Turquie: Erdogan prisonnier de son alliance avec le nationaliste Bahçeli

Le président turc Recep Tayyip Erdogan (à droite) en compagnie du chef du parti MHP Devlet Bahçeli (Photo, AFP).
Le président turc Recep Tayyip Erdogan (à droite) en compagnie du chef du parti MHP Devlet Bahçeli (Photo, AFP).
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Publié le Mercredi 14 avril 2021

Turquie: Erdogan prisonnier de son alliance avec le nationaliste Bahçeli

  • Durcissement contre l'opposition prokurde, politique étrangère plus musclée : Bahçeli n'est pas membre du gouvernement mais son influence est considérable
  • Face à l'érosion de sa popularité sur fond de difficultés économiques, Erdogan pourrait plus que jamais avoir besoin du soutien du MHP et de Bahçeli

ANKARA:  Faiseur de roi de la politique turque pour certains, décideur des questions sécuritaires pour d'autres, Devlet Bahçeli est, pour de nombreux observateurs, l'éminence grise qui tire les ficelles du gouvernement de Recep Tayyip Erdogan.

Durcissement contre l'opposition prokurde, politique étrangère plus musclée : Bahçeli n'est pas membre du gouvernement et son Parti d'action nationaliste (MHP) n'a récolté que 11% aux dernières élections en 2018, mais son influence est considérable.

Et face à l'érosion de sa popularité sur fond de difficultés économiques, Erdogan pourrait plus que jamais avoir besoin du soutien du MHP et de Bahçeli pour avoir une chance de briguer un troisième mandat présidentiel.

Agé de 73 ans, ce politicien à la voix rugueuse, qui aime se poser en « homme du peuple », demeure pour beaucoup un mystère malgré sa présence à la tête du MHP depuis 1997. 

Ses critiques reprochent à Erdogan d'avoir viré plus à droite en cédant au chantage aux votes de Bahçeli, quitte à lui accorder des faveurs impopulaires.

Lorsque la pandémie de coronavirus a pris de l'ampleur l'an dernier, Bahçeli a ainsi obtenu la libération d'un baron de la mafia proche de lui, dans le cadre d'une amnistie pour certains détenus.

Depuis 2016, « la position de Bahçeli a donné le ton des politiques de l'AKP (Parti de la Justice et du développement, islamo-conservateur, au pouvoir) », estime Idris Sahin, un ancien cadre de l'AKP qui est désormais le vice-président du parti d'opposition DEVA.

Questions sécuritaires

Le MHP ne s'est pas vu attribuer de ministères au sein du gouvernement, mais l'influent ministre de l'Intérieur, Süleyman Soylu, est un des favoris des cadres du parti.

Lorsque Soylu a voulu démissionner l'année dernière face aux critiques contre sa gestion du premier confinement partiel du pays, Bahçeli et le MHP ont volé à son secours. 

Erdogan a rejeté sa démission et Soylu est sorti renforcé de cet épisode.

L'influence de Bahçeli était encore à l'œuvre lorsqu'un procureur a présenté en mars dernier à la Cour constitutionnelle une demande d'interdiction du parti prokurde HDP.

Le leader nationaliste a mené une campagne pour cette interdiction et l'ouverture de la procédure a été annoncée la veille du congrès du MHP, des opposants y voyant un « cadeau » de Erdogan à son partenaire nationaliste.

Le MHP agit comme un nouveau « conseil de sécurité nationale », estime le politologue Burak Bilgehan Özpek, en référence à une puissante institution qui prenait autrefois les décisions sécuritaires et de défense en Turquie.

« Le MHP définit le cadre de la politique de la sécurité nationale. Bahçeli décide qui sera désigné comme ‘terroriste’ », affirme le chercheur. 

Boulet ?

Pourtant, l'AKP, issu de l'Islam politique et le MHP, ancré dans l'extrême droite, divergent sur plusieurs points et il arrive à Bahçeli de pas avoir le dernier mot.

