Les nouvelles règles de résidence au Liban vont-elles dépouiller les enfants syriens de leur avenir?

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Publié le Lundi 16 septembre 2024

Les nouvelles règles de résidence au Liban vont-elles dépouiller les enfants syriens de leur avenir?

  •  Les exigences strictes en matière de résidence au Liban ont empêché de nombreux enfants syriens d'aller à l'école, les privant ainsi de leur droit à l'éducation
  • En vertu du droit international, tous les enfants ont droit à une éducation, sans discrimination, quel que soit leur statut d'immigrant ou de réfugié

DUBAÏ: Les autorités libanaises imposent de nouvelles restrictions qui pourraient priver des milliers d'enfants déplacés de l'accès à l'éducation. Ces mesures interviennent dans un contexte d'hostilité croissante à l'égard des Syriens déplacés par la guerre qui résident actuellement au Liban.

Ces mesures interviennent alors que les hostilités à la frontière israélo-libanaise ne montrent aucun signe d'apaisement, accentuant les divisions sectaires et aggravant les crises économiques et politiques qui maintiennent le pays en suspens.

Cet été, au moins deux municipalités libanaises ont annoncé que les enfants syriens souhaitant s'inscrire dans les écoles de leur district devaient être en possession d'un permis de séjour valide avant de s'inscrire pour la nouvelle année scolaire.

La municipalité d'Al-Qaa, dans le gouvernorat de Baalbek-Hermel, a publié un communiqué déclarant que les élèves syriens n'étaient pas autorisés à s'inscrire à moins que leurs familles et eux-mêmes n'aient un permis de résidence légal délivré par la Sûreté générale libanaise.

Dans un entretien récent accordé à l'agence de presse Alhurra, Nabil Kahala, le maire de Sin el-Fil, une banlieue à l'est de Beyrouth, a déclaré que les mesures interdisent aux Syriens de s'inscrire dans les écoles s'ils n'ont pas de permis de séjour légal.

«Il ne suffit pas qu'un Syrien déplacé ait un document prouvant son enregistrement auprès de l'ONU», a déclaré M. Kahala. «Nous exigeons un permis de séjour délivré par la Sûreté générale libanaise pour pouvoir louer un logement, travailler et inscrire ses enfants à l'école.»

Toute école qui enfreindrait cette décision «sera signalée aux autorités compétentes», a-t-il ajouté, soulignant que «cette mesure n'est pas raciste, mais qu'il s'agit plutôt d'une application des lois libanaises».

En raison de la bureaucratie et des critères stricts pour le renouvellement des permis de résidence libanais, seuls 20% environ des Syriens déplacés ont un statut de résident valide au Liban.

Comme quelque 80% d'entre eux ne sont pas en mesure d'obtenir ces documents, les mesures ont effectivement empêché les enfants syriens de ces régions d'aller à l'école, les privant ainsi de leur droit à l'éducation.

En vertu du droit international, tous les enfants ont droit à une éducation, sans discrimination, quel que soit leur statut d'immigrant ou de réfugié.

En décembre 2023, des donateurs étrangers, dont l'Union européenne, ont accordé au gouvernement libanais 40 millions d'euros pour soutenir le secteur de l'éducation et s'assurer que les enfants vulnérables continuent d'avoir accès aux écoles. Il semble que les conditions de cette aide ne soient pas remplies.

«Le gouvernement libanais devrait veiller à ce que tous les enfants, indépendamment de leur nationalité ou de leur statut, puissent s'inscrire à l'école et que le droit à l'éducation ne leur soit pas refusé», a déclaré récemment Michelle Randhawa, du département des droits des réfugiés et des migrants chez Human Rights Watch.

Dans un entretien accordé à L'Orient-Le Jour le 13 août, le ministre libanais de l'Éducation, Abbas Halabi, a déclaré que son ministère restait attaché au principe fondamental de la Convention relative aux droits de l'enfant et que tous les enfants, indépendamment de leur nationalité ou de leur statut, seraient inscrits à l'école.

Le gouvernement libanais a déjà imposé des lois rendant difficile l'obtention d'un statut légal pour les Syriens. L'agence des Nations unies pour les réfugiés, le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, a également cessé d'enregistrer officiellement les Syriens en 2015 après s'être conformée à un ordre du gouvernement libanais.

Les nouvelles lois imposent aux citoyens libanais de ne pas employer, héberger ou fournir un logement aux Syriens résidant illégalement dans le pays. Les personnes qui enfreignent ces règles risquent d'être arrêtées.

