En Irak, le pape François souffle dans les voiles des premières églises

Le pape François (Photo, Reuters).
Le pape François (Photo, Reuters).
Short Url
Publié le Jeudi 04 mars 2021

En Irak, le pape François souffle dans les voiles des premières églises

  • La toute première visite papale dans cette nation biblique souligne le choix difficile auquel font face les membres de la communauté chrétienne locale
  • La terre d'Irak regorge de lieux reliés au patrimoine du christianisme; plus de sites mentionnés dans la Bible y sont situés que partout ailleurs qu'en Terre Sainte

LONDRES/ROME: Difficile de prédire le nombre de chrétiens irakiens qui vont affluer pour assister à la visite historique du pape François en Irak, pour la simple raison que l’on ignore le nombre de fidèles restés dans ce pays dont les racines religieuses remontent aux premiers jours de la foi.

En proie à des années de conflits internes à la suite de l'invasion menée par les États-Unis en 2003, l'Irak n'a pas effectué de recensement de sa population depuis 1997.

Un recensement prévu pour 2020, l'année où la pandémie du coronavirus à l’origine de la Covid a frappé le monde, n'a pas été exécuté. Mais si les estimations du nombre de chrétiens en Irak ont varié au fil des ans, ils sont tous d'accord sur une chose: à l'époque moderne, la population de l'une des plus anciennes communautés chrétiennes du monde a régulièrement diminué à cause de l'insécurité ainsi que la persécution croissante.

Des chrétiens irakiens rassemblés à l'église Sayidat Al-Nejat (Notre-Dame du Salut) à Bagdad le 10 décembre 2010 (Photo, AFP).

La Mésopotamie, la plaine fertile entre les fleuves Tigre et Euphrate, aujourd'hui en Irak, est l'endroit où la civilisation moderne a pris racine pour la première fois.

C’est aussi le pays où fleurissaient il y a plus de 6 000 ans l’écriture, l’agriculture et les premières grandes villes du monde. Mais la terre d'Irak rengorge de lieux reliés au patrimoine du christianisme; plus de sites mentionnés dans la Bible y sont situés que partout ailleurs qu'en Terre Sainte.

Dans la tradition des trois grandes religions abrahamiques - le christianisme, l’islam et le judaïsme - le patriarche Abraham était originaire d’Ur, l’ancienne ville de Sumer, l’une des plus anciennes civilisations connues du monde. Aujourd'hui, certains vestiges de la première grande ville du monde sont encore visibles, près de la ville moderne de Nasiriyah, sur les rives de l'Euphrate.

Charlemagne (742-814), couronné empereur par le pape Léon III, le 25 décembre 800 (Photo, Photo12/UIG/Getty Images).

L'Irak est même associé au récit de la création de la foi chrétienne, comme dans la scène de la chute d'Adam et Eve, le premier homme et la première femme de l’existence. De nombreux érudits chrétiens pensent que le jardin d'Eden décrit dans le livre de la Genèse était situé dans le sud de l'Irak, là où les deux grands fleuves de la Mésopotamie se jettent dans le golfe.

Q

D'autres personnages bibliques, saints et prophètes sont associés à des sites dans toute la Mésopotamie. On estime que Rebecca, l'épouse d'Isaac, est originaire de l'ancienne Carrhae en haute Mésopotamie, aujourd'hui la ville turque d'Harran à la frontière avec l'Irak.

La tombe du prophète hébreu Ezéchiel se trouve dans la ville d'Al-Kifl, entre Najaf et Hillah sur la rive est de l'Euphrate. Mais c'est la destruction par Daech des tombes d'Al-Nabi Danyal (le prophète biblique Daniel) et de Yunus (Jonas) à Mossoul en 2014 qui a souligné à la fois l'histoire et la fragilité de la communauté chrétienne dans l'Irak moderne.

Premier concile de Nicée, première moitié du 16e siècle. Trouvé dans la collection du monastère de Stavronikita, Mont Athos (Photo, Fine Art Images/Heritage Images/Getty Images).

Selon l'Annuario Statistico, la publication annuelle du Vatican retraçant le nombre de chrétiens dans le monde, les fidèles en Irak étaient au nombre d'environ 1,5 million en 2003, à la veille de l'invasion américaine. La vie des chrétiens et des autres minorités sous le dictateur Saddam Hussein et son régime baathiste essentiellement laïque, hostile à l'extrémisme islamiste, était assez stable.

