Le livre d'un auteur saoudien dévoile les atrocités ottomanes à Médine

Médine, en Arabie saoudite, vers 1915, alors qu'elle faisait partie de l'Empire ottoman. Cette photographie est tirée de l’ouvrage Heroes of Modern Adventure, publié en 1927. (Getty Images/Universal History Archive/Universal Images Group)
Médine, en Arabie saoudite, vers 1915, alors qu'elle faisait partie de l'Empire ottoman. Cette photographie est tirée de l’ouvrage Heroes of Modern Adventure, publié en 1927. (Getty Images/Universal History Archive/Universal Images Group)
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Publié le Jeudi 25 mars 2021

Le livre d'un auteur saoudien dévoile les atrocités ottomanes à Médine

  • C'est le début de la Première Guerre mondiale, en 1914, qui a véritablement révélé la faiblesse, le retard et l'incapacité de l'Empire ottoman à contrôler ses extrémités éloignées
  • Ce que les livres omettent souvent, ce sont les événements de 1915, avant le siège, lorsque Fakhri Pacha a forcé la population de Médine à monter dans des trains

DJEDDAH: Cela ne date pas d’hier: c'est le début de la Première Guerre mondiale, en 1914, qui a véritablement révélé la faiblesse, le retard et l'incapacité de l'Empire ottoman à contrôler ses extrémités éloignées.

Lorsque les historiens utilisent le terme «Seferbelik» – ce mot ottoman qui signifie «mobilisation» –, on suppose souvent qu'ils font allusion au nettoyage ethnique des Arméniens d'Anatolie en 1915, lorsque des millions de personnes furent massacrées ou envoyées en exil.

Mais on emploie également «Seferbelik» pour désigner un autre épisode, moins connu, de déplacement de masse: il s'est produit approximativement à la même époque, dans l’actuelle Arabie saoudite.

Seferberlik: un siècle après le crime ottoman à Médine, de l’auteur saoudien Mohammed al-Saeed, raconte l’histoire de la déportation de la population de la ville sainte par le général ottoman Fakhri Pacha.

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L'auteur saoudien Mohammad Al-Saeed. (Fourni)

 

Les livres d’histoire évoquent la «défense héroïque» de la ville par Fakhri Pacha lors du siège de Médine en 1918. Ce général, en effet, a repoussé les attaques répétées des combattants arabes soutenus par les Britanniques de Hussein ben Ali, le chérif de La Mecque.

Ce que les livres omettent souvent de relater, en revanche, ce sont les événements de 1915, avant le siège, lorsque Fakhri Pacha a forcé la population de Médine à monter dans des trains et qu’il les a conduits vers le Nord, en Syrie, en Turquie, dans les Balkans et dans le Caucase.

En outre, la version des événements racontée aujourd'hui en Turquie tend à occulter le vol commis par les Ottomans d’objets de valeur dans la chambre sacrée du prophète Mahomet, la démolition de plusieurs bâtiments dans le but de faire place aux défenses et aux lignes d'approvisionnement, et le bilan cruel de la famine qui a frappé la population civile de Médine.

«Le crime de Seferberlik était une tentative pour transformer Médine en avant-poste militaire», déclare Mohammed al-Saeed à Arab News. «Les Turcs ont essayé de séparer la ville de son environnement arabe et de l'annexer à l'Empire ottoman pour justifier leur emprise sur ce qui restait du monde arabe.»

 

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L'armée de Faisal Ier d'Irak pénétrant à Yenbo (alias Yanbu), dans l'actuelle province d'Al Madinah, dans l'ouest de l'Arabie saoudite, lors de la révolte arabe contre la domination ottomane, en décembre 1916 (Pierre Perrin / Sygma via Getty Images)

 

Contre la volonté du calife ottoman, le sultan Mehmed V, les jeunes Turcs qui contrôlaient les affaires de l’empire à cette époque se sont rangés du côté de l’Allemagne et des puissances centrales. Leur appartenance à l’ethno-nationalisme turc a sonné le glas des autres groupes ethniques de l’empire.

