Les syndicats à Matignon, retrait de la réforme des retraites et salaires au menu

La Première ministre, régulièrement chahutée par les casseroles d'opposants à la réforme, se dit «à l'écoute des priorités» des organisations syndicales et patronales (Photo, AFP).
La Première ministre, régulièrement chahutée par les casseroles d'opposants à la réforme, se dit «à l'écoute des priorités» des organisations syndicales et patronales (Photo, AFP).
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Publié le Mercredi 17 mai 2023

Les syndicats à Matignon, retrait de la réforme des retraites et salaires au menu

  • Force ouvrière et la CFDT ont ouvert le bal mardi de nouvelles rencontres syndicales à Matignon, avec toujours comme revendication l'abrogation de la réforme des retraites
  • Les deux organisations syndicales ont évoqué la question des salaires, et réclamé une «conditionnalité» à ce sujet des aides publiques versées aux entreprises

PARIS: Force ouvrière et la CFDT ont ouvert le bal mardi de nouvelles rencontres syndicales à Matignon, avec toujours comme revendication l'abrogation de la réforme des retraites, objet d'une proposition de loi de l'opposition que le gouvernement entend torpiller.

Un mois après sa promulgation, la loi réformant les retraites cristallise encore et toujours les tensions entre l'exécutif et les organisations syndicales, de retour autour de la table des discussions.

Alors que les députés doivent examiner le 8 juin une proposition du groupe indépendant Liot visant à abroger le recul de l'âge légal de 62 à 64 ans, les groupes de la majorité ont convenu mardi de recourir à l'article 40 de la Constitution pour soulever l'irrecevabilité financière du texte.

Une parade destinée à empêcher l'examen de ce texte qui "serait inacceptable", a tonné le patron de la CFDT Laurent Berger à la sortie de son entretien avec Elisabeth Borne mardi soir.

"Les manœuvres qui consisteraient à ce que la proposition de loi ne soient pas examinées seraient encore un coin supplémentaire dans un sentiment de mépris pour nous", a-t-il jugé.

Il a d'ailleurs fait part à la Première ministre du "ressentiment" des salariés "alimenté par la colère" après la crise sur les retraites, mais aussi de "l'exigence" de son syndicat qui ne "se contentera pas de mesurettes", en lui présentant de nombreuses propositions contenues dans un cahier de huit pages.

"On a été francs, directs de chaque côté de la table. On a ouvert le bal mais on n'a pas dansé", a déclaré pour sa part le patron de FO, Frédéric Souillot, qui a offert à la Première ministre un insigne rouge réclamant le "retrait" de la réforme, "priorité" de ce syndicat.

FO a transmis ses arguments sur la réforme du système des retraites pour "contrer ce que disait le président de la République depuis des mois (sur le fait que) 'personne n'a fait de propositions'".

«Conditionnalité»

Les deux organisations syndicales ont évoqué la question des salaires, et réclamé une "conditionnalité" à ce sujet des aides publiques versées aux entreprises.

FO a demandé que les salaires soient indexés sur l'inflation, un "dégel du point d'indice" des fonctionnaires "à la hauteur de l'inflation", et un "coup de pouce au Smic".

La CFDT, qui soutient l'idée de négociations sur les salaires, a elle plaidé pour une suspension des exonérations de cotisations pour les branches qui ont des minima inférieurs aux Smic.

Après une rencontre avec l'intersyndicale début avril qui avait tourné court, Élisabeth Borne -qui soufflait mardi sa première bougie à Matignon- recevait cette fois chacune des cinq organisations représentatives, sans ordre du jour précis.

Elle s'entretiendra mercredi avec la CFE-CGC, la CFTC, et la CGT.

Ces rencontres s'inscrivent dans la feuille de route qu'Emmanuel Macron a confiée à la Première ministre pour relancer l'exécutif après la crise des retraites.

Les syndicats seront ensuite reçus en "multilatérale" d'ici la fin du mois, a annoncé le porte-parole du gouvernement, Olivier Véran.

«Trop tôt»

Mais FO ne veut "pas de calendrier, pas de multilatérale, pas de conférence" sociale. "Aujourd'hui c'est retrait de la réforme, salaires liés à l'inflation".

Laurent Berger a jugé que c'était "trop tôt" pour s’engager sur un agenda social que la Première ministre propose de bâtir pour un "nouveau pacte de la vie au travail", qui ferait l'objet d'un projet de loi présenté en fin d'année ou début 2024.

Les syndicats doivent de leur côté présenter le 30 mai des propositions communes sur les salaires, avant une 14e journée de grève et de manifestations le 6 juin, à deux jours de l'examen du texte des députés Liot.

