Covid-19: zoom sur ces nouveaux variants qui changent toute la donne

Des matériaux de test COVID 19 en pleine pandémie. (AFP)
Des matériaux de test COVID 19 en pleine pandémie. (AFP)
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Publié le Mardi 26 janvier 2021

Covid-19: zoom sur ces nouveaux variants qui changent toute la donne

  • Depuis le début de cette pandémie, 12 000 mutations ont été observées. La plupart d’entre elles n’ont pas eu de réel impact sur la Sars-CoV-2
  • Pourtant, les mutations Brésiliennes et Sud-Africains contourneraient la protection immunitaire

MARSEILLE: Alors que le monde entier se lance dans une course effrénée aux vaccins, la flambée de cas dus à la circulation des nouveaux variants interpelle la communauté scientifique. Ce phénomène remet en question les vaccins d’ores et déjà administrés, qui s’élèvent à plus de 63,5 millions de doses dans 68 pays ou territoires.

Mutation des virus: un phénomène naturel

À l’instar de tous les organismes vivants, les virus sont dotés d’un matériel génétique susceptible de changer à l’issue de leurs nombreuses réplications.

En se transmettant d’un hôte à l’autre, un virus peut se combiner à d’autres virus en circulation (recombinaisons), ou modifier certaines de ses composantes génétiques. Ces changements successifs lui permettent de mieux s’adapter à l’environnement.

«Plus un virus infecte d’individus, plus la possibilité de mutation est grande. D’autant plus que la probabilité augmente chez une personne dont le système immunitaire est chroniquement affaibli», indique le Dr Harrison, du Centre de séquençage COG-UK.

Depuis le début de cette pandémie, 12 000 mutations ont été observées. La plupart d’entre elles n’ont pas eu de réel impact sur le Sars-CoV-2. Néanmoins, les trois nouveaux variants pourraient changer la donne, puisqu’ils sont significativement plus contagieux et résistants.

Afrique du Sud. (AFP)
Centre de soins en Afrique du Sud. (AFP)

Le doute sur l’efficacité des vaccins

Les tests en laboratoire portent à croire que les vaccins seraient efficaces contre le variant anglais. Les deux autres variants sembleraient être quant à eux plus coriaces. Selon une étude préliminaire, les mutations brésiliennes et sud-africaines contourneraient la protection immunitaire.

Les habitants de Manaus enterrent leurs morts. (AFP)
Les habitants de Manaus enterrent leurs morts. (AFP)

La particularité de ces mutations repose sur la protéine Spike (protéine S). Cette protéine de surface permet au Sars-CoV-2 de s’accrocher aux cellules cibles pour y pénétrer. Or, cette mutation diminuerait la reconnaissance du virus par les anticorps, ce qui freine sa neutralisation par le système immunitaire.

Ainsi, les individus ayant déjà contracté le virus et qui ont un taux suffisant d’anticorps dans le sang, aussi bien les personnes vaccinées, ne seraient plus à l’abri du coronavirus.

Dans les faits, la majorité des vaccins en circulation se basent sur cette protéine S.

La société Moderna, qui utilise la technologie de l’ARN messager (même méthodologie que Pfizer) assure que son vaccin reste efficace face aux variants britannique et sud-africain.

Cependant, les niveaux d’anticorps contre le B.1.351 (sud-africain) sont divisés par six. Même si ces niveaux d’anticorps restent au-dessus de ce qui est attendu pour procurer une protection, la société de biotechnologies américaine va mettre à l’essai un nouveau vaccin candidat. Des tests en laboratoire sont par ailleurs réalisés afin de tester l’impact de l’injection d’une troisième dose du vaccin déjà sur le marché.

«La mutation actuelle du virus du Covid-19 n’a pas rendu le vaccin inefficace», a affirmé le président de la filiale China National Biotec Group, Yang Xiaoming.