Le chemin de fer hautement stratégique du Hedjaz, qui reliait Damas et Médine, était vital pour l'effort de guerre ottoman, qui en faisait une cible fréquente des rebelles arabes et de leur allié britannique, Thomas Edward Lawrence. Cette liaison ferroviaire était si importante pour le mouvement des troupes et des munitions que les forces ottomanes étaient prêtes à déplacer la population civile de Médine et à mettre en garnison ses sites les plus sacrés, faisant fi des dégâts occasionnés et de la violation de la sépulture du prophète Mahomet.

«Le général Fakhri Pacha est venu prouver la puissance de l'Empire ottoman sur Médine, quel qu'en soit le prix», souligne Mohammed al-Saeed. «Il a mis la main sur la mosquée du Prophète et son caractère sacré; il en a fait un dépôt d’armes et un camp de soldats.»

«Il a également transformé les minarets de la ville en positions d’artillerie, sans se soucier du fait qu’il portait atteinte à la mosquée, au dôme et au tombeau du Prophète. De plus, il a confisqué les biens des habitants, leurs exploitations de dattes, leurs récoltes, et a tout remis aux militaires, quelque 70 000 mercenaires. Ces derniers ont profané Médine en buvant de l'alcool dans les rues», révèle l’écrivain.

 

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Le chemin de fer du Hijaz était stratégiquement vital pour l'effort de guerre ottoman. (Fourni)

 

Au cours de la deuxième phase de sa campagne, Fakhri Pacha «a détruit des maisons et prolongé le chemin de fer jusqu'à l'intérieur de la mosquée du Prophète, manquant de respect au caractère sacré de l’édifice. Il s’agit là d’un nouveau crime, qui avait pour but de faciliter le transport de nombreux objets de valeur, dont certains venaient de la chambre du Prophète – les biens du prophète Mahomet et de ses épouses –, loin du regard des citoyens, qu’il craignait, et pour introduire clandestinement ces éléments dérobés à Constantinople», raconte Mohammed al-Saeed.

«Les trésors volés sont arrivés à Constantinople, la capitale de l’Empire ottoman, et ils sont exposés depuis de nombreuses années au musée de Topkapi [dans l’actuelle Istanbul]», révèle-t-il.

Les reliques saintes comprennent d'anciennes copies du Coran, des bijoux, des chandeliers d’or et des épées. Outre les 390 artefacts, les visiteurs du musée peuvent contempler des biens qui appartiennent au prophète Mahomet: le manteau béni, la sainte bannière, son épée et son arc, un pot, un morceau de sa dent et un cheveu de sa barbe.

Des sources suggèrent que Fakhri Pacha a même tenté de faire exhumer le corps du prophète Mahomet et de l'expédier à Constantinople. Un ingénieur égyptien, convoqué à Médine pour modifier les minarets de la mosquée du Prophète afin qu’ils puissent supporter le poids de l’artillerie ottomane, a affirmé avoir reçu l’ordre d’ouvrir la tombe; mais il a refusé.

«Fakhri Pacha a demandé son aide pour exhumer le corps du Prophète et pour le déplacer à Constantinople, selon les documents historiques rédigés par le représentant français au Caire et envoyés au ministère des Affaires étrangères», précise Mohammed al-Saeed.

 

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Le chemin de fer du Hijaz était stratégiquement vital pour l'effort de guerre ottoman. (Fourni)

 

«Le représentant français s'est porté garant du récit de l'ingénieur égyptien – qui a fui la ville et n'a donc pas commis le crime –, confirmant ainsi que la tombe en question abritait bien le corps du Prophète et que l'objectif était de déplacer sa dépouille à Constantinople.»

«Dans la dernière phase, les citoyens de Médine ont été déplacés de force et les soldats ont pris leur place», raconte encore Al-Saeed.

Jusqu'à 40 000 civils ont probablement été expulsés; les parents furent séparés les uns des autres et de leurs enfants. «Ils ont enlevé des gens dans la rue et ne se sont pas contentés de les expulser en tant que familles: ils les ont expulsés en tant qu'individus et envoyés dans d'autres régions placés sous la domination ottomane», précise l’écrivain.

