Des Soudanais déplacés par le conflit se réfugient provisoirement dans l'État d'Al-Jazirah

Des passants près de l'entrée de l'hôpital Medani Heart Centre à Wad Madani, la capitale de l'État d'Al-Jazirah dans le centre-est du Soudan, le 25 mai 2023 (Photo, AFP).
Des passants près de l'entrée de l'hôpital Medani Heart Centre à Wad Madani, la capitale de l'État d'Al-Jazirah dans le centre-est du Soudan, le 25 mai 2023 (Photo, AFP).
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Publié le Mardi 30 mai 2023

Des Soudanais déplacés par le conflit se réfugient provisoirement dans l'État d'Al-Jazirah

  • Al-Jazirah a jusqu'à présent accueilli le plus grand nombre de personnes déplacées par le conflit qui sévit dans la capitale Khartoum
  • L'État est confronté à une pénurie de produits de base habituellement distribués de Khartoum vers les zones périphériques

WAD MADANI, SOUDAN: Des centaines de milliers de civils soudanais ont été déplacés depuis le début des affrontements entre les forces armées soudanaises et les Forces paramilitaires de soutien rapide, il y a six semaines. La grande majorité d'entre eux ont choisi de rester dans le pays.

L'État d'Al-Jazirah, situé à seulement trois heures de route au sud-est de Khartoum, a jusqu'à présent accueilli le plus grand nombre de personnes fuyant le conflit dans la capitale soudanaise. Il représente ainsi un microcosme de la crise des déplacés.

Les personnes fuyant vers Al-Jazirah sont épargnées par le difficile périple à travers les ponts, les cours d'eau et les frontières internationales pour trouver refuge. Toutefois, nombre d'entre elles se heurtent à de nouvelles difficultés à leur arrivée dans les camps de déplacés, avec un accès limité aux soins de santé, aux abris et à la nourriture.

Compte tenu du nombre croissant de personnes déplacées, Al-Jazirah est confrontée à d'alarmantes pénuries de médicaments, de carburant et de nourriture – des biens qui, dans des circonstances normales, seraient distribués depuis Khartoum vers les différents États périphériques du Soudan.

De la fumée s'élève dans le sud de Khartoum durant les combats opposant les forces de deux généraux rivaux au Soudan, le 6 mai 2023 (Photo, AFP).

Asaad al-Sir Mohammed, commissaire du Soudan chargé de l'aide humanitaire, indique que les organisations humanitaires sont actives sur le terrain à Al-Jazirah pour faire face à l'afflux de personnes déplacées. Mais les moyens sont déjà limités.

«Nous sommes en réseau avec toutes les organisations du Soudan», a-t-il indiqué à Arab News. «Des organisations spécialisées dans la prise en charge des réfugiés nous accompagnent actuellement. Nous collaborons avec l'Organisation mondiale de la santé et le Programme alimentaire mondial.»

Certaines organisations se sont engagées à coordonner leur action avec le ministère soudanais de la Protection sociale, la Commission d'aide humanitaire et la Commission des réfugiés, notamment le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), Alight, ZOA, le Conseil danois pour les réfugiés, Medical Teams International et Islamic Relief.

«Nous envisageons d'absorber le premier traumatisme des déplacés et de leur fournir un logement digne. Ensuite, les organisations interviendront», a déclaré M. Mohammed. «Plusieurs organisations, dont Médecins sans frontières, ont déjà commencé à travailler dans le cadre de leur mandat.»

Un patient est transporté sur un brancard à l'hôpital Medani Heart Centre à Wad Madani, la capitale de l'État d'Al-Jazirah dans le centre-est du Soudan, le 25 mai 2023 (Photo, AFP).

Cependant, malgré une étroite coordination entre les comités de service et les autorités de l'État d'Al-Jazirah, M. Mohammed estime que le nombre de personnes déplacées risque d'entraîner des pénuries encore plus importantes si les agences d'aide et le Comité suprême de Khartoum n'agissent pas rapidement.

Les producteurs alimentaires locaux sont notamment contraints d'augmenter leur production afin de répondre à l'augmentation du nombre de bouches à nourrir et à l'effondrement des chaînes d'approvisionnement en provenance de la capitale.

