Pour ravir la mairie de Londres, deux candidats de la diversité

Candidat à sa succession, le maire de Londres, Sadiq Khan, s'adresse à des journalistes lors d'une campagne électorale à la mairie de Londres / AFP
Candidat à sa succession, le maire de Londres, Sadiq Khan, s'adresse à des journalistes lors d'une campagne électorale à la mairie de Londres / AFP
Short Url
Publié le Mardi 04 mai 2021

Pour ravir la mairie de Londres, deux candidats de la diversité

  • Candidat à sa succession lors des municipales jeudi, le travailliste Sadiq Khan, 50 ans, est donné gagnant face à son adversaire conservateur d'un an son cadet, Shaun Bailey
  • En 2016, Sadiq Khan avait battu le richissime tory Zac Goldsmith, pur produit de l'élite dont la campagne aux relents islamophobes n'avait pas convaincu

LONDRES : L'un est d'origine pakistanaise, l'autre a des racines jamaïcaines: issus de la diversité, les deux principaux candidats à la mairie de Londres restent des exceptions dans le paysage électoral d'un Royaume-Uni en pleine introspection sur le racisme.

Candidat à sa succession lors des municipales jeudi, le travailliste Sadiq Khan, 50 ans, est donné gagnant face à son adversaire conservateur d'un an son cadet, Shaun Bailey, qui a grandi comme lui dans une famille modeste de la capitale de neuf millions d'habitants. 

Reportées d'un an à cause de la pandémie, ces élections locales doivent aussi permettre à 48 millions d'électeurs en Angleterre de renouveler quelque 5.000 sièges dans 143 assemblées locales, et aux Ecossais de désigner un nouveau Parlement régional, un vote crucial sur fond de velléités d'indépendance. 

Attribué au caractère cosmopolite propre à la métropole où seuls 45% des habitants se déclaraient comme "Britanniques blancs" d'après le recensement de 2011, ce face-à-face reste exceptionnel dans un scrutin où la majorité des candidats de tête sont blancs. 

Il intervient au moment où le mouvement Black Lives Matter a relancé le débat sur le racisme et le colonialisme dans un pays où la politique reste encore souvent l'apanage d'une élite façonnée au moule des universités de Cambridge et Oxford.

"En 2016, la ville m'a choisi comme maire, montrant à quel point elle est progressiste", confie  Sadiq Khan, fils d'un chauffeur de bus pakistanais devenu le premier édile musulman d'une grande capitale occidentale, succédant à l'impétueux Boris Johnson. 

Shaun Bailey rêve lui de devenir "le premier maire noir de Londres", une fonction jouissant d'une grande visibilité au niveau national, "et le premier politicien noir de cette envergure en Europe", estimant "important que les gens se sentent représentés". 

Polémiques

En 2016, Sadiq Khan avait battu le richissime tory Zac Goldsmith, pur produit de l'élite dont la campagne aux relents islamophobes n'avait pas convaincu. 

"Il n'est dès lors pas surprenant que les conservateurs aient décidé de choisir un candidat issu d'une minorité ethnique", afin de se présenter comme "un parti libéral, inclusif", analyse Steven Fielding, professeur d'histoire politique à l'université de Nottingham. 

Shaun Bailey n'est toutefois pas exempt de polémiques, critiqué pour des propos, tenus il y a quelques années, questionnant certains aspects du multiculturalisme ou jugés rétrogrades sur les femmes. 

Mais au-delà de l'origine des candidats et des clivages partisans, leur "personnalité" joue aussi, nuance le politologue Simon Usherwood, de l'université de Surrey, rappelant le cas de Boris Johnson. 

Shaun Bailey abonde: "J'ai une expérience unique grâce à mon parcours, mais ce n'est pas la seule chose que je peux apporter". 

Cet ancien travailleur social élevé par sa mère, qui fut conseiller spécial de l'ex-Premier ministre David Cameron, veut donner à Londres "un nouveau départ" avec plus d'emplois et de logements.

