Le chaos et la vacance de pouvoir au Soudan, des menaces pour la sécurité mondiale

Des soldats de l'armée soudanaise circulent près de chars stationnés dans une rue du sud de Khartoum, le 6 mai 2023, dans un contexte de combats contre le groupe paramilitaire des Forces de soutien rapide (Photo, AFP).
Des soldats de l'armée soudanaise circulent près de chars stationnés dans une rue du sud de Khartoum, le 6 mai 2023, dans un contexte de combats contre le groupe paramilitaire des Forces de soutien rapide (Photo, AFP).
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Publié le Lundi 08 mai 2023

Le chaos et la vacance de pouvoir au Soudan, des menaces pour la sécurité mondiale

  • Le conflit meurtrier qui sévit dans ce pays pauvre de 45 millions d'habitants en fait une cible stratégique pour les groupes extrémistes régionaux
  • L'Afrique du Nord, l'Afrique centrale et la Corne de l'Afrique comptent déjà de nombreuses organisations islamiques radicales lourdement armées

DUBAÏ: La lutte pour le pouvoir entre le dirigeant de facto du Soudan et commandant des Forces armées soudanaises (FAS), le général Abdel Fattah Al-Burhane, et le général Mohammed Dagalo et ses Forces de soutien rapide (FSR), fait rage depuis maintenant trois semaines.

Les tensions provoquées par l'intégration prévue du groupe paramilitaire de Dagalo dans l'armée soudanaise se sont transformées en conflit le 15 avril, lorsque les deux anciens alliés, qui avaient collaboré pour renverser le dictateur Omar el-Béchir il y a moins de quatre ans, se sont affrontés, plongeant le pays dans le chaos.

Les spécialistes de l'Afrique et les experts en géopolitique se demandent notamment si une querelle amère et prolongée entre les deux généraux ne risque pas de produire au Soudan ce que des conflits internes similaires ont provoqué au cours des dernières décennies dans deux grands pays d'Afrique du Nord, aujourd'hui largement ingouvernés, à savoir la Libye et la Somalie.

Les administrations américaines considèrent depuis 25 ans que le Soudan revêt une importance géostratégique pour leurs intérêts, tant en Afrique qu'au Moyen-Orient. Au début des années 1990, sous l'influence du Front national islamique (FNI), le gouvernement soudanais s'est montré accueillant à l'égard de groupes militants de tous bords, notamment Al-Qaïda.

Les États-Unis inscrivent en 1993 le Soudan sur leur liste des États soutenant le terrorisme, mais dès 1996, le pays est considéré comme un refuge et un centre de liaison et d'entraînement pour plusieurs organisations terroristes internationales, principalement d'origine moyen-orientale. En mai de la même année, après l'adoption de trois résolutions cruciales du Conseil de sécurité des Nations unies, le Soudan ordonne l'expulsion du chef d'Al-Qaïda, Oussama ben Laden, de son territoire.

Usine pharmaceutique de Khartoum, bombardé par les forces américaines, en août 1998 (Photo, AFP).

Deux ans plus tard, en représailles aux attentats meurtriers du 7 août contre deux ambassades américaines en Afrique de l'Est, l'administration de Bill Clinton ordonne des frappes de missiles de croisière sur une usine pharmaceutique à Khartoum, arguant que le site est utilisé par Al-Qaïda pour produire des ingrédients destinés à la fabrication d'armes chimiques.

EN chiffres

800 000 – Nombre total prévu de personnes fuyant le conflit au Soudan, selon les estimations de l'Agence des Nations unies pour les réfugiés.

700 – Nombre de morts dans le conflit, selon l'organisation à but non lucratif Armed Conflict Location and Event Data Project (ACLED).

1 700 – Nombre de personnes blessées au cours des onze premiers jours du conflit, selon les estimations de l'ACLED.

Le Soudan a toutefois respecté, au cours des dix dernières années, ses engagements dans le cadre des accords de paix conclus au Darfour et dans la région devenue le Sud-Soudan, et a maintenu la coopération avec ses partenaires internationaux dans le domaine de la lutte contre le terrorisme. Mais ces acquis sont en péril, car ce pays appauvri de 45 millions d'habitants s'enfonce dans l'anarchie, le crime organisé et l'effondrement économique.

