SANAA: Au lieu d’aller à l’école, Harith Mansour, un adolescent de 15 ans, passe ses journées à tordre les cous des poulets, à les plumer et à les emballer, pour fournir de la viande fraîche aux clients d’une petite boucherie située dans la capitale yéménite Sanaa.
Au Yémen, on ne connaît pas le nombre exact d’enfants qui travaillent pour que leurs familles puissent être nourries et logées. Le bilan de six ans de guerre plonge toujours plus le pays dans la spirale de la pauvreté et de la faim.
«J’ai dû accepter cet emploi parce que mon père ne peut pas, à lui seul, couvrir les dépenses du foyer. On n’a pas suffisamment d’argent pour payer les frais de scolarité ou autres», déclare Mansour, qui a arrêté les études en quatrième.
Ailleurs dans la capitale, Abdo Mohammed Jamales, un adolescent de 15 ans, vêtu d’une chemise et de sandales, coupe de longues barres en acier qui seront utilisées dans des structures en béton.
Il y a deux ans, les combats qui ont eu lieu à Hodeidah, sa ville natale située dans la partie ouest du Yémen, ont forcé ses parents et ses huit frères et sœurs à s’installer dans la campagne environnante. Jamales et son frère ont dû emménager à Sanaa, leur père étant malade et incapable de travailler.
Jamales touche six à sept dollars américains (moins de six euros) par jour, mais il dépense plus de la moitié pour se loger et se nourrir. Il ne lui reste pas grand-chose à envoyer à sa famille.
«Autrefois, j’allais à l’école. Tout allait bien, grâce à Dieu. On avait toujours de quoi boire et manger. Les temps sont plus difficiles… aujourd’hui, un sac de farine coûte trois fois plus qu’avant», explique-t-il.
Dans cette économie ravagée par la guerre, l’inflation des prix est l’un des principaux moteurs de la crise alimentaire persistante. Le prix d’un panier alimentaire de base a augmenté de plus de 20% cette année, selon les données de l’ONU.
Avant que le conflit n’éclate en 2014, le Yémen travaillait de concert avec les Nations unies pour réduire le travail infantile. L’âge minimum était de 14 ans, et de 18 pour les travaux dangereux.
Selon l’Unicef, le nombre d’enfants déscolarisés en raison de la guerre a doublé, atteignant deux millions.
Les budgets des familles sont si maigres que les filles sont mariées plus jeunes, les garçons recrutés comme soldats, et les enfants contraints de travailler. Plus de 3 600 enfants ont été enrôlés dans les conflits armés au cours des six dernières années, selon l’ONU.
Zakaria Naguib, 16 ans, a commencé à travailler dans un atelier de soudure à Sanaa il y a deux ans. «C’est la situation (la guerre) qui m’a poussé à travailler. Notre pain quotidien en dépend», affirme Naguib, alors que des étincelles provenant du broyage de l’acier effleurent son visage non protégé.
Ce texte est la traduction d'un article paru sur Arabnews.com