Les enfants syriens réfugiés en Turquie: une décennie d’incertitude

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Publié le Vendredi 12 mars 2021

Les enfants syriens réfugiés en Turquie: une décennie d’incertitude

  • En 2019, 720 000 enfants syriens était employés dans des secteurs dangereux, et plusieurs sont morts dans des incendies d'usines
  • La Turquie accueille actuellement environ 3,7 millions de réfugiés syriens, dont 46% d’enfants

ANKARA: Fatma, quatre ans, est l'enfant née en Turquie de parents réfugiés syriens de Damas, qui ont fui la guerre civile dans le but de commencer une nouvelle vie à Istanbul.

Si Fatma parle couramment le turc, ses parents l’encouragent à retenir aussi quelques mots en arabe, afin de maintenir son lien avec la Syrie. Ses parents ont utilisé une grande partie de leurs économies afin de s'assurer qu'elle fréquente une école maternelle décente, mais ils affirment avoir entendu des histoires d'autres Syriens dont les enfants ne souhaitent plus aller à l'école en raison de la xénophobie qui les guette.

À l'approche du 10e anniversaire de la guerre civile syrienne, de nombreux enfants réfugiés en Turquie sont encore soumis aux épreuves. Il faut redoubler d’efforts pour les empêcher de devenir une génération perdue de plus.

Depuis le début de la guerre civile, près de 6,6 millions de personnes ont été contraintes de fuir la Syrie, et 6,1 millions ont été déplacées à l'intérieur du pays.

Le 18 mars 2016, l'UE et la Turquie ont conclu un accord controversé pour limiter l'afflux des réfugiés en Europe, et ce en échange d'un programme d'aide d'une valeur de 6,7 milliards de dollars, parmi d’autres récompenses politiques pour Ankara. L’accord doit être renouvelé prochainement, mais les parties ont du mal à trouver un consensus sur la mise à jour de ses modalités.

La Turquie accueille actuellement environ 3,7 millions de réfugiés syriens, dont 46% d’enfants. Près de 1,2 million d’entre eux sont d’âge scolaire, tandis qu’environ 500 000 sont âgés de cinq ans ou moins.

La plupart de ceux qui sont inscrits dans les écoles turques font de leur mieux pour s’intégrer dans la société, mais beaucoup restent encore victimes de discrimination de la part d’autres élèves et leurs familles. C'est probablement l'une des raisons pour lesquelles environ 35% des enfants syriens en Turquie ne fréquentent pas l'école.

En 2019, 720 000 enfants syriens était employés dans des secteurs dangereux tels que la construction, le mobilier et le textile, selon les chiffres officiels. Plusieurs sont morts dans des incendies d'usines, et certains souffrent de problèmes de santé liés à leur travail.

«Les familles de réfugiés syriens en Turquie préfèrent que leurs enfants travaillent et contribuent au revenu familial, surtout une fois qu'ils ont dépassé l'âge de 12 ans», explique Murat Erdogan, professeur à l'Université turco-allemande d'Istanbul, à Arab News.

Selon un rapport publié mardi par Save the Children - qui enquêté sur des enfants réfugiés syriens en Jordanie, au Liban, en Turquie et aux Pays-Bas - la scolarisation au niveau primaire a diminué d'environ 10% depuis le début de la pandémie de la Covid-19.

Environ 64% des familles syriennes qui demeurent dans des ménages urbains en Turquie vivent près ou en dessous du seuil de la pauvreté, mais seulement 3% des enfants interrogés en Turquie souhaitent retourner en Syrie, selon le même rapport.

Le professeur Erdogan révèle que la pandémie a durement touché les enfants syriens réfugiés en Turquie, car non seulement ils ont perdu leur interaction humaine avec leurs enseignants, mais beaucoup n'ont pas l'équipement nécessaire pour accéder à l'apprentissage à distance.

«Chaque élève réfugié coûte environ 1 000 dollars au système éducatif turc. Près de 1 500 nouvelles écoles doivent être construites et 60 000 nouveaux enseignants employés afin de couvrir tous les enfants syriens réfugiés en Turquie».

«Avant toute chose, la Turquie doit surmonter son problème de capacité. Sinon, l’émergence d’une génération entièrement perdue est très probable», a souligné le professeur Erdogan.

Les Syriens en Turquie qui n'ont pas obtenu la citoyenneté ont le statut de «protection temporaire». Cette appellation ambiguë les empêche souvent de rejoindre le marché du travail ou d'accéder à d'autres systèmes de soutien, et beaucoup vivent dans une crainte constante d'une expulsion forcée ou d'une arrestation, si Ankara s’implique dans un différend avec le régime syrien ou l'Union européenne.

En 2019, la police turque a mené plusieurs opérations visant les migrants sans papiers et les réfugiés à Istanbul et a transféré ceux qui n'avaient pas les papiers nécessaires vers des camps de réfugiés temporaires ou vers les villes dans lesquelles ils étaient initialement enregistrés.