Ces dernières semaines, certains quartiers de Khartoum se sont transformés en zones de guerre et les civils ont fui vers les pays voisins, dont la situation est déjà fragile en raison des risques et des vulnérabilités auxquels ils sont confrontés. Selon les estimations récentes de l'Agence des Nations unies pour les réfugiés, 800 000 personnes devraient fuir le conflit, dont de nombreux réfugiés d'autres pays.

Les affrontements ont tué environ 700 personnes jusqu'à présent, la plupart d'entre elles à Khartoum et dans la région occidentale du Darfour, selon Armed Conflict Location and Event Data Project (ACLED).

Une patrouille des FSR près du palais présidentiel de Khartoum, le 1er mai 2023 (Photo, FSR via AFP).

Tandis que le nombre de victimes et de personnes déplacées continue d'augmenter et de faire frémir le monde, certains observateurs estiment que le conflit pourrait être le signe avant-coureur de conséquences dramatiques: la transformation du Soudan en un foyer pour le terrorisme.

Selon ces experts, si les combats se poursuivent et que les pertes militaires augmentent, ils risquent non seulement de créer des espaces non gouvernés que les terroristes pourront exploiter, mais aussi d'inciter les deux factions en conflit à conclure des accords avec des groupes militants régionaux, entraînant le pays dans un engrenage de guerres et d'anarchie.

La situation sécuritaire fragile, combinée à la crise économique, aux troubles sociaux et à l'instabilité des pays voisins, crée les conditions idéales pour le développement de groupes extrémistes, explique Hafed al-Ghwell, chargé de recherche à la Johns Hopkins Schools of Advanced International Studies.

Étant donné que le Soudan a déjà servi de refuge à des groupes extrémistes et qu'il est de plus en plus instable, des organisations terroristes telles que Daech et Al-Qaïda pourraient envisager d'y établir une nouvelle base. «Les deux groupes militants islamiques ont opéré au Soudan par le passé. Le potentiel d'émergence de Daech dans le pays est accentué par sa situation géographique», indique M. Al-Ghwell à Arab News.

«Partageant une frontière avec la Libye, le Tchad et la Somalie, où des groupes extrémistes violents continuent d'opérer, la porosité des frontières et la faiblesse des infrastructures de sécurité dans la région créent des conditions parfaites pour le déplacement des terroristes et l'acheminement d'armes, de produits de contrebande et d'autres marchandises illicites.»

Des recrues de la milice Al-Shabab dans la capitale somalienne de Mogadiscio (Photo, AFP).

Tous ces éléments inquiètent non seulement le Moyen-Orient, mais aussi l'Europe et le reste du monde, estime M. Al-Ghwell.

En raison de sa position stratégique, au bord de la mer Rouge, de la Corne de l'Afrique et de la région du Sahel, le Soudan est touché par plusieurs différends régionaux. Par exemple, les relations du pays avec l'Éthiopie voisine se sont dégradées en raison de tensions liées à des terres agricoles contestées le long de la frontière.

Le continent africain abrite également des groupes terroristes tels que Boko Haram au Nigeria, Al-Shabaab en Somalie et Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), qui opère en Afrique du Nord-Ouest et dans la région du Sahel. Boko Haram et Al-Shabaab ont également des liens avec Al-Qaïda.

M. Al-Ghwell estime que le retour des Frères musulmans, qui étaient auparavant l'un des principaux soutiens du régime soudanais, pourrait être inquiétant.

«Il est essentiel que la communauté internationale reste vigilante et surveille les activités des Frères musulmans et de leurs partisans. Les escalades passées au Soudan, y compris une tentative de coup d'État militaire ratée en septembre 2021, ont été imputées aux Frères musulmans», affirme-t-il.

«Bien qu'il soit difficile de prédire avec certitude la probabilité exacte du retour des Frères musulmans, plusieurs facteurs suggèrent que le groupe pourrait faire son retour au Soudan.»

Des combattants de Daesh paradant dans une rue de Sirte, en Libye, en février 2015 (Photo, AFP).

L'histoire des Frères musulmans dans le pays remonte aux années 1950 lorsque le groupe a créé sa première branche soudanaise. Il a renforcé sa présence au Soudan au cours des décennies suivantes, atteignant son apogée en 1989 avec la prise du pouvoir par le Front national islamique (FNI), soutenu par les Frères musulmans.

