La guerre au Tigré arrache des milliers d'enfants à leurs parents (ONG)

Dans cette photo prise le 9 décembre 2020, des enfants jouent devant une maison qui a été endommagée lors des combats qui ont éclaté dans la région éthiopienne du Tigré, dans le village de Bisober. (Photo, AFP)
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Publié le Mardi 04 mai 2021

La guerre au Tigré arrache des milliers d'enfants à leurs parents (ONG)

  • «Beaucoup de ces enfants ont été séparés de leurs parents alors qu'ils fuyaient pour sauver leur vie durant le conflit. D'autres ont perdu leurs parents dans les violences»
  • Plus d'un million de personnes avaient été déplacées au Tigré, dont 4 056 enfants «séparés» et 917 «non-accompagnés», selon l'Organisation internationale pour les migrations

ADDIS ABEBA: La guerre dans la région éthiopienne du Tigré a séparé des milliers d'enfants de leurs parents, et beaucoup d'entre eux font désormais face à des conditions «terribles» dans des camps de déplacés, affirme mardi l'ONG Save the Children.

Il y a six mois jour pour jour, le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed envoyait l'armée fédérale au Tigré (Nord) pour arrêter et désarmer les dirigeants du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), le parti dirigeant cette région et qui a longtemps tenu les leviers du pouvoir en Ethiopie.

«Beaucoup de ces enfants ont été séparés de leurs parents alors qu'ils fuyaient pour sauver leur vie durant le conflit. D'autres ont perdu leurs parents dans les violences», déclare l'ONG dans un communiqué publié à l'occasion de cette date anniversaire.

Certains enfants ne bénéficient pas de «conditions de garde sûre», sont hébergés dans des «pièces uniques où dorment plus de 50 personnes» et sont potentiellement exposés à des violences physiques et sexuelles, ajoute Save the Children. 

L'organisation n'est pas la seule à alerter sur de possibles violences sexuelles.

Lundi, l'International Rescue Committee (IRC) a déclaré que le viol était «utilisé comme une arme» au Tigré et que les femmes et les filles étaient exposées à «des abus répandus, incluant des viols de masse et de l'exploitation».

«Des femmes doivent s'engager dans des relations qui relèvent de l'exploitation sexuelle, recevant de petites sommes d'argent, de la nourriture et/ou un abri pour survivre et nourrir leurs enfants», écrit IRC dans un communiqué.

Mi-avril, l'Organisation internationale pour les migrations de l'ONU (OIM) a affirmé que plus d'un million de personnes avaient été déplacées au Tigré, dont 4 056 enfants «séparés» et 917 «non-accompagnés». Ces chiffres collectés en mars pourraient être aujourd'hui plus élevés.

M. Abiy a proclamé la victoire au Tigré fin novembre, lorsque l'armée a pris la capitale régionale Mekele, mais les dirigeants du TPLF restent en fuite et des combats persistent.

Le Conseil des ministres d'Abiy Ahmed a approuvé samedi une résolution classant le TPLF comme organisation terroriste, ce qui laisse peu d'espoir à la tenue de négociations de paix, auxquelles appellent de nombreux Etats.

Les Etats-Unis et l'Union européenne demandent également le retrait des troupes érythréennes du Tigré, où elles ont prêté main-forte à l'armée éthiopienne et sont accusées d'être impliquées dans certaines des pires violences contre les civils jusqu'ici recensées, notamment des viols collectifs.

L'Erythrée dément toute implication dans des atrocités.


Multilatéralisme: la Russie et les Etats-Unis s'opposent deux visions différentes

Développer le multilatéralisme est un «travail à faire sur une base collégiale», a souligné le ministre russe des AE, Sergueï Lavrov. (Photo, AFP)
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  • Sans citer nommément la Russie ou la Chine, Blinken avait assuré que Washington continuerait à s'opposer «avec force aux pays qui sapent l'ordre international»
  • «Bien entendu, ce sont les Etats-Unis qui vont établir la liste des pays invités» au "Sommet des démocraties", a ironisé le ministre russe des AE

NATIONS UNIES: Le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, a dénoncé vendredi les approches américaine et européenne sur le multilatéralisme qui risquent, selon lui, de créer de nouvelles «fractures», les Etats-Unis appelant de leur côté à combattre ceux qui «minent l'ordre international» en «violant» ses règles.

Développer le multilatéralisme est un «travail à faire sur une base collégiale», a souligné le ministre russe lors d'une visioconférence du Conseil de sécurité à un niveau ministériel, organisée par son homologue chinois Wang Yi.

Mais «ces derniers temps, nous sommes témoins de tentatives de mise en place d'un ordre international (...) pour imposer à tous de nouvelles règles élaborées dans des instances non inclusives», a-t-il critiqué.

«C'est dans ce contexte que l'administration américaine souhaite organiser un "Sommet des démocraties". Mais cela risque de rendre les relations internationales encore plus tendues et de faire apparaître des lignes de fracture dans le monde alors que nous avons besoin d'un objectif uni et commun», a lancé Sergueï Lavrov.

