La Chine peut-elle contribuer à mettre fin aux combats au Soudan?

Des citoyens soudanais déplacés de chez eux par la guerre qui fait rage creusent de petits trous sur le rivage pour obtenir de l’eau potable sur les rives du Nil Blanc à Khartoum le 6 mai 2023. (Reuters)
Des citoyens soudanais déplacés de chez eux par la guerre qui fait rage creusent de petits trous sur le rivage pour obtenir de l’eau potable sur les rives du Nil Blanc à Khartoum le 6 mai 2023. (Reuters)
Des personnes récupèrent des articles dans un entrepôt médical détruit lors des combats à Nyala, la capitale de la province soudanaise du Darfour-Sud, le 2 mai 2023. (AFP)
Des personnes récupèrent des articles dans un entrepôt médical détruit lors des combats à Nyala, la capitale de la province soudanaise du Darfour-Sud, le 2 mai 2023. (AFP)
Des réfugiées soudanaises, qui ont fui la violence dans leur pays, construisent des abris de fortune en attendant d’être placées dans un camp de réfugiés près de la frontière entre le Soudan et le Tchad à Koufroun, au Tchad, le 6 mai 2023. (Reuters/Zohra Bensemra)
Des réfugiées soudanaises, qui ont fui la violence dans leur pays, construisent des abris de fortune en attendant d’être placées dans un camp de réfugiés près de la frontière entre le Soudan et le Tchad à Koufroun, au Tchad, le 6 mai 2023. (Reuters/Zohra Bensemra)
La fumée monte au milieu des combats persistants dans la capitale soudanaise, Khartoum, le 4 mai 2023, malgré des accords de trêve prolongés entre les groupes belligérants. (AFP)
La fumée monte au milieu des combats persistants dans la capitale soudanaise, Khartoum, le 4 mai 2023, malgré des accords de trêve prolongés entre les groupes belligérants. (AFP)
Des citoyens chinois évacués du Soudan arborent les bannières de leur pays à leur arrivée à la base navale du roi Fayçal à Djeddah, le 26 avril 2023. (AFP)
Des citoyens chinois évacués du Soudan arborent les bannières de leur pays à leur arrivée à la base navale du roi Fayçal à Djeddah, le 26 avril 2023. (AFP)
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Publié le Dimanche 07 mai 2023

La Chine peut-elle contribuer à mettre fin aux combats au Soudan?

  • La Chine a joué le rôle de médiateur lors de plusieurs initiatives de rapprochement au Moyen-Orient, notamment en négociant le rétablissement des relations diplomatiques entre l’Arabie saoudite et l’Iran
  • Depuis l’éruption de la violence au Soudan le mois dernier, l’ONU, l’Union africaine et plusieurs blocs régionaux ont lancé à plusieurs reprises des appels au calme, proposant des cessez-le-feu et le dialogue

DJOUBA, Soudan du Sud : Au Soudan, le bilan de la crise, qui a commencé lorsque des affrontements ont éclaté entre les Forces armées soudanaises d’Abdel Fattah al-Burhan et les Forces de soutien rapide de Mohammed Hamdan Dagalo le 15 avril, s’élève à plus de 500 morts et près de 300 000 personnes déplacées en seulement trois semaines.

Alors que les voisins du Soudan – les pays arabes et du Moyen-Orient – et les puissances occidentales lancent de fervents appels pour mettre fin aux combats, de nombreux analystes affirment que les Soudanais se tournent en réalité vers l’Est pour trouver une solution.

La Chine a joué le rôle de médiateur lors de plusieurs initiatives de rapprochement au Moyen-Orient, notamment en négociant le rétablissement des relations diplomatiques entre l’Arabie saoudite et l’Iran début avril et en encourageant les efforts de réconciliation entre le régime syrien et les pays arabes.