Dirigé par l'officier militaire et futur chef d'État soudanais Omar el-Béchir, le FNI, rebaptisé Parti du congrès national (PCN) à la fin des années 1990, a dominé la politique soudanaise jusqu'au coup d'État soudanais de 2019. Le gouvernement d’El-Béchir a été accusé de violations massives des droits de l'homme, notamment d'avoir soutenu les milices Janjaweed lors de la guerre au Darfour en 2004.

Après 2019, le PCN a été officiellement interdit et contraint à la clandestinité. Toutefois, compte tenu du chaos croissant au Soudan, le climat politique instable du pays pourrait offrir des conditions favorables au retour des Frères musulmans.

«Si les Frères musulmans réapparaissent au Soudan et consolident leurs acquis, ils pourraient constituer une menace importante pour le pays et pour ses voisins. L'idéologie du groupe pourrait conduire à une répression appuyée par l'État des libertés civiles et des droits de l'homme au Soudan, ce qui alimenterait les troubles et risquerait de déboucher sur de nouvelles violences», poursuit M. Al-Ghwell.

«En outre, les Frères musulmans soutiennent traditionnellement des groupes militants et des idéologies extrémistes. Si le groupe devait prendre le pouvoir au Soudan, il pourrait offrir un refuge à des organisations terroristes et constituer une menace pour la stabilité régionale.»

Des officiers militaires saluent le général Omar Al-Bashir lors de sa prise de pouvoir, le 30 juin 1989 (Photo, AFP).

La guerre au Yémen semblant progresser à un rythme plus lent, le groupe Al-Qaïda dans la péninsule arabique (AQPA) risque de représenter une autre menace majeure s'il cherche à transférer ses opérations au Soudan.

Selon M. Al-Ghwell, en l'absence d'une infrastructure de sécurité adéquate, il sera relativement facile pour le groupe AQPA d'acheminer des combattants et des armes au Soudan afin d'y soutenir des cellules, ou d'utiliser le pays comme point de transit pour soutenir les opérations de l'AQMI.

«Un article récent du Long War Journal indique qu'un idéologue d'Al-Qaïda a appelé à la guerre sainte au Soudan et a fourni des lignes directrices aux partisans désireux de rejoindre le combat. Le livre, rédigé par l'idéologue Abu Hudhayfah al-Sudani et publié par une maison d'édition extrémiste qui serait liée à l'AQPA, fournit une justification idéologique et des directives pour mener une guerre sainte contre l'État soudanais, ainsi que des règles à suivre par les extrémistes potentiels lors de la formation d'une nouvelle entité», ajoute M. Al-Ghwell.

Plusieurs accords de cessez-le-feu ont été conclus entre les Forces armées soudanaises et les Forces de soutien rapide depuis le début des combats au Soudan, mais ils ont été rapidement rompus, les deux parties se renvoyant la responsabilité de cet échec.

Pour M. Al-Ghwell, l'aide humanitaire (eau, abris, nourriture et assistance médicale) doit être apportée aux civils fuyant le pays ainsi qu'aux personnes déplacées à l'intérieur du pays. Un soutien financier est également indispensable pour stabiliser l'économie et empêcher la résurgence de l'extrémisme.

La communauté internationale devrait prendre des mesures préventives en partageant ses renseignements et en formant les forces de sécurité soudanaises afin de prévenir la prolifération de groupes extrémistes qui pourraient tirer parti de la vacance du pouvoir.

Le Soudan a de longue date abrité des groupe extrémistes en son sein (Photo, AFP).

Il semble difficile de prévoir la fin des combats entre Al-Burhane et Dagalo. Les deux factions ont revendiqué le contrôle territorial de zones clés à Khartoum et dans d'autres parties du pays.

Fayez, un civil soudanais qui a souhaité n'être identifié que par son prénom, a fait part à Arab News de ses réflexions sur la nécessité de fuir son pays et de ses craintes pour l'avenir. Exténué, il venait d'effectuer un périlleux voyage du Soudan vers l'Égypte, en passant par la frontière nord, en compagnie de sa nouvelle épouse.

«Nous avons réussi, nous avons survécu. Je ne sais pas ce que deviendra le Soudan; j'ai peur d'y penser. Au lieu de se réveiller au son de la prière, mes proches qui sont toujours bloqués là-bas se réveillent au bruit des explosions», confie M. Fayez.

«Je prie pour leur sécurité, je prie pour mon pays, je prie pour que nous ne devenions pas la pire version de nous-mêmes et la pire et mauvaise version de l'islam, et que nous ne nous entretuions pas sous de fausses idéologies.»

