Le rapatriement des djihadistes français: controverse ou véritable menace ?

A l'intérieur du camp d'al-Hol pour personnes déplacées, dans le gouvernorat d'al-Hasakeh, dans le nord-est de la Syrie, le 18 avril 2019. Photo d'illustration DELIL SOULEIMAN / AFP
A l'intérieur du camp d'al-Hol pour personnes déplacées, dans le gouvernorat d'al-Hasakeh, dans le nord-est de la Syrie, le 18 avril 2019. Photo d'illustration DELIL SOULEIMAN / AFP
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Publié le Lundi 19 avril 2021

Le rapatriement des djihadistes français: controverse ou véritable menace ?

  • Les autorités françaises refusent de ramener les adultes, hommes et femmes, qu’elles estiment complices de l’État islamique
  • «Pour les opposants au retour, c’est bien le terme “rapatriement” qui coince. La France peut-elle être encore considérée comme la patrie de ces femmes et de ces hommes»

BEYROUTH: L’affaire ressemble à une tempête dans un verre d’eau. Pourtant, depuis 2015, la controverse sur le rapatriement des djihadistes français en Syrie et en Irak a fait couler beaucoup d’encre.

Au 1ᵉʳ janvier 2021, la France comptait environ 67 millions d’habitants. Selon différentes sources, les estimations sur le nombre de djihadistes français qui se sont rendus en Syrie ou en Irak pour rejoindre les rangs du groupe État islamique (EI) varient entre… 750 et 1 500 adultes des deux sexes seulement! Au moins 260 d’entre eux seraient revenus en France; de 300 à 500 seraient morts. On estime que plusieurs centaines de Français sont détenus dans des camps au Kurdistan syrien; parmi eux, 120 femmes et près de 300 mineurs (enfants et adolescents). Le coordonnateur national du renseignement, Laurent Nuñez, évalue pour sa part à 160 le nombre de djihadistes français évoluant toujours, pour la plupart d’entre eux, «dans le Nord-Ouest syrien», assurant que les services suivent «de très près» la situation.

Les autorités françaises refusent de ramener les adultes, hommes et femmes, qu’elles estiment complices de l’EI. La France se déclare ainsi favorable au fait que ses ressortissants djihadistes capturés en Syrie et en Irak soient jugés sur place. Comme la France, la plupart des pays, notamment européens, répugnent à rapatrier leurs ressortissants.

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Les forces spéciales des Forces démocratiques syriennes surveillent le 30 mars 2021 le camp d'al-Hol, le plus grand des deux camps de déplacés proches des djihadistes de l'État islamique gérés par les Kurdes dans le nord-est de la Syrie. DELIL SOULEIMAN / AFP

«Le risque d’attentat n’est pas la principale raison pour bloquer les rapatriements. [Il y a également] la réaction de l’opinion publique, qui y est largement hostile», déclare à Arab News en français Benjamin Hodayé, auteur avec Hakim el-Karoui du livre Les Militants du djihad, portrait d’une génération (publié aux éditions Fayard), et qui a dirigé une enquête sociologique approfondie sur les militants djihadistes français et européens de ces dix dernières années pour le compte de l’Institut Montaigne.

Les autorités françaises refusent de ramener les adultes, hommes et femmes, qu’elles estiment complices de l’EI. La France se déclare ainsi favorable au fait que ses ressortissants djihadistes capturés en Syrie et en Irak soient jugés sur place.

En 2019, alors que s’amorçait une réflexion sur les opérations de retour d’envergure, huit Français sur dix se disaient favorables à ce que les djihadistes français soient jugés en Irak (selon un sondage Odoxa-Dentsu Consulting, Le Figaro et Franceinfo).

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Un groupe de femmes, qui seraient les épouses de combattants présumés du groupe État islamique (EI), posent le 28 mars 2021 pour une photo au Camp Al-Roj, où sont détenus des proches de membres présumés de l'EI, dans la campagne près d'al-Malikiyah ( Derik) dans la province de Hasakah, au nord-est de la Syrie. DELIL SOULEIMAN / AFP

«Pour les opposants au retour, c’est bien le terme “rapatriement” qui coince. La France peut-elle être encore considérée comme la patrie de ces femmes et de ces hommes? Ils lui ont ostensiblement tourné le dos en effectuant leur hijra et en rejoignant, en connaissance de cause, un groupe terroriste en guerre contre la France», souligne M. Hodayé.

