Joe Biden reconnaît le génocide arménien

Le président américain Joe Biden (photo de gauche). Le Premier ministre arménien Nikol Pashinyan dépose des fleurs au mémorial Tsitsernakaberd à Erevan le 24 avril 2021 (AFP)
Le président américain Joe Biden (photo de gauche). Le Premier ministre arménien Nikol Pashinyan dépose des fleurs au mémorial Tsitsernakaberd à Erevan le 24 avril 2021 (AFP)
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Publié le Samedi 24 avril 2021

Joe Biden reconnaît le génocide arménien

  • Joe Biden a reconnu samedi le génocide arménien, devenant le premier président des Etats-Unis à qualifier ainsi la mort d'un million et demi d'Arméniens massacrés par l'Empire ottoman en 1915
  • «Le peuple américain honore tous ces Arméniens qui ont péri dans le génocide qui a commencé il y a 106 ans aujourd'hui», a déclaré Biden

WASHINGTON: Joe Biden a reconnu samedi le génocide arménien, devenant le premier président des Etats-Unis à qualifier ainsi la mort d'un million et demi d'Arméniens massacrés par l'Empire ottoman en 1915.

La déclaration traditionnelle de la Maison Blanche à l'occasion de la journée de commémoration, le 24 avril, mentionne pour la première fois le mot «génocide».

«Les Américains honorent tous les Arméniens qui ont péri dans le génocide qui a commencé il y a 106 ans aujourd'hui», a écrit Joe Biden.

«Nous affirmons l'histoire. Nous ne faisons pas cela pour accabler quiconque mais pour nous assurer que ce qui s'est passé ne se répète jamais», a-t-il ajouté.

Immédiatement après la diffusion du communiqué de la Maison Blanche, le président turc Recep Tayyip Erdogan a dénoncé «la politisation par des tiers» du débat autour de cette époque de l'histoire.

Le génocide arménien est reconnu par plus d'une vingtaine de pays et de nombreux historiens mais il est vigoureusement contesté par la Turquie.

Joe Biden, qui avait promis durant sa campagne électorale de prendre l'initiative sur ce dossier, a informé vendredi de sa décision son homologue turc Recep Tayyip Erdogan lors d'une conversation téléphonique.

Les deux dirigeants ont convenu de se rencontrer en juin en marge du sommet de l'Otan à Bruxelles.

Il s'agit «d'honorer les victimes, pas d'accabler qui que ce soit», a souligné une responsable américaine, sous couvert de l'anonymat.

«Nous continuons de considérer la Turquie comme un allié crucial au sein de l'Otan, a-t-elle ajouté.

«Il y a de nombreux intérêts partagés, mais en même temps ce n'est un secret pour personne qu'il y a aussi des divergences entre nos pays», a-t-elle encore dit.

Selon elle, «le président veut vraiment promouvoir le respect des droits humains à travers le monde, et travailler pour faire en sorte que de telles atrocités ne se répètent pas»

«Une part cruciale de ce processus est de prendre acte des faits historiques», a-t-elle plaidé.

Dans son communiqué, Joe Biden insiste sur la nécessité de se tourner vers le futur, «vers le monde que nous voulons construire pour nos enfants».

«Réaffirmons notre engagement commun à éviter de futures atrocités où que ce soit dans le monde», a-t-il ajouté.

 

La Turquie actuelle se refuse à reconnaître les crimes commis à l'aube de l'ancien régime

À ce jour, la Turquie actuelle se refuse à reconnaître les crimes commis à l'aube de l'ancien régime.

Peu importe où ils vivent. Que ce soit au Moyen-Orient, en Amérique du Nord, en Russie ou dans l'Arménie d'aujourd'hui, chaque arménien a probablement un parent, un grand-parent ou un arrière-grand-parent qui a assisté en personne à ce génocide.

Cette année, ils seront nombreux à guetter la reconnaissance officielle du génocide par le gouvernement des États-Unis.

« Aujourd’hui, presque chaque Arménien est le descendant d'une personne ayant survécu au génocide arménien », lance Chris Bohjalian, auteur de « The Sandcastle Girls » (Les filles du château de sable), un best-seller selon le classement du New York Times. Ce roman historique, publié en 2012, s'inspire de son héritage arménien et de l'expérience vécue par ses grands-parents.