Mudther Abdul Karim, qui représente les producteurs de farine locaux, a déclaré à Arab News que les sept plus grandes minoteries d'Al-Jazirah devront probablement faire face à une augmentation de leur charge de travail en raison de la fermeture de plusieurs unités à Khartoum liée aux combats.

Toutes les minoteries d'Al-Jazirah ont été obligées de fonctionner à plein régime, explique M. Abdul Karim. Les autorités ont pris des mesures pour importer de la farine des minoteries de l'État de la mer Rouge et des pays voisins afin de répondre à l'augmentation de la demande.

Un Soudanais récolte des oignons dans la région d’Al-Jazirah, au sud de Khartoum, le 11 mai 2023. Alors que les combats à Khartoum ne montrent aucun signe de répit, les propriétaires de petites entreprises se sont retrouvés à perte, sans aucune perspective de rattraper les semaines de ralentissement sans précédent (Photo, AFP).

Pour ce qui est du carburant, bien que l'État bénéficie d'un approvisionnement direct via un pipeline de 217 kilomètres de long relié à la raffinerie d'Al-Jely, de nombreux citoyens sont encore contraints de faire la queue pendant plus de deux jours pour faire le plein de leurs voitures et de leurs jerrycans.

Pour faire face à la marée humaine qui fuit Khartoum, Fatah Al-Rahman Taha, ministre soudanais de la Protection sociale, a indiqué à Arab News que le camp 5 dans l'État d'Al-Qadarif, qui accueillait les Éthiopiens déplacés par la guerre du Tigré, était rouvert afin d'accueillir de nouveaux arrivants.

«Le problème de la guerre est une réalité imposée, mais les nuages se dissiperont et le Soudan se relèvera», a affirmé M. Taha.

Un homme passe devant une station-service fermée à Wad Madani, la capitale de l'État d'Al-Jazirah dans le centre-est du Soudan, le 18 mai 2023 (Photo, AFP).

Les combats au Soudan ont tué plus de 1 800 personnes, selon le projet ACLED (Armed Conflict Location and Event Data Project). Les Nations unies indiquent que plus d'un million de personnes sont déplacées à l'intérieur du pays, et que 300 000 autres ont fui vers les pays voisins.

Les civils, de plus en plus désespérés, attendent de brèves accalmies pour fuir ou pour recevoir de l'aide, car les combats ont réduit les réserves de nourriture, d'eau et d'électricité de Khartoum.

Il n'est pas facile de s'échapper de la zone de conflit. Les conseils aux voyageurs occidentaux indiquent que l'aéroport international de Khartoum est fermé, que les vols d'évacuation depuis la base aérienne de Wadi Saeedna, au nord de Khartoum, sont interrompus et que les possibilités d'évacuation depuis Port-Soudan sont limitées.

Par conséquent, les personnes cherchant à quitter le Soudan par des moyens commerciaux doivent le faire à leurs risques et périls. Par ailleurs, la sécurité et la fiabilité des compagnies aériennes locales suscitent de vives inquiétudes, nombre d'entre elles étant interdites d'exploitation dans l'espace aérien international.

EN BREF

C'est dans l'État de Khartoum que se trouve la capitale nationale du Soudan, la ville de Khartoum. Il s'agit de l'État le plus petit en termes de superficie, mais le plus peuplé. La capitale abrite les bureaux de l'État, des organisations gouvernementales et non gouvernementales, des institutions culturelles et l'aéroport principal.

Les ressortissants étrangers qui souhaitent quitter le Soudan pour se rendre dans les pays voisins par d'autres moyens sont priés de prendre conseil au préalable, car les points de passage frontaliers peuvent être fermés ou nécessiter de longs délais de transit et de traitement, en l'absence de l'infrastructure et du personnel nécessaires.

Lundi, les combats se poursuivaient sur les principaux champs de bataille malgré un nouveau cessez-le-feu entré en vigueur le 20 mai, le dernier en date d'une série de tentatives d'accords.

Les États-Unis et l'Arabie saoudite, qui ont négocié l'accord, ont fait état de «graves violations» depuis son entrée en vigueur, mais ont déclaré dans un communiqué commun vendredi avoir constaté «un meilleur respect de l'accord», malgré «des tirs isolés à Khartoum».