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


L'Iran affirme contrôler le détroit d'Ormuz après les déclarations de Trump sur un contrôle américain

Cette photographie, obtenue auprès de l'agence de presse iranienne ISNA le 13 août 2026, montre une nappe de pétrole le long de la côte sud de l'île de Qeshm, en Iran, le 13 août 2026. (AFP)
Cette photographie, obtenue auprès de l'agence de presse iranienne ISNA le 13 août 2026, montre une nappe de pétrole le long de la côte sud de l'île de Qeshm, en Iran, le 13 août 2026. (AFP)
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  • Donald Trump, qui semble désormais privilégier une approche plus attentiste face à l'Iran, a répété mercredi sur son réseau Truth Social que les Etats-Unis avaient un contrôle "total" du détroit d'Ormuz et allaient le "garder"
  • Dans les faits, ce passage stratégique pour le commerce mondial de pétrole est verrouillé par l'Iran, alors que les Etats-Unis imposent de leur côté un blocus aux ports iraniens

TEHERAN: Un haut responsable iranien a affirmé jeudi que le détroit d'Ormuz restait sous le contrôle de l'Iran, après que le président américain Donald Trump a revendiqué la veille le contrôle américain de ce détroit stratégique.

"Aujourd'hui, vous voyez que le détroit d'Ormuz est sous la gestion et le contrôle de la République islamique, et que notre pays poursuit sa trajectoire en toute sécurité", a déclaré selon la télévision d'Etat Hossein Taeb, chef des forces paramilitaires du Bassidj, affiliées aux Gardiens de la Révolution, la puissante force armée de la République islamique.

Donald Trump, qui semble désormais privilégier une approche plus attentiste face à l'Iran, a répété mercredi sur son réseau Truth Social que les Etats-Unis avaient un contrôle "total" du détroit d'Ormuz et allaient le "garder".

Dans les faits, ce passage stratégique pour le commerce mondial de pétrole est verrouillé par l'Iran, alors que les Etats-Unis imposent de leur côté un blocus aux ports iraniens.

Les hostilités ont repris entre les deux pays début juillet, quand le protocole d'accord conclu en juin pour mettre durablement fin à la guerre au Moyen-Orient a volé en éclat.

Les frappes se sont depuis atténuées, Donald Trump assurant que des négociations étaient en cours avec l'Iran, qui a démenti, assurant de son côté ne parler qu'avec Oman d'un futur itinéraire pour franchir le détroit d'Ormuz.


Une colonie de Cisjordanie, démantelée en 2005, à nouveau inaugurée par Israël

Ganim est l'une des quatre colonies israéliennes de Cisjordanie évacuées par Israël dans le cadre du plan de retrait de l'ancien Premier ministre Ariel Sharon en 2005, avec Homesh, Sa-Nour et Kadim.  (AFP)
Ganim est l'une des quatre colonies israéliennes de Cisjordanie évacuées par Israël dans le cadre du plan de retrait de l'ancien Premier ministre Ariel Sharon en 2005, avec Homesh, Sa-Nour et Kadim. (AFP)
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  • À Ganim, environ deux douzaines de maisons préfabriquées ont déjà été installées. Des niveleuses et des rouleaux compresseurs s'activent sur le flanc de la colline afin de dégager de nouveaux espaces destinés à de futures habitations
  • Dans la vallée en contrebas, des Palestiniens interrogés par l'AFP témoignent de leur crainte que la construction de Ganim ne rende leur vie plus difficile, voire n'entraîne à terme leur déplacement

GANIM, TERRITOIRES PALESTINIENS: Plus de vingt ans après son retrait de la colonie de Ganim, en Cisjordanie occupée, Israël l'a officiellement inaugurée à nouveau jeudi, selon des journalistes de l'AFP sur place, dans une nouvelle illustration de la politique d'intensification de la colonisation menée par le gouvernement Netanyahu.

"Nous sommes revenus à Ganim  - et nous sommes revenus pour y rester", a affirmé le ministre de la Défense israélien Israël Katz, présent pour la cérémonie.

Sur l'unique rue récemment aménagée, l'odeur de l'asphalte fraîchement coulé flotte dans l'air. De nouveaux résidents et leurs proches, venus les aider à s'installer, sourient à la vue de leurs caravanes flambant neuves.

