La Covid-19 ne devrait pas nous faire oublier les souffrances du peuple syrien

Deux facteurs conjugués, la «lassitude de l'actualité syrienne» et la tendance naturelle des États à se focaliser sur leurs propres problèmes, ont fait disparaître la tragédie syrienne des radars de la plupart des médias d'information en 2020.(Photo, Arab News)
Deux facteurs conjugués, la «lassitude de l'actualité syrienne» et la tendance naturelle des États à se focaliser sur leurs propres problèmes, ont fait disparaître la tragédie syrienne des radars de la plupart des médias d'information en 2020.(Photo, Arab News)
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Publié le Mercredi 30 décembre 2020

La Covid-19 ne devrait pas nous faire oublier les souffrances du peuple syrien

  • Pour la communauté internationale, la pandémie de coronavirus a été un nouveau prétexte pour détourner le regard d’une catastrophe humanitaire dont peu de gens veulent encore entendre parler
  • Les régions syriennes sous le contrôle du régime de Bachar al-Assad ont connu une récession économique sans précédent

MISSOURI: Peu de personnes dans le monde semblent susceptibles de regretter la fin de 2020, une année qui s'est avérée éprouvante pour le monde entier. Pour le peuple syrien qui souffre depuis longtemps, le constat semble doublement vrai: la Covid-19 est l’une des calamités qui a frappé la plupart des Syriens en 2020, se rajoutant ainsi aux autres difficultés auxquelles ils sont confrontés depuis des années. A vrai dire, elle est à peine la plus dangereuse. 
Même si les anciennes bases de Daech ont été transformées en services Covid-19 dans des villes comme Manbij et Tabqa (près de Raqqa), la plupart des cas de coronavirus ne sont probablement pas recensés. Face à une augmentation inquiétante des infections, les Syriens manquent de moyens ou d'outils pour faire face à cette grave menace. En conséquence, encore plus de personnes meurent.
Pour la communauté internationale, la pandémie de coronavirus a été un nouveau prétexte pour détourner le regard d’une catastrophe humanitaire dont peu de gens veulent encore entendre parler. Deux facteurs conjugués, la «lassitude de l'actualité syrienne» et la tendance naturelle des États à se focaliser sur leurs propres problèmes, ont fait disparaître la tragédie syrienne des radars de la plupart des médias d'information en 2020.

Des filles syriennes déplacées portent des masques décorés par des artistes lors d'une campagne de sensibilisation à la Covid-19 dans le camp de Bardaqli dans la ville de Dana, dans la province d'Idlib, au nord-ouest de la Syrie, le 20 avril 2020 (AFP / File Photo)

De nouveaux records macabres pour la Syrie en 2020
Alors que 2020 touche à sa fin, peut-être devrions-nous au moins profiter de l'occasion pour examiner l'horreur qui persiste en Syrie. Cette année, la Syrie a apporté a battu nombre de tristes records: depuis le début du conflit, le nombre de morts a atteint environ 500 000 morts.

Le nombre de Syriens déplacés s'élève désormais à 13 millions (environ la moitié de la population syrienne d’avant-guerre). Un peu moins de la moitié des personnes déplacées sont des réfugiés, ce qui signifie qu'ils ont traversé une frontière internationale et résident désormais en dehors de la Syrie (principalement en Turquie, au Liban, en Jordanie et au Kurdistan irakien), tandis que plus de la moitié sont des déplacés internes en Syrie.