«Selon des sources historiques, les atrocités de Seferberlik ont eu pour conséquence le fait que seules quelques centaines de citoyens sont restés dans la ville. Fakhri Pacha a monopolisé les vivres rares, en particulier les dattes, qui ont été distribuées aux soldats ottomans. Médine a été frappée par la famine, ce qui a forcé ses citoyens et ses enfants orphelins à manger des chats, des chiens et ce qui restait dans les fermes et dans les rues», déplore Al-Saeed.

 

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«Seferberlik: Un siècle après le crime ottoman à Médine» - par l'auteur saoudien Mohammad Al-Saeed.

 

Al-Saeed dit qu'il a décidé de se pencher sur les exactions de l'Empire ottoman à Médine un siècle après les faits, parce qu'il pense que la Turquie moderne tente de «blanchir» son passé impérial.

Il envisage la traduction de son livre en plusieurs langues afin de faire connaître ce chapitre méconnu de l'histoire ottomane. «J'ai écrit un article en 2015 – cent ans après ce crime – et fourni des détails que peu de gens connaissaient», précise l’auteur.

«Les réactions à cet article ont été contrastées, certaines personnes ont été choquées par les informations qu’il contenait et d’autres ne parvenaient pas y croire, étant donné la campagne turque qui avait eu lieu avant sa publication et qui tentait de “blanchir” les crimes odieux de l’Empire ottoman contre les Arabes. Le public n’avait pas conscience des crimes commis par les Ottomans», poursuit-il.

«Après l'article, l'idée de documenter l'événement s’est confirmée, pour que l'histoire ne relègue pas dans l’oubli ce chapitre de l'histoire arabe, comme elle l’a fait pour d’autres épisodes, d'autant que les quelques documents historiques sur Seferberlik se trouvent dans les archives ottomanes, anglaises et françaises», explique l’écrivain.

«De plus, les sources d'informations sont très limitées et les petits-enfants de ceux qui se trouvaient à Médine à l'époque n'ont pas beaucoup de documents en leur possession. De nombreux habitants de la ville ont été déplacés; nombre d'entre eux ne sont pas revenus», conclut amèrement Al-Saeed.

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur ArabNews.com


L’IA ne remplacera jamais la créativité humaine, affirme la PDG de SRMG

Jomana R. Alrashid, PDG du Saudi Research and Media Group, a souligné que l'IA ne pouvait remplacer la créativité humaine lors d'une session du sommet « Investing Is a Sea » organisé par The Family Office vendredi dernier sur l'île de Shura. (Photo AN)
Jomana R. Alrashid, PDG du Saudi Research and Media Group, a souligné que l'IA ne pouvait remplacer la créativité humaine lors d'une session du sommet « Investing Is a Sea » organisé par The Family Office vendredi dernier sur l'île de Shura. (Photo AN)
Jomana R. Alrashid, PDG du Saudi Research and Media Group, a souligné que l'IA ne pouvait remplacer la créativité humaine lors d'une session du sommet « Investing Is a Sea » organisé par The Family Office vendredi dernier sur l'île de Shura. (Photo AN)
Jomana R. Alrashid, PDG du Saudi Research and Media Group, a souligné que l'IA ne pouvait remplacer la créativité humaine lors d'une session du sommet « Investing Is a Sea » organisé par The Family Office vendredi dernier sur l'île de Shura. (Photo AN)
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  • S’exprimant auprès de Maya Hojeij, présentatrice économique senior à Asharq avec Bloomberg, Jomana R. Alrashid a dit être fière des plateformes de SRMG qui ont su intégrer et adopter l’IA

RIYAD : Jomana R. Alrashid, PDG du Saudi Research and Media Group (SRMG), a souligné que l’intelligence artificielle ne pouvait pas remplacer la créativité humaine lors d’une session du sommet « Investing Is a Sea » organisé par The Family Office sur l’île de Shura, vendredi.

