M. Sarna, qui est également directeur exécutif du centre Jewish Student Life à l’université de New York, explique que la communauté juive aux EAU est «en train d’édifier l’infrastructure de la société civile indispensable au soutien de telles interactions, notamment avec des recherches sur les meilleurs moyens pour rassembler les gens, le développement d’institutions religieuses et éducatives locales ainsi que l’organisation d’échanges culturels».

Pour commémorer le 1er anniversaire de la signature des accords, M. Sarna a rédigé «une prière pour l’ensemble de la région» qui sera distribuée dans plus de mille synagogues à travers le monde, y compris celles qui sont affiliées au Conseil rabbinique des États-Unis.

Bien que ces accords présentent un potentiel de prospérité dans la région, les critiques soulignent qu’ils ont jusque-là très peu promu la paix entre les Israéliens et les Palestiniens ou soutenu l’édification d’un État palestinien.

La force des accords d’Abraham a été mise à l’épreuve à la fin du mois de mai dernier, lorsqu’une guerre de onze jours a opposé Israël au Hamas, le groupe militant palestinien qui contrôle la Bande de Gaza.

Le Dr Abdallah, l’analyste politique émirati, déclare: «Comme nous l’avons vu à Gaza, mais aussi depuis le début, les accords n’apporteront pas la paix et la prospérité dans la région comme promis.» Il ajoute qu’ils ne garantissent pas non plus la légitimité des aspirations des Palestiniens quant à l’édification d’un État.

«Ce qui s’est passé au mois de mai est un coup très dur pour ces accords. Cependant, ces événements n’ont pas réussi à les annuler. Rien ne semble être en mesure de le faire. Israël et les États-Unis veulent ces accords, mais ils n’apporteront pas la paix dans la région», renchérit-il.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou se tourne vers le ministre bahreïni des Affaires étrangères, Abdellatif ben Rachid al-Zayani, lors d’une conférence de presse. (Photo, AFP)
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou se tourne vers le ministre bahreïni des Affaires étrangères, Abdellatif ben Rachid al-Zayani, lors d’une conférence de presse. (Photo, AFP)

Lorsque les affrontements ont commencé entre les Juifs et les Arabes à Jérusalem, au mois de mai, les gouvernements de Bahreïn, du Maroc, du Soudan et des EAU ont été incités par leurs propres peuples à se ranger du côté des Palestiniens.

La manière dont les gouvernements arabes réagissent au cycle de violence – en particulier les pays qui ont signé les accords d’Abraham – revêt une très grande importance quant à l’avenir du rapprochement israélo-arabe.

Hussain Abdul-Hussain, chercheur à la Fondation pour la défense des démocraties (FDD) à Washington, confie à Arab News: «Au cours des dernières décennies, les Arabes ont rendu presque divine cette rhétorique anti-Israël.»

«Quand on mélange les politiques et les divinités, on sabote les deux. Aujourd’hui, les Arabes qui sont familiers avec le fonctionnement des économies modernes se rendent compte que la paix avec Israël n’est pas une question de vengeance ou d’honneur, mais de croissance économique.»

«La paix contribue certes à la croissance économique; les chiffres des EAU le prouvent. Les Arabes sont prêts pour la paix, mais ils craignent généralement la dénonciation publique qui accompagne les appels en faveur de la paix avec Israël

Le président israélien, Isaac Herzog (au centre), l’ambassadeur des EAU en Israël, Mohammed al-Khaja (au centre, à droite), la ministre d’État émiratie chargée de la sécurité alimentaire et de l’eau, Mariam al-Mehairi, et l’ancien ministre Gabi Ashkenazi inaugurent la nouvelle ambassade des EAU à Tel-Aviv, le 14 juillet 2021. (Photo, AFP)
Le président israélien, Isaac Herzog (au centre), l’ambassadeur des EAU en Israël, Mohammed al-Khaja (au centre, à droite), la ministre d’État émiratie chargée de la sécurité alimentaire et de l’eau, Mariam al-Mehairi, et l’ancien ministre Gabi Ashkenazi inaugurent la nouvelle ambassade des EAU à Tel-Aviv, le 14 juillet 2021. (Photo, AFP)

Quelle que soit leur incidence sur la région à long terme, les accords d’Abraham sont indéniablement le signe d’un dégel des relations israélo-arabes. Pour reprendre les propos de Houda Nonoo, ancienne ambassadrice de Bahreïn aux États-Unis, ils «constituent sans aucun doute l’un des jalons les plus importants de notre vie au Moyen-Orient».

