Le livre d'un auteur saoudien dévoile les atrocités ottomanes à Médine

Médine, en Arabie saoudite, vers 1915, alors qu'elle faisait partie de l'Empire ottoman. Cette photographie est tirée de l’ouvrage Heroes of Modern Adventure, publié en 1927. (Getty Images/Universal History Archive/Universal Images Group)
Médine, en Arabie saoudite, vers 1915, alors qu'elle faisait partie de l'Empire ottoman. Cette photographie est tirée de l’ouvrage Heroes of Modern Adventure, publié en 1927. (Getty Images/Universal History Archive/Universal Images Group)
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Publié le Jeudi 25 mars 2021

Le livre d'un auteur saoudien dévoile les atrocités ottomanes à Médine

  • C'est le début de la Première Guerre mondiale, en 1914, qui a véritablement révélé la faiblesse, le retard et l'incapacité de l'Empire ottoman à contrôler ses extrémités éloignées
  • Ce que les livres omettent souvent, ce sont les événements de 1915, avant le siège, lorsque Fakhri Pacha a forcé la population de Médine à monter dans des trains

DJEDDAH: Cela ne date pas d’hier: c'est le début de la Première Guerre mondiale, en 1914, qui a véritablement révélé la faiblesse, le retard et l'incapacité de l'Empire ottoman à contrôler ses extrémités éloignées.

Lorsque les historiens utilisent le terme «Seferbelik» – ce mot ottoman qui signifie «mobilisation» –, on suppose souvent qu'ils font allusion au nettoyage ethnique des Arméniens d'Anatolie en 1915, lorsque des millions de personnes furent massacrées ou envoyées en exil.

Mais on emploie également «Seferbelik» pour désigner un autre épisode, moins connu, de déplacement de masse: il s'est produit approximativement à la même époque, dans l’actuelle Arabie saoudite.

Seferberlik: un siècle après le crime ottoman à Médine, de l’auteur saoudien Mohammed al-Saeed, raconte l’histoire de la déportation de la population de la ville sainte par le général ottoman Fakhri Pacha.

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L'auteur saoudien Mohammad Al-Saeed. (Fourni)

 

Les livres d’histoire évoquent la «défense héroïque» de la ville par Fakhri Pacha lors du siège de Médine en 1918. Ce général, en effet, a repoussé les attaques répétées des combattants arabes soutenus par les Britanniques de Hussein ben Ali, le chérif de La Mecque.

Ce que les livres omettent souvent de relater, en revanche, ce sont les événements de 1915, avant le siège, lorsque Fakhri Pacha a forcé la population de Médine à monter dans des trains et qu’il les a conduits vers le Nord, en Syrie, en Turquie, dans les Balkans et dans le Caucase.

En outre, la version des événements racontée aujourd'hui en Turquie tend à occulter le vol commis par les Ottomans d’objets de valeur dans la chambre sacrée du prophète Mahomet, la démolition de plusieurs bâtiments dans le but de faire place aux défenses et aux lignes d'approvisionnement, et le bilan cruel de la famine qui a frappé la population civile de Médine.

«Le crime de Seferberlik était une tentative pour transformer Médine en avant-poste militaire», déclare Mohammed al-Saeed à Arab News. «Les Turcs ont essayé de séparer la ville de son environnement arabe et de l'annexer à l'Empire ottoman pour justifier leur emprise sur ce qui restait du monde arabe.»

 

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L'armée de Faisal Ier d'Irak pénétrant à Yenbo (alias Yanbu), dans l'actuelle province d'Al Madinah, dans l'ouest de l'Arabie saoudite, lors de la révolte arabe contre la domination ottomane, en décembre 1916 (Pierre Perrin / Sygma via Getty Images)

 

Contre la volonté du calife ottoman, le sultan Mehmed V, les jeunes Turcs qui contrôlaient les affaires de l’empire à cette époque se sont rangés du côté de l’Allemagne et des puissances centrales. Leur appartenance à l’ethno-nationalisme turc a sonné le glas des autres groupes ethniques de l’empire.

Le chemin de fer hautement stratégique du Hedjaz, qui reliait Damas et Médine, était vital pour l'effort de guerre ottoman, qui en faisait une cible fréquente des rebelles arabes et de leur allié britannique, Thomas Edward Lawrence. Cette liaison ferroviaire était si importante pour le mouvement des troupes et des munitions que les forces ottomanes étaient prêtes à déplacer la population civile de Médine et à mettre en garnison ses sites les plus sacrés, faisant fi des dégâts occasionnés et de la violation de la sépulture du prophète Mahomet.