Selon ses dires, les vaccins usant des particules inactivées du virus pourraient fonctionner contre les nouvelles mutations du coronavirus, puisqu’ils « offrent une protection contre toutes zones du virus, et non pas uniquement sur la protéine S (Spike) ». Nonobstant, ces postulats sont à prendre avec des pincettes, puisque les procédures de Sinopharm sont pointées du doigt pour opacité et asymétrie de l’information, et que ce vaccin est initialement moins efficace que certains de ses concurrents (73% contre 94% en moyenne).

La question des séquençages

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) et le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) – basé à Stockholm – ont appelé leurs membres à renforcer leurs capacités de séquençage du génome du coronavirus, afin d’améliorer l’identification de nouveaux variants. Depuis le début de la pandémie, des milliers de séquences ont été téléchargées sur des bases de données publiques. Cela a permis de suivre en temps réel les mutations, et de s’en prémunir.

«C’est la première fois que nous voyons comment un agent pathogène évolue à cette échelle», souligne Ewan Harrison, directeur de la stratégie et de la transformation au COG-UK et membre du Wellcome Sanger Institute, où la majeure partie du séquençage est effectuée. «Nous apprenons que ces mutations s’accumulent bien plus vite que nous ne le pensions.»

Centre de vaccination en Angleterre. (AFP)
Centre de vaccination en Angleterre. (AFP)

 

Le séquençage: une révolution scientifique

L’OMS qualifie ces séquençages faits à l’échelle internationale de «révolution» scientifique. Cette investigation génomique des virus permettra de mieux comprendre plusieurs maladies, comme Ebola ou la grippe saisonnière.

En 2002, date à laquelle le Syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) a commencé, seules 31 variantes du génome étaient partagées publiquement. En 2021, en l’espace de six mois, 60 000 ont été publiées. Pourtant, aujourd’hui, peu de pays sont à même d’effectuer ce processus long et coûteux.

 

Livraisons de vaccins ralenties

Les pays les plus fragiles, dont certains pays du Moyen-Orient – comme le Liban, touché de plein fouet par le virus – devraient recevoir leurs premières doses de vaccin au début du mois de février.

 

Covax: quèsaco?

Covax est un mécanisme fondé par l’OMS dont l’objectif est de procurer suffisamment de doses afin de vacciner 20 % de la population d’ici à la fin de l’année.

Au total, le financement est assuré pour les 92 pays les plus pauvres du monde.

Pourtant, même dans les pays ou la vaccination est de mise, la livraison des précieux flacons est retardée. À la suite d’une «baisse de rendement» sur le site de fabrication, les 400 millions de doses du vaccin AstraZeneca/Oxford réservées par la Commission européenne ne pourront pas être livrées comme prévu.

Vaccin AstraZeneca. (AFP)
En France, 140 000 doses de ce vaccin font défaut, le rythme des vaccinations est divisé par 3 en Italie, 40 000 doses manquent en Belgique et 10 % de vaccins en moins ont été livrés au Danemark. (AFP).

«AstraZeneca a confirmé aujourd’hui lors de la réunion du comité directeur avec les États membres qu’il y aurait un changement dans son calendrier de livraison», a pour sa part indiqué à l’AFP Stefan De Keersmaecker, porte-parole de la Commission européenne chargé de la santé. «Nous nous efforçons d’en savoir plus», a-t-il ajouté.

Les laboratoires Pfizer, font eux aussi face à des retards de livraison. En France, 140 000 doses de ce vaccin font défaut, le rythme des vaccinations est divisé par 3 en Italie, 40 000 doses manquent en Belgique et 10 % de vaccins en moins ont été livrés au Danemark.

Le président du Conseil européen, Charles Michel, réclame donc que les entreprises pharmaceutiques fassent preuve de plus de «transparence» sur les causes de ces retards.

Espacement des doses du vaccin

Dans ce contexte de limitation des doses de vaccin, mais aussi pour «pouvoir protéger plus de personnes à court terme», la Haute Autorité de santé préconise un espacement de «six semaines entre l’injection des deux doses de vaccins, au lieu de trois à quatre semaines actuellement». Face à la pénurie des doses, et à l’urgence sanitaire, l’OMS approuve cette décision.