«Au moment où la relation entre Bahreïn et Israël prend un nouveau tournant, il est important de se souvenir que la volonté de mettre en place un nouveau Moyen-Orient – fondé sur le principe de la paix et de la prospérité pour tous – est au cœur de ces accords», affirme-t-elle à Arab News.

«Je suis fermement convaincue que les partenariats florissants entre Bahreïn et Israël contribueront à une paix durable dans la région», conclut-elle.

Twitter: @rebeccaaproctor

Ce texte est la traduction d'un article paru sur Arabnews.com

 


«Si le Liban echoue, cela impactera sur la région et sur l'Europe», déclare Haneen Sayed, ministre des Affaires sociales, à Arab News

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  • Haneen Sayed avertit que la guerre et les déplacements risquent d'accélérer l'effondrement institutionnel et le déclin économique du Liban
  • Beyrouth appelle à un cessez-le-feu et à un soutien mondial pour reconstruire l'autorité de l'État et contenir l'influence du Hezbollah

NEW YORK CITY : Haneen Sayed, ministre libanaise des Affaires sociales, a profité de sa visite à New York et à Washington cette semaine pour souligner le besoin urgent de renforcer les institutions de l'État alors que le pays est confronté aux pressions combinées de la guerre, des déplacements massifs de population et de la pression économique.

Elle a déclaré que le renforcement de l'État libanais, de l'armée aux services sociaux, est essentiel non seulement pour répondre à la crise humanitaire immédiate, mais aussi pour restaurer la confiance du public et prévenir toute nouvelle érosion institutionnelle à un moment critique.

Mme Sayed a également souligné l'importance des pourparlers directs entre le Liban et Israël qui auront lieu cette semaine à Washington et qui visent à obtenir un cessez-le-feu entre Israël et la milice du Hezbollah soutenue par l'Iran, affirmant que l'arrêt de la violence est une première étape nécessaire pour rendre les négociations viables.

S'adressant à Arab News au siège des Nations unies à New York avant de participer aux réunions de printemps du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale à Washington, M. Sayed a décrit l'ampleur de la crise à laquelle le Liban est confronté.

"Lorsque le Hezbollah a décidé de lancer six missiles sur la frontière (israélienne) le 2 mars, ce qui nous a entraînés dans cette guerre, notre économie ne s'était pas encore rétablie", a-t-elle déclaré.

"Notre secteur financier et les réformes que nous avons entreprises l'année dernière en tant que gouvernement n'ont pas encore porté leurs fruits. Au niveau régional, nos partenaires du Golfe font face à leurs propres défis et, au niveau mondial, les financements sont en baisse depuis deux ans.

"Nous comprenons les contraintes, mais notre message à la communauté internationale est que le Liban ne peut pas échouer : en tant que pays, en tant que gouvernement ou en tant qu'idée. L'échec du Liban aurait des conséquences pour ses voisins, la région et même l'Europe."

Le 2 mars, le Hezbollah a lancé des roquettes et des drones sur le nord d'Israël en représailles à l'assassinat par les États-Unis et Israël du guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, le 28 février. Israël a répondu par une nouvelle offensive aérienne et terrestre contre le Liban.

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Un volontaire de la Croix-Rouge libanaise inspecte les dégâts subis par ses véhicules de secours sur le site d'une attaque de drone israélien, le 13 avril. (AFP)


Les perspectives de paix restent incertaines après qu'Israël a déclaré le 11 avril qu'il ne discuterait pas d'un cessez-le-feu avec le Hezbollah lors des discussions avec les responsables libanais à Washington, selon les médias.

À ce jour, le conflit a fait plus de 2 000 morts, plus de 6 500 blessés et plus d'un million de personnes déplacées à travers le pays, selon les autorités libanaises.

M. Sayed a vivement critiqué le rôle du Hezbollah dans le conflit et son impact plus large sur le pays. "Le Hezbollah est un groupe armé dont les activités sont illégales", a-t-elle déclaré.

"Je ne crois pas que le Hezbollah ait réussi à défendre le pays et son peuple. Il n'a fait qu'apporter la dévastation à son peuple, à son pays.

Ces propos ont été tenus alors que le chef du Hezbollah, Naim Qassem, a appelé le gouvernement libanais à annuler les pourparlers directs avec Israël à Washington, les qualifiant d'"inutiles" et d'une forme de "soumission et de capitulation".

Il a également promis que le Hezbollah poursuivrait ses opérations militaires et ne rendrait jamais ses armes, affirmant que le groupe se battrait "jusqu'à son dernier souffle" et qu'il était prêt à une confrontation prolongée.

