Le chaos et la vacance de pouvoir au Soudan, des menaces pour la sécurité mondiale

Des soldats de l'armée soudanaise circulent près de chars stationnés dans une rue du sud de Khartoum, le 6 mai 2023, dans un contexte de combats contre le groupe paramilitaire des Forces de soutien rapide (Photo, AFP).
Des soldats de l'armée soudanaise circulent près de chars stationnés dans une rue du sud de Khartoum, le 6 mai 2023, dans un contexte de combats contre le groupe paramilitaire des Forces de soutien rapide (Photo, AFP).
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Publié le Lundi 08 mai 2023

Le chaos et la vacance de pouvoir au Soudan, des menaces pour la sécurité mondiale

  • Le conflit meurtrier qui sévit dans ce pays pauvre de 45 millions d'habitants en fait une cible stratégique pour les groupes extrémistes régionaux
  • L'Afrique du Nord, l'Afrique centrale et la Corne de l'Afrique comptent déjà de nombreuses organisations islamiques radicales lourdement armées

DUBAÏ: La lutte pour le pouvoir entre le dirigeant de facto du Soudan et commandant des Forces armées soudanaises (FAS), le général Abdel Fattah Al-Burhane, et le général Mohammed Dagalo et ses Forces de soutien rapide (FSR), fait rage depuis maintenant trois semaines.

Les tensions provoquées par l'intégration prévue du groupe paramilitaire de Dagalo dans l'armée soudanaise se sont transformées en conflit le 15 avril, lorsque les deux anciens alliés, qui avaient collaboré pour renverser le dictateur Omar el-Béchir il y a moins de quatre ans, se sont affrontés, plongeant le pays dans le chaos.

Les spécialistes de l'Afrique et les experts en géopolitique se demandent notamment si une querelle amère et prolongée entre les deux généraux ne risque pas de produire au Soudan ce que des conflits internes similaires ont provoqué au cours des dernières décennies dans deux grands pays d'Afrique du Nord, aujourd'hui largement ingouvernés, à savoir la Libye et la Somalie.

Les administrations américaines considèrent depuis 25 ans que le Soudan revêt une importance géostratégique pour leurs intérêts, tant en Afrique qu'au Moyen-Orient. Au début des années 1990, sous l'influence du Front national islamique (FNI), le gouvernement soudanais s'est montré accueillant à l'égard de groupes militants de tous bords, notamment Al-Qaïda.

Les États-Unis inscrivent en 1993 le Soudan sur leur liste des États soutenant le terrorisme, mais dès 1996, le pays est considéré comme un refuge et un centre de liaison et d'entraînement pour plusieurs organisations terroristes internationales, principalement d'origine moyen-orientale. En mai de la même année, après l'adoption de trois résolutions cruciales du Conseil de sécurité des Nations unies, le Soudan ordonne l'expulsion du chef d'Al-Qaïda, Oussama ben Laden, de son territoire.

Usine pharmaceutique de Khartoum, bombardé par les forces américaines, en août 1998 (Photo, AFP).

Deux ans plus tard, en représailles aux attentats meurtriers du 7 août contre deux ambassades américaines en Afrique de l'Est, l'administration de Bill Clinton ordonne des frappes de missiles de croisière sur une usine pharmaceutique à Khartoum, arguant que le site est utilisé par Al-Qaïda pour produire des ingrédients destinés à la fabrication d'armes chimiques.

EN chiffres

800 000 – Nombre total prévu de personnes fuyant le conflit au Soudan, selon les estimations de l'Agence des Nations unies pour les réfugiés.

700 – Nombre de morts dans le conflit, selon l'organisation à but non lucratif Armed Conflict Location and Event Data Project (ACLED).

1 700 – Nombre de personnes blessées au cours des onze premiers jours du conflit, selon les estimations de l'ACLED.

Le Soudan a toutefois respecté, au cours des dix dernières années, ses engagements dans le cadre des accords de paix conclus au Darfour et dans la région devenue le Sud-Soudan, et a maintenu la coopération avec ses partenaires internationaux dans le domaine de la lutte contre le terrorisme. Mais ces acquis sont en péril, car ce pays appauvri de 45 millions d'habitants s'enfonce dans l'anarchie, le crime organisé et l'effondrement économique.

Ces dernières semaines, certains quartiers de Khartoum se sont transformés en zones de guerre et les civils ont fui vers les pays voisins, dont la situation est déjà fragile en raison des risques et des vulnérabilités auxquels ils sont confrontés. Selon les estimations récentes de l'Agence des Nations unies pour les réfugiés, 800 000 personnes devraient fuir le conflit, dont de nombreux réfugiés d'autres pays.

