L’offensive israélienne à Gaza se répercute sur les Palestiniens de Cisjordanie

Depuis le 7 octobre, les colons israéliens ont mené 603 attaques contre des Palestiniens en Cisjordanie. (AFP)
Depuis le 7 octobre, les colons israéliens ont mené 603 attaques contre des Palestiniens en Cisjordanie. (AFP)
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Publié le Mardi 07 mai 2024

L’offensive israélienne à Gaza se répercute sur les Palestiniens de Cisjordanie

  • «L’accélération fulgurante» des formes de discrimination, d’oppression et de violence contre les Palestiniens a poussé la Cisjordanie au «bord du précipice», selon l’ONU
  • Israël a démoli, à une vitesse qui n’avait jamais été enregistrée auparavant, 917 structures appartenant à des Palestiniens en Cisjordanie depuis le 7 octobre

LONDRES: Les ondes de choc provoquées par l’opération militaire israélienne à Gaza ont entraîné des répercussions en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, où les forces de sécurité et les colons juifs enhardis auraient intensifié leurs attaques contre les communautés palestiniennes.

Depuis que l’attaque menée par le Hamas le 7 octobre a déclenché le conflit à Gaza, les colons israéliens ont mené 603 attaques contre des Palestiniens en Cisjordanie, expulsant 1 222 personnes qui provenaient de 19 communautés d’éleveurs, selon les chiffres de l’ONU.

Des colons armés ont également tué au moins neuf Palestiniens, tandis que les forces de sécurité israéliennes en ont tué 396 autres au cours des derniers mois.

De même, l’armée israélienne a intensifié ses raids. Le 4 mai, les forces israéliennes ont attaqué Toulkarem et tué cinq Palestiniens, dont quatre membres du Hamas. Le 20 avril, les forces israéliennes ont mené un raid dans le même gouvernorat, qui abrite plus de 6 400 réfugiés, tuant quatorze Palestiniens.

Abir, qui dirige une petite entreprise à Jénine, note une «recrudescence des attaques de colons, la prolifération des points de contrôle, des raids quotidiens contre les maisons palestiniennes, la destruction des infrastructures, le meurtre de jeunes Palestiniens et l’augmentation des frappes aériennes militaires israéliennes».

L’armée israélienne a intensifié ses raids dans certaines parties de la Cisjordanie. (AFP)
L’armée israélienne a intensifié ses raids dans certaines parties de la Cisjordanie. (AFP)

Certes, des attaques similaires avaient régulièrement lieu avant le 7 octobre, mais Abir déclare à Arab News qu’«elles ont doublé et sont devenues plus atroces» depuis le début de la guerre à Gaza.

Jénine «est depuis deux ans environ une cible spécifique pour l’armée israélienne, puisque la ville abrite quelques groupes de résistance», poursuit-elle.

Selon un rapport du Haut-Commissariat des nations unies aux droits de l’homme (HCDH) publié en mars, «l’accélération fulgurante» des formes de discrimination, d’oppression et de violence contre les Palestiniens a poussé la Cisjordanie au «bord du précipice».

Israël a démoli, à une vitesse qui n’avait jamais été enregistrée auparavant, 917 structures appartenant à des Palestiniens en Cisjordanie depuis le 7 octobre, ce qui a conduit au déplacement de 1 015 Palestiniens. Parmi ces structures, 210 se trouvent à Jérusalem-Est et 285 sont des immeubles résidentiels, ajoute le rapport.

Yasmine el-Hassan, responsable des plaidoyers à l’Union des comités de travail agricole, une organisation non gouvernementale qui soutient les communautés rurales palestiniennes, décrit la situation en Cisjordanie comme «absolument abominable».

«L’expansion de l’entreprise coloniale israélienne en Cisjordanie se produit parallèlement à la guerre génocidaire contre Gaza», confie-t-elle à Arab News.

«L’occupation a créé de nombreux nouveaux avant-postes de colons et des routes pour colons en Cisjordanie», note-t-elle, ajoutant que le gouvernement israélien «a approuvé des milliers de nouveaux logements pour colons en Cisjordanie».

Depuis le 7 octobre, les colons israéliens ont mené 603 attaques contre des Palestiniens en Cisjordanie. (AFP)
Depuis le 7 octobre, les colons israéliens ont mené 603 attaques contre des Palestiniens en Cisjordanie. (AFP)

Même si les violences israéliennes en Cisjordanie n’ont pas atteint l’ampleur de celles de Gaza, Yasmine soutient que «l’intensité de la violence coloniale israélienne dans toutes les régions de la Palestine historique s’est exacerbée au cours des six derniers mois».

