En Irak, le pape François souffle dans les voiles des premières églises

Le pape François (Photo, Reuters).
Le pape François (Photo, Reuters).
Short Url
Publié le Jeudi 04 mars 2021

En Irak, le pape François souffle dans les voiles des premières églises

  • La toute première visite papale dans cette nation biblique souligne le choix difficile auquel font face les membres de la communauté chrétienne locale
  • La terre d'Irak regorge de lieux reliés au patrimoine du christianisme; plus de sites mentionnés dans la Bible y sont situés que partout ailleurs qu'en Terre Sainte

LONDRES/ROME: Difficile de prédire le nombre de chrétiens irakiens qui vont affluer pour assister à la visite historique du pape François en Irak, pour la simple raison que l’on ignore le nombre de fidèles restés dans ce pays dont les racines religieuses remontent aux premiers jours de la foi.

En proie à des années de conflits internes à la suite de l'invasion menée par les États-Unis en 2003, l'Irak n'a pas effectué de recensement de sa population depuis 1997.

Un recensement prévu pour 2020, l'année où la pandémie du coronavirus à l’origine de la Covid a frappé le monde, n'a pas été exécuté. Mais si les estimations du nombre de chrétiens en Irak ont varié au fil des ans, ils sont tous d'accord sur une chose: à l'époque moderne, la population de l'une des plus anciennes communautés chrétiennes du monde a régulièrement diminué à cause de l'insécurité ainsi que la persécution croissante.

Des chrétiens irakiens rassemblés à l'église Sayidat Al-Nejat (Notre-Dame du Salut) à Bagdad le 10 décembre 2010 (Photo, AFP).

La Mésopotamie, la plaine fertile entre les fleuves Tigre et Euphrate, aujourd'hui en Irak, est l'endroit où la civilisation moderne a pris racine pour la première fois.

C’est aussi le pays où fleurissaient il y a plus de 6 000 ans l’écriture, l’agriculture et les premières grandes villes du monde. Mais la terre d'Irak rengorge de lieux reliés au patrimoine du christianisme; plus de sites mentionnés dans la Bible y sont situés que partout ailleurs qu'en Terre Sainte.

Dans la tradition des trois grandes religions abrahamiques - le christianisme, l’islam et le judaïsme - le patriarche Abraham était originaire d’Ur, l’ancienne ville de Sumer, l’une des plus anciennes civilisations connues du monde. Aujourd'hui, certains vestiges de la première grande ville du monde sont encore visibles, près de la ville moderne de Nasiriyah, sur les rives de l'Euphrate.

Charlemagne (742-814), couronné empereur par le pape Léon III, le 25 décembre 800 (Photo, Photo12/UIG/Getty Images).

L'Irak est même associé au récit de la création de la foi chrétienne, comme dans la scène de la chute d'Adam et Eve, le premier homme et la première femme de l’existence. De nombreux érudits chrétiens pensent que le jardin d'Eden décrit dans le livre de la Genèse était situé dans le sud de l'Irak, là où les deux grands fleuves de la Mésopotamie se jettent dans le golfe.

Q

D'autres personnages bibliques, saints et prophètes sont associés à des sites dans toute la Mésopotamie. On estime que Rebecca, l'épouse d'Isaac, est originaire de l'ancienne Carrhae en haute Mésopotamie, aujourd'hui la ville turque d'Harran à la frontière avec l'Irak.

La tombe du prophète hébreu Ezéchiel se trouve dans la ville d'Al-Kifl, entre Najaf et Hillah sur la rive est de l'Euphrate. Mais c'est la destruction par Daech des tombes d'Al-Nabi Danyal (le prophète biblique Daniel) et de Yunus (Jonas) à Mossoul en 2014 qui a souligné à la fois l'histoire et la fragilité de la communauté chrétienne dans l'Irak moderne.

Premier concile de Nicée, première moitié du 16e siècle. Trouvé dans la collection du monastère de Stavronikita, Mont Athos (Photo, Fine Art Images/Heritage Images/Getty Images).

