Joe Biden reconnaît le génocide arménien

Le président américain Joe Biden (photo de gauche). Le Premier ministre arménien Nikol Pashinyan dépose des fleurs au mémorial Tsitsernakaberd à Erevan le 24 avril 2021 (AFP)
Le président américain Joe Biden (photo de gauche). Le Premier ministre arménien Nikol Pashinyan dépose des fleurs au mémorial Tsitsernakaberd à Erevan le 24 avril 2021 (AFP)
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Publié le Samedi 24 avril 2021

Joe Biden reconnaît le génocide arménien

  • Joe Biden a reconnu samedi le génocide arménien, devenant le premier président des Etats-Unis à qualifier ainsi la mort d'un million et demi d'Arméniens massacrés par l'Empire ottoman en 1915
  • «Le peuple américain honore tous ces Arméniens qui ont péri dans le génocide qui a commencé il y a 106 ans aujourd'hui», a déclaré Biden

WASHINGTON: Joe Biden a reconnu samedi le génocide arménien, devenant le premier président des Etats-Unis à qualifier ainsi la mort d'un million et demi d'Arméniens massacrés par l'Empire ottoman en 1915.

La déclaration traditionnelle de la Maison Blanche à l'occasion de la journée de commémoration, le 24 avril, mentionne pour la première fois le mot «génocide».

«Les Américains honorent tous les Arméniens qui ont péri dans le génocide qui a commencé il y a 106 ans aujourd'hui», a écrit Joe Biden.

«Nous affirmons l'histoire. Nous ne faisons pas cela pour accabler quiconque mais pour nous assurer que ce qui s'est passé ne se répète jamais», a-t-il ajouté.

Immédiatement après la diffusion du communiqué de la Maison Blanche, le président turc Recep Tayyip Erdogan a dénoncé «la politisation par des tiers» du débat autour de cette époque de l'histoire.

Le génocide arménien est reconnu par plus d'une vingtaine de pays et de nombreux historiens mais il est vigoureusement contesté par la Turquie.

Joe Biden, qui avait promis durant sa campagne électorale de prendre l'initiative sur ce dossier, a informé vendredi de sa décision son homologue turc Recep Tayyip Erdogan lors d'une conversation téléphonique.

Les deux dirigeants ont convenu de se rencontrer en juin en marge du sommet de l'Otan à Bruxelles.

Il s'agit «d'honorer les victimes, pas d'accabler qui que ce soit», a souligné une responsable américaine, sous couvert de l'anonymat.

«Nous continuons de considérer la Turquie comme un allié crucial au sein de l'Otan, a-t-elle ajouté.

«Il y a de nombreux intérêts partagés, mais en même temps ce n'est un secret pour personne qu'il y a aussi des divergences entre nos pays», a-t-elle encore dit.

Selon elle, «le président veut vraiment promouvoir le respect des droits humains à travers le monde, et travailler pour faire en sorte que de telles atrocités ne se répètent pas»

«Une part cruciale de ce processus est de prendre acte des faits historiques», a-t-elle plaidé.

Dans son communiqué, Joe Biden insiste sur la nécessité de se tourner vers le futur, «vers le monde que nous voulons construire pour nos enfants».

«Réaffirmons notre engagement commun à éviter de futures atrocités où que ce soit dans le monde», a-t-il ajouté.

 

La Turquie actuelle se refuse à reconnaître les crimes commis à l'aube de l'ancien régime

À ce jour, la Turquie actuelle se refuse à reconnaître les crimes commis à l'aube de l'ancien régime.

Peu importe où ils vivent. Que ce soit au Moyen-Orient, en Amérique du Nord, en Russie ou dans l'Arménie d'aujourd'hui, chaque arménien a probablement un parent, un grand-parent ou un arrière-grand-parent qui a assisté en personne à ce génocide.

Cette année, ils seront nombreux à guetter la reconnaissance officielle du génocide par le gouvernement des États-Unis.

