L'IA, en appui d'Israël dans ses frappes à Gaza, remise en question

Un enfant palestinien porté par un homme regarde les gens fouiller les décombres de la maison de la famille Abu Anza détruite par une frappe aérienne israélienne à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 3 mars 2024. (Photo par Said Khatib AFP)
Un enfant palestinien porté par un homme regarde les gens fouiller les décombres de la maison de la famille Abu Anza détruite par une frappe aérienne israélienne à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 3 mars 2024. (Photo par Said Khatib AFP)
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Publié le Dimanche 03 mars 2024

L'IA, en appui d'Israël dans ses frappes à Gaza, remise en question

  • Le chef d'état-major à l'époque, Aviv Kochavi, déclarait l'an dernier au site d'information israélien Ynet que l'IA avait permis de générer «100 nouvelles cibles chaque jour», contre «50» par an dans la bande de Gaza «dans le passé»
  • Mais un ancien officier des renseignements israéliens soutenait en novembre au journal d'investigation israélo-palestinien indépendant «+972 Magazine» que cette technologie était en train de se transformer en «une fabrique d'assassinats de masse»

PARIS : L'armée israélienne affirme que l'intelligence artificielle (IA) l'aide à cibler les combattants du Hamas dans la bande de Gaza en guerre mais des experts s'interrogent, alors que le nombre de victimes civiles ne cesse de grimper.

Depuis le début de la guerre il y a près de cinq mois, déclenchée par une attaque sanglante du Hamas sur le sol israélien, les opérations militaires israéliennes en représailles ont fait plus de 30.300 morts à Gaza, selon le ministère de la Santé du mouvement islamiste palestinien.

Israël affirme avoir «éliminé 10.000 terroristes». L'armée, qui n'a pas souhaité faire de commentaire supplémentaire, a toujours assuré ne frapper «que des cibles militaires» et prendre «les mesures possibles pour atténuer les dommages aux civils».

«Soit l'IA est aussi performante que ce qui est avancé et l'armée israélienne n'a cure des dommages collatéraux, soit l'IA n'est pas aussi performante qu'on le dit», remarque face à cet écart numérique Toby Walsh, professeur d'Intelligence artificielle à l'Université New South Wales, en Australie, interrogé par l'AFP.

- «Attaques précises» -

L'armée israélienne revendique avoir mené la «première guerre par l'IA» durant onze jours en mai 2021 à Gaza. Le chef d'état-major à l'époque, Aviv Kochavi, déclarait l'an dernier au site d'information israélien Ynet que l'IA avait permis de générer «100 nouvelles cibles chaque jour», contre «50» par an dans la bande de Gaza «dans le passé».

L'attaque menée le 7 octobre par des commandos du Hamas infiltrés depuis Gaza dans le sud d'Israël a causé la mort d'au moins 1.160 personnes, en majorité des civils, selon un décompte de l'AFP réalisé à partir de données officielles israéliennes.

D'après un blog du site de l'armée, plus de 12.000 cibles ont ensuite été identifiées en 27 jours, grâce à la technologie d'IA nommée Gospel. D'après un responsable cité anonymement, cet outil a sélectionné des cibles «pour des attaques précises des infrastructures associées au Hamas, infligeant des dommages importants à l'ennemi, tout en causant à ceux non impliqués le moins de tort possible».

Mais un ancien officier des renseignements israéliens s'exprimant sous couvert de l'anonymat soutenait en novembre au journal d'investigation israélo-palestinien indépendant «+972 Magazine» que cette technologie était en train de se transformer en «une fabrique d'assassinats de masse».

Citant une source dans les renseignements, le journal rapporte que Gospel avalait quantité de données, plus rapidement que «des dizaines de milliers d'agents du renseignement», et permettait d'identifier en temps réel des sites pouvant être des lieux de résidence de combattants supposés. Le type de données et les critères de ciblage n'étaient pas détaillés.

Plusieurs experts indiquent à l'AFP que l'armée peut nourrir l'outil avec des images venant de drones, des messages sur les réseaux sociaux, des informations recueillies sur le terrain par des espions, des localisations téléphoniques, notamment.

Une fois une cible sélectionnée, la technologie peut utiliser les sources officielles concernant la population pour estimer la probabilité de dommages aux civils.

- «Données douteuses» -

Mais pour Lucy Suchman, professeur d'anthropologie des sciences et technologies à l'université de Lancaster, au Royaume-Uni, l'idée que davantage de données produirait un meilleur ciblage est fausse.

Les algorithmes sont entraînés pour trouver des motifs répétés dans les données. Chaque motif précédemment identifié comme cible peut donc générer une nouvelle cible, explique-t-elle. Les «hypothèses discutables» dans l'interprétation des données risquent ainsi d'être amplifiées.

«En d'autres termes, plus il y a de données douteuses, plus le système est mauvais», d'après elle.