«Après une seule dose, on n’a pas atteint un niveau de protection suffisant pour ne pas être infecté, et si on espace trop les doses, il se peut qu’on n’atteigne jamais un niveau suffisant d’anticorps pour être protégé», a affirmé l’infectiologue Karine Lacombe au Grand Jury LCI/RTL/Le Figaro.

En effet, selon un bilan publié par le British Medical Journal (BMJ), la campagne de vaccination en Israël laisse penser que la protection apportée par la première dose est inférieure à ce qu’avaient montré les essais cliniques (36 % de différence entre la théorie et la pratique).

 

Les différents vaccins et leurs caractéristiques 

AstraZeneca/Oxford

  • Facile à stocker et transporter
  • Peu coûteux
  • Méthode du vecteur viral
  • 70% d’efficacité prouvée
  • Ne semble pas efficace pour les nouveaux variants.
  • Peu d’effets secondaires.
  • Distribution : Royaume-Uni, Inde, Canada, Etats-Unis, Union-Européenne, Corée du Sud, Japon, Chili, Suisse, Pérou, Israël, Hong Kong, Australie, Nouvelle Zélande, Egypte, Thaïlande, Indonésie, Bangladesh, Equateur

Pfizer BioNTech

  • Transport et stockage contraignant : doit être gardé entre -80°C et -70°C-
  • Couteux
  • Technique de l’ARN messager
  • Efficace à plus de 95% avec deux doses
  • Semble plus ou moins efficace pour les nouveaux variants
  • Effets secondaires légers à modérés, déconseillé pour les personnes allergiques
  • Distribution : Canada, Etats-Unis, Union-Européenne, Corée du Sud, Royaume-Unis, Japon, Chili, Suisse, Pérou, Israël, Hong Kong, Australie, Nouvelle Zélande.
Vaccin Pfizer. (AFP)
Vaccin Pfizer. (AFP)

 

Méthode de l’ARN messager (ARNm) :

Dans cette méthode, il ne s'agit pas d’injecter une partie du virus (procédé classique du vaccin), mais d'insérer un fragment du matériel génétique du virus (ARN messager) qui reproduira les protéines virales dans l’organisme. Ce qui permet au corps de se défendre avec la production d'anticorps capables de répondre à cette nouvelle présence de protéines virales. Dans le cas où ils se retrouvent en contact une nouvelle fois avec ces protéines, l'organisme saura se défendre seul.

Moderna

  • Peut se conserver pendant six mois à -20°C, et pendant 30 jours entre 2°C et 8°C
  • Très coûteux
  • Technique de l’ARN messager
  • 94,1% d’efficacité prouvée
  • Semble plus ou moins efficace pour les nouveaux variants. Nouvelle configuration à l’étude
  • Effets secondaires légers à modérés, déconseillé pour les personnes allergiques
  • Distribution : Suisse, Canada, Israël, Etats-Unis, Union Européenne, Japon, Royaume Uni, Corée du Sud.
Vaccin Moderna. (AFP)
Vaccin Moderna. (AFP)

Spoutnik V

  • Facile à stocker et transporter
  • Peu coûteux
  • Méthode du vecteur viral
  • Efficace à 92 %
  • Efficacité inconnue pour les nouveaux variants
  • Pas d'essais cliniques valides pour la phase 3
  • L'âge des individus vaccinées est plafonné à 60 ans
  • Effets secondaires légers à modérés
  • Distribution : Russie, Brésil, Kazakhtan, Ouzbékistan, Egypte, Venezuela, Argentine.

 

Vaccin Spuntik V. (AFP)
Vaccin Spuntik V. (AFP)

 

Méthode du vecteur viral

Cette méthode prend comme support un autre virus (un adénovirus de chimpanzé) transformé et adapté contre la Covid-19. Ce procédé est notamment utilisé pour le vaccin contre Ebola

Sinopharm

  • Peu coûteux
  • Méthode des virus inactivés
  • Efficace à 68-79%
  • Considéré efficace pour les nouveaux variants par les autorités sanitaires chinoises
  • Effets secondaires légers à modérés
  • Distribution : Chine, Jordanie Emirats arabes unis, Argentine,  Pérou, Egypte...
Vaccin Sinopharm. (AFP)

 

Méthode des virus inactivés

Cette méthode dite « classique », fait appel à un virus "tué" afin de déclencher une réaction immunitaire chez le sujet.