« L'Empire ottoman a méthodiquement massacré 1,5 million de citoyens arméniens, plus 300 000 Assyriens et d'innombrables Grecs. Une génération plus tôt, 250 000 Arméniens avaient été exterminés lors des massacres de Hamidian.  Pourtant, la Turquie rejette la responsabilité du sang qui recouvre les mains de son prédécesseur ottoman », a-t-il déclaré à Arab News.

En cette journée printanière qui a marqué les premiers mois de la Première Guerre mondiale, les autorités ottomanes ont rassemblé et exécuté des centaines d'intellectuels arméniens. Dans les semaines qui suivirent, des milliers d'Arméniens ont dû fuir leurs maisons pour se lancer dans des marches de la mort traversant ainsi le désert de Mésopotamie.

« Cette journée revêt une grande importance pour les Arméniens : nous faisons le deuil de nos ancêtres, de la grande partie de notre patrie et de notre culture dans l'est de la Turquie qui nous ont été dérobés – nous pleurons tout cela comme si c'était une blessure encore ouverte, car la Turquie n'a pas reconnu ce crime et une grande partie du monde ignore même qu'il a eu lieu ou son ampleur, à supposer qu'ils en sachent peu de choses – ».

En fait, M. Bohjalian se demande si l'holocauste nazi, survenu un quart de siècle plus tard, se serait produit si le génocide arménien n'avait pas créé un précédent.

Une photo publiée par le Musée-Institut du génocide arménien, datant de 1915, montre des soldats debout au-dessus des crânes de victimes du village arménien de Sheyxalan, dans la vallée de la Mush, sur le front du Caucase, pendant la Première Guerre mondiale. (STR/AGMI/AFP)
Une photo publiée par le Musée-Institut du génocide arménien, datant de 1915, montre des soldats debout au-dessus des crânes de victimes du village arménien de Sheyxalan, dans la vallée de la Mush, sur le front du Caucase, pendant la Première Guerre mondiale. (STR/AGMI/AFP)

« Peut-être. Mais dans son ouvrage ‘Justifying Genocide’ (Justifier le génocide), l'universitaire Stefan Ihrig soutient avec force que le génocide arménien a facilité la survenue de l'Holocauste. Voici la phrase la plus citée de mon roman Les filles du château de sable : ‘Il existe un fil reliant les Arméniens et les Juifs, et les populations du Cambodge, de la Bosnie et du Rwanda. Évidemment, il en existe d'autres, mais en réalité, combien de génocides une phrase peut-elle rassembler?’ Je pense donc que nous avons encore des leçons à apprendre », a-t-il ajouté.

En effet, on établit souvent un certain parallélisme entre le génocide arménien et les nombreux déplacements de population et massacres qui lui ont succédé au cours du XXe siècle.

Joseph Kechichian, chercheur principal au King Faisal Center for Research and Islamic Studies, à Riyad, explique à Arab News que « (l'ancien leader allemand Adolf) Hitler est fameux pour l'expression ‘qui se souvient de l’extermination des Arméniens ?’ lorsqu'il a entrepris ses actions meurtrières ».

« On peut dire que la deuxième conséquence significative du génocide arménien concerne le refus de la part des gouvernements turcs successifs de reconnaître ce crime qui a pourtant été confirmé par les derniers dirigeants ottomans. Ceux-ci ont même poursuivi en justice un certain nombre de fonctionnaires reconnus coupables ».

« Le terme ‘contesté’ ne suffit même pas à décrire la douleur que ressentent les Arméniens, dans la mesure où le déni a abouti à un second génocide, bien que psychologique. Les Turcs honnêtes – et ils sont nombreux – admettront un jour les chapitres sombres de leur histoire et les accepteront. Mais il semble que cela se fera attendre », déclare-t-il.

Ainsi, la Turquie admet que de nombreux Arméniens ont été assassinés au cours d'affrontements avec les forces ottomanes pendant la Première Guerre mondiale. Néanmoins, elle conteste les chiffres et réfute l'idée que ces meurtres soient orchestrés ou qu'ils relèvent d'un génocide.