Il promet aussi un tour de vis sécuritaire contre le fléau des crimes à l'arme blanche, que Sadiq Khan est accusé d'avoir échoué à endiguer.  

 

Shaun Bailey
Shaun Bailey, candidat du Parti conservateur à l'élection du maire de Londres / AFP

 

Progrès « en surface »

Pour les experts, la situation à Londres atteste des avancées réalisées ces dernières années en matière de diversité en politique, même si la marge de progression reste importante.

Plusieurs ministres conservateurs sont issus de minorités ethniques, comme ceux de l'Intérieur ou des Finances. 

Mais la question se pose de savoir "à quel point c'est sincère", souligne Steven Fielding: les partis travailliste et conservateur restent très blancs et peinent à régler le racisme, l'islamophobie ou l'antisémitisme en leur sein, qui s'exprime notamment sur les réseaux sociaux. 

Pour Dibyesh Anand, chef du département de sciences sociales à l'université de Westminster, c'est un progrès "en surface" seulement car le discours politique reste essentiellement orienté vers le Royaume-Uni blanc, avec un positionnement très droitier et nationaliste du gouvernement. 

Ainsi, malgré l'examen de conscience sur le racisme, ce dernier a cautionné un rapport controversé réfutant le caractère institutionnellement raciste du pays et défend bec et ongles des héros nationaux comme Winston Churchill, remis en question dans le sillage du mouvement Black Lives Matter, relève-t-il. 

Pour les experts, le changement viendra par l'éducation, la mobilisation de la société civile ou une réforme du mode de désignation des candidats.

Sadiq Khan se veut "optimiste" pour l'avenir, car "il y a une nouvelle génération de politiciens vraiment talentueux venant de différents horizons qui accéléreront le progrès". 

Sadiq Khan, le visage de la diversité et de la continuité à Londres

Après avoir offert un nouveau visage à Londres, il est vu comme celui de la continuité. Le travailliste Sadiq Khan s'est hissé au sommet de la capitale britannique sans oublier ses origines étrangères et modestes, dont il est fier.

L'élu de 50 ans, ancien avocat spécialisé en droits humains, avait pour la première fois ravi la mairie de Londres en 2016, devenant le premier musulman à diriger une capitale occidentale. Les sondages le donnent largement réélu lors des municipales jeudi.

Une ascension remarquable pour ce fils d'immigrants pakistanais, qui a grandi dans un logement social, comme son adversaire conservateur aux racines jamaïcaines, Shaun Bailey. 

Durant son mandat, Sadiq Khan s'est taillé un nom comme europhile convaincu, féroce envers le Brexit et son apôtre, le Premier ministre conservateur Boris Johnson, son prédécesseur à la mairie.

Ce petit gabarit de 1m65 à la chevelure poivre et sel fait aussi parler de lui pour ses escarmouches avec le président américain Donald Trump, qui le cible personnellement durant une vague d'attentats jihadistes à Londres. 

"Une fois, il m'a qualifié (...) de loser. Un seul d'entre nous est un loser, et ce n'est pas moi", plaisante Sadiq Khan, interrogé une semaine avant le scrutin, laissant transparaître une volonté à toute épreuve. 

« L'emploi, l'emploi, l'emploi »

Pour sa campagne, Sadiq Khan a adopté comme mantra "l'emploi, l'emploi, l'emploi" afin de redynamiser l'économie d'une métropole marquée par la pandémie et le Brexit, un coup dur pour le secteur financier, dont Londres est une plateforme. 

Lors de son premier mandat, il a notamment gelé le prix des transports publics et créé des zones à faible émission pour lutter contre la pollution automobile. 

Il se voit cependant reprocher de n'avoir pu endiguer les attaques à l'arme blanche, un fléau qu'il attribue à la baisse des effectifs policiers découlant des mesures d'austérité des gouvernements conservateurs.