«Le général Fakhri Pacha est venu prouver la puissance de l'Empire ottoman sur Médine, quel qu'en soit le prix», souligne Mohammed al-Saeed. «Il a mis la main sur la mosquée du Prophète et son caractère sacré; il en a fait un dépôt d’armes et un camp de soldats.»

«Il a également transformé les minarets de la ville en positions d’artillerie, sans se soucier du fait qu’il portait atteinte à la mosquée, au dôme et au tombeau du Prophète. De plus, il a confisqué les biens des habitants, leurs exploitations de dattes, leurs récoltes, et a tout remis aux militaires, quelque 70 000 mercenaires. Ces derniers ont profané Médine en buvant de l'alcool dans les rues», révèle l’écrivain.

 

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Le chemin de fer du Hijaz était stratégiquement vital pour l'effort de guerre ottoman. (Fourni)

 

Au cours de la deuxième phase de sa campagne, Fakhri Pacha «a détruit des maisons et prolongé le chemin de fer jusqu'à l'intérieur de la mosquée du Prophète, manquant de respect au caractère sacré de l’édifice. Il s’agit là d’un nouveau crime, qui avait pour but de faciliter le transport de nombreux objets de valeur, dont certains venaient de la chambre du Prophète – les biens du prophète Mahomet et de ses épouses –, loin du regard des citoyens, qu’il craignait, et pour introduire clandestinement ces éléments dérobés à Constantinople», raconte Mohammed al-Saeed.

«Les trésors volés sont arrivés à Constantinople, la capitale de l’Empire ottoman, et ils sont exposés depuis de nombreuses années au musée de Topkapi [dans l’actuelle Istanbul]», révèle-t-il.

Les reliques saintes comprennent d'anciennes copies du Coran, des bijoux, des chandeliers d’or et des épées. Outre les 390 artefacts, les visiteurs du musée peuvent contempler des biens qui appartiennent au prophète Mahomet: le manteau béni, la sainte bannière, son épée et son arc, un pot, un morceau de sa dent et un cheveu de sa barbe.

Des sources suggèrent que Fakhri Pacha a même tenté de faire exhumer le corps du prophète Mahomet et de l'expédier à Constantinople. Un ingénieur égyptien, convoqué à Médine pour modifier les minarets de la mosquée du Prophète afin qu’ils puissent supporter le poids de l’artillerie ottomane, a affirmé avoir reçu l’ordre d’ouvrir la tombe; mais il a refusé.

«Fakhri Pacha a demandé son aide pour exhumer le corps du Prophète et pour le déplacer à Constantinople, selon les documents historiques rédigés par le représentant français au Caire et envoyés au ministère des Affaires étrangères», précise Mohammed al-Saeed.

 

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Le chemin de fer du Hijaz était stratégiquement vital pour l'effort de guerre ottoman. (Fourni)

 

«Le représentant français s'est porté garant du récit de l'ingénieur égyptien – qui a fui la ville et n'a donc pas commis le crime –, confirmant ainsi que la tombe en question abritait bien le corps du Prophète et que l'objectif était de déplacer sa dépouille à Constantinople.»

«Dans la dernière phase, les citoyens de Médine ont été déplacés de force et les soldats ont pris leur place», raconte encore Al-Saeed.

Jusqu'à 40 000 civils ont probablement été expulsés; les parents furent séparés les uns des autres et de leurs enfants. «Ils ont enlevé des gens dans la rue et ne se sont pas contentés de les expulser en tant que familles: ils les ont expulsés en tant qu'individus et envoyés dans d'autres régions placés sous la domination ottomane», précise l’écrivain.

«Selon des sources historiques, les atrocités de Seferberlik ont eu pour conséquence le fait que seules quelques centaines de citoyens sont restés dans la ville. Fakhri Pacha a monopolisé les vivres rares, en particulier les dattes, qui ont été distribuées aux soldats ottomans. Médine a été frappée par la famine, ce qui a forcé ses citoyens et ses enfants orphelins à manger des chats, des chiens et ce qui restait dans les fermes et dans les rues», déplore Al-Saeed.

 

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«Seferberlik: Un siècle après le crime ottoman à Médine» - par l'auteur saoudien Mohammad Al-Saeed.

 

Al-Saeed dit qu'il a décidé de se pencher sur les exactions de l'Empire ottoman à Médine un siècle après les faits, parce qu'il pense que la Turquie moderne tente de «blanchir» son passé impérial.