 La grand-mère paternelle de Kechichian comptait parmi les victimes. « Essayez d'imaginer à quoi cela ressemble de grandir sans grand-mère pour moi – et de grandir sans mère pour mon père orphelin – », poursuit-il.

« Jamais nous n'avons pu embrasser sa main, ne serait-ce qu'une fois, et elle nous manquait tout le temps. Nous évoquions sans cesse son souvenir et feu mon père avait les larmes aux yeux chaque fois qu'il pensait à sa mère ».

EN CHIFFRES

* 1,5 million de décès est l'estimation la plus élevée du nombre d'Arméniens massacrés ou morts de faim ou d'épuisement.

Pratiquement chaque famille arménienne peut raconter une histoire comme celle-là.

« Mais nous sommes des croyants et nous prions pour que les âmes des personnes disparues reposent en paix. Nous implorons le Seigneur de pardonner à ceux qui ont commis ces atrocités et d'éclairer leurs successeurs pour qu'ils trouvent eux aussi la paix. Le déni est hideux et indigne. Il fait du tort aux survivants et à leur progéniture, peu importe le temps écoulé », déclare M. Kechichian.

Pour Armen Sahakyan, directeur exécutif de l'Armenian National Committee of America - Western Region, le génocide n'a guère pris fin.

« Il perdure aujourd’hui par les tentatives continues de la Turquie et de l'Azerbaïdjan d'attaquer et de supprimer la présence des Arméniens dans leur terre ancestrale », confie-t-il à Arab News, faisant référence à la guerre du Haut-Karabakh survenue l'année dernière.

« Le génocide arménien constitue le 'péché originel' de la Turquie, un prélude à plus d'un siècle de violations des droits de l'homme et de répression contre tous les dissidents de l'État turc ; il sape également l'avenir démocratique du pays ».

Selon M. Sahakyan, si la Turquie ne résout pas le génocide arménien de manière véridique, juste et exhaustive, elle ne parviendra jamais à devenir un allié de confiance de l'Occident et «  maintiendra sa politique destructrice, tant dans son pays qu'à l'étranger et dans toute la Méditerranée ».

Par ailleurs, le président américain Joe Biden a fait savoir qu'il reconnaîtrait officiellement comme génocide la déportation et le massacre du peuple arménien en 1915 - une décision qui créerait une rupture significative avec les administrations américaines précédentes, qui ont toujours veillé à ne pas offenser leur allié de l'Otan, à savoir la Turquie.

Le président américain Joe Biden a fait savoir qu'il reconnaîtrait officiellement comme un génocide la déportation et le massacre du peuple arménien en 1915. (AFP/File Photo)
Le président américain Joe Biden a fait savoir qu'il reconnaîtrait officiellement comme un génocide la déportation et le massacre du peuple arménien en 1915. (AFP/File Photo)

Toujours prêt à réagir à chaud, le gouvernement turc a averti les États-Unis qu'ils « étaient tenus de respecter le droit international ».

Dans un entretien accordé récemment à la chaîne de télévision Haberturk, le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu, a précisé que « les déclarations qui ne revêtent pas de valeur juridique ne présentent aucun avantage ; au contraire, elles portent préjudice aux relations entre les deux pays. Il appartient aux États-Unis de décider s’ils souhaitent envenimer les relations avec la Turquie ».

Selon M. Bohjalian, la reconnaissance du  génocide arménien par Washington revêt une grande signification. « Je m'en réjouirais. Mais la justice sera-t-elle un jour rétablie ? Nous entendrons peut être un président américain prononcer le mot 'génocide' le 24 avril de cette année, mais récupérerons-nous un jour Van ? Ararat ? Shusha ? Pas de mon vivant, en tout cas. Néanmoins, j'espère de tout cœur que M. Biden prononcera le mot 'génocide' ».

D'après M. Sahakyan, cette reconnaissance de la Maison Blanche, dans le sillage des résolutions du Congrès de 2019, marquerait le couronnement d'un siècle d'efforts ininterrompus déployés par la communauté arméno-américaine et par les amis de l'Arménie.