Plus récemment, il a mis en place une commission visant à améliorer la diversité dans l'espace public, dans le sillage du mouvement Black Lives Matter qui avait abouti au déboulonnage de statues d'esclavagistes au Royaume-Uni. 

"Le consensus général est qu'il s'en est tiré en matière de transports et d'environnement, mais rien de spectaculaire", analyse Steven Fielding, politologue à l'université de Nottingham.

Boxe

Dans un pays où la politique reste encore souvent l'apanage d'une élite majoritairement blanche, Sadiq Khan avait dit n'avoir "jamais imaginé" être choisi pour concourir au poste de maire, quelques mois avant son élection. 

Lui a fréquenté le lycée public de son quartier, pas franchement réputé, et l'université de North London. 

Disant devoir "tout à Londres", il encourage après sa victoire les Londoniens musulmans et d'autres minorités à suivre son exemple.  

Sadiq Khan est né le 8 octobre 1970 dans une famille pakistanaise alors immigrée au Royaume-Uni depuis peu. 

Il a grandi dans un lotissement HLM à Tooting, quartier populaire du sud de Londres, avec ses six frères et sa soeur. Son père était chauffeur de bus, sa mère couturière.

A l'école, il veut d'abord étudier les sciences pour devenir dentiste. 

Mais un de ses professeurs repère son don pour les joutes oratoires et l'oriente vers des études de droit. Il présidera pendant trois ans l'ONG Liberty.

Dans la rue aussi, Sadiq Khan est accrocheur: enfant, il fait de la boxe pour pouvoir plus facilement rabattre le caquet de ceux qui osent le traiter de "Paki".

A 15 ans, il adhère au Parti travailliste quand Margaret Thatcher est au pouvoir. Il est élu conseiller municipal de Wandsworth, dans le sud de Londres, en 1994, jusqu'en 2006.

En 2005, il abandonne sa carrière d'avocat pour se faire élire député de Tooting, où il habite avec sa femme et leurs deux filles. 

Trois ans plus tard, Gordon Brown lui offre le poste de ministre chargé des Communautés, puis celui des Transports l'année suivante. Il devient le premier musulman à siéger au cabinet d'un Premier ministre britannique.

Sera-t-il un jour le Premier ministre musulman du pays? Il y en aura un "dans un avenir pas trop éloigné", estime-t-il auprès de l'AFP. "Mais ce ne sera pas moi" parce que "j'aime être maire de Londres". 


Andy Burnham, de "roi du Nord" à Premier ministre du Royaume-Uni

Le nouveau député travailliste de Makerfield, Andy Burnham, s'adresse à ses partisans et aux médias au lendemain de sa victoire lors de l'élection partielle, au stade d'Ashton Town FC, à Ashton-in-Makerfield, dans le nord-ouest de l'Angleterre, le 19 juin 2026. (AFP)
Le nouveau député travailliste de Makerfield, Andy Burnham, s'adresse à ses partisans et aux médias au lendemain de sa victoire lors de l'élection partielle, au stade d'Ashton Town FC, à Ashton-in-Makerfield, dans le nord-ouest de l'Angleterre, le 19 juin 2026. (AFP)
Short Url
  • Andy Burnham devient chef du Labour et futur Premier ministre britannique, succédant à Keir Starmer avec la promesse de réduire les inégalités régionales et le coût de la vie
  • Ancien maire populaire du Grand Manchester, il mise sur un style accessible et une politique de décentralisation, tout en restant prudent sur son programme économique.

LONDRES: Le futur Premier ministre britannique Andy Burnham, devenu populaire en tant que maire de l'agglomération de Manchester, est un habile politicien travailliste dont le style décontracté et accessible contraste avec celui de son prédécesseur Keir Starmer.

Cet homme de 56 ans qui se décrit comme partisan d'un "socialisme pro-entreprises", amateur de football et de rock, prend officiellement vendredi la tête du Labour, parti de centre-gauche majoritaire au Parlement. Il succède au démissionnaire Keir Starmer, et fera son entrée lundi à Downing Street.