Il envisage la traduction de son livre en plusieurs langues afin de faire connaître ce chapitre méconnu de l'histoire ottomane. «J'ai écrit un article en 2015 – cent ans après ce crime – et fourni des détails que peu de gens connaissaient», précise l’auteur.

«Les réactions à cet article ont été contrastées, certaines personnes ont été choquées par les informations qu’il contenait et d’autres ne parvenaient pas y croire, étant donné la campagne turque qui avait eu lieu avant sa publication et qui tentait de “blanchir” les crimes odieux de l’Empire ottoman contre les Arabes. Le public n’avait pas conscience des crimes commis par les Ottomans», poursuit-il.

«Après l'article, l'idée de documenter l'événement s’est confirmée, pour que l'histoire ne relègue pas dans l’oubli ce chapitre de l'histoire arabe, comme elle l’a fait pour d’autres épisodes, d'autant que les quelques documents historiques sur Seferberlik se trouvent dans les archives ottomanes, anglaises et françaises», explique l’écrivain.

«De plus, les sources d'informations sont très limitées et les petits-enfants de ceux qui se trouvaient à Médine à l'époque n'ont pas beaucoup de documents en leur possession. De nombreux habitants de la ville ont été déplacés; nombre d'entre eux ne sont pas revenus», conclut amèrement Al-Saeed.

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur ArabNews.com


Le prince héritier saoudien discute de l'escalade militaire régionale avec plusieurs dirigeants

Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane a discuté de l'escalade militaire dans la région et de ses implications pour la sécurité régionale et internationale avec plusieurs dirigeants et responsables dimanche, a rapporté l'Agence de presse saoudienne. (AN)
Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane a discuté de l'escalade militaire dans la région et de ses implications pour la sécurité régionale et internationale avec plusieurs dirigeants et responsables dimanche, a rapporté l'Agence de presse saoudienne. (AN)
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  • Erdogan affirme son soutien à toutes les mesures prises par le Royaume pour protéger sa sécurité
  • Le président du Conseil de souveraineté transitoire du Soudan, le général Al-Burhan, exprime sa solidarité avec le Royaume

RIYADH : Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane a discuté de l'escalade militaire dans la région et de ses implications pour la sécurité régionale et internationale avec plusieurs dirigeants et responsables dimanche, a rapporté l'Agence de presse saoudienne.

Le prince héritier a tenu des appels téléphoniques distincts avec le président turc Recep Tayyip Erdogan, le président du Conseil transitoire de souveraineté du Soudan, le général Abdel Fattah Al-Burhan, le président algérien Abdelmadjid Tebboune, le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen.

Les responsables ont condamné l'agression iranienne visant le Royaume et leur rejet de tout ce qui porte atteinte à la souveraineté et à la stabilité du Royaume.

Ils ont également affirmé leur soutien à toutes les mesures prises par le Royaume pour protéger sa sécurité et ses citoyens.


A Beyrouth, des partisans du Hezbollah pleurent Khamenei

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  • "Quels que soient les sacrifices, nous ne quitterons pas (...) le terrain de la résistance", a assuré le chef du mouvement libanais pro-iranien, Naïm Qassem
  • "Nous accomplirons notre devoir en faisant face à l'agression", a-t-il encore dit, dans un communiqué, qualifiant la mort de l'ayatollah Khamenei de "summum du crime"

BEYROUTH: Drapeaux iraniens et portrait de l'ayatollah Ali Khamenei en main, des milliers de partisans du Hezbollah se sont rassemblés dimanche à Beyrouth pour pleurer la mort du guide suprême iranien, tué dans l'opération militaire américano-israélienne lancée la veille.

"Mort à l'Amérique", "Mort à Israël", ont-ils scandé à l'unisson, tous habillés de noir et brandissant aussi des drapeaux de leur mouvement, dans son bastion de la banlieue sud de Beyrouth.

Le poing levé, certains étaient en pleurs, a constaté une équipe de l'AFP, sur la grande place où a eu lieu le rassemblement.

"Quels que soient les sacrifices, nous ne quitterons pas (...) le terrain de la résistance", a assuré le chef du mouvement libanais pro-iranien, Naïm Qassem.

"Nous accomplirons notre devoir en faisant face à l'agression", a-t-il encore dit, dans un communiqué, qualifiant la mort de l'ayatollah Khamenei de "summum du crime".

"Sa mort est très douloureuse, c'est une tragédie", déplore aussi Zainab al Moussawi, une enseignante de 23 ans, à Beyrouth.