Le sujet est très politique en France. Le débat se situe à plusieurs niveaux: il concerne d’abord les combattants emprisonnés, dont certains sont déjà condamnés à mort en Irak.

«La crainte d’attentats qui pourraient être commis par des revenants n’est pas vraiment réaliste, même s’il ne faut jurer de rien. S’il devait y avoir des attaques, et il y a déjà eu des cas de retours dont le seul but était de commettre un attentat (par exemple celle du musée juif de Bruxelles, en 2014), ce serait de la part d’individus non contrôlés qui rentreraient par leurs propres moyens et parviendraient à passer entre les mailles du filet», précise également Benjamin Hodayé.

Un débat à plusieurs niveaux

Le sujet est très politique en France. Le débat se situe à plusieurs niveaux: il concerne d’abord les combattants emprisonnés, dont certains sont déjà condamnés à mort en Irak. La position de l’exécutif français est claire, il faut qu’ils soient jugés là où ils ont commis leurs crimes. Dans ce cas, il y a davantage de problèmes légaux et juridiques que sécuritaires. Cela nécessite un nombre très important de procédures judiciaires. Le problème majeur que rencontrent les autorités est de mesurer quelles seront les conséquences de ces procédures dans des prisons françaises déjà surpeuplées et la manière dont on va prendre en charge ces personnes qui reviennent de Syrie ou d’Irak.

Pour Anne-Clémentine Larroque, historienne spécialiste de l’islamisme et analyste au ministère français de la Justice, «on considère que les femmes sont complètement engagées dans le djihadisme. Ce n’est pas parce qu’elles sont des femmes qu’elles ne sont pas des combattantes».

Le deuxième problème concerne la différenciation entre hommes et femmes adultes. «Les femmes qui sont parties sont aussi des djihadistes, au sens où elles adhèrent à l’idéologie, où elles en sont des militantes. Un préjugé habituel, mais aujourd’hui dépassé, est de considérer les femmes parties en Syrie comme des victimes, manipulées ou embrigadées de force par un frère, un mari, un prétendant. Les femmes qui sont parties, peut-être à quelques exceptions près, étaient déterminées et convaincues par cette idéologie», insiste Benjamin Hodayé.

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Des femmes et des enfants marchent dans le camp Roj, où sont détenus des proches de personnes soupçonnées d'appartenir au groupe État islamique (EI), dans la campagne près d'al-Malikiyah (Derik) dans la province de Hasakah, au nord-est de la Syrie, le 28 mars 2021. DELIL SOULEIMAN / AFP

Pour Anne-Clémentine Larroque, historienne spécialiste de l’islamisme et analyste au ministère français de la Justice, «on considère que les femmes sont complètement engagées dans le djihadisme. Ce n’est pas parce qu’elles sont des femmes qu’elles ne sont pas des combattantes». Selon elle, quand ces femmes «ont décidé de quitter la France pour suivre leur mari djihadiste qui est allé combattre en Syrie, on ne peut pas considérer qu’elles sont irresponsables. Elles sont également responsables devant la loi si elles ont pris leurs enfants dans une zone de guerre. Il faut jauger au mieux dans quelles conditions on peut rapatrier ces personnes».

Les lionceaux du califat

Les enfants sont justement au centre du troisième débat sur ce sujet, notamment sur le plan humanitaire. Au mois de décembre 2020, le Comité des droits de l’enfant de l’ONU a jugé que les enfants français détenus dans les camps du Nord-Est syrien étaient en danger «immédiat», avec des «risques de dommages irréparables pour leurs vies, leur intégrité physique et mentale et leur développement». Face aux pressions de certaines ONGs humanitaires, les autorités françaises ont fini par rapatrier de Syrie une trentaine d’enfants de djihadistes français, âgés de 2 à 11 ans et «particulièrement vulnérables».

«Dans l’idéologie de l’EI, les lionceaux du califat (les mineurs) ont une place importante. Ils ont pour rôle de représenter l’avenir et [constituent pour l’organisation] une possibilité très claire de continuer d’exister. [Les djihadistes] ont donc cette volonté de diffuser cette vision de continuité à travers les générations», met ainsi en garde Anne-Clémentine Larroque.