CoronaVac

  • Facile à stocker et transporter
  • Peu coûteux
  • Méthode du vaccin vivant atténué
  • Efficace à 50,3%, mais empêche 100% des formes graves Efficacité inconnue pour les nouveaux variants.
  • Effets secondaires légers à modérés
  • Distribution Chine, Indonésie, Turquie, Chili, Brésil, Hong Kong.

 

Outre les raisons sanitaires, il est important de noter que la distribution des vaccins dépend également des problématiques géopolitiques et économiques.

En plus de la remise en question de l’efficacité des vaccins en circulation, les retards bouleversent les agendas gouvernementaux. Un nouveau calendrier de production doit donc être mis en place, et des mesures plus strictes – telles qu’un confinement et/ou la fermeture des frontières – sembleraient nécessaires afin de gagner du temps, de repenser la stratégie sanitaire et d’éviter un scenario à l’anglaise partout dans le monde.


Trump affirme que le cessez-le-feu avec l'Iran est "terminé"

Le président américain Donald Trump s'exprime lors d'une rencontre avec le secrétaire général de l'Otan, en marge du sommet de l'Alliance à Ankara, le 8 juillet 2026. (AFP)
Le président américain Donald Trump s'exprime lors d'une rencontre avec le secrétaire général de l'Otan, en marge du sommet de l'Alliance à Ankara, le 8 juillet 2026. (AFP)
  • Donald Trump affirme que le dossier iranien est « terminé » pour lui, tout en laissant la porte ouverte à une reprise des négociations par ses émissaires
  • Les tensions restent vives entre Washington et Téhéran, sur fond de frappes, de représailles militaires et d'accusations mutuelles de violation du cessez-le-feu

ANKARA: Le président américain Donald Trump a affirmé mercredi à Ankara que le cessez-le-feu avec l'Iran était "terminé", ouvrant toutefois la porte à une reprise éventuelle des discussions.

"En ce qui me concerne, c'est terminé", a-t-il lancé au deuxième jour d'un sommet de l'Otan.

"C'est juste une perte de temps de discuter avec eux, ce sont des menteurs", a-t-il ajouté.

Le locataire de la Maison Blanche a toutefois laissé entendre que les négociateurs pourraient poursuivre les discussions, après l'avoir consulté.

Jared Kushner et Steve Witkoff sont "de bons négociateurs, ils veulent négocier", a-t-il ainsi affirmé, mais "ils doivent revenir vers moi".

Le président américain n'a pas eu de mots assez durs contre les dirigeants iraniens qu'il a qualifiés d'"ordures" avec qui il refusait désormais de discuter.

"Je ne veux plus avoir affaire à eux, ce sont des ordures. (...) ce sont des malades", a-t-il encore affirmé .

"Ils sont vicieux, ce sont des gens violents, et s'ils avaient l'arme nucléaire, ils l'utiliseraient", a-t-il ajouté, aux côtés du secrétaire général de l'Otan Mark Rutte, affirmant avoir pourtant obtenu un accord avec l'Iran.

"Tout le monde est d'accord : pas d'arme nucléaire. On passe un marché. Ils sortent, plaisantent devant la presse, ils disent qu'on n'en a même jamais parlé. Il y a quelque chose qui ne tourne pas rond chez eux, ils sont fous", a-t-il encore déclaré.

Les Etats-Unis ont frappé plus de 80 cibles en Iran en riposte à des tirs iraniens sur des navires commerciaux dans le détroit d'Ormuz, déclenchant mercredi des représailles de Téhéran qui a dit avoir attaqué des bases américaines au Koweït et à Bahreïn.

Washington a également rétabli ses sanctions économiques sur le pétrole iranien après les attaques de navires. Les deux camps s'accusent de violer leur protocole d'accord, signé le 17 juin pour mettre fin à la guerre déclenchée le 28 février par l'offensive américano-israélienne contre la République islamique.


