Un calligraphe saoudien réécrit la tradition à l'aide de traits audacieux

Pour l'artiste saoudien Ahmed Al Sulaimani, le mélange unique de calligraphie arabe et de techniques inspirées du graffiti est plus qu'une simple démarche artistique. (Photo AN par Huda Bashatah)
Pour l'artiste saoudien Ahmed Al Sulaimani, le mélange unique de calligraphie arabe et de techniques inspirées du graffiti est plus qu'une simple démarche artistique. (Photo AN par Huda Bashatah)
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Publié le Lundi 12 août 2024

Un calligraphe saoudien réécrit la tradition à l'aide de traits audacieux

  • Les œuvres d'Ahmed Al-Sulaimani mettent en évidence le riche patrimoine culturel de l'Arabie saoudite.
  • "Le calligraffiti est une fusion de la calligraphie arabe et de l'art du graffiti", a déclaré Al-Sulaimani à Arab News.

RIYAD: L'artiste saoudien Ahmed Al-Sulaimani redéfinit les limites des formes d'art traditionnelles en mélangeant la calligraphie arabe et les techniques inspirées des graffitis.

Le voyage de l'artiste basé à Riyad dans le domaine du calligraffiti a commencé lors d'un cours de calligraphie arabe à l'école, où il s'est découvert une passion pour cet art complexe.

Inspiré par le potentiel expressif des mots écrits, Al-Sulaimani a commencé à expérimenter, mêlant cette forme d'art ancienne à des graffitis audacieux et dynamiques.

L'artiste basé à Riyad a conçu des panneaux de signalisation en arabe pour la Coupe du monde de la FIFA 2022 au Qatar. (Instagram/asofficial___ )

"Le calligraffiti est une fusion de la calligraphie arabe et de l'art du graffiti", a déclaré Al-Sulaimani à Arab News. "Alors que le graffiti utilise généralement la langue et les lettres anglaises, le calligraffiti combine la calligraphie arabe avec les techniques du graffiti. Je forme des lettres arabes en utilisant des styles et des méthodes inspirés du graffiti".

Basé à Riyad, l'artiste a conçu des panneaux de signalisation en arabe pour la Coupe du monde de la FIFA 2022 au Qatar. (Instagram/asofficial___ )
Basé à Riyad, l'artiste a conçu des panneaux de signalisation en arabe pour la Coupe du monde de la FIFA 2022 au Qatar. (Instagram/asofficial___ )

Cette approche a non seulement attiré l'attention des amateurs d'art, mais elle a également ouvert la voie à des opportunités remarquables, notamment une collaboration murale avec la municipalité de Djeddah qui a marqué sa première incursion dans l'art public à grande échelle.

"Ce projet m'a permis de montrer mes compétences en matière d'intégration de la calligraphie arabe dans des peintures murales à grande échelle", explique-t-il. "Il a attiré l'attention de nombreuses personnes et m'a incité à continuer à explorer l'utilisation de la calligraphie arabe dans l'art public”.

Les projets d'Ahmed Al-Sulaimani comprennent une collaboration murale avec la municipalité de Djeddah qui a marqué sa première incursion dans l'art public à grande échelle.

À la suite de ce projet, le ministère a choisi Al-Sulaimani pour concevoir et réaliser des peintures murales à grande échelle dans dix villes du Royaume, notamment sur des ponts, des tours et des espaces publics.

L'apogée de ses réalisations a toutefois été atteinte lorsqu'il a eu l'occasion de concevoir des panneaux de signalisation en arabe pour la Coupe du monde de la FIFA 2022 au Qatar. Chargé de créer des structures imposantes comportant des phrases du Coran, le travail d'Al-Sulaimani a permis de mettre en valeur la beauté de la langue arabe à l'échelle mondiale.

Les œuvres d'Ahmed Al-Sulaimani sont imprégnées de versets coraniques puissants et de thèmes islamiques (Photo AN par Huda Bashatah)
Les œuvres d'Ahmed Al-Sulaimani sont imprégnées de versets coraniques puissants
et de thèmes islamiques (Photo AN par Huda Bashatah)

"Les tours, dont certaines atteignaient 40 mètres de haut, comportaient des phrases du Coran qui soulignaient la diversité de l'expérience humaine", a-t-il ajouté.