"On se sent comme après la mort du Sayyed, tombé en martyr", poursuit-elle en référence à l'ex-chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, tué par Israël en 2024.

"Entrer en guerre" 

Les dirigeants libanais redoutent une implication du Hezbollah dans le conflit régional, même si lors des raids israéliens et américains sur l'Iran en juin dernier, il n'était pas intervenu.

La formation chiite est sortie affaiblie d'une guerre avec Israël, qui continue de la frapper malgré un cessez-le-feu en vigueur depuis novembre 2024 et l'accuse de se réarmer.

"Je demande à cheikh Naïm (Qassem) d'entrer en guerre", lance à Beyrouth Hassan Jaber, un partisan.

S'il ne s'est pas joint à la riposte iranienne, le mouvement a appelé des mosquées à organiser des cérémonies en mémoire du guide suprême iranien, dans la banlieue sud de la capitale libanaise et dans d'autres zones du pays dans lequel il est ancré.

Mais au Liban, pays très divisé, l'ayatollah Khamenei n'était pas soutenu par tous.

"Il était tout le temps en train de menacer (...) les pays arabes et avait des relais partout", déclare à l'AFP Hassan Harouq, un infirmier de 44 ans.

Lui dit ne vouloir qu'un pays "stable et qui ferait la paix avec le reste de la région", car "il est temps pour le Liban d'être de nouveau sur le droit chemin".

"Le peuple libanais est fatigué", ajoute-t-il.

Dimanche, le président Joseph Aoun, après une réunion d'urgence du Conseil supérieur de la Défense, a souligné que "la décision de guerre et de paix relève exclusivement de l'Etat libanais".

La présidence libanaise a indiqué avoir reçu, par l'entremise des Etats-Unis, l'assurance qu'Israël n'entraînera pas le Liban dans une "escalade" tant que son territoire ne sera pas visé par des attaques depuis le Liban.

Peu de temps avant le début de l'offensive israélo-américaine, Israël avait frappé des positions du Hezbollah dans le sud du Liban.

Beyrouth n'acceptera pas d'être "entraîné" dans le conflit avec l'Iran, a assuré le Premier ministre Nawaf Salam.


Iran: le ministre des Affaires étrangères d'Oman, pays médiateur, appelle à un cessez-le-feu

Le ministre omanais des Affaires étrangères, qui avait mené une médiation dans les discussions entre les Etats-Unis et l'Iran, a appelé dimanche à un cessez-le-feu lors d'un entretien avec son homologue iranien, alors que l'Iran poursuivait ses frappes de représailles aux raids américano-israéliens. (AFP)
Le ministre omanais des Affaires étrangères, qui avait mené une médiation dans les discussions entre les Etats-Unis et l'Iran, a appelé dimanche à un cessez-le-feu lors d'un entretien avec son homologue iranien, alors que l'Iran poursuivait ses frappes de représailles aux raids américano-israéliens. (AFP)
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  • Dimanche à Oman, seul Etat du Golfe à avoir été épargné lors de la première journée de la campagne iranienne, une attaque de drones a fait un blessé sur un port, tandis qu'un pétrolier a été visé au large de ses côtes
  • Lors de l'entretien, le chef de la diplomatie iranienne a pour sa part affirmé que l'Iran "appelait à la paix" et exprimé "l'ouverture de la partie iranienne à tout effort sérieux susceptible de contribuer à mettre fin à l'escalade"

MASCATE: Le ministre omanais des Affaires étrangères, qui avait mené une médiation dans les discussions entre les Etats-Unis et l'Iran, a appelé dimanche à un cessez-le-feu lors d'un entretien avec son homologue iranien, alors que l'Iran poursuivait ses frappes de représailles aux raids américano-israéliens.

Badr al-Busaidi "a réaffirmé l'appel constant du sultanat d'Oman à un cessez-le-feu et à un retour au dialogue (...) de manière à répondre aux revendications légitimes de toutes les parties", a indiqué son ministère dans un compte rendu de son entretien avec Abbas Araghchi.

Dimanche à Oman, seul Etat du Golfe à avoir été épargné lors de la première journée de la campagne iranienne, une attaque de drones a fait un blessé sur un port, tandis qu'un pétrolier a été visé au large de ses côtes.

Lors de l'entretien, le chef de la diplomatie iranienne a pour sa part affirmé que l'Iran "appelait à la paix" et exprimé "l'ouverture de la partie iranienne à tout effort sérieux susceptible de contribuer à mettre fin à l'escalade et à rétablir la stabilité".