Il importe toutefois d’être clair et d’affirmer qu’il s’agit bien d’enfants de djihadistes, et non d’enfants djihadistes. À défaut d’un rapatriement plus large, c’est effectivement sur les enfants que l’attention se focalise aujourd’hui. Toutefois, «l’opinion publique n’est pas plus tendre avec les enfants qu’avec les parents. Selon le sondage déjà évoqué, 67% des Français s’opposent au rapatriement des enfants de djihadistes», explique M. Hodayé.

«Dans l’idéologie de l’EI, les lionceaux du califat (les mineurs) ont une place importante. Ils ont pour rôle de représenter l’avenir et [constituent pour l’organisation] une possibilité très claire de continuer d’exister. [Les djihadistes] ont donc cette volonté de diffuser cette vision de continuité à travers les générations», met ainsi en garde Anne-Clémentine Larroque. «Dans ce cas, les enfants qui sont en contact avec des mères complétement acquises à la cause djihadiste [risquent davantage], par porosité, de développer des liens avec cette idéologie. Les laisser dans les camps actuellement en proie à l’insécurité et à des discours radicaux est néfaste pour eux, sans oublier qu’un grand nombre d’entre eux ne vont pas à l’école. Ils auront sûrement plus tard un gros problème éducatif et instructif qui peut les mettre à la marge de la société dans laquelle ils rentrent», ajoute-t-elle.

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Des proches de personnes soupçonnées d'appartenir au groupe État islamique (EI) sont photographiés le 28 mars 2021 au Camp Roj où ils sont détenus dans la campagne près d'al-Malikiyah (Derik) dans la province de Hasakah, au nord-est de la Syrie. DELIL SOULEIMAN / AFP

La France a d’ailleurs mis en place un système pour les aider qui a fait ses preuves, à l’instar de l’Aide sociale à l’enfance (ASE). Il faut réfléchir à l’endroit où les placer afin qu’ils soient les plus en sécurité possible et qu’ils puissent se reconstruire dans les meilleures conditions. En tout cas, il ne faut pas que ces enfants paient pour les fautes de leurs parents.

Un profil de djihadiste ressort clairement de l’étude menée par MM. Karoui et Hodayé: il s’agit d’un jeune issu des quartiers défavorisés, socialement précaire et lié à l’immigration, c’est-à-dire ayant un questionnement identitaire. 300 000 à 400 000 personnes présenteraient ce profil.

Les cas de ces fameux lionceaux du califat doivent être étudiés à part, renchérit M. Hodayé: «Ils peuvent représenter un certain danger, mais ils ne sont pas responsables de leur départ, ils sont encore moins coupables des crimes de leurs parents, et on peut considérer le rapatriement comme le meilleur moyen de les séparer du djihadisme. Ce sont des victimes, mais il est nécessaire de déterminer jusqu’à quel point l’idéologie est ancrée dans leurs esprits.»

Désengagement idéologique

L’enjeu plus général est donc celui du désengagement idéologique. «Il se pose pour les femmes, mais aussi pour les hommes qui souhaiteraient rentrer, ainsi que pour tous ceux qui sont déjà rentrés ou ont tenté de partir. Il y a aujourd’hui cinq cents personnes concernées dans les prisons françaises, auxquelles il faut ajouter les détenus de droit commun radicalisés. […] Le travail de celles et ceux qui interviennent auprès d’eux se focalise aujourd’hui sur le désengagement, c’est-à-dire la sortie de la violence, parce que les approches par le biais de la déradicalisation [la sortie totale de l’idéologie radicale] n’ont pas été probantes. Mais nous manquons de recul sur ce sujet, et les éventuelles réussites sont difficiles à évaluer», fait savoir Benjamin Hodayé.

Un profil de djihadiste ressort clairement de l’étude menée par MM. Karoui et Hodayé: il s’agit d’un jeune issu des quartiers défavorisés, socialement précaire et lié à l’immigration, c’est-à-dire ayant un questionnement identitaire. 300 000 à 400 000 personnes présenteraient ce profil. On dénombre par ailleurs 10 000 «fichés S» pour radicalisme religieux.