Sur les quelque 6,2 millions de personnes déplacées en Syrie, un grand nombre se trouvent dans le nord du pays: les combattants sunnites de l'opposition arabe, leurs familles et d'autres craignant le régime se sont regroupés dans la province d'Idlib, dernier bastion de la rébellion syrienne.
Dans le même temps, des centaines de milliers de Kurdes syriens, de chrétiens, de yézidis et de sunnites arabes laïques ont fui les invasions turques de 2018 et 2019 à Afrin et dans des zones à l'est d'Afrin. Eux aussi sont des déplacés. Alors qu'Ankara a présenté en 2019  un plan visant à déplacer des centaines de milliers de réfugiés syriens en Turquie vers les nouvelles zones de Syrie qu'elle occupe à la suite de ses offensives, peu se sont montrés disposés à vouloir s’y installer.
Les Syriens préfèrent généralement revenir en toute sécurité dans leurs régions d’origine, plutôt que d'aller occuper la maison d’autres habitants dans une région qui leur est totalement étrangère (et appauvrie). Ceux que la Turquie a déplacés dans le nord du pays ont vu leurs maisons, leurs fermes et leurs entreprises occupées par les milices syriennes islamistes répondant aux ordres d’Ankara. Ils n’ont aucune chance de pouvoir revenir habiter chez eux dans de telles circonstances.

Idlib et le nord-est de la Syrie plus isolés que jamais
Dans les régions encore contrôlées par les Kurdes au nord-est de la Syrie (souvent appelées le «Rojava»), la pandémie de Covid-19 a entraîné davantage de fermetures de frontières et encore moins d'aide internationale qu'auparavant. L’ONU a même accédé à la demande du gouvernement Assad qui souhaitait que toute aide internationale — y compris les tests de dépistage de la Covid-19 — passe par Damas. En conséquence, peu de denrées arrivent au Rojava. Même les résultats des tests de la Covid-19 reviennent de Damas avec des mois en retard, voire ne sont jamais disponibles.

QUELQUES CHIFFRES
Syrie

  • 207 000 - Victimes civiles de la guerre syrienne depuis 2011
  • 25 000 - Nombre de victimes civiles qui sont des enfants
  • 31% - Proportion de logements endommagés ou détruits
  • 6,5 millions de personnes déplacées à l'intérieur du pays par la guerre à partir de 2019
  • 6,65 millions - Nombre total de réfugiés syriens en 2018
  • 41 280 - Demandeurs d'asile syriens en Allemagne en 2019

À Idlib, les habitants continuent de craindre le régime d'Assad plus que tout. Rares sont ceux qui doutent de la volonté du régime de régler ses comptes avec ceux qui se sont révoltés en 2011. L'année dernière a vu l'armée d'Assad et les milices pro-Assad continuer de faire pression sur la province d'Idlib, bénéficiant du soutien aérien russe. La Turquie, dont la présence à Idlib est bien accueillie par la plupart des habitants (contrairement à Afrin et dans d'autres régions à prédominance kurde à l'est de celle-ci), a passé l'année à abandonner un nombre croissant de ses avant-postes à Idlib.
Beaucoup craignent donc un retour imminent du régime, des rafles et des massacres, le tout loin des regards du monde entier. Les habitants d'Idlib n'ont nulle part où aller, mis à part la Turquie, qui, avec une économie en chute libre et quelque 3,5 millions de réfugiés syriens, ne veut pas en admettre davantage. En pleine pandémie de Covid-19, l'aide internationale limitée dont bénéficiaient les habitants d’Idlib et ceux d'autres régions syriennes est devenue quasiment inexistante. 

Les zones de Syrie sous le contrôle d’Assad ont également connu une récession économique plus marquée au cours de l’année écoulée. La dévaluation de la livre syrienne, combinée à l’absence d’investissements étrangers et à une aide de l’Iran et de la Russie limitée aux dépenses militaires a encore accentué l’effondrement de l’économie syrienne.
La crise financière qui a touché depuis la fin 2019 le Liban voisin a encore aggravé la situation, de nombreux Syriens y ayant conservé leurs maigres économies. Les banques libanaises ont gelé les retraits des déposants. Environ 80% des Syriens vivent maintenant sous le seuil de pauvreté. À court d'argent, le régime d'Assad s'est même retourné contre une partie de sa propre élite économique – leur mettant la pression pour qu’ils soutiennent l’État financièrement. 
Des conflits inédits au sein du clan Assad
Depuis avril, une dispute entre les principaux membres de la famille dirigeante a éclaté au grand jour. La querelle oppose le cousin de Bachar al-Assad, Rami Makhlouf, dont le père Mohammed Makhlouf était le frère d'Anisa Assad, la défunte mère de Bachar au régime syrien – principalement Bachar, voire son épouse Asma –  qui a exigé que Syriatel, la société de télécommunications de Rami Makhlouf, paie quelque 185 millions de dollars d’arriérés d’impôts à l’État syrien.