Les affrontements ont tué environ 700 personnes jusqu'à présent, la plupart d'entre elles à Khartoum et dans la région occidentale du Darfour, selon Armed Conflict Location and Event Data Project (ACLED).

Une patrouille des FSR près du palais présidentiel de Khartoum, le 1er mai 2023 (Photo, FSR via AFP).

Tandis que le nombre de victimes et de personnes déplacées continue d'augmenter et de faire frémir le monde, certains observateurs estiment que le conflit pourrait être le signe avant-coureur de conséquences dramatiques: la transformation du Soudan en un foyer pour le terrorisme.

Selon ces experts, si les combats se poursuivent et que les pertes militaires augmentent, ils risquent non seulement de créer des espaces non gouvernés que les terroristes pourront exploiter, mais aussi d'inciter les deux factions en conflit à conclure des accords avec des groupes militants régionaux, entraînant le pays dans un engrenage de guerres et d'anarchie.

La situation sécuritaire fragile, combinée à la crise économique, aux troubles sociaux et à l'instabilité des pays voisins, crée les conditions idéales pour le développement de groupes extrémistes, explique Hafed al-Ghwell, chargé de recherche à la Johns Hopkins Schools of Advanced International Studies.

Étant donné que le Soudan a déjà servi de refuge à des groupes extrémistes et qu'il est de plus en plus instable, des organisations terroristes telles que Daech et Al-Qaïda pourraient envisager d'y établir une nouvelle base. «Les deux groupes militants islamiques ont opéré au Soudan par le passé. Le potentiel d'émergence de Daech dans le pays est accentué par sa situation géographique», indique M. Al-Ghwell à Arab News.

«Partageant une frontière avec la Libye, le Tchad et la Somalie, où des groupes extrémistes violents continuent d'opérer, la porosité des frontières et la faiblesse des infrastructures de sécurité dans la région créent des conditions parfaites pour le déplacement des terroristes et l'acheminement d'armes, de produits de contrebande et d'autres marchandises illicites.»

Des recrues de la milice Al-Shabab dans la capitale somalienne de Mogadiscio (Photo, AFP).

Tous ces éléments inquiètent non seulement le Moyen-Orient, mais aussi l'Europe et le reste du monde, estime M. Al-Ghwell.

En raison de sa position stratégique, au bord de la mer Rouge, de la Corne de l'Afrique et de la région du Sahel, le Soudan est touché par plusieurs différends régionaux. Par exemple, les relations du pays avec l'Éthiopie voisine se sont dégradées en raison de tensions liées à des terres agricoles contestées le long de la frontière.

Le continent africain abrite également des groupes terroristes tels que Boko Haram au Nigeria, Al-Shabaab en Somalie et Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), qui opère en Afrique du Nord-Ouest et dans la région du Sahel. Boko Haram et Al-Shabaab ont également des liens avec Al-Qaïda.

M. Al-Ghwell estime que le retour des Frères musulmans, qui étaient auparavant l'un des principaux soutiens du régime soudanais, pourrait être inquiétant.

«Il est essentiel que la communauté internationale reste vigilante et surveille les activités des Frères musulmans et de leurs partisans. Les escalades passées au Soudan, y compris une tentative de coup d'État militaire ratée en septembre 2021, ont été imputées aux Frères musulmans», affirme-t-il.

«Bien qu'il soit difficile de prédire avec certitude la probabilité exacte du retour des Frères musulmans, plusieurs facteurs suggèrent que le groupe pourrait faire son retour au Soudan.»

Des combattants de Daesh paradant dans une rue de Sirte, en Libye, en février 2015 (Photo, AFP).

L'histoire des Frères musulmans dans le pays remonte aux années 1950 lorsque le groupe a créé sa première branche soudanaise. Il a renforcé sa présence au Soudan au cours des décennies suivantes, atteignant son apogée en 1989 avec la prise du pouvoir par le Front national islamique (FNI), soutenu par les Frères musulmans.

Dirigé par l'officier militaire et futur chef d'État soudanais Omar el-Béchir, le FNI, rebaptisé Parti du congrès national (PCN) à la fin des années 1990, a dominé la politique soudanaise jusqu'au coup d'État soudanais de 2019. Le gouvernement d’El-Béchir a été accusé de violations massives des droits de l'homme, notamment d'avoir soutenu les milices Janjaweed lors de la guerre au Darfour en 2004.