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Un enfant pose devant un groupe de femmes entièrement voilées au Camp Roj, où sont détenus des proches de personnes soupçonnées d'appartenir au groupe État islamique (EI), dans la campagne près d'al-Malikiyah (Derik) dans la province de Hasakah, au nord-est de la Syrie, le 28 mars 2021. DELIL SOULEIMAN / AFP

Reste à savoir, parmi toute cette nébuleuse djihadiste à l’intérieur de laquelle évolue un large prisme de radicaux, quel groupe est plus dangereux: des prédicateurs bien installés dans l’Hexagone et qui endoctrinent les jeunes désorientés, ou bien des djihadistes ayant combattu à l’extérieur et disposant d’une expérience dans le maniement des armes?

Il ne faut pas systématiquement associer le retour d’un combattant djihadiste avec un projet d’attentat.

Pour Anne-Clémentine Larroque, «les deux [groupes] sont tout aussi dangereux l’un que l’autre. En termes de passage à l’acte, le djihadiste qui est au bout de la chaîne peut être plus néfaste. C’est ce qui est visible, c’est le résultat, le produit de l’œuvre des prédicateurs. En revanche, la source du problème et du mal, ce sont les prédicateurs. Ces derniers ne passent pas à l’acte, mais incubent l’idéologie sur le territoire français à travers les associations, les clubs sportifs, les mosquées ou même des appartements privatifs dans lesquels se réunissent les gens. Les prédicateurs sont très peu judiciarisés; ils passent entre les mailles du filet, alors que ce sont eux qui créent cet arbre de la radicalité, permettant à l’idéologie d’exister et de perdurer».

La question est difficile, mais elle a le mérite de mettre en relief la diversité des profils parmi les djihadistes français, indique M. Hodayé. À partir de ces deux grands profils, on peut ainsi distinguer deux types de risques: celui de la diffusion idéologique et celui des attentats. «Aujourd’hui, c’est surtout le premier risque qui est à craindre. Le nombre d’attentats commis ou déjoués dans les dernières années a baissé, et la pandémie y a contribué», affirme-t-il.

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La Française Emilie Konig marche dans le camp Al-Roj, dans le nord-est de la Syrie, dans le nord-est de la Syrie, le 28 mars 2021, où elle est détenue avec d'autres personnes soupçonnées d'être des proches de membres présumés du groupe État islamique (EI). DELIL SOULEIMAN / AFP

Par ailleurs, il ne faut pas systématiquement associer le retour d’un combattant djihadiste avec un projet d’attentat. Si certains combattants djihadistes sont revenus en Europe pour commettre une attaque, d’autres sont rentrés depuis longtemps sans projet. Enfin, les terroristes n’ont pas besoin d’avoir été formés aux armes pour commettre des attentats, comme l’ont montré les dernières attaques en France: il suffit d’une arme blanche et de détermination», déclare-t-il, estimant que les prédicateurs sont plus dangereux parce qu’ils pensent. «Les prédicateurs, qu’ils aient été arrêtés ou non, continuent de penser leur combat. À ce titre, ils représentent un danger présent, mais aussi un danger pour le futur», conclut M. Hodayé.


Macron et Meloni vont mettre en scène leur "bonne entente" sur la Côte d'Azur

La Première ministre italienne Giorgia Meloni (à gauche) et le président français Emmanuel Macron posent lors de l’accueil officiel dans le cadre du sommet du G7, à Évian, dans l’est de la France, le 15 juin 2026. (AFP)
La Première ministre italienne Giorgia Meloni (à gauche) et le président français Emmanuel Macron posent lors de l’accueil officiel dans le cadre du sommet du G7, à Évian, dans l’est de la France, le 15 juin 2026. (AFP)
  • Le sommet d’Antibes marque un réchauffement des relations entre Emmanuel Macron et Giorgia Meloni après plusieurs années de tensions, avec la volonté affichée de renforcer la coopération franco-italienne sur les dossiers européens et internationaux
  • Paris et Rome veulent approfondir leurs partenariats stratégiques dans la défense, l’espace, l’énergie et l’industrie, notamment autour du système SAMP/T, des satellites européens et du nucléaire civil

ANTIBES: Emmanuel Macron et Giorgia Meloni se retrouvent jeudi à Antibes, sur la Côte d'Azur, pour le premier sommet franco-italien depuis 2020, un rendez-vous très attendu destiné à donner un nouvel élan à la relation entre les deux voisins après une série de dissonances.