En effet, l’un des plus proches alliés de Saddam, Tariq Aziz, plus tard devenu son vice-premier ministre et ministre des Affaires étrangères, était un chrétien. Aziz de son nom à la naissance Mikhail Yuhanna, est fils d'une famille chaldéenne de la ville assyrienne de Tel Keppe, au nord-est de Mossoul.

Non pas qu'il n'y ait pas eu de discrimination. Sous son régime, les écoles chrétiennes ont été nationalisées et même une loi a été votée stipulant que l’histoire de la religion ne pouvait être enseignée dans les écoles publiques que si au moins un quart des élèves étaient chrétiens. La présence d’un seul élève musulman, en revanche, suffisait pour contraindre toute la classe à étudier le Coran.

Les rebelles kurdes ont lancé une vaste campagne au début des années 80 contre l'Iran, l'Irak et la Turquie pour tenter de regagner la souveraineté sur leur patrie (Photo, Michel Setboun/Corbis via Getty Images).

Les communautés chrétiennes se sont aussi retrouvées entre les feux croisés de la politique irakienne. Entre 1978 et 1980, les rebelles kurdes ont frappé de nombreux villages chrétiens, les considérant comme alliés du régime de Saddam. Mais les choses ont empiré de manière flagrante après l'invasion américaine de 2003.

Le renversement de Saddam, accompagné du démantèlement forcé du parti d’Al-Baath et de l'armée irakienne, a déclenché des années de chaos, d'insurrection et de terreur sectaire dans le pays - avec des chrétiens souvent dans la ligne de mire.

Entre 2003 et 2008, la population chrétienne d'Irak a diminué de moitié tandis que plus de 65 églises ont été attaquées, celles qui ont fui ont cherché refuge dans des pays comme la Jordanie et la Syrie, ou en Europe ou même en Amérique du Nord.

Le bilan des attaques contre les chrétiens au cours de cette période, dans l'Annuario Statistico, consigne l'horreur et la souffrance. Le 1er août 2004, 18 personnes sont mortes et 60 blessées dans des attentats à la voiture piégée contre cinq églises - quatre à Bagdad et une à Mossoul.

Le 29 janvier 2006, une série d'explosions près des églises chrétiennes à Kirkouk et à Bagdad en a tué trois. Le 9 octobre 2006, le prêtre orthodoxe syrien Paulos Iskandar a été enlevé à Mossoul et retrouvé décapité deux jours plus tard.

Le 26 novembre 2006, Monther Saqa, pasteur dans église chrétienne évangélique à Mossoul, est enlevé et assassiné. Le 3 juin 2007, la voiture de Ragheed Aziz Ghanni est arrêtée par des hommes armés qui assassinent le prêtre et ses trois compagnons, tous des diacres.

Un milicien chrétien se tient près d'une statue brisée du Christ dans l'église Saint-Jacques du XIIIe siècle, le 4 novembre 2015, près de la ligne de front avec des combattants de Daech à Telskuf, dans le nord de l'Irak (Photo par John Moore/Getty Images).

Le 29 février 2008, Paulos Faraj Rahho, l'archevêque chaldéen de Mossoul, est enlevé. Ses trois compagnons sont assassinés sur place, et le corps de l’archevêque est retrouvé deux semaines plus tard. Le 5 avril 2008, le prêtre orthodoxe syrien Youssef Adel est froidement abattu à Bagdad.

En tout, selon le cardinal Louis Sako, archevêque de Kirkouk, depuis 2003, il y a eu 710 martyrs chrétiens en Irak.

Dans l'une des pires tragédies, 58 hommes, femmes et enfants sont morts lorsque des combattants de l'État islamique d'Irak, affilié à Al-Qaïda, ont attaqué la cathédrale catholique syrienne de Notre-Dame du Salut à Bagdad lors de la messe dominicale le 31 octobre 2010.

«Ce qui s'est passé était plus que catastrophique et tragique», se désole la ministre irakienne des droits de l'homme Wijdan Michael, elle-même chrétienne, à l'époque.

«À mon avis, c'est une tentative de forcer les chrétiens irakiens à quitter l'Irak, à vider tout simplement l'Irak de ses chrétiens».