«L’impunité» accordée par les autorités israéliennes a enhardi les colons juifs de Cisjordanie, souligne-t-elle.

Les colons qui attaquent les communautés palestiniennes sont «de plus en plus armés par le gouvernement de l’occupation israélienne et leurs actes ne sont aucunement punis», déplore-t-elle.

S’exprimant lors de la 55e session du Conseil des droits de l’homme, au mois de mars, Nada al-Nachif, la Haute-Commissaire adjointe des nations unies aux droits de l’homme, a déclaré que, après le 7 octobre, le HCDH a documenté «des cas de colons vêtus d’uniformes complets ou partiels de l’armée israélienne, portant des armes à feu, harcelant et attaquant des Palestiniens, tirant par ailleurs à bout portant».

Elle a également affirmé qu’au 31 octobre les forces de sécurité israéliennes auraient distribué environ 8 000 armes aux «escouades de défense des colonies» et aux «bataillons de défense régionale» en Cisjordanie.

EN CHIFFRES

  • 700 000 colons israéliens en Cisjordanie et à Jérusalem-Est.
  • 300 colonies ou avant-postes illégaux sur le territoire palestinien.

Source: HCDH

Vers la mi-avril, l’armée israélienne a autorisé les colons à faire preuve de violence. En effet, cinquante colons ont attaqué le village d’Aqraba, au nord de la Cisjordanie, «protégé par l’armée d’occupation israélienne», selon Wafa, l’agence de presse palestinienne.

Deux Palestiniens ont été tués dans l’attaque des colons, selon le maire du village, Salah Bani Jaber, témoin de l’incident. Ce dernier précise que les soldats israéliens présents sur les lieux «ont assisté à la scène sans rien faire, se contentant d’observer les colons».

«L’absence d’obligation de rendre des comptes dans le cadre des violences commises par les colons est un facteur clé dans l’environnement coercitif actuel», indique Mme Al-Nachif au président du Conseil des droits de l’homme de l’ONU.

«L’accélération fulgurante» des formes de discrimination, d’oppression et de violence contre les Palestiniens a poussé la Cisjordanie au «bord du précipice», selon un rapport de l’ONU. (AFP)
«L’accélération fulgurante» des formes de discrimination, d’oppression et de violence contre les Palestiniens a poussé la Cisjordanie au «bord du précipice», selon un rapport de l’ONU. (AFP)

Elle décrit cette non-obligation de rendre des comptes comme une «manifestation d’un double système de justice pénale qui a eu des effets discriminatoires sur les Palestiniens».

Yesh Din, une ONG israélienne qui documente les abus commis par des civils israéliens contre les Palestiniens dans les territoires occupés, a conclu dans sa fiche de données de décembre que «le système israélien d’application de la loi ne parvient pas à remplir son devoir, qui consiste à protéger les Palestiniens de la violence israélienne».

La fiche de données souligne que la poursuite de «cet échec systémique» pendant au moins deux décennies «démontre que l’État d’Israël normalise et soutient la violence à motivation idéologique perpétrée par les colons israéliens contre les Palestiniens en Cisjordanie».

Elle montre que, au cours des vingt dernières années, 93,7% de toutes les enquêtes policières sur les infractions commises par des colons contre des Palestiniens ont été classées sans suite, tandis que seulement 3% ont abouti à une condamnation totale ou partielle.

Yesh Din note également que les Palestiniens ont tendance à se méfier des autorités israéliennes, ce qui rend les victimes de la violence des colons réticentes à signaler les infractions.

Au mois de juillet de l’année dernière, au moins 3 000 Palestiniens ont fui leurs foyers dans le camp de réfugiés de Jénine après une vaste opération militaire israélienne. (AFP)
Au mois de juillet de l’année dernière, au moins 3 000 Palestiniens ont fui leurs foyers dans le camp de réfugiés de Jénine après une vaste opération militaire israélienne. (AFP)

Entre janvier et septembre 2023, plus de 57% des victimes ont choisi de ne pas porter plainte. Parmi elles, 54% ont expliqué craindre des représailles ou ne pas faire confiance aux autorités israéliennes pour appréhender les contrevenants.

Les Palestiniens des zones rurales de Cisjordanie sont particulièrement vulnérables à une expulsion de leurs terres par les colons juifs.