Ce sera aussi le premier rendez-vous de ce genre depuis l'entrée en vigueur en 2021 du Traité du Quirinal, qui a rehaussé la relation bilatérale au niveau de celle entre Paris et Berlin, et surtout depuis l'entrée en fonction de Giorgia Meloni, issue du parti post-fasciste Frères d'Italie, en octobre 2022.

Initialement envisagé sur deux jours en avril à Toulouse, le sommet se résumera à quelques heures jeudi après-midi, avec des entretiens, des signatures d'accords et une conférence de presse, avant un dîner de travail.

Mais l'ambiance promet d'être détendue dans le décor raffiné de la Villa Eilenroc, auguste demeure du 19e siècle surplombant la Méditerranée, qui accueillera les discussions après une visite au musée Picasso d'Antibes.

Oubliés les piques, accrocs et crises entre les deux dirigeants politiquement antagonistes mais déterminés à prendre chacun la lumière sur la scène européenne?

L'Elysée, balayant "l'écume et le commentaire" sur ces tensions, n'a qu'un mot d'ordre, le "retour aux fondamentaux de la relation franco-italienne".

- "Sur les deux joues" -

Et elle ne manque pas d'atouts, avec plus de 100 milliards d'euros d'échanges de biens en 2025 et de multiples coopérations, de la défense à l'énergie en passant par l'espace.

L'heure est donc ces derniers mois à la bonne entente, d'autant plus que Giorgia Meloni a pris, après une lune de miel très appuyée, ses distances avec Donald Trump au prix d'échanges acerbes ces derniers jours.

"Meloni a misé sur l'alliance avec Donald Trump", mais leur passe d'armes "démontre que les nationalistes et les nationalismes ne parviennent pas à s'allier", dit à l'AFP Sergio Fabbrini, professeur de relations internationales à l'Université Luiss de Rome. La cheffe du gouvernement italien est donc "contrainte de revenir dans le giron de l'Union européenne", dans la poursuite de sa tentative "d'apaisement des tensions" avec le reste des 27.

Pour Marc Lazar, spécialiste de l'Italie à Sciences Po Paris, ils vont donc "s'embrasser sur les deux joues comme du bon pain, elle va arrêter de faire la gueule quand elle voit Macron et vice-versa".

Dès la fin 2022, la relation avait viré à l'orage autour d'un bateau de migrants que Rome refusait d'accueillir, contraignant Paris à le faire.

En février encore, Emmanuel Macron invitait l'Italienne à cesser de "commenter ce qui se passe chez les autres", après la mort en France d'un militant identitaire. "Que chacun reste chez soi et les moutons seront bien gardés", avait-il lancé sans ménagement.

- Missiles et satellites -

Mais les deux pays ont intérêt à s'entendre. "C'est une relation d'évidence (...) Nous avons besoin l'un de l'autre", concède l'Elysée, quand, côté italien, on insiste sur l'"importance stratégique" de la "coordination entre Rome et Paris" sur les dossiers européens et internationaux en ces temps de chambardement géopolitique.

Sur l'Ukraine d'abord, les positions convergent même si la Première ministre exclut d'y envoyer des soldats en cas d'accord de paix avec la Russie afin de donner des gages de sécurité à Kiev.

Les deux pays réfléchissent aussi ensemble à la force multinationale qui pourrait succéder au Liban à la Finul dont le mandat expire à la fin de l'année.

"Beaucoup de ministères travaillent main dans la main, dans un très bon esprit, malgré les divergences politiques", relève Marc Lazar.

Les deux délégations - huit ministres de chaque côté outre les deux dirigeants - vont signer une feuille de route sur la défense, qui mettra notamment l'accent sur le système franco-italien de défense anti-aérienne SAMP/T, livré à l'Ukraine, avec l'idée de "développer une offre souveraine européenne" en la matière.

Paris et Rome travaillent aussi sur une mégafusion entre les poids lourds européens des satellites Airbus, Thales et Leonardo. Une attention particulière sera accordée à Antibes à ce "projet de consolidation" baptisé Bromo, relève l'Elysée.