« Cela doit guider la politique américaine, à tous les niveaux, y compris en ce qui concerne le soutien à l'Arménie contre les tentatives continues d'Ankara et de Bakou – l’Arménie qui, après avoir survécu à un génocide, subit aujourd'hui un blocus, un isolement, une partition –».

Des orphelins arméniens lors de leur déportation de Turquie aux alentours de l'année 1920. (Shutterstock/File Photo)
Des orphelins arméniens lors de leur déportation de Turquie aux alentours de l'année 1920. (Shutterstock/File Photo)

« La reconnaissance par les États-Unis du génocide arménien permettrait également de rendre hommage au rôle héroïque de l'Amérique qui a sauvé des centaines de milliers de survivants du génocide grâce au Near East Relief », a-t-il ajouté.

Un siècle plus tard, le génocide continue de faire date dans l'histoire moderne et entache encore aujourd'hui le visage de la Turquie, a déclaré Peter Balakian, auteur de l'ouvrage « The Burning Tigris : The Armenian Genocide and America's Response » (Le Tigre brûlant : le génocide arménien et la réponse de l'Amérique), un autre best-seller du New York Times.

Il a déclaré à Arab News que « la Turquie n'a pas présenté d'excuses, et elle a refusé toute restitution et compensation. D'autres nations ont appelé la Turquie à gérer les séquelles du génocide arménien, mais cela ne semble être possible que lorsque la Turquie parviendra à développer une véritable démocratie qui amènera son gouvernement à promouvoir une culture de l'autocritique et du respect des droits de l'homme et des minorités ».

Pour M. Balakian, la reconnaissance constitue le premier pas, même si elle se fait attendre. « Voilà plus d'un siècle que nous espérons obtenir un semblant de justice », ajoute-t-il.

 

Avec Agences

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com.

 


L'Iran verrouille de nouveau le détroit d'Ormuz face au blocus américain

Une vue aérienne par drone montre le pétrolier battant pavillon maltais Agios Fanourios I, ayant traversé le détroit d’Ormuz, arrivant dans les eaux territoriales de l’Irak au large de Bassora, le 17 avril 2026. (REUTERS)
Une vue aérienne par drone montre le pétrolier battant pavillon maltais Agios Fanourios I, ayant traversé le détroit d’Ormuz, arrivant dans les eaux territoriales de l’Irak au large de Bassora, le 17 avril 2026. (REUTERS)
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  • L’Iran rétablit un contrôle strict du détroit d’Ormuz, accusant les États-Unis de violer leurs engagements en maintenant le blocus maritime malgré des signes d’ouverture
  • Les tensions persistent malgré des efforts diplomatiques et des cessez-le-feu fragiles, avec un impact direct sur le trafic maritime, les marchés pétroliers et la stabilité régionale

TEHERAN: L'Iran a annoncé samedi reprendre "le strict contrôle" du détroit d'Ormuz en réaction au maintien du blocus américain des ports iraniens, revenant sur sa décision de la veille de rouvrir cette voie maritime stratégique.

Téhéran avait "accepté de bonne foi d'autoriser le passage d'un nombre limité de pétroliers et de navires commerciaux" mais les Américains, violant leur engagement, "continuent de se livrer à des actes de piraterie sous couvert du soi-disant blocus", a dénoncé le commandement des forces armées iraniennes.

"Pour cette raison", la situation est revenue "à son état antérieur, et ce passage stratégique est désormais placé sous le contrôle strict" de l'Iran, a-t-il ajouté.

Cette annonce intervient en plein ballet diplomatique pour essayer de mettre fin à la guerre au Moyen-Orient, au-delà du cessez-le-feu de deux semaines entré en vigueur le 8 avril entre Iran et Etats-Unis.

Plus tôt samedi matin, le site MarineTraffic montrait une timide reprise du trafic commercial dans le détroit: plus d'une dizaine de bâtiments y circulaient, dont plusieurs pétroliers, mais au moins deux semblaient faire demi-tour vers 09H00 GMT.