« On ne peut jamais remplacer la créativité humaine. Le journalisme, au final, et la création de contenu, reposent sur le storytelling, et c’est un rôle créatif que l’IA n’a pas encore la capacité d’assumer », a déclaré Alrashid lors du sommet d’investissement.

« Nous n’éliminerons jamais ce rôle humain qui consiste à raconter l’histoire, à mener un véritable travail d’enquête, à distinguer ce qui relève de l’actualité ou des faits de ce qui est faux… à différencier la désinformation du biais. C’est là le rôle fondamental que joue la rédaction au sein d’une newsroom. »

Abordant le thème de l’IA lors de cette discussion modérée par Maya Hojeij, présentatrice économique senior à Asharq avec Bloomberg, la PDG a exprimé sa fierté quant à la manière « transformatrice » dont les plateformes de SRMG ont intégré l’IA.

« Nous traduisons désormais l’ensemble de nos contenus en nous appuyant sur l’IA. Nous produisons également des documentaires grâce à l’IA. Nous disposons aujourd’hui de la vérification des faits assistée par l’IA, de l’indexation, du clipping et de la transcription automatisés. C’est cela, selon nous, l’avenir. »

Interrogée sur le profil du journaliste de demain, Alrashid a répondu : « C’est à la fois un journaliste et un ingénieur. Quelqu’un qui doit comprendre les données. Et c’est un autre sujet extrêmement important : comprendre les données avec lesquelles on travaille. »

« L’IA a également facilité cet aspect. Je dois dire qu’au cours des vingt dernières années dans la région, en particulier dans les entreprises de médias, nous n’avons pas suffisamment compris l’importance des données. »

La PDG a rappelé qu’auparavant, les médias s’appuyaient principalement sur des sondages, des enquêtes ou des chiffres d’audience, alors qu’aujourd’hui, des informations beaucoup plus détaillées sur les attentes des publics sont disponibles.

Lors de cette discussion informelle, Alrashid a également été interrogée sur la perception des médias du Moyen-Orient par la communauté internationale. Elle a expliqué qu’au fil des décennies, ces médias avaient joué un rôle essentiel pour informer un public plus large sur des enjeux extrêmement complexes — politiques, culturels et économiques — et continuaient de le faire.

« Aujourd’hui, ce rôle est encore plus important, notamment en raison de l’essor des réseaux sociaux, des journalistes citoyens et des créateurs de contenu. Mais je pense aussi que cela a été facilité par la puissance de l’IA. Désormais, un contenu produit par des journalistes crédibles, de premier plan, de classe mondiale, peut immédiatement dépasser les frontières, atteindre différentes zones géographiques, différents publics, différents pays, dans plusieurs langues et sous divers formats. »

Elle a souligné qu’il existait une opportunité majeure pour les médias arabes de ne plus se limiter à un public exclusivement arabe, mais de franchir les frontières, d’être disponibles en plusieurs langues et de mieux servir leurs audiences.

La PDG s’est montrée optimiste quant à l’avenir, insistant sur l’importance d’une vision claire, d’une stratégie solide et d’un alignement total des équipes.

Les modèles publicitaires traditionnels, autrefois centrés sur la télévision et la presse écrite, évoluent rapidement, les plateformes de réseaux sociaux dominant désormais les revenus publicitaires.

« Le changement est radical. Autrefois, nous étions en concurrence les uns avec les autres pour l’audience. Aujourd’hui, nous sommes aussi en concurrence avec les plateformes de réseaux sociaux : 80 % des revenus publicitaires au Moyen-Orient vont aux réseaux sociaux, mais cela signifie aussi qu’il existe 80 % d’opportunités d’intérêt. »

Selon elle, le défi consiste à créer le bon contenu sur ces plateformes afin d’engager les audiences cibles et de permettre des partenariats commerciaux. « Ce n’est un secret pour personne : les marques n’aiment pas faire de la publicité sur les chaînes d’information. Cela est souvent associé aux conflits ou à la guerre, ce qui dissuade les annonceurs. »

« C’est pourquoi nous nous sommes développés dans de nouveaux secteurs comme le sport. Et c’est aussi pour cela que nous avons renforcé notre position dans le lifestyle. Nous détenons la plus grande part de marché dans ce domaine… Et nous avons lancé de nouvelles plateformes comme Billboard Arabia, qui nous permet d’entrer dans l’univers de la musique. »

Alrashid a expliqué que cette diversification plaçait le groupe dans une position solide pour faire face au déclin des revenus publicitaires sur différentes plateformes, grâce au lancement de nouveaux produits.

