Pourquoi la dernière guerre entre Israël et le Hamas s'avère-t-elle si polarisante?

Des milliers de manifestants se rassemblent lors d'une manifestation pro-palestinienne sur la Freedom Plaza à Washington, le samedi 4 novembre 2023 (Photo, AP).
Des milliers de manifestants se rassemblent lors d'une manifestation pro-palestinienne sur la Freedom Plaza à Washington, le samedi 4 novembre 2023 (Photo, AP).
Short Url
Publié le Mercredi 22 novembre 2023

Pourquoi la dernière guerre entre Israël et le Hamas s'avère-t-elle si polarisante?

  • Selon les experts, la politique intérieure, la religion, le statut de victime et les notions de justice pour les Palestiniens ont aggravé les divisions sur le conflit
  • Les commentateurs affirment que la culture de l'annulation et le clivage marqué du discours public ont rendu tout débat raisonné presque impossible

DUBAI/LONDRES: Peu de sujets dans le monde suscitent des émotions d'une telle intensité, des manifestations mondiales d'indignation ou l'incompréhension de points de vue rivaux face à l'ampleur du conflit entre Israéliens et Palestiniens, même parmi ceux qui n'ont pas d'intérêt personnel dans la région.

Le conflit actuel à Gaza a fait ressortir ces tensions publiques sur la question avec une férocité jamais vue auparavant, entraînant des manifestations de masse dans les capitales occidentales, des querelles publiques qui mettent fin à des carrières et une série de crimes haineux et même de meurtres.

Face à la colère et au vitriol qui s'expriment sur les réseaux sociaux, dans les journaux, dans les couloirs du pouvoir et dans les rues, les experts se demandent de plus en plus pourquoi cette question continue de diviser autant et si la sérénité ne doit pas d'abord prévaloir si l'on veut parvenir à une fin durable du conflit.

«Le conflit israélo-palestinien fait rage et chaque fois qu’un conflit survient, il prend de l'ampleur: Il se développe ailleurs, plus que tout autre conflit dans le monde», a déclaré à Arab News, Yossi Mekelberg, professeur de relations internationales et membre associé du programme pour le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord à Chatham House, à Londres.

«La guerre en Ukraine est une guerre massive, tout comme le conflit en Syrie, mais nous n'avons pas vu ce genre de réaction. Je crois que c'est parce que les questions soulevées – le droit à l'existence d'Israël et le sort des Palestiniens – donnent lieu à de nombreux autres griefs et que c'est ainsi que les gens peuvent les exprimer.»

Des manifestants utilisent les lampes de poche de leurs téléphones portables pour protester contre les attaques israéliennes sur Gaza, à Barcelone, en Espagne, le 11 novembre 2023 (Photo, AP).

Depuis que le groupe militant palestinien Hamas a lancé une attaque transfrontalière contre le sud d'Israël le 7 octobre, faisant 1 200 morts et prenant en otage plus de 200 Israéliens et étrangers, la bande de Gaza est soumise à d'intenses bombardements israéliens.

Les détails de l'attaque du Hamas – qui, selon les rapports israéliens, a entraîné le meurtre de familles entières, notamment de jeunes enfants, et même le viol et la décapitation de civils – ont provoqué une onde de choc dans le monde entier, suscitant un élan de sympathie à l'égard du peuple israélien.

La férocité de l'attaque, qui a fait écho aux pogroms des siècles passés, a conduit les dirigeants occidentaux à réaffirmer leur soutien au droit d'Israël d'exister et de se défendre. Le président américain, Joe Biden, et le secrétaire d'État, Antony Blinken, se sont empressés de rendre hommage en personne aux victimes.

Cependant, après des décennies d'occupation israélienne, de violence des colons en Cisjordanie, d'incursions provocatrices dans l'enceinte de la mosquée Al-Aqsa à Jérusalem par des ministres israéliens d'extrême droite, et de difficultés et de discriminations quotidiennes endurées par le peuple palestinien, certains ont affirmé qu'Israël avait en quelque sorte provoqué cette attaque.

Certains, en particulier le régime iranien et ses milices mandataires dans toute la région, ont ouvertement fait l'éloge de l'assaut du Hamas, tandis que de nombreux sympathisants du groupe en Occident ont décrit les attaquants comme des «combattants de la liberté» plutôt que comme des terroristes.

Des volutes de fumée s'élèvent après une frappe israélienne sur Gaza, le 21 novembre 2023 (Photo, AFP).

La réaction d'Israël à l'attaque du 7 octobre a été rapide. Promettant d'éliminer le Hamas, les forces de défense israéliennes ont commencé à bombarder la bande de Gaza, densément peuplée, ont restreint la fourniture de services publics et l'acheminement de l'aide humanitaire, et ont ordonné aux civils de quitter leur domicile en prévision d'une offensive terrestre.

Les images de la dévastation qui en résulte, des hôpitaux submergés et des scènes de déplacement, qui font écho à la Nakba (ou «catastrophe») de 1948 au cours de laquelle les Palestiniens ont été dépouillés de leurs terres, ont déclenché une vague de sympathie pour le peuple gazaoui et des demandes de cessez-le-feu immédiat.

Parallèlement, de nouveaux appels ont été lancés en faveur d'une solution à deux États comprenant la création d'un État palestinien indépendant à Gaza et en Cisjordanie, sur la base des frontières de 1967, avec Jérusalem-Est comme capitale.

Toutefois, certains pro-palestiniens ont également repris des slogans controversés tels que «Du fleuve à la mer, la Palestine sera libre», un slogan qui semble suggérer l'élimination d'Israël entre le Jourdain et la Méditerranée, ce qui a donné lieu à des accusations d'antisémitisme.