Les Soudanais souffrent depuis le début des combats il y a six semaines (Photo AN, Faiz Abubakr).

Les personnes arrivant à Al-Jazirah en provenance de l'État de Khartoum ne sont pas toutes soudanaises. Pendant de nombreuses années, l'État a accueilli 307 000 réfugiés et demandeurs d'asile issus de zones de conflit du continent africain. Mais aujourd'hui, ils sont contraints de fuir une fois de plus en raison de la violence qui sévit dans la capitale et ses environs.

«Les réfugiés sont principalement des Érythréens, des Éthiopiens et des Sud-Soudanais», explique à Arab News Mustafa Mohammed, secrétaire général de l'autorité locale d'Al-Jazirah et chef de la chambre des volontaires créée pour venir en aide aux personnes déplacées de Khartoum.

«Certains d'entre eux ont demandé à retourner dans leur pays d'origine et des moyens de transport leur ont été mis à disposition. D'autres ont été conduits vers des centres d'accueil pour réfugiés.»

«Avec l'aide du Croissant-Rouge soudanais, nous avons pu limiter le nombre de familles expatriées dans tout le pays, soit environ 500 familles pour 24 700 personnes, et ce nombre continue d'augmenter», a-t-il ajouté, précisant que cela n'incluait pas les familles hébergées par des proches.

«Le nombre d'arrivées dans l'État est important et inattendu. Nous fournissons divers services, depuis les services médicaux jusqu'à la mise à disposition de logements et de nourriture.»

Pendant de nombreuses années, l'État d'Al-Jazirah a accueilli 307 000 réfugiés et demandeurs d'asile provenant de zones de conflit du continent africain (Photo AN, Faiz Abubakr).
 

Le Croissant-Rouge soudanais a récemment indiqué que 5 244 familles étaient réparties dans 28 camps situés dans différentes localités, soit un total de 28 217 personnes déplacées. Quelque 272 familles sont hébergées dans des appartements et 2 114 personnes dans des hôtels.

Les camps eux-mêmes souffrent de pénuries d'eau et de nombreux autres problèmes, selon Yasser Salah, responsable de l'initiative de jeunes bénévoles Sharaa Alhwadeath à Al-Jazirah.

«Depuis l'escalade de la violence dans l'État de Khartoum, nous sommes confrontés à une catastrophe humanitaire de très grande ampleur que les volontaires abordent en premier lieu par le biais de petits camps, dont certains se trouvent dans des écoles ou des maisons», a déclaré Salah à Arab News depuis le camp d'Al-Shaima, un complexe de logements pour étudiants dans la capitale de l'État d'Al-Jazirah, Wad Madani, qui accueille des familles déplacées.

Selon M. Salah, il est impossible d'ignorer la crise humanitaire qui sévit actuellement dans l'État, alors que les pharmacies ont du mal à obtenir des médicaments de base et que les banques de sang sont à court de stocks pour les transfusions.

Des camps non officiels, qui ne sont pas reconnus par l'État, ont également vu le jour dans le sillage de la crise. Sur les 18 camps de Wad Madani, seuls deux sont reconnus par le gouvernement. Des bénévoles locaux ont expliqué à Arab News que les 16 autres ne bénéficiaient d'aucune aide de l'État.

Les personnes déplacées dépendent donc des dons de leurs amis et des jeunes qui travaillent dans les agences d'aide locales et internationales.

Des personnes circulent avec en arrière-plan la fumée des combats dans la capitale soudanaise, Khartoum, le 3 mai 2023 (Photo, AFP).

«Les camps dont nous disposons souffrent d'un manque d'eau et d'eau potable, ainsi que de nourriture, de traitements médicaux et de soins de santé généraux, de lits et de matelas», a confié un bénévole local ayant requis l'anonymat.

«Il y a un manque d'électricité et un grand nombre de patients. C'est pourquoi nous organisons des journées de traitement en présence de médecins.»

Malgré l'absence de soutien du gouvernement, le volontaire a déclaré que les personnes hébergées dans les camps non officiels soutenus par la communauté sont souvent mieux loties que celles hébergées dans les camps reconnus par l'État.