Ganim est l'une des quatre colonies israéliennes de Cisjordanie évacuées par Israël dans le cadre du plan de retrait de l'ancien Premier ministre Ariel Sharon en 2005, avec Homesh, Sa-Nour et Kadim. Leur emplacement isolé, dans le nord de la Cisjordanie, près de la ville palestinienne de Jénine, avait notamment motivé leur démantèlement.

Trois d'entre elles ont désormais été reconstruites sous l'actuel gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu, sur fond de forte accélération de la création de nouvelles colonies, et de légalisation d'avant-postes (souvent constitués de quelques caravanes ou préfabriqués construits sans l'aval du gouvernement israélien, et destinés à créer des faits accomplis).

À Ganim, environ deux douzaines de maisons préfabriquées ont déjà été installées. Des niveleuses et des rouleaux compresseurs s'activent sur le flanc de la colline afin de dégager de nouveaux espaces destinés à de futures habitations.

Dans la vallée en contrebas, des Palestiniens interrogés par l'AFP témoignent de leur crainte que la construction de Ganim ne rende leur vie plus difficile, voire n'entraîne à terme leur déplacement.

De part et d'autre de la route reliant Israël à la nouvelle colonie, l'armée a démoli ces derniers jours des commerces et bloqué plusieurs chemins de terre menant aux villages palestiniens, y amoncelant des gravats.

Une centaine de personnes ont assisté à Ganim à la cérémonie d'inauguration, venus d'Israël ou d'autres colonies de Cisjordanie, dont des députés et deux ministres.

Yossi Dagan, le président du Conseil régional, chargé des colonies de ce secteur a parlé "moment historique".

Il a rappelé qu'un plan de construction de 19 nouvelles colonies dans cette zone avait été lancé, avec le soutien du gouvernement.

"Aujourd'hui, nous revenons à Ganim et nous la reconstruisons. Nous ne sommes pas seulement revenus dans les quatre localités qui avaient été évacuées : nous multiplions par deux et par trois la présence juive dans le nord de la Samarie", a-t-il déclaré, utilisant le nom israélien de la Cisjordanie occupée.


La condamnation à mort de Bachar al-Assad par la Syrie : un pas vers la justice ?

La condamnation d’Assad, la première prononcée à son encontre par un tribunal syrien depuis l’effondrement de son gouvernement en décembre 2024 et sa fuite en Russie, a été rendue par contumace. (Image générée par IA représentant à quoi il aurait pu ressembler)
La condamnation d’Assad, la première prononcée à son encontre par un tribunal syrien depuis l’effondrement de son gouvernement en décembre 2024 et sa fuite en Russie, a été rendue par contumace. (Image générée par IA représentant à quoi il aurait pu ressembler)
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  • Ce jugement constitue la première condamnation nationale prononcée à l’encontre du président déchu et marque une tentative sans précédent de demander des comptes aux dirigeants de l’ancien régime
  • Assad bénéficie toujours de la protection de la Russie, tandis que des experts juridiques avertissent que la peine de mort pourrait compliquer les efforts visant à l’extrader et à le faire comparaître en personne devant un tribunal syrien

LONDRES : Pendant près d’un quart de siècle, Bachar al-Assad s’est tenu à la tête d’un État syrien dans lequel le président semblait hors d’atteinte de ses tribunaux.

Mardi, cette situation s’est radicalement inversée.

La quatrième chambre pénale du tribunal de Damas a condamné le président déchu à mort par contumace après l’avoir reconnu coupable de crimes incluant « l’assassinat prémédité et intentionnel de plusieurs personnes, dont des enfants », ainsi que « la torture, les arrestations arbitraires et les crimes contre l’humanité » commis au cours du long conflit qui a ravagé le pays.

Il s’agit de la première condamnation prononcée à l’encontre d’Assad par un tribunal syrien depuis l’effondrement de son gouvernement en décembre 2024 et sa fuite en Russie.

Son frère Maher, ancien commandant de la redoutable quatrième division blindée, et Atef Najib, ancien chef de la sécurité à Deraa dont le traitement réservé aux manifestants adolescents avait contribué à déclencher le soulèvement de 2011, figuraient parmi les personnes également condamnées à mort.

Najib, arrêté en Syrie l’année dernière, était le seul haut responsable présent à l’audience.
Pour de nombreux Syriens, le symbolisme était indéniable.