Des Palestiniens fuient vers le sud de la bande de Gaza dans la rue Salah al-Din au camp de Bureij, dans la bande de Gaza, le samedi 11 novembre 2023 (Photo, AP).

Les commentateurs soulignent que la polarisation du discours public autour du conflit laisse peu de place à la nuance ou aux zones d'ombre dans les discussions, ce qui rend presque impossible un débat raisonné sur la question.

«Chaque partie implore le statut de victime cinq étoiles», a déclaré Mohammed Darawshe, directeur de la stratégie au Givat Haviva Center for Shared Society à Jérusalem, qui promeut le dialogue judéo-arabe, dans un article récent de Roger Cohen dans le New York Times.

«Si l'on est coincé dans le statut de victime, on voit tous les autres comme se victimisant et déshumanisant», a-t-il ajouté.

Lors d'une récente interview avec Christiane Amanpour de CNN, l'universitaire britannique Mona Siddiqui, professeure d'études islamiques et interreligieuses à l'université d'Édimbourg, a déclaré: «On a soudain l'impression qu'il y a un conflit partout... dans notre politique, dans notre société, et que, d'une certaine manière, le conflit à l'étranger... se joue dans nos rues.»

Siddiqui a appelé à une nouvelle «imagerie morale» capable de façonner les points de vue sur le conflit à partir de l'étranger sans enflammer davantage les tensions.

Au contraire, les divisions provoquées par la guerre ont jeté de l'huile sur le feu du phénomène de la «cancel culture» qui a fait des ravages dans de nombreuses institutions occidentales au cours des dernières années.

Une étudiante activiste résiste à la détention lors d’un rassemblement pour protester contre les opérations militaires israéliennes à Gaza et pour soutenir le peuple palestinien, à New Delhi, en Inde, le 27 octobre 2023 (Photo, AP).

David Velasco, rédacteur en chef d'Artforum, un magazine américain influent, a été licencié pour avoir publié le 19 octobre une lettre ouverte appelant à la «libération de la Palestine» et à un «cessez-le-feu immédiat». Son licenciement a incité de nombreux autres membres du personnel à démissionner.

Michael Eisen, professeur de génétique à l'université de Californie à Berkeley et rédacteur en chef d'eLife, une revue influente dans le domaine des sciences de la vie, a été évincé de son poste après avoir retweeté un article satirique publié par The Onion et intitulé «Dying Gazans criticized for not using last words to condemn Hamas» («Les Gazaouis mourants critiqués pour ne pas avoir utilisé leurs derniers mots pour condamner le Hamas»).

Eisen a été licencié bien qu'il ait également posté un message sur X dans lequel il disait: «Je condamne le Hamas. Je condamne la façon dont Israël a traité les Palestiniens. Je condamne la façon dont un acte odieux est utilisé pour en justifier un autre.»

Le licenciement le plus médiatisé lié à cette question est sans doute celui de Suella Braverman, jusqu'à récemment ministre de l'Intérieur du Royaume-Uni, qui a écrit une tribune dans le Times, sans l'autorisation de Downing Street, dans laquelle elle accusait la police métropolitaine de Londres de faire preuve d'un parti pris pro-palestinien lors du maintien de l'ordre à l'occasion de manifestations rivales.

Dans un article récent de The Atlantic, intitulé «Cancel culture cuts both ways» («La culture de l'annulation est à double tranchant»), le politologue germano-américain Yascha Mounk a déclaré: «La cancel culture restreint le débat politique sur toutes sortes de sujets, encourage les gens à s'abstenir d'exprimer toute opinion qui pourrait s'avérer controversée et sape la confiance dans les institutions importantes.»

Une femme tient un drapeau palestinien lors d'un rassemblement pro-palestinien, à Paris, le samedi 18 novembre 2023 (Photo, AP).

Au-delà des disputes dans la presse et sur les réseaux sociaux, les divisions liées au conflit ont également un effet concret en dehors du Moyen-Orient, sur les communautés musulmanes et juives qui subissent des attaques verbales et physiques depuis le 7 octobre.

Mekelberg a indiqué que le fait que des Juifs aient été récemment pris pour cible dans le réseau de transport londonien et ailleurs, par exemple, n'est pas la même chose que de critiquer le comportement d'Israël dans la bande de Gaza.

«Critiquer Israël et la politique de son gouvernement est tout à fait légitime», a-t-il signalé. En revanche, les attaques contre des personnes juives sont fondamentalement antisémites, tout comme les attaques contre des musulmans découlent de l'islamophobie.

La foi est cependant indissociable du conflit israélo-palestinien. En effet, Israël a été fondé en tant qu'État juif, déplaçant au passage une communauté majoritairement musulmane. Vient ensuite la question épineuse de Jérusalem, où se trouvent certains des lieux les plus sacrés de l'islam, du judaïsme et du christianisme.

Des manifestants tiennent une banderole lors d'un rassemblement à Belgrave Square, appelant à un «cessez-le-feu maintenant», lors d'une manifestation organisée par Jewish Bloc, Jews For Palestine dans le centre de Londres, le 11 novembre 2023 (Photo, AFP).

Ziad Asali, médecin à la retraite et fondateur de l'organisation American Task Force on Palestine, estime que la religion explique en grande partie pourquoi le conflit revêt une telle importance à l'échelle mondiale.

«Tout ce qui a trait au Moyen-Orient est teinté d'un impact, de discours et de perception religieux», a-t-il déclaré à Arab News depuis Washington.

«En ce moment, l'émotion est grande car il s'agit maintenant d'un conflit entre des personnes qui appartiennent aux trois grandes religions monothéistes en même temps», a-t-il expliqué.