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Environ 85 % des personnes déplacées ne se trouvent pas dans des abris officiels. (AFP)



La réponse de M. Sayed à cette menace reflète une réalité difficile mais inéluctable. Nous ne nous attendions pas à ce que Naim Qassem vienne nous dire : "D'accord, nous allons nous asseoir à la table avec vous", a-t-elle déclaré.

"Et bien sûr, il y a un facteur externe majeur, à savoir les soutiens du Hezbollah, y compris l'Iran, et cela se joue sur un autre front. Je pense que les décisions ne sont pas prises uniquement par le Hezbollah lui-même.

Il y a, en quelque sorte, un "grand frère" qui prend ces décisions, ce qui est préjudiciable à notre pays. Nous espérons que cette question sera abordée dans le cadre d'un accord régional plus large.

La priorité du Liban reste le renforcement de l'État lui-même, a-t-elle déclaré. "Il faut du temps et de la patience, et maintenir le cap en voulant ce qu'il y a de mieux pour le pays.

"Nous voulons une armée forte. Si l'armée libanaise est en mesure de protéger les citoyens, c'est ce que nous voulons, plutôt qu'une faction armée, qui n'a pas réussi à protéger les gens. Elle a semé la dévastation sur son propre territoire".

M. Sayed a également souligné que l'État devait être le principal fournisseur de services et de sécurité. "Les gens ont besoin d'être rassurés sur la présence de l'État et sur le fait qu'en fin de compte, seul l'État peut vraiment les protéger.

Elle a ajouté que le renforcement des capacités de l'État doit aller de pair avec le soutien international, car le Liban est confronté à des pressions à la fois sécuritaires et sociales. Ces pressions ont alimenté les craintes d'instabilité interne.

Si Mme Sayed s'est déclarée convaincue que le Liban pourrait éviter un retour à la guerre civile, elle a néanmoins reconnu la pression qu'elle subit. "Pour être honnête, nous sommes à bout de souffle", a-t-elle déclaré. "On ne peut pas s'en cacher, et toutes les communautés sont anxieuses.

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Une pelleteuse dégage les décombres d'un bâtiment dans le quartier de Hay al-Selloum à Beyrouth, visé par une frappe israélienne. (AFP)
 


Elle a expliqué qu'elle se rendait régulièrement dans des abris pour personnes déplacées et qu'elle était témoin des difficultés croissantes. "On voit le désespoir sur les visages des mères, les maris et les fils assis dans les abris, attendant que quelque chose se passe.

Selon elle, l'aggravation des conditions pourrait intensifier la pression sur des communautés déjà fragiles, d'autant plus que la plupart des personnes déplacées ne sont pas dans des abris formels mais restent dans des communautés d'accueil ou comptent sur des économies qui s'épuisent rapidement.

La situation humanitaire est gérée sous une forte pression financière. Le Liban a lancé un appel d'urgence de 308 millions de dollars auprès des Nations unies, mais n'a reçu qu'à peine 30 % des fonds nécessaires.

"Nous sommes déjà dans le deuxième mois, et nous ne savons pas exactement où cela va nous mener", a-t-elle déclaré.

Elle a souligné la nécessité d'un soutien urgent en matière d'abris, de nourriture, d'eau et de services d'assainissement, notant que les municipalités sont également soumises à une forte pression alors que les systèmes d'infrastructure luttent pour absorber l'impact des déplacements massifs.

Environ 85 % des personnes déplacées ne sont pas dans des abris formels - elles vivent avec des proches, louent un logement ou comptent sur leurs économies.

"Ces économies s'épuiseront si la guerre se prolonge", a-t-elle averti, ajoutant que l'économie libanaise, déjà fragile, pourrait voir sa croissance récente s'inverser si le conflit se poursuit.

"L'économie se contracte et les 5 % de croissance atteints en 2025 pourraient être effacés en quelques mois. Si la guerre se poursuit pendant l'été, période où le Liban reçoit habituellement des envois de fonds et des activités touristiques, la contraction de l'économie devrait s'aggraver de manière significative."


Les services municipaux des régions accueillant des populations déplacées, notamment Beyrouth, Sidon et le Mont-Liban, sont particulièrement sollicités, avec une demande accrue d'eau, d'électricité et de services de gestion des déchets.

Malgré la crise, M. Sayed a déclaré que le renforcement des institutions de l'État était une priorité essentielle. "Les institutions de l'État sont encore plus importantes aujourd'hui, c'est une priorité absolue", a-t-elle déclaré.

Elle a souligné que l'armée libanaise était une institution clé nécessitant un soutien, aux côtés des services publics tels que l'éducation et les programmes de protection sociale.