Selon l'Annuario Statistico, la publication annuelle du Vatican retraçant le nombre de chrétiens dans le monde, les fidèles en Irak étaient au nombre d'environ 1,5 million en 2003, à la veille de l'invasion américaine. La vie des chrétiens et des autres minorités sous le dictateur Saddam Hussein et son régime baathiste essentiellement laïque, hostile à l'extrémisme islamiste, était assez stable.

En effet, l’un des plus proches alliés de Saddam, Tariq Aziz, plus tard devenu son vice-premier ministre et ministre des Affaires étrangères, était un chrétien. Aziz de son nom à la naissance Mikhail Yuhanna, est fils d'une famille chaldéenne de la ville assyrienne de Tel Keppe, au nord-est de Mossoul.

Non pas qu'il n'y ait pas eu de discrimination. Sous son régime, les écoles chrétiennes ont été nationalisées et même une loi a été votée stipulant que l’histoire de la religion ne pouvait être enseignée dans les écoles publiques que si au moins un quart des élèves étaient chrétiens. La présence d’un seul élève musulman, en revanche, suffisait pour contraindre toute la classe à étudier le Coran.

Les rebelles kurdes ont lancé une vaste campagne au début des années 80 contre l'Iran, l'Irak et la Turquie pour tenter de regagner la souveraineté sur leur patrie (Photo, Michel Setboun/Corbis via Getty Images).

Les communautés chrétiennes se sont aussi retrouvées entre les feux croisés de la politique irakienne. Entre 1978 et 1980, les rebelles kurdes ont frappé de nombreux villages chrétiens, les considérant comme alliés du régime de Saddam. Mais les choses ont empiré de manière flagrante après l'invasion américaine de 2003.

Le renversement de Saddam, accompagné du démantèlement forcé du parti d’Al-Baath et de l'armée irakienne, a déclenché des années de chaos, d'insurrection et de terreur sectaire dans le pays - avec des chrétiens souvent dans la ligne de mire.

Entre 2003 et 2008, la population chrétienne d'Irak a diminué de moitié tandis que plus de 65 églises ont été attaquées, celles qui ont fui ont cherché refuge dans des pays comme la Jordanie et la Syrie, ou en Europe ou même en Amérique du Nord.

Le bilan des attaques contre les chrétiens au cours de cette période, dans l'Annuario Statistico, consigne l'horreur et la souffrance. Le 1er août 2004, 18 personnes sont mortes et 60 blessées dans des attentats à la voiture piégée contre cinq églises - quatre à Bagdad et une à Mossoul.

Le 29 janvier 2006, une série d'explosions près des églises chrétiennes à Kirkouk et à Bagdad en a tué trois. Le 9 octobre 2006, le prêtre orthodoxe syrien Paulos Iskandar a été enlevé à Mossoul et retrouvé décapité deux jours plus tard.

Le 26 novembre 2006, Monther Saqa, pasteur dans église chrétienne évangélique à Mossoul, est enlevé et assassiné. Le 3 juin 2007, la voiture de Ragheed Aziz Ghanni est arrêtée par des hommes armés qui assassinent le prêtre et ses trois compagnons, tous des diacres.

Un milicien chrétien se tient près d'une statue brisée du Christ dans l'église Saint-Jacques du XIIIe siècle, le 4 novembre 2015, près de la ligne de front avec des combattants de Daech à Telskuf, dans le nord de l'Irak (Photo par John Moore/Getty Images).

Le 29 février 2008, Paulos Faraj Rahho, l'archevêque chaldéen de Mossoul, est enlevé. Ses trois compagnons sont assassinés sur place, et le corps de l’archevêque est retrouvé deux semaines plus tard. Le 5 avril 2008, le prêtre orthodoxe syrien Youssef Adel est froidement abattu à Bagdad.

En tout, selon le cardinal Louis Sako, archevêque de Kirkouk, depuis 2003, il y a eu 710 martyrs chrétiens en Irak.

