Le futur ministre américain de la Justice aura les suprématistes blancs en ligne de mire

Des membres de la milice des Proud Boys se sont joints aux partisans de Donald Trump lors de la manifestation précédant l’invasion du Capitole, le 6 janvier à Washington (Photo, AFP).
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Publié le Mardi 23 février 2021

Le futur ministre américain de la Justice aura les suprématistes blancs en ligne de mire

  • Le magistrat de 68 ans héritera d’un ministère dont la réputation a été écornée sous le mandat de Trump
  • Le juge Merrick Garland fera de la lutte contre l'extrémisme une priorité

WASHINGTON: Le juge Merrick Garland, candidat de Joe Biden au poste de ministre américain de la Justice, a assuré lundi devant le Sénat qu'il ferait de la lutte contre l'extrémisme la priorité de son mandat, après l'attaque des partisans de Donald Trump contre le Capitole.

Actuellement à la tête de la très réputée cour d'appel de la capitale fédérale, il a affirmé que la menace de l'extrême droite était pire qu'en 1995, quand un militant anti-gouvernement avait perpétré un attentat contre un bâtiment fédéral à Oklahoma City, faisant 168 morts.

Il a fait un lien direct entre cet attentat, dont il avait supervisé les poursuites, et l'assaut contre le Congrès le 6 janvier.

« C'était l'attaque la plus abominable contre le processus démocratique que j'aie jamais vue, et une attaque que je ne m'attendais jamais à voir", a-t-il assuré devant la commission judiciaire du Sénat, qui doit approuver sa nomination, avant un vote devant l'ensemble de la chambre haute.

« Nous faisons face à une période plus dangereuse » que celle d'Oklahoma City, a-t-il ajouté, promettant que la lutte contre l'extrémisme domestique serait sa « première priorité ».

L'audition du juge Garland intervient un peu plus d'une semaine après l'acquittement de Donald Trump, mis en accusation devant le Sénat pour « incitation à l'insurrection » le 6 janvier.

Il a promis de « piloter les poursuites judiciaires contre les suprématistes blancs et les autres personnes qui ont pris d'assaut le Capitole », sans faire mention de l'ancien président quand un sénateur lui a demandé s'il poursuivrait aussi les « instigateurs ».

Au moins 230 personnes, dont de nombreux partisans du milliardaire républicain, ont déjà été inculpées pour leur implication et des enquêtes visent des centaines d'individus.

Le magistrat de 68 ans, aux lunettes cerclées et à la chevelure blanche, a aussi assuré qu'il protégerait des influences politiques un ministère dont la réputation a été écornée sous le mandat de Donald Trump.

 

« L'avocat des Etats-Unis »

 

Il a promis que le ministère exercerait « la loi de façon juste et impartiale sans égard pour les personnes ou les partis politiques ».

« Je ne suis pas l'avocat du président, mais celui des Etats-Unis », a-t-il répété.

Son prédécesseur, Bill Barr, avait été qualifié par les démocrates d' « avocat de Donald Trump » en raison de ses multiples interventions en faveur du milliardaire ou de ses proches.

Il a aussi insisté sur « l'urgence » de lutter contre les inégalités judiciaires auxquelles font face les minorités ethniques et contre les violences et le racisme dans la police après la mort de George Floyd, un Afro-Américain asphyxié sous le genou d'un policier blanc fin mai.

La politique de « tolérance zéro » sur l'immigration illégale à la frontière américano-mexicaine mise en place par l'administration Trump était « une honte », a-t-il également dit. « Je ne peux imaginer pire que la séparation des parents et de leurs enfants. »

L'audition a connu un rare moment d'émotion quand le juge Garland a lié sa conception de la justice à ses grands-parents, venus aux Etats-Unis pour fuir les persécutions anti-juifs en Russie.

« Ce pays nous a pris dans ses bras et nous a protégé », a-t-il dit d'une voix qui se brisait. « Et j'ai senti l'obligation de rembourser ce pays au mieux de mes compétences. »

Mais il a dû s'expliquer sur son opposition à la peine de mort en raison, a-t-il dit, de son application déséquilibrée contre les Afro-Américains et du grand nombre de condamnés à mort finalement reconnus innocents.

Alors que Donald Trump a mis un terme au moratoire vieux de 17 ans sur les exécutions fédérales et que 13 condamnés à mort ont reçu une injection létale durant les derniers mois de son mandat, Merrick Garland a rappelé que Joe Biden était lui aussi opposé à la peine capitale.