Saint Thomas, des apôtres, s.d., Martin Schongauer, allemand, environ 1450-1491, Allemagne, gravure sur papier, 90 × 50 mm (plaque), 91 × 53 mm (feuille) (Photo, Sepia Times/Universal Images Group via Getty Images).

L'église Notre-Dame du Salut a déjà été attaquée. En août 2004, c'est l'une des cinq églises touchées à Bagdad et à Mossoul, dans laquelle douze personnes tuées mortes. Pour commémorer l'anniversaire du massacre de 2010 en 2018, l’Institut politique assyrien affirme «qu'il n'y avait pas encore de changement manifeste dans la façon dont la population chrétienne assyrienne autochtone d'Irak est perçue et traitée».

Dans les années qui ont suivi le massacre «les Assyriens d'Irak ont été menacés d'existence dans l'émergence de l'Etat islamique (Daech) en 2014 et la perte de tout espoir de représentation équitable dans les parlements irakien et kurde», a ajouté Michael. Le Pape François se souviendra de tous les martyrs chrétiens d’Irak lorsqu’il rendra visite à Notre-Dame du Salut à Bagdad.

L’apparition de Daech a aussi apporté une nouvelle horreur aux chrétiens iraquiens. En juin 2014, Daech s'est emparé de Mossoul et des milliers de chrétiens ont fui afin de sauver leurs vies, d'abord tout près de Qaraqosh, et, lorsque celle-ci semblait certain de tomber, à Erbil, capitale du Kurdistan irakien.

Le monastère de Saint-Élie, fondé par l'Église de l'Est près de Mossoul à la fin du VIe siècle, a fermé ses portes en 1743 après que les moines ont été tués par des soldats du shah d'Iran pour avoir refusé de se convertir à l'islam.

Bien qu'endommagé par les troupes américaines lors de l'invasion de 2003, l’édifice est resté une destination pour les pèlerins chrétiens jusqu'à ce qu'il soit réduit à un tas de gravats par Daech en 2014.

Un rapport du New York Times de l'année suivante a bien expliqué le choix des chrétiens de Mossoul et de Qaraqosh: «Ils pouvaient soit se convertir à l’Islam, soit payer la jizya; la taxe imposée à tous les «gens du livre» - chrétiens, zoroastriens et Juifs. S'ils refusaient, ils seraient tués, violés ou réduits en esclavage, et leur richesse prise comme butin de guerre.

Le Vice-Premier Ministre et Ministre des affaires étrangères de l'Iraq, Tarek Aziz lors d'une réunion du Conseil de sécurité des Nations Unies le 14 juin 1988. Aziz participe à la troisième session extraordinaire sur le désarmement (Photo, AFP/Archives).

Sans surprise, les recherches menées par l’UE sur le sort des minorités en Irak au plus fort de la terreur de Daech ont conclu qu’en 2015, il ne restait qu’environ 500 000 chrétiens dans le pays, principalement à Bagdad, Mossoul et dans les plaines de Ninive ainsi que dans la région autonome du Kurdistan.

Aujourd'hui, on pourrait n’en dénombrer que 150 000. L’un des moments les plus poignants de la visite du pape sera sans doute l’instant où il rendra visite à la communauté Qaraqosh à l’église de l’Immaculée Conception, la plus grande église d’Iraq, gravement endommagée pendant l’occupation de la ville par Daech.

La tradition veut que l’association de l’Irak avec le christianisme remonte au premier siècle de notre ère, lorsque, après la crucifixion de Jésus-Christ, son disciple Thomas se rendit à l’est dans le but de prêcher en Mésopotamie.

L'église syriaque orthodoxe Saint-Thomas de Mossoul aurait été construite sur le site de la maison dans laquelle Thomas vivait, et en 1964, des ouvriers ont découvert ce que l'on croyait être les os de ses doigts. Après la chute de Mossoul par Daech en 2014, ces reliques ont été transférées pour être gardées au monastère syriaque orthodoxe de Saint-Matthieu près de Bartella, dans les plaines de Ninive, fondé au quatrième siècle.

Thomas, plus tard canonisé comme saint Thomas l'apôtre, avait deux disciples, Thaddeus d'Édesse, également connu sous le nom de Mar Addai, et Mar Mari. Mar est un titre de respect syriaque, signifiant seigneur. C’est à eux deux qu’on attribue la fondation de l’Église chrétienne de Mésopotamie.