Dans l'une des pires tragédies, 58 hommes, femmes et enfants sont morts lorsque des combattants de l'État islamique d'Irak, affilié à Al-Qaïda, ont attaqué la cathédrale catholique syrienne de Notre-Dame du Salut à Bagdad lors de la messe dominicale le 31 octobre 2010.

«Ce qui s'est passé était plus que catastrophique et tragique», se désole la ministre irakienne des droits de l'homme Wijdan Michael, elle-même chrétienne, à l'époque.

«À mon avis, c'est une tentative de forcer les chrétiens irakiens à quitter l'Irak, à vider tout simplement l'Irak de ses chrétiens».

Saint Thomas, des apôtres, s.d., Martin Schongauer, allemand, environ 1450-1491, Allemagne, gravure sur papier, 90 × 50 mm (plaque), 91 × 53 mm (feuille) (Photo, Sepia Times/Universal Images Group via Getty Images).

L'église Notre-Dame du Salut a déjà été attaquée. En août 2004, c'est l'une des cinq églises touchées à Bagdad et à Mossoul, dans laquelle douze personnes tuées mortes. Pour commémorer l'anniversaire du massacre de 2010 en 2018, l’Institut politique assyrien affirme «qu'il n'y avait pas encore de changement manifeste dans la façon dont la population chrétienne assyrienne autochtone d'Irak est perçue et traitée».

Dans les années qui ont suivi le massacre «les Assyriens d'Irak ont été menacés d'existence dans l'émergence de l'Etat islamique (Daech) en 2014 et la perte de tout espoir de représentation équitable dans les parlements irakien et kurde», a ajouté Michael. Le Pape François se souviendra de tous les martyrs chrétiens d’Irak lorsqu’il rendra visite à Notre-Dame du Salut à Bagdad.

L’apparition de Daech a aussi apporté une nouvelle horreur aux chrétiens iraquiens. En juin 2014, Daech s'est emparé de Mossoul et des milliers de chrétiens ont fui afin de sauver leurs vies, d'abord tout près de Qaraqosh, et, lorsque celle-ci semblait certain de tomber, à Erbil, capitale du Kurdistan irakien.

Le monastère de Saint-Élie, fondé par l'Église de l'Est près de Mossoul à la fin du VIe siècle, a fermé ses portes en 1743 après que les moines ont été tués par des soldats du shah d'Iran pour avoir refusé de se convertir à l'islam.

Bien qu'endommagé par les troupes américaines lors de l'invasion de 2003, l’édifice est resté une destination pour les pèlerins chrétiens jusqu'à ce qu'il soit réduit à un tas de gravats par Daech en 2014.

Un rapport du New York Times de l'année suivante a bien expliqué le choix des chrétiens de Mossoul et de Qaraqosh: «Ils pouvaient soit se convertir à l’Islam, soit payer la jizya; la taxe imposée à tous les «gens du livre» - chrétiens, zoroastriens et Juifs. S'ils refusaient, ils seraient tués, violés ou réduits en esclavage, et leur richesse prise comme butin de guerre.

Le Vice-Premier Ministre et Ministre des affaires étrangères de l'Iraq, Tarek Aziz lors d'une réunion du Conseil de sécurité des Nations Unies le 14 juin 1988. Aziz participe à la troisième session extraordinaire sur le désarmement (Photo, AFP/Archives).

Sans surprise, les recherches menées par l’UE sur le sort des minorités en Irak au plus fort de la terreur de Daech ont conclu qu’en 2015, il ne restait qu’environ 500 000 chrétiens dans le pays, principalement à Bagdad, Mossoul et dans les plaines de Ninive ainsi que dans la région autonome du Kurdistan.

Aujourd'hui, on pourrait n’en dénombrer que 150 000. L’un des moments les plus poignants de la visite du pape sera sans doute l’instant où il rendra visite à la communauté Qaraqosh à l’église de l’Immaculée Conception, la plus grande église d’Iraq, gravement endommagée pendant l’occupation de la ville par Daech.

