Joe Biden reconnaît le génocide arménien

Le président américain Joe Biden (photo de gauche). Le Premier ministre arménien Nikol Pashinyan dépose des fleurs au mémorial Tsitsernakaberd à Erevan le 24 avril 2021 (AFP)
Le président américain Joe Biden (photo de gauche). Le Premier ministre arménien Nikol Pashinyan dépose des fleurs au mémorial Tsitsernakaberd à Erevan le 24 avril 2021 (AFP)
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Publié le Samedi 24 avril 2021

Joe Biden reconnaît le génocide arménien

  • Joe Biden a reconnu samedi le génocide arménien, devenant le premier président des Etats-Unis à qualifier ainsi la mort d'un million et demi d'Arméniens massacrés par l'Empire ottoman en 1915
  • «Le peuple américain honore tous ces Arméniens qui ont péri dans le génocide qui a commencé il y a 106 ans aujourd'hui», a déclaré Biden

WASHINGTON: Joe Biden a reconnu samedi le génocide arménien, devenant le premier président des Etats-Unis à qualifier ainsi la mort d'un million et demi d'Arméniens massacrés par l'Empire ottoman en 1915.

La déclaration traditionnelle de la Maison Blanche à l'occasion de la journée de commémoration, le 24 avril, mentionne pour la première fois le mot «génocide».

«Les Américains honorent tous les Arméniens qui ont péri dans le génocide qui a commencé il y a 106 ans aujourd'hui», a écrit Joe Biden.

«Nous affirmons l'histoire. Nous ne faisons pas cela pour accabler quiconque mais pour nous assurer que ce qui s'est passé ne se répète jamais», a-t-il ajouté.

Immédiatement après la diffusion du communiqué de la Maison Blanche, le président turc Recep Tayyip Erdogan a dénoncé «la politisation par des tiers» du débat autour de cette époque de l'histoire.

Le génocide arménien est reconnu par plus d'une vingtaine de pays et de nombreux historiens mais il est vigoureusement contesté par la Turquie.

Joe Biden, qui avait promis durant sa campagne électorale de prendre l'initiative sur ce dossier, a informé vendredi de sa décision son homologue turc Recep Tayyip Erdogan lors d'une conversation téléphonique.

Les deux dirigeants ont convenu de se rencontrer en juin en marge du sommet de l'Otan à Bruxelles.

Il s'agit «d'honorer les victimes, pas d'accabler qui que ce soit», a souligné une responsable américaine, sous couvert de l'anonymat.

«Nous continuons de considérer la Turquie comme un allié crucial au sein de l'Otan, a-t-elle ajouté.

«Il y a de nombreux intérêts partagés, mais en même temps ce n'est un secret pour personne qu'il y a aussi des divergences entre nos pays», a-t-elle encore dit.

Selon elle, «le président veut vraiment promouvoir le respect des droits humains à travers le monde, et travailler pour faire en sorte que de telles atrocités ne se répètent pas»

«Une part cruciale de ce processus est de prendre acte des faits historiques», a-t-elle plaidé.

Dans son communiqué, Joe Biden insiste sur la nécessité de se tourner vers le futur, «vers le monde que nous voulons construire pour nos enfants».

«Réaffirmons notre engagement commun à éviter de futures atrocités où que ce soit dans le monde», a-t-il ajouté.

 

La Turquie actuelle se refuse à reconnaître les crimes commis à l'aube de l'ancien régime

À ce jour, la Turquie actuelle se refuse à reconnaître les crimes commis à l'aube de l'ancien régime.

Peu importe où ils vivent. Que ce soit au Moyen-Orient, en Amérique du Nord, en Russie ou dans l'Arménie d'aujourd'hui, chaque arménien a probablement un parent, un grand-parent ou un arrière-grand-parent qui a assisté en personne à ce génocide.

Cette année, ils seront nombreux à guetter la reconnaissance officielle du génocide par le gouvernement des États-Unis.

« Aujourd’hui, presque chaque Arménien est le descendant d'une personne ayant survécu au génocide arménien », lance Chris Bohjalian, auteur de « The Sandcastle Girls » (Les filles du château de sable), un best-seller selon le classement du New York Times. Ce roman historique, publié en 2012, s'inspire de son héritage arménien et de l'expérience vécue par ses grands-parents.