Après 2019, le PCN a été officiellement interdit et contraint à la clandestinité. Toutefois, compte tenu du chaos croissant au Soudan, le climat politique instable du pays pourrait offrir des conditions favorables au retour des Frères musulmans.

«Si les Frères musulmans réapparaissent au Soudan et consolident leurs acquis, ils pourraient constituer une menace importante pour le pays et pour ses voisins. L'idéologie du groupe pourrait conduire à une répression appuyée par l'État des libertés civiles et des droits de l'homme au Soudan, ce qui alimenterait les troubles et risquerait de déboucher sur de nouvelles violences», poursuit M. Al-Ghwell.

«En outre, les Frères musulmans soutiennent traditionnellement des groupes militants et des idéologies extrémistes. Si le groupe devait prendre le pouvoir au Soudan, il pourrait offrir un refuge à des organisations terroristes et constituer une menace pour la stabilité régionale.»

Des officiers militaires saluent le général Omar Al-Bashir lors de sa prise de pouvoir, le 30 juin 1989 (Photo, AFP).

La guerre au Yémen semblant progresser à un rythme plus lent, le groupe Al-Qaïda dans la péninsule arabique (AQPA) risque de représenter une autre menace majeure s'il cherche à transférer ses opérations au Soudan.

Selon M. Al-Ghwell, en l'absence d'une infrastructure de sécurité adéquate, il sera relativement facile pour le groupe AQPA d'acheminer des combattants et des armes au Soudan afin d'y soutenir des cellules, ou d'utiliser le pays comme point de transit pour soutenir les opérations de l'AQMI.

«Un article récent du Long War Journal indique qu'un idéologue d'Al-Qaïda a appelé à la guerre sainte au Soudan et a fourni des lignes directrices aux partisans désireux de rejoindre le combat. Le livre, rédigé par l'idéologue Abu Hudhayfah al-Sudani et publié par une maison d'édition extrémiste qui serait liée à l'AQPA, fournit une justification idéologique et des directives pour mener une guerre sainte contre l'État soudanais, ainsi que des règles à suivre par les extrémistes potentiels lors de la formation d'une nouvelle entité», ajoute M. Al-Ghwell.

Plusieurs accords de cessez-le-feu ont été conclus entre les Forces armées soudanaises et les Forces de soutien rapide depuis le début des combats au Soudan, mais ils ont été rapidement rompus, les deux parties se renvoyant la responsabilité de cet échec.

Pour M. Al-Ghwell, l'aide humanitaire (eau, abris, nourriture et assistance médicale) doit être apportée aux civils fuyant le pays ainsi qu'aux personnes déplacées à l'intérieur du pays. Un soutien financier est également indispensable pour stabiliser l'économie et empêcher la résurgence de l'extrémisme.

La communauté internationale devrait prendre des mesures préventives en partageant ses renseignements et en formant les forces de sécurité soudanaises afin de prévenir la prolifération de groupes extrémistes qui pourraient tirer parti de la vacance du pouvoir.

Le Soudan a de longue date abrité des groupe extrémistes en son sein (Photo, AFP).

Il semble difficile de prévoir la fin des combats entre Al-Burhane et Dagalo. Les deux factions ont revendiqué le contrôle territorial de zones clés à Khartoum et dans d'autres parties du pays.

Fayez, un civil soudanais qui a souhaité n'être identifié que par son prénom, a fait part à Arab News de ses réflexions sur la nécessité de fuir son pays et de ses craintes pour l'avenir. Exténué, il venait d'effectuer un périlleux voyage du Soudan vers l'Égypte, en passant par la frontière nord, en compagnie de sa nouvelle épouse.

«Nous avons réussi, nous avons survécu. Je ne sais pas ce que deviendra le Soudan; j'ai peur d'y penser. Au lieu de se réveiller au son de la prière, mes proches qui sont toujours bloqués là-bas se réveillent au bruit des explosions», confie M. Fayez.

«Je prie pour leur sécurité, je prie pour mon pays, je prie pour que nous ne devenions pas la pire version de nous-mêmes et la pire et mauvaise version de l'islam, et que nous ne nous entretuions pas sous de fausses idéologies.»