Le 30 avril, Rami Makhlouf a publié la première d’une série de vidéos sur Facebook dénonçant les actions du gouvernement contre lui et son empire financier. L'affrontement entre les familles Makhlouf et Assad a été considéré par beaucoup comme une lutte pour se partager les parts restantes du gâteau syrien, alors que les ressources ont considérablement diminué depuis le déclenchement de la guerre civile en 2011.

Une dispute entre les principaux membres de la famille dirigeante a éclaté en avril. Le différend a opposé le régime de Bachar Assad (à gauche) au cousin de Bachar al-Assad, Rami Makhlouf (à droite), photographié ici dans une vidéo devenue virale en mai. (AFP / Photos)

Toujours en 2020, de nouvelles manifestations ont éclaté dans le sud de la Syrie, y compris dans une zone fermement contrôlée par le régime, en raison de la détérioration de la situation économique.
Avec une grande partie de la Syrie encore sous les décombres, peu semblent capables d’apercevoir une lumière au bout du tunnel. Les promesses internationales d'aide à la reconstruction et même l'arrivée de travailleurs humanitaires étrangers en personne restent à ce stade improbables.
L’attention du monde est concentrée sur la Covid-19 et ses propres problèmes économiques. Mais sans une aide extérieure, le régime d'Assad ne fera que réaffirmer son emprise de fer sur un paysage dévasté, rendant les Syriens encore plus désespérés qu’ils le sont aujourd’hui. 

David Romano est professeur de science politique dans la section Moyen-Orient à l’université de l’État du Missouri 


L'Iran affirme contrôler le détroit d'Ormuz après les déclarations de Trump sur un contrôle américain

Cette photographie, obtenue auprès de l'agence de presse iranienne ISNA le 13 août 2026, montre une nappe de pétrole le long de la côte sud de l'île de Qeshm, en Iran, le 13 août 2026. (AFP)
Cette photographie, obtenue auprès de l'agence de presse iranienne ISNA le 13 août 2026, montre une nappe de pétrole le long de la côte sud de l'île de Qeshm, en Iran, le 13 août 2026. (AFP)
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  • Donald Trump, qui semble désormais privilégier une approche plus attentiste face à l'Iran, a répété mercredi sur son réseau Truth Social que les Etats-Unis avaient un contrôle "total" du détroit d'Ormuz et allaient le "garder"
  • Dans les faits, ce passage stratégique pour le commerce mondial de pétrole est verrouillé par l'Iran, alors que les Etats-Unis imposent de leur côté un blocus aux ports iraniens

TEHERAN: Un haut responsable iranien a affirmé jeudi que le détroit d'Ormuz restait sous le contrôle de l'Iran, après que le président américain Donald Trump a revendiqué la veille le contrôle américain de ce détroit stratégique.

"Aujourd'hui, vous voyez que le détroit d'Ormuz est sous la gestion et le contrôle de la République islamique, et que notre pays poursuit sa trajectoire en toute sécurité", a déclaré selon la télévision d'Etat Hossein Taeb, chef des forces paramilitaires du Bassidj, affiliées aux Gardiens de la Révolution, la puissante force armée de la République islamique.

Donald Trump, qui semble désormais privilégier une approche plus attentiste face à l'Iran, a répété mercredi sur son réseau Truth Social que les Etats-Unis avaient un contrôle "total" du détroit d'Ormuz et allaient le "garder".