«Lorsque la religion fait irruption dans un conflit, les choses ne peuvent être contrôlées par la raison. L'aspect religieux de cette guerre la rend particulièrement menaçante et potentiellement plus explosive que n'importe quelle guerre en Afrique ou en Asie», a-t-il ajouté.

À la base du conflit israélo-palestinien se trouve cependant quelque chose de bien plus tangible: la question de la terre, que de nombreux partisans de la Palestine considèrent comme une question de justice et de restitution.

«Il y a des raisons réelles à cette lutte qui sont basées sur cette Terre, et non dans un lieu céleste, et qui ont trait à la terre, à l'occupation et à ce qui arrive aux gens, à leurs maisons, à leurs villes et à leur mode de vie», a précisé Asali. «C'est d'une tragédie au-delà de ce qui est imaginable.»

Une femme scande des slogans lors d'un rassemblement pro-palestinien à Bucarest, en Roumanie, le samedi 18 novembre 2023 (Photo, AP).

Vient ensuite la question du contexte politique dans les pays occidentaux et la façon dont les attitudes envers Israël et les Palestiniens sont réparties entre les partis politiques et même leurs factions internes.

Ces clivages politiques sont peut-être particulièrement marqués aux États-Unis à l'heure actuelle, le pays s’approchant d'une année électorale où les enjeux sont considérés comme plus importants et où l'exécutif actuel est conscient qu'il suit une ligne très étroite.

«Les positions politiques sont prises en fonction de critères passéistes, de gauchisme, d’éthnie et de patriotisme», a jugé Asali.

Bien que tous les facteurs susmentionnés aient probablement façonné la réaction polarisée au conflit, on ne peut nier la gravité de la crise qui se déroule à Gaza et le potentiel d'une escalade régionale plus large, avec des conséquences potentiellement mondiales.

C'est également pour cette raison que les populations extérieures au Moyen-Orient considèrent la résolution du conflit comme une question qui les concerne tout particulièrement.

«Il s'agit d'une guerre terrible comme nous n’en avons pas eu depuis un certain temps au Moyen-Orient», a soutenu Asali. «Il s'agit d'une guerre qui est sur le point soit d'être contenue soit de s'étendre.

«Elle est menée en conséquence des décisions prises aux États-Unis et au Moyen-Orient», a conclu Asali.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Analyse : pourquoi Abu Dhabi attire de plus en plus l’attention dans le Soudan en guerre

Des images satellites publiées en décembre dernier ont montré des tombes près des bureaux de l’UNICEF à El-Fasher, dont les habitants civils étaient assiégés par les Rapid Support Forces depuis plus d’un an. (AFP/Archives)
Des images satellites publiées en décembre dernier ont montré des tombes près des bureaux de l’UNICEF à El-Fasher, dont les habitants civils étaient assiégés par les Rapid Support Forces depuis plus d’un an. (AFP/Archives)
Short Url
  • Malgré des démentis répétés, l’émirat du Golfe fait face à des accusations croissantes de soutien à la milice des RSF de Hemedti

LONDRES : Dans un entretien exclusif accordé lundi 9 février à Arab News, le ministre soudanais de la Défense, Hassan Kabroun, a accusé « un État du mal » d’alimenter la rébellion catastrophique qui, en trois ans, a fait des dizaines de milliers de morts, déplacé plus de 14 millions de personnes et réduit des villes entières en ruines.

Kabroun n’a pas nommé cet « État du mal », qu’il dit responsable de « fournir un soutien logistique, des armes, du renseignement et même des combattants » aux Forces de soutien rapide (RSF), commandées par le général Mohamed Hamdan Dagalo, dit Hemedti.

Lors d’une session de la Conférence de Munich sur la sécurité, le Premier ministre soudanais Kamil Idris a publiquement accusé les Émirats arabes unis de fournir « assistance, armes… soutien » à des mercenaires colombiens et d’autres nationalités combattant aux côtés des rebelles.

« Nous avons des preuves au-delà de tout doute raisonnable », a-t-il déclaré. « Il appartient aux Émirats arabes unis de se défendre, d’arrêter cela, et alors nous pourrons engager des pourparlers de paix. »

Cependant, quelques jours plus tard, l’envoyé du Soudan à l’ONU, Hassan Hamid, a publiquement cité les Émirats lors d’une session tenue à Genève. Il a déclaré : « Pensez-vous que le simple fait de promettre de l’argent puisse effacer la honte de votre soutien à une milice ayant un passé terroriste aussi sombre ? »

Abu Dhabi a systématiquement nié soutenir les RSF, malgré l’accumulation d’éléments contraires.

--
Réfugiés soudanais d’Al-Fasher. (Reuters/File)

La semaine dernière, l’agence de presse Reuters a publié des images satellites qui, selon elle, montraient un camp d’entraînement secret des Forces de soutien rapide (RSF) en Éthiopie, pays limitrophe du Soudan à l’est. Huit sources, dont un haut responsable du gouvernement éthiopien, ont affirmé que « les Émirats arabes unis avaient financé la construction du camp et fourni des formateurs militaires ainsi qu’un soutien logistique pour le site ».

La base était également mentionnée dans une note interne des services de sécurité éthiopiens et dans un câble diplomatique consulté par Reuters. Presque immédiatement, un porte-parole du gouvernement éthiopien — allié proche et bénéficiaire financier des Émirats — a démenti le rapport, et a ensuite refusé de renouveler l’accréditation de trois journalistes basés à Addis-Abeba pour couvrir le 39ᵉ sommet de l’Union africaine (UA).