Celui qui a fait toute sa carrière dans la politique contrairement à l'ex-avocat Keir Starmer, plus à l'aise que ce dernier dans la communication, accède ainsi au sommet. Il avait tenté deux fois sans succès de briguer la direction du Parti travailliste - en 2010, face à Ed Miliband, puis en 2015, face au très à gauche Jeremy Corbyn.

Il est revenu au Parlement de Westminster après avoir remporté haut la main, devant le parti anti-immigration Reform UK, une législative partielle le 18 juin à Makerfield, près de Manchester.

"C'est la dernière chance pour changer" le Labour, avait-il proclamé à l'annonce de sa victoire. Devant ses soutiens rassemblés sur un terrain de foot, ce supporter d'Everton, club de Liverpool, s'est engagé à "tracer une nouvelle voie" pour le pays, promettant "l'équité pour les régions" que le pouvoir central à Londres a "négligées".

Andy Burnham, qui revendique fièrement ses racines nordistes et populaires, a conquis en 2017 la mairie du Grand Manchester, agglomération de près de 3 millions d'habitants où il s'est fait réélire deux fois.

- Tee-shirt noir -

Lui-même est un enfant de cette région au passé industriel: il a grandi dans une petite ville à mi-chemin entre Liverpool, où il est né, et Manchester.

Dans cette cité qui connaît un renouveau économique, sa principale réussite est d'avoir amélioré les transports, en reprenant sous contrôle public le système de bus pour l'intégrer dans un réseau avec trams et trains, à des tarifs abordables.

C'est pendant la pandémie de Covid-19 qu'il gagne son surnom de "roi du Nord", pour son combat face au Premier ministre conservateur Boris Johnson à propos du soutien financier à apporter aux entreprises et employés de cette région.

Cet homme brun à lunettes et au style vestimentaire volontiers informel, qui s'est fait tatouer sur le bras une abeille ouvrière -symbole de la ville de Manchester-, a déjà fait l'objet de railleries de la cheffe des Tories Kemi Badenoch, qui ne voit en lui qu'"une paire de cils et un tee-shirt noir".

"C'est bleu foncé, en fait", a répondu l'intéressé dans un battement de paupières, dans une vidéo publiée fin juin sur les réseaux sociaux, dont il est un grand utilisateur.

Pour le journaliste Joshi Herrmann, fondateur du média en ligne Mill Media, basé à Manchester, Andy Burnham "parvient à se présenter comme un type normal à une époque où beaucoup d'hommes politiques donnent l'impression d'être très bizarres ou très ennuyeux".

- "Madchester" -

Né le 7 janvier 1970, Andy Burnham est le fils d'un technicien des télécommunications et d'une réceptionniste médicale.

Il entre au Labour adolescent et étudie la littérature anglaise à Cambridge, où il dit avoir souffert du "syndrôme de l'imposteur" en raison de ses origines sociales.

Pendant sa jeunesse, il apprécie la bouillonnante scène musicale et culturelle de Manchester des années 1980-90, "Madchester", et classe aujourd'hui encore Oasis parmi ses groupes préférés.

Elu député en 2001, il devient secrétaire en chef au Trésor dans le gouvernement de Gordon Brown, puis ministre de la Culture et des Sports (2008-2009), et ministre de la Santé (2009-2010).

Il est marié depuis 2000 avec Marie-France van Heel, femme d'affaires d'origine néerlandaise rencontrée à l'université et avec qui il a eu trois enfants.

S'il a annoncé vouloir mener une politique de décentralisation et promis d'oeuvrer pour réduire le coût de la vie, il est pour l'instant resté vague sur son programme. Ses détracteurs l'accusent d'être un caméléon politique s'adaptant à l'air du temps.