Dans les faits, ce passage stratégique pour le commerce mondial de pétrole est verrouillé par l'Iran, alors que les Etats-Unis imposent de leur côté un blocus aux ports iraniens.

Les hostilités ont repris entre les deux pays début juillet, quand le protocole d'accord conclu en juin pour mettre durablement fin à la guerre au Moyen-Orient a volé en éclat.

Les frappes se sont depuis atténuées, Donald Trump assurant que des négociations étaient en cours avec l'Iran, qui a démenti, assurant de son côté ne parler qu'avec Oman d'un futur itinéraire pour franchir le détroit d'Ormuz.


Une colonie de Cisjordanie, démantelée en 2005, à nouveau inaugurée par Israël

Ganim est l'une des quatre colonies israéliennes de Cisjordanie évacuées par Israël dans le cadre du plan de retrait de l'ancien Premier ministre Ariel Sharon en 2005, avec Homesh, Sa-Nour et Kadim.  (AFP)
Ganim est l'une des quatre colonies israéliennes de Cisjordanie évacuées par Israël dans le cadre du plan de retrait de l'ancien Premier ministre Ariel Sharon en 2005, avec Homesh, Sa-Nour et Kadim. (AFP)
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  • À Ganim, environ deux douzaines de maisons préfabriquées ont déjà été installées. Des niveleuses et des rouleaux compresseurs s'activent sur le flanc de la colline afin de dégager de nouveaux espaces destinés à de futures habitations
  • Dans la vallée en contrebas, des Palestiniens interrogés par l'AFP témoignent de leur crainte que la construction de Ganim ne rende leur vie plus difficile, voire n'entraîne à terme leur déplacement

GANIM, TERRITOIRES PALESTINIENS: Plus de vingt ans après son retrait de la colonie de Ganim, en Cisjordanie occupée, Israël l'a officiellement inaugurée à nouveau jeudi, selon des journalistes de l'AFP sur place, dans une nouvelle illustration de la politique d'intensification de la colonisation menée par le gouvernement Netanyahu.

"Nous sommes revenus à Ganim  - et nous sommes revenus pour y rester", a affirmé le ministre de la Défense israélien Israël Katz, présent pour la cérémonie.

Sur l'unique rue récemment aménagée, l'odeur de l'asphalte fraîchement coulé flotte dans l'air. De nouveaux résidents et leurs proches, venus les aider à s'installer, sourient à la vue de leurs caravanes flambant neuves.

Ganim est l'une des quatre colonies israéliennes de Cisjordanie évacuées par Israël dans le cadre du plan de retrait de l'ancien Premier ministre Ariel Sharon en 2005, avec Homesh, Sa-Nour et Kadim. Leur emplacement isolé, dans le nord de la Cisjordanie, près de la ville palestinienne de Jénine, avait notamment motivé leur démantèlement.

Trois d'entre elles ont désormais été reconstruites sous l'actuel gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu, sur fond de forte accélération de la création de nouvelles colonies, et de légalisation d'avant-postes (souvent constitués de quelques caravanes ou préfabriqués construits sans l'aval du gouvernement israélien, et destinés à créer des faits accomplis).

À Ganim, environ deux douzaines de maisons préfabriquées ont déjà été installées. Des niveleuses et des rouleaux compresseurs s'activent sur le flanc de la colline afin de dégager de nouveaux espaces destinés à de futures habitations.

Dans la vallée en contrebas, des Palestiniens interrogés par l'AFP témoignent de leur crainte que la construction de Ganim ne rende leur vie plus difficile, voire n'entraîne à terme leur déplacement.

De part et d'autre de la route reliant Israël à la nouvelle colonie, l'armée a démoli ces derniers jours des commerces et bloqué plusieurs chemins de terre menant aux villages palestiniens, y amoncelant des gravats.