« Aujourd’hui, presque chaque Arménien est le descendant d'une personne ayant survécu au génocide arménien », lance Chris Bohjalian, auteur de « The Sandcastle Girls » (Les filles du château de sable), un best-seller selon le classement du New York Times. Ce roman historique, publié en 2012, s'inspire de son héritage arménien et de l'expérience vécue par ses grands-parents.

« L'Empire ottoman a méthodiquement massacré 1,5 million de citoyens arméniens, plus 300 000 Assyriens et d'innombrables Grecs. Une génération plus tôt, 250 000 Arméniens avaient été exterminés lors des massacres de Hamidian.  Pourtant, la Turquie rejette la responsabilité du sang qui recouvre les mains de son prédécesseur ottoman », a-t-il déclaré à Arab News.

En cette journée printanière qui a marqué les premiers mois de la Première Guerre mondiale, les autorités ottomanes ont rassemblé et exécuté des centaines d'intellectuels arméniens. Dans les semaines qui suivirent, des milliers d'Arméniens ont dû fuir leurs maisons pour se lancer dans des marches de la mort traversant ainsi le désert de Mésopotamie.

« Cette journée revêt une grande importance pour les Arméniens : nous faisons le deuil de nos ancêtres, de la grande partie de notre patrie et de notre culture dans l'est de la Turquie qui nous ont été dérobés – nous pleurons tout cela comme si c'était une blessure encore ouverte, car la Turquie n'a pas reconnu ce crime et une grande partie du monde ignore même qu'il a eu lieu ou son ampleur, à supposer qu'ils en sachent peu de choses – ».

En fait, M. Bohjalian se demande si l'holocauste nazi, survenu un quart de siècle plus tard, se serait produit si le génocide arménien n'avait pas créé un précédent.

Une photo publiée par le Musée-Institut du génocide arménien, datant de 1915, montre des soldats debout au-dessus des crânes de victimes du village arménien de Sheyxalan, dans la vallée de la Mush, sur le front du Caucase, pendant la Première Guerre mondiale. (STR/AGMI/AFP)
Une photo publiée par le Musée-Institut du génocide arménien, datant de 1915, montre des soldats debout au-dessus des crânes de victimes du village arménien de Sheyxalan, dans la vallée de la Mush, sur le front du Caucase, pendant la Première Guerre mondiale. (STR/AGMI/AFP)

« Peut-être. Mais dans son ouvrage ‘Justifying Genocide’ (Justifier le génocide), l'universitaire Stefan Ihrig soutient avec force que le génocide arménien a facilité la survenue de l'Holocauste. Voici la phrase la plus citée de mon roman Les filles du château de sable : ‘Il existe un fil reliant les Arméniens et les Juifs, et les populations du Cambodge, de la Bosnie et du Rwanda. Évidemment, il en existe d'autres, mais en réalité, combien de génocides une phrase peut-elle rassembler?’ Je pense donc que nous avons encore des leçons à apprendre », a-t-il ajouté.

En effet, on établit souvent un certain parallélisme entre le génocide arménien et les nombreux déplacements de population et massacres qui lui ont succédé au cours du XXe siècle.

Joseph Kechichian, chercheur principal au King Faisal Center for Research and Islamic Studies, à Riyad, explique à Arab News que « (l'ancien leader allemand Adolf) Hitler est fameux pour l'expression ‘qui se souvient de l’extermination des Arméniens ?’ lorsqu'il a entrepris ses actions meurtrières ».

« On peut dire que la deuxième conséquence significative du génocide arménien concerne le refus de la part des gouvernements turcs successifs de reconnaître ce crime qui a pourtant été confirmé par les derniers dirigeants ottomans. Ceux-ci ont même poursuivi en justice un certain nombre de fonctionnaires reconnus coupables ».

« Le terme ‘contesté’ ne suffit même pas à décrire la douleur que ressentent les Arméniens, dans la mesure où le déni a abouti à un second génocide, bien que psychologique. Les Turcs honnêtes – et ils sont nombreux – admettront un jour les chapitres sombres de leur histoire et les accepteront. Mais il semble que cela se fera attendre », déclare-t-il.