Ces récents antécédents diplomatiques, selon les experts, suggèrent que la Chine est idéalement placée pour jouer également le rôle de médiateur de paix dans le conflit soudanais.

EN CHIFFRES

2,03 milliards de dollars (1 dollar = 0,89 euro) d’exportations chinoises vers le Soudan en 2022

780 millions de dollars d’exportations du Soudan vers la Chine en 2021

17 millions de dollars est la valeur des accords économiques et technologiques signés entre la Chine et le Soudan en 2022

 

« La Chine a plus d’influence sur le Soudan que l’Occident et les organismes régionaux et pourrait travailler avec les pays de la Ligue arabe pour résoudre le conflit avant qu’il ne dégénère », déclare à Arab News Manasseh Zindo, un pacificateur sud-soudanais et ancien délégué du processus de paix lancé par l’Autorité intergouvernementale pour le développement.

Selon M. Zindo, au moment où les pays occidentaux avaient tendance à imposer des sanctions au Soudan, la Chine faisait des affaires avec ses dirigeants, donnant au pays une occasion unique de mettre fin au conflit entre l’armée et les Forces de soutien rapide.

« Les dirigeants soudanais n’ont pas beaucoup confiance en l’Occident et seraient plus à l’aise avec la médiation préconisée par la Chine », dit-il.

En effet, le consensus général est que les liens économiques de longue date entre la Chine et le Soudan, qui remontent à la fin des années 1950, donnent à la première un intérêt direct à négocier un accord pour mettre fin aux combats actuels et à faire pression pour garantir une solution durable à la crise.

Au fil des ans, la Chine est devenue l’un des principaux partenaires commerciaux du Soudan, résultat d’investissements considérables dans l’industrie pétrolière du pays et de l’achat d’une partie de la production.

Ces dernières années, la Chine a étendu ses investissements à des secteurs autres que le pétrole, comme les infrastructures, le secteur minier et l’agriculture. Elle a également aidé le Soudan à exploiter son potentiel hydroélectrique, notamment en finançant la construction du barrage de Merowe sur le Nil.

Dans le domaine des infrastructures, la Chine a contribué à la construction de plusieurs grands projets au Soudan, notamment l’aéroport international de Khartoum, le Friendship Hall à Khartoum et le barrage de Roseires sur le Nil Bleu.

Cette photo, prise le 15 septembre 2022, montre le bâtiment de la China National Petroleum Corporation (CNPC) près du front de mer du Nil à Khartoum, la capitale soudanaise. (AFP)
Cette photo, prise le 15 septembre 2022, montre le bâtiment de la China National Petroleum Corporation (CNPC) près du front de mer du Nil à Khartoum, la capitale soudanaise. (AFP)

Ensemble, ces projets ont donné un coup de pouce aux infrastructures de transport et d’énergie du Soudan, contribuant ainsi au développement économique du pays.

De même, le réseau d’investissements de la Chine au Soudan serait exposé à un grand risque si les combats actuels se transformaient en un conflit prolongé et exigeaient un lourd tribut économique.

« La perturbation de la production dans le pays pourrait avoir de graves conséquences non seulement sur le Soudan et le Soudan du Sud, mais aussi dans une certaine mesure sur la Chine », rapporte Augustino Ting Mayai, directeur de recherche à l’Institut Sudd de Djouba, au Soudan du Sud, dans un entretien avec Arab News.

Depuis l’éruption de la violence au Soudan le mois dernier, l’ONU, l’Union africaine et plusieurs blocs régionaux ont lancé à plusieurs reprises des appels au calme, proposant des cessez-le-feu et le dialogue. Jusqu’à présent, cependant, les résultats n’ont pas été encourageants, quelques minutes s’écoulant entre la mise en œuvre d’une trêve et la reprise des frappes aériennes et des tirs d’armes légères.