Les œuvres d'Ahmed Al-Sulaimani sont imprégnées de versets coraniques puissants et de thèmes islamiques, servant de passerelle captivante aux spectateurs pour explorer la signification profonde des formes calligraphiques complexes. (Photo AN de Huda Bashatah)

Au-delà de son travail mural, Al-Sulaimani a également partagé son expertise avec des publics internationaux. Il a animé des ateliers de calligraphie arabe à l'intention d'étudiants de Harvard en visite en Arabie saoudite, présentant cette forme d'art à ceux qui ne connaissent pas la langue arabe.

Je souhaite mettre en avant cette forme d'art unique et présenter la richesse et la polyvalence de la langue arabe", a-t-il déclaré.

Il travaille également au lancement de sa propre police de caractères arabes qui "combinera des éléments de différents styles calligraphiques" et reflétera "une identité saoudienne distincte".

“Mon objectif est de mettre en avant cette forme d'art unique et de montrer la richesse et la polyvalence de la langue arabe.”

Ahmed Al-Sulaimani, artiste saoudien

L'artiste a déclaré: "Ce projet reflète mon désir de créer une police de caractères représentative de la culture saoudienne. La police sera disponible d'ici la fin de l'année et sera également utilisée en numérique".

Al-Sulaimani a fait remarquer que ses œuvres sont plus qu'une simple tentative artistique; elles sont un moyen de partager la beauté et la profondeur de la culture islamique avec le monde. Ses calligraffitis sont imprégnés de versets du Coran et de thèmes islamiques qui encouragent les spectateurs à explorer le sens des mots.

Pour l'artiste saoudien Ahmed Al Sulaimani, le mélange unique de calligraphie arabe et de techniques inspirées du graffiti est plus qu'une simple démarche artistique.
Pour l'artiste saoudien Ahmed Al Sulaimani, le mélange unique de calligraphie arabe et de techniques inspirées du graffiti est plus qu'une simple démarche artistique. (Photo AN par Huda Bashatah)

Malgré les difficultés qu'il a rencontrées, notamment la réticence des artistes établis à encadrer les débutants et les idées fausses sur la légitimité de son approche, Al-Sulaimani ne s'est pas laissé décourager. Il a trouvé des moyens créatifs de surmonter ces obstacles, notamment en inventant ses propres outils et techniques.

Grâce à son dévouement inébranlable et à son esprit d'innovation, l'artiste saoudien met en évidence le riche patrimoine culturel du Royaume et laisse une trace significative dans le monde de l'art contemporain.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com

 

 

 

 

 

 


Finlande, Grèce, Danemark, France et Australie: les cinq favoris de l'Eurovision

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  • Le duo entre la violoniste Linda Lampenius, 56 ans, et le chanteur pop Pete Parkkonen, 36 ans, fait mouche auprès du public avec un titre, "Liekinheitin", "Lance-flammes", interprété en finnois sur une mise en scène passionnée
  • Tandis que le brun ténébreux se lamente de son amour non partagé, la blonde musicienne en robe étincelante lui répond en faisant vibrer avec fougue les cordes de son instrument, derrière un rideau de feu infranchissable

VIENNE: Un duo venu de Finlande est favori cette année parmi 35 participants pour remporter l'Eurovision, le plus grand télé-crochet du monde dont la finale aura lieu samedi à Vienne, en Autriche.

Les parieurs placent le pays nordique loin devant ses concurrents, la Grèce, le Danemark, la France et l'Australie. Israël et la Roumanie ont par ailleurs opéré une remontée dans les pronostics.

Voici une présentation des cinq principaux favoris:

Finlande: violon brûlant

Le duo entre la violoniste Linda Lampenius, 56 ans, et le chanteur pop Pete Parkkonen, 36 ans, fait mouche auprès du public avec un titre, "Liekinheitin", "Lance-flammes", interprété en finnois sur une mise en scène passionnée.

Tandis que le brun ténébreux se lamente de son amour non partagé, la blonde musicienne en robe étincelante lui répond en faisant vibrer avec fougue les cordes de son instrument, derrière un rideau de feu infranchissable.