« Un autre actif de propriété intellectuelle très important que nous avons créé, ce sont les événements associés à des marques présentes dans la région depuis plus de 30 ans. Aujourd’hui, toute marque ou tout titre qui n’est pas accompagné d’un événement passe à côté d’une opportunité commerciale majeure, qui nous permet de nous retrouver dans une même salle, d’échanger des idées et de nous connaître au-delà des écrans. »

La PDG a déclaré que les perturbations étaient désormais constantes et souvent autonomes, ajoutant que l'avenir du secteur reposait souvent sur la narration et la capacité à innover en créant des contenus convaincants qui touchent directement le public. 

« Mais la prochaine perturbationsviendra encore de l’IA. De la vitesse à laquelle cet outil et cette technologie extrêmement puissante évoluent. Et de notre capacité à y faire face, à nous y adapter et à l’intégrer pleinement — ou non. »

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Le prince Turki Al-Faisal réaffirme la solidité des relations saoudo-émiraties et appelle à se fier aux sources officielles

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  • L’ancien chef du renseignement se dit « optimiste » quant au nouveau Conseil de paix formé par Donald Trump
  • Israël applique le deux poids deux mesures en soutenant le terrorisme tout en accusant les autres de le faire, estime-t-il

ÎLE DE SHURA – MER ROUGE : Le prince Turki Al-Faisal, président du Centre du roi Faisal pour la recherche et les études islamiques, et ancien ambassadeur en Grande-Bretagne et aux États-Unis, a réaffirmé vendredi les « relations fraternelles » entre l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, appelant le public à « se référer aux sources d’information officielles saoudiennes » plutôt qu’aux publications sur les réseaux sociaux.

« Comme nous l’avons vu, les responsables saoudiens ont réaffirmé les relations fraternelles avec les Émirats arabes unis. Ces liens ne sont pas uniquement politiques, mais profondément enracinés dans l’affection, les liens familiaux et une histoire commune », a-t-il déclaré.

S’exprimant lors de la séance d’ouverture du sommet Investing Is a Sea, organisé par The Family Office, le prince Turki Al-Faisal a affirmé que malgré le bruit sur les réseaux sociaux autour du différend politique entre Riyad et Abou Dhabi sur le Yémen, les relations entre les deux pays demeurent solides. Il s’exprimait lors d’un échange avec le rédacteur en chef d’Arab News, Faisal J. Abbas, modérateur de la session.

« Notre relation avec les Émirats est fondée sur l’intégration, non sur la confrontation, et ce principe s’applique à l’ensemble du CCG », a expliqué Al-Faisal.

« Les divergences d’opinion sont naturelles, y compris au sein de l’Union européenne, mais nous espérons que les utilisateurs des réseaux sociaux s’abstiendront de toute dérive immorale dans ce différend », a répondu Abbas, en référence à ceux qui propagent la haine et les mensonges en ligne.

Les tensions entre les deux pays du Golfe se sont accrues en décembre lorsque les Émirats ont soutenu et approvisionné le Conseil de transition du Sud (STC) yéménite, qui a agi unilatéralement dans une tentative de sécession près de la frontière saoudienne. La coalition dirigée par Riyad pour rétablir la légitimité au Yémen est alors intervenue fermement, ciblant ce qu’elle a qualifié de livraison militaire non autorisée au STC et demandant à Abou Dhabi de retirer tous ses moyens et personnels du Yémen. Peu après, le ministère émirati de la Défense a annoncé qu’il se conformerait à cette demande et qu’il soutenait la sécurité et la stabilité de l’Arabie saoudite.