Les deux factions soudanaises rivales, qui se rejettent la responsabilité de ces multiples cessez-le-feu rompus, sont en réalité d’anciens alliés. Après la destitution du dictateur Omar el-Béchir en 2019, un gouvernement conjoint militaro-civil de transition a été mis en place, dirigé par le Premier ministre Abdallah Hamdok.

Des soldats de l’armée soudanaise marchent près de chars stationnés dans une rue du sud de Khartoum le 6 mai 2023, au milieu des combats en cours contre les forces paramilitaires de soutien rapide. (AFP)
Des soldats de l’armée soudanaise marchent près de chars stationnés dans une rue du sud de Khartoum le 6 mai 2023, au milieu des combats en cours contre les forces paramilitaires de soutien rapide. (AFP)

En seulement deux ans, M. Al-Burhan et M. Dagalo, également connu sous le nom de Hemedti, ont serré les rangs pour renverser M. Hamdok. Les efforts pour ramener le Soudan vers un gouvernement dirigé par des civils ont recommencé, mais les différends sur l’intégration des Forces de soutien rapide de M. Dagalo dans les Forces armées soudanaises ont conduit à des tensions, qui ont manifestement atteint un point critique lorsque des explosions et des coups de feu ont commencé à secouer Khartoum et d’autres villes le 15 avril.

« L’effondrement du Soudan pourrait conduire à davantage de violence dans la région, alimentée par la propagation des armes, comme en Libye et en Somalie », déclare Kai Xue, un expert de l’Afrique basé à Pékin, à Arab News.

La Libye, qui partage sa frontière sud-est avec le Soudan, et la Somalie, dans la Corne de l’Afrique, sont deux exemples de la façon dont des conflits civils prolongés peuvent plonger les nations africaines dans des cercles vicieux de violence aux conséquences mondiales désastreuses.

Les Forces paramilitaires de soutien rapide au Soudan se rassemblent près du palais présidentiel de Khartoum le 1er mai 2023. (Capture d’écran de la vidéo des Forces de soutien rapide/ESN/AFP)
Les Forces paramilitaires de soutien rapide au Soudan se rassemblent près du palais présidentiel de Khartoum le 1er mai 2023. (Capture d’écran de la vidéo des Forces de soutien rapide/ESN/AFP)

En Libye, la chute de l’ancien dictateur Mouammar Kadhafi en 2011 a entraîné la propagation rapide des armes légères et de petit calibre dans tout le pays, qui abrite désormais un grand nombre de groupes belligérants engagés dans un rapport de force sans fin.

La prolifération incontrôlée d’armes, de munitions et d’explosifs alimente non seulement le conflit en Libye, mais a également un effet déstabilisateur sur toute la région. Les pays voisins, comme le Tchad, le Niger et le Soudan, ont lutté pour endiguer l’utilisation abusive, l’accumulation et le transfert illicite d’armes légères et de petit calibre à travers leurs frontières.

La guerre civile, suivie de l’effondrement de l’État et de l’émergence de groupes armés en Somalie a eu un effet similaire sur les pays voisins. Le détournement et le commerce illicite d’armes légères et de petit calibre faisaient partie des principaux moteurs du conflit somalien, qui se poursuit à ce jour.

La contrebande et le transfert d’armes et d’explosifs depuis la Somalie ont également eu des répercussions considérables sur les pays voisins, comme le Kenya et l’Éthiopie. Le groupe terroriste Al-Shabaab, qui a des liens avec Al-Qaïda, a lancé des attaques meurtrières dans les deux pays en utilisant des armes introduites en contrebande depuis la Somalie.

Les analystes africains disent que la Somalie et la Libye ont tiré la leçon suivante : le conflit au Soudan a potentiellement de graves implications non seulement pour l’avenir du pays mais aussi pour celui de la région au sens large.