En réponse à une demande de commentaire concernant ces allégations, le ministère des Affaires étrangères des Émirats a déclaré à Reuters que le pays n’était pas partie au conflit et ne participait « d’aucune manière » aux hostilités — une affirmation contredite par des preuves accablantes.

Depuis le début de 2024, le gouvernement soudanais a à plusieurs reprises sollicité le Conseil de sécurité de l’ONU pour agir contre les Émirats, qu’il accuse de complicité dans la guerre de terreur menée par les RSF, et en demandant qu’ils soient tenus « légalement et pénalement responsables des crimes qu’ils commettent contre le peuple et l’État soudanais ».

Le 10 juin, le Soudan a soumis un dossier accablant comprenant des photographies et des détails sur l’armement saisi par les forces soudanaises sur les champs de bataille de Khartoum et d’Omdurman.

La liste des équipements capturés comprenait des véhicules blindés, des drones, des obus et des missiles, tous « vendus à l’armée des Émirats arabes unis et ayant ensuite fini entre les mains des Forces de soutien rapide au Soudan ».

--
Combattants des RSF à El-Fasher. (AFP/File)

On a également retrouvé du matériel de communication arborant le logo de la société de télécommunications publique basée à Abu Dhabi, Etisalat, ainsi que plusieurs passeports émiratis.

En avril 2025, une enquête de France 24 avait révélé que des munitions fabriquées en Europe et fournies légalement à Abu Dhabi avaient été retrouvées sur les champs de bataille du Soudan.

Des vidéos, initialement publiées sur les réseaux sociaux en novembre 2024 par des militants alliés à l’armée soudanaise dans sa lutte contre les RSF, montraient des munitions capturées, notamment des obus de mortier explosifs de 81 mm, clairement marqués comme ayant été fabriqués en Bulgarie par une entreprise appelée Dunarit.

La Bulgarie fait partie de l’Union européenne, qui interdit activement l’exportation d’armes vers le Soudan. Un examen effectué par le ministère bulgare de l’Économie a confirmé que l’entreprise avait exporté légalement ces munitions vers les Émirats arabes unis.

France 24 a découvert que ces obus de mortier avaient été vendus à l’International Golden Group à Abu Dhabi. IGC se présente comme « le principal fournisseur de services de défense et de sécurité de haut niveau, intégrés et complexes, comprenant l’approvisionnement, l’intégration des systèmes, la fabrication, la maintenance et le support pour le ministère de la Défense des Émirats, le ministère de l’Intérieur et d’autres entités gouvernementales de défense et de sécurité ».

Abu Dhabi a auparavant démenti les rapports d’Amnesty International et de Human Rights Watch selon lesquels il exporterait des armes vers les RSF via le port émirati de Fujairah. « La cargaison venait de Chine vers les Émirats, mais nous ne sommes pas responsables de sa destination ensuite », a déclaré récemment un éminent universitaire lorsqu’il a été confronté à cette accusation à la télévision en direct.

Les obus de mortier ne sont pas les seules armes entre les mains des rebelles suspectés de provenir d’Abu Dhabi.

--
Le général Mohamed Hamdan Dagalo. (AFP/File)

Vendredi 6 février, des camions transportant une aide vitale destinée aux familles soudanaises déplacées dans le sud-est du pays ont été détruits lors d’une attaque par drone des RSF, qui a coûté la vie à un travailleur humanitaire du Programme alimentaire mondial (PAM) et en a blessé de nombreux autres.

Le lendemain, un autre drone a frappé un véhicule transportant des déplacés dans la province du Kordofan du Nord, tuant 24 personnes, dont huit enfants.

Le ministère saoudien des Affaires étrangères a publié une condamnation très ferme des « attaques criminelles menées par les Forces de soutien rapide ».

Il a également « rejetté toute ingérence étrangère et l’afflux continu d’armes illicites, de mercenaires et de combattants étrangers au Soudan », ajoutant que « malgré le soutien déclaré de certaines parties à une solution politique, de telles actions constituent un facteur majeur de prolongation du conflit et d’aggravation de la souffrance du peuple soudanais ».

Abu Dhabi a également condamné à plusieurs reprises ces attaques, y compris une précédente contre un convoi humanitaire du PAM à Mellit, dans le Darfour du Nord, le 9 juin ; une attaque contre une mosquée dans la ville d’El-Fasher qui a tué des dizaines de civils le 21 septembre ; et une attaque par drone le 15 décembre contre une base de la Force intérimaire des Nations Unies pour Abyei (UNISFA) dans la ville de Kadugli, entraînant plusieurs morts et blessés parmi les membres du contingent bangladais de l’ONU.

Mais un élément a été absent des protestations répétées d’Abu Dhabi : le fait que la plupart, sinon la totalité, de ces attaques ont été perpétrées par les RSF, le groupe auquel, selon de multiples sources, dont le Human Rights Research Center, Abu Dhabi « achemine des ressources, des armes et de l’argent… depuis le début de la guerre civile », et qui est responsable de la majorité des atrocités commises au Soudan au cours des trois dernières années.

En novembre 2024, les démocrates du Sénat américain ont présenté une « résolution de désapprobation » ainsi qu’une législation visant à « suspendre les ventes d’armes des États-Unis aux Émirats arabes unis (EAU) jusqu’à ce que les États-Unis certifient que les EAU n’arment pas les Forces de soutien rapide (RSF) au Soudan ».

À l’époque, le sénateur Chris Van Hollen déclarait que « les EAU sont un partenaire important au Moyen-Orient, mais les États-Unis ne peuvent rester les bras croisés alors qu’ils contribuent à aggraver la catastrophe humanitaire au Soudan – nous devons utiliser notre influence pour tenter de conduire ce conflit vers une résolution pacifique ».