Ainsi, la Turquie admet que de nombreux Arméniens ont été assassinés au cours d'affrontements avec les forces ottomanes pendant la Première Guerre mondiale. Néanmoins, elle conteste les chiffres et réfute l'idée que ces meurtres soient orchestrés ou qu'ils relèvent d'un génocide.

 La grand-mère paternelle de Kechichian comptait parmi les victimes. « Essayez d'imaginer à quoi cela ressemble de grandir sans grand-mère pour moi – et de grandir sans mère pour mon père orphelin – », poursuit-il.

« Jamais nous n'avons pu embrasser sa main, ne serait-ce qu'une fois, et elle nous manquait tout le temps. Nous évoquions sans cesse son souvenir et feu mon père avait les larmes aux yeux chaque fois qu'il pensait à sa mère ».

EN CHIFFRES

* 1,5 million de décès est l'estimation la plus élevée du nombre d'Arméniens massacrés ou morts de faim ou d'épuisement.

Pratiquement chaque famille arménienne peut raconter une histoire comme celle-là.

« Mais nous sommes des croyants et nous prions pour que les âmes des personnes disparues reposent en paix. Nous implorons le Seigneur de pardonner à ceux qui ont commis ces atrocités et d'éclairer leurs successeurs pour qu'ils trouvent eux aussi la paix. Le déni est hideux et indigne. Il fait du tort aux survivants et à leur progéniture, peu importe le temps écoulé », déclare M. Kechichian.

Pour Armen Sahakyan, directeur exécutif de l'Armenian National Committee of America - Western Region, le génocide n'a guère pris fin.

« Il perdure aujourd’hui par les tentatives continues de la Turquie et de l'Azerbaïdjan d'attaquer et de supprimer la présence des Arméniens dans leur terre ancestrale », confie-t-il à Arab News, faisant référence à la guerre du Haut-Karabakh survenue l'année dernière.

« Le génocide arménien constitue le 'péché originel' de la Turquie, un prélude à plus d'un siècle de violations des droits de l'homme et de répression contre tous les dissidents de l'État turc ; il sape également l'avenir démocratique du pays ».

Selon M. Sahakyan, si la Turquie ne résout pas le génocide arménien de manière véridique, juste et exhaustive, elle ne parviendra jamais à devenir un allié de confiance de l'Occident et «  maintiendra sa politique destructrice, tant dans son pays qu'à l'étranger et dans toute la Méditerranée ».

Par ailleurs, le président américain Joe Biden a fait savoir qu'il reconnaîtrait officiellement comme génocide la déportation et le massacre du peuple arménien en 1915 - une décision qui créerait une rupture significative avec les administrations américaines précédentes, qui ont toujours veillé à ne pas offenser leur allié de l'Otan, à savoir la Turquie.

Le président américain Joe Biden a fait savoir qu'il reconnaîtrait officiellement comme un génocide la déportation et le massacre du peuple arménien en 1915. (AFP/File Photo)
Le président américain Joe Biden a fait savoir qu'il reconnaîtrait officiellement comme un génocide la déportation et le massacre du peuple arménien en 1915. (AFP/File Photo)

Toujours prêt à réagir à chaud, le gouvernement turc a averti les États-Unis qu'ils « étaient tenus de respecter le droit international ».

Dans un entretien accordé récemment à la chaîne de télévision Haberturk, le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu, a précisé que « les déclarations qui ne revêtent pas de valeur juridique ne présentent aucun avantage ; au contraire, elles portent préjudice aux relations entre les deux pays. Il appartient aux États-Unis de décider s’ils souhaitent envenimer les relations avec la Turquie ».