C’est ainsi que naît l’Église d'Orient, également connue sous le nom d'Église persane ou nestorienne, en raison de son soutien à Nestorius, l'archevêque de Constantinople au enseignements controversés, au cinquième siècle.

Des chrétiens irakiens fuyant la violence dans les villes de Qaraqush et Bartala, toutes deux à l'est de la ville de Mossoul dans la province nord de Ninive, prient à l'église Saint George le 1er juillet 2014 dans la capitale de la région autonome kurde, Arbil (Photo, AFP/Archives).

L'histoire du christianisme en Mésopotamie est celle d'un schisme fréquent. En 410, au concile de Séleucie-Ctésiphon, tous les chrétiens de l'empire sassanide perse se sont réunis dans la capitale, près de Bagdad moderne, pour former une seule église - l'Église de l'Est qui, en 424, va rompre entièrement avec l’Empire romain.

Même après la montée de l'islam et la conquête musulmane de l'empire sassanide, les chrétiens ne sont tolérés qu’en tant que dhimmi, ou communauté non musulmane protégée, et ont ainsi prospéré.

Entre le VIIIe et le XIIIe siècle, l'Église de l'Est s'est considérablement développée, diffusant l'Évangile à partir de sa base en Mésopotamie et établissant plus de 100 diocèses, de la côte méditerranéenne à travers l'Irak, l'Iran et l'Inde, et aussi loin que l'Empire mongol et la Chine.

Le déclin a en effet commencé au 13ème siècle lorsque les Mongols tournent le dos au christianisme et se convertissent à l'islam. Au 14ème siècle, Tamerlan, leader de l'empire turco-mongol Timurid, expulse tous les non-musulmans de ses territoires.

Dès lors, l'Église d'Orient est confinée à la terre où tout a commencé - le nord de la Mésopotamie, où, malgré toutes les épreuves et les défis de l'Irak moderne, les églises chrétiennes descendantes et leur groupe de paroissiens en diminution mais fort de leur foi continuent de résister.

Au cours des siècles, les schismes internes se succèdent, des divisions se reflètent dans les diverses dénominations auxquelles appartiennent aujourd'hui les chrétiens irakiens, notamment les Assyriens (ou Nestoriens, membres de l'Église syriaque orthodoxe) et les églises catholiques orientales arméniennes, chaldéennes et syriaques.

Mais quelles que soient leurs différences doctrinales, tous les chrétiens d’Irak verront l’arrivée historique du pontife parmi eux comme un signe que leur courage et leur persévérance face à une adversité choquante n’ont pas été vains.

«Nous tentons de guérir ces blessures créées par l'État islamique», explique le père Karam Shamasha, l'un des deux prêtres de l'église catholique chaldéenne Saint-Georges de Telskuf, à l'agence de presse catholique en novembre 2020. Ce village chrétien se trouve à près de 20 miles au nord de Mossoul.

«Nos familles sont fortes; elles ont défendu leur foi. Mais elles ont aussi besoin de quelqu'un qui leur donne une tape sur l’épaule, qui leur dise: «Vous avez accompli un travail remarquable jusque-là, mais votre mission n’est pas encore terminée».

Ce quelqu'un, sera le pape François. L'archevêque catholique chaldéen Bashar Warda d'Erbil a confié à «Aid to the Church in Need», une organisation caritative qui œuvre au nom des catholiques persécutés en Syrie et en Irak, en décembre: «Nous sommes un peuple marginalisé jusqu'au bord de l'existence. Que Sa Sainteté vienne nous rendre visite maintenant peut très bien être la chose qui nous sauve.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Dans le Kordofan soudanais, une offensive paramilitaire se profile, la ville d'El-Obeid tremble

Après avoir brisé un siège prolongé en février de l'année dernière, l'armée a peiné à empêcher les paramilitaires de réimposer un blocus par le biais de frappes répétées de drones contre la ville, ses infrastructures et la principale route de sortie. (AFP)
Après avoir brisé un siège prolongé en février de l'année dernière, l'armée a peiné à empêcher les paramilitaires de réimposer un blocus par le biais de frappes répétées de drones contre la ville, ses infrastructures et la principale route de sortie. (AFP)
  • El-Obeid est un enjeu majeur dans la guerre qui oppose depuis trois ans l'armée soudanaise aux paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR)
  • La ville d'un demi-million d'habitants accueille environ 100.000 réfugiés, déplacés par la violence ailleurs dans le pays