Des foules se sont rassemblées devant le palais de justice de Damas et ont célébré la nouvelle à Deraa, où le soulèvement contre Assad avait commencé après que les forces de sécurité eurent arrêté et torturé des adolescents accusés d’avoir écrit des graffitis antigouvernementaux.

Pour Rahaf Aldoughli, maître de conférences en études sur le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord à l’université de Lancaster, ce verdict revêt une « importance symbolique considérable ».

« Pendant des décennies, l’une des caractéristiques déterminantes du système Assad a été l’impunité : l’idée que les plus hauts responsables de l’État ne pourraient jamais être tenus légalement pour responsables », a-t-elle déclaré à Arab News.

« Un tribunal syrien qui reconnaît officiellement la responsabilité pénale de Bachar al-Assad rompt donc, au moins symboliquement, avec cet héritage. »

Elle a toutefois mis en garde contre une interprétation excessive de cet événement.
« Nous devons veiller à ne pas assimiler la condamnation d’Assad à la justice transitionnelle. La justice transitionnelle ne peut se réduire à la sanction d’un seul individu, aussi central qu’il ait pu être au sein du système. »

Ce verdict confronte également les nouvelles autorités syriennes à une question plus épineuse : condamner Assad à mort le rapproche-t-il de la justice, ou rend-il encore plus lointaine la perspective de le juger un jour en personne — ainsi que ceux qui ont permis le fonctionnement de son appareil ?

« Dans l’ensemble, il s’agit d’une avancée significative, mais il ne faut pas en exagérer l’importance », a déclaré à Arab News Robert Pinfold, maître de conférences en sécurité internationale au King’s College de Londres. « Cela reste largement symbolique — notamment parce qu’Assad se trouve en Russie. »

Si la poursuite des relations chaleureuses entre Damas et Moscou pourrait théoriquement constituer un « coup de théâtre », a-t-il ajouté, il est raisonnable de supposer que les avoirs d’Assad et de sa famille resteront hors d’atteinte à court terme.

« Quant à la condamnation à mort elle-même, la plupart des Syriens y seront globalement favorables », a déclaré M. Pinfold. « Très peu de gens aujourd’hui — y compris certains de ses anciens partisans et des alaouites qui estiment qu’il les a trahis en s’enfuyant — soutiennent encore Bachar al-Assad. Il ne s’agit donc pas d’une décision controversée.

« Mais la capacité du gouvernement à réellement l’appliquer est limitée, puisque Assad se trouve hors du pays. »

Il a fait valoir que, alors que Damas est confrontée à des demandes croissantes de vérité, de réconciliation et de responsabilisation, elle doit mener ces processus avec prudence afin d’éviter de donner l’impression que les communautés minoritaires sont collectivement tenues pour responsables des exactions de l’ancien régime, même si les Syriens continuent de réclamer justice.

Assad est devenu, contre toute attente, le dirigeant de la Syrie de 2000 à décembre 2024, succédant à son père Hafez Assad et présidant un système dominé par la présidence, les services de sécurité et l’establishment militaire.

Lorsque des manifestations pacifiques ont éclaté en 2011, les forces gouvernementales ont réagi par la force meurtrière. Le soulèvement s’est rapidement transformé en une guerre qui a fait plus de 580 000 morts, déplacé plus de 13 millions de personnes et donné lieu à des allégations de torture systématique, de disparitions forcées, d’attaques aveugles et d’autres violations graves.

Pendant des années, les tentatives visant à établir les responsabilités se sont principalement déroulées en dehors de la Syrie. Les tribunaux européens ont eu recours à la compétence universelle et à d’autres mécanismes juridiques pour poursuivre d’anciens agents des services de renseignement syriens et d’autres suspects qui avaient atteint leur territoire.

Les tribunaux français ont également poursuivi Bachar al-Assad lui-même. En 2025, des juges d’instruction français ont émis un mandat d’arrêt à son encontre en lien avec le bombardement, en 2012, d’un centre de presse à Homs qui a coûté la vie aux journalistes Marie Colvin et Rémi Ochlik.

La décision rendue mardi revêt une importance particulière car elle a été prononcée en Syrie, inscrivant officiellement Assad au casier judiciaire du pays en tant que prévenu condamné, et non plus simplement comme faisant l’objet d’enquêtes, d’allégations ou de sanctions étrangères.