« L'Empire ottoman a méthodiquement massacré 1,5 million de citoyens arméniens, plus 300 000 Assyriens et d'innombrables Grecs. Une génération plus tôt, 250 000 Arméniens avaient été exterminés lors des massacres de Hamidian.  Pourtant, la Turquie rejette la responsabilité du sang qui recouvre les mains de son prédécesseur ottoman », a-t-il déclaré à Arab News.

En cette journée printanière qui a marqué les premiers mois de la Première Guerre mondiale, les autorités ottomanes ont rassemblé et exécuté des centaines d'intellectuels arméniens. Dans les semaines qui suivirent, des milliers d'Arméniens ont dû fuir leurs maisons pour se lancer dans des marches de la mort traversant ainsi le désert de Mésopotamie.

« Cette journée revêt une grande importance pour les Arméniens : nous faisons le deuil de nos ancêtres, de la grande partie de notre patrie et de notre culture dans l'est de la Turquie qui nous ont été dérobés – nous pleurons tout cela comme si c'était une blessure encore ouverte, car la Turquie n'a pas reconnu ce crime et une grande partie du monde ignore même qu'il a eu lieu ou son ampleur, à supposer qu'ils en sachent peu de choses – ».

En fait, M. Bohjalian se demande si l'holocauste nazi, survenu un quart de siècle plus tard, se serait produit si le génocide arménien n'avait pas créé un précédent.

Une photo publiée par le Musée-Institut du génocide arménien, datant de 1915, montre des soldats debout au-dessus des crânes de victimes du village arménien de Sheyxalan, dans la vallée de la Mush, sur le front du Caucase, pendant la Première Guerre mondiale. (STR/AGMI/AFP)
Une photo publiée par le Musée-Institut du génocide arménien, datant de 1915, montre des soldats debout au-dessus des crânes de victimes du village arménien de Sheyxalan, dans la vallée de la Mush, sur le front du Caucase, pendant la Première Guerre mondiale. (STR/AGMI/AFP)

« Peut-être. Mais dans son ouvrage ‘Justifying Genocide’ (Justifier le génocide), l'universitaire Stefan Ihrig soutient avec force que le génocide arménien a facilité la survenue de l'Holocauste. Voici la phrase la plus citée de mon roman Les filles du château de sable : ‘Il existe un fil reliant les Arméniens et les Juifs, et les populations du Cambodge, de la Bosnie et du Rwanda. Évidemment, il en existe d'autres, mais en réalité, combien de génocides une phrase peut-elle rassembler?’ Je pense donc que nous avons encore des leçons à apprendre », a-t-il ajouté.

En effet, on établit souvent un certain parallélisme entre le génocide arménien et les nombreux déplacements de population et massacres qui lui ont succédé au cours du XXe siècle.

Joseph Kechichian, chercheur principal au King Faisal Center for Research and Islamic Studies, à Riyad, explique à Arab News que « (l'ancien leader allemand Adolf) Hitler est fameux pour l'expression ‘qui se souvient de l’extermination des Arméniens ?’ lorsqu'il a entrepris ses actions meurtrières ».

« On peut dire que la deuxième conséquence significative du génocide arménien concerne le refus de la part des gouvernements turcs successifs de reconnaître ce crime qui a pourtant été confirmé par les derniers dirigeants ottomans. Ceux-ci ont même poursuivi en justice un certain nombre de fonctionnaires reconnus coupables ».

« Le terme ‘contesté’ ne suffit même pas à décrire la douleur que ressentent les Arméniens, dans la mesure où le déni a abouti à un second génocide, bien que psychologique. Les Turcs honnêtes – et ils sont nombreux – admettront un jour les chapitres sombres de leur histoire et les accepteront. Mais il semble que cela se fera attendre », déclare-t-il.

Ainsi, la Turquie admet que de nombreux Arméniens ont été assassinés au cours d'affrontements avec les forces ottomanes pendant la Première Guerre mondiale. Néanmoins, elle conteste les chiffres et réfute l'idée que ces meurtres soient orchestrés ou qu'ils relèvent d'un génocide.