Il a ainsi défendu le retour d'une prestation de serment nationaliste dans les écoles, supprimée par Erdogan en 2013, sans succès.

« L'alliance du peuple », le nom de la coalition informelle regroupant le MHP et l'AKP, n'a été possible qu'après un changement d'avis de Bahçeli à propos du régime présidentiel, cher à Erdogan, auquel il était initialement opposé.

La Turquie est passée en 2018 à ce régime présidentiel qui donne des pouvoirs très élargis à Erdogan.

Selon le chercheur Berk Esen, le soutien du MHP au nouveau système a permis à ses partisans d'entrer massivement dans la fonction publique.

Des experts et des diplomates occidentaux se demandent toutefois si Bahçeli est un partenaire de poids ou un boulet pour Erdogan.

Après avoir écarté ses précédents alliés, y compris des libéraux pro-occidentaux, il ne reste que des ultranationalistes autour de lui.

Quoi qu'il en soit, pour Esen, le président turc a toujours le dernier mot.

« Je ne pense pas qu'il puisse être forcé de prendre des mesures qu'il ne souhaite pas », affirme-t-il.

Özpek estime lui aussi que Erdogan garde la main. 

Bahçeli « ne peut jouer ce rôle que si Erdogan lui permet de le faire », dit-il. « Il peut endosser le rôle du conseil de sécurité nationale car Erdogan en tire un profit. Cela l'arrange de ne pas l'arrêter. »


L'accord sur le Liban est un "premier pas" vers la restauration de sa souveraineté, dit le président Aoun

Le président libanais Joseph Aoun a salué un nouvel accord-cadre avec Israël. (Archive/AFP)
Le président libanais Joseph Aoun a salué un nouvel accord-cadre avec Israël. (Archive/AFP)
  • Le président libanais Joseph Aoun a qualifié l'accord-cadre signé avec Israël de « première étape » vers le rétablissement de la pleine souveraineté du Liban
  • Il a affirmé son engagement à mettre fin à toute occupation, à obtenir la libération des prisonniers et à garantir un Liban sans subordination ni tutelle

BEYROUTH: Le président libanais Joseph Aoun a déclaré vendredi que l'accord cadre signé avec Israël était "un premier pas" vers la restauration de la souveraineté de son pays sans "occupation", "subordination" ni "tutelle".

"L'accord-cadre signé aujourd'hui est une première étape" qui doit permettre aux Libanais "de revenir sur leurs terres entièrement libérées et dans leurs maisons qui seront assurément reconstruites (...) sous la souveraineté de l'Etat libanais, qui n'a aucun partenaire dans l'exercice de sa souveraineté sur sa terre et son peuple", a déclaré Joseph Aoun dans un communiqué de la présidence.

"Nous jurons de continuer à oeuvrer jusqu'à ce que cela soit accompli. Il n'y aura plus d'occupation, de prisonniers, de subordination ni de tutelle", a-t-il promis.


Accord-cadre entre Liban et Israël, qui laisse deux "zones pilotes" à l'armée libanaise

Le secrétaire d'État américain Marco Rubio assiste à la signature d'un accord-cadre entre Israël et le Liban par le conseiller du département d'État Daniel Holler, l'ambassadeur d'Israël aux États-Unis Yechiel Leiter et l'ambassadrice du Liban aux États-Unis Nada Hamadeh, au département d'État à Washington. (Reuters)
Le secrétaire d'État américain Marco Rubio assiste à la signature d'un accord-cadre entre Israël et le Liban par le conseiller du département d'État Daniel Holler, l'ambassadeur d'Israël aux États-Unis Yechiel Leiter et l'ambassadrice du Liban aux États-Unis Nada Hamadeh, au département d'État à Washington. (Reuters)
  • Israël, le Liban et les États-Unis ont signé un accord-cadre pour avancer vers une paix durable, incluant le désarmement progressif du Hezbollah
  • Israël maintiendra ses troupes dans le sud du Liban jusqu'au désarmement du Hezbollah, tandis que Washington promet un soutien humanitaire et sécuritaire

WASHINGTON: Israël, le Liban et les Etats-Unis ont signé vendredi à Washington un accord-cadre visant à trouver "une paix durable" entre les deux pays du Proche-Orient, Israël assurant que son armée resterait au Liban jusqu'au désarmement du Hezbollah pro-iranien.