Les Syriens déplacés ne sont pas les seuls à avoir du mal à accéder aux services de base au Liban. En proie à une myriade de crises et sans gouvernement opérationnel, de nombreux citoyens libanais ne sont pas en mesure d'obtenir une éducation décente.

Depuis 2019, les Libanais souffrent d'un effondrement financier décrit par la Banque mondiale comme l'un des pires de la planète depuis les années 1850. Comme si cela ne suffisait pas, des escarmouches transfrontalières entre Israël et des groupes militants basés au Liban ont tué au moins 88 personnes au Liban, principalement des combattants du Hezbollah, mais aussi 10 civils, depuis l'éclatement de la guerre à Gaza en octobre de l'année dernière.

Avec plus de 80% de la population vivant sous le seuil de pauvreté, l'empathie initiale envers les milliers de migrants et de réfugiés qui ont fui la violence, la persécution et la pauvreté en Syrie s'est estompée.

L'expulsion forcée de Syriens est devenue monnaie courante, au mépris des organisations humanitaires qui affirment que les autorités libanaises ont le devoir de ne pas mettre en danger la sécurité des réfugiés – un principe connu sous le nom de non-refoulement.

Outre la nouvelle série de règlements édictés par les autorités libanaises, la rhétorique de plus en plus hostile de certains hommes politiques a également renforcé le sentiment antisyrien, entraînant des flambées de violence intercommunautaire.

quelques chiffres

 

  • 470 000 réfugiés syriens d'âge scolaire au Liban enregistrés par l'ONU.
  • 20% de Syriens vivant au Liban avec un statut de résident valide.

En juillet, Samir Geagea, chef du parti politique des Forces libanaises, a demandé au ministère de l'Éducation de faire en sorte que les écoles demandent aux élèves de fournir les papiers d'identité appropriés pour leur inscription lors de la nouvelle année scolaire.

M. Geagea a déclaré que tous les étudiants étrangers, en particulier les Syriens, devraient être en possession d'un permis de séjour valide pour pouvoir s'inscrire.

Qualifiant les enfants syriens de «menace existentielle», le Courant patriotique libre a également publié une déclaration: «Nous demandons au ministère de l'Éducation et aux propriétaires d'écoles et d'instituts privés d'arrêter immédiatement l'inscription de tout élève syrien se trouvant illégalement dans le pays.»

Faisal, un Syrien vivant au Liban sans permis de séjour, a essayé de trouver un moyen d'inscrire son fils de 8 ans à l'école. En 2014, lorsqu'il est arrivé pour la première fois au Liban, il a déclaré que les services étaient facilement disponibles et que l'atmosphère était plus accueillante.

«C'était un peu plus facile à l'époque», a déclaré à Arab News Faisal, qui n'a pas donné son nom complet pour éviter les répercussions juridiques. «Il n'y avait pas l'hostilité que l'on rencontre aujourd'hui. C'est une lutte et je suis constamment stressé à l'idée d'être arrêté, puis expulsé.»

Faisal dit qu'il parvient à gagner sa vie en multipliant les emplois auprès d'employeurs libanais qui sont prêts à défier la loi et à payer des travailleurs syriens bon marché «au noir».

Il ajoute : «Je ne veux pas que mon fils grandisse sans éducation et finisse par vivre comme moi. Je veux qu'il parle des langues, je veux qu'il sache lire et écrire correctement, je veux qu'il ait une chance de mener une vie décente.»

Il y a environ 1,5 million de Syriens au Liban, selon les chiffres du gouvernement libanais. Le HCR n'en a enregistré que 800 000.

Chaque année, les organisations humanitaires locales et internationales tentent de faire pression sur le ministère de l'Éducation pour qu'il adopte des lois permettant à un plus grand nombre d'enfants syriens sans papiers de recevoir une éducation.

La loi libanaise n'est cependant pas le seul obstacle.

Selon l'évaluation de la vulnérabilité des réfugiés syriens au Liban réalisée en 2023 par le HCR, le Fonds des Nations unies pour l'enfance et le Programme alimentaire mondial, les principaux obstacles à l'éducation des enfants syriens au Liban sont le coût du transport, les frais de scolarité et les conditions d'entrée, ainsi que l'impact de la pauvreté sur la fréquentation de l'école.

En effet, de nombreux enfants syriens sont contraints d'abandonner l'école afin de travailler pour subvenir aux besoins de leur famille, tandis que les filles sont souvent mariées à un jeune âge afin que les ménages aient moins de bouches à nourrir.