En janvier, il énonçait "les quatre cavaliers de l'apocalypse britannique: dérégulation, privatisation, austérité et Brexit". Face à des marchés inquiets, il s'est toutefois engagé à tenir les objectifs d'équilibre budgétaire fixés par l'actuel gouvernement.


Nouvelle nuit de bombardements en Iran, les alliés des Etats-Unis encore visés

Les dernières frappes marquent la sixième nuit consécutive d'attaques américaines. (PHOTO D'ARCHIVES/AFP)
Les dernières frappes marquent la sixième nuit consécutive d'attaques américaines. (PHOTO D'ARCHIVES/AFP)
Short Url
  • Les États-Unis poursuivent leurs frappes en Iran ; Téhéran dénonce des pertes civiles et menace de riposter contre les intérêts américains dans la région
  • Les tensions s'étendent au Moyen-Orient malgré les appels internationaux à reprendre les négociations

TEHERAN: Les Etats-Unis ont bombardé l'Iran pour la sixième nuit consécutive vendredi, Téhéran les accusant d'avoir visé des cibles civiles, tandis que plusieurs pays alliés de Washington au Moyen-Orient ont fait état d'attaques les ciblant.

L'armée américaine a affirmé, sur X, avoir attaqué dans la nuit de jeudi à vendredi "des dizaines de cibles militaires iraniennes comme des sites de surveillance côtière et de défense aérienne, des infrastructures logistiques militaires et des installations maritimes". L'Iran, de son côté, a rapporté des bombardements sur des ponts, un port, un aéroport et une gare.

Téhéran a affirmé vendredi matin que les frappes américaines sur son territoire depuis le 22 juin avaient fait 38 morts et plus de 400 blessés, selon un bilan du ministère de la Santé.

"Si les Américains frappent les infrastructures de la République islamique, alors toutes les infrastructures de la région deviendront des cibles légitimes pour l'Iran", a menacé un porte-parole de l'armée iranienne, cité par la télévision d'Etat.

Les forces armées de Jordanie, du Koweït et du Qatar ont annoncé avoir fait face vendredi à l'aube à des attaques aériennes, et les sirènes d'alerte ont été déclenchées à deux reprises à Bahreïn.

Un porte-parole de l'armée iranienne, cité par la télévision d'Etat, a affirmé que la République islamique avait visé des sites militaires américains au Koweït à l'aide de drones explosifs.

De leur côté, les Gardiens de la Révolution iraniens ont assuré avoir attaqué en Syrie un "centre de commandement des opérations spéciales de l'ennemi" dans la région d'Al-Tanf, frontalière de l'Irak, ainsi que des radars américains à Oman. Ces deux pays n'ont pas confirmé de telles frappes dans l'immédiat.

Les médias d'Etat iraniens ont fait état dans la nuit de nombreuses explosions dans différents secteurs du sud du pays.

"Les attaques se poursuivent et elles sont si violentes que j'en ai les mains qui tremblent", a raconté à l'AFP Hani, un professeur iranien de 34 ans habitant la ville d'Ahvaz (sud-ouest).

Selon la télévision d'Etat iranienne, les forces américaines ont bombardé deux ponts dans la région de Bandar Khamir, faisant sept morts, ainsi qu'une gare à Bandar Abbas et l'aéroport d'Iranshahr. La tour de contrôle du port de Chabahar a été "complètement détruite" selon l'agence Irna.

- Bouchehr frappée -

Bouchehr, ville portuaire située sur la côte sud-ouest où se trouve la seule centrale nucléaire du pays, a été frappée pour la deuxième fois en quelques heures, selon le gouverneur de la ville, cité par Irna.

Le président Donald Trump avait menacé dans la semaine de frapper les ponts et les centrales électriques du pays si les Iraniens ne revenaient pas à la table des négociations.

Les affrontements ont repris le 7 juillet après des attaques contre des navires dans le Golfe, imputées à l'Iran. Les frappes menées depuis sont sans précédent depuis le cessez-le-feu d'avril, minant les efforts diplomatiques pour mettre un terme durable au conflit.