"Nous sommes heureux d'annoncer un accord-cadre entre le gouvernement souverain du Liban et le gouvernement d'Israël, avec la médiation et le soutien des Etats-Unis", a déclaré le secrétaire d'Etat américain Marco Rubio avant la signature.

Ce texte pose la première pierre d'"un cadre pour une paix et une sécurité durables", a-t-il estimé.

Il s'agit d'un "premier pas" vers la restauration de la souveraineté du Liban, sans "occupation", "subordination", ni "tutelle", a déclaré de son côté le président libanais Joseph Aoun.

Le député du Hezbollah Hassan Fadlallah a lui estimé que le texte faisait courir un risque de "guerre civile" en cas d'application par les autorités libanaises.

L'un des points clés est le "désarmement vérifié des groupes armés non étatiques et du démantèlement des infrastructures qui leur sont associées", dont le Hezbollah pro-Téhéran qui s'est toujours opposé aux négociations.

Après l'annonce de l'accord, des partisans du mouvement ont manifesté dans les rues de Beyrouth, notamment dans les quartiers proches du Parlement et le long d'une route menant à l'aéroport, et ont bloqué au moins une route avec des pneus enflammés, selon l'ANI, une agence officielle.

Un correspondant de l'AFP a également vu des postes de contrôle temporaires de l'armée libanaise être mis en place dans plusieurs rues.

- "Zones pilotes" -

Le Liban et Israël avaient entamé mi-avril des discussions directes à Washington, les premières depuis des décennies entre les deux pays techniquement toujours en état de guerre. Cette session de pourparlers était la cinquième.

L'accord-cadre prévoit notamment de confier progressivement à l'armée libanaise le contrôle de deux "zones pilotes", qui ont vocation à se multiplier jusqu'à ce que les forces étatiques aient la main sur tous les secteurs concernés, devant y permettre à terme le retour des civils.

L'une des deux premières zones est située au sud et l'autre au nord du fleuve Litani, à une trentaine de kilomètres de la frontière avec Israël.

Le retrait israélien devrait être limité puisque Benjamin Netanyahu a répété que son armée resterait dans le sud du Liban jusqu'à ce que le Hezbollah "soit désarmé".

La disparition de cette menace" éliminera toute nécessité future d'une intervention militaire ou d'une présence des Forces de défense d'Israël au Liban", et "le gouvernement israélien déclare n'avoir aucune ambition territoriale au Liban", dispose ainsi l'accord.

- "Début du début" -

A Washington, Marco Rubio a décrit le texte comme "le début du début". Il a annoncé dans un communiqué une "aide humanitaire immédiate de 100 millions de dollars, en coordination avec les Nations unies", ainsi qu'un versement de "plus de 30 millions de dollars" aux Forces armées libanaises "en faveur d'une paix durable au Liban".

Le chef de l'aide humanitaire à l'ONU, Tom Fletcher, a ainsi plaidé pour un accès "sûr, continu et libre" des organisations aux personnes dans le besoin, un déminage et la réparation prioritaire des infrastructures essentielles.

Selon l'accord-cadre, les Etats-Unis soutiendront plus généralement le gouvernement libanais pour la reconstruction du pays, la relance économique et les "perspectives de prospérité". De son côté, Beyrouth s'engage à s'assurer que les fonds n'atterrissent pas entre les mains de groupes armés et d'entités liées.