Deux mois plus tard, en janvier 2025, le sénateur Van Hollen et la représentante Sara Jacobs annonçaient que, « sur la base d’un briefing de l’administration Biden et comme le démontrent également les récents reportages », ils avaient « confirmé que les Émirats arabes unis (EAU) fournissent des armes aux Forces de soutien rapide (RSF) au Soudan, en contradiction directe avec les assurances données aux États-Unis ».

--
Des membres des RSF détiendraient un combattant connu sous le nom d’Abu Lulu à El-Fasher. (RSF/AFP)

Le 7 janvier 2025, le département d’État américain a sanctionné les RSF et les milices affiliées, qui avaient « systématiquement assassiné des hommes et des garçons – y compris des nourrissons – sur des bases ethniques, et ciblé délibérément des femmes et des filles de certains groupes ethniques pour des viols et d’autres formes de violences sexuelles brutales ».

Hemedti, le chef du groupe, a été spécifiquement désigné « pour son rôle dans les atrocités systématiques commises contre le peuple soudanais ».

De manière cruciale, ont également été sanctionnées « sept entreprises appartenant aux RSF et situées aux Émirats arabes unis ainsi qu’un individu pour leur rôle dans l’acquisition d’armes pour les RSF ».

En novembre 2025, The Sentry, une organisation d’investigation et de politique basée à Washington « qui cherche à neutraliser les réseaux multinationales prédateurs profitant des conflits violents », a publié un rapport accusant une entreprise basée à Abu Dhabi, Global Security Services Group, d’avoir organisé le déploiement de mercenaires colombiens au Soudan.

Sur son site web, GSSG se décrit comme « le seul fournisseur privé de services de sécurité armés pour le gouvernement des Émirats arabes unis ». Bien qu’elle se présente également comme une entreprise « indépendante », The Sentry a affirmé avoir découvert des documents d’entreprise « montrant que l’homme d’affaires émirati fournissant ces mercenaires aux RSF est un partenaire commercial d’un haut responsable gouvernemental des Émirats arabes unis ».

Le rapport a appelé les États-Unis, l’Union européenne et le Royaume-Uni à « enquêter et, le cas échéant, sanctionner Mohamed Hamdan Alzaabi, Global Security Services Group, Álvaro Quijano, Claudia Oliveros, International Services Agency (A4SI), et Global Staffing SA … pour des activités liées à la déstabilisation de la paix, de la sécurité et de la stabilité du Soudan et pour avoir fourni un soutien matériel aux membres sanctionnés des RSF ».

Le mois suivant, en décembre 2025, l’administration Trump aux États-Unis a émis une série de sanctions.

« Depuis septembre 2024 », a-t-elle indiqué, « des centaines d’anciens militaires colombiens se sont rendus au Soudan pour combattre aux côtés des RSF et fournir à ces derniers une expertise tactique et technique, servant comme fantassins et artilleurs, pilotes de drones, opérateurs de véhicules et instructeurs, certains entraînant même des enfants à combattre dans les RSF ».

Quatre Colombiens ont été sanctionnés, dont Alvaro Andres Quijano Becerra, « un officier militaire colombien à la retraite basé aux Émirats arabes unis, qui joue un rôle central dans le recrutement et le déploiement d’anciens militaires colombiens au Soudan ».

--
Le Soudan a soumis en juin dernier à l’ONU un dossier contenant des détails sur des armements « vendus à l’armée des Émirats arabes unis et qui ont ensuite fini entre les mains des RSF » (AFP/Archives).

Mais, fait remarquable, a déclaré Eric Reeves, analyste et chercheur au Rift Valley Institute qui étudie le Soudan depuis 25 ans, les Émirats arabes unis eux-mêmes ont échappé à toute interdiction, « même si nous savons que ce type n’aurait jamais pu être là sans l’approbation du président, Mohammed bin Zayed. »

Le 19 novembre, lors de la visite à Washington du prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, il ajouta : « Le président Trump a dit ‘Nous allons nous impliquer au Soudan.’ Mais on ne peut pas s’impliquer au Soudan, ni sur le plan humanitaire, ni sur le plan politique ou diplomatique, si l’on n’est pas prêt à prononcer les mots ‘Émirats arabes unis.’ »

« La semaine précédant l’annonce de Trump, son secrétaire d’État Marco Rubio avait déclaré : ‘Nous savons que ces armes viennent de quelque part, et nous savons qu’elles doivent traverser une ou plusieurs frontières, et nous devons arrêter cela.’ »

« Mais il n’a pas mentionné les Émirats, alors que chaque mot qu’il a prononcé pointait directement vers les Émirats. Regardez maintenant où se tiennent les pourparlers Ukraine-Russie, même en ce moment. »

Cependant, lors de son audition devant la commission des relations étrangères en janvier 2025, le candidat au poste de secrétaire d’État Marco Rubio a directement dénoncé le rôle d’Abu Dhabi au Soudan. Les Émiratis, a-t-il dit, étaient « des acteurs importants dans ce que nous espérons résoudre au Moyen-Orient », mais « nous devons aussi souligner qu’ils soutiennent ouvertement une entité qui commet un génocide. »

Les preuves que Abu Dhabi soutient militairement les RSF, a déclaré Reeves, « sont indéniables, et le sont depuis presque un an et demi maintenant. »

« Les Émirats sont très habiles à se présenter comme l’acteur indispensable au Moyen-Orient » et « seules les personnes ayant un intérêt à protéger les Émirats ou à soutenir les Émirats le nient. »