Une centaine de personnes ont assisté à Ganim à la cérémonie d'inauguration, venus d'Israël ou d'autres colonies de Cisjordanie, dont des députés et deux ministres.

Yossi Dagan, le président du Conseil régional, chargé des colonies de ce secteur a parlé "moment historique".

Il a rappelé qu'un plan de construction de 19 nouvelles colonies dans cette zone avait été lancé, avec le soutien du gouvernement.

"Aujourd'hui, nous revenons à Ganim et nous la reconstruisons. Nous ne sommes pas seulement revenus dans les quatre localités qui avaient été évacuées : nous multiplions par deux et par trois la présence juive dans le nord de la Samarie", a-t-il déclaré, utilisant le nom israélien de la Cisjordanie occupée.


La condamnation à mort de Bachar al-Assad par la Syrie : un pas vers la justice ?

La condamnation d’Assad, la première prononcée à son encontre par un tribunal syrien depuis l’effondrement de son gouvernement en décembre 2024 et sa fuite en Russie, a été rendue par contumace. (Image générée par IA représentant à quoi il aurait pu ressembler)
La condamnation d’Assad, la première prononcée à son encontre par un tribunal syrien depuis l’effondrement de son gouvernement en décembre 2024 et sa fuite en Russie, a été rendue par contumace. (Image générée par IA représentant à quoi il aurait pu ressembler)
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  • Ce jugement constitue la première condamnation nationale prononcée à l’encontre du président déchu et marque une tentative sans précédent de demander des comptes aux dirigeants de l’ancien régime
  • Assad bénéficie toujours de la protection de la Russie, tandis que des experts juridiques avertissent que la peine de mort pourrait compliquer les efforts visant à l’extrader et à le faire comparaître en personne devant un tribunal syrien

LONDRES : Pendant près d’un quart de siècle, Bachar al-Assad s’est tenu à la tête d’un État syrien dans lequel le président semblait hors d’atteinte de ses tribunaux.

Mardi, cette situation s’est radicalement inversée.

La quatrième chambre pénale du tribunal de Damas a condamné le président déchu à mort par contumace après l’avoir reconnu coupable de crimes incluant « l’assassinat prémédité et intentionnel de plusieurs personnes, dont des enfants », ainsi que « la torture, les arrestations arbitraires et les crimes contre l’humanité » commis au cours du long conflit qui a ravagé le pays.

Il s’agit de la première condamnation prononcée à l’encontre d’Assad par un tribunal syrien depuis l’effondrement de son gouvernement en décembre 2024 et sa fuite en Russie.

Son frère Maher, ancien commandant de la redoutable quatrième division blindée, et Atef Najib, ancien chef de la sécurité à Deraa dont le traitement réservé aux manifestants adolescents avait contribué à déclencher le soulèvement de 2011, figuraient parmi les personnes également condamnées à mort.

Najib, arrêté en Syrie l’année dernière, était le seul haut responsable présent à l’audience.
Pour de nombreux Syriens, le symbolisme était indéniable.

Des foules se sont rassemblées devant le palais de justice de Damas et ont célébré la nouvelle à Deraa, où le soulèvement contre Assad avait commencé après que les forces de sécurité eurent arrêté et torturé des adolescents accusés d’avoir écrit des graffitis antigouvernementaux.

Pour Rahaf Aldoughli, maître de conférences en études sur le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord à l’université de Lancaster, ce verdict revêt une « importance symbolique considérable ».

« Pendant des décennies, l’une des caractéristiques déterminantes du système Assad a été l’impunité : l’idée que les plus hauts responsables de l’État ne pourraient jamais être tenus légalement pour responsables », a-t-elle déclaré à Arab News.