Un paquebot de croisière, le Celestyal Discovery, a franchi la voie maritime sans passagers pour relier Dubaï à Mascate, une première depuis le début des hostilités le 28 février, selon la même source.

Avant la guerre, quelque 120 bâtiments franchissaient quotidiennement ce goulet, d'après le journal spécialisé Lloyd's List.

- 21 navires bloqués -

Après l'annonce par Téhéran de la réouverture du détroit vendredi, Donald Trump avait affirmé que le blocus américain des ports iraniens demeurerait "totalement en vigueur" jusqu'à la fin des négociations, et qu'il "continuerait" si aucun accord n'était atteint à l'issue des négociations.

"Depuis le début du blocus, 21 navires ont obtempéré aux directives des forces américaines leur ordonnant de faire demi-tour et de retourner en Iran", a indiqué samedi sur X le commandement central américain.

En Iran, le journal conservateur Kayhan avait manifesté son hostilité au processus de détente, jugeant qu'"ouvrir l'artère vitale d'Ormuz avant d'avoir reçu des dédommagements, la levée totale des sanctions (...) donne à l'ennemi perfide la possibilité de reprendre des forces en plein milieu de la bataille".

La reprise du trafic dans le détroit avait donné un coup de fouet aux marchés financiers et provoqué un fort repli des cours du pétrole, alors qu'un cinquième du pétrole brut et du gaz naturel liquéfié mondiaux transitent habituellement par cette voie maritime.

- Diplomatie pakistanaise -

Vendredi, M. Trump a déclaré à l'AFP qu'un accord de paix était "très proche" et affirmé que l'Iran avait accepté de remettre son uranium enrichi, un point clé des négociations alors que les Etats-Unis et Israël accusent la République islamique de vouloir se doter de la bombe atomique - ce qu'elle dément.

Mais Téhéran a nié avoir accepté le transfert de ces stocks de matière fissile.

Le chef de l'armée et le Premier ministre pakistanais ont annoncé samedi avoir bouclé des visites diplomatiques distinctes dans le cadre des efforts de paix, en Iran d'une part et en Arabie Saoudite, au Qatar et en Turquie d'autre part.

"Je quitte Antalya (Turquie) (...) avec une détermination renouvelée (...) à poursuivre notre étroite coopération visant à promouvoir le dialogue et la diplomatie pour une paix et une stabilité durables dans la région", a tweeté le chef du gouvernement, Shehbaz Sharif.

Des pourparlers directs entre Iran et Etats-Unis, les premiers en personne à un tel niveau depuis la Révolution islamique de 1979, se sont tenus le 11 avril à Islamabad mais ont échoué. De nouvelles discussions pourraient avoir lieu au Pakistan dans les jours qui viennent.

Parmi les signes de retour à la normale, l'Iran a annoncé la réouverture partielle samedi de son espace aérien, fermé depuis l'offensive israélo-américaine contre son territoire le 28 février, ainsi que de plusieurs aéroports dont les deux les plus importants de Téhéran.

- "Accord permanent" espéré par le Liban -

Au Liban, l'autre front de la guerre, de nombreux déplacés ont pris la route pour regagner leurs foyers, dans le sud du pays ou la banlieue sud de Beyrouth, bastion du Hezbollah.

La cessation des hostilités entre Israël et le mouvement pro-iranien a débuté vendredi à minuit (21H00 GMT jeudi), après un mois et demi de conflit qui a fait côté libanais près de 2.300 morts et jeté sur les routes plus d'un million de personnes.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a prévenu qu'Israël n'avait "pas encore fini" le travail pour obtenir le désarmement du Hezbollah. L'armée israélienne reste présente au Liban dans une bande de dix kilomètres de profondeur depuis la frontière.

Mais Donald Trump, qui a arraché cette trêve de dix jours, a haussé le ton à l'égard de son allié: "Israël ne bombardera plus le Liban. Ils ont INTERDICTION de le faire de la part des Etats-Unis. Ça suffit !!!", a-t-il martelé.

Le Liban travaille désormais à "un accord permanent" avec Israël, selon son président Joseph Aoun, qui a promis de "sauvegarder les droits" du peuple et de ne pas "céder un iota du territoire national" dans les discussions.