Mme El-Hassan, de l’Union des comités de travail agricole, confie: «Les colons israéliens, souvent accompagnés ou protégés par les forces d’occupation israéliennes, ciblent très fréquemment les terres agricoles palestiniennes et les infrastructures critiques ainsi que les communautés.»

«Il s’agit de ressources vitales comme les puits d’eau, les routes, les serres, les installations sanitaires, les terres où les cultures sont cultivées, les troupeaux, les enclos, les voitures et les maisons.»

Le rapport du HCDH révèle que, entre janvier 2022 et le début du mois de septembre 2023, 1 105 Palestiniens issus de 28 communautés d’éleveurs (environ 12%) ont été déplacés de force en raison de la violence des colons et de l’interdiction de l’accès aux pâturages.

Les communautés rurales et les agriculteurs palestiniens de la zone C, qui constitue 61% du territoire de Cisjordanie, ont été spécifiquement pris pour cible par les colons israéliens, déclare Mme El-Hassan.

«La zone C représente la majorité de la Cisjordanie, la plus riche en ressources. Elle est également, selon les accords d’Oslo, sous administration militaire et civile israélienne», ajoute-t-elle.

Les forces de sécurité israéliennes ont tué 396 Palestiniens en Cisjordanie au cours des derniers mois. (AFP)
Les forces de sécurité israéliennes ont tué 396 Palestiniens en Cisjordanie au cours des derniers mois. (AFP)

Les accords d’Oslo, signés sur la pelouse de la Maison-Blanche en septembre 1993, constituent le premier accord de paix direct entre les autorités israéliennes et l’Organisation de libération de la Palestine (OLP). Ils cherchaient à ouvrir la voie à une solution à deux États au conflit israélo-palestinien.

Soulignant combien il est important de parler de la zone C dans le contexte de l’expansion des colonies israéliennes, Mme El-Hassan soutient que cette zone «très fertile» est «directement liée aux moyens de subsistance des Palestiniens».

C’est «là que se trouvent la plupart des colonies», explique-t-elle, ajoutant que «l’occupation israélienne fait tout pour s’emparer» de cette zone.

«La terre et les moyens de subsistance sont directement liés aux systèmes alimentaires palestiniens. Cette perturbation et cette destruction ciblées des systèmes alimentaires palestiniens constituent une stratégie tactique du colonialisme de peuplement israélien, qui tente de rompre la relation d’interdépendance des autochtones à l’égard de la terre, quelles qu’en soient les conséquences.»

«Cela inclut le ciblage humanitaire, comme les dizaines de milliers de Palestiniens assassinés, ou environnemental, comme les centaines de milliers de tonnes d’émissions à effet de serre produites par Israël au cours des derniers mois.»

Le 29 avril, les États-Unis ont déclaré que cinq unités des forces de sécurité israéliennes avaient commis des «violations flagrantes des droits de l’homme» contre des Palestiniens en Cisjordanie avant le 7 octobre; ils n’ont pourtant interdit à aucune de ces unités de recevoir le soutien militaire américain, rapporte Reuters.

Les accords d’Oslo cherchaient à ouvrir la voie à une solution à deux États au conflit israélo-palestinien. (AFP)
Les accords d’Oslo cherchaient à ouvrir la voie à une solution à deux États au conflit israélo-palestinien. (AFP)

Le 3 mai, deux groupes «extrémistes» et quatre individus en Israël ont été accusés de violences en Cisjordanie dans le cadre d’un nouvel ensemble de mesures contre les colons.

Faisant allusion aux colons juifs qui vivent en Cisjordanie occupée, le bureau du Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, affirme que «la grande majorité des habitants de Judée et de Samarie sont des citoyens respectueux de la loi. Israël agit contre tous ceux qui violent la loi en tous lieux. Il n’y a donc pas lieu de recourir à des mesures draconiennes dans ce domaine».

En juillet de l’année dernière, au moins 3 000 Palestiniens ont fui leurs foyers dans le camp de réfugiés de Jénine, qui abrite environ 18 000 personnes, après que l’armée israélienne a lancé ce que les responsables palestiniens décrivent comme la plus grande opération dans la région depuis deux décennies.

Israël a déclaré viser un centre de commandement militant palestinien.