La tradition veut que l’association de l’Irak avec le christianisme remonte au premier siècle de notre ère, lorsque, après la crucifixion de Jésus-Christ, son disciple Thomas se rendit à l’est dans le but de prêcher en Mésopotamie.

L'église syriaque orthodoxe Saint-Thomas de Mossoul aurait été construite sur le site de la maison dans laquelle Thomas vivait, et en 1964, des ouvriers ont découvert ce que l'on croyait être les os de ses doigts. Après la chute de Mossoul par Daech en 2014, ces reliques ont été transférées pour être gardées au monastère syriaque orthodoxe de Saint-Matthieu près de Bartella, dans les plaines de Ninive, fondé au quatrième siècle.

Thomas, plus tard canonisé comme saint Thomas l'apôtre, avait deux disciples, Thaddeus d'Édesse, également connu sous le nom de Mar Addai, et Mar Mari. Mar est un titre de respect syriaque, signifiant seigneur. C’est à eux deux qu’on attribue la fondation de l’Église chrétienne de Mésopotamie.

C’est ainsi que naît l’Église d'Orient, également connue sous le nom d'Église persane ou nestorienne, en raison de son soutien à Nestorius, l'archevêque de Constantinople au enseignements controversés, au cinquième siècle.

Des chrétiens irakiens fuyant la violence dans les villes de Qaraqush et Bartala, toutes deux à l'est de la ville de Mossoul dans la province nord de Ninive, prient à l'église Saint George le 1er juillet 2014 dans la capitale de la région autonome kurde, Arbil (Photo, AFP/Archives).

L'histoire du christianisme en Mésopotamie est celle d'un schisme fréquent. En 410, au concile de Séleucie-Ctésiphon, tous les chrétiens de l'empire sassanide perse se sont réunis dans la capitale, près de Bagdad moderne, pour former une seule église - l'Église de l'Est qui, en 424, va rompre entièrement avec l’Empire romain.

Même après la montée de l'islam et la conquête musulmane de l'empire sassanide, les chrétiens ne sont tolérés qu’en tant que dhimmi, ou communauté non musulmane protégée, et ont ainsi prospéré.

Entre le VIIIe et le XIIIe siècle, l'Église de l'Est s'est considérablement développée, diffusant l'Évangile à partir de sa base en Mésopotamie et établissant plus de 100 diocèses, de la côte méditerranéenne à travers l'Irak, l'Iran et l'Inde, et aussi loin que l'Empire mongol et la Chine.

Le déclin a en effet commencé au 13ème siècle lorsque les Mongols tournent le dos au christianisme et se convertissent à l'islam. Au 14ème siècle, Tamerlan, leader de l'empire turco-mongol Timurid, expulse tous les non-musulmans de ses territoires.

Dès lors, l'Église d'Orient est confinée à la terre où tout a commencé - le nord de la Mésopotamie, où, malgré toutes les épreuves et les défis de l'Irak moderne, les églises chrétiennes descendantes et leur groupe de paroissiens en diminution mais fort de leur foi continuent de résister.

Au cours des siècles, les schismes internes se succèdent, des divisions se reflètent dans les diverses dénominations auxquelles appartiennent aujourd'hui les chrétiens irakiens, notamment les Assyriens (ou Nestoriens, membres de l'Église syriaque orthodoxe) et les églises catholiques orientales arméniennes, chaldéennes et syriaques.

Mais quelles que soient leurs différences doctrinales, tous les chrétiens d’Irak verront l’arrivée historique du pontife parmi eux comme un signe que leur courage et leur persévérance face à une adversité choquante n’ont pas été vains.

«Nous tentons de guérir ces blessures créées par l'État islamique», explique le père Karam Shamasha, l'un des deux prêtres de l'église catholique chaldéenne Saint-Georges de Telskuf, à l'agence de presse catholique en novembre 2020. Ce village chrétien se trouve à près de 20 miles au nord de Mossoul.