Les Israéliens ne sont pas les premiers à déployer des méthodes de ciblage automatisées sur les terrains de guerre.

Pendant la guerre du Golfe en 1990-1991, l'armée américaine a eu recours aux algorithmes pour améliorer ses frappes. Elle a aussi travaillé avec les outils d'analyse de données de la société Palantir à l'occasion de la guerre en Afghanistan lancée après les attentats du 11 septembre 2001.

En 1999 au Kosovo, durant la campagne de bombardement des cibles militaires serbes, l'Otan a commencé à utiliser les algorithmes pour évaluer le nombre de victimes civiles potentielles.

Ces technologies sont-elles, pour autant, dignes de confiance?

Même si l'armée israélienne est «l'une des plus pointues technologiquement», «les chances qu'elle utilise l'IA avec un tel degré de sophistication et d'autonomie sont très faibles», estimait l'analyste Noah Sylvia pour le centre de réflexion britannique sur la défense Rusi, le mois dernier. Et d'ajouter que les humains devraient encore recouper tout résultat.


Israël et le Liban conviennent de renouveler le cessez-le-feu

Israël et le Liban ont convenu mercredi de "la mise en oeuvre d'un cessez-le-feu" et de la création de "zones pilotes" sous contrôle de l'armée libanaise, selon une déclaration commune publiée à l'issue de deux jours de pourparlers à Washington. (AFP)
Israël et le Liban ont convenu mercredi de "la mise en oeuvre d'un cessez-le-feu" et de la création de "zones pilotes" sous contrôle de l'armée libanaise, selon une déclaration commune publiée à l'issue de deux jours de pourparlers à Washington. (AFP)
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  • Israël et le Liban ont également convenu de participer à un nouveau round de pourparlers la semaine du 22 juin en vue d'un "accord global", ajoute la déclaration
  • Plus tôt, le président Donald Trump avait insisté pour "séparer" les discussions sur le Liban de celles sur l'Iran, alors que Téhéran considère qu'il s'agit d'un seul et même sujet

WASHINGTON: Israël et le Liban ont convenu mercredi de "la mise en oeuvre d'un cessez-le-feu" et de la création de "zones pilotes" sous contrôle de l'armée libanaise, selon une déclaration commune publiée à l'issue de deux jours de pourparlers à Washington.

"A l'issue des négociations menées sous l'égide des Etats-Unis, Israël et le Liban ont convenu de la mise en œuvre d'un cessez-le-feu", qui sera subordonné "à l'arrêt complet des tirs du Hezbollah et à l'évacuation de tous les membres du Hezbollah du secteur du Sud-Litani", peut-on lire dans cette déclaration entre les trois parties aux négociations.

"Les deux parties ont convenu de faire avancer rapidement la mise en place de zones pilotes dans lesquelles les Forces armées libanaises exerceront un contrôle exclusif sur le territoire, à l'exclusion de tous les acteurs non étatiques", selon la même source.

Ces mesures doivent permettre de "progresser vers un accord global de paix et de sécurité".

"Tous les pays ont réaffirmé que l'avenir des relations entre Israël et le Liban devait être décidé par les deux gouvernements souverains. Ils ont rejeté toute tentative, de la part d'un État ou d'un acteur non étatique, de prendre en otage l'avenir du Liban", une référence implicite à l'Iran, accusé de soutenir le Hezbollah pro-iranien.

Israël et le Liban ont également convenu de participer à un nouveau round de pourparlers la semaine du 22 juin en vue d'un "accord global", ajoute la déclaration.

Plus tôt, le président Donald Trump avait insisté pour "séparer" les discussions sur le Liban de celles sur l'Iran, alors que Téhéran considère qu'il s'agit d'un seul et même sujet.

Des délégations israéliennes et libanaises se sont réunies à Washington mardi et mercredi, alors que des frappes israéliennes au Liban ont fait au moins neuf morts, dont un soldat et deux secouristes.


Liban: un média d'Etat rapporte des frappes israéliennes après l'annonce d'un cessez-le-feu conditionnel

Un média d'Etat libanais a fait état jeudi de plusieurs frappes israéliennes sur le sud du pays, quelques heures après l'annonce à Washington d'un accord israélo-libanais pour un cessez-le-feu  conditionné à un "arrêt complet" des tirs du Hezbollah. (AFP)
Un média d'Etat libanais a fait état jeudi de plusieurs frappes israéliennes sur le sud du pays, quelques heures après l'annonce à Washington d'un accord israélo-libanais pour un cessez-le-feu  conditionné à un "arrêt complet" des tirs du Hezbollah. (AFP)
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  • Les deux pays, qui n'entretiennent pas de relations diplomatiques, se sont également mis d'accord pour "faire avancer rapidement la mise en place de zones pilotes dans lesquelles les Forces armées libanaises exerceront un contrôle exclusif"
  • Le ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, figure de l'extrême droite, a qualifié jeudi cet accord de "grave erreur"

BEYROUTH: Un média d'Etat libanais a fait état jeudi de plusieurs frappes israéliennes sur le sud du pays, quelques heures après l'annonce à Washington d'un accord israélo-libanais pour un cessez-le-feu  conditionné à un "arrêt complet" des tirs du Hezbollah.