 La grand-mère paternelle de Kechichian comptait parmi les victimes. « Essayez d'imaginer à quoi cela ressemble de grandir sans grand-mère pour moi – et de grandir sans mère pour mon père orphelin – », poursuit-il.

« Jamais nous n'avons pu embrasser sa main, ne serait-ce qu'une fois, et elle nous manquait tout le temps. Nous évoquions sans cesse son souvenir et feu mon père avait les larmes aux yeux chaque fois qu'il pensait à sa mère ».

EN CHIFFRES

* 1,5 million de décès est l'estimation la plus élevée du nombre d'Arméniens massacrés ou morts de faim ou d'épuisement.

Pratiquement chaque famille arménienne peut raconter une histoire comme celle-là.

« Mais nous sommes des croyants et nous prions pour que les âmes des personnes disparues reposent en paix. Nous implorons le Seigneur de pardonner à ceux qui ont commis ces atrocités et d'éclairer leurs successeurs pour qu'ils trouvent eux aussi la paix. Le déni est hideux et indigne. Il fait du tort aux survivants et à leur progéniture, peu importe le temps écoulé », déclare M. Kechichian.

Pour Armen Sahakyan, directeur exécutif de l'Armenian National Committee of America - Western Region, le génocide n'a guère pris fin.

« Il perdure aujourd’hui par les tentatives continues de la Turquie et de l'Azerbaïdjan d'attaquer et de supprimer la présence des Arméniens dans leur terre ancestrale », confie-t-il à Arab News, faisant référence à la guerre du Haut-Karabakh survenue l'année dernière.

« Le génocide arménien constitue le 'péché originel' de la Turquie, un prélude à plus d'un siècle de violations des droits de l'homme et de répression contre tous les dissidents de l'État turc ; il sape également l'avenir démocratique du pays ».

Selon M. Sahakyan, si la Turquie ne résout pas le génocide arménien de manière véridique, juste et exhaustive, elle ne parviendra jamais à devenir un allié de confiance de l'Occident et «  maintiendra sa politique destructrice, tant dans son pays qu'à l'étranger et dans toute la Méditerranée ».

Par ailleurs, le président américain Joe Biden a fait savoir qu'il reconnaîtrait officiellement comme génocide la déportation et le massacre du peuple arménien en 1915 - une décision qui créerait une rupture significative avec les administrations américaines précédentes, qui ont toujours veillé à ne pas offenser leur allié de l'Otan, à savoir la Turquie.

Le président américain Joe Biden a fait savoir qu'il reconnaîtrait officiellement comme un génocide la déportation et le massacre du peuple arménien en 1915. (AFP/File Photo)
Le président américain Joe Biden a fait savoir qu'il reconnaîtrait officiellement comme un génocide la déportation et le massacre du peuple arménien en 1915. (AFP/File Photo)

Toujours prêt à réagir à chaud, le gouvernement turc a averti les États-Unis qu'ils « étaient tenus de respecter le droit international ».

Dans un entretien accordé récemment à la chaîne de télévision Haberturk, le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu, a précisé que « les déclarations qui ne revêtent pas de valeur juridique ne présentent aucun avantage ; au contraire, elles portent préjudice aux relations entre les deux pays. Il appartient aux États-Unis de décider s’ils souhaitent envenimer les relations avec la Turquie ».

Selon M. Bohjalian, la reconnaissance du  génocide arménien par Washington revêt une grande signification. « Je m'en réjouirais. Mais la justice sera-t-elle un jour rétablie ? Nous entendrons peut être un président américain prononcer le mot 'génocide' le 24 avril de cette année, mais récupérerons-nous un jour Van ? Ararat ? Shusha ? Pas de mon vivant, en tout cas. Néanmoins, j'espère de tout cœur que M. Biden prononcera le mot 'génocide' ».

D'après M. Sahakyan, cette reconnaissance de la Maison Blanche, dans le sillage des résolutions du Congrès de 2019, marquerait le couronnement d'un siècle d'efforts ininterrompus déployés par la communauté arméno-américaine et par les amis de l'Arménie.