"Nous avons mis au point un programme très solide", a-t-elle déclaré, faisant référence aux transferts directs d'argent liquide conçus pour créer un lien plus fort entre les citoyens et l'État. "Le citoyen sait alors que c'est le gouvernement qui l'aide.

Elle a également souligné l'importance de maintenir la présence de l'État sur le terrain. "L'État est là, nous sommes là pour aider les gens", a-t-elle déclaré.

Mme Sayed a déclaré que la crise libanaise avait des implications plus larges au-delà des frontières du pays. "Le Liban ne peut pas échouer en tant que pays, en tant que gouvernement, en tant qu'idée", a-t-elle déclaré. "L'échec du Liban aura des conséquences ... pour les voisins, pour la région et même pour l'Europe.

Le secrétaire d'État américain Marco Rubio a exhorté Israël et le Liban à saisir une "occasion historique" lors de l'ouverture mardi à Washington de pourparlers directs - les premiers depuis 1993 - afin de tracer la voie vers un cessez-le-feu et une stabilité à long terme.

Ces pourparlers interviennent alors que les États-Unis craignent que le conflit entre Israël et le Hezbollah ne déstabilise le fragile cessez-le-feu lié à l'impasse plus large avec l'Iran, après que la diplomatie avec Téhéran la semaine dernière n'a pas abouti à une percée.

Le Hezbollah a lancé des salves de roquettes simultanées sur 13 villes du nord d'Israël peu après le début des pourparlers, soulignant ainsi l'instabilité de la situation.

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Une boule de feu s'élève d'un bâtiment touché par une frappe aérienne israélienne dans la région d'Abbasiyeh, à la périphérie de la ville de Tyr, au sud du Liban, le 8 avril. (AFP)



Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a déclaré mardi qu'il était peu probable que les pourparlers aboutissent à une percée immédiate. "Personne ne s'attend à ce que ces pourparlers aujourd'hui résolvent tous les problèmes", mais il a souligné qu'ils pourraient contribuer à modifier des dynamiques de longue date.

Il a décrit un cycle dans lequel "le Hezbollah et Israël se sont toujours aidés mutuellement à déstabiliser le gouvernement libanais", les actions de chaque partie fournissant à l'autre une justification pour l'escalade.

Les opérations israéliennes, a-t-il dit, permettent au Hezbollah d'affirmer que "nous ne pouvons pas désarmer", tandis que les tirs de roquettes du Hezbollah donnent à Israël des raisons de mener de nouvelles attaques à grande échelle.

M. Guterres a souligné que le gouvernement libanais recherchait à la fois l'intégrité territoriale et "le monopole de l'usage de la force", ce qui implique le désarmement du Hezbollah, et a appelé à une évolution vers la coopération afin que le Liban ne soit plus "la victime" de ce cycle "négatif".

M. Sayed a déclaré qu'un arrêt immédiat de la violence était essentiel.

"Avant toute chose, nous avons besoin d'un cessez-le-feu. Nous devons arrêter les bombes qui nous tombent sur la tête", a-t-elle déclaré, ajoutant qu'un cessez-le-feu rendrait également les négociations plus réalisables.

"J'espère qu'il y aura une désescalade et un cessez-le-feu. Je pense qu'en fin de compte, même pour les Israéliens, ce n'est pas dans leur intérêt. S'il y a un véritable conflit civil au Liban, cela ne fera qu'engendrer le chaos".

Le 8 avril, le Liban a été frappé par une importante vague de frappes aériennes israéliennes qui ont touché plusieurs zones, notamment Beyrouth, la banlieue sud, Sidon, Tyr et la vallée de la Bekaa, quelques heures seulement après l'annonce d'un cessez-le-feu entre les États-Unis et l'Iran et alors que le Hezbollah signalait une pause dans ses attaques.

Les frappes ont touché sans préavis des quartiers résidentiels et commerciaux très fréquentés, ont submergé les hôpitaux de blessés et ont fait au moins 350 morts et plus de 1 000 blessés, certains rapports libanais et internationaux faisant état d'un bilan encore plus lourd.

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Un volontaire de la Croix-Rouge libanaise inspecte les dégâts subis par ses véhicules de secours sur le site d'une attaque de drone israélien, le 13 avril. (AFP)


Certains Libanais craignent qu'Israël n'essaie délibérément d'attiser les divisions sectaires internes au Liban avec de telles attaques.

"C'est possible, c'est possible", a déclaré M. Sayed. "Je pense que ce qu'a fait Israël aurait pu facilement attiser les tensions. Mais heureusement, je fais confiance aux Libanais pour qu'ils voient plus loin. Il y a eu de la retenue et beaucoup de sympathie. Les communautés se sont rassemblées.