Des réfugiés soudanais, qui ont fui les violences dans leur pays, se tiennent à côté d’abris de fortune près de la frontière entre le Soudan et le Tchad à Koufroun, au Tchad, le 6 mai 2023. (Reuters)
Des réfugiés soudanais, qui ont fui les violences dans leur pays, se tiennent à côté d’abris de fortune près de la frontière entre le Soudan et le Tchad à Koufroun, au Tchad, le 6 mai 2023. (Reuters)

L’ONU a mis en garde contre une catastrophe humanitaire imminente à la suite des combats, affirmant que 800 000 personnes devraient fuir le pays. La crise est aggravée par le fait que le Soudan lui-même abrite déjà plus d’un million de réfugiés et trois millions de personnes déplacées à l’intérieur du pays.

Les voisins appauvris du Soudan accueillent également déjà d’importantes populations de réfugiés et font face depuis des années à l’instabilité politique et économique ainsi qu’aux catastrophes naturelles comme les crues soudaines et la sécheresse.

« C’est bien d’appeler à la paix, mais il y a trop de monde qui veut s’impliquer », révèle Tibor Nagy, ancien ambassadeur des États-Unis en Éthiopie, à Arab News.

Il regrette que les États-Unis n’aient pas fourni davantage de soutien à la transition du Soudan vers un régime civil.

« Je pense que si les États-Unis avaient été plus rapides, alors peut-être que le Premier ministre (Hamdok) n’aurait pas été renversé », rapporte M. Nagy. « Pourtant, en fin de compte, la faute incombe au général Al-Burhan et à Hemedti. Il est désormais clair qu’aucun d’eux ne voulait de véritable gouvernement dirigé par des civils ».

Quant à la Chine, M. Nagy affirme que le pays « publie de bonnes déclarations lors de tensions comme le conflit actuel au Soudan. Cependant, il a tendance à rester en retrait et à attendre que les autres fassent la paix, comme nous l’avons vu dans le cas de la guerre civile en Éthiopie récemment ».

Dans ces circonstances, l’implication de la Chine dans la querelle soudanaise est susceptible d’être passive, selon Benjamin Barton, de l’université de Nottingham, en Malaisie. Citant l’ampleur de la crise et la taille du Soudan, il déclare que la Chine attendrait que la violence s’amenuise avant de s’impliquer.

« Tout dépend vraiment des parties belligérantes », dit-il à Arab News. « Parfois, ces situations de conflit vont bien au-delà de la capacité d’intervention de la Chine ».

L’objectif occidental, autrefois louable, de voir un gouvernement dirigé par des civils se former pour diriger la transition du Soudan vers un régime démocratique semble maintenant exagéré. Ainsi, certains en Afrique espèrent que, compte tenu de son poids politique et de son influence économique, la Chine pourra au moins avoir un effet atténuant sur les tensions actuelles.

« La Chine pourrait utiliser ses voies diplomatiques pour réunir les deux parties au conflit autour d’une même table », annonce Onyando Kakoba, secrétaire général du Forum des parlements de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs, à Arab News, avant d’ajouter : «Elle devrait éviter de prendre parti, ce qui pourrait aggraver la crise.»

Son point de vue est partagé par Deng Dau Deng Malek, ministre par intérim des Affaires étrangères et de la Coopération internationale du Soudan du Sud, qui dit à Arab New s: «Tous les partenaires internationaux (pour mettre fin aux combats au Soudan) doivent faire pression, y compris la Chine ».

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Liban: Israël veut s'emparer d'une zone du sud, trois morts près de Beyrouth

Des poupées gisent sur un lit jonché de petits débris sur le site d'une frappe aérienne israélienne menée dans la nuit et qui a visé un appartement à Bshamoun, au sud-est de Beyrouth, le 24 mars 2026. (AFP)
Des poupées gisent sur un lit jonché de petits débris sur le site d'une frappe aérienne israélienne menée dans la nuit et qui a visé un appartement à Bshamoun, au sud-est de Beyrouth, le 24 mars 2026. (AFP)
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  • "Les centaines de milliers de résidents du sud du Liban qui ont été évacués vers le nord ne retourneront pas au sud du Litani tant que la sécurité des habitants du nord (d'Israël) ne sera pas assurée"
  • Mardi, le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a déclaré que les forces israéliennes "manoeuvraient à l'intérieur du territoire libanais pour s'emparer d'une ligne de défense avancée" jusqu'au fleuve Litani