Ceux qui ont la chance de trouver une place à l'école et qui ont les moyens d'y aller peuvent être confrontés à la discrimination, aux moqueries et aux brimades de leurs camarades de classe.

«Mon fils était un enfant joyeux et pétillant, mais j'ai remarqué qu'il commençait à se renfermer après avoir fréquenté l'école privée dans laquelle j'avais réussi à l'inscrire», raconte Faisal. Son fils était victime de brimades de la part de ses camarades de classe, qui le traitaient de «pauvre Syrien».

Le mot «Syrien» est devenu une insulte.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Le Liban lance les travaux de réhabilitation de son second aéroport

Des membres du personnel au sol marchent près d’un avion à l’aéroport René Mouawad, dans la ville de Qlaïat, dans le gouvernorat d’Akkar, à l’extrême nord du Liban, le 6 juin 2026. (AFP)
Des membres du personnel au sol marchent près d’un avion à l’aéroport René Mouawad, dans la ville de Qlaïat, dans le gouvernorat d’Akkar, à l’extrême nord du Liban, le 6 juin 2026. (AFP)
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  • Le Liban a lancé les travaux de réhabilitation de son deuxième aéroport international à Qlaïat, dans le gouvernorat d’Akkar
  • Le projet prévoit une mise en service autour de novembre 2026, avec des vols vers Istanbul et Dubaï, puis vers d’autres destinations régionales, tout en visant la création d’emplois dans le nord du Liban

BEYROUTH: Le Liban a lancé samedi les travaux de réhabilitation de son second aéroport international, situé dans le nord du pays, près de la frontière syrienne, après des années de report.

Le pays ne dispose actuellement que d'un seul aéroport, celui de Beyrouth. Le nouvel aéroport, situé à Qlaïat, dans le gouvernorat d'Akkar, à l'extrême nord du Liban et à proximité de la frontière syrienne, se trouve également près de Tripoli, grande ville à majorité sunnite du nord du pays. 

La mise en service de l'aéroport vise à créer des emplois dans le gouvernorat d'Akkar, l'un des plus pauvres du Liban.

Jusqu'ici, l'aéroport était utilisé à des fins militaires par l'armée libanaise.

Le Premier ministre libanais Nawaf Salam et le ministre des Transports, Fayez Rasamny, ont assisté samedi à l’ouverture de l’aéroport à des fins commerciales. 

"Aujourd'hui on passe de la promesse à la réalisation", a affirmé le ministre libanais, précisant que l'aéroport devrait commencer à être opérationnel "dans quelques semaines" pour desservir Mersin et Istanbul en Turquie mais aussi Dubaï.

Il a également évoqué, à terme, une extension du réseau vers l'Arabie saoudite, Le Caire et Athènes ainsi que des discussions en cours avec les compagnies à bas coût EasyJet, Ryanair et Pegasus, afin qu'elles le desservent.

Les travaux d'aménagement devraient durer au moins trois mois et l'aéroport pourrait être officiellement mis en service en novembre 2026, selon des médias locaux.

La société libanaise Sky Lounge, chargée du projet, a publié samedi une vidéo montrant un vol d'essai entre les aéroports de Beyrouth et de Qlaïat.

Son président-directeur général, Ziad Mnoula, a indiqué que le terminal passagers pourrait être achevé dans les "90 jours" suivant l'obtention des autorisations nécessaires. Selon lui, l'aéroport sera capable d'accueillir 114.000 passagers la première année. 

L’aéroport René Moawad, construit par l’armée française dans les années 1930 et utilisé à des fins civiles dans les années 1960, a été bombardé lors de la guerre de 2006 entre Israël et le Hezbollah.

L’aéroport international Rafic Hariri de Beyrouth a continué d’assurer ses opérations sans interruption, malgré les conflits successifs entre Israël et le Hezbollah, notamment en 2023, 2024 et depuis le 2 mars, confirmant son rôle central dans la continuité des liaisons aériennes du pays.


L’Arabie saoudite mène la condamnation arabe des attaques de l’Iran contre Bahreïn et le Koweït

Le ministère a déclaré que l’Arabie saoudite soutient Bahreïn et le Koweït dans les mesures qu’ils prennent pour protéger leur sécurité. (KSAMOFA)
Le ministère a déclaré que l’Arabie saoudite soutient Bahreïn et le Koweït dans les mesures qu’ils prennent pour protéger leur sécurité. (KSAMOFA)
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  • Les deux pays du Golfe ont intercepté sept missiles tirés par l’Iran samedi

RIYAD : Le ministère des Affaires étrangères de l’Saudi Arabia a condamné samedi les attaques de l’Iran contre l’Bahrain et le Kuwait.