«L'état des camps sous le contrôle du gouvernement est pire que celui des camps que nous gérons, qui sont basés sur des principes humains et de solidarité.»

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Au moins 9 morts dans des raids israéliens contre le sud du Liban

Des secouristes arrivent sur le site d’une frappe aérienne israélienne ayant visé la ville côtière de Tyr, dans le sud du Liban, le 24 mars 2026. (AFP)
Des secouristes arrivent sur le site d’une frappe aérienne israélienne ayant visé la ville côtière de Tyr, dans le sud du Liban, le 24 mars 2026. (AFP)
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  • Des frappes israéliennes dans le sud du Liban ont fait au moins 9 morts et plusieurs blessés, tandis que des ordres d’évacuation ont été donnés dans la banlieue sud de Beyrouth
  • Les tensions s’intensifient : Israël affirme cibler des infrastructures du Hezbollah, tandis que le mouvement riposte par des attaques de roquettes vers le nord d’Israël

BEYROUTH: Au moins neuf personnes, selon les médias officiels libanais, ont été tuées dans la nuit de mardi à mercredi dans trois raids israéliens contre des localités du sud du Liban, qu'Israël considère comme un bastion du mouvement pro-iranien Hezbollah.

D'après l'Agence nationale d'information (ANI), une attaque israélienne a fait au moins trois morts et 18 blessés dans la région de Nabatiyeh, et une autre quatre morts et un blessé à Aadloun, au sud de la ville de Saïda, également appelée Sidon.

Selon la même source, une frappe israélienne contre un appartement du camp de réfugiés de Mieh Mieh, également près de Saïda, a par ailleurs fait deux morts et quatre blessés.

L'armée israélienne a en outre ordonné aux habitants de sept quartiers de la banlieue sud de Beyrouth, autre fief du Hezbollah, d'évacuer en prévision d'actions militaires.

Elle a aussi annoncé avoir, au cours de son opération terrestre dans le sud du Liban, avoir "démantelé des centres de commandement du Hezbollah" ainsi qu'un dépôt d'armes, et avoir tué plusieurs combattants du mouvement, sans en préciser le nombre.

De son côté, le Hezbollah a affirmé mercredi matin avoir attaqué un char et des soldats israéliens près de la frontière, et tiré un "barrage de roquettes" vers Kiryat Shmona, dans le nord d'Israël.

Les sirènes d'alerte ont retenti dans cette ville de la vallée de la Houla, proche de la frontière libanaise. Les autorités israéliennes n'ont fait état d'aucune victime.

Mardi, une Israélienne d'une trentaine d'années avait été tuée dans le nord du pays par un autre tir de roquettes depuis le Liban.

Depuis que le Liban a été entraîné dans la guerre régionale le 2 mars, les frappes israéliennes ont tué plus de mille personnes et fait plus d'un million de déplacés, selon les autorités.

Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a affirmé mardi que les forces israéliennes "manoeuvraient à l'intérieur du territoire libanais pour s'emparer d'une ligne de défense avancée" jusqu'au fleuve Litani, à environ 30 kilomètres de la frontière.

"Les centaines de milliers de résidents du sud du Liban qui ont été évacués vers le nord ne retourneront pas au sud du Litani tant que la sécurité des habitants du nord (d'Israël) ne sera pas assurée", a-t-il prévenu.

- Traces de sang -

Après avoir envahi le Liban en 1982, Israël avait maintenu une zone tampon de 10 à 20 kilomètres de profondeur, jusqu'à son retrait total en 2000, sous les coups de boutoir du Hezbollah.

"La bataille contre le Hezbollah (...) ne fait que commencer", a averti lundi la porte-parole arabophone de l'armée israélienne, Ella Waweya.

Mardi, des frappes israéliennes avaient déjà tué cinq personnes dans le sud du pays et trois autres dans une zone résidentielle proche de Beyrouth, après des raids sur la banlieue sud.

"Ma maison a été entièrement détruite. Il ne reste plus rien, tout a brûlé", dit à l'AFP Abbas Qassem, 55 ans, dont l'appartement voisin du sien a été visé par la frappe à Bchamoun, un village dans les montagnes au sud-est de Beyrouth qui est pourtant à l'écart des zones contrôlées par le Hezbollah.