Selon Omar Kadkoy, analyste des politiques migratoires au sein du groupe de réflexion TEPAV installé à Ankara, il y a plusieurs obstacles interconnectés qu’il faut surmonter afin de garantir que les enfants syriens ne soient plus obligés de travailler et puissent poursuivre leurs études en toute quiétude.

«Le premier est la nature informelle des travailleurs syriens sur le marché du travail turc. Selon les estimations, 800 000 à un million de Syriens travaillent, alors que seuls 64 000 environ détiennent des permis de travail. Le travail au noir est associé à l'exploitation, ce qui entrave les chances des travailleurs de toute sécurité financière», dit-il à Arab News.

La solution serait de modifier la réglementation turque des permis de travail afin que les employeurs soient responsabilisés, mais aussi tenus pour responsables le cas échéant, suggère Kadkoy.

De plus, de nombreux parents réfugiés syriens ont du mal à assurer la fréquentation scolaire de leurs enfants, et ces derniers sont souvent contraints d’intégrer le marché du travail pour que leurs familles puissent joindre les deux bouts, a constaté Kadkoy

«Le deuxième problème est l'insuffisance du programme de transferts d'espèces assortis de conditions pour l'éducation», dit-il. Ce programme d'éducation humanitaire, le plus grand qui soit financé par l'UE, fournit un soutien financier aux familles syriennes dont les enfants fréquentent régulièrement l'école. Kadkoy estime que des moyens de financement supplémentaires doivent être trouvés pour empêcher qu’une génération soit perdue à jamais.

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


«Flottille pour Gaza»: Israël prolonge la détention des militants jusqu'à dimanche 

La justice israélienne a prolongé jusqu'à dimanche la détention des deux militants de la "flottille pour Gaza" arrêtés au large de la Grèce, a indiqué à l'AFP l'ONG Adalah. (AFP)
La justice israélienne a prolongé jusqu'à dimanche la détention des deux militants de la "flottille pour Gaza" arrêtés au large de la Grèce, a indiqué à l'AFP l'ONG Adalah. (AFP)
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  • L'audience s'est tenue dans la matinée à Ashkelon, sur la côte israélienne
  • La justice avait déjà validé une première prolongation de leur incarcération dimanche dernier, sur demande de l'Etat israélien qui accuse l'Espagnol Saïf Abu Keshek et le Brésilien Thiago Avila de liens avec le Hamas palestinien

ASHKELON: La justice israélienne a prolongé jusqu'à dimanche la détention des deux militants de la "flottille pour Gaza" arrêtés au large de la Grèce, a indiqué à l'AFP l'ONG Adalah.

L'audience s'est tenue dans la matinée à Ashkelon, sur la côte israélienne. La justice avait déjà validé une première prolongation de leur incarcération dimanche dernier, sur demande de l'Etat israélien qui accuse l'Espagnol Saïf Abu Keshek et le Brésilien Thiago Avila de liens avec le Hamas palestinien, ce que les deux hommes contestent.

 


Un accord de sécurité avec Israël doit précéder toute rencontre avec Netanyahu déclare Joseph Aoun

Le président libanais, Joseph Aoun, a affirmé lundi qu'un accord de sécurité avec Israël et la "fin des agressions israéliennes" devaient précéder toute rencontre avec le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, que les Etats-Unis le pressent de tenir. (AFP)
Le président libanais, Joseph Aoun, a affirmé lundi qu'un accord de sécurité avec Israël et la "fin des agressions israéliennes" devaient précéder toute rencontre avec le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, que les Etats-Unis le pressent de tenir. (AFP)
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  • L'ambassade américaine à Beyrouth avait appelé jeudi à une rencontre entre M. Aoun et Netanyahu, deux semaines après que le président américain Donald Trump eut annoncé un cessez-le-feu
  • Une telle rencontre "facilitée par le président Trump", serait une "occasion historique" pour le Liban "de forger son avenir en tant que nation véritablement souveraine et indépendante", avait-elle souligné

BEYROUTH: Le président libanais, Joseph Aoun, a affirmé lundi qu'un accord de sécurité avec Israël et la "fin des agressions israéliennes" devaient précéder toute rencontre avec le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, que les Etats-Unis le pressent de tenir.

M. Aoun a réitéré que "le moment n'était pas approprié pour une réunion" avec le dirigeant israélien, selon un comuniqué de la présidence.

"Il faut parvenir d'abord à un accord de sécurité" et obtenir "l'arrêt des agressions israéliennes" contre le Liban, a-t-il ajouté.

Il a cependant assuré que la décision d'engager des négociations avec Israël, rejetée par le Hezbollah, était "sans retour", répétant que le processus visait à obtenir "le retrait israélien des territoires libanaise occupés et le retour des prisonniers" libanais.