La proposition, dansante et "d’une très grande qualité musicale" selon Anna Muurinen, experte finlandaise de l'Eurovision, offre "trois minutes de pure dramaturgie" faisant espérer à la Finlande, qui n'a remporté le concours qu'une seule fois en 2006, de toucher une vaste audience sans sacrifier à l'anglais.

Grèce : techno méditerranéenne

La chanson "Ferto", soit "Ramène ça!", d'Akylas Mytilineos, évoque sur un son dynamique et mordant, enrichi d'une identité grecque, la soif de gloire et de fortune d'un fils voulant couvrir sa mère de tout ce qui leur a manqué dans son enfance.

Avec ses lunettes de soleil et son bonnet caractéristique, le chanteur de 27 ans se définit comme un artiste queer, mettant l'accent sur le besoin d'expression et d'acceptation à travers sa musique.

Il a commencé sa carrière sur des bateaux de croisière avant que son style ne tape dans l'oeil et dans l'oreille des internautes sur les réseaux sociaux et qu'il participe en 2022 à la version grecque de The Voice.

La Grèce a gagné une fois l'Eurovision en 2005.

Danemark : after électro

Søren Torpegaard Lund, un artiste de comédie musicale de 27 ans, propose avec "Før vi går hjem", "Avant de rentrer", un titre pop teinté d'électro, qui plonge les spectateurs dans la moiteur d'une fin de soirée en boîte de nuit.

Il chante en danois et "pour une fois, on envoie une bonne chanson", dit Lisanne Wilken, spécialiste du concours et maître de conférence à l'Université d'Aarhus (ouest), Copenhague bénéficiant aussi selon elle d'un coup de pouce géopolitique inattendu.

"La situation avec le Groenland et Trump a vraiment braqué les projecteurs sur le Danemark d'une façon inédite", alors que le royaume est très rarement favori du concours, qu'il a quand même remporté à trois reprises, la dernière fois en 2013.

France: pop opératique

C'est la plus jeune candidate à représenter la France à l'Eurovision: Monroe, chanteuse lyrique franco-américaine de 17 ans, interprètera "Regarde!". Ce titre sur l'amour, thème de prédilection de la France à l'Eurovision, mêle pop, airs d'opéra et référence aux comédies musicales.

Le grand public a découvert cette cantatrice aux longues tresses dans "Prodiges", télé-crochet diffusé sur la chaîne France 2 et dédié aux jeunes virtuoses classiques. Son premier album est sorti en novembre.

Née aux Etats-Unis, Monroe a été bercée par sa double culture et parmi ses inspirations figurent la diva Cecilia Bartoli, mais aussi Whitney Houston, Johnny Hallyday et Céline Dion.

"Ça me donne envie de travailler ma voix pour pouvoir présenter quelque chose de bien, porter les couleurs de la France et de notre belle culture", a déclaré l'artiste à l'AFP peu après sa sélection.

La France a gagné à cinq reprises, la dernière fois en 1977.

Australie : power ballade

La ballade "Eclipse", qui évoque un alignement amoureux des planètes, est interprétée par une valeur sûre, Delta Goodrem, 41 ans et plus de neuf millions d'albums vendus à son actif.

Elle mêle l'intimité du piano à d'impressionnants crescendos vocaux, que cette coach dans The Voice Australia, par ailleurs auteure-compositrice, musicienne et actrice, maîtrise à la perfection.

La notoriété sur la scène mondiale de l'artiste née à Sydney et ayant signé son premier contrat dès l'âge de 15 ans fait espérer à l'Australie, où le concours est très suivi, sa toute première victoire.

 


Cannes: Virginie Efira a dit "oui avant d'avoir lu le scénario" pour "Histoires parallèles" d'Asghar Farhadi

L’actrice belge Virginie Efira arrive pour la projection du film Histoires parallèles lors de la 79e édition du Festival de Cannes à Cannes, dans le sud de la France, le 14 mai 2026. (AFP)
L’actrice belge Virginie Efira arrive pour la projection du film Histoires parallèles lors de la 79e édition du Festival de Cannes à Cannes, dans le sud de la France, le 14 mai 2026. (AFP)
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  • Asghar Farhadi revient en français avec Histoires parallèles, où une écrivaine (Isabelle Huppert) observe ses voisins bruiteurs et transforme leur quotidien en fiction
  • Le récit brouille réalité et imagination à travers des doubles personnages, avec Virginie Efira, Vincent Cassel et Pierre Niney, dans un hommage au cinéma et à sa mise en scène précise

CANNES: Après "Le Passé", présenté en compétition à Cannes en 2013, le réalisateur Asghar Farhadi revient avec un nouveau film en français, "Histoires parallèles", servi par un casting de stars, toujours aussi avides de travailler avec le maitre iranien.