Les Etats-Unis réinstaurent leurs sanctions sur le pétrole iranien, dénoncent les actes de Téhéran dans le détroit d'Ormuz

Les Etats-Unis ont réinstauré mardi leurs sanctions économiques sur le pétrole iranien en raison des actes "totalement inacceptables" de Téhéran à Ormuz, selon Washington, après plusieurs attaques de navires dans le détroit. (AFP)
Les Etats-Unis ont réinstauré mardi leurs sanctions économiques sur le pétrole iranien en raison des actes "totalement inacceptables" de Téhéran à Ormuz, selon Washington, après plusieurs attaques de navires dans le détroit. (AFP)
  • Le ministère américain des Finances, qui gère les sanctions, venait de publier un document interdisant les "nouvelles transactions" d'hydrocarbures iraniens à compter du jour même
  • Il s'agit d'un brusque revirement: fin juin, Washington avait suspendu jusqu'au 21 août son embargo sur le pétrole iranien dans le cadre du protocole d'accord avec Téhéran visant à mettre fin aux hostilités au Moyen-Orient

WASHINGTON: Les Etats-Unis ont réinstauré mardi leurs sanctions économiques sur le pétrole iranien en raison des actes "totalement inacceptables" de Téhéran à Ormuz, selon Washington, après plusieurs attaques de navires dans le détroit.

"Les agissements de l'Iran dans le détroit sont totalement inacceptables aux yeux des Etats-Unis et ne resteront pas impunis", a commenté un responsable gouvernemental américain auprès de l'AFP, sous le couvert de l'anonymat.

Le ministère américain des Finances, qui gère les sanctions, venait de publier un document interdisant les "nouvelles transactions" d'hydrocarbures iraniens à compter du jour même.

Il s'agit d'un brusque revirement: fin juin, Washington avait suspendu jusqu'au 21 août son embargo sur le pétrole iranien dans le cadre du protocole d'accord avec Téhéran visant à mettre fin aux hostilités au Moyen-Orient.

La guerre a été déclenchée fin février par des bombardements israélo-américains sur l'Iran. La République islamique avait riposté en frappant Israël et des intérêts américains dans les pays du Golfe, mais aussi en bloquant la navigation dans le très stratégique détroit d'Ormuz, ce qui a fait flamber les prix du pétrole, depuis retombés.

Le protocole d'accord prévoyait la reprise du trafic maritime dans le détroit, où plusieurs navires ont récemment subi des attaques.

Le Qatar et l'Arabie saoudite ont imputé à Téhéran la responsabilité de deux d'entre elles.

Le document publié mardi par les autorités américaines permet aux transactions conclues après le 21 juin d'être finalisées. La date limite est le 17 juillet.


Le sommet de l'Otan vante des contrats d'armement, tente d'apaiser Trump

Mark Rutte (à gauche), secrétaire général de l'OTAN, rencontre le président turc Recep Tayyip Erdogan avant le 36ᵉ sommet des chefs d'État et de gouvernement de l'OTAN à Ankara, le 6 juillet 2026. (AFP)
Mark Rutte (à gauche), secrétaire général de l'OTAN, rencontre le président turc Recep Tayyip Erdogan avant le 36ᵉ sommet des chefs d'État et de gouvernement de l'OTAN à Ankara, le 6 juillet 2026. (AFP)
  • L'Otan a annoncé plus de 50 milliards de dollars de contrats d'armement pour renforcer les capacités de défense des alliés et répondre aux attentes des États-Unis
  • Les alliés européens réaffirment leur soutien à l'Ukraine avec une nouvelle aide militaire, tout en cherchant à convaincre Donald Trump de leur engagement en matière de défense

ANKARA: Le chef de l'Otan a annoncé mardi plusieurs contrats d'armement, dans l'espoir de convaincre Donald Trump du sérieux des Européens à renforcer leurs capacités de défense, au premier jour d'un sommet de l'Alliance à Ankara.

Attendu mardi après-midi dans la capitale turque, le président américain ne décolère pas contre ses alliés européens qu'il accuse de l'avoir laissé tomber dans la guerre que les Etats-Unis ont déclenchée avec Israël contre l'Iran.