Al-Ubayyid: Dans un camp de déplacés près d'El-Obeid, dans la région soudanaise du Kordofan, Agsam Hamad brave péniblement la chaleur écrasante pour aller chercher de l'eau trouble dans un puits. Déjà assiégés, les habitants vivent dans la crainte d'un assaut des paramilitaires, qui serait le plus violent à ce jour contre cette grande ville stratégique.

"Nous faisons de longues distances pour cette eau et elle est imbuvable", dit à l'AFP cette femme de 35 ans, mère de sept enfants. "Notre situation est très difficile. Nous avons besoin de nourriture et d'eau" potable.

El-Obeid est un enjeu majeur dans la guerre qui oppose depuis trois ans l'armée soudanaise aux paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR).

La ville d'un demi-million d'habitants accueille environ 100.000 réfugiés, déplacés par la violence ailleurs dans le pays.

Ces dernières semaines, elle a fait face à des attaques des FSR, les plus intenses jusqu'à présent.

Après avoir brisé un siège prolongé en février de l'année dernière, l'armée a peiné à empêcher les paramilitaires de réimposer un blocus par le biais de frappes répétées de drones contre la ville, ses infrastructures et la principale route de sortie.

De récentes attaques ont frappé la principale centrale électrique et les dépôts de carburant, plongeant des quartiers dans l'obscurité et mettant les pompes à eau hors service.

Les habitants doivent aujourd'hui s'en remettre à des camions-citernes, des puits et quelques points de distribution d'eau, ont-ils expliqué à l'AFP.

"Pouvoir et argent" 

L'ONU a alerté sur un renforcement de la présence des FSR autour de la ville avant un possible assaut terrestre, ce qui fait craindre une répétition des atrocités observées à El-Facher.

Cette ville du Darfour est tombée aux mains des paramilitaires en octobre dernier, lors d'une attaque présentant selon l'ONU les caractéristiques d'un "génocide".

D'après Nohad Eltayeb, de l'ONG basée aux Etats-Unis ACLED, des mouvements de troupes ont été observés au cours du mois passé à environ 60 kilomètres au nord, au sud et à l'ouest d'El-Obeid.

El-Obeid se trouve à un carrefour stratégique reliant des régions du centre et de l'est du Soudan contrôlées par l'armée, dont Khartoum, au Darfour sous contrôle des FSR à l'ouest.

Selon des analystes, sa prise consoliderait le contrôle des FSR sur l'ouest du Soudan et pourrait ouvrir la voie à une avancée vers la capitale.

El-Obeid abrite une division d'infanterie, une base aérienne, un oléoduc stratégique et un important marché de gomme arabique.

" La contrôler, c'est une question de pouvoir, de territoire et d'argent ", affirme l'analyste Kholood Khair.

Les combats et les restrictions ont pratiquement coupé tout accès à la ville, rendant de plus en plus difficile toute couverture indépendante.

De rares images obtenues par l'AFP dans le camp d'Al-Rahmaniyah montrent des femmes épuisées avançant sous un soleil accablant, des jerricans sur la tête après des heures passées à attendre de l'eau à un puits éloigné.

Trop fatigués 

Dans le camp, près de 200 familles s'entassent dans des abris précaires.

Des enfants traînent dans l'étroite zone d'ombre projetée par les huttes . Certains sont trop fatigués pour jouer, d'autres suivent silencieusement leur mère.

" Nous n'avons rien. Ni eau, ni nourriture, ni matelas ", lâche Waseela Mohamed, une grand-mère de 70 ans.

Les livraisons d'aide qui avaient réussi à atteindre le camp il y a plusieurs semaines se sont raréfiées.

" Les organisations humanitaires font ce qu'elles peuvent, mais les besoins sont bien plus importants ", explique un bénévole qui a requis l'anonymat.

A l'intérieur d'El-Obeid, les drones bourdonnent presque en permanence, raconte Adam Hussein - un pseudonyme.