« Cela doit guider la politique américaine, à tous les niveaux, y compris en ce qui concerne le soutien à l'Arménie contre les tentatives continues d'Ankara et de Bakou – l’Arménie qui, après avoir survécu à un génocide, subit aujourd'hui un blocus, un isolement, une partition –».

Des orphelins arméniens lors de leur déportation de Turquie aux alentours de l'année 1920. (Shutterstock/File Photo)
Des orphelins arméniens lors de leur déportation de Turquie aux alentours de l'année 1920. (Shutterstock/File Photo)

« La reconnaissance par les États-Unis du génocide arménien permettrait également de rendre hommage au rôle héroïque de l'Amérique qui a sauvé des centaines de milliers de survivants du génocide grâce au Near East Relief », a-t-il ajouté.

Un siècle plus tard, le génocide continue de faire date dans l'histoire moderne et entache encore aujourd'hui le visage de la Turquie, a déclaré Peter Balakian, auteur de l'ouvrage « The Burning Tigris : The Armenian Genocide and America's Response » (Le Tigre brûlant : le génocide arménien et la réponse de l'Amérique), un autre best-seller du New York Times.

Il a déclaré à Arab News que « la Turquie n'a pas présenté d'excuses, et elle a refusé toute restitution et compensation. D'autres nations ont appelé la Turquie à gérer les séquelles du génocide arménien, mais cela ne semble être possible que lorsque la Turquie parviendra à développer une véritable démocratie qui amènera son gouvernement à promouvoir une culture de l'autocritique et du respect des droits de l'homme et des minorités ».

Pour M. Balakian, la reconnaissance constitue le premier pas, même si elle se fait attendre. « Voilà plus d'un siècle que nous espérons obtenir un semblant de justice », ajoute-t-il.

 

Avec Agences

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com.

 


Trump accuse l'Iran de développer des missiles pouvant «atteindre bientôt les Etats-Unis»

Donald Trump a accusé mardi l'Iran de concevoir des armes capables de frapper les Etats-Unis, affirmant toutefois lors de son discours de politique générale devant le Congrès qu'il privilégiait la voie diplomatique avec Téhéran. (AFP)
Donald Trump a accusé mardi l'Iran de concevoir des armes capables de frapper les Etats-Unis, affirmant toutefois lors de son discours de politique générale devant le Congrès qu'il privilégiait la voie diplomatique avec Téhéran. (AFP)
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  • L'Iran a "déjà développé des missiles qui peuvent menacer l'Europe et nos bases" militaires et "travaille à bâtir des missiles qui pourront atteindre bientôt les Etats-Unis"
  • "Ils avaient été avertis de ne plus tenter à l'avenir de reconstituer leur programme d'armement, en particulier les armes nucléaires

WASHINGTON: Donald Trump a accusé mardi l'Iran de concevoir des armes capables de frapper les Etats-Unis, affirmant toutefois lors de son discours de politique générale devant le Congrès qu'il privilégiait la voie diplomatique avec Téhéran.

L'Iran a "déjà développé des missiles qui peuvent menacer l'Europe et nos bases" militaires et "travaille à bâtir des missiles qui pourront atteindre bientôt les Etats-Unis", a déclaré le président américain, qui a massé une imposante armada militaire dans la région du Golfe.

"Ils avaient été avertis de ne plus tenter à l'avenir de reconstituer leur programme d'armement, en particulier les armes nucléaires. Pourtant, ils continuent et (...) poursuivent à l'heure actuelle leurs sinistres ambitions nucléaires", a-t-il ajouté.

"Ma préférence va à une résolution de ce problème par la diplomatie, mais une chose est sûre: je ne permettrai jamais au principal soutien mondial du terrorisme (...) de se doter d'une arme nucléaire", a affirmé Donald Trump lors de son "discours sur l'état de l'Union".

"Nous sommes en négociations avec eux. Ils veulent conclure un accord, mais nous n'avons pas encore entendu ces mots clés: +Nous n'aurons jamais l'arme nucléaire+", a encore dit M. Trump.