«Bien entendu, ce sont les Etats-Unis qui vont établir la liste des pays invités à ce sommet», a ironisé le ministre russe.

Washington n'a encore donné aucune date ni précisions sur le format de cette idée du président américain Joe Biden.

Sans citer nommément la Russie ou la Chine, le secrétaire d'Etat américain Antony Blinken avait assuré au préalable que Washington continuerait à s'opposer «avec force aux pays qui sapent l'ordre international» en prétendant que «les règles adoptées par tous n'existent pas» ou «en les violant allègrement».

«Chèque en blanc»

«Certains estiment que des gouvernements peuvent faire ce qu'ils veulent dans leur pays et que les droits humains sont des valeurs subjectives variant d'une société à une autre», a noté le responsable américain. Mais «l'affirmation d'une juridiction nationale ne donne de chèque en blanc à aucun Etat pour asservir, torturer, faire disparaître, nettoyer ethniquement son peuple ou violer ses droits humains», a-t-il précisé, allusion implicite à la répression visant les Ouïghours en Chine.

Antony Blinken s'en est aussi pris aux nations qui s'affranchissent de l'«égalité souveraine» des Etats reconnue par la Charte de l'ONU, en entendant «redessiner les frontières d'un autre» pays, une mention qui semblait viser la Russie et la prise de la Crimée à l'Ukraine.

«La création d'une Alliance pour le multilatéralisme à l'initiative de l'Allemagne et de la France pourrait sembler naturelle. Mais Berlin et Paris ont d'autres idées, souhaitent publier des documents pour que l'Union européenne soit la pierre angulaire du système multilatéral», a aussi dénoncé Sergueï Lavrov. «C'est une façon d'imposer son exclusivité au mépris de l'égalité entre les Etats», s'est-il insurgé.

Les créations de «partenariats étroits sur des questions qui sont déjà débattues au sein des Nations unies ou d'organismes spécialisés», comme l'appel au respect du droit humanitaire signé par 43 Etats ou l'appel à l'appui de la liberté d'expression bénéficiant d'une trentaine de signataires, «sont les preuves d'une certaine unipolarité en Occident», a-t-il estimé.

«On ne voit pas le monde multilatéral comme une façon de travailler ensemble pour prendre des décisions collectives, on le voit plutôt comme une façon d'imposer ses règles aux autres», a insisté le ministre russe, gratifié à la fin de son discours d'un éloge appuyé de Wang Yi.

La Chine considère que «diviser le monde en camps idéologiques va à l'encontre du multilatéralisme», avait souligné auparavant le ministre chinois. Sans citer les Etats-Unis, il a estimé que les membres de l'ONU devaient «rechercher l'égalité et la justice, pas l'hégémonie».

«Nous devons mettre l'accent sur l'action et non pas sur les discours», a ajouté le ministre chinois, en demandant que «le système de gouvernance mondiale soit plus juste et plus équitable».

Concernant l'engagement de la Chine, il s'est félicité que son pays, déjà deuxième contributeur financier à l'ONU après Washington, soit devenu le premier contributeur de Casques bleus (2 464 sur près de 100 000 déployés dans le monde) parmi les cinq membres permanents du Conseil de sécurité.


Brésil : déforestation record en Amazonie en avril

La forêt amazonienne brésilienne, victime du changement climatique et des activités humaines, a rejeté ces dix dernières années plus de carbone qu'elle n'en a absorbé. (Photo, AFP)
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  • Le président brésilien, un climatosceptique notoire, a encouragé depuis sa prise de fonction en 2019 l'exploitation commerciale de la plus grande forêt tropicale du monde
  • En 2021, le processus de répression des crimes environnementaux a été paralysé par le ministre de l'Environnement

RIO DE JANEIRO: Quelque 580 km2 de forêt ont été déboisés en Amazonie brésilienne en avril, un record pour ce mois, selon des données officielles publiées vendredi qui jettent le doute sur l'engagement du président Jair Bolsonaro à réduire la déforestation.

La superficie déboisée (550,55 km2) est 42,5% supérieure à celle d'avril 2020 (407,2 km2), selon l'Institut national de recherches spéciales (INPE) qui recueille ce type de données depuis 2015.

La déforestation en mars 2021 avait déjà connu un niveau supérieur à celui de la même période en 2020, après deux mois de recul qui correspondent à la saison des pluies et à une activité de l'industrie du bois en berne. 

Depuis le début de l'année et jusqu'au 29 avril, la déforestation pour l'industrie du bois et pour l'agriculture a toutefois atteint 1 156,7 km2, en baisse de 3,9% par rapport à la même période en 2020.

La saison sèche, qui dure de mai à août, connaît généralement un taux plus élevé de déforestation. Au cours des trois dernières années, la période de référence août-juillet a connu des records successifs. 