Déclenché le 28 février par des bombardements israélo-américains, il a fait des milliers de morts, principalement en Iran et au Liban, et n'en finit pas d'ébranler l'économie mondiale.

Les ministres des Affaires étrangères de la Chine et du Pakistan, ce dernier pays étant médiateur des discussions, ont appelé vendredi les belligérants à reprendre les négociations dans le cadre du protocole d'accord signé mi-juin, qui a volé en éclats.

Le négociateur en chef iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, avait auparavant prévenu qu'un accord "n'a de sens que lorsque ses clauses sont valides et appliquées".

Islamabad a aussi appelé à un "retour à la normale dans le détroit d'Ormuz", de nouveau verrouillé par l'Iran le week-end dernier. En réponse, les Etats-Unis ont rétabli leur blocus des ports iraniens.

Donald Trump "reste toujours ouvert à la diplomatie dans le même temps", a déclaré jeudi la porte-parole de la Maison-Blanche, Karoline Leavitt. Selon elle, les Iraniens "ont fait savoir au président qu'ils veulent toujours conclure un accord. Nous leur parlons, mais, encore une fois, le président ne va pas les laisser tirer sur des navires dans le détroit sans conséquences".

Dans le détroit d'Ormuz, par lequel transitait avant la guerre un cinquième du pétrole et du gaz liquéfié (GNL) mondiaux, le trafic s'est raréfié.

Les cours du pétrole restent relativement stables malgré la situation, avec un baril de Brent autour de 85 dollars vendredi.


Moyen-Orient: nouveaux échanges de frappes entre Iran et Etats-Unis, pas d'accalmie

Les Etats-Unis et l'Iran ont de nouveau échangé des frappes, le conflit au Moyen-Orient ne montrant jeudi aucun signe d'accalmie après plus d'une semaine de bombardements. (AFP)
Les Etats-Unis et l'Iran ont de nouveau échangé des frappes, le conflit au Moyen-Orient ne montrant jeudi aucun signe d'accalmie après plus d'une semaine de bombardements. (AFP)
Short Url
  • Une première salve avait été lancée contre le pays plus tôt dans la journée, les forces américaines frappant "des sites de défense côtière et des sites de missiles de croisière sur l'île de Greater Tunb"
  • Côté iranien, le système de défense antiaérienne a été activé jeudi dans la capitale Téhéran et des explosions ont été entendues dans le nord et l'ouest de l'Iran, ont annoncé des médias d'Etat

TEHERAN: Les Etats-Unis et l'Iran ont de nouveau échangé des frappes, le conflit au Moyen-Orient ne montrant jeudi aucun signe d'accalmie après plus d'une semaine de bombardements.

L'armée américaine a achevé "une série de frappes nocturnes contre l'Iran" mercredi, a-t-elle indiqué, précisant avoir attaqué des cibles militaires, notamment dans la ville portuaire de Bandar Abbas (sud), afin de "réduire la capacité de l'Iran à menacer des marins innocents" dans le détroit d'Ormuz.

Une première salve avait été lancée contre le pays plus tôt dans la journée, les forces américaines frappant "des sites de défense côtière et des sites de missiles de croisière sur l'île de Greater Tunb", selon le Commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom).

Côté iranien, le système de défense antiaérienne a été activé jeudi dans la capitale Téhéran et des explosions ont été entendues dans le nord et l'ouest de l'Iran, ont annoncé des médias d'Etat.

Dans la journée de mercredi, la ville portuaire de Bouchehr (sud), où se trouve la seule centrale nucléaire d'Iran, a de nouveau été visée par Washington, comme les environs d'Iranshahr (sud-est). Sept militaires y ont été tués, selon l'armée iranienne, qui a recensé treize tirs de missiles américains.