Selon M. Bohjalian, la reconnaissance du  génocide arménien par Washington revêt une grande signification. « Je m'en réjouirais. Mais la justice sera-t-elle un jour rétablie ? Nous entendrons peut être un président américain prononcer le mot 'génocide' le 24 avril de cette année, mais récupérerons-nous un jour Van ? Ararat ? Shusha ? Pas de mon vivant, en tout cas. Néanmoins, j'espère de tout cœur que M. Biden prononcera le mot 'génocide' ».

D'après M. Sahakyan, cette reconnaissance de la Maison Blanche, dans le sillage des résolutions du Congrès de 2019, marquerait le couronnement d'un siècle d'efforts ininterrompus déployés par la communauté arméno-américaine et par les amis de l'Arménie.

« Cela doit guider la politique américaine, à tous les niveaux, y compris en ce qui concerne le soutien à l'Arménie contre les tentatives continues d'Ankara et de Bakou – l’Arménie qui, après avoir survécu à un génocide, subit aujourd'hui un blocus, un isolement, une partition –».

Des orphelins arméniens lors de leur déportation de Turquie aux alentours de l'année 1920. (Shutterstock/File Photo)
Des orphelins arméniens lors de leur déportation de Turquie aux alentours de l'année 1920. (Shutterstock/File Photo)

« La reconnaissance par les États-Unis du génocide arménien permettrait également de rendre hommage au rôle héroïque de l'Amérique qui a sauvé des centaines de milliers de survivants du génocide grâce au Near East Relief », a-t-il ajouté.

Un siècle plus tard, le génocide continue de faire date dans l'histoire moderne et entache encore aujourd'hui le visage de la Turquie, a déclaré Peter Balakian, auteur de l'ouvrage « The Burning Tigris : The Armenian Genocide and America's Response » (Le Tigre brûlant : le génocide arménien et la réponse de l'Amérique), un autre best-seller du New York Times.

Il a déclaré à Arab News que « la Turquie n'a pas présenté d'excuses, et elle a refusé toute restitution et compensation. D'autres nations ont appelé la Turquie à gérer les séquelles du génocide arménien, mais cela ne semble être possible que lorsque la Turquie parviendra à développer une véritable démocratie qui amènera son gouvernement à promouvoir une culture de l'autocritique et du respect des droits de l'homme et des minorités ».

Pour M. Balakian, la reconnaissance constitue le premier pas, même si elle se fait attendre. « Voilà plus d'un siècle que nous espérons obtenir un semblant de justice », ajoute-t-il.

 

Avec Agences

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com.

 


Trump juge un accord "très possible" avec l'Iran, les marchés s'emballent

Un vraquier était amarré au port de Port de Fujairah mercredi, alors que le conflit entre les États-Unis, Israël et l’Iran limite le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz. (Reuters)
Un vraquier était amarré au port de Port de Fujairah mercredi, alors que le conflit entre les États-Unis, Israël et l’Iran limite le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz. (Reuters)
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  • Donald Trump affirme qu’un accord de paix avec l’Iran est “très possible” après des discussions jugées positives
  • Les marchés mondiaux réagissent avec optimisme : les Bourses flambent et le pétrole chute fortement, tandis que les tensions militaires restent élevées dans le détroit d’Ormuz et au Liban

WASHINGTON: Donald Trump a jugé mercredi "très possible" un accord de paix avec l'Iran, générant une chute du pétrole et une flambée des places boursières, même s'il a de nouveau agité la menace d'une reprise des bombardements.

"Nous avons eu de très bonnes discussions dans les dernières 24 heures et il est très possible que nous passions un accord", a dit le président américain pendant un échange avec des journalistes dans le Bureau ovale.

Le milliardaire républicain avait déjà évoqué dans la journée une fin de l'opération "Fureur épique" en cas d'accord, menaçant autrement l'Iran de nouveaux bombardements à "une intensité bien plus forte qu'avant", en référence à la campagne américano-israélienne menée du 28 février au cessez-le-feu du 8 avril.

Le principal négociateur iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, a, lui, estimé que Washington cherchait à forcer la "reddition" de Téhéran par une "nouvelle stratégie" visant à "détruire la cohésion du pays".