Lors de cette audition, qui doit durer deux jours, le juge Garland a été bien accueilli par les élus républicains.

« Personne ne doute des capacités du juge Garland pour ce travail », a confirmé le sénateur républicain Chuck Grassley.

En 2016, le camp républicain, majoritaire au Sénat à l'époque, avait pourtant infligé un camouflet à ce progressiste modéré en bloquant sa nomination par Barack Obama à la Cour suprême, faisant valoir la proximité de l'élection présidentielle.


Le mari de Zaghari-Ratcliffe émet des doutes quant à sa libération

Cette photo d'archive montre Nazanin Zaghari-Ratcliffe (à droite) posant pour une photo avec son mari Richard et sa fille Gabriella (à gauche) (AFP / Campagne Free Nazanin)
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  • Le ministère britannique des Affaires étrangères : «Le régime (iranien) doit mettre fin à la détention arbitraire de tous les ressortissants britanniques de double nationalité»
  • Zaghari-Ratcliffe a été transférée de la prison et placée en résidence surveillée au domicile de ses parents l'année dernière alors que la pandémie de coronavirus ravageait l'Iran

LONDRES: Le mari de Nazanin Zaghari-Ratcliffe, la ressortissante anglo-iranienne détenue à Téhéran, dit qu'il ne sait toujours pas si elle sera libérée dimanche après avoir purgé sa peine. 

Zaghari-Ratcliffe a été condamnée en 2016 à cinq ans d'emprisonnement suite à des allégations de complot en vue de renverser le régime iranien - des accusations qu'elle a toujours niées. 

Employée auprès d’une association de charité, Nazanin 43 ans a été arrêtée alors qu'elle se trouvait à Téhéran lors d'une visite avec sa fille. 

Son mari, Richard Ratcliffe, déclare à Sky News qu'il essaie toujours de savoir si elle sera autorisée à retourner à Londres et à retrouver sa fille après avoir purgé sa peine. 

« Nous sommes évidemment très anxieux ici, et elle attend anxieusement en Iran », dit-il. « Le pouvoir judiciaire confirme qu’elle devrait être libérée, mais la procédure n’a pas été précisée. » 

Ratcliffe déclare que l’avocat de sa femme en Iran s’était rendu au bureau du procureur pour de plus amples informations sur le protocole post-libération. 

Zaghari-Ratcliffe a été transférée de la prison et placée en résidence surveillée au domicile de ses parents l'année dernière alors que la pandémie de coronavirus ravageait l'Iran. 

Elle a été contrainte de porter un bracelet électronique et il lui est interdit de s’éloigner au-delà d’un périmètre de 300 mètres. 

Le ministre britannique des Affaires étrangères, Dominic Raab, a dit à la famille que les responsables britanniques « déployaient tous les efforts possibles afin » de finaliser une libération, mais a averti qu'il était peu probable que les autorités iraniennes respectent un calendrier strict, rapporte Ratcliffe. 

Il ajoute que si Zaghari-Ratcliffe n'est pas libérée dimanche, ce sera une « étape décisive » qui marquera un échec cuisant au compteur du ministère britannique des Affaires étrangères. 

« Notre fille comptait à rebours, parce que sa mère en Iran faisait pareil, », déclare Ratcliffe. 

«Au fur et à mesure que nous nous rapprochons de l’échéance, elle saisit, comme les enfants savent si bien le faire, mon incertitude. Hier soir elle m’a demandé : «Est-ce que maman rentre vraiment à la maison?» Et j’ai dû répondre «Je ne sais vraiment pas». » 

Un porte-parole du ministère des Affaires étrangères souligne qu'il est « en contact étroit» avec Zaghari-Ratcliffe et qu'il «continuera à apporter son soutien». 

Un communiqué indique : « Nous n'acceptons pas que l'Iran détienne des ressortissants britanniques  ayant une double nationalité comme levier diplomatique. Le régime doit mettre fin à la détention arbitraire de tous les ressortissants britanniques binationaux. 

« Nous continuons de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour obtenir la libération des ressortissants binationaux détenus arbitrairement afin qu’ils puissent être réunis avec leurs proches. »  

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com.