Le Hezbollah, qui a attaqué Israël début mars en représailles à l'attaque israélo-américaine contre l'Iran, a prévenu que ses combattants gardaient le "doigt sur la gâchette" et se méfiaient "de la traîtrise de l'ennemi".


Le chef de l'ONU appelle «tous les acteurs» à respecter le cessez-le-feu au Liban

Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres, saluant le cessez-le-feu entre le Liban et Israël, a appelé "tous les acteurs" à le respecter "pleinement", a indiqué jeudi son porte-parole dans un communiqué. (AFP)
Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres, saluant le cessez-le-feu entre le Liban et Israël, a appelé "tous les acteurs" à le respecter "pleinement", a indiqué jeudi son porte-parole dans un communiqué. (AFP)
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  • "Le secrétaire général salue l'annonce d'un cessez-le-feu de dix jours entre Israël et le Liban" ainsi que le rôle des Etats-Unis pour y parvenir, et "espère que ce cessez-le-feu ouvrira la voie à des négociations"
  • "Il appelle tous les acteurs à respecter pleinement le cessez-le-feu et à respecter leurs obligations en vertu du droit international"

NATIONS-UNIES: Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres, saluant le cessez-le-feu entre le Liban et Israël, a appelé "tous les acteurs" à le respecter "pleinement", a indiqué jeudi son porte-parole dans un communiqué.

"Le secrétaire général salue l'annonce d'un cessez-le-feu de dix jours entre Israël et le Liban" ainsi que le rôle des Etats-Unis pour y parvenir, et "espère que ce cessez-le-feu ouvrira la voie à des négociations", a déclaré Stéphane Dujarric dans un communiqué.

"Il appelle tous les acteurs à respecter pleinement le cessez-le-feu et à respecter leurs obligations en vertu du droit international", a-t-il ajouté, une formulation qui peut viser Israël et le Liban, mais aussi le Hezbollah.

 

 

 


Trump estime les Etats-Unis et l'Iran «très proches» d'un accord

Donald Trump a estimé jeudi que les Etats-Unis et l'Iran étaient "très proches" d'un accord et affirmé que Téhéran acceptait de se séparer de son uranium enrichi, une des exigences majeures de Washington. (AFP)
Donald Trump a estimé jeudi que les Etats-Unis et l'Iran étaient "très proches" d'un accord et affirmé que Téhéran acceptait de se séparer de son uranium enrichi, une des exigences majeures de Washington. (AFP)
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  • "Nous sommes très proches de conclure un accord avec l'Iran", a déclaré le président américain aux journalistes à la Maison Blanche, ajoutant qu'il envisagerait de se rendre au Pakistan, qui agit en médiateur, si une signature se concrétisait
  • "Il y a de très bonnes chances que nous parvenions à un accord", a-t-il insisté

WASHINGTON: Donald Trump a estimé jeudi que les Etats-Unis et l'Iran étaient "très proches" d'un accord et affirmé que Téhéran acceptait de se séparer de son uranium enrichi, une des exigences majeures de Washington.

"Nous sommes très proches de conclure un accord avec l'Iran", a déclaré le président américain aux journalistes à la Maison Blanche, ajoutant qu'il envisagerait de se rendre au Pakistan, qui agit en médiateur, si une signature se concrétisait.

"Il y a de très bonnes chances que nous parvenions à un accord", a-t-il insisté.

"Ils ont accepté de nous rendre la poussière nucléaire", a assuré Donald Trump sans plus de détail, utilisant le terme qu'il emploie pour désigner les stocks d'uranium enrichi, une des demandes américaines clés pour parvenir à un accord.

La République islamique n'a pas confirmé cet élément dans l'immédiat.

Donald Trump a en outre annoncé jeudi un cessez-le-feu de dix jours sur le front libanais, qui est entré en vigueur à 21h00 GMT. Cette trêve, dont sont convenus le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et le président du Liban Joseph Aoun, inclut le Hezbollah libanais, mouvement chiite pro-iranien, a dit le président américain.

"Pas de date"

Entre l'Iran et les Etats-Unis, les tractations se poursuivent sous l'égide du Pakistan afin d'organiser une deuxième session de négociations, après l'échec de la première à Islamabad le week-end dernier, pour mettre durablement fin à la guerre.