« Un tribunal syrien qui reconnaît officiellement la responsabilité pénale de Bachar al-Assad rompt donc, au moins symboliquement, avec cet héritage. »

Elle a toutefois mis en garde contre une interprétation excessive de cet événement.
« Nous devons veiller à ne pas assimiler la condamnation d’Assad à la justice transitionnelle. La justice transitionnelle ne peut se réduire à la sanction d’un seul individu, aussi central qu’il ait pu être au sein du système. »

Ce verdict confronte également les nouvelles autorités syriennes à une question plus épineuse : condamner Assad à mort le rapproche-t-il de la justice, ou rend-il encore plus lointaine la perspective de le juger un jour en personne — ainsi que ceux qui ont permis le fonctionnement de son appareil ?

« Dans l’ensemble, il s’agit d’une avancée significative, mais il ne faut pas en exagérer l’importance », a déclaré à Arab News Robert Pinfold, maître de conférences en sécurité internationale au King’s College de Londres. « Cela reste largement symbolique — notamment parce qu’Assad se trouve en Russie. »

Si la poursuite des relations chaleureuses entre Damas et Moscou pourrait théoriquement constituer un « coup de théâtre », a-t-il ajouté, il est raisonnable de supposer que les avoirs d’Assad et de sa famille resteront hors d’atteinte à court terme.

« Quant à la condamnation à mort elle-même, la plupart des Syriens y seront globalement favorables », a déclaré M. Pinfold. « Très peu de gens aujourd’hui — y compris certains de ses anciens partisans et des alaouites qui estiment qu’il les a trahis en s’enfuyant — soutiennent encore Bachar al-Assad. Il ne s’agit donc pas d’une décision controversée.

« Mais la capacité du gouvernement à réellement l’appliquer est limitée, puisque Assad se trouve hors du pays. »

Il a fait valoir que, alors que Damas est confrontée à des demandes croissantes de vérité, de réconciliation et de responsabilisation, elle doit mener ces processus avec prudence afin d’éviter de donner l’impression que les communautés minoritaires sont collectivement tenues pour responsables des exactions de l’ancien régime, même si les Syriens continuent de réclamer justice.

Assad est devenu, contre toute attente, le dirigeant de la Syrie de 2000 à décembre 2024, succédant à son père Hafez Assad et présidant un système dominé par la présidence, les services de sécurité et l’establishment militaire.

Lorsque des manifestations pacifiques ont éclaté en 2011, les forces gouvernementales ont réagi par la force meurtrière. Le soulèvement s’est rapidement transformé en une guerre qui a fait plus de 580 000 morts, déplacé plus de 13 millions de personnes et donné lieu à des allégations de torture systématique, de disparitions forcées, d’attaques aveugles et d’autres violations graves.

Pendant des années, les tentatives visant à établir les responsabilités se sont principalement déroulées en dehors de la Syrie. Les tribunaux européens ont eu recours à la compétence universelle et à d’autres mécanismes juridiques pour poursuivre d’anciens agents des services de renseignement syriens et d’autres suspects qui avaient atteint leur territoire.

Les tribunaux français ont également poursuivi Bachar al-Assad lui-même. En 2025, des juges d’instruction français ont émis un mandat d’arrêt à son encontre en lien avec le bombardement, en 2012, d’un centre de presse à Homs qui a coûté la vie aux journalistes Marie Colvin et Rémi Ochlik.

La décision rendue mardi revêt une importance particulière car elle a été prononcée en Syrie, inscrivant officiellement Assad au casier judiciaire du pays en tant que prévenu condamné, et non plus simplement comme faisant l’objet d’enquêtes, d’allégations ou de sanctions étrangères.

Mais la condamnation à mort ne constitue pas nécessairement une issue juridique définitive. Assad a été jugé par contumace et, selon le droit procédural syrien, le verdict pourrait être annulé et la procédure rouverte s’il se rendait ou s’il était arrêté et traduit en justice, d’après l’analyse du Réseau syrien pour les droits de l’homme.

« Le fait qu’il s’agisse également d’une condamnation à mort complique en outre les traités d’extradition avec d’autres pays qui ont pu ou non accorder l’asile à des responsables du régime syrien », a déclaré Samy Akil, conseiller principal chez The Syria Report, à Arab News.