« Nous le savons tous. Les États-Unis le savent. Les Européens le savent, en fait, les Européens étaient très proches de dénoncer les Émirats par une déclaration parlementaire européenne il y a deux ou trois mois, et à la dernière minute, les Émiratis les ont fait renoncer. »

« Ils sont très puissants, très riches, très rusés et impitoyables, et c’est une combinaison redoutable. »

Malgré cela, les dénégations d’Abu Dhabi et des proches du gouvernement émirati continuent d’apparaître régulièrement sur les réseaux sociaux. Le 10 février, le Dr Abdulkhaleq Abdullah, analyste et professeur de sciences politiques avec des liens à Harvard, a tweeté en mettant en doute la crédibilité de Reuters et affirmant que son reportage sur un camp d’entraînement des RSF financé par les Émirats en Éthiopie était « sans fondement. »

« Les Émirats ont confirmé à plusieurs reprises qu’ils ne soutiennent aucune partie dans le conflit armé futile au Soudan », a-t-il tweeté, ajoutant que « Reuters et d’autres agences de presse internationales ne sont pas toujours exactes ; leurs reportages proviennent souvent de fuites de sources douteuses avec des agendas politiques. »

D’autres, cependant, prennent très au sérieux les rapports sur le soutien d’Abu Dhabi aux RSF.

Le même jour, Jim Risch, président de la commission des relations étrangères du Sénat américain, a tweeté : « Je suis préoccupé par des rapports faisant état d’un centre d’entraînement lié aux Émirats pour des criminels génocidaires des RSF en Éthiopie, avec des routes d’approvisionnement possibles via le Somaliland. »

--

« Ces mesures seraient de nature à escalader le conflit et constitueraient une raison supplémentaire de désigner les RSF comme une FTO (Organisation terroriste étrangère), entraînant des conséquences pour ce soutien régional par procuration. »

L’année dernière, le Soudan a pris l’initiative extraordinaire d’engager une procédure contre Abu Dhabi devant la Cour internationale de Justice (CIJ) en vertu de la Convention sur la prévention et la répression du crime de génocide.

La requête soudanaise, déposée le 5 mars 2025, affirmait que les Émirats arabes unis « alimentent la guerre et soutiennent la milice qui a commis le crime de génocide dans l’Ouest du Darfour ».

Le gouvernement des Émirats, poursuivait la plainte, « a envoyé ses propres agents… pour diriger la milice rebelle des RSF dans la mise en œuvre du génocide », ajoutant que les communications et opérations des rebelles « sont gérées depuis les Émirats arabes unis », qui avaient « recruté et formé des mercenaires par milliers, venant du Sahel, des pays voisins et même de Colombie. »

Des passeports colombiens figuraient parmi les documents récupérés sur des véhicules des RSF saisis par les forces gouvernementales en novembre 2024.

La soumission du Soudan à la CIJ précisait que les Émirats envoyaient « de larges cargaisons d’armes, de munitions et d’équipements militaires, y compris des drones de combat », pour lesquels des experts « formaient les membres de la milice à leur utilisation. »

Bien que l’affaire ait été rejetée, les preuves fournies par le Soudan comprenaient les registres de multiples vols d’avions-cargos militaires en provenance des Émirats vers le Tchad, voisin de l’ouest du Soudan. Des vols ont également été suivis entre Harar Meda, une base de l’armée de l’air éthiopienne, et l’aéroport international d’Abu Dhabi ainsi que la base militaire d’Al-Dhafra dans l’émirat.

Depuis lors, les critiques concernant le soutien d’Abu Dhabi aux RSF ont atteint un niveau record, malgré les tactiques répétées consistant à nier officiellement ce soutien, à revendiquer la neutralité et à rejeter toute couverture médiatique de l’atroce guerre au Soudan comme une campagne de diffamation contre les Émirats dans leur ensemble, et comme une tentative de minimiser leur indépendance et leur vision progressiste. Abu Dhabi peut également se permettre une représentation juridique et des lobbyistes de classe mondiale, alors que le Soudan, déchiré par la guerre, ne le peut pas.

Il y a, a déclaré Eric Reeves du Rift Valley Institute, « beaucoup de spéculations » sur l’objectif final d’Abu Dhabi au Soudan, « mais en termes généraux, ils veulent devenir un acteur régional majeur, et la région ne se limite pas au Moyen-Orient, mais inclut l’Afrique du Nord, la côte est de l’Afrique et le marché de l’or du Soudan, qu’ils dominent à bien des égards. »

Un conseiller diplomatique de Sheikh Mohammed bin Zayed avait déclaré que l’intervention régionale au Soudan avait été « une erreur critique ».

« Nous avons tous commis une erreur lorsque les deux généraux qui mènent aujourd’hui la guerre civile ont renversé le gouvernement civil », a-t-il ajouté.

--
Le ministre soudanais de la Défense, le général Hassan Kabroun. (photo AN)

« À mon avis, avec le recul, cela a été une erreur critique. Nous aurions dû imposer notre position, tous ensemble… Nous n’avons pas qualifié cela de coup d’État. »

Dimanche, les Émirats arabes unis ont indiqué qu’ils accueillaient favorablement le Plan de paix global pour le Soudan, soutenu par les États-Unis, annoncé par Massad Boulos, conseiller principal américain pour les affaires arabes et africaines, qui appelait à une trêve immédiate, à un accès humanitaire, à un cessez-le-feu permanent et à une transition vers un gouvernement civil.