Mais la République islamique s'est gardée de claquer la porte, le porte-parole de sa diplomatie, Esmaïl Baghaï, affirmant que "l'Iran examinait toujours le plan et la proposition américaine".

- Fête sur les marchés -

Les marchés financiers ont préféré retenir un scénario optimiste. A Tokyo, l'indice Nikkei bondissait de 5,53% peu après 04H30 GMT jeudi, et Hong Kong ou encore Shanghai évoluaient aussi dans le vert. La veille, l'euphorie avait dominé Wall Street et les Bourses européennes.

Le cours du baril de Brent a plongé mercredi de près de 8% à 101,27 dollars, loin du pic des 126 dollars atteint il y a quelques jours. Jeudi en Asie, il évoluait en très légère hausse, à 101,87 dollars.

Mardi, M. Trump avait annoncé, compte tenu des "grands progrès accomplis en vue d'un accord" avec l'Iran, la suspension de l'opération américaine lancée juste la veille pour permettre à des centaines de bateaux coincés dans le Golfe de franchir le détroit d'Ormuz.

Téhéran verrouille ce passage stratégique pour le commerce mondial des hydrocarbures depuis le début de la guerre, qui a fait des milliers de morts, surtout en Iran et au Liban.

Washington maintient son blocus des ports iraniens lancé le 13 avril, et le Pentagone a annoncé mercredi qu'un pétrolier iranien essayant de le forcer avait été "neutralisé" par un tir sur son gouvernail.

Possible signe annonciateur d'une évolution sur le terrain, le porte-avions Charles-de-Gaulle va se prépositionner dans la région du Golfe, selon les autorités françaises, au moment où la coalition montée par Londres et Paris se tient prête à sécuriser le détroit d'Ormuz après un éventuel règlement.

Le président français Emmanuel Macron a souligné mercredi "l'utilité" que cette mission multinationale aurait, dans un appel à son homologue iranien Massoud Pezeshkian, selon un message sur X.

A l'ONU, Washington et les Etats du Golfe ont préparé une résolution au Conseil de sécurité exigeant que Téhéran cesse ses attaques, révèle l'emplacement de ses mines et s'abstienne d'imposer un péage à la navigation, a annoncé le secrétaire d'Etat américain Marco Rubio. Un vote devrait intervenir dans les prochains jours.

Le lancement lundi de l'opération américaine dans le détroit d'Ormuz s'est accompagné d'accrochages en mer entre Iraniens et Américains, et d'attaques contre les Emirats arabes unis imputées à l'Iran mais démenties par lui, après des semaines de calme relatif.

L'Iran a nié jeudi toute implication dans l'explosion survenue sur un cargo sud-coréen, le HMM Namu, dans le détroit lundi, via un communiqué de son ambassade à Séoul.

- "Tous les scénarios" -

Le Premier ministre pakistanais, Shehbaz Sharif, dont le pays a accueilli des négociations directes jusqu'ici sans lendemain entre l'Iran et les Etats-Unis le 11 avril, a dit avoir "bon espoir" que l'actuelle dynamique aboutisse à une paix durable.

Mais en Iran, certains ne cachent pas leur lassitude.

"Que vous soyez en Iran ou non, la pression psychologique est intense. Tout le monde est déprimé et sans espoir à cause de ce jeu psychologique", confie Azadeh, une traductrice de 43 ans jointe par une journaliste de l'AFP à Paris.

Israël est "prêt à tous les scénarios" face à l'Iran, a prévenu le Premier ministre Benjamin Netanyahu. Et l'armée est prête également à reprendre une opération "forte et puissante", selon son chef.

Sur le front libanais, M. Netanyahu a affirmé mercredi soir que l'armée avait visé un commandant de haut rang du Hezbollah à Beyrouth.

