À court d'argent, l'armée libanaise se lance dans les services de loisirs

Un hélicoptère Robinson R44 Raven II de l'armée de l'air libanaise décolle avec des journalistes à bord de la base aérienne militaire de Rayaq dans la vallée de la Bekaa lors d'une tournée de presse. (Photo, AFP)
Un hélicoptère Robinson R44 Raven II de l'armée de l'air libanaise décolle avec des journalistes à bord de la base aérienne militaire de Rayaq dans la vallée de la Bekaa lors d'une tournée de presse. (Photo, AFP)
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Publié le Samedi 03 juillet 2021

À court d'argent, l'armée libanaise se lance dans les services de loisirs

  • Le général Aoun : L'armée libanise «souffre et lutte» comme le peuple libanais
  • «L'armée n'avait jamais eu recours à une telle stratégie auparavant»

BEYROUTH : L'armée libanaise a annoncé jeudi qu'elle s'apprêtait à proposer des visites guidées à bord de ses hélicoptères afin de remplir ses coffres.

La crise économique actuelle du pays, que la Banque mondiale décrit comme «probablement l'une des pires au monde depuis les années 1850», a durement touché l'armée libanaise, la laissant avoir du mal à payer ses troupes qui ont à peine de quoi vivre.

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Le commandant de l'armée a rendu visite aux soldats à Tripoli vendredi. (Photo fournie)

La France a récemment organisé une conférence internationale virtuelle pour lever des fonds aux forces armées du pays.

Toutefois, la communauté internationale s'est largement abstenue d'apporter toute aide au Liban, dans l'attente de la formation d'un gouvernement capable de mener de véritables réformes.

Alors que la livre libanaise s'est effondrée, perdant plus de 95 % de sa valeur par rapport au dollar, les salaires des soldats ont chuté à moins de 100 $, contre environ 800 $ avant le début de la crise. L'année dernière, le commandement de l'armée a même éliminé la viande des repas fournis aux soldats en service dans le cadre de sa campagne d'austérité.

Selon le site Internet américain Global Firepower, l'armée libanaise se classe 116e parmi les 139 armées du monde, avec une force militaire totale disponible de 75 000 personnes, dont 20 000 sont considérées comme membres de forces paramilitaires. Le budget du ministère de la Défense est de $2,3 milliards, selon les chiffres de son site officiel pour 2021.

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Le commandant de l'armée a inspecté les soldats à Tripoli, vendredi. (Photo fournie)

Les vols d'hélicoptères récemment lancés par l'armée, offrant aux civils la possibilité de «voir le Liban d'en haut», visent à couvrir au moins les coûts de maintenance des hélicoptères Robinson R44 Raven utilisés pour éteindre les incendies et transporter les soldats nécessitant des soins médicaux. Jusqu'à trois personnes sont autorisées à bord pour chaque vol, qui dure 15 minutes et coûte 150 $. Le paiement doit être effectué en espèces seulement.

Une source militaire a déclaré à Arab News : «L'armée n'avait jamais eu recours à une telle stratégie auparavant. Les revenus de l'initiative ne suffisent certainement pas à garantir les besoins de l'armée au milieu de la crise économique paralysante dans le pays. Cela pourrait ne couvrir que 2% de ses besoins financiers. Mais ce qui est bien, c'est que les frais sont payés en dollars».

L'armée a également ouvert ses piscines aux civils de quelques professions. Les frais d'entrée pour les piscines sont beaucoup moins chers que ceux des piscines privées ou des stations balnéaires de la côte libanaise. Ils sont de 40 000 LL (26,5 $) en semaine et 60 000 LL le week-end, contre un minimum de 100000 LL pour les piscines privées.

L'un des travailleurs de la piscine militaire de Beyrouth a souligné : «Pendant le week-end, il n'y a pas un siège vide. Parfois, nous avons eu environ 3000 visiteurs, ce qui est un nombre sans précédent».

Une source militaire a confié à Arab News : «Nous essayons de limiter nos pertes et, de toutes les manières possibles, de réaliser des bénéfices», ajoutant que l'énorme augmentation des prix à travers le Liban «nous a paralysés et nos ressources sont à peine suffisantes pour couvrir ce genre d’activités récréatives pour les officiers, leurs familles, les visiteurs et les civils autorisés à entrer».

Ce vendredi, le commandant de l'armée libanaise, le général Joseph Aoun, s'est rendu à Tripoli, où la violence a éclaté ces derniers jours pendant que les gens manifestent contre leurs conditions de vie dans le pays touché par la crise. Des pierres et des meubles ont été lancés sur des soldats au moment où ils tentaient de rétablir le calme dans les rues de la ville.

Le général Joseph Aoun a assuré que l'armée «est la garantie de la stabilité du pays et restera déterminée à défendre le Liban, son peuple et ses territoires».