Affirmant que «la base du colonialisme de peuplement est le vol de terres», Mme El-Hassan accuse Israël d’avoir prouvé, au cours des soixante-seize dernières années, qu’il «ferait tout ce qu’il faut pour prendre ce territoire par la force, à savoir le détruire, l’exploiter et y commettre un génocide».

«Les communautés palestiniennes sont physiquement enracinées dans notre terre, indique-t-elle à Arab News. Notre relation avec cette terre n’est pas seulement symbolique, elle est symbiotique. Ce n’est pas transactionnel, c’est réciproque. En tant que peuple autochtone de cette terre, nous en sommes les gardiens.»

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Au Liban, un demi-million d'élèves privés d'école à cause de la guerre et des déplacements forcés

Une photographie prise depuis la région de Marjayoun, dans le sud du Liban, montre de la fumée s’élevant du site d’une frappe aérienne israélienne visant le village de Deir al-Zahrani, le 28 mars 2026. (AFP)
Une photographie prise depuis la région de Marjayoun, dans le sud du Liban, montre de la fumée s’élevant du site d’une frappe aérienne israélienne visant le village de Deir al-Zahrani, le 28 mars 2026. (AFP)
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  • La guerre au Liban prive près de 500.000 élèves d’école, beaucoup étant déplacés et contraints de suivre des cours à distance dans des conditions précaires
  • Les difficultés d’accès à internet et le manque de ressources aggravent les inégalités, faisant craindre abandon scolaire, fracture numérique et risques accrus pour les élèves les plus vulnérables

BEYROUTH: Dans une salle d'un lycée transformé en centre d'accueil pour déplacés, Ahmad Melhem essaye tant bien que mal de suivre sur sa tablette un cours préenregistré. Comme des centaines de milliers d'élèves libanais, il est privé d'école en raison de la guerre.

"Nous essayons, avec les moyens du bord, de continuer à étudier pour réaliser nos rêves", explique à l'AFP cet adolescent de 17 ans, alors que certains cours à distance ont repris.

Avec sa famille, ils ont dû fuir la banlieue sud de Beyrouth, pilonnée par l'armée israélienne depuis que le Liban a été entraîné dans la guerre le 2 mars, lorsque le Hezbollah a commencé à tirer des roquettes sur Israël, pour venger l'assassinat du guide suprême iranien Ali Khamenei au premier jour de l'offensive américano-israélienne contre l'Iran le 28 février.

Avec d'autres familles, ils ont trouvé refuge dans cette salle du lycée Abdel Kader, au coeur de la capitale.

"On a pris des risques pour aller chercher nos livres scolaires", alors que les frappes israéliennes sont quotidiennes sur la banlieue sud, raconte encore Ahmad Melhem, qui veut à tout prix terminer le lycée.

- "La guerre a tout détruit" -

Au total, près de 500.000 élèves ont dû cesser de se rendre en classe depuis le 2 mars, selon l'Unicef; quelque 350 écoles publiques ont été transformées en centre d'accueil, et les établissements scolaires dans les quartiers et localités bombardés par Israël ont fermé leurs portes pour une durée indéterminée.

Les frappes israéliennes ont tué plus de 1.100 personnes, dont 122 enfants, et déplacé plus d'un million de personnes, selon les autorités libanaises.

Dans la salle de classe où s'étalent matelas et couvertures, Ahmad, qui espère plus tard suivre des études d'ingénieur, s'est aménagé un coin avec ses livres et un écran d'ordinateur, mais il ne dispose pas de connexion internet.

Son école privée de la banlieue sud de Beyrouth a fini par reprendre des cours à distance, deux semaines après le début de la guerre, mais avec des aménagements: les matières facultatives restent suspendues, et les cours durent moins longtemps.

Une ONG a installé une connexion internet dans la cour, qui grouille d'enfants en train de jouer et d'adultes qui discutent autour de narguilés, mais Ahmad dit avoir a du mal à se concentrer.

"Les travaux de groupe et les projets scientifiques me manquent", confie le lycéen, qui décrit les cours en présentiel comme "plus stimulants".

Sa mère, Amira Salameh, 41 ans, tente d'aider son fils cadet, huit ans, à suivre lui aussi l'école en ligne.

"Si je laisse tout seul, il se met à rêvasser", dit-elle.  "La guerre a tout détruit, l'éducation est la seule chose qu'il reste à mes enfants."

- "Fracture numérique" -

L'Unicef s'est en particulier inquiété pour les lycéens comme Ahmad qui doivent passer le baccalauréat cette année, craignant qu'ils ne puissent rejoindre les rangs de l'université l'an prochain.