Un commandant du groupe pro-iranien a bien été tué dans cette frappe - la première sur la banlieue sud de la capitale depuis le cessez-le-feu du 17 avril, a indiqué à l'AFP une source proche du Hezbollah.

Le ministère de la Santé libanais a aussi recensé 11 morts dans le sud et l'est du pays dans des bombardements israéliens, malgré la trêve imposée par les Etats-Unis.

L'armée israélienne a annoncé l'interception d'une "cible aérienne suspecte" en provenance du Liban après le déclenchement de sirènes dans le nord du pays dans la nuit de mercredi à jeudi.


Regain d'optimisme sur une reprise des négociations entre Téhéran et Washington

Les Etats-Unis et le Pakistan, médiateur dans les discussions avec l'Iran, ont exprimé leurs espoirs d'une reprise des négociations en vue de mettre durablement fin à la guerre au Moyen-Orient qui a ébranlé l'économie mondiale. (AFP)
Les Etats-Unis et le Pakistan, médiateur dans les discussions avec l'Iran, ont exprimé leurs espoirs d'une reprise des négociations en vue de mettre durablement fin à la guerre au Moyen-Orient qui a ébranlé l'économie mondiale. (AFP)
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  • Téhéran verrouille le détroit d'Ormuz depuis le début de la guerre engagée le 28 février par les Etats-Unis et Israël contre la République islamique, qui a fait des milliers de morts, surtout en Iran et au Liban
  • Les marchés financiers ont salué mercredi ce regain d'optimisme, les Bourses européennes gagnant plus de 2% et les cours du pétrole plongeant sous les 100 dollars

WASHINGTON: Les Etats-Unis et le Pakistan, médiateur dans les discussions avec l'Iran, ont exprimé leurs espoirs d'une reprise des négociations en vue de mettre durablement fin à la guerre au Moyen-Orient qui a ébranlé l'économie mondiale.

Les marchés financiers ont salué mercredi ce regain d'optimisme, les Bourses européennes gagnant plus de 2% et les cours du pétrole plongeant sous les 100 dollars.

Alors que le contrôle par l'Iran du détroit d'Ormuz, stratégique pour les hydrocarbures, a provoqué ces deux derniers mois une flambée du prix du pétrole, le baril de Brent perdait vers 10H40 GMT plus de 9%, à 99,64 dollars, loin des 126 dollars d'il y a seulement quelques jours.

Téhéran verrouille le détroit d'Ormuz depuis le début de la guerre engagée le 28 février par les Etats-Unis et Israël contre la République islamique, qui a fait des milliers de morts, surtout en Iran et au Liban.

Alors que le blocage a continué malgré un cessez-le-feu entré en vigueur le 8 avril, Washington a imposé un blocus des ports iraniens puis lancé lundi l'opération Project Freedom ("Projet Liberté") pour permettre à des centaines de bateaux coincés dans le Golfe de franchir le détroit.

Compte tenu des "grands progrès accomplis en vue d'un accord complet et définitif avec les dirigeants iraniens", le projet "sera suspendu pendant une courte période afin de voir si l'accord peut être finalisé et signé", a écrit mardi le président américain sur son réseau Truth Social.

"Bon espoir" 

Il a précisé que cette pause avait été décidée notamment à la demande du Pakistan, tout en faisant état du maintien du blocus américain des ports iraniens.

Le Premier ministre pakistanais, Shehbaz Sharif, dont le pays avait accueilli des négociations directes entre l'Iran et les Etats-Unis le 11 avril, a dit avoir "bon espoir" que l'actuelle dynamique aboutisse à une paix durable.

"La fin du Projet Liberté est probablement survenue lorsque Trump a réalisé que le recours à la force n'allait non seulement échouer à produire le résultat escompté mais fermerait également la porte aux premiers véritables signes d'une voie négociée", a estimé sur X l'analyste Ali Vaez, de l'International Crisis Group.

Selon deux responsables américains et deux autres sources au fait du dossier cités par le site américain Axios, la Maison Blanche estime être sur le point de conclure "un protocole d'accord d'une page visant à mettre fin au conflit et à établir un cadre en vue de négociations nucléaires plus approfondies".