Les deux pays du Golfe ont intercepté sept missiles tirés par l’Iran samedi.

Dans une déclaration publiée sur X, le ministère saoudien des Affaires étrangères a affirmé que les agressions iraniennes représentent une menace pour la sécurité régionale et internationale.

« Les attaques continues de l’Iran compromettent les efforts internationaux visant à rétablir la sécurité », indique le communiqué.

Le ministère a également déclaré que l’Arabie saoudite soutient Bahreïn et le Koweït dans les mesures qu’ils prennent pour garantir leur sécurité.

« Les attaques continues de l’Iran signifient une nouvelle escalade », a ajouté le ministère.

L’échange de frappes intervient alors que l’administration Trump accentue la pression sur l’Iran afin de parvenir à un accord pour mettre fin au conflit.

La Jordan a également condamné samedi ces attaques, les qualifiant de violation de la souveraineté des deux pays et de menace pour la sécurité et la stabilité régionales.

Le ministère des Affaires étrangères a réaffirmé la pleine solidarité de la Jordanie avec Bahreïn et le Koweït, ainsi que son soutien aux mesures prises pour protéger leur sécurité et leur intégrité territoriale. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


L'armée libanaise annonce la mort de plusieurs militaires dans une frappe israélienne

Des habitants inspectent les dégâts sur le site d’une frappe israélienne survenue la veille dans la ville côtière de Tyr, dans le sud du Liban, le 5 juin 2026. Des frappes israéliennes menées durant la nuit sur la ville de Tyr ont fait sept morts, a indiqué à l’AFP une source de la défense civile libanaise, malgré le cessez-le-feu en vigueur dans la guerre entre Israël et Hezbollah. (Photo : Kawnat HAJU / AFP)
Des habitants inspectent les dégâts sur le site d’une frappe israélienne survenue la veille dans la ville côtière de Tyr, dans le sud du Liban, le 5 juin 2026. Des frappes israéliennes menées durant la nuit sur la ville de Tyr ont fait sept morts, a indiqué à l’AFP une source de la défense civile libanaise, malgré le cessez-le-feu en vigueur dans la guerre entre Israël et Hezbollah. (Photo : Kawnat HAJU / AFP)
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  • L’armée libanaise annonce la mort de plusieurs soldats, dont un officier, dans une frappe israélienne visant un véhicule militaire dans le sud du Liban malgré le cessez-le-feu annoncé cette semaine
  • Les combats se poursuivent entre Israël et le Hezbollah, tandis que l’armée israélienne a appelé à l’évacuation de plusieurs villages du sud et de l’est du Liban avant de nouvelles frappes

BEYROUTH: L'armée libanaise a annoncé samedi la mort de plusieurs de ses membres dans une frappe israélienne dans le sud du pays, malgré le cessez-le-feu théoriquement en vigueur.

"Plusieurs militaires, dont un officier", ont été tués "dans une attaque israélienne brutale" ayant ciblé un véhicule militaire sur la route entre Khardali et Nabatiyé, a indiqué l'armée dans un communiqué.

Sollicitée par l'AFP, l'armée israélienne a indiqué vérifier ces informations.

Mercredi, à l'issue d'une quatrième session de négociations entre le Liban et Israël à Washington, un nouvel accord de cessez-le-feu avait été annoncé, la trêve en vigueur à partir du 17 avril n'ayant jamais été respectée.

L'accord prévoit un cessez-le-feu conditionné à un "arrêt complet" des tirs du Hezbollah et un maintien à ce stade des tirs et opérations de l'armée israélienne dans le sud du Liban.

Mais le Hezbollah a rejeté cet accord, comme le précédent.

Sur le terrain, les affrontements se poursuivent.

L'armée israélienne a de nouveau appelé samedi à l'évacuation de cinq villages dans le sud et l'est du Liban en prévision de frappes contre le Hezbollah.

"Vous devez évacuer immédiatement vos domiciles et vous déplacer au nord du fleuve Zahrani", a affirmé Avichay Adraee, un porte-parole militaire arabophone, sur son compte Telegram.

Le Hezbollah a relancé les hostilités avec Israël début mars, en visant le sol israélien pour venger la mort du guide suprême iranien Ali Khamenei dans l'offensive israélo-américaine sur Téhéran.

Les frappes israéliennes sur le Liban ont fait plus de 3.560 morts depuis le début de la guerre, selon le dernier bilan des autorités. Côté israélien, 27 soldats et un contractuel civil ont été tués au Liban, d'après l'armée.