Mais la condamnation à mort ne constitue pas nécessairement une issue juridique définitive. Assad a été jugé par contumace et, selon le droit procédural syrien, le verdict pourrait être annulé et la procédure rouverte s’il se rendait ou s’il était arrêté et traduit en justice, d’après l’analyse du Réseau syrien pour les droits de l’homme.

« Le fait qu’il s’agisse également d’une condamnation à mort complique en outre les traités d’extradition avec d’autres pays qui ont pu ou non accorder l’asile à des responsables du régime syrien », a déclaré Samy Akil, conseiller principal chez The Syria Report, à Arab News.

« Je pense que l’UE et la CPI s’opposent à l’extradition vers un pays où une peine de mort a été prononcée à l’encontre d’une personne jugée par contumace. Je pense que c’est un aspect dont les responsables syriens n’ont pas vraiment tenu compte. »

Une question juridique plus large se pose également. Le droit syrien ne définit pas les « crimes de guerre » ni les « crimes contre l’humanité » comme des infractions distinctes. Ces affaires sont donc généralement jugées en vertu des dispositions pénales ordinaires, notamment celles relatives au meurtre, à la torture et à la détention illégale.

Les procureurs ont cherché à combler cette lacune en invoquant des principes juridiques internationaux, bien que la Syrie ne soit pas partie à la Convention des Nations unies de 1968 sur l’imprescriptibilité des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité.

Ces procédures contribueront donc à établir le cadre juridique pour de futures affaires visant à établir les responsabilités.

« Le cadre juridique et le système judiciaire syriens ne sont pas suffisamment adaptés pour traiter l’ampleur, la portée et la nature des massacres qui ont été perpétrés en Syrie — qu’il s’agisse de crimes de guerre, de torture ou de toutes les questions pertinentes qui doivent être abordées », a déclaré Akil.

« Le fait qu’ils se soient largement appuyés sur le code pénal existant — malgré plus d’un an et demi de travail sur une loi de justice transitionnelle, un projet de texte et le plaidoyer de nombreux groupes de la société civile — sape le processus de transition (aujourd’hui) et pour l’avenir.

« En fin de compte, il faut un système judiciaire indépendant et opérationnel pour traiter d’autres affaires (similaires) qui sont peut-être moins médiatisées, comme celles concernant des commandants de division ayant commis des massacres sur ordre des échelons supérieurs de la chaîne de commandement.

« L’absence d’une loi claire sur la justice transitionnelle est, à mon sens, la principale préoccupation, mais en fin de compte, cette décision constitue évidemment une victoire symbolique. »

Pour l’instant, il est peu probable qu’Assad purge la peine qui lui a été infligée. Il se trouve toujours en Russie, qui ne devrait pas l’extrader, tandis que la peine de mort pourrait compliquer toute tentative visant à obtenir son extradition depuis un autre pays.

Pour autant, considérer ce jugement comme purement symbolique reviendrait à en négliger l’importance.


Pour la première fois, un tribunal syrien a formellement établi la responsabilité pénale de la figure la plus puissante de l’ancien régime — un homme qui incarnait autrefois l’autorité de l’État syrien, mais qui est désormais fiché comme un fugitif condamné pour des crimes graves.

« À court terme, cette condamnation n’aboutira probablement pas à l’emprisonnement ou à l’exécution d’Assad tant qu’il restera sous la protection de la Russie et que Moscou refusera de l’extrader », a déclaré M. Aldoughli.

« Son impact immédiat est donc avant tout juridique et symbolique, plutôt que coercitif. Mais cela ne la rend pas pour autant dénuée de sens. »

La condamnation d’Assad clôt un chapitre des relations entre la Syrie et son ancien dirigeant. La question la plus importante est de savoir si elle marquera le début d’un processus de justice transitionnelle complet et impartial, ou si elle restera un jugement historique qui ne pourra jamais être appliqué.

« Peut-être que l’importance la plus grande réside dans le fait qu’Assad, qui a gouverné la Syrie pendant plus de deux décennies avec un pouvoir pratiquement illimité, est désormais un fugitif recherché par la justice syrienne », a déclaré M. Aldoughli.

« Pour de nombreux Syriens, ce revirement aura en soi une portée symbolique considérable. Mais le véritable test de la transition syrienne sera de savoir si ce moment marquera le début d’un processus judiciaire complet et impartial, plutôt que son aboutissement. »