Téhéran se défend de telles ambitions militaires, mais insiste sur son droit au nucléaire civil, en vertu du Traité de non-prolifération (TNP) dont il est signataire.

L'Iran a averti lundi que toute attaque américaine, y compris une "frappe limitée", le pousserait à riposter "avec force", après que le président américain a évoqué une telle option en cas d'échec des pourparlers avec Téhéran.

"Nos missiles ne peuvent pas atteindre le sol américain. Nous devons donc manifestement trouver une autre solution (...) et frapper la base américaine dans la région", a affirmé le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, sans préciser laquelle.

D'après un rapport parlementaire américain daté de 2025, l'arsenal iranien peut atteindre des cibles allant jusqu'à 3.000 kilomètres, soit loin du territoire des Etats-Unis.

Mardi, le ministre iranien a cependant indiqué qu'un accord avec les Etats-Unis était "à portée de main", à l'avant-veille d'une nouvelle session de pourparlers entre les deux pays prévu jeudi à Genève.

La Chine absente 

Dans son discours, le dirigeant républicain ne s'est guère attardé sur la politique étrangère.

Outre l'Iran, il a évoqué l'opération militaire ayant permis le 3 janvier de capturer le président du Venezuela, Nicolas Maduro, et salué dans ce pays "un nouvel ami et partenaire" des Etats-Unis.

Il s'est aussi vanté d'avoir restauré "la domination" américaine en Amérique latine, et a répété avoir "mis fin à huit guerres", ce que les observateurs jugent pour le moins exagéré.

Alors que la guerre en Ukraine est entrée mardi dans sa cinquième année, M. Trump n'y a fait qu'une courte allusion, tout en saluant la décision de l'Otan de consacrer 5% du produit intérieur brut à la défense.

En revanche, le président américain n'a pas dit un mot de la Chine, malgré le fait que les Etats-Unis considèrent Pékin comme leur principal rival.

 

 


Trump vante devant le Congrès un «redressement historique» de l'Amérique

 Dans un discours fleuve au Capitole, Donald Trump a célébré mardi son bilan sans faire d'annonces majeures ni esquisser le moindre changement de cap face au mécontentement manifesté par les Américains dans les sondages. (AFP)
 Dans un discours fleuve au Capitole, Donald Trump a célébré mardi son bilan sans faire d'annonces majeures ni esquisser le moindre changement de cap face au mécontentement manifesté par les Américains dans les sondages. (AFP)
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  • "L'inflation chute, les revenus augmentent vite, l'économie est florissante comme elle ne l'a jamais été", a assuré Donald Trump sous les applaudissements des élus du parti républicain scandant "USA, USA, USA""
  • Le chef de file des sénateurs démocrates Chuck Schumer l'a accusé de présenter une vision "déconnectée de la réalité"

WASHINGTON: Dans un discours fleuve au Capitole, Donald Trump a célébré mardi son bilan sans faire d'annonces majeures ni esquisser le moindre changement de cap face au mécontentement manifesté par les Américains dans les sondages.

"Ceci est l'âge d'or de l'Amérique", a clamé le président républicain, reprenant l'un de ses slogans préférés.

Dans son allocution d'une durée d'une heure quarante-sept minutes, un record pour un "discours sur l'état de l'Union", le dirigeant républicain de 79 ans a présenté son bilan comme la meilleure plateforme de campagne possible pour son parti avant des législatives cruciales en novembre.

"L'inflation chute, les revenus augmentent vite, l'économie est florissante comme elle ne l'a jamais été", a assuré Donald Trump sous les applaudissements des élus du parti républicain scandant "USA, USA, USA".

"Déconnecté" 

Le chef de file des sénateurs démocrates Chuck Schumer l'a accusé de présenter une vision "déconnectée de la réalité".

Dans un sondage YouGov/Marketwatch publié mardi, près de 47% des personnes interrogées jugent que leur pouvoir d'achat s'est dégradé depuis qu'il est revenu au pouvoir en janvier 2025.

Les conservateurs observent avec inquiétude l'impopularité croissante de leur chef à l'approche des "midterms", ces élections de mi-mandat qui pourraient leur coûter cet automne la majorité au Congrès.