Dans une déclaration semblant prendre ses distances avec le soutien aux RSF, le cheikh Shakhboot bin Nahyan Al-Nahyan, ministre adjoint des Affaires étrangères des Émirats, a salué les mesures proposées comme « essentielles pour préparer le terrain à un processus de transition indépendant des parties belligérantes et des groupes extrémistes, y compris ceux liés aux Frères musulmans, et conforme aux aspirations du peuple soudanais pour un gouvernement civil et indépendant. »

« Ils affirment ouvertement que les RSF et les SAF ne devraient pas avoir d’avenir dans la gouvernance du Soudan à l’avenir », a déclaré Ahmed Soliman, chercheur à Chatham House. « La réalité pourrait être très différente, mais c’est ce qu’ils expriment publiquement. »

« Ils essaient donc de se distancier de leur soutien, alors que, vous savez, de toute évidence, les preuves sur le terrain sont différentes. »

Le 3 février, les États-Unis ont accueilli à Washington une conférence de donateurs de haut niveau pour le Soudan, réunissant plus de 20 partenaires internationaux, dont l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, qui se sont engagés à verser environ 1,5 milliard de dollars au Fonds humanitaire pour le Soudan, géré par le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA).

Des représentants de haut niveau des deux nations du Golfe devraient également figurer parmi les délégués attendus à une autre conférence internationale de donateurs pour le Soudan, qui se tiendra à Berlin le 15 avril, troisième anniversaire du début du conflit.

La communauté internationale fera pression pour mettre fin à la violence.

--
Des soldats de l’armée soudanaise sont assis sur un char stationné après leur prise d’une base utilisée par les RSF. (AFP/Dossier)

Jeudi dernier, le 5 février, à la suite d’une visite à Adre, à la frontière soudano-tchadienne, la secrétaire britannique aux affaires étrangères, Yvette Cooper, a déclaré devant le parlement britannique avoir « été témoin du bilan humain dévastateur de la pire crise humanitaire au monde ».

Le camp qu’elle a visité abrite « 140 000 personnes – dont 85 % de femmes et d’enfants – qui ont fui les violences et violations les plus horribles ».

Cooper a décrit les 1 000 jours de combats comme « un conflit régionalisé de pouvoir, de mandataires et de profits, marqué par des atrocités inimaginables, des millions de personnes poussées à la famine et l’usage horrifiant du viol comme arme de guerre – et une souffrance qui devrait toucher le cœur même de notre humanité commune ».

Les atrocités commises par les RSF, a-t-elle ajouté, étaient « si effroyables qu’elles pourraient être vues depuis l’espace – du sable imbibé de sang, de multiples tas de corps, des fosses communes ».

Elle a également souligné « des preuves inquiétantes qu’ils cherchent et mettent la main sur des armes de plus en plus dangereuses » dans un conflit « aggravé par des rivalités régionales et des intérêts particuliers ».

Plus tard, Cooper a indiqué que le Royaume-Uni se préparait à réexaminer les licences d’exportation d’armes vers les Émirats arabes unis si de nouvelles allégations concernant leur rôle au Soudan devaient émerger.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Ministère saoudien des AE: La décision d'Israël sur la Cisjordanie sape les efforts déployés pour la paix et la stabilité

Le Palestinien Ameed Dusouki, membre du conseil du village de Burqa, se tient devant une clôture installée par des colons juifs après qu'ils ont annoncé leur contrôle sur la gare historique Al-Masoudiya de l'époque ottomane, qui fonctionnait entre les villes palestiniennes de Naplouse et de Tulkarem dans les années 1920, juste au nord de la ville de Naplouse, dans le nord de la Cisjordanie occupée par Israël, le 15 février 2026. (FILE/AFP)
Le Palestinien Ameed Dusouki, membre du conseil du village de Burqa, se tient devant une clôture installée par des colons juifs après qu'ils ont annoncé leur contrôle sur la gare historique Al-Masoudiya de l'époque ottomane, qui fonctionnait entre les villes palestiniennes de Naplouse et de Tulkarem dans les années 1920, juste au nord de la ville de Naplouse, dans le nord de la Cisjordanie occupée par Israël, le 15 février 2026. (FILE/AFP)
Short Url
  • Le ministère a déclaré qu'Israël n'avait aucun droit sur les territoires palestiniens et qu'il compromettait la solution des deux États, réaffirmant le soutien du royaume à un État palestinien indépendant
  • Le cabinet israélien a approuvé dimanche de nouvelles mesures visant à renforcer le contrôle d'Israël sur la Cisjordanie occupée et à faciliter l'achat de terres par les colons, ce que les Palestiniens ont qualifié d'"annexion de facto"

RIYAD: L'Arabie saoudite a condamné la décision d'Israël de prendre le contrôle de certaines parties de la Cisjordanie, avertissant que cette décision saperait les efforts pour parvenir à la paix et à la stabilité, dans une déclaration du ministère des Affaires étrangères le X.

"Le ministère des Affaires étrangères exprime la condamnation du Royaume d'Arabie saoudite de la décision des autorités d'occupation israéliennes de renommer la Cisjordanie "terres d'État", affiliées aux autorités d'occupation, dans le cadre de plans visant à imposer une nouvelle réalité juridique et administrative en Cisjordanie occupée, et à saper les efforts en cours pour parvenir à la paix et à la stabilité dans la région", a déclaré le ministère des Affaires étrangères lundi.

Le ministère a déclaré qu'Israël n'avait aucun droit sur les territoires palestiniens et qu'il compromettait la solution des deux États, réaffirmant le soutien du royaume à un État palestinien indépendant.

Le cabinet israélien a approuvé dimanche de nouvelles mesures visant à renforcer le contrôle d'Israël sur la Cisjordanie occupée et à faciliter l'achat de terres par les colons, ce que les Palestiniens ont qualifié d'"annexion de facto". Cette mesure a été largement critiquée par les pays arabes, notamment le Qatar, l'Égypte et la Jordanie.