"Qu'est-ce que j'ai fait pour que ma maison soit détruite? Je suis une personne normale", ajoute-t-il en pleurant, comme sa femme, découvrant l'appartement dévasté.

Un journaliste de l'AFP a vu des traces de sang et des restes d'un projectile dans l'appartement visé.

A Haret Hreik, l'un des quartiers de la banlieue sud désertée par une majorité d'habitants, un photographe de l'AFP a vu des immeubles effondrés et des rues jonchées de débris.

Beyrouth accuse les Gardiens de la révolution iraniens de diriger les opérations du Hezbollah contre Israël, et a interdit leurs activités sur son territoire.

Mardi, la décision des autorités d'expulser l'ambassadeur d'Iran a provoqué une vive réaction du Hezbollah, qui leur a demandé de se rétracter.

"Nous demanderons à l’ambassadeur iranien de rester à Beyrouth et de considérer la mesure comme nulle et non avenue", a affirmé une source de l'organisation à l'AFP.


Nouvelles vagues d'attaques au Moyen-Orient, les négociations Washington-Téhéran restent à confirmer

Les frappes aériennes israéliennes menées dans la nuit du 24 mars 2026 ont causé d’importants dégâts dans le quartier de Haret Hreik, une banlieue densément peuplée du sud de Beirut, considérée comme un bastion du Hezbollah. (AFP)
Les frappes aériennes israéliennes menées dans la nuit du 24 mars 2026 ont causé d’importants dégâts dans le quartier de Haret Hreik, une banlieue densément peuplée du sud de Beirut, considérée comme un bastion du Hezbollah. (AFP)
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  • L’Iran a intensifié les frappes (missiles et drones) contre Israël et plusieurs pays du Golfe, tandis qu’Israël poursuit ses bombardements en Iran et au Liban, aggravant le conflit régional
  • Les États-Unis proposent un plan de paix incluant un cessez-le-feu temporaire, des restrictions sur le programme nucléaire iranien et la levée des sanctions, alors que le détroit d’Ormuz rouvre partiellement, faisant baisser les prix du pétrole

TEHERAN: L'Iran a tiré mercredi des salves de missiles et de drones contre ses voisins du Golfe et Israël, et celui-ci continue de bombarder Téhéran et le Liban, malgré la promesse américaine de négociations de paix qui a calmé les marchés.

Iran et Etats-Unis négocient "en ce moment" pour tenter de mettre un terme au conflit, a affirmé mardi Donald Trump, ajoutant que son émissaire Steve Witkoff, son gendre Jared Kushner, le vice-président JD Vance et le chef de la diplomatie américaine Marco Rubio participent au processus.

Plusieurs médias, dont le New York Times et la chaîne de télévision israélienne Channel 12, avancent que l'administration Trump a proposé un plan de paix en 15 points à l'Iran par l'entremise du Pakistan, qui entretient de bonnes relations avec les deux parties.

Selon trois sources non identifiées citées par Channel 12, les Etats-Unis proposent un cessez-le-feu d'un mois, le temps que les autorités iraniennes étudient leurs demandes.

Toujours selon la chaîne israélienne, parmi les 15 points, cinq concernent le programme nucléaire iranien, d'autres imposent l'abandon du soutien aux alliés de l'Iran dans la région, comme le Hezbollah ou le Hamas, et un point insiste pour que le détroit d'Ormuz reste ouvert à la navigation maritime. En contrepartie l'Iran obtiendrait une levée des sanctions internationales à son encontre et un soutien pour son programme nucléaire civil.

- L'Iran desserre l'étreinte sur Ormuz -

L'Iran a justement affirmé que les "navires non hostiles" pouvaient désormais "bénéficier d'un passage sûr par le détroit d'Ormuz en coordination avec les autorités compétentes", selon l'Organisation maritime internationale (OMI).

Près de 20% de la production mondiale d'hydrocarbures transite par ce détroit stratégique, dont le blocage de fait par Téhéran ces dernières semaines a fait flamber les prix du pétrole.

Donald Trump a évoqué mardi "un très gros cadeau" lié aux hydrocarbures, sans donner de précisions, qui pourrait justement être lié à cette réouverture partielle du détroit.