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Syrie: deux membres de l'EI arrêtés en lien avec l'attaque d'une mosquée en décembre 

Deux membres du groupe Etat islamique (EI) ont été arrêtés en Syrie en lien avec une attaque en décembre contre une mosquée située dans un secteur alaouite de Homs (centre), a annoncé lundi le ministère de l'Intérieur syrien. (AFP)
Deux membres du groupe Etat islamique (EI) ont été arrêtés en Syrie en lien avec une attaque en décembre contre une mosquée située dans un secteur alaouite de Homs (centre), a annoncé lundi le ministère de l'Intérieur syrien. (AFP)
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  • L'attaque, qui avait fait huit morts, avait été revendiquée par le groupuscule Saraya Ansar al-Sunna, apparu quelques mois plus tôt. Selon des experts, le groupe serait en réalité lié à l'EI - à qui les autorités syriennes avaient imputé l'attentat
  • Dans son communiqué, le ministère annonce l'arrestation "d'Ahmed Attallah al-Diab et d'Anas al-Zarrad, qui appartiennent à l'organisation terroriste Daech (acronyme de l'EI en arabe, NDLR) et sont responsables de l'explosion"

DAMAS: Deux membres du groupe Etat islamique (EI) ont été arrêtés en Syrie en lien avec une attaque en décembre contre une mosquée située dans un secteur alaouite de Homs (centre), a annoncé lundi le ministère de l'Intérieur syrien.

L'attaque, qui avait fait huit morts, avait été revendiquée par le groupuscule Saraya Ansar al-Sunna, apparu quelques mois plus tôt. Selon des experts, le groupe serait en réalité lié à l'EI - à qui les autorités syriennes avaient imputé l'attentat.

Dans son communiqué, le ministère annonce l'arrestation "d'Ahmed Attallah al-Diab et d'Anas al-Zarrad, qui appartiennent à l'organisation terroriste Daech (acronyme de l'EI en arabe, NDLR) et sont responsables de l'explosion ayant visé la mosquée Ali Ben Abi Taleb dans le quartier de Wadi al-Dahab à Homs".

Des explosifs, différentes sortes d'armes et de munitions ainsi que des documents prouvant leur implication dans des attaques, ont également été saisis, selon la même source.

Saraya Ansar al-Sunna avait déjà revendiqué une attaque en juin contre une église de Damas, qui avait tué 25 personnes.

Pendant la guerre civile, déclenchée en 2011 par des manifestations pro-démocratie, l'EI avait contrôlé de vastes territoires avant d'être défait par la coalition internationale en 2019.

Malgré sa défaite, ses combattants repliés dans le vaste désert syrien continuent épisodiquement de mener des attaques.

En décembre, une attaque dans la région de Palmyre avait coûté la vie à trois Américains. Les Etats-Unis ont mené une série de frappes en réponse, et les autorités syriennes une série d'arrestations.

La ville de Homs, à majorité sunnite, compte plusieurs quartiers habités par la minorité alaouite. L'attaque de décembre avait entraîné de larges manifestations de cette communauté.

C'est de cette minorité qu'est issu le président Bachar al-Assad qui a été renversé en décembre 2024 par la coalition dirigée par Ahmad al-Chareh, ancien jihadiste aujourd'hui à la tête de la Syrie.

Depuis, cette communauté a fait l'objet d'attaques et la prise du pouvoir par des islamistes a renforcé les craintes des minorités syriennes.

Les autorités s'efforcent de rassurer sur leur capacité à pacifier et réunifier le pays après une guerre civile de près de 14 ans, et multiplient les gestes pour rassurer les minorités.


La Somalie annule tous ses accords avec les Émirats arabes unis

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  • "Après avoir soigneusement évalué les récents développements et exerçant son autorité constitutionnelle, le Conseil des ministres a annulé tous les accords conclus avec les Émirats arabes unis"
  • Cette décision, qui inclut "les accords bilatéraux de coopération en matière de sécurité et de défense", mais aussi ceux signés avec les administrations régionales, "repose sur des rapports crédibles et des preuves convaincantes"

MOGADISCIO: La Somalie a annulé lundi tous les accords conclus avec les Émirats arabes unis, sur fond de tensions liées à la reconnaissance par Israël du Somaliland et d’informations selon lesquelles les Émiratis auraient utilisé le territoire somalien pour aider un séparatiste yéménite à fuir son pays.

"Après avoir soigneusement évalué les récents développements et exerçant son autorité constitutionnelle, le Conseil des ministres a annulé tous les accords conclus avec les Émirats arabes unis", peut-on lire dans un communiqué gouvernemental reçu par l'AFP.