Elle a également répondu aux avertissements israéliens selon lesquels le Liban pourrait connaître le même sort que Gaza, en déclarant que la population libanaise est profondément consciente des risques, mais qu'elle s'efforce d'éviter l'escalade.

"Ces menaces, nous les avons entendues à maintes reprises de la part des Israéliens. Il faut prendre au sérieux ce que disent les Israéliens, surtout après ce qui s'est passé lors du 'mercredi noir' il y a une semaine. Ils ne s'arrêteront probablement pas là.

"Le peuple libanais se méfie donc et c'est pourquoi, en tant que gouvernement, nous avons pris des mesures. Le président a déclaré il y a plus d'un mois que nous étions prêts pour des négociations et des pourparlers directs, et c'est ce qui se passe.

"Espérons que ce sera le début d'un processus.

Mme Sayed a déclaré que le but ultime de sa visite était d'obtenir un soutien humanitaire et politique de la part de la communauté internationale - "l'assurance pour le peuple libanais que la communauté internationale est toujours à ses côtés".


Le Hezbollah a tiré une trentaine de roquettes sur le nord d'Israël mercredi matin 

Les camarades du sergent-major (réserve) Ayal Uriel Bianco, qui aurait été tué au combat dans le sud du Liban, se tiennent au garde-à-vous devant son cercueil recouvert du drapeau lors de ses funérailles à Katzrin, dans le plateau du Golan annexé par Israël, le 14 avril 2026. (AFP)
Les camarades du sergent-major (réserve) Ayal Uriel Bianco, qui aurait été tué au combat dans le sud du Liban, se tiennent au garde-à-vous devant son cercueil recouvert du drapeau lors de ses funérailles à Katzrin, dans le plateau du Golan annexé par Israël, le 14 avril 2026. (AFP)
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  • Ces tirs interviennent au lendemain de discussions directes, à Washington, entre Israël et le Liban, les premières en plus de 30 ans, dénoncées par le Hezbollah
  • "Environ 30 tirs ce matin", a déclaré vers 06h40 GMT le porte-parole militaire à l'AFP, en réponse à une question sur le nombre de roquettes tirées depuis les premières heures de la matinée par le mouvement chiite

JERUSALEM: Les combattants du mouvement libanais Hezbollah ont tiré une trentaine de roquettes sur Israël à partir du Liban mercredi matin, a indiqué à l'AFP un porte-parole de l'armée israélienne.

Ces tirs interviennent au lendemain de discussions directes, à Washington, entre Israël et le Liban, les premières en plus de 30 ans, dénoncées par le Hezbollah. A l'issue de ces discussions, Israël et le Liban ont accepté d'entamer des négociations directes en vue d'une paix durable, selon le département d'Etat américain qui accueillait la rencontre.

"Environ 30 tirs ce matin", a déclaré vers 06h40 GMT le porte-parole militaire à l'AFP, en réponse à une question sur le nombre de roquettes tirées depuis les premières heures de la matinée par le mouvement chiite, allié de l'Iran.

 

 


Liban: frappe israélienne au sud de Beyrouth 

Une frappe israélienne a visé mercredi une voiture à une vingtaine de km au sud de Beyrouth, selon un média d'Etat, au lendemain de la décision du Liban et d'Israël d'entamer des négociations directes en vue d'une paix durable. (AFP)
Une frappe israélienne a visé mercredi une voiture à une vingtaine de km au sud de Beyrouth, selon un média d'Etat, au lendemain de la décision du Liban et d'Israël d'entamer des négociations directes en vue d'une paix durable. (AFP)
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  • "L'aviation ennemie a visé une voiture à Saadiyat", une localité côtière, a annoncé l'Agence nationale d'information (Ani, officielle)
  • Depuis ses frappes massives du "mercredi noir", le 8 avril, qui avaient fait plus de 350 morts à Beyrouth et ailleurs dans le pays, Israël n'a plus visé la capitale libanaise à la suite de pressions diplomatiques

BEYROUTH: Une frappe israélienne a visé mercredi une voiture à une vingtaine de km au sud de Beyrouth, selon un média d'Etat, au lendemain de la décision du Liban et d'Israël d'entamer des négociations directes en vue d'une paix durable.

"L'aviation ennemie a visé une voiture à Saadiyat", une localité côtière, a annoncé l'Agence nationale d'information (Ani, officielle).

Depuis ses frappes massives du "mercredi noir", le 8 avril, qui avaient fait plus de 350 morts à Beyrouth et ailleurs dans le pays, Israël n'a plus visé la capitale libanaise à la suite de pressions diplomatiques.