La famille royale britannique fera front commun pour célèbrer le Commonwealth

La reine, son fils le prince Charles et son épouse Camilla, son petit-fils le prince William et sa femme Kate (Photo, AFP)
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  • Les principaux membres officiels de la famille royale apparaitront dans une émission de la BBC diffusée à partir de 17H00 GMT pour célébrer le jour du Commonwealth
  • La célébration du Commonwealth avait constitué en 2020 la dernière apparition publique du prince Harry, 36 ans, et de Meghan, 39 ans

LONDRES: Les membres de la famille royale britannique offriront dimanche un front uni lors des célébrations annuelles du Commonwealth, quelques heures seulement avant que le prince Harry et son épouse Meghan ne se confient dans une très attendue interview à la télévision américaine sur les raisons de leur retrait.  

La reine, son fils le prince Charles et son épouse Camilla, son petit-fils le prince William et sa femme Kate: tous les principaux membres officiels de la famille royale apparaitront dans une émission de la BBC diffusée à partir de 17H00 GMT pour célébrer le jour du Commonwealth.   

On pourra y voir le prince Charles, héritier de la couronne, rendre hommage depuis l'abbaye de Westminster à la  »détermination, au courage et à la créativité extraordinaires » des peuples du Commonwealth pendant la crise de coronavirus, et dénoncer les « menaces existentielles » que constituent la pandémie et le changement climatique ».  

« Au milieu de ces souffrances déchirantes, cependant, la détermination, le courage et la créativité extraordinaires avec lesquels les gens ont réagi ont été une inspiration pour nous tous », ajoutera-t-il.  

Le prince William, deuxième dans l'ordre de succession à la couronne britannique, et son épouse Kate salueront aussi au cours de l'émission le « travail incroyable » du personnel de santé « au Royaume-Uni et partout dans le monde » pendant l'année qui vient de s'écouler.  

La célébration du Commonwealth - association de 54 pays héritée de l'empire colonial britannique - avait constitué en 2020 la dernière apparition publique du prince Harry, 36 ans, et de Meghan, 39 ans, en tant que membres officiels de la famille royale, avant qu'ils ne s'en mettent effectivement en retrait en avril.   

C'est en rangs serrés que la famille royale aborde cette année les célébrations, face à la potentielle crise que suscitera quelques heures plus tard la diffusion de l'interview-confession accordée par les « Sussex » à la télévision américaine, près d'un an après leur retrait de la monarchie.   

Le ton a été donné par un extrait diffusé par la chaîne CBS: on voit la duchesse de Sussex accuser le palais de Buckingham de « colporter des mensonges » sur la décision du couple de s'éloigner et s'installer en Californie.  

L'interview « causera presque certainement l'embarras de la famille royale », a prédit l'expert de la royauté britannique Richard Fitzwilliams. 


Birmanie: nouvelles manifestations, l'ONU divisée

Une manifestante contre le coup d'État à Yangon le 6 mars 2021 (Photo, AFP)
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  • La répression meurtrière se poursuit: au moins 55 personnes ont été tuées depuis le début de l'insurrection pacifique contre le coup d'Etat du 1er février
  • La Birmanie a exigé de l'Inde le repatriement des policiers «afin de préserver les bonnes relations entre les deux pays voisins» dans une lettre

RANGOUN: Les manifestants pro-démocratie sont à nouveau descendus dans les rues samedi en Birmanie, au lendemain d'une nouvelle réunion du Conseil de sécurité de l'ONU, divisé sur la réponse à apporter aux « appels désespérés » de la population. 

La répression meurtrière se poursuit: au moins 55 personnes ont été tuées depuis le début de l'insurrection pacifique contre le coup d'Etat du 1er février qui a renversé le gouvernement civil d'Aung San Suu Kyi. 

Mais la mobilisation ne faiblit pas. A Loikaw (centre), des centaines de personnes, dont des enseignants en uniforme vert et blanc, ont brandi des panneaux appelant à la désobéissance civile. 

« Notre révolution doit gagner », « Si vous allez au travail, vous aidez la dictature », a scandé la foule. 

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Tirs de gaz lacrymogènes sur des manifestants à Yangon le 6 mars 2021 (Photo, AFP)

Les appels à la grève ont un impact important sur certains secteurs de l'économie déjà très fragile du pays, avec des banques incapables de fonctionner, des hôpitaux fermés et des bureaux ministériels vides. 