Cette décision, qui inclut "les accords bilatéraux de coopération en matière de sécurité et de défense", mais aussi ceux signés avec les administrations régionales, "repose sur des rapports crédibles et des preuves convaincantes concernant des actions hostiles sapant la souveraineté nationale, l’unité territoriale et l’indépendance politique du pays", affirme le Conseil des ministres.

Sont également concernés le port de Berbera au Somaliland, propriété d'un groupe émirati, ainsi que ceux de Bosaso (au Puntland, nord-est de la Somalie) et de Kismayo (au Jubaland, sud-ouest), précise le texte.

Situé au nord-ouest de la Somalie, l’État séparatiste du Somaliland représente plus d'un quart de ce que l’État fédéral somalien considère comme étant son territoire.

Quant au Puntland et au Jubaland, ils ont des relations complexes avec le gouvernement fédéral.

Les Émirats sont perçus par de nombreux experts comme étant derrière la reconnaissance récente par Israël de la république autoproclamée du Somaliland, territoire sur lequel Mogadiscio revendique sa souveraineté.

La coalition dirigée par l'Arabie saoudite au Yémen a également affirmé jeudi que le chef des séparatistes yéménites, soutenus par les Émirats arabes unis, avait été exfiltré à Abou Dhabi, la capitale émiratie, via les ports de Berbera et Mogadiscio.

L’agence somalienne de l’immigration a alors déclaré qu’elle enquêtait sur une "utilisation non autorisée présumée de l’espace aérien et des aéroports nationaux de la Somalie".

"Patience" épuisée 

Interrogé par l'AFP sur ce qui motivait la décision somalienne, un haut responsable du palais présidentiel s'est refusé à entrer dans les détails.

"La décision du cabinet aujourd’hui intervient après une longue période de patience de la part de la direction du gouvernement fédéral. Les Émirats ont continué d’interférer dans les affaires intérieures de la Somalie et se sont livrés à des actes de mauvaise conduite et à une politique de double discours en Somalie", a-t-il commenté.

Le 26 décembre, Israël est devenu le premier pays à reconnaître le Somaliland comme "État indépendant et souverain" depuis sa sécession en 1991 de la Somalie.

La république autoproclamée de 176.000 km2 fonctionne depuis en autonomie, avec ses propres monnaie, armée et police, et se distingue par sa relative stabilité par rapport à la Somalie minée par l'insurrection islamiste des shebab et les conflits politiques chroniques.

Sa position sur le détroit de Bab-el-Mandeb, qui relie la mer Rouge au golfe d'Aden, en fait un territoire stratégique.

Les Émirats arabes unis, cas rare dans le monde musulman, n'ont pas condamné Israël pour sa reconnaissance du Somaliland, contrairement à l'Arabie saoudite.

Le président somalien Hassan Sheikh Mohamud avait qualifié la décision israélienne de "menace" pour la sécurité et la stabilité de la Corne de l'Afrique.


Iran: le bilan des morts s'alourdit, le pouvoir appelle à des contre-manifestations

Le président Massoud Pezeshkian a exhorté la population à participer lundi à une "marche de résistance" dans tout le pays, pour dénoncer les violences commises, selon lui, par des "criminels terroristes urbains". (AFP)
Le président Massoud Pezeshkian a exhorté la population à participer lundi à une "marche de résistance" dans tout le pays, pour dénoncer les violences commises, selon lui, par des "criminels terroristes urbains". (AFP)
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  • "Des informations non vérifiées indiquent qu'au moins plusieurs centaines, voire plus de 2.000 personnes selon certaines sources, auraient été tuées", a-t-elle souligné, dénonçant un "massacre" et un "crime (...) majeur contre le peuple iranien"
  • D'une ampleur inédite depuis trois ans, le mouvement pose à la République islamique, proclamée en 1979, l'un de ses plus grands défis

PARIS: Le pouvoir iranien a perpétré un "massacre", selon un groupe de défense des droits humains, pour réprimer le mouvement de contestation dans le pays, où les autorités ont appelé à des manifestations lundi en soutien à la République islamique.

L'ONG Iran Human Rights (IHR), basée en Norvège, a déclaré dimanche avoir confirmé la mort d'au moins 192 manifestants, mais averti que le nombre réel de victimes pourrait être beaucoup plus élevé.

"Des informations non vérifiées indiquent qu'au moins plusieurs centaines, voire plus de 2.000 personnes selon certaines sources, auraient été tuées", a-t-elle souligné, dénonçant un "massacre" et un "crime (...) majeur contre le peuple iranien".