"Nous ne savons pas ce qui se passe vraiment. Tout est en crise. Les civils et les infrastructures sont constamment pris pour cible ", a-t-il confié à l'AFP.

Au moment où il parlait, un drone s'est écrasé tout près, sans faire de victimes.

Alors que le prix de l'eau a doublé, que celui de la nourriture a augmenté jusqu'à 300 % et que les tarifs des transports ont aussi grimpé en flèche, de nombreux habitants sont désormais, de fait, "encerclés ", selon Kholood Khair.

"Boucliers humains" 

Mohamed Refaat, de l'Organisation internationale pour les migrations, a averti que la ville se rapprochait d'un siège total, les civils pouvant bientôt "ne plus être capables de partir ni de revenir".

Sans aide immédiate, les conditions pourraient "en quelques semaines" ressembler à celles observées à El-Facher, où les civils ont survécu en se nourrissant d'aliments pour animaux pendant 18  mois de siège, a-t-il prévenu.

Selon l'ONU, plus de 6. 000 personnes ont été tuées durant les trois premiers jours de sa chute.

Une source gouvernementale a indiqué à l'AFP que l'armée avait tenté de ralentir l'avancée des paramilitaires.

Une source proche des FSR a elle accusé l'armée d'utiliser des civils comme " boucliers humains ", estimant qu'ils devraient être évacués.

Bien que la composition démographique de la ville diffère de celle d'El-Facher, où les violences ont suivi des lignes ethniques, Noha Eltayeb prévient que les civils "pourraient néanmoins être confrontés à des pillages, des violences sexuelles et des attaques contre ceux accusés de soutenir l'armée".


Liban: nouvelles frappes israéliennes, le chef du Parlement enterre déjà l'accord-cadre

Israël a mené dimanche de nouvelles frappes dans le sud du Liban, au surlendemain de la signature par les deux pays d'un accord-cadre visant une "paix durable", dont le chef du Parlement libanais affirme qu'il ne sera pas adopté. (AFP)
Israël a mené dimanche de nouvelles frappes dans le sud du Liban, au surlendemain de la signature par les deux pays d'un accord-cadre visant une "paix durable", dont le chef du Parlement libanais affirme qu'il ne sera pas adopté. (AFP)
  • "Cet accord ne sera pas adopté, et il ne sera pas mis en oeuvre dans sa forme actuelle", a dit Nabih Berri
  • Les bombardements rapportés par l'Agence libanaise d'information ANI (officielle) interviennent alors que la veille déjà, une série de raids israéliens avait fait un mort dans la région

BEYROUTH: Israël a mené dimanche de nouvelles frappes dans le sud du Liban, au surlendemain de la signature par les deux pays d'un accord-cadre visant une "paix durable", dont le chef du Parlement libanais affirme qu'il ne sera pas adopté.

"Cet accord ne sera pas adopté, et il ne sera pas mis en oeuvre dans sa forme actuelle", a dit Nabih Berri, allié du Hezbollah pro-Iran, dans un communiqué diffusé par son parti, le mouvement Amal, dénonçant un "accord de +diktats+, pas un accord qui préserve les droits du Liban".

Les bombardements rapportés par l'Agence libanaise d'information ANI (officielle) interviennent alors que la veille déjà, une série de raids israéliens avait fait un mort dans la région.

Le ministère de la Santé a en outre fait état dimanche de deux blessés après le lancement d'une grenade par "l'ennemi israélien" sur une localité du sud.

Dans un communiqué, le Hezbollah "réaffirme que ce qu'a fait l'ennemi est une violation flagrante du cessez-le-feu auquel il s'était tenu jusque-là, et qu'il surveille et recense ces violations, se réservant le droit de défendre sa patrie et son peuple".

De son côté, l'armée israélienne a affirmé cibler des combattants du Hezbollah près de ce qu'elle appelle sa "zone de sécurité".

Elle a aussi annoncé la mort d'un soldat lors de combats, portant à 38 ses pertes dans le pays voisin, où elle affronte le mouvement islamiste. L'auteur, un "terroriste du Hezbollah", a ensuite été localisé et "éliminé par les soldats", a précisé l'armée.

Tunnel détruit 

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le ministre de la Défense israéliens Israël Katz ont par ailleurs indiqué que l'armée avait détruit un long tunnel construit par le Hezbollah dans le sud du pays.