Les médias d'Etat ont exhorté les fonctionnaires à reprendre le travail, faute de quoi « ils seront licenciés à partir du 8 mars ». 

Dans le quartier de San Chaug, à Rangoun, la capitale économique, la police a détruit les barricades de fortune érigées par les manifestants; tiré des gaz lacrymogènes et des bombes assourdissantes pour disperser de petits rassemblements. 

« Nous n'avons jamais gagné (..) Cette fois, nous devons nous battre avec la jeune génération pour remporter la victoire », a déclaré le militant Maung Saungkha. 

Raids 

Coupures d'internet, interpellations, recours à la force létale: les généraux putschistes sont déterminés à faire cesser le vent de fronde qui souffle sur le pays. 

Vendredi, un homme de 26 ans a été touché par un tir mortel dans le cou lors d'un rassemblement à Mandalay (centre), et une ONG a rapporté des raids contre des immeubles d'habitation et un hôpital à la frontière thaïlandaise. 

Deux jours plus tôt, au moins 38 protestataires ont été tués, des images montrant les forces de sécurité en train de tirer sur la foule et des manifestants couverts de sang, touchés à la tête par des balles. 

Deux jeunes de 18 ans ont été enterrées samedi. « Il n'y aura pas de pardon pour vous jusqu'à la fin du monde », a chanté la foule. 

La chaîne de télévision d'Etat MRTV a confirmé l'exhumation par les autorités du corps d'une autre victime, Kyal Sin - devenue une icône car elle portait un t-shirt: « Tout ira bien » quand elle a été abattue. Les autorités ont examiné le corps avant de le remettre en terre, suscitant l'indignation sur les réseaux sociaux. 

L'exhumation a été réalisée « avec l'accord du père » de la victime et la balle retrouvée dans son corps était « différente de celles utilisées par la police », a assuré le journal télévisé du soir de MRTV.  

« Des gens qui ne souhaitent ni la stabilité ni la paix pourraient en être les auteurs », a fait valoir la télévision d'Etat. 

A la frontière avec l'Inde, près d'une centaine de citoyens birmans se sont rassemblés avec l'intention de trouver refuge dans le pays voisin, selon un responsable des fusiliers de l'Assam, unité paramilitaire sous le commandement du Ministre de l'Intérieur indien. 

« Au moins 85 civils en provenance de Birmanie attendent à la frontière pour entrer en Inde », a précisé ce responsable indien sous couvert d'anonymat. 48 autres ont déjà traversé la frontière, dont huit policiers refusant de prendre part à la repression. 

« préserver les bonnes relations » 

La Birmanie a exigé de l'Inde le repatriement des policiers « afin de préserver les bonnes relations entre les deux pays voisins » dans une lettre. 

Les généraux profitent aussi des divisions de la communauté internationale. 

Le Conseil de sécurité de l'ONU, réuni vendredi, n'a pas réussi à se mettre d'accord sur une déclaration commune. Des négociations sur un texte doivent se poursuivre la semaine prochaine, d'après des sources diplomatiques. 

« Nous sommes prêts à envisager des sanctions internationales conformément à la Charte des Nations unies si la situation continue à se détériorer », a fait savoir l'ambassadrice britannique Barbara Woodward. 

Des mesures coercitives ont été annoncées par les Etats-Unis et l'Union européenne, mais des observateurs exhortent à aller plus loin avec un embargo international sur les livraisons d'armes, une décision qui nécessite l'accord de tous les membres du Conseil. 

Or, Pékin et Moscou, alliés traditionnels de l'armée birmane et exportateurs d'armes dans le pays, refusent de parler de « coup d'Etat », l'agence de presse chinoise évoquant début février un simple  »remaniement ministériel ». 

Notre pays veut être « un voisin amical », a déclaré vendredi l'ambassadeur chinois Zhang Jun, mettant en garde contre des sanctions qui ne feraient qu'« aggraver les tensions ou compliquer davantage la situation ». 

Et les autres voisins régionaux, à l'exception de Singapour, font peu entendre leur voix. 

Dans ce contexte, il semble peu probable que l'appel à « l'unité », lancé par l'émissaire des Nations unies pour la Birmanie Christine Schraner Burgener, soit entendu. 

« L'espoir que (les Birmans) ont placé dans les Nations unies et ses membres diminue », a-t-elle déploré, disant recevoir quotidiennement des centaines d'« appels désespérés » de mères, d'étudiants et de personnes âgées.