L'Italie, qui veut relancer son programme nucléaire, travaille également avec la France sur de petits réacteurs modulaires SMR. Des investissements seront en outre annoncés lors d'un Forum économique franco-italien au Cannet.


La canicule se poursuit, 50 millions de Français voient rouge

Dans son bulletin actualisé de 06H00, Météo France a annoncé la levée de la vigilance rouge canicule dans 11 départements de l'Ouest ce soir. Tous les départements de la façade atlantique ainsi que la Manche, les Côtes-d'Armor et les Hautes-Pyrénées repasseront en orange à partir de 22H00. (AFP)
Dans son bulletin actualisé de 06H00, Météo France a annoncé la levée de la vigilance rouge canicule dans 11 départements de l'Ouest ce soir. Tous les départements de la façade atlantique ainsi que la Manche, les Côtes-d'Armor et les Hautes-Pyrénées repasseront en orange à partir de 22H00. (AFP)
  • Avec 72 départements en vigilance rouge, jeudi pourrait être le pic de l'épisode caniculaire que connaît la France depuis le début de semaine
  • Les températures devraient à nouveau monter à des niveaux "exceptionnellement élevés", après avoir atteint jusqu'à 43,8°C à Palluau (Vendée) mercredi, selon Météo-France

LILLE: "Ça devient épuisant, à la fois pour le corps et pour le mental": la lassitude gagne les Français toujours confrontés à une canicule historique, qui pourrait atteindre jeudi un nouveau pic, avant un début d'amélioration attendu en soirée sur la façade atlantique.

Avec 72 départements en vigilance rouge, jeudi pourrait être le pic de l'épisode caniculaire que connaît la France depuis le début de semaine.

Les températures devraient à nouveau monter à des niveaux "exceptionnellement élevés", après avoir atteint jusqu'à 43,8°C à Palluau (Vendée) mercredi, selon Météo-France.

Du Sud-Ouest au Nord-Est, 51,1 millions de Français sont jeudi en vigilance rouge, dont 5,6 millions de personnes de 75 ans et plus, selon un décompte de l'AFP.

Quelque 3.500 établissements scolaires sont fermés jeudi et 10.000 ont aménagé leurs horaires, essentiellement des écoles primaires, a déclaré le ministre de l'Education nationale Edouard Geffray sur France 2.

"J'ai beau aérer tôt le matin et le soir, j'ai l'impression que la chaleur s'accumule chez moi au fil des jours, jusque dans les murs en fait. Ça devient épuisant, à la fois pour le corps et pour le mental", témoigne Arthur, un ingénieur de 28 ans qui n'a pas souhaité donner son nom de famille, à Rennes.

"Plusieurs fois par jour, j’ai l'impression que mon cerveau tourne au ralenti. Si c'était autorisé, je crois que je pourrais venir dormir à mon travail, où le bureau est climatisé", ajoute-t-il.

"Il faut prendre sa peine en patience", estime Bénédicte War, une Lilloise de 49 ans, avant de reconnaître avoir hâte que cette vague de chaleur se termine, "pour pouvoir revivre un petit peu".

Températures "jamais connues" 

Dans son bulletin actualisé de 06H00, Météo France a annoncé la levée de la vigilance rouge canicule dans 11 départements de l'Ouest ce soir. Tous les départements de la façade atlantique ainsi que la Manche, les Côtes-d'Armor et les Hautes-Pyrénées repasseront en orange à partir de 22H00.

A partir de 16H00, les Côtes-d'Armor, l'Ille-et-Vilaine et la Manche passeront en vigilance orange orages, suivis par les Pyrénées-Atlantiques, les Landes, la Gironde, le Lot-et-Garonne, la Dordogne, les Hautes-Pyrénées et le Gers à 18H00.

A Strasbourg, dans la famille de Sophie, tout le monde dort depuis mardi soir "en mode camping", dans la même chambre, pour bénéficier de l'unique climatiseur mobile.

"Avec 31 degrés dans l'appartement, c'est très compliqué. Le weekend dernier, je ne m'endormais pas avant 02H00 du matin", explique à l'AFP cette mère de 46 ans qui a souhaité rester anonyme.

Chaque jour, la France plonge un peu plus dans l'inconnu. Avant l'épisode actuel, jamais plus de 20 départements n'avaient été placés simultanément en vigilance rouge canicule depuis la création de ce dispositif en 2004, dans le sillage de la canicule historique d'août 2003.