L'influent chef de l'armée pakistanaise Asim Munir était en Iran jeudi pour y rencontrer le président du Parlement Mohammad Bagher Ghalibaf, considéré comme le principal interlocuteur du côté de Téhéran.

Face à un conflit qui a fait des milliers de morts, principalement en Iran et au Liban, depuis l'offensive israélo-américaine déclenchée le 28 février, et qui secoue l'économie mondiale, le monde espère a minima une prolongation du cessez-le-feu de deux semaines, en vigueur depuis le 8 avril.

Il n'y a pour l'instant "pas de date" fixée pour un deuxième round de discussions, a indiqué le porte-parole du ministère pakistanais des Affaires étrangères.

Pour l'heure, l'Iran verrouille toujours le détroit d'Ormuz, et Washington impose depuis lundi un blocus sur les navires en provenance ou à destination des ports iraniens.

"Si l'Iran fait le mauvais choix, alors il y aura un blocus et des bombes qui tomberont sur ses infrastructures électriques et énergétiques", a menacé le ministre de la Défense américain Pete Hegseth.

L'Iran menace lui de bloquer également la mer Rouge, tout en réaffirmant sa volonté de négocier.

L'ambassadeur iranien à l'ONU a qualifié Téhéran de "prudemment optimiste" quant à ces pourparlers et a exprimé son espoir d'un "résultat significatif".

Première historique ? 

Israël a de son côté menacé l'Iran de frappes "encore plus douloureuses" s'il refusait de se plier aux demandes des Etats-Unis, notamment sur l'armement nucléaire.

A Washington, la Chambre des représentants a rejeté à nouveau jeudi une initiative des députés démocrates qui souhaitaient forcer Donald Trump à obtenir l'aval du Congrès pour éventuellement poursuivre les hostilités contre l'Iran.

La France a annoncé jeudi soir qu'une "trentaine de participants" assisteraient vendredi à une visoconférence coprésidée par Emmanuel Macron et le Premier ministre britannique Keir Starmer visant à mettre en place une mission de sécurisation du détroit d'Ormuz quand les conditions le permettront.

Au Liban, "les deux parties veulent la PAIX, et je crois que ça va se réaliser rapidement", a commenté Donald Trump, avant d'inviter les dirigeants israélien et libanais à se rencontrer à la Maison Blanche "au cours des quatre ou cinq prochains jours" - une première à un tel niveau de représentation entre les deux pays depuis 1993.

Le Liban s'est engagé à prendre des "mesures concrètes pour empêcher" toute attaque du Hezbollah contre Israël dans le cadre de la trêve, selon la diplomatie américaine.

Le mouvement pro-iranien compte respecter le cessez-le-feu "à condition qu'il s'agisse d'un arrêt global des hostilités contre nous", a déclaré à l'AFP un de ses députés, Ibrahim Moussaoui.

Echange de tirs 

S'il y voit une occasion de "paix historique" avec Beyrouth, Benjamin Netanyahu a rappelé son exigence d'un désarmement du Hezbollah comme préalable et indiqué que l'armée israélienne allait maintenir sa présence "dans le sud (du Liban) dans une bande frontalière de dix kilomètres de profondeur".

Dans les heures qui ont précédé l'entrée en vigueur de la trêve, Israël et le Hezbollah ont échangé de nouveaux tirs transfrontaliers.

L'armée israélienne a annoncé avoir frappé des lanceurs de roquettes du Hezbollah après que deux personnes ont été blessées, dont une grièvement, par des tirs vers le nord du pays,selon un bilan de l'équivalent israélien de la Croix-Rouge.

Plus tôt dans la journée, au moins sept personnes ont été tuées et 33 blessées dans une frappe israélienne sur le village de Ghazieh, dans le sud du Liban, selon les autorités.

Depuis que le Liban a été entraîné dans la guerre au Moyen-Orient début mars quand le Hezbollah a visé Israël pour soutenir l'Iran, les frappes israéliennes sur le Liban ont fait plus de 2.000 morts et un million de déplacés.