«Nos familles sont fortes; elles ont défendu leur foi. Mais elles ont aussi besoin de quelqu'un qui leur donne une tape sur l’épaule, qui leur dise: «Vous avez accompli un travail remarquable jusque-là, mais votre mission n’est pas encore terminée».

Ce quelqu'un, sera le pape François. L'archevêque catholique chaldéen Bashar Warda d'Erbil a confié à «Aid to the Church in Need», une organisation caritative qui œuvre au nom des catholiques persécutés en Syrie et en Irak, en décembre: «Nous sommes un peuple marginalisé jusqu'au bord de l'existence. Que Sa Sainteté vienne nous rendre visite maintenant peut très bien être la chose qui nous sauve.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Liban: le chef du Hezbollah défiant, les forces israéliennes avancent dans le sud

Le chef du Hezbollah pro-iranien s'est dit mercredi soir déterminé à "faire face" à Israël, dont l'armée est entrée dans plusieurs localités frontalières dans le sud du Liban tout en poursuivant le pilonnage de vastes régions du pays, entraîné dans la guerre régionale. (AFP)
Le chef du Hezbollah pro-iranien s'est dit mercredi soir déterminé à "faire face" à Israël, dont l'armée est entrée dans plusieurs localités frontalières dans le sud du Liban tout en poursuivant le pilonnage de vastes régions du pays, entraîné dans la guerre régionale. (AFP)
Short Url
  • Le Hezbollah fera face à "l'agression israélo-américaine" et ne se rendra pas, a assuré son chef Naïm Qassem
  • Israël, qui élargit le champ de ses attaques au Liban, a ordonné mercredi à tous les habitants d'une partie du sud d'évacuer, alors que les autorités libanaises ont recensé 72 morts et 83.000 déplacés depuis lundi

BEYROUTH: Le chef du Hezbollah pro-iranien s'est dit mercredi soir déterminé à "faire face" à Israël, dont l'armée est entrée dans plusieurs localités frontalières dans le sud du Liban tout en poursuivant le pilonnage de vastes régions du pays, entraîné dans la guerre régionale.

Le Hezbollah fera face à "l'agression israélo-américaine" et ne se rendra pas, a assuré son chef Naïm Qassem dans un discours diffusé sur la chaîne de son parti, le premier depuis le début samedi de l'attaque américano-israélienne contre l'Iran.

Israël, qui élargit le champ de ses attaques au Liban, a ordonné mercredi à tous les habitants d'une partie du sud d'évacuer, alors que les autorités libanaises ont recensé 72 morts et 83.000 déplacés depuis lundi.

Le Liban a été entraîné lundi dans la guerre après une première attaque contre Israël du mouvement chiite, qui affirmait vouloir "venger" la mort du guide iranien Ali Khamenei.

Le Hezbollah a revendiqué mercredi au moins 15 attaques contre Israël, dont une à l'aide de drones contre les industries aérospatiales israéliennes dans le centre du pays, ciblant pour la première fois une région aussi éloignée de la frontière.

Il a également dit avoir visé à l'aide d'un "missile de précision" une base militaire du nord du pays.

Dans le sud du Liban, le Hezbollah a rapporté pour la première fois des affrontements "directs" avec des soldats israéliens entrés dans le village de Khiam, à six kilomètres de la frontière avec Israël.

La Force intérimaire des Nations Unies au Liban (Finul) a annoncé avoir observé "plusieurs mouvements et activités militaires de l'armée" israélienne dans des localités frontalières dont Khiam.

Des vidéos de l'AFP montrent deux chars israéliens avancer dans des quartiers résidentiels de ce village.

L'armée israélienne a de son côté annoncé avoir déployé "sur plusieurs positions" du sud du Liban des soldats, avec des unités "de l'infanterie, des blindés et du génie".

Dans le même temps, l'armée israélienne a demandé aux habitants d'évacuer une vaste zone dans le sud du Liban, entre la frontière avec Israël et le fleuve Litani, à une trentaine de kilomètres plus au nord.