Malgré cela, une guerre médiatique s’est poursuivie sur les réseaux sociaux des deux côtés, amenant de nombreux observateurs à s’interroger sur la volonté réelle des deux capitales de mettre fin au différend.

S’exprimant lundi depuis Varsovie, le ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Faisal ben Farhane, a reconnu une « divergence de vues » sur le Yémen, tout en soulignant que la relation entre les deux pays restait « d’une importance cruciale ». Il a insisté sur le fait que « les Émirats se sont totalement retirés du dossier yéménite ».

« Il s’agit d’un élément essentiel de la stabilité régionale, et le Royaume tient toujours à entretenir une relation forte et positive avec les Émirats arabes unis, partenaire clé au sein du CCG », a déclaré le prince Faisal lors d’une conférence de presse en Pologne.

Deux jours plus tard, le ministre saoudien des Médias, Salman Al-Dossary, a démenti dans un message publié sur les réseaux sociaux les rumeurs circulant en ligne selon lesquelles le Royaume aurait refusé de recevoir Cheikh Tahnoun ben Zayed Al Nahyan, vice-gouverneur d'Abou Dhabi et conseiller à la sécurité nationale des Émirats arabes unis.

« Cheikh Tahnoun ben Zayed se rend au Royaume quand il le souhaite, sans avoir besoin d’autorisation. L’Arabie saoudite est sa maison et ses dirigeants sont sa famille », a écrit Al-Dossary.

Le panel d’ouverture de The Family Office a également abordé les évolutions mondiales récentes. Le prince Turki a dit espérer que le Conseil de paix mis en place par le président américain Donald Trump apportera un changement.

« Le rôle de l’Arabie saoudite au sein du Conseil de paix est de poursuivre son soutien à la Palestine, et les déclarations du prince héritier Mohammed ben Salmane à Washington visent toutes à convaincre les États-Unis que la paix doit reposer sur la justice et non sur des principes sélectifs », a-t-il déclaré.

Al-Faisal a déclaré qu'on ne pouvait pas accorder à Israël le « droit à l'autodéfense » tout en refusant ce même droit aux Palestiniens, alors que ce sont eux qui sont attaqués.

Il a rappelé que la position saoudienne a toujours été l’établissement d’un État palestinien avant toute normalisation avec Israël.

Évoquant la visite du prince héritier Mohammed ben Salmane à la Maison-Blanche en novembre dernier, Al-Faisal a affirmé que la position du Royaume repose sur la justice et sur les principes fondateurs de l’Arabie saoudite.

Concernant Israël, le prince Turki a réitéré son point de vue selon lequel Israël applique le deux poids deux mesures, tant dans ses actes que dans son discours.

Interrogé par Abbas sur un article du Times of Israel, signé par la correspondante politique Tal Schneider et publié le 8 octobre 2023, affirmant qu’Israël avait payé le prix, le 7 octobre, de la politique de soutien au Hamas menée pendant 16 ans par Benyamin Netanyahou au détriment de l’Autorité palestinienne, Abbas a demandé : « Ne trouvez-vous pas ironique qu’Israël soutienne publiquement et massivement le terrorisme, puis accuse les autres de faire la même chose ? »

Le prince Turki Al-Faisal a répondu qu’Israël affiche un double standard évident lorsqu’il accuse d’autres pays de soutenir le Hamas et l’extrémisme, alors qu’il est largement connu comme l’un des principaux soutiens du mouvement.

« Il existe un dicton dans le Hedjaz, où j’ai grandi, qui dit : “Il m’a frappé, puis il a pleuré et s’est plaint avant moi.” Les dirigeants israéliens ont maîtrisé cette tactique. Depuis sa création, Israël s’est présenté comme la victime à qui l’on aurait volé ses droits. Cette machine de propagande fonctionne depuis quatre-vingts ans », a-t-il expliqué.

« Je ne suis pas surpris lorsque Netanyahou ou ses partisans affirment aujourd’hui que l’Arabie saoudite adopte une position extrémiste à l’égard du judaïsme ou d’Israël. En réalité, ce sont les actions d’Israël, sous la direction de Netanyahou, qui nous ont conduits à la situation actuelle, où nous assistons à un génocide contre les Palestiniens, non seulement à Gaza mais aussi en Cisjordanie », a-t-il ajouté.