Des explosions ont aussi été entendues dans plusieurs villes dont Bandar Abbas, Rask et Chabahar (sud-est), ainsi que sur l'île de Qeshm, ont rapporté les médias d'Etat.

Selon eux, un hôpital d'Ahvaz (sud-ouest) a été évacué à la suite de frappes américaines dans la région, et les patients ont été transférés vers d'autres établissements de santé.

 "Bonne volonté" 

Les affrontements ont repris le 7 juillet après des attaques contre des navires dans le Golfe, imputées à l'Iran. Les frappes menées depuis sont sans précédent depuis le cessez-le-feu d'avril mais les installations pétrolières et gazières du Golfe sont pour l'heure épargnées.

Ces tirs ont fait voler en éclats le protocole d'accord signé à la mi-juin, qui devait mettre fin aux hostilités.

Le président américain Donald Trump a toutefois salué un "geste de bonne volonté" de Téhéran après avoir annoncé dans la soirée la libération d'une citoyenne américaine retenue selon lui en Iran depuis 2024.

Les forces armées iraniennes ont quant à elles visé un radar, "des systèmes de communication et des installations de stockage de carburant de l'armée américaine sur la base aérienne Al-Azraq en Jordanie, à l'aide de drones d'attaque", selon un communiqué relayé jeudi matin par la télévision d'Etat.

Au Koweït, déjà visé dans la journée, l'armée a indiqué dans la nuit répondre à des attaques de drones iraniens, alors que les sirènes d'alerte aérienne ont retenti à Bahreïn.

Mercredi soir, des journalistes de l'AFP ont entendu des explosions près du consulat des Etats-Unis à Erbil, au Kurdistan irakien, après des survols de drones qui ont conduit à l'activation de la défense antiaérienne.

L'Iran, qui a de nouveau verrouillé le détroit d'Ormuz le week-end dernier, a promis que cette voie maritime resterait fermée jusqu'à la fin des "agressions" américaines.

Et dans le cadre du blocus des ports iraniens réinstauré depuis 24 heures par les Etats-Unis, un avion militaire américain a tiré sur un pétrolier vide qui tentait de le forcer. Le navire, identifié comme le M/T Belma, battant pavillon de Curaçao, a été "neutralisé", a précisé l'armée américaine.

En réimposant le blocus des ports iraniens, Donald Trump entend faire pression sur Téhéran, qui veut garder la main sur le détroit et n'autorise qu'un seul couloir de navigation, le long de ses côtes.

"Tellement effrayés"

Plus de trente civils sont morts depuis que les affrontements ont repris, selon le dernier bilan du gouvernement iranien.

"Les enfants sont tellement effrayés par le bruit des explosions qu'ils ne s'endorment pas avant le matin", témoigne Khadijeh, interrogée par l'AFP depuis Paris. "Les effets de la guerre resteront longtemps dans nos vies, nos esprits et notre santé mentale", ajoute cette artisane de 31 ans qui vit dans la province du Sistan-Baloutchistan (sud-est).

"Nous ne vivons pas, nous survivons. Que Dieu mette fin à la guerre, puis aux difficultés économiques", prie Nadin, enseignante de 27 ans dans la même région.

Dans le détroit d'Ormuz, passage situé dans les eaux iraniennes et omanaises par lequel transitait avant la guerre un cinquième du pétrole et du gaz liquéfié (GNL) mondiaux, le trafic s'est raréfié après l'attaque de plusieurs pétroliers, avec treize navires commerciaux recensés mardi par la société de suivi maritime Kpler.

Les cours du pétrole ont continué de faire du surplace jeudi après l'envolée du début de semaine, le baril de Brent oscillant autour de 85 dollars.

Le Département d'Etat américain a par ailleurs annoncé mercredi avoir approuvé une vente d'armes pour un montant de près de deux milliards de dollars à l'Arabie saoudite, "un allié majeur non membre de l'OTAN qui constitue un facteur de stabilité politique et de progrès économique" dans le Golfe.