BEYROUTH: Israël a annoncé mardi qu'il allait s'emparer d'une large zone du sud du Liban pour assurer sa sécurité, alors qu'il poursuit ses frappes sur le reste du territoire libanais, faisant trois morts près de Beyrouth et cinq autres dans le sud.

Après avoir envahi le Liban en 1982, Israël avait maintenu une zone tampon de 10 à 20 kilomètres de profondeur, jusqu'à son retrait total en 2000, sous les coups de boutoir du Hezbollah pro-iranien.

Mardi, le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a déclaré que les forces israéliennes "manoeuvraient à l'intérieur du territoire libanais pour s'emparer d'une ligne de défense avancée" jusqu'au fleuve Litani, à une trentaine de km de la frontière.

"Les centaines de milliers de résidents du sud du Liban qui ont été évacués vers le nord ne retourneront pas au sud du Litani tant que la sécurité des habitants du nord (d'Israël) ne sera pas assurée", a-t-il prévenu.

Depuis que le Hezbollah a entraîné le Liban dans la guerre régionale, Israël mène des frappes massives à travers le pays, qui ont fait plus d'un millier de morts et plus d'un million de déplacés.

"La bataille contre le Hezbollah (...) ne fait que commencer", a averti lundi la porte-parole arabophone de l'armée israélienne, Ella Waweya.

Mardi à l'aube, des frappes israéliennes ont tué cinq personnes dans le sud du pays et trois autres dans une zone résidentielle proche de Beyrouth, après des raids sur la banlieue sud de la capitale, bastion du Hezbollah.

"Qu'est-ce que j'ai fait?" 

"Ma maison a été entièrement détruite. Il ne reste plus rien, tout a brûlé", dit à l'AFP Abbas Qassem, 55 ans, dont l'appartement voisin du sien a été visé par la frappe à Bchamoun, au sud-est de Beyrouth.

"Qu'est-ce que j'ai fait pour que ma maison soit détruite? Je suis une personne normale", ajoute-t-il en pleurant, comme sa femme, découvrant l'appartement dévasté.

La frappe a notamment tué une fillette de quatre ans et fait quatre blessés, selon le ministère de la Santé.

Bchamoun n'est pas un bastion du Hezbollah, dont l'armée israélienne dit viser les combattants.

Un journaliste de l'AFP a vu des traces de sang et des restes d'un projectile dans l'appartement visé.

Lundi après-midi, une frappe ciblée avait visé un immeuble de la ville d'Hazmieh, dans une zone résidentielle surplombant Beyrouth, proche du palais présidentiel et abritant de nombreuses ambassades, faisant un mort.

Un porte-parole de l'armée israélienne a affirmé qu'un "terroriste de la force al-Qods", la branche des opérations extérieures des Gardiens de la Révolution iraniens, était visé.

Le Premier ministre libanais Nawaf Salam a déclaré que des membres des Gardiens de la Révolution iraniens, se trouvant au Liban, dirigeaient les opérations du Hezbollah.

L'accréditation de l'ambassadeur d'Iran a été retirée, Beyrouth lui donnant jusqu'à dimanche pour quitter le pays.

Incursion 

Dans la nuit, une série de frappes a visé des quartiers de la banlieue sud de Beyrouth, selon l'Agence nationale d'information (Ani, officielle).

A Haret Hreik, l'un des quartiers de la banlieue sud désertée par une majorité d'habitants, un photographe de l'AFP a vu des immeubles effondrés et des rues jonchées de débris.