Fausses alertes 

L'aviation israélienne a elle élargi le champ de ses frappes, visant pour la première fois un hôtel à Hazmieh, une banlieue chrétienne de Beyrouth proche du palais présidentiel et de nombreuses missions diplomatiques.

Des images de l'AFP ont montré le bâtiment de l'hôtel Comfort dont certaines chambres sont éventrées, et des blessés recevant des soins à la réception. Il n'a pas été possible de savoir quelle cible était visée par cette attaque.

Lena, une habitante de ce quartier résidentiel cossu, affirme avoir cru que la banlieue sud qu'il surplombe était visée.

"Je me suis bien trompée. A deux pas de chez moi, un hôtel était la cible cette fois-ci", dit à l'AFP cette femme de 59 ans.

Dans le même temps, des habitants de plusieurs régions libanaises ont indiqué à l'AFP avoir reçu un message enregistré au téléphone leur demandant d'évacuer, provoquant la panique. L'AFP n'a pas pu s'assurer de la véracité de ces alertes.

L'un de ces appels est parvenu au poste-frontière de Masnaa avec la Syrie, qui a été brièvement fermé avant de vérifier qu'il s'agissait d'une fausse alerte, a indiqué un responsable de sécurité à l'AFP.

La banlieue sud visée 

Une série de frappes a en outre visé mercredi matin la banlieue sud de Beyrouth, après des ordres d'évacuation de l'armée israélienne.

L'une des frappes a visé un immeuble proche d'un important hôpital, selon un photographe de l'AFP.

Au sud de la capitale libanaise, des attaques ont visé Aramoun et Saadiyat, des zones résidentielles qui ne font pas partie des bastions du Hezbollah.

Les frappes ont également visé un immeuble de quatre étages dans la ville millénaire de Baalbeck, dans l'est du Liban, où le Hezbollah est fortement implanté.

Trois secouristes ont été tués alors qu'ils portaient assistance à des personnes blessées dans des explosions dans le district de Tyr (sud), selon le directeur général de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus.

"Les parties belligérantes doivent respecter le droit international humanitaire et protéger les professionnels de santé", a-t-il rappelé.

 


Turquie: un missile tiré depuis l'Iran se dirigeant vers l'espace aérien turc a été détruit 

Un missile tiré depuis l'Iran qui se dirigeait vers l'espace aérien turc a été détruit par les systèmes de défense de l'Otan basés en Méditerranée orientale, a affirmé mercredi le ministère turc de la Défense. (AFP)
Un missile tiré depuis l'Iran qui se dirigeait vers l'espace aérien turc a été détruit par les systèmes de défense de l'Otan basés en Méditerranée orientale, a affirmé mercredi le ministère turc de la Défense. (AFP)
Short Url
  • "Un missile balistique tiré d'Iran se dirigeant vers l'espace aérien turc après avoir survolé les espaces aériens irakien et syrien, a été intercepté et neutralisé à temps par les éléments de défense aérienne et antimissile de l'Otan"
  • "Toutes les mesures nécessaires à la défense de notre territoire et de notre espace aérien seront prises avec fermeté et sans hésitation. Nous vous rappelons que nous nous réservons le droit de répondre à toute action hostile contre notre pays"

ANKARA: Un missile tiré depuis l'Iran qui se dirigeait vers l'espace aérien turc a été détruit par les systèmes de défense de l'Otan basés en Méditerranée orientale, a affirmé mercredi le ministère turc de la Défense.

"Un missile balistique tiré d'Iran se dirigeant vers l'espace aérien turc après avoir survolé les espaces aériens irakien et syrien, a été intercepté et neutralisé à temps par les éléments de défense aérienne et antimissile de l'Otan déployés en Méditerranée orientale. (...) L'incident n'a fait ni victimes ni blessés", a affirmé le ministère turc dans un communiqué publié sur X.

"Toutes les mesures nécessaires à la défense de notre territoire et de notre espace aérien seront prises avec fermeté et sans hésitation. Nous vous rappelons que nous nous réservons le droit de répondre à toute action hostile contre notre pays", a ajouté le ministère.