L'Agence nationale d'information (ANI) a annoncé des frappes de drones israéliens le long de routes dans trois localités du sud du Liban, indiquant qu'au moins une d'entre elles avait fait des victimes, sans préciser s'il s'agissait de morts ou de blessés.

Quelques heures plus tôt, l'armée israélienne avait annoncé qu'une "infiltration d'appareil hostile" avait déclenché une alerte aérienne dans un village du nord d'Israël, près de la frontière avec le Liban.

Israël et le Liban sont convenus mercredi, à l'issue de deux jours de pourparlers à Washington, de la mise en oeuvre d'un cessez-le-feu conditionné à un "arrêt complet" des tirs du Hezbollah et à "l'évacuation" de tous les membres du mouvement de la zone située au sud du fleuve Litani, qui coule à une trentaine de kilomètres de la frontière avec Israël.

Les deux pays, qui n'entretiennent pas de relations diplomatiques, se sont également mis d'accord pour "faire avancer rapidement la mise en place de zones pilotes dans lesquelles les Forces armées libanaises exerceront un contrôle exclusif".

Le ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, figure de l'extrême droite, a qualifié jeudi cet accord de "grave erreur".

De son côté, Mahmoud Qomati, haut responsable du Hezbollah, avait assuré mardi que sa formation n'accepterait pas un "cessez-le-feu partiel" avec Israël.

Un accord de cessez-le-feu au Liban est entré en vigueur le 17 avril mais les deux parties ont poursuivi leurs attaques à un rythme quasi-quotidien, s'accusant mutuellement de violer la trêve.

Selon l'Organisation mondiale de la Santé, plus de 600 personnes ont été tuées au Liban depuis le 17 avril.

Les frappes israéliennes ont fait 3.516 morts depuis le 2 mars, début de la guerre au Liban, et ont déplacé plus d'un million de personnes, selon les autorités. Côté israélien, 26 soldats et un contractuel civil ont été tués au Liban.

 


Au moins 8 morts dans des frappes israéliennes sur Gaza

 Au moins huit personnes ont été tuées tôt jeudi dans des bombardements israéliens sur la ville de Gaza, a annoncé à l'AFP un porte-parole de la défense civile du territoire palestinien. (AFP)
Au moins huit personnes ont été tuées tôt jeudi dans des bombardements israéliens sur la ville de Gaza, a annoncé à l'AFP un porte-parole de la défense civile du territoire palestinien. (AFP)
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  • Cinq et deux personnes ont été tuées respectivement dans des frappes contre des appartements dans le nord-ouest et le sud-ouest de la ville de Gaza, et une autre dans un raid contre une maison dans le camp de réfugiés d'Al-Shati
  • Malgré un cessez-le-feu en vigueur depuis octobre 2025, la bande de Gaza reste le théâtre de violences, avec des frappes israéliennes quasi quotidiennes

GAZA: Au moins huit personnes ont été tuées tôt jeudi dans des bombardements israéliens sur la ville de Gaza, a annoncé à l'AFP un porte-parole de la défense civile du territoire palestinien.

Cinq et deux personnes ont été tuées respectivement dans des frappes contre des appartements dans le nord-ouest et le sud-ouest de la ville de Gaza, et une autre dans un raid contre une maison dans le camp de réfugiés d'Al-Shati, dans l'ouest de la ville, a indiqué ce porte-parole, Mahmoud Bassal.

Ces frappes ont également fait au moins 15 blessés, a-t-il ajouté.

Malgré un cessez-le-feu en vigueur depuis octobre 2025, la bande de Gaza reste le théâtre de violences, avec des frappes israéliennes quasi quotidiennes.

Selon le ministère de la Santé du territoire, placé sous l'autorité du mouvement islamiste palestinien Hamas, plus de 900 personnes ont été tuées depuis l'entrée en vigueur de cette trêve, conclue après deux ans de guerre déclenchée le 7 octobre 2023 par l'attaque sans précédent du Hamas contre Israël.

La première phase de la trêve a vu la libération des derniers otages israéliens de Gaza enlevés par le Hamas, en échange de Palestiniens détenus par Israël. Mais le passage à la deuxième phase, devant se traduire par le désarmement du Hamas et un retrait progressif de l'armée israélienne, semble complètement grippé.

La semaine dernière, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu avait déclaré avoir ordonné à l'armée de prendre le contrôle de 70% de la bande de Gaza, contre 60% contrôlé actuellement.

Fin mai, le tout nouveau chef de la branche armée du Hamas, Mohammed Odeh, a été tué par une frappe israélienne, 11 jours après l'assassinat de son prédécesseur.