En réaction à ces informations les cours du pétrole retombent mercredi, et les Bourses d'Asie sont revenues dans le vert.

Mais l'Iran, pour l'heure, n'a pas confirmé la moindre négociation.

Mohammad Bagher Ghalibaf, président du Parlement iranien - présenté par le site d'informations Axios comme l'interlocuteur des Etats-Unis - a démenti en bloc. La diplomatie iranienne a juste reconnu en début de semaine avoir reçu, via des "pays amis", des "messages transmettant une demande américaine de négociations".

- Incendie à l'aéroport de Koweït -

La presse américaine évoque en outre l'envoi de 3.000 soldats parachutistes en renfort au Moyen-Orient, où la guerre ne donne aucun signe d'accalmie avec de nouvelles vagues d'attaques israéliennes contre l'Iran et le Liban, et de nouveaux tirs de missiles et de drones iraniens vers Israël, la Jordanie et plusieurs pays du Golfe.

Les Gardiens de la Révolution, armée idéologique de l'Iran, ont annoncé mercredi avoir lancé des attaques contre le nord et le centre d'Israël, dont la région de Tel-Aviv, ainsi que sur deux bases militaires américaines au Koweït, une en Jordanie et une au Bahreïn.

Selon les secours israéliens, 12 personnes ont été blessées mardi soir près de Tel-Aviv par un ou plusieurs missiles iraniens.

Au Koweït, une attaque de drones a mis le feu à un réservoir de carburant à l'aéroport international de l'émirat, selon l'Autorité de l'aviation civile du pays, qui n'a pas fait état de victime.

De son côté, comme au cours des nuits précédentes, l'armée israélienne a annoncé avoir "lancé une série de frappes visant les infrastructures du régime terroriste iranien à Téhéran".

"Les bruits, les explosions et les missiles font désormais partie de notre vie quotidienne", a confié à l'AFP par téléphone une femme de 35 ans, originaire du Kurdistan iranien et résidant à Téhéran.

- Au moins 9 morts au Liban -

Israël poursuit également son offensive au Liban, où au moins neuf personnes ont été tuées dans la nuit de mardi à mercredi dans trois raids dans le sud du pays, région considérée par Israël comme un bastion du mouvement pro-iranien Hezbollah, selon l'agence de presse officielle libanaise ANI.

L'armée israélienne a en outre ordonné aux habitants de sept quartiers de la banlieue sud de Beyrouth, autre fief du Hezbollah, d'évacuer en prévision d'actions militaires.

Depuis que le Liban a été entraîné dans la guerre régionale le 2 mars, les frappes israéliennes y ont tué plus de mille personnes et fait plus d'un million de déplacés, selon les autorités.

Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a affirmé mardi que les forces israéliennes "manoeuvraient à l'intérieur du territoire libanais pour s'emparer d'une ligne de défense avancée" jusqu'au fleuve Litani, à environ 30 kilomètres de la frontière.


Liban: Israël veut s'emparer d'une zone du sud, trois morts près de Beyrouth

Des poupées gisent sur un lit jonché de petits débris sur le site d'une frappe aérienne israélienne menée dans la nuit et qui a visé un appartement à Bshamoun, au sud-est de Beyrouth, le 24 mars 2026. (AFP)
Des poupées gisent sur un lit jonché de petits débris sur le site d'une frappe aérienne israélienne menée dans la nuit et qui a visé un appartement à Bshamoun, au sud-est de Beyrouth, le 24 mars 2026. (AFP)
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  • "Les centaines de milliers de résidents du sud du Liban qui ont été évacués vers le nord ne retourneront pas au sud du Litani tant que la sécurité des habitants du nord (d'Israël) ne sera pas assurée"
  • Mardi, le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a déclaré que les forces israéliennes "manoeuvraient à l'intérieur du territoire libanais pour s'emparer d'une ligne de défense avancée" jusqu'au fleuve Litani

BEYROUTH: Israël a annoncé mardi qu'il allait s'emparer d'une large zone du sud du Liban pour assurer sa sécurité, alors qu'il poursuit ses frappes sur le reste du territoire libanais, faisant trois morts près de Beyrouth et cinq autres dans le sud.