Celui-ci "s'étendait sur plus de 200 mètres et atteignait une profondeur de plus de 25 mètres, contenait des centaines d'armes ainsi que plusieurs puits de lancement destinés à frapper l'État d'Israël et ses civils", détaille un communiqué conjoint.

Le Liban a été entraîné dans le conflit début mars quand le Hezbollah a ciblé Israël en soutien à l'Iran, après l'offensive américano-israélienne sur Téhéran.

Israël a lancé en représailles de vastes frappes aériennes et déployé des troupes dans le sud du pays, faisant plus de 4.200 morts selon Beyrouth.

Une trêve annoncée le 17 avril n'a jamais été respectée mais les affrontements ont largement diminué depuis la signature mi-juin d'un protocole d'accord entre les Etats-Unis et l'Iran, Téhéran ayant exigé qu'une cessation des combats au Liban en fasse partie.

Parallèlement, Israël et le Liban ont entamé des discussions directes sous l'égide de Washington, les premières depuis des décennies entre les deux pays techniquement toujours en état de guerre. Et ils ont conclu vendredi un accord-cadre, qualifié d'"historique" par Benjamin Netanyahu.

Dans un entretien téléphonique avec Donald Trump, le président libanais Joseph Aoun a assuré que l'Etat "assumerait ses responsabilités" dans la mise en œuvre de l'accord, qui conditionne un retrait israélien du pays au désarmement du mouvement chiite. Une exigence de longue date que Beyrouth peine à mettre en oeuvre.

"Sédition" 

Le Hezbollah s'était déjà fermement opposé à l'accord, son député Hassan Fadlallah affirmant dès dimanche qu'il "ne serait pas appliqué".

Ce qu'ont fait les autorités "équivaut à une sédition" visant à passer "d'un conflit avec l'ennemi à un conflit interne", avait-t-il ajouté.

Dénonçant une "grave erreur", le chef du groupe Naïm Qassem avait fustigé samedi un texte "humiliant, honteux, qui représente un abandon de souveraineté", accusant les autorités libanaises de "légitimer la poursuite de l'occupation" israélienne.

Des partisans du Hezbollah ont manifesté vendredi soir et un correspondant de l'AFP a vu, sur la route de l'aéroport de Beyrouth longeant la banlieue sud, bastion du Hezbollah, des pancartes portant l'inscription "Le Liban d'abord" incendiées.

L'Iran a, lui, réitéré ses exigences d'un retrait total d'Israël.

"Notre objectif est de mettre fin à la guerre au Liban, permettre le retour des déplacés dans leurs foyers, mettre un terme à l'occupation et obtenir le retrait du régime sioniste du territoire libanais", a souligné le président du Parlement iranien et négociateur en chef, Mohammad Bagher Ghalibaf, dans un appel avec son homologue libanais Nabih Berri.

 


L'accord sur le Liban est un "premier pas" vers la restauration de sa souveraineté, dit le président Aoun

Le président libanais Joseph Aoun a salué un nouvel accord-cadre avec Israël. (Archive/AFP)
Le président libanais Joseph Aoun a salué un nouvel accord-cadre avec Israël. (Archive/AFP)
  • Le président libanais Joseph Aoun a qualifié l'accord-cadre signé avec Israël de « première étape » vers le rétablissement de la pleine souveraineté du Liban
  • Il a affirmé son engagement à mettre fin à toute occupation, à obtenir la libération des prisonniers et à garantir un Liban sans subordination ni tutelle

BEYROUTH: Le président libanais Joseph Aoun a déclaré vendredi que l'accord cadre signé avec Israël était "un premier pas" vers la restauration de la souveraineté de son pays sans "occupation", "subordination" ni "tutelle".

"L'accord-cadre signé aujourd'hui est une première étape" qui doit permettre aux Libanais "de revenir sur leurs terres entièrement libérées et dans leurs maisons qui seront assurément reconstruites (...) sous la souveraineté de l'Etat libanais, qui n'a aucun partenaire dans l'exercice de sa souveraineté sur sa terre et son peuple", a déclaré Joseph Aoun dans un communiqué de la présidence.

"Nous jurons de continuer à oeuvrer jusqu'à ce que cela soit accompli. Il n'y aura plus d'occupation, de prisonniers, de subordination ni de tutelle", a-t-il promis.