Nucléaire: le chef de la diplomatie iranienne à Genève pour négocier avec Washington

Le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi est arrivé à Genève où doit s'ouvrir un nouveau cycle de négociations avec les Etats-Unis sur le programme nucléaire iranien, a indiqué lundi la télévision d'Etat iranienne. (AFP)
Le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi est arrivé à Genève où doit s'ouvrir un nouveau cycle de négociations avec les Etats-Unis sur le programme nucléaire iranien, a indiqué lundi la télévision d'Etat iranienne. (AFP)
Short Url
  • "Le ministre des Affaires étrangères est arrivé à Genève à la tête d'une délégation diplomatique et d'experts pour participer au deuxième cycle de négociations sur le nucléaire", a annoncé lundi sur Telegram la télévision d'Etat iranienne
  • "Ce qui n'est pas sur la table: la soumission face aux menaces", a insisté le chef de la diplomatie iranienne sur X lundi, affirmant être à Genève "avec de vraies idées pour parvenir à un accord juste et équitable"

GENEVE: Le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi est arrivé à Genève où doit s'ouvrir un nouveau cycle de négociations avec les Etats-Unis sur le programme nucléaire iranien, a indiqué lundi la télévision d'Etat iranienne.

Ce nouveau volet de discussions "indirectes" doit débuter mardi, selon Téhéran, après que l'Iran et les Etats-Unis ont renoué le dialogue début février à Oman dans un contexte de menace d'intervention militaire américaine.

"Le ministre des Affaires étrangères est arrivé à Genève à la tête d'une délégation diplomatique et d'experts pour participer au deuxième cycle de négociations sur le nucléaire", a annoncé lundi sur Telegram la télévision d'Etat iranienne.

"Ce qui n'est pas sur la table: la soumission face aux menaces", a insisté le chef de la diplomatie iranienne sur X lundi, affirmant être à Genève "avec de vraies idées pour parvenir à un accord juste et équitable".

M. Araghchi a également annoncé qu'il rencontrera lundi le directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), Rafael Grossi, "pour une discussion technique approfondie", puis son homologue omanais mardi.

De son côté, la Maison Blanche a confirmé dimanche que son émissaire Steve Witkoff et le gendre du président américain Donald Trump, Jared Kushner, se rendraient à Genève cette semaine pour ces pourparlers.

Ils doivent également y participer à des discussions avec la Russie et l'Ukraine.

Après la répression meurtrière d'un important mouvement de contestation en janvier par les autorités iraniennes, le président Donald Trump a multiplié les menaces d'une intervention militaire, tout en laissant la porte ouverte à un règlement diplomatique, portant notamment sur le programme nucléaire iranien.

Une première session de négociation s'est ouverte le 6 février à Mascate, la capitale d'Oman, plusieurs mois après l'échec de précédentes discussions.

Ces dernières avaient été interrompues en juin en raison de la guerre de 12 jours entre l'Iran et Israël, déclenchée par des frappes israéliennes contre des sites nucléaires et militaires.

Les Etats-Unis avaient alors également bombardé des sites nucléaires iraniens.

Soupçons 

Les pays occidentaux et Israël, considéré par des experts comme la seule puissance nucléaire au Moyen-Orient, soupçonnent l'Iran de vouloir se doter de l'arme nucléaire.

Téhéran dément nourrir de telles ambitions, mais insiste sur son droit à développer une filière nucléaire civile.

Faute d'accord, Donald Trump a menacé Téhéran de conséquences "traumatisantes" et a même évoqué ouvertement vendredi l'hypothèse d'un renversement du pouvoir.

Des habitants de la capitale iranienne ont scandé dimanche des slogans anti-gouvernement depuis leurs fenêtres et leurs toits, au lendemain de vastes rassemblements contre la République islamique d'Iraniens vivant à l'étranger.

Washington a déployé d'importants moyens militaires dans la zone. Après l'envoi en janvier dans la région du Golfe du porte-avions USS Abraham Lincoln, un deuxième porte-avions, le Gerald Ford, doit les rejoindre, à une date qui reste incertaine.

Etats-Unis et Iran divergent sur la teneur de leurs nouvelles discussions.

L'Iran ne veut discuter que de son programme nucléaire. Washington, comme Israël, exige également qu'il limite son programme de missiles balistiques et cesse de soutenir des groupes armés régionaux.

Sur l'aspect nucléaire, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a indiqué que "la première condition" pour qu'un accord soit conclu entre les Etats-Unis et l'Iran, "est que tout le matériel enrichi doit quitter l'Iran".

Plusieurs pays, dont la Russie, ont proposé à Téhéran de prendre en charge ce stock.

"La seconde condition est qu'il ne doit y avoir aucune capacité d'enrichissement, il ne s'agit pas simplement d'arrêter le processus d'enrichissement, mais de démanteler les équipements et les infrastructures qui permettent d'enrichir l'uranium", a ajouté Benjamin Netanyahu.

Dans une interview à la BBC publiée dimanche, le vice-ministre iranien des Affaires étrangères, Majid Takht-Ravanchi, a indiqué que son pays était prêt à un compromis concernant son stock d'uranium hautement enrichi si Washington levait les sanctions qui pénalisent l'économie iranienne.

Avant les frappes israélo-américaines sur ses sites nucléaires en juin 2025, l'Iran enrichissait l'uranium à 60%, soit bien au-delà de la limite de 3,67% autorisée par l'accord nucléaire de 2015, désormais caduc, conclu avec les grandes puissances.

L'uranium enrichi à un taux très élevé (90%) peut servir à fabriquer la bombe A, communément appelée bombe atomique.