L'Iran a envoyé son chef de la diplomatie, Abbas Araghchi, en Chine, principal pays acheteur de pétrole iranien.

A l'occasion de sa visite, il a abordé "les négociations en cours" sans commenter une éventuelle reprise. "La question du détroit d'Ormuz a fait l'objet de discussions approfondies, et nous avons évoqué la nécessité de respecter les droits de la République islamique d'Iran ainsi que l'ensemble des points de vue existants", a-t-il ajouté sur la télévision d'Etat.

Le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi a de son côté réclamé un arrêt "complet" des hostilités au Moyen-Orient et appelé Etats-Unis et Iran à rouvrir "le plus vite possible" le détroit d'Ormuz.

Il a aussi défendu le "droit légitime" de l'Iran au nucléaire civil, alors que ce dossier est un des points d'achoppement pour la reprise des discussions avec Washington.

Les Etats-Unis et Israël accusent l'Iran de chercher à obtenir l'arme nucléaire, ce qui est vivement démenti par Téhéran.

La visite de M. Araghchi intervient en amont de celle de Donald Trump en Chine, prévue le 14 et 15 mai, où il doit rencontrer son homologue Xi Jinping.

"Jeu psychologique" 

En Iran, certains ne cachent pas leur fatigue et leur lassitude face aux tergiversations sur les négociations.

"Que vous soyez en Iran ou non, la pression psychologique est intense. Tout le monde est déprimé et sans espoir à cause de ce jeu psychologique", confie Azadeh, une traductrice de 43 ans jointe par une journaliste de l'AFP à Paris.

Le lancement lundi du "Projet Liberté" s'est accompagné d'accrochages en mer et d'attaques contre les Emirats arabes unis imputés à l'Iran, après des semaines de calme relatif.

L'armateur français CMA CGM a en outre confirmé mercredi que son porte-conteneur San Antonio battant pavillon maltais avait fait l'objet d'une attaque la veille dans le détroit d'Ormuz, faisant des blessés parmi les membres d'équipage.

Sur le font libanais, l'armée israélienne a annoncé avoir mené de nouvelles frappes dans "plusieurs zones" du Liban contre des cibles du mouvement pro-iranien Hezbollah, après avoir appelé la population de 12 villages à évacuer.

Le ministère de la Santé libanais a fait état de quatre morts dans l'est du pays dans un bombardement israélien.

Les hostilités entre Israël et le Hezbollah se poursuivent malgré un cessez-le-feu entré en vigueur 17 avril.


L'ONU demande la libération «immédiate» par Israël des militants de la «flottile pour Gaza»

L'ONU a demandé mercredi la libération "immédiate" par Israël du Brésilien Thiago Avila et de l'Espagnol Saïf Abu Keshek, militants pro-palestiniens de la flottille pour Gaza. (AFP)
L'ONU a demandé mercredi la libération "immédiate" par Israël du Brésilien Thiago Avila et de l'Espagnol Saïf Abu Keshek, militants pro-palestiniens de la flottille pour Gaza. (AFP)
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  • L'ONU a demandé mercredi la libération "immédiate" par Israël du Brésilien Thiago Avila et de l'Espagnol Saïf Abu Keshek, militants pro-palestiniens de la flottille pour Gaza
  • "Israël doit libérer immédiatement et sans condition Saïf Abu Keshek et Thiago Avila"

GENEVE: L'ONU a demandé mercredi la libération "immédiate" par Israël du Brésilien Thiago Avila et de l'Espagnol Saïf Abu Keshek, militants pro-palestiniens de la flottille pour Gaza.

"Israël doit libérer immédiatement et sans condition Saïf Abu Keshek et Thiago Avila", a déclaré un porte-parole du Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'homme, Thameen Al-Kheetan, faisant état de témoignages selon lesquels les deux militants subissent "de graves mauvais traitements".