Un débris appartenant à une munition de défense aérienne est tombé dans le district de Dörtyol, dans la province de Hatay, dans le sud-est du pays, a précisé le ministère.

"Toute action hostile recevra la réponse appropriée dans le cadre du droit international. La consultation et la coopération avec l'OTAN et nos alliés se poursuivront tout au long de ce processus", a de son côté affirmé sur X le directeur des communications de la présidence turque Burhanettin Duran.

"Nous réitérons notre avertissement à toutes les parties : elles doivent s'abstenir de toute action susceptible d'exacerber les tensions dans la région", a-t-il conclu.

 


L'Iran de nouveau cible de frappes d'ampleur dans une guerre qui ne faiblit pas

L'Iran sous de nouvelles bombes israélo-américaines, les Gardiens de la Révolution qui revendiquent le contrôle du détroit d'Ormuz et des frappes d'Israël qui s'intensifient au Liban: la guerre au Moyen-Orient ne montre aucun signe d'essoufflement mercredi, au cinquième jour du conflit. (AFP)
L'Iran sous de nouvelles bombes israélo-américaines, les Gardiens de la Révolution qui revendiquent le contrôle du détroit d'Ormuz et des frappes d'Israël qui s'intensifient au Liban: la guerre au Moyen-Orient ne montre aucun signe d'essoufflement mercredi, au cinquième jour du conflit. (AFP)
Short Url
  • Nouvelles explosions aux quatre coins de la région, frappes d'ampleur et riposte iranienne sur des cibles américaines dans le Golfe: le même scénario se répète depuis samedi et le monde retient son souffle
  • A Téhéran, aux allures de ville morte dont les habitants restent cloîtrés chez eux pour ceux qui ne sont pas partis, des obsèques nationales se tiendront mercredi soir pour Ali Khamenei

TEHERAN: L'Iran sous de nouvelles bombes israélo-américaines, les Gardiens de la Révolution qui revendiquent le contrôle du détroit d'Ormuz et des frappes d'Israël qui s'intensifient au Liban: la guerre au Moyen-Orient ne montre aucun signe d'essoufflement mercredi, au cinquième jour du conflit.

Nouvelles explosions aux quatre coins de la région, frappes d'ampleur et riposte iranienne sur des cibles américaines dans le Golfe: le même scénario se répète depuis samedi et le monde retient son souffle.

A Téhéran, aux allures de ville morte dont les habitants restent cloîtrés chez eux pour ceux qui ne sont pas partis, des obsèques nationales se tiendront mercredi soir pour Ali Khamenei, intransigeant guide suprême pendant 36 ans, tué samedi au début de l'offensive.

Alors que le pouvoir s'organise pour assurer sa succession, Israël a prévenu que tout remplaçant serait "une cible" destinée à être assassinée.

De très fortes détonations secouent régulièrement la capitale iranienne, provoquant d'épais nuages de fumée grise s'élevant dans le ciel bleu, selon des journalistes de l'AFP.

"Nous avons dormi par terre, la tête protégée, au milieu de l'appartement, à distance égale des fenêtres de la chambre et du salon, pour être en sécurité si les ondes de choc brisaient les vitres", raconte Amir, 50 ans.

"Presque tout détruit" 

Face à cet embrasement, les marchés asiatiques ont plongé mercredi, la place de Séoul dévissant de 12% et suspendant temporairement les cotations, tandis que le pétrole grimpe, guettant les développements dans le stratégique détroit d'Ormuz.

Le trafic maritime y est toujours paralysé et les Gardiens de la Révolution, force chargée des opérations extérieures iraniennes, ont assuré mercredi avoir le contrôle "total" du détroit, par lequel transitent 20% du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondiaux.

Le général Ebrahim Jabbari a promis de "brûler tout navire" qui tenterait de le franchir.

Et un conseiller du guide défunt a prévenu mercredi que l'Iran était prêt à "poursuivre la guerre". "Aussi longtemps que nous le souhaitons", a assuré Mohammad Mokhbar.