«Rien ni personne ne nous conduira à une confrontation avec notre peuple, mais nous ne permettrons à quiconque de déstabiliser la sécurité d'aucune ville ou région du Liban», a-t-il promis.

«La situation économique est devenue très difficile pour les Libanais et pour l'armée également qui souffre et lutte comme le reste d'entre vous et peut-être même plus, étant donné les nombreuses tâches que nous sommes honorés d'accomplir au milieu de cette période cruciale et tragique de notre histoire».

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com

 

 


Qatar: Les attaques contre les installations énergétiques au Moyen-Orient auront des «répercussions à travers le monde» 

Plusieurs fortes explosions ont été entendues mardi à Doha, capitale du Qatar, ont rapporté des journalistes de l'AFP, l'Iran poursuivant ses attaques de représailles contre ses voisins du Golfe abritant des bases militaires américaines. (AFP)
Plusieurs fortes explosions ont été entendues mardi à Doha, capitale du Qatar, ont rapporté des journalistes de l'AFP, l'Iran poursuivant ses attaques de représailles contre ses voisins du Golfe abritant des bases militaires américaines. (AFP)
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  • "Les attaques contre les installations énergétiques qui ont eu lieu, des deux côtés, constituent un précédent dangereux (...) elles auront des répercussions à travers le monde"
  • Dans un communiqué publié sur X, le ministère de la Défense a dit avoir "intercepté une attaque de missile". Le ministère de l'Intérieur a de son côté fait état d'un "niveau de menace sécuritaire élevé"

DOHA: Le Qatar a mis en garde mardi contre les conséquences économiques mondiales des attaques contre les infrastructures énergétiques, au onzième jour de la guerre au Moyen-Orient.

"Les attaques contre les installations énergétiques qui ont eu lieu, des deux côtés, constituent un précédent dangereux (...) elles auront des répercussions à travers le monde", a affirmé le porte-parole du ministère qatari des Affaires étrangères, Majed al-Ansari, lors d'une conférence de presse à Doha.

 

 


L'Iran défie les Etats-Unis, menace Donald Trump

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  • "Les forces armées iraniennes (...) n'autoriseront pas l'exportation d'un seul litre de pétrole de la région vers le camp ennemi et ses partenaires jusqu'à nouvel ordre", a déclaré Ali Mohammad Naini, porte-parole des Gardiens de la Révolution
  • Le pouvoir iranien contrôle de facto le très stratégique détroit d'Ormuz, par lequel transite un cinquième de la production mondiale de pétrole et de gaz naturel liquéfié (GNL)

TEHERAN: L'Iran a menacé mardi le président américain, en rejetant ses avertissements de la veille et en promettant que plus aucune goutte de pétrole ne sortirait du Moyen-Orient "jusqu'à nouvel ordre".

"L'Iran n'a pas peur de vos menaces vides. Des plus puissants que vous ont essayé d'éliminer la nation iranienne et n'ont pas réussi. Faites attention à ne pas être éliminé vous-même!", a écrit Ali Larijani, chef du Conseil suprême de sécurité nationale iranien, sur X.

La République islamique a balayé les propos lundi de Donald Trump, qui parlait de guerre "quasiment" terminée et jurait de frapper "plus fort" si Téhéran continuait de paralyser la circulation du pétrole dans la région.

Une perspective qui angoisse les marchés, face à un conflit qui embrase le Moyen-Orient depuis le 28 février.

"Les forces armées iraniennes (...) n'autoriseront pas l'exportation d'un seul litre de pétrole de la région vers le camp ennemi et ses partenaires jusqu'à nouvel ordre", a déclaré Ali Mohammad Naini, porte-parole des Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique.

Le pouvoir iranien contrôle de facto le très stratégique détroit d'Ormuz, par lequel transite un cinquième de la production mondiale de pétrole et de gaz naturel liquéfié (GNL).

Et il affiche sa détermination après avoir désigné dimanche l'ayatollah Mojtaba Khamenei nouveau guide suprême, dix jours après la mort de son père par des frappes israélo-américaines dans lesquelles il a lui même été blessé.

Les efforts "pour réduire et contrôler le prix du pétrole et du gaz seront ponctuels et vains. En temps de guerre, le commerce est tributaire de la sécurité régionale", a assuré le porte-parole des Gardiens, selon l'agence de presse Tasnim.

Ces derniers ont même promis de laisser transiter par le précieux passage "tout pays arabe ou européen qui expulserait les ambassadeurs israélien et américain de son territoire".

Des propos qui tranchent singulièrement avec ceux de Donald Trump la veille. "La guerre va se terminer bientôt", avait-il assuré, pour sa première conférence de presse depuis le début du conflit.

Laissant, comme souvent, planer le doute sur ses projets, il a menacé de frapper l'Iran "beaucoup plus fort" si Téhéran "prenait le monde en otage" en bloquant le détroit d'Ormuz.