Après avoir envahi le Liban en 1982, Israël avait maintenu une zone tampon de 10 à 20 kilomètres de profondeur, jusqu'à son retrait total en 2000, sous les coups de boutoir du Hezbollah pro-iranien.

Mardi, le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a déclaré que les forces israéliennes "manoeuvraient à l'intérieur du territoire libanais pour s'emparer d'une ligne de défense avancée" jusqu'au fleuve Litani, à une trentaine de km de la frontière.

"Les centaines de milliers de résidents du sud du Liban qui ont été évacués vers le nord ne retourneront pas au sud du Litani tant que la sécurité des habitants du nord (d'Israël) ne sera pas assurée", a-t-il prévenu.

Depuis que le Hezbollah a entraîné le Liban dans la guerre régionale, Israël mène des frappes massives à travers le pays, qui ont fait plus d'un millier de morts et plus d'un million de déplacés.

"La bataille contre le Hezbollah (...) ne fait que commencer", a averti lundi la porte-parole arabophone de l'armée israélienne, Ella Waweya.

Mardi à l'aube, des frappes israéliennes ont tué cinq personnes dans le sud du pays et trois autres dans une zone résidentielle proche de Beyrouth, après des raids sur la banlieue sud de la capitale, bastion du Hezbollah.

"Qu'est-ce que j'ai fait?" 

"Ma maison a été entièrement détruite. Il ne reste plus rien, tout a brûlé", dit à l'AFP Abbas Qassem, 55 ans, dont l'appartement voisin du sien a été visé par la frappe à Bchamoun, au sud-est de Beyrouth.

"Qu'est-ce que j'ai fait pour que ma maison soit détruite? Je suis une personne normale", ajoute-t-il en pleurant, comme sa femme, découvrant l'appartement dévasté.

La frappe a notamment tué une fillette de quatre ans et fait quatre blessés, selon le ministère de la Santé.

Bchamoun n'est pas un bastion du Hezbollah, dont l'armée israélienne dit viser les combattants.

Un journaliste de l'AFP a vu des traces de sang et des restes d'un projectile dans l'appartement visé.

Lundi après-midi, une frappe ciblée avait visé un immeuble de la ville d'Hazmieh, dans une zone résidentielle surplombant Beyrouth, proche du palais présidentiel et abritant de nombreuses ambassades, faisant un mort.

Un porte-parole de l'armée israélienne a affirmé qu'un "terroriste de la force al-Qods", la branche des opérations extérieures des Gardiens de la Révolution iraniens, était visé.

Le Premier ministre libanais Nawaf Salam a déclaré que des membres des Gardiens de la Révolution iraniens, se trouvant au Liban, dirigeaient les opérations du Hezbollah.

L'accréditation de l'ambassadeur d'Iran a été retirée, Beyrouth lui donnant jusqu'à dimanche pour quitter le pays.

Incursion 

Dans la nuit, une série de frappes a visé des quartiers de la banlieue sud de Beyrouth, selon l'Agence nationale d'information (Ani, officielle).

A Haret Hreik, l'un des quartiers de la banlieue sud désertée par une majorité d'habitants, un photographe de l'AFP a vu des immeubles effondrés et des rues jonchées de débris.

L'Ani a aussi rapporté des frappes sur plusieurs régions de l'est et du sud, où des stations essence de la société al-Amana, qui selon Israël finance le Hezbollah, ont été visées.

Dans le sud, l'armée israélienne a visé la région de la ville côtière de Tyr, faisant cinq morts selon le ministère de la Santé.

Dans le même temps, elle a à nouveau frappé un pont sur le Litani, visé la veille, dans le cadre de son opération de destruction de plusieurs ponts sur ce fleuve reliant une partie du sud au reste du pays.

Le Hezbollah a pour sa part annoncé s'opposer à la progression des forces israéliennes dans des localités frontalières, revendiquant notamment des attaques contre des soldats dans le village de al-Qaouzah ainsi que sur le nord d'Israël.

Selon l'Ani, une unité israélienne a effectué une incursion dans le village frontalier de Halta, où les soldats "ont effectué des perquisitions dans plusieurs maisons et ouvert le feu sur les habitants", tuant l'un d'entre eux et en blessant un autre.