Une troisième session de "discussions préliminaires" en vue de ces négociations est attendue "ces prochains jours", a indiqué le communiqué de la présidence.

L'ambassade américaine à Beyrouth avait appelé jeudi à une rencontre entre M. Aoun et Netanyahu, deux semaines après que le président américain Donald Trump eut annoncé un cessez-le-feu dans la guerre entre Israël et le mouvement Hezbollah pro-iranien.

Une telle rencontre "facilitée par le président Trump", serait une "occasion historique" pour le Liban "de forger son avenir en tant que nation véritablement souveraine et indépendante", avait-elle souligné.

Les ambassadeurs d'Israël et du Liban aux Etats-Unis se sont rencontrés à deux reprises à Washington au cours des dernières semaines, pour la première fois depuis des décennies, en vue de l'ouverture de négociations directes entre les deux pays, en état de guerre depuis 1948.

Le chef du Hezbollah Naïm Qassem a répété lundi son opposition à des négociations directes avec Israël, estimant qu'elles seraient "une concession gratuite, sans résultat".

Le Hezbollah a entraîné le Liban dans la guerre régionale le 2 mars en lançant une attaque contre Israël, qui poursuit ses frappes sur le pays malgré la trêve.

Cette guerre dévastatrice a fait près de 2.700 morts et plus d'un million de déplacés.


Reprise des frappes iraniennes contre les Emirats

Une vue d'ensemble de la 5e édition du salon « Make it in the Emirates » à Abu Dhabi, le 4 mai 2026. (Photo : FADEL SENNA / AFP)
Une vue d'ensemble de la 5e édition du salon « Make it in the Emirates » à Abu Dhabi, le 4 mai 2026. (Photo : FADEL SENNA / AFP)
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  • Une attaque de drone a provoqué un incendie sur le site pétrolier de Fujaïrah, près du détroit d'Ormuz sous blocus
  • Le ministère de la Défense a ensuite indiqué que des missiles de croisière avaient été tirés vers "différentes zones du pays"

DUBAI: Les Emirats arabes unis ont annoncé avoir été visés lundi par une attaque de drones iraniens et avoir intercepté des missiles de croisière, dans les premières frappes de Téhéran en plus d'un mois, qui fragilisent la trêve dans la guerre au Moyen-Orient.

Une attaque de drone a provoqué un incendie sur le site pétrolier de Fujaïrah, près du détroit d'Ormuz sous blocus, voie maritime stratégique au coeur des tensions entre les Etats-Unis et l'Iran. Trois personnes ont été blessées dans cette attaque, selon les autorités locales.

Le ministère de la Défense a ensuite indiqué que des missiles de croisière avaient été tirés vers "différentes zones du pays". "Trois ont été interceptés au-dessus des eaux territoriales, tandis qu'un est tombé en mer", a-t-il poursuivi dans un message sur ses réseaux sociaux.

"Ces attaques représentent une escalade dangereuse et une transgression inacceptable", a réagi le ministère émirati des Affaires étrangères, ajoutant que le pays "se réservait pleinement le droit légitime de répondre à ces attaques".

Les autorités émiraties ont diffusé plusieurs alertes sur téléphones portables, une première depuis l'entrée en vigueur du cessez-le-feu irano-américain le 8 avril, qui avait stoppé les attaques iraniennes menées dans le Golfe, en représailles à l'attaque israélo-américaine du 28 février contre Téhéran.

Deux personnes ont par ailleurs été blessées dans l'attaque d'un immeuble résidentiel dans la ville côtière de Bukha, à Oman, sur le détroit d'Ormuz, a rapporté un média d'Etat, sans préciser l'origine ou la forme de l'attaque.

Alliés de Washington aux portes de l'Iran, les Emirats ont été ciblés par plus de 2.800 missiles et drones depuis le début du conflit, essuyant l'essentiel des salves iraniennes.

A Fujaïrah, qui abrite un important port, un oléoduc et d'autres installations permettant de contourner le détroit d'Ormuz, les équipes de secours s'employaient en début de soirée à maîtriser l'incendie, selon le bureau des médias de l'émirat.

Trois travailleurs indiens ont été hospitalisés pour des blessures modérées, a-t-il précisé.

Ces attaques surviennent au lendemain de l'annonce par Donald Trump du lancement d'une opération américaine visant à permettre une reprise de la navigation dans le détroit d'Ormuz.

Elles interviennet aussi alors que les Emirats accueillent à Abou Dhabi une importante conférence consacrée à l'industrie nationale et à la résilience économique.

Signe de l'impact du conflit sur l'économie, les autorités ont indiqué que le trafic de passagers à l'aéroport de Dubaï, grand hub international, avait chuté des deux tiers en mars sur un an.

Un pétrolier émirati a par ailleurs été touché par des drones dans le détroit d'Ormuz tard dimanche, suscitant une vive condamnation du ministère des Affaires étrangères.