L'Ani a aussi rapporté des frappes sur plusieurs régions de l'est et du sud, où des stations essence de la société al-Amana, qui selon Israël finance le Hezbollah, ont été visées.

Dans le sud, l'armée israélienne a visé la région de la ville côtière de Tyr, faisant cinq morts selon le ministère de la Santé.

Dans le même temps, elle a à nouveau frappé un pont sur le Litani, visé la veille, dans le cadre de son opération de destruction de plusieurs ponts sur ce fleuve reliant une partie du sud au reste du pays.

Le Hezbollah a pour sa part annoncé s'opposer à la progression des forces israéliennes dans des localités frontalières, revendiquant notamment des attaques contre des soldats dans le village de al-Qaouzah ainsi que sur le nord d'Israël.

Selon l'Ani, une unité israélienne a effectué une incursion dans le village frontalier de Halta, où les soldats "ont effectué des perquisitions dans plusieurs maisons et ouvert le feu sur les habitants", tuant l'un d'entre eux et en blessant un autre.

 


Le Liban décide d'expulser l'ambassadeur d'Iran, lui donne jusqu'à dimanche pour partir

Ci-dessus, Mohammad Reza Sheibani, nommé ambassadeur d’Iran au Liban, sur cette photo du 14 juin 2013. (AFP)
Ci-dessus, Mohammad Reza Sheibani, nommé ambassadeur d’Iran au Liban, sur cette photo du 14 juin 2013. (AFP)
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  • Le Liban a déclaré persona non grata l’ambassadeur d’Iran à Beyrouth et lui a donné jusqu’à dimanche pour quitter le pays
  • Cette décision intervient sur fond de tensions, Beyrouth accusant les Gardiens de la Révolution iraniens de diriger les opérations du Hezbollah depuis le Liban

BEYROUTH: Le Liban a retiré l'accréditation de l'ambassadeur d'Iran, récemment nommé à Beyrouth, et lui a donné jusqu'à dimanche pour quitter le pays, a annoncé mardi le ministère libanais des Affaires étrangères.

Cette mesure intervient après que Beyrouth a accusé les Gardiens de la Révolution iraniens de diriger les opérations du Hezbollah contre Israël depuis le Liban et annoncé interdire leurs actions sur le territoire libanais.

Le ministère a précisé avoir convoqué le chargé d'affaires iranien et l'avoir informé de la décision des autorités de "considérer persona non grata" l'ambassadeur Mohammad Reza Raeuf Sheibani, nommé en février à ce poste.


Trump évoque des "négociations" avec l'Iran, Téhéran nie et vise de nouveau Israël

Des traînées de roquettes sont visibles dans le ciel au-dessus de la ville côtière israélienne de Netanya, lors d’une nouvelle salve de missiles iraniens le 24 mars 2026. (AFP)
Des traînées de roquettes sont visibles dans le ciel au-dessus de la ville côtière israélienne de Netanya, lors d’une nouvelle salve de missiles iraniens le 24 mars 2026. (AFP)
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  • Donald Trump annonce un revirement diplomatique avec des « négociations » avec l’Iran et un report de frappes, tandis que les tensions militaires restent vives avec des échanges de missiles et des frappes en Iran et en Israël
  • Au Liban, l’escalade se poursuit avec de nouvelles frappes israéliennes sur la banlieue sud de Beyrouth et Bshamoun, faisant des morts et aggravant une crise humanitaire déjà lourde

TEHERAN: Dans un spectaculaire revirement, le président américain Donald Trump a évoqué des "négociations" avec un responsable iranien non-identifié et suspendu pour cinq jours des frappes qui devaient viser des infrastructures clés de la République islamique, laquelle a lancé de nouveau des missiles vers Israël mardi matin.

L'armée israélienne a dit tenter d'intercepter des projectiles iraniens puis dépêcher des soldats dans le sud du pays en raison du signalement d'impacts. Au fil