Autre sujet d'inquiétude: un possible abandon de l'école par les filles et adolescentes sous la menace de "mariages forcés", explique le directeur de l'éducation de l'Unicef au Liban, Atif Ratique.

Dans un lycée professionnel de la banlieue nord de Beyrouth, à Dekwaneh, Aya Zahran, 17 ans, passe ses journées "à cuisiner et à travailler à rendre l'endroit vivable", après avoir elle aussi fui la banlieue sud avec sa famille.

"Nous n'avons qu'un téléphone que l'on partage avec mes frères et soeurs" pour suivre les cours en ligne, et souvent, les liens transmis par l'école publique ne fonctionnent pas, dit l'adolescente.

Une illustration du manque de moyens de ces établissements publics, qui n'ont pas les ressources pour donner des cours à distance, et de la "fracture numérique" entre élèves, notamment ceux du sud du pays, les plus affectés par la guerre, selon M. Rafique.

Ces lacunes ont poussé le ministère de l'Education et l'Unicef à lancer une plateforme en ligne de cours préenregistrés. Un service d'assistance par téléphone où les élèves peuvent joindre un professeur sans avoir besoin de connexion internet a aussi été mis en place par l'Unicef et une ONG libanaise.

"Mes enfants sont d'excellents élèves, je ne veux pas qu'ils arrêtent l'école comme nous quand nous étions enfants", clame Nassima Ismaël, déplacée de l'est du pays, en évoquant sa propre enfance pendant la guerre civile (1975-1990).


L'armée israélienne dit faire face à un tir de missile du Yémen

Les Houthis manifestent en solidarité avec l’Iran et le Liban dans la capitale yéménite Sanaa le 27 mars 2026. (AFP)
Les Houthis manifestent en solidarité avec l’Iran et le Liban dans la capitale yéménite Sanaa le 27 mars 2026. (AFP)
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  • L'armée israélienne a détecté un missile tiré depuis le Yémen par les Houthis, première menace directe depuis un mois de conflit, déclenchant l'activation des systèmes de défense anti-aérienne
  • Les Houthis, alliés à l'Iran et à l'"axe de la résistance", menacent d'intervenir militairement contre Israël et les États-Unis en cas d'escalade régionale

JERUSALEM: L'armée israélienne a indiqué samedi avoir détecté un tir de missile depuis le Yémen, une première en un mois de guerre au Moyen-Orient, après que les rebelles Houthis soutenus par Téhéran ont menacé de se joindre au conflit.

Les forces israéliennes ont "identifié le tir d'un missile depuis le Yémen en direction du territoire israélien, les systèmes de défense anti-aérienne sont en action pour intercepter cette menace", a indiqué l'armée sur Telegram.

Les Houthis sont alliés à Téhéran au sein de ce que l'Iran a baptisé "axe de la résistance", aux côtés du Hezbollah libanais, du Hamas palestinien et de groupes armés irakiens pro-iraniens.

"Nous sommes prêts à une intervention militaire directe en cas de nouvelle alliance avec les Etats-Unis et Israël contre l'Iran (...), de conduite d'opérations hostiles à l'Iran ou tout pays musulman depuis la mer Rouge (...), et en cas de poursuite de l'escalade contre la République islamique" d'Iran, a déclaré vendredi le porte-parole militaire des Houthis, Yahya Saree, dans une vidéo diffusée sur X.

Ces insurgés pro-iraniens, qui contrôlent une grande partie du Yémen, avaient mené de nombreuses attaques contre Israël et les navires commerciaux en mer Rouge pendant la guerre entre Israël et le Hamas palestinien à Gaza, entre 2023 et 2025.

Leurs tirs de missiles et de drones avaient fortement perturbé le trafic dans cette voie maritime stratégique, aujourd'hui utilisée notamment par l'Arabie saoudite pour exporter son pétrole sans passer par le détroit d'Ormuz, où la navigation est bloquée par Téhéran.