«Il n'est pas encore possible de prédire ce qu'il va se passer, mais en 2021 il pourrait y avoir une quatrième hausse consécutive de la déforestation», a mis en garde l'Observatoire du climat, un réseau d'une soixantaine d'ONG et d'associations. 

Le président brésilien, un climatosceptique notoire, a encouragé depuis sa prise de fonction en 2019 l'exploitation commerciale de la plus grande forêt tropicale du monde.

En avril, lors du sommet virtuel sur le climat organisé par le président américain Joe Biden, le dirigeant d'extrême droite s'est toutefois engagé à «éliminer la déforestation illégale au Brésil d'ici 2030». 

Ce discours nettement plus conciliant qu'à l'accoutumée a cependant été accueilli avec scepticisme par les écologistes. 

«En 2021, il n'y a aucun effort fédéral de contrôle de la déforestation (...) et le processus de répression des crimes environnementaux a été paralysé par le ministre» de l'Environnement, Ricardo Salles, estime l'Observatoire du climat. 

La pression sur le Brésil s'est accrue dernièrement avec la menace d'une quarantaine de distributeurs, entreprises et fédérations essentiellement européennes de boycotter le produits agricoles brésiliens si le pays ne retire pas un projet de réforme agraire qui risque d'accélérer, selon eux, la déforestation de l'Amazonie.

Selon une étude publiée jeudi dans Nature Climate Change, la forêt amazonienne brésilienne, victime du changement climatique et des activités humaines, a rejeté ces dix dernières années plus de carbone qu'elle n'en a absorbé, un basculement majeur et inédit. 


Plus de 45 000 candidats pour tuer 12 bisons dans un parc naturel US

Il ne s'agit pas d'une chasse, selon le NPS, car l'opération est contrôlée par les autorités du parc, et n'est pas menée à des fins récréatives ou privées. (Photo, AFP)
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  • Les bisons, s'ils sont trop nombreux, peuvent nuire «aux ressources en eau du parc, à la végétation, aux sols» et menacer des sites archéologiques
  • Les finalistes seront autorisés à tuer un bison, qu'ils devront ensuite être capables de «porter hors de la zone à pied, sans l'aide d'un véhicule motorisé»

LOS ANGELES: Plus de 45 000 personnes se sont portées volontaires pour tuer douze bisons dans le parc national américain du Grand Canyon, dans le cadre d'un programme inédit visant à réguler la population grandissante de cet animal, a annoncé vendredi le National Park Service (NPS).

Les bisons, s'ils sont trop nombreux, peuvent nuire «aux ressources en eau du parc, à la végétation, aux sols» et menacer des sites archéologiques, a expliqué Kaitlyn Thomas, porte-parole du NPS, ajoutant que la «réduction de la taille du cheptel» permettait de «protéger l'écosystème».

C'est pour répondre à ce problème que les autorités du parc du Grand Canyon, en Arizona, ont lancé, début mai, un appel à candidatures pour trouver douze volontaires prêts à participer à l'opération.

Parmi les 45 000 candidatures reçues en seulement deux jours, 25 finalistes seront tirés au sort, et douze seront finalement choisis d'ici le 17 mai.

Chacun d'entre eux sera autorisé à tuer un bison, qu'il devra ensuite être capable de «porter hors de la zone à pied, sans l'aide d'un véhicule motorisé», dont l'usage n'est pas autorisé dans cette zone, indique le National Park Service, l'organisme fédéral chargé de la gestion des grands espaces naturels des Etats-Unis.

Pour avoir le droit de participer, les volontaires doivent être des citoyens américains majeurs, «en très bonne condition physique», disposer de leur propre fusil, suivre une formation et «avoir de solides compétences de communication verbale», poursuit le NPS.

Les carcasses des animaux seront réparties entres les participants, dans la limite «d'un bison par groupe de volontaires», précise Mme Thomas. 

L'initiative a connu un succès retentissant, mais pas surprenant pour Kaitlyn Thomas, qui se doutait qu'elle «susciterait beaucoup d'intérêt». «Lorsque le programme a été lancé, le parc a reçu des centaines d'emails et d'appels de personnes demandant plus d'informations sur la façon de s'inscrire», dit-elle.

Il ne s'agit pas d'une chasse, selon le NPS, car l'opération est contrôlée par les autorités du parc, et n'est pas menée à des fins récréatives ou privées.

Depuis 2019, le parc capture aussi des bisons pour les déplacer vers d'autres zones. 

400 à 600 bisons vivraient actuellement dans la partie nord du parc du Grand Canyon. D'ici dix ans, les spécialistes estiment que leur population pourrait tripler, pour atteindre près de 1.500 animaux.

Un tel programme est inédit dans le Grand Canyon mais, selon Mme Thomas, des actions similaires ont été menées dans d'autres parcs nationaux pour lutter contre «la surpopulation d'élans ou de chèvres».