L'intersyndicale a lancé mardi le site internet jusquauretrait.fr pour appeler les parlementaires à "voter cette loi" Liot, que le gouvernement et la majorité tentent de faire échouer.

"Le 8 c'est le dernier combat", a expliqué sur Public Sénat le patron de la CFTC Cyril Chabanier. "Derrière on passe à juillet-août, ça va être compliqué de faire des mobilisations".

Les organisations patronales, reçues la semaine prochaine, auraient préféré une négociation autonome avec les syndicats, qu'ils verront le 5 juin.


La manifestation de soutien à Le Pen "n'est pas un coup de force", dit Bardella

La présidente du parti d'extrême droite français Rassemblement national (RN), l'eurodéputé Jordan Bardella (G) et la présidente du groupe parlementaire du parti d'extrême droite français Rassemblement national (RN), Marine Le Pen, quittent le palais présidentiel de l'Élysée à Paris, le 26 août 2024, après leur rencontre avec le président français. (Photo by Bertrand GUAY / AFP)
La présidente du parti d'extrême droite français Rassemblement national (RN), l'eurodéputé Jordan Bardella (G) et la présidente du groupe parlementaire du parti d'extrême droite français Rassemblement national (RN), Marine Le Pen, quittent le palais présidentiel de l'Élysée à Paris, le 26 août 2024, après leur rencontre avec le président français. (Photo by Bertrand GUAY / AFP)
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  • « Ce n'est pas un coup de force, c'est au contraire une défense très claire et très profonde de l'État de droit et de la démocratie française.
  • « Cela nous semblait nécessaire que nous puissions nous exprimer directement aux Français.

STRASBOURG : La manifestation de soutien à Marine Le Pen prévue dimanche à Paris « n'est pas un coup de force », mais une mobilisation « pour la démocratie », a assuré mercredi Jordan Bardella, président du Rassemblement national, à des journalistes au Parlement européen à Strasbourg.

« Ce n'est pas un coup de force, c'est au contraire une défense très claire et très profonde de l'État de droit et de la démocratie française. C'est une mobilisation en réalité, non pas contre, mais pour la démocratie française », a déclaré l'eurodéputé au sujet de ce rassemblement annoncé par le RN après la condamnation de la triple candidate à la présidentielle à une peine d'inéligibilité immédiate.

« Cela nous semblait nécessaire (...) que nous puissions nous exprimer directement aux Français par l'intermédiaire de ces discours qui seront prononcés dimanche avec l'ensemble de nos cadres, de nos parlementaires et de nos militants », a-t-il ajouté.

Cette condamnation, que le RN qualifie de « scandale démocratique », compromet grandement ses chances de concourir une quatrième fois à la fonction suprême en 2027.

Pour Jordan Bardella, cela ne change « absolument rien » à sa relation avec Marine Le Pen, « si ce n'est qu'elle est peut-être encore plus forte qu'elle ne l'a été par le passé ».

« Je suis à ses côtés, je vais continuer à l'être (...) Nous allons évidemment mener le combat », a assuré l'eurodéputé qui faisait son retour au Parlement européen après avoir manqué les deux premiers jours de la session.

Il a qualifié de « bonne nouvelle » l'annonce de la justice qu'une décision en appel devrait être rendue « à l'été 2026 », donc bien avant la présidentielle.


Condamnation de Marine Le Pen: Macron rappelle au gouvernement l'indépendance de la justice

Le président français Emmanuel Macron (Photo AFP)
Le président français Emmanuel Macron (Photo AFP)
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  • Le président français Emmanuel Macron a « rappelé » que l'autorité judiciaire est indépendante et que les magistrats doivent être protégés
  • Le chef de l'État a également affirmé que « tous les justiciables ont droit au recours ».

PARIS : Mercredi en Conseil des ministres, le président français Emmanuel Macron a « rappelé » que l'autorité judiciaire est indépendante et que les magistrats doivent être protégés, après la condamnation de la cheffe de l'extrême droite Marine Le Pen qui a suscité des attaques contre les juges, ont rapporté des participants.

Le chef de l'État a également affirmé que « tous les justiciables ont droit au recours », selon ces sources. La justice a déjà fait savoir qu'un nouveau procès en appel pourrait se tenir dans des délais qui laissent une porte ouverte à une éventuelle candidature présidentielle en 2027 de la leader du Rassemblement national (RN), principale formation d'extrême droite française. 

Devant la presse, à l'issue du Conseil des ministres, la porte-parole du gouvernement Sophie Primas a rapporté mercredi les propos du chef de l'État.