"Quand j'ai su que ça venait d'Asghar Farhadi, j'ai dit oui avant d'avoir lu le scénario", se remémore auprès de l'AFP Virginie Efira.

"Histoires parallèles" raconte l'histoire de Sylvie, une écrivaine solitaire et acariâtre jouée par Isabelle Huppert, obsédée par la dynamique du trio travaillant dans un appartement situé en face du sien, à Paris.

Nita (Virginie Efira), Pierre (Vincent Cassel) et Christophe (Pierre Niney) travaillent à la fabrication de bruitages pour des documentaires animaliers.

Sylvie les espionne et en tire une fiction, sur un triangle amoureux bien éloigné des dynamiques à l'oeuvre dans la réalité.

L'arrivée dans sa vie d'Adam (Adam Bessa), homme à tout faire censé aider Sylvie à mettre de l'ordre dans son quotidien, va faire entrer en collision la fiction et la réalité, avec une cascade de conséquences à la clef.

- Précision -

"Quand j'ai lu le scénario je me suis dit +tiens, c'est étonnant qu'il pense à moi+", s'amuse encore Virginie Efira.

L'actrice belge, qui joue à la fois Nita, la bruiteuse blonde en couple avec Pierre et son double fictif Anna, une brune sûre d'elle-même aux airs de femme fatale en couple avec Christophe, a douté de pouvoir incarner les deux femmes.

"Je me disais, est-ce que je ne suis pas trop âgée pour ce personnage ? Est-ce qu'on va y croire ? Surtout la fille de la fiction", raconte encore Virginie Efira.

Mais "Asghar est un formidable directeur d'acteurs", souligne la comédienne qui l'a découvert avec "Une séparation", Oscar du meilleur film étranger en 2012 (il en a gagné un deuxième en 2017 pour "Le client").

"C'est une machine de travail", explique-t-elle. "Il a une mise en scène très précise", ne laissant aucune place à l'improvisation, affirme Virginie Efira.

Tourner pour Farhadi, c'est aussi mettre un pied dans le cinéma iranien qui "compte énormément". "On peut parler de (Abbas) Kiarostami, mais dans le cinéma d'aujourd'hui il y a +La loi de Téhéran+ (2019) qui est un film immense, +Les Graines du figuier sauvage+ (2024)", énumère Efira, fascinée par ce cinéma, récompensé de la Palme d'or l'année dernière avec "Un simple accident" de Jafar Panahi.

- Attrait du cinéma français -

"On sent bien que son film est un peu un hommage au cinéma", poursuit-elle, citant une scène entre Isabelle Huppert et Catherine Deneuve, qui joue son éditrice. "Juste pour cette scène, ce film parle de cinéma, il y a une grande beauté d'avoir ces deux visages ensemble" à l'écran, se réjouit l'actrice.

Virginie Efira, qui a déjà tourné deux films avec le Néerlandais Paul Verhoeven, a déjà travaillé avec plusieurs réalisateurs étrangers de renom.

A Cannes, elle défendra un autre film tourné à Paris, du réalisateur japonais Ryusuke Hamaguchi, oscarisé en 2022 pour "Drive My Car". Dans "Soudain", présenté lui aussi en compétition, elle a été jusqu'à prendre des leçons de japonais.

"Je pense que les grands cinéastes ont toujours, culturellement, un attachement à l'histoire du cinéma français", observe Virginie Efira.

"Les grands cinéastes ont envie en général de pouvoir s'exprimer librement. Et la France est un pays où jusqu'ici en tout cas, on peut encore le faire, et c'est une grande joie", salue-t-elle.