D'une ampleur inédite depuis trois ans, le mouvement pose à la République islamique, proclamée en 1979, l'un de ses plus grands défis.

Déclenché à Téhéran le 28 décembre par des commerçants protestant contre la cherté de la vie, il a gagné de nombreuses autres villes. Les autorités ont imposé une coupure d'internet, désormais en vigueur depuis plus de 72 heures, selon l'ONG de surveillance de la cybersécurité Netblocks.

Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres, a appelé les autorités à "la plus grande retenue" dans l'usage de la force et à rétablir les communications.

L'IHR a aussi estimé à plus de 2.600 les manifestants arrêtés.

Le pouvoir judiciaire a réitéré que les mis en cause seraient traités "avec fermeté", après que le chef de la police a fait état "d'importantes arrestations".

"Deuil national" 

En fin de journée, le gouvernement a décrété trois jours de deuil national pour les "martyrs de la résistance", en référence notamment aux membres des forces de sécurité tués.

Si les autorités disent comprendre les revendications économiques des manifestants, elles fustigent désormais de plus en plus des "émeutiers" instrumentalisés selon elles par l'étranger, les Etats-Unis et Israël en tête.

Le président Massoud Pezeshkian a exhorté la population à participer lundi à une "marche de résistance" dans tout le pays, pour dénoncer les violences commises, selon lui, par des "criminels terroristes urbains".

La télévision d'Etat a diffusé des images de bâtiments en feu, dont une mosquée, ainsi que de cortèges funéraires d'agents des forces de l'ordre.

Dimanche, une vidéo largement partagée montrait de nouveau des manifestants se rassemblant dans le quartier de Pounak, à Téhéran, en scandant des slogans en faveur de la monarchie déchue.

La télévision d'Etat s'est efforcée de montrer une forme de retour au calme, diffusant des images d'une circulation fluide. Le gouverneur de Téhéran, Mohammad-Sadegh Motamedian, a affirmé à la télévision que "le nombre de manifestations (était) en baisse".

Très présent sur les réseaux sociaux, Reza Pahlavi, fils en exil du chah renversé en 1979, a de son côté appelé à de nouvelles actions, se disant prêt à retourner dans son pays et mener une transition démocratique.

Hôpitaux "débordés" 

Des images publiées sur les réseaux sociaux  - probablement par des moyens satellitaires - ont montré de grandes foules défilant dans la nuit de samedi à dimanche dans plusieurs villes iraniennes, notamment la capitale Téhéran et Machhad, dans l'est du pays.

Dans une autre vidéo authentifiée par l'AFP, on voit des dizaines de corps enveloppés dans des sacs noirs devant une morgue de Téhéran, et ce qui semble être des Iraniens à la recherche de leurs proches disparus.

Le Centre pour les droits de l'homme en Iran (CHRI), dont le siège est à New York, a affirmé que les hôpitaux étaient "débordés" par l'afflux de manifestants blessés, et que les réserves de sang diminuent.

A Téhéran, un journaliste de l'AFP décrit une quasi-paralysie de la vie quotidienne, avec beaucoup de boutiques qui ont baissé le rideau.

Les écoles sont fermées et l'enseignement se fait désormais à distance mais sans internet, il est impossible de se connecter. De même, si de nombreux Iraniens se rendent encore au bureau, l'absence de réseau rend toute activité difficile.

Des manifestations de solidarité ont rassemblé des milliers de personnes dimanche à Paris, Londres ou Vienne, tandis qu'à Istanbul, la police turque a bloqué les manifestants devant le consulat iranien.

"Vivant ou non" 

"Nous ne savons rien de nos proches actuellement en Iran", a déploré dans la foule londonienne Fahimeh Moradi, 52 ans. "Mon fils est là-bas, et je ne sais pas s'il est vivant ou non".

Le président américain Donald Trump a répété samedi que Washington se tenait "prêt à aider" les manifestants "aspirant à la liberté".

En cas de frappes américaines, l'Iran ripostera en ciblant des sites militaires et le transport maritime des Etats-Unis, a averti le président du Parlement Mohammad Bagher Ghalibaf.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a lui dit espérer que Téhéran "serait bientôt délivré du joug de la tyrannie", tandis qu'un haut responsable militaire affirmait que l'armée serait "en mesure de répondre avec force si nécessaire".

La mobilisation survient dans un pays affaibli par une guerre avec Israël en juin et les coups portés à plusieurs de ses alliés régionaux, ainsi que par les sanctions liées à son programme nucléaire rétablies en septembre par l'ONU.