Le dirigeant américain a aussi annoncé qu'il allait lever certaines sanctions sur le pétrole "afin de réduire les prix" qui se sont envolés ces derniers jours. Sans préciser pour autant de quelles sanctions il s'agissait, ni quels pays étaient concernés.

Volatilité "rare" des marchés 

De fait, l'or noir était sur toutes les lèvres mardi.

La reprise du trafic dans le détroit d'Ormuz est "absolument cruciale", a affirmé le PDG de la compagnie pétrolière saoudienne Aramco, mettant en garde contre de potentielles "conséquences catastrophiques" d'un blocage prolongé sur les marchés pétroliers.

Le Qatar a dénoncé des attaques contre les installations énergétiques "des deux côtés", qui constituent selon lui "un précédent dangereux".

L'Inde a fait le même constat de la perturbation de l'acheminement du gaz et décidé de l'affecter en priorité à la consommation des ménages et aux transports.

En attendant d'y voir plus clair, les marchés mondiaux ont fait volte-face après la panique de lundi. Les prix du pétrole ont reculé de 5% en fin d'échanges asiatiques et le gaz européen a perdu 15%.

Les Bourses européennes, au diapason, se sont redressées à l'ouverture. Paris, Francfort et Londres ont repris entre 1,29 et 2,04%, dans la foulée du regain des bourses asiatiques (Séoul +5,35%, Tokyo +2,88%).

Les analystes ont pourtant du mal à s'y retrouver, entre déclarations contradictoires et frappes tous azimuts. "Il est rare que les marchés connaissent une telle volatilité", constate Ipek Ozkardeskaya, analyste pour Swissquote Bank.

Les propos de Donald Trump ont permis d'enrayer la chute des marchés. Mais le conflit se poursuit "à plein régime (...) et les intentions des Etats-Unis dans cette guerre restent floues".

"Briser les os" 

Israël "brisera les os" du pouvoir iranien, mais n'en a "pas encore fini" avec lui, a déclaré de son côté le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.

Son armée a annoncé une nouvelle série de frappes sur Téhéran, où des journalistes de l'AFP ont entendu peu après des explosions.

Elle frappe aussi toujours le Liban, disant viser les fiefs du mouvement pro-iranien Hezbollah dans le sud et l'est du pays, victime collatérale de la guerre avec l'Iran.

Les forces israéliennes ont prévenu de frappes sur Tyr et Saïda (sud) contre le mouvement, appelant les habitants de plusieurs immeubles à évacuer leur logement.

Un scénario désormais courant, notamment pour Beyrouth, dont la banlieue sud a été quasiment vidée. Plus de 667.000 personnes ont été déplacées par les frappes israéliennes sur son voisin, dont 100.000 en 24 heures, selon le Haut commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR).

Les monarchies du Golfe tentent elles tant bien que mal de protéger des infrastructures d'hydrocarbures constamment visées.

Les Emirats arabes unis ont indiqué qu'une attaque de drone avait provoqué un incendie dans une zone industrielle. Koweït et Arabie saoudite ont dit avoir eux même abattu des aéronefs sans pilote, omniprésents dans le conflit. Et Bahreïn a déploré deux morts dans la frappe d'un immeuble résidentiel.

Dernier avatar en date du risque d'extension régionale du conflit, un second missile iranien a été intercepté lundi au-dessus de la Turquie. Le président iranien Massoud Pezeshkian a proposé à son homologue turc Recep Tayyip Erdogan qu'une "équipe conjointe" enquête sur ces incidents, selon les médias iraniens.

Sans confirmer, la Turquie a annoncé le déploiement d'un système de défense antiaérien Patriot dans le centre du pays "pour soutenir la protection de (son) espace aérien".


L'Iran poursuivra ses attaques «aussi longtemps que nécessaire»

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a affirmé mardi qu'Israël "brisait les os" du pouvoir iranien lors de son offensive et n'en avait "pas encore fini". (AFP)
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a affirmé mardi qu'Israël "brisait les os" du pouvoir iranien lors de son offensive et n'en avait "pas encore fini". (AFP)
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  • Le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi a affirmé mardi qu'il était prêt à se battre "aussi longtemps que nécessaire" contre les Etats-Unis et Israël
  • Une explosion a été entendue mardi matin à Jérusalem, où les sirènes d'alerte ont retenti après une alerte aux missiles iraniens de l'armée israélienne, ont rapporté des journalistes de l'AFP

TEHERAN: Le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi a affirmé mardi qu'il était prêt à se battre "aussi longtemps que nécessaire" contre les Etats-Unis et Israël, contredisant le président américain Donald Trump qui avait assuré la veille que la guerre allait "se terminer bientôt".

"Nous sommes prêts à poursuivre les frappes de missiles contre eux aussi longtemps que nécessaire et chaque fois que cela sera nécessaire", a déclaré le ministre iranien à la chaîne américaine PBS News, ajoutant que des négociations avec Washington "ne sont plus à l'ordre du jour".