« La première chose qu'il a rappelée, a poursuivi Mme Primas, est que la justice est évidemment indépendante et prend ses décisions en toute indépendance, et qu'il faut donc la respecter comme l'un des piliers de notre démocratie. La première, a-t-elle dit, est que la justice est indépendante et qu'elle prend ses décisions en toute indépendance et qu'il faut donc la respecter comme un pilier de notre démocratie.

« La troisième chose, pour rappeler que les menaces qui sont faites à l'encontre des magistrats sont absolument insupportables et intolérables, puisque nous sommes encore une fois dans une démocratie. Et la justice est tout à fait indépendante et doit être respectée », a-t-elle ajouté.

« Et la troisième chose, pour rappeler que chacun a le droit à une justice équivalente et que le droit est le même pour tous. »


Bac: l'épreuve de maths en première se précise pour l'an prochain

La ministre de l'Education nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, Elisabeth Borne, lors d'une conférence de presse à l'issue d'une visite à l'école élémentaire Claude-Monnet à Rueil-Malmaison, en banlieue parisienne, le 28 mars 2025. (Photo Thomas SAMSON / AFP)
La ministre de l'Education nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, Elisabeth Borne, lors d'une conférence de presse à l'issue d'une visite à l'école élémentaire Claude-Monnet à Rueil-Malmaison, en banlieue parisienne, le 28 mars 2025. (Photo Thomas SAMSON / AFP)
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  • Le Conseil supérieur de l'éducation (CSE, qui rassemble syndicats, associations de parents, collectivités, etc.) a majoritairement voté contre le projet de décret et d'arrêté
  • L'ex-ministre de l'Éducation nationale, Gabriel Attal, avait annoncé en décembre 2023 la création de cet examen sur le modèle de l'épreuve anticipée de français pour le baccalauréat en fin de première,

PARIS : Le projet d'épreuve de mathématiques en classe de première pour l'an prochain, qui vise à mettre en œuvre le « choc des savoirs » annoncé par l'ex-ministre de l'Éducation nationale Gabriel Attal, a été présenté mardi devant une instance consultative de l'Éducation nationale, étape-clé avant sa publication.

Le Conseil supérieur de l'éducation (CSE, qui rassemble syndicats, associations de parents, collectivités, etc.) a majoritairement voté contre le projet de décret et d'arrêté instaurant cette « épreuve terminale de culture mathématique aux baccalauréats général et technologique ».

Ils ont recueilli 0 voix pour, 27 contre, 31 abstentions et 4 refus de prendre part au vote (l'administration ne votant pas dans cette instance), un vote indicatif qui n'empêche pas la mise en œuvre de la réforme, selon des sources syndicales.

Cette épreuve écrite d'une durée de deux heures, qui entrera en vigueur au printemps 2026, sera « affectée d'un coefficient 2 » (points pris sur l’épreuve du Grand oral en terminale), selon ces textes, consultés par l'AFP.

L'ex-ministre de l'Éducation nationale, Gabriel Attal, avait annoncé en décembre 2023 la création de cet examen sur le modèle de l'épreuve anticipée de français pour le baccalauréat en fin de première, un projet confirmé en novembre 2024 par sa successeure, Anne Genetet.

Sophie Vénétitay, secrétaire générale du Snes-FSU, principal syndicat du second degré (collèges et lycées), qualifie auprès de l'AFP la mesure de « rafistolage supplémentaire du bac Blanquer », décidé en 2019 par l'ex-ministre Jean-Michel Blanquer.

Pour Jérôme Fournier, secrétaire national du SE Unsa, la nouvelle épreuve « alourdit la fin de l'année pour les élèves et les correcteurs ».

La première partie, qui est commune à tous les élèves, sera sous forme de QCM et pourrait être corrigée automatiquement, ce à quoi « de nombreuses organisations syndicales sont opposées », a-t-il ajouté, tandis que la deuxième partie devrait consister en des résolutions de problèmes.

Des projets de textes ont par ailleurs été votés au CSE relatif à « la mise en place du +parcours renforcé+ en classe de seconde générale et technologique » ou professionnelle à partir de la rentrée 2026, avec trois votes pour, 45 contre et 13 abstentions.

Mis en place par la ministre Élisabeth Borne, ce parcours est destiné aux élèves n’ayant pas obtenu le diplôme du brevet. Son organisation relèvera « de l’autonomie de l’établissement sur la base indicative de deux heures hebdomadaires sur tout ou partie de l’année », selon le projet d'arrêté.

Sophie Vénétitay déplore « une coquille vide » tandis que Tristan Brams (CFDT Éducation) regrette l'absence de « moyens supplémentaires ».