"Notre pays a retrouvé le chemin de la victoire", a répété Donald Trump, avant de faire entrer dans l'hémicycle les joueurs de l'équipe a de hockey sur glace, tout juste sacrés champions olympiques.

Avec leur médaille d'or autour du cou, ils ont été longuement acclamés par les parlementaires des deux camps dans une rare manifestation d'unité politique, l'un des moments marquants d'une soirée qui n'en a pas offert beaucoup.

Fraude 

Le président américain a attaqué à plusieurs reprises les élus de l'opposition démocrate, sans toutefois les accabler d'injures ou de quolibets comme il peut le faire sur son réseau Truth Social ou en meeting.

"Vous devriez avoir honte", a-t-il lancé à l'intention des démocrates, qui sont restés assis lorsqu'il a fait applaudir sa politique de lutte contre l'immigration illégale. A cette occasion, il a à nouveau appelé le Congrès à voter une loi exigeant que les électeurs présentent des pièces d'identité dans les bureaux de vote.

Donald Trump a évoqué, sans apporter de preuves, des fraudes d'ampleur autant dans les élections que dans les aides sociales, imputées aux immigrés.

Il a d'ailleurs chargé le vice-président JD Vance d'une mission de lutte contre les détournements d'aides sociales, en visant plus particulièrement certains Etats démocrates.

"Malades", a-t-il aussi jeté, quand certains parlementaires démocrates ont contesté à voix haute le chiffre de huit conflits auxquels il prétend avoir mis fin dans le monde.

Cour suprême et Iran 

Mais le président a fait preuve de retenue face aux quatre juges de la Cour suprême présents, dont trois ont soutenu la récente décision de l'institution invalidant une bonne partie des droits de douane décidés par Donald Trump.

Après leur avoir serré la main à son arrivée, il a parlé d'une "décision très regrettable", sans embrayer sur de violentes attaques personnelles, comme il l'avait fait vendredi en réagissant à chaud à cette décision qui ébranle son programme économique et sa stratégie diplomatique.

L'ancien promoteur immobilier se dit de toute façon persuadé de pouvoir poursuivre son offensive protectionniste par d'autres voies légales.

Attendu sur l'Iran, le président américain n'a pas donné d'indice très clair sur ses intentions.

Il a dit sa préférence pour la "diplomatie", tout en multipliant les accusations contre Téhéran.

Lame de fond 

L'Iran "travaille à bâtir des missiles qui pourront atteindre bientôt les Etats-Unis", a déclaré Donald Trump, qui a massé une armada dans la région.

Les Iraniens "poursuivent à l'heure actuelle leurs sinistres ambitions" nucléaires, a-t-il ajouté.

Plusieurs dizaines de parlementaires de l'opposition avaient choisi de laisser leurs sièges vides.

Le Parti démocrate a confié à la nouvelle gouverneure de Virginie, Abigail Spanberger, le soin de prononcer la traditionnelle réponse de l'opposition au président.

Elue après une campagne centriste et pragmatique, elle incarne, pour son camp, les espoirs d'une lame de fond anti-Trump lors des législatives de novembre.

 

 


Le chef de l'ONU dénonce la montée en puissance de «la loi du plus fort» dans le monde

Le secrétaire général de l'ONU a dénoncé lundi la montée en puissance de "la loi du plus fort", qui se traduit par "une attaque de grande envergure partout dans le monde" contre les droits humains et qui est portée notamment par l'intelligence artificielle. (AFP)
Le secrétaire général de l'ONU a dénoncé lundi la montée en puissance de "la loi du plus fort", qui se traduit par "une attaque de grande envergure partout dans le monde" contre les droits humains et qui est portée notamment par l'intelligence artificielle. (AFP)
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  • "Cette agression n'est menée ni en secret, ni par surprise. Elle a lieu au grand jour, souvent sous la direction des plus puissants. Partout dans le monde, les droits humains sont sacrifiés, de manière délibérée et stratégique, et parfois avec fierté"
  • Et "quand les droits humains s'effritent, tout le reste s'écroule", a-t-il ajouté, déplorant que nous vivions "dans un monde où les souffrances massives sont admises... où les êtres humains sont utilisés comme monnaie d'échange... "

GENEVE: Le secrétaire général de l'ONU a dénoncé lundi la montée en puissance de "la loi du plus fort", qui se traduit par "une attaque de grande envergure partout dans le monde" contre les droits humains et qui est portée notamment par l'intelligence artificielle.