« Je pense que l’UE et la CPI s’opposent à l’extradition vers un pays où une peine de mort a été prononcée à l’encontre d’une personne jugée par contumace. Je pense que c’est un aspect dont les responsables syriens n’ont pas vraiment tenu compte. »

Une question juridique plus large se pose également. Le droit syrien ne définit pas les « crimes de guerre » ni les « crimes contre l’humanité » comme des infractions distinctes. Ces affaires sont donc généralement jugées en vertu des dispositions pénales ordinaires, notamment celles relatives au meurtre, à la torture et à la détention illégale.

Les procureurs ont cherché à combler cette lacune en invoquant des principes juridiques internationaux, bien que la Syrie ne soit pas partie à la Convention des Nations unies de 1968 sur l’imprescriptibilité des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité.

Ces procédures contribueront donc à établir le cadre juridique pour de futures affaires visant à établir les responsabilités.

« Le cadre juridique et le système judiciaire syriens ne sont pas suffisamment adaptés pour traiter l’ampleur, la portée et la nature des massacres qui ont été perpétrés en Syrie — qu’il s’agisse de crimes de guerre, de torture ou de toutes les questions pertinentes qui doivent être abordées », a déclaré Akil.

« Le fait qu’ils se soient largement appuyés sur le code pénal existant — malgré plus d’un an et demi de travail sur une loi de justice transitionnelle, un projet de texte et le plaidoyer de nombreux groupes de la société civile — sape le processus de transition (aujourd’hui) et pour l’avenir.

« En fin de compte, il faut un système judiciaire indépendant et opérationnel pour traiter d’autres affaires (similaires) qui sont peut-être moins médiatisées, comme celles concernant des commandants de division ayant commis des massacres sur ordre des échelons supérieurs de la chaîne de commandement.

« L’absence d’une loi claire sur la justice transitionnelle est, à mon sens, la principale préoccupation, mais en fin de compte, cette décision constitue évidemment une victoire symbolique. »

Pour l’instant, il est peu probable qu’Assad purge la peine qui lui a été infligée. Il se trouve toujours en Russie, qui ne devrait pas l’extrader, tandis que la peine de mort pourrait compliquer toute tentative visant à obtenir son extradition depuis un autre pays.

Pour autant, considérer ce jugement comme purement symbolique reviendrait à en négliger l’importance.


Pour la première fois, un tribunal syrien a formellement établi la responsabilité pénale de la figure la plus puissante de l’ancien régime — un homme qui incarnait autrefois l’autorité de l’État syrien, mais qui est désormais fiché comme un fugitif condamné pour des crimes graves.

« À court terme, cette condamnation n’aboutira probablement pas à l’emprisonnement ou à l’exécution d’Assad tant qu’il restera sous la protection de la Russie et que Moscou refusera de l’extrader », a déclaré M. Aldoughli.

« Son impact immédiat est donc avant tout juridique et symbolique, plutôt que coercitif. Mais cela ne la rend pas pour autant dénuée de sens. »

La condamnation d’Assad clôt un chapitre des relations entre la Syrie et son ancien dirigeant. La question la plus importante est de savoir si elle marquera le début d’un processus de justice transitionnelle complet et impartial, ou si elle restera un jugement historique qui ne pourra jamais être appliqué.

« Peut-être que l’importance la plus grande réside dans le fait qu’Assad, qui a gouverné la Syrie pendant plus de deux décennies avec un pouvoir pratiquement illimité, est désormais un fugitif recherché par la justice syrienne », a déclaré M. Aldoughli.

« Pour de nombreux Syriens, ce revirement aura en soi une portée symbolique considérable. Mais le véritable test de la transition syrienne sera de savoir si ce moment marquera le début d’un processus judiciaire complet et impartial, plutôt que son aboutissement. »