Liban: frappes israéliennes sur la banlieue sud de Beyrouth, combats à la frontière

De la fumée s’élève après une frappe israélienne dans la banlieue sud de Beyrouth, le 27 mars 2026. Plus de 1 100 morts et plus d’un million de déplacés depuis que le Liban a été entraîné dans la guerre le 2 mars, après des tirs de roquettes du Hezbollah, soutenu par Téhéran, sur Israël. (AFP)
De la fumée s’élève après une frappe israélienne dans la banlieue sud de Beyrouth, le 27 mars 2026. Plus de 1 100 morts et plus d’un million de déplacés depuis que le Liban a été entraîné dans la guerre le 2 mars, après des tirs de roquettes du Hezbollah, soutenu par Téhéran, sur Israël. (AFP)
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  • Israël intensifie ses frappes au Liban, notamment dans la banlieue sud de Beyrouth et le sud du pays
  • Le bilan humain s’alourdit (civils, enfants, secouristes), la situation humanitaire se dégrade fortement avec plus d’un million de déplacés

BEYROUTH: L'aviation israélienne a lancé vendredi une nouvelle série de frappes notamment sur la banlieue sud de Beyrouth, fief du Hezbollah pro-iranien, qui a dit livrer des combats "au corps à corps" contre des troupes israéliennes à la frontière.

L'aviation israélienne a bombardé dans l'après-midi, sans avertissement préalable, un quartier de la banlieue sud de Beyrouth, selon l'Agence nationale d'information (Ani) et des images de l'AFPTV. Ce même quartier avait déjà été visé une première fois à l'aube, faisant deux morts selon les autorités libanaises.

L'armée israélienne a ensuite annoncé avoir "entamé une série de frappes contre l'infrastructure terroriste du Hezbollah", et a adressé un avis d'évacuation aux habitants de sept quartiers principaux de la banlieue sud de la capitale.

Dans la soirée, l'Ani a rapporté une nouvelle frappe sur la banlieue sud.

Habituellement densément peuplée, cette zone s'est largement vidée de ses habitants depuis le début des hostilités au début du mois.

Le Liban a été entraîné dans la guerre le 2 mars lorsque le Hezbollah, soutenu par Téhéran, a commencé à tirer des roquettes sur Israël pour venger l'assassinat du guide suprême iranien Ali Khamenei, tué au premier jour de l'offensive américano-israélienne en Iran le 28 février.

Vendredi, l'aviation israélienne a également mené une nouvelle série de frappes dans le sud du Liban, selon Ani.

Dans un bilan actualisé, le ministère de la Santé a indiqué qu'un raid mené dans la ville de Saksakiyeh, dans le sud du Liban, avait fait six morts, dont trois enfants, et 17 blessés.

En outre, selon le ministère, un secouriste a été tué et quatre autres blessés par une frappe israélienne contre une ambulance appartenant au Comité islamique de la santé, affilié au Hezbollah, à Kfar Tibnit, dans la même région.

Dans la plaine de la Bekaa, dans l'est du pays, une frappe a tué une femme enceinte de jumeaux, et blessé sept autres personnes, selon la même source.

- Situation humanitaire -

Alors qu'Israël manifeste sa détermination à intensifier sa campagne militaire contre le Hezbollah, ses troupes mènent une profonde incursion terrestre dans le sud du Liban en vue d'élargir une "zone tampon" et d'éloigner la menace du mouvement islamiste.

Le Hezbollah a affirmé pour sa part que ses combattants avaient lancé un missile sol-air sur un avion de guerre israélien au-dessus de Beyrouth, et se livraient à des combats "au corps à corps avec des forces de l'armée israélienne ennemie dans les localités de Bayada et Chamaa".

Ces deux localités de la région de Tyr, la principale ville du sud du Liban, se situent à environ 8 km de la frontière.

Le Hezbollah a aussi revendiqué une série d'attaques contre des positions et localités israéliennes frontalières.

Le général de brigade Effie Defrin, porte-parole de l'armée israélienne, a estimé de son côté que les "attaques" du Hezbollah contrastaient avec les affirmations du gouvernement libanais sur un désarmement du mouvement dans le sud du Liban, selon les termes du cessez-le-feu de novembre 2024.

"Si le gouvernement ne désarme pas le Hezbollah, l'armée israélienne le fera", a-t-il prévenu.

"La situation humanitaire s'aggrave, et les civils paient comme d'habitude le prix lourd" au Liban, a de son côté mis en garde le directeur régional du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), Nicolas Von Arx.

"Les civils doivent être protégés où qu'ils soient, qu'ils restent chez eux ou qu'ils soient contraints de fuir", a-t-il ajouté, à l'issue d'une rencontre avec le président libanais Joseph Aoun.

Selon le dernier bilan officiel vendredi, la guerre a fait 1.142 morts et plus d'un million de déplacés.