Des pays membres de l'Otan et "des entreprises des deux côtés de l'Atlantique vont (...) signer des contrats qui se chiffrent en milliards, littéralement des milliards de dollars", a lancé le secrétaire général de l'Otan Mark Rutte.

Selon un diplomate de l'Alliance, la valeur totale de ces contrats dépasse les 50 milliards de dollars.

Un gros contrat a ainsi été confirmé avec la firme suédoise Saab pour remplacer la flotte des avions de reconnaissance Awacs, fabriqués par l'avionneur américain Boeing, dont dispose actuellement l'Otan.

Il s'agit d'une commande de dix appareils Global Eye, dont le montant n'a pas été révélé. Le remplacement de la flotte d'Awacs avait été annoncé par l'Otan en novembre 2023, et Saab était pressenti pour remporter ce contrat, après le retrait de Boeing.

Le groupe Airbus a de son côté décroché un contrat pour fournir un dixième A330 MRTT (Multi Role Tanker Transport), un avion militaire de transport et de ravitaillement, à la flotte de l'Otan.

Le patron de l'Alliance a fait cette annonce devant un parterre d'industriels et de responsables de l'Otan. Réunis dans la capitale turque à l'occasion d'un Forum sur l'industrie de défense, ils entendent ainsi démontrer l'engagement des alliés européens à développer leurs capacités de défense, comme le réclament les Etats-Unis de Donald Trump.

- Au moins 5% -

La gestion de Donald Trump "consume beaucoup d'énergie" au sein de l'Otan, reconnaît un diplomate à Bruxelles.

Les Européens ont lancé une grande opération séduction, un exercice dans lequel Mark Rutte est passé maître, depuis qu'il a été appelé en 2024 à la tête de cette organisation.

L'an dernier, le président américain avait obtenu des Européens et du Canada qu'ils s'engagent à consacrer au moins 5% de leur produit intérieur brut (PIB) à leur sécurité.

Beaucoup sont encore loin d'atteindre un tel pourcentage mais Mark Rutte ne désespère pas de convaincre Donald Trump que le mouvement est lancé.

En 2025, "les Alliés européens et le Canada ont dépensé près de 20% de plus pour leur défense que l'année précédente. Si l'on considère 2025 et 2026 réunies, cela représente 258 milliards de dollars d'investissements supplémentaires", a-t-il souligné.

Maintenant, "il faut mettre cet argent au service de notre défense", a-t-il ajouté. "Cela signifie faire de l'innovation une priorité absolue, surmonter la fragmentation des industries nationales de défense et réduire les lourdeurs administratives".

Et l'exemple vient d'Ukraine, dont le président Volodymyr Zelensky est attendu mardi à Ankara, où il doit rencontrer, entre autres, Mark Rutte et l'hôte de ce sommet, le président turc Recep Tayyip Erdogan. Le président Zelensky qui s'est entretenu au téléphone ce week-end avec Donald Trump, doit le rencontrer dans la capitale turque.

L'industrie ukrainienne de défense a gagné une expertise et un savoir-faire, notamment en matière de drones, dont les Européens veulent s'inspirer.

A Ankara, les alliés européens de l'Ukraine entendent aussi lui réaffirmer leur soutien.

Avec le Canada, mais sans les Etats-Unis, ils vont s'engager à apporter une aide militaire à Kiev de 40 milliards d'euros en 2026 et au moins autant en 2027, selon des diplomates. Cette somme viendra s'ajouter aux 30 milliards d'euros d'aide militaire que l'Union européenne a promis de son côté, en 2026 comme en 2027, sous forme de prêts.

Les Européens espèrent également confirmer la dynamique favorable à l'Ukraine obtenue au sommet du G7 à Evian, en France, à la mi-juin.

Ils comptent aussi sur M. Erdogan pour contenir un éventuel accès de colère de la part du locataire de la Maison Blanche. L'excellente relation entre les deux hommes est la meilleure chance de succès de ce sommet, selon un diplomate à l'Otan.