Mercredi a été la journée la plus chaude jamais enregistrée en France, selon Météo-France, effaçant le précédent record établi seulement la veille.

"On n'est qu'au début de l'histoire", craint sur la Grand'Place de Lille Amandine Rogeau, 42 ans, qui s'inquiète de températures qu'elle n'a "jamais connues".

La ministre de la Santé Stéphanie Rist a lancé mercredi soir sur France 2 un "cri du coeur": "Je voudrais que tout le monde (...) se mobilise pour les personnes qui sont isolées. Si vous êtes vous-même à côté de quelqu'un qui est isolé, allez voir votre voisin, demandez-lui s'il va bien".

"L'impact de la chaleur arrive cinq à dix jours après le début de la canicule", a-t-elle également rappelé, alors que le pays vit jeudi son cinquième jour consécutif de vigilance rouge.

Risque de feux de forêts 

Le maire de Paris Emmanuel Grégoire a rapporté jeudi une "mortalité en hausse" dans la capitale à cause de la canicule, sans donner de chiffres, et appelé "solennellement" à la prudence, y compris les plus jeunes.

La préfecture du Pas-de-Calais a fait état mercredi soir de trois décès "constatés à domicile, pour lesquels la canicule est susceptible d'avoir eu un effet".

Quatre noyades ont été recensées en France par la gendarmerie mercredi, dans des piscines à Simard (Saône-et-Loire) et Saint-Estève (Pyrénées-Orientales), dans une rivière à Saint-Pavace (Sarthe) et au bord d’une plage à Noirmoutier (Vendée).

Les températures entraînent aussi un épisode de pollution à l'ozone dans plusieurs départements du nord, de l'est et de l'ouest du pays, placés en niveau d'alerte mercredi et jeudi. Les préfectures y ont réduit la vitesse autorisée sur les routes.

La panne d'électricité qui a touché le Finistère, provoquée par des incidents sur les infrastructures liés aux fortes chaleurs et ayant touché près de 120.000 foyers, est désormais terminée, a annoncé jeudi la préfecture.

Pour la première fois de l'année, deux départements, la Haute-Garonne et les Deux-Sèvres, ont basculé mercredi en "danger très élevé" de feux de forêts.

La canicule touche aussi d'autres pays européens: les températures devraient dépasser 35 degrés pour plus de 100 millions de personnes jeudi en Europe, selon un calcul de l'AFP.


La France dans la fournaise, ruée et débat sur la climatisation

Un homme regarde des ventilateurs électriques exposés dans un supermarché pendant une vague de chaleur à Bordeaux, dans le sud-ouest de la France, le 23 juin 2026. (AFP)
Un homme regarde des ventilateurs électriques exposés dans un supermarché pendant une vague de chaleur à Bordeaux, dans le sud-ouest de la France, le 23 juin 2026. (AFP)
  • La France connaît une canicule record : 44 millions de personnes sont sous vigilance rouge et des températures supérieures à 42°C ont été relevées
  • La demande de climatiseurs explose, relançant le débat entre adaptation immédiate et investissements durables dans l’isolation des bâtiments

BORDEAUX: Sous des chaleurs historiques, deux Français sur trois sont désormais confrontés à la vigilance rouge canicule, étendue mercredi à 58 départements, alors que la ruée sur les climatiseurs alimente le débat sur l'adaptation au changement climatique.

Mardi a été la journée "la plus chaude jamais enregistrée en France", avec une moyenne de températures diurnes et nocturnes de 29,9°C, selon Météo-France.

L'indicateur thermique national (ITN) des températures maximales, moyenne issue de 30 stations de référence, a lui aussi battu un record à 38,2°C, dépassant les 37,7°C du 5 août 2003.

À Bordeaux, où plus de 42°C ont été enregistrés, Martine Belloc, 62 ans, juge "difficile" d'être seule dans un appartement sans climatisation. Pour prendre le frais, rompre l'"isolement" et retrouver "du lien", elle se rend en journée à La ManuCo, espace de coworking mobilisé dans le cadre de l'opération "Oasis Solidaires" de l'association Petits Frères des Pauvres.