Les hostilités sur le front libanais ont repris début mars après des tirs du Hezbollah pro-iranien vers Israël, déclenchés en soutien à Téhéran visé par une offensive militaire israélo-américaine.

L'armée israélienne a mené de vastes frappes aériennes au Liban et déployé des troupes dans le sud du pays, faisant plus de 4.200 morts selon les autorités libanaises. Elle occupe une zone d'une dizaine de kilomètres de profondeur à partir de sa frontière, censée protéger les habitants du nord d'Israël.

Une trêve annoncée le 17 avril n'a jamais été respectée mais les affrontements entre Israël et le Hezbollah ont largement diminué depuis la signature mi-juin d'un protocole d'accord entre les Etats-Unis et l'Iran, Téhéran ayant exigé qu'une cessation des combats au Liban en fasse partie.


Le président libanais salue les efforts de Paris et Rome pour former une coalition succédant à la Finul

Photo prise près de la frontière israélo-libanaise montrant un véhicule blindé de la Finul circulant devant des bâtiments détruits dans le sud du Liban, le 22 juin 2026. (AFP)
Photo prise près de la frontière israélo-libanaise montrant un véhicule blindé de la Finul circulant devant des bâtiments détruits dans le sud du Liban, le 22 juin 2026. (AFP)
  • Le Liban soutient le projet franco-italien de coalition multinationale pour remplacer la Finul après 2026 et renforcer sa souveraineté
  • Les tensions persistent dans le sud malgré une accalmie, tandis que l'ONU défend le maintien d'une présence internationale

BEYROUTH: Le président libanais, Joseph Aoun, a salué vendredi les efforts de la France et de l'Italie pour former une coalition multinationale appelée à succéder à la force de maintien de la paix de l'ONU dans son pays, dont le mandat expire fin 2026.

Sous pression américaine, le Conseil de sécurité de l'ONU avait décidé en août dernier de fixer à décembre la fin du mandat de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul). Rome et Paris, importants contributeurs à cette mission, veulent préparer un relais.

Dans un communiqué, M. Aoun a qualifié cette initiative d'"expression sincère de l'engagement international en faveur du soutien à la souveraineté et à la stabilité du Liban, et une reconnaissance réelle du rôle joué par l'(armée libanaise) dans le maintien de la sécurité et l'extension de l'autorité de l'Etat sur l'ensemble de son territoire", en particulier dans le sud du pays, actuellement occupé en partie par l'armée israélienne.

Le Liban, a-t-il ajouté, est disposé à adopter "toute formule internationale qui renforce les capacités de ses forces armées et préserve son intégrité territoriale".

Le président français Emmanuel Macron et la cheffe du gouvernement italien Giorgia Meloni, ont annoncé jeudi vouloir mettre en place une "coalition" multinationale sous leur direction, pour renforcer la "souveraineté au Liban" et empêcher que le pays ne devienne "une base pour une escalade régionale".

La Finul compte actuellement 7.500 Casques bleus, provenant d'une cinquantaine de pays.

Ils sont déployés dans le sud du Liban, le long de la Ligne bleue qui s'étend sur 120 kilomètres, traçant une frontière de facto entre le Liban et Israël.

Depuis le 2 mars, le conflit entre Israël et le mouvement islamiste pro-iranien Hezbollah, fortement implanté dans cette région, a repris après l'offensive israélo-américaine contre l'Iran.

L'armée israélienne a entrepris son incursion militaire la plus profonde au Liban depuis l'an 2000.

Malgré une accalmie sur le terrain, les frappes israéliennes se sont poursuivies ces derniers jours, faisant au moins sept morts depuis mardi, selon les autorités libanaises.

Début juin, le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres avait estimé "nécessaire" le maintien d'une présence militaire de l'ONU.

Il a proposé trois options allant de près de 2.000 à plus de 5.500 personnels en uniforme pour permettre notamment de surveiller le cessez-le-feu et soutenir les forces armées libanaises.