« Netanyahou a récemment déclaré que quiconque souhaitait normaliser ses relations avec Israël devait reconnaître son “droit à l’autodéfense”, accordant de facto à Israël un permis pour sacrifier les Palestiniens », a-t-il ajouté.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


La justice allemande saisit des biens dans une enquête pour fraude bancaire au Liban

Les procureurs allemands ont déclaré jeudi avoir saisi des avoirs d'une valeur d'environ 35 millions d'euros (42 millions de dollars) dans le cadre d'une enquête pour blanchiment d'argent visant l'ancien gouverneur de la banque centrale libanaise, Riad Salameh, et quatre autres personnes. (AFP/Fichier)
Les procureurs allemands ont déclaré jeudi avoir saisi des avoirs d'une valeur d'environ 35 millions d'euros (42 millions de dollars) dans le cadre d'une enquête pour blanchiment d'argent visant l'ancien gouverneur de la banque centrale libanaise, Riad Salameh, et quatre autres personnes. (AFP/Fichier)
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  • La justice allemande a saisi 35 millions d’euros de biens dans le cadre d’une enquête pour blanchiment d’argent visant l’ancien gouverneur de la banque centrale libanaise, Riad Salamé
  • Les procureurs l’accusent d’avoir détourné plus de 330 millions de dollars entre 2004 et 2015 ; un tribunal doit désormais statuer sur la confiscation définitive des biens

BERLIN: La justice allemande a indiqué jeudi avoir saisi des biens d'une valeur totale de 35 millions d'euros dans le cadre d'une enquête pour blanchiment d'argent visant l'ancien gouverneur de la banque centrale libanaise, Riad Salamé, et quatre autres personnes.

Âgé de 75 ans, M. Salamé, qui a dirigé la banque centrale entre 1993 et 2023, fait face à de multiples accusations au Liban et à l'étranger, notamment de détournement de fonds, blanchiment d'argent et évasion fiscale. Il a toujours nié toute malversation.

Dans un communiqué, le parquet a déclaré que "des biens immobiliers commerciaux de grande valeur à Munich et à Hambourg, ainsi que des parts sociales d'une société immobilière à Düsseldorf pour une valeur totale d'environ 35 millions d'euros" ont été saisis.

"Après des enquêtes très approfondies", notamment au Liban, le parquet accuse  M. Salamé, agissant avec son frère Raja Salamé, d'avoir "détourné des fonds d'un montant total de plus de 330 millions de dollars au détriment de la banque centrale libanaise et donc aux dépens de l'Etat libanais, afin de s'enrichir illégalement" entre 2004 et 2015.

Ces fonds provenaient de transactions financières entre la banque centrale libanaise et des banques commerciales au Liban.

L'argent a été blanchi par l'intermédiaire d'une société écran dans les îles Vierges britanniques et utilisé par Raja Salamé et trois autres coaccusés pour des investissements en Allemagne et ailleurs en Europe, selon les procureurs.

Un tribunal de Munich doit désormais décider si les biens saisis peuvent être définitivement confisqués.

Les procureurs allemands ont ouvert leur enquête en 2021 et ont collaboré avec des enquêteurs français et luxembourgeois.

Détenteur de la double nationalité française et libanaise, Riad Salamé avait été arrêté en 2024 au Liban et inculpé pour le détournement présumé de 44 millions de dollars de la banque centrale libanaise, avant d'être libéré en septembre dernier contre le versement d'une caution record.

L’ex-gouverneur est considéré comme l'un des principaux responsables de l’effondrement économique du Liban, que la Banque mondiale a qualifié de l'un des pires de l’histoire récente. Mais il a toujours défendu son bilan, affirmant être un "bouc émissaire".

Il a quitté ses fonctions fin juillet 2023 et répète que sa fortune provient d’investissements privés et de sa carrière antérieure au sein de la société américaine Merrill Lynch.