"Cette agression n'est menée ni en secret, ni par surprise. Elle a lieu au grand jour, souvent sous la direction des plus puissants. Partout dans le monde, les droits humains sont sacrifiés, de manière délibérée et stratégique, et parfois avec fierté", a tonné Antonio Guterres, à l'ouverture d'une session du Conseil des droits de l'homme à Genève.

"L'état de droit est écrasé par la loi du plus fort", a-t-il déploré, sans citer de pays ou dirigeants.

Et "quand les droits humains s'effritent, tout le reste s'écroule", a-t-il ajouté, déplorant que nous vivions "dans un monde où les souffrances massives sont admises... où les êtres humains sont utilisés comme monnaie d'échange... où le droit international est considéré comme un simple désagrément".

Le Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'homme, Volker Türk, a également considéré qu'"une lutte acharnée pour le pouvoir, le contrôle et les ressources se joue actuellement sur la scène mondiale, à une intensité et un rythme inédits depuis 80 ans", avec un recours à la force qui se "banalise".

"Les gens se sentent désemparés, anxieux et vulnérables. Les rouages du pouvoir mondial sont en pleine mutation", a-t-il relevé, appelant à faire contrepoids "aux tendances autocratiques".

"Les démocraties s'érodent" 

Le constat des Nations unies est amer : les conflits se multiplient, l'impunité se propage, les droits humains sont piétinés et les besoins humanitaires explosent tandis que les financements chutent, dans un contexte de coupe drastique de l'aide extérieure américaine décidée par Donald Trump depuis son retour à la Maison Blanche.

Et selon le chef de l'ONU, "les technologies – en particulier l'intelligence artificielle – sont de plus en plus utilisées d'une manière qui réprime, accentue les inégalités et expose les personnes marginalisées à de nouvelles formes de discrimination, en ligne et hors ligne".

Dans une veine similaire, Volker Türk a attaqué les dirigeants, dont il a tu les noms, qui "propagent la désinformation pour détourner l'attention, réduire au silence et marginaliser", tandis qu'"une petite clique de magnats de la technologie contrôle une part démesurée des flux d'information (...), faussant le débat public, les marchés, et même les systèmes de gouvernance".

Dénonçant plus globalement "la main de fer qui resserre l'espace civique", M. Guterres a cité, entre autres, l'emprisonnement de journalistes et de militants des droits humains, la fermeture d'ONG, le recul des droits des femmes et l'exclusion des personnes en situation de handicap.

"Les démocraties s'érodent. (...) Les personnes migrantes sont harcelées, arrêtées et expulsées au mépris total de leurs droits humains et de leur humanité. Les réfugiés sont montrés du doigt. Les communautés LGBTIQ+ sont vilipendées. Les minorités et les peuples autochtones sont pris pour cible", a-t-il également énoncé.

Iran et Ukraine 

Antonio Guterres, qui quittera ses fonctions à la fin de l'année après dix ans à la tête de l'ONU, a rappelé que "grandir sous la dictature de Salazar" au Portugal lui avait appris que lorsque les droits humains "sont bafoués, ce sont tous les aspects de la société qui en souffrent".

Dans son dernier discours annuel devant le Conseil des droits de l'homme, que les Etats-Unis de Donald Trump boycottent, il n'a toutefois évoqué que trois crises actuelles, condamnant notamment une nouvelle fois "la répression violente des manifestations en Iran".

A la veille du quatrième anniversaire de l'invasion à grande échelle de l'Ukraine par la Russie, il a aussi affirmé qu'"il est plus que grand temps de mettre fin à l'effusion de sang" alors que le conflit "a entraîné la mort de plus de 15.000 civils".

Enfin, il a mentionné le conflit entre Israéliens et Palestiniens, déplorant que la solution à deux Etats soit "ouvertement rendue inapplicable".