Depuis samedi, le pays est pilonné sans relâche: les Etats-Unis, qui disent avoir frappé "près de 2.000 cibles", ont "presque tout détruit" et tué la plupart des responsables dans leur viseur, s'est félicité le président américain Donald Trump.

L'armée israélienne multiplie elle aussi les frappes "à grande échelle", contre "des cibles du régime terroriste iranien", et a abattu un avion de combat iranien au-dessus de la capitale.

Parmi les lieux touchés, les centres du pouvoir, comme les ministères, les tribunaux ou le quartier général des Gardiens de la Révolution, l'aéroport Mehrabad de Téhéran, qui assure principalement des vols intérieurs, ou le palais historique du Golestan, l'un des sites touristiques de la capitale.

Chambres éventrées 

Israël lutte aussi sur le front libanais, où elle a élargi le champ de ses frappes, visant le secteur du palais présidentiel près de Beyrouth et d'autres zones au sud de la capitale, ainsi que des bastions du Hezbollah pro-iranien.

A Hazmieh, banlieue chrétienne de Beyrouth proche du palais et de nombreuses missions diplomatiques, des images de l'AFP montrent le bâtiment d'un hôtel aux chambres éventrées, et des blessés recevoir des soins à la réception.

Lena, une habitante de ce quartier résidentiel cossu, affirme avoir cru que la banlieue sud qu'il surplombe était visée. "Je me suis bien trompée. A deux pas de chez moi, un hôtel était la cible cette fois-ci", dit à l'AFP cette femme de 59 ans.

Le Liban a été entraîné lundi dans la guerre régionale après une première attaque contre Israël du mouvement chiite, qui affirmait vouloir "venger" la mort d'Ali Khamenei.

Au total, une soixantaine de personnes ont été tuées et plus de 58.000 personnes déplacées, selon les autorités libanaises.

Evacuations en série 

Côté iranien, le Croissant-Rouge iranien a annoncé mardi plus de 780 morts depuis le début de la guerre, un bilan que l'AFP n'a pu vérifier.

Dans le camp adverse, six militaires américains ont été tués, selon le Pentagone. Et en Israël, d'après les services de secours, dix personnes sont mortes dans des frappes iraniennes.

Au début de l'attaque, Donald Trump avait appelé le peuple iranien à renverser la République islamique, instaurée en 1979.

Mais si les Etats-Unis souhaitent la chute du pouvoir actuel, le principal objectif déclaré est d'empêcher l'Iran de se doter de la bombe atomique - intention que Téhéran dément - et de détruire ses capacités balistiques, d'après Israël.

L'armée israélienne a affirmé avoir frappé un centre militaire souterrain secret du programme nucléaire iranien, dans la région de Téhéran.

Pendant ce temps, l'Iran poursuit ses frappes sur des cibles américaines, notamment dans les pays du Golfe, et israéliennes.

Elles ont fait neuf morts dans les monarchies de la région, dont une fillette de 11 ans tuée mercredi par la chute de débris dans une zone résidentielle au Koweït.

Les drones et missiles iraniens ont aussi visé les ambassades américaines et provoqué des dégâts et incendies dans des sites aussi emblématiques que The Palm, l'île artificielle emblématique de Dubaï.

Un coup dur pour ces destinations, réputées parmi les plus sûres du Moyen-Orient, et abritant des infrastructures énergétiques vitales pour la production d'hydrocarbures mondiale.

Quelque 9.000 Américains ont quitté le Moyen-Orient depuis le début des hostilités.

Mais des milliers de vols ont été annulés et de nombreux touristes bloqués. Paris, Berlin ou Londres ont organisé des vols pour rapatrier leurs ressortissants, comme Emmy Coutelier, 18 ans, arrivée mercredi à l'aéroport de Roissy en provenance d'Oman. Elle raconte, encore sous le choc, sa profonde peur, quand a résonné une "alarme en pleine nuit" et sa fuite dans un abri au sous-sol.