Avec quatre nouveaux départements en vigilance rouge dans les Hauts-de-France, 44 millions d'habitants sont concernés au moins jusqu'à jeudi, selon un calcul de l'AFP.

Des infrastructures sont aussi mises à l'épreuve: dans le Finistère, jusqu'à 120.000 foyers ont été privés d'électricité après un incident lié à la chaleur mardi soir sur un transformateur du réseau RTE, près de Quimper.

"Rien ne refroidit et tous les moteurs sont en surchauffe", constatait mercredi matin Thibault Roblot, tourier dans une boulangerie de Rennes. Et impossible d'installer un climatiseur en raison des contraintes architecturales: "On n'a de toute façon pas la place".

- 90% des Français exposés -

Au total, plus de 90% des Français sont exposés à des chaleurs extrêmes, avec 39 à 43°C encore attendus mercredi sur une grand moitié ouest du pays.

La canicule est "fortement aggravée par le changement climatique d'origine humaine", sans lequel les températures subies actuellement auraient été 2 à 4°C plus fraîches, selon une étude scientifique publiée cette semaine.

Une immense masse d'air chaud venue d'Afrique s'est positionnée sur l'Europe de l'Ouest. De hautes pressions en altitude "viennent peser" sur elle, la rendant "encore plus chaude", explique Sébastien Léas, prévisionniste de Météo-France.

Le phénomène, par son intensité et sa durée, est comparé à la canicule de 2003 qui avait fait 15.000 morts en France. En 2025, la chaleur a tué quelque 5.700 personnes, les trois quarts ayant plus de 75 ans, selon l'agence Santé publique France.

Selon le Premier ministre Sébastien Lecornu, l'épisode actuel a provoqué "40 morts" par noyade depuis le 18 juin, "essentiellement des jeunes".

Accusé d'avoir tardé à réagir lors d'une première vague de chaleur en mai, le gouvernement a renforcé la mobilisation du système de santé, redoutant un afflux de patients quand les organismes les plus fatigués lâcheront prise.

La situation est pour l'heure "normale" dans les hôpitaux, a déclaré mercredi la ministre de la Santé, évoquant des déprogrammations de soins "ciblées" et des passages aux urgences en hausse localement.

Mais patients et soignants "crèvent de chaud" dans nombre de bâtiments mal isolés et non climatisés, selon les professionnels.

- "32°C en classe" -

Le monde du travail jongle, lui, entre horaires remaniés, chantiers interdits l'après-midi et pénibilité accrue.

Selon le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, la mise en œuvre par les entreprises du plan d'adaptation aux fortes chaleurs a fait l'objet de "1.400 contrôles en moins d'un mois". Il reçoit mercredi organisations syndicales et patronales pour "un retour d'expérience".

Plus de 8.000 établissements scolaires (sur 60.000) sont perturbés, dont environ 1.800 fermés, selon le gouvernement. Des oraux du bac ont été reportés pour quelque 10.000 candidats mais les épreuves du brevet sont maintenues vendredi matin.

"Il fait 32°C depuis une semaine en classe, c'est impossible... Il faut rénover", réclamait mardi, sous couvert d'anonymat, une enseignante d'une vieille école de Bordeaux.

Mardi, le ministre de l'Économie Roland Lescure a demandé à la Caisse des dépôts et EDF de "réfléchir à des solutions". Sa collègue de la Transition écologique, Monique Barbut, a évoqué mercredi "un mur d'investissements".

En attendant, climatiseurs et ventilateurs s'arrachent, selon des distributeurs. Lundi, le groupe Carrefour a vendu "mille fois plus" d'appareils qu'à l'ordinaire, a indiqué son PDG Alexandre Bompard.

Cette ruée divise les responsables politiques – le RN propose un "plan massif", là où les Écologistes ne croient pas à une "solution miracle" – et anime les copropriétés.

"J'étais longtemps contre mais on vient de voter en AG pour les autoriser avec des règles précises... sinon, tout le monde met des clim' mobiles fenêtres ouvertes, ça consomme et pollue bien plus", explique David, néo-propriétaire dans un immeuble récent de Bordeaux.

Pour Christophe Rodriguez, directeur de l'Institut français de la performance du bâtiment (Ifpeb), "quand toute la France aura des volets et des toitures isolés, on aura une assise plus confortable pour débattre" de la climatisation.