À l’IMA, l’exposition « Libye patrimoine révélé » lève le voile sur des richesses méconnues

 Le théâtre d’Appolonia. (Photo Arlette Khouri)
Le théâtre d’Appolonia. (Photo Arlette Khouri)
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  • Fruit de cinquante ans de coopération entre la Mission archéologique française en Libye (MAFL) et les autorités libyennes, l’exposition, qui se tient du 13 mai au 20 octobre, lève le voile sur la richesse de ce patrimoine
  • Mais derrière cette richesse flotte une inquiétude, car le patrimoine archéologique libyen, aussi impressionnant soit-il, est aujourd’hui vulnérable

PARIS: Avec l’exposition « Libye, patrimoine révélé », l’Institut du monde arabe à Paris (IMA) ouvre une fenêtre sur un pays trop souvent résumé à ses fractures récentes et pourtant doté d’un immense patrimoine archéologique largement méconnu.

Fruit de cinquante ans de coopération entre la Mission archéologique française en Libye (MAFL) et les autorités libyennes, l’exposition, qui se tient du 13 mai au 20 octobre, lève le voile sur la richesse de ce patrimoine.

Mais derrière cette richesse flotte une inquiétude, car le patrimoine archéologique libyen, aussi impressionnant soit-il, est aujourd’hui vulnérable.

IMA

L’effondrement des structures étatiques a ouvert la voie à des pillages massifs, à un trafic illicite d’antiquités alimentant les marchés internationaux, ainsi qu’à des dégradations parfois irréversibles.

L’exposition ne se contente pas de constater que ce qui n’a pas été détruit par le temps risque de l’être par l’instabilité humaine ; elle montre aussi les efforts menés pour documenter, protéger et identifier les œuvres dispersées.

À travers une sélection de photographies, de films et de documents scientifiques, l’exposition établit une sorte de dialogue entre science et mémoire, entre passé et présent, et fait émerger une évidence : la Libye ne peut être réduite à son actualité tragique, car elle est aussi un conservatoire de civilisations, un territoire où s’est écrite une part essentielle de l’histoire méditerranéenne.

En donnant à voir ce patrimoine, l’Institut du monde arabe accomplit plus qu’un geste culturel : il redonne une profondeur à un pays que l’on regarde trop souvent à travers le seul prisme de la crise, et sonne l’alarme quant à la disparition de ces vestiges, qui constituerait une perte irréparable pour la Libye et pour l’humanité tout entière.

Depuis 2011, la Libye est associée, dans les esprits, à l’effondrement d’un État et à une instabilité chronique, qui ont relégué au second plan une autre vérité essentielle : ce pays est l’un des grands carrefours historiques de la Méditerranée et du Sahara.

Phéniciens, Grecs, Romains, Byzantins, Arabes : tous ont laissé leur empreinte sur ce territoire, composant une stratification culturelle d’une densité rare.

À travers l’exposition, c’est donc une autre histoire qui se révèle à nous : celle d’un territoire d’une richesse archéologique exceptionnelle, dont la mémoire millénaire a été éclipsée par le fracas d’un soulèvement, puis d’une guerre civile qui n’en finit plus.

En dépit de conditions de travail souvent difficiles, les chercheurs de la Mission ont patiemment documenté, fouillé et analysé ce patrimoine. Leur œuvre constitue aujourd’hui une somme de connaissances irremplaçable, ainsi qu’une véritable aventure scientifique, patiente et rigoureuse.

IMA

L’exposition constitue en fait une immersion progressive dans le travail de ces archéologues et entraîne le visiteur, du Sahara aux rivages méditerranéens, dans le massif du Măsak, à la découverte de vestiges préhistoriques qui racontent un temps où le désert était habité et vivant.

Plus au nord, les lignes du limes romain dessinent une frontière stratégique, tandis que les cités antiques témoignent d’un raffinement urbain remarquable. La majestueuse Leptis Magna, souvent considérée comme l’un des plus beaux ensembles romains du monde, ou encore Apollonia, dont une partie repose aujourd’hui sous les eaux, incarnent cette grandeur passée.

En donnant à voir cette exposition, l’IMA tente d’éclairer un aspect méconnu de la Libye, mais alerte surtout sur la nécessité de sauvegarder et de protéger l’archéologie, menacée en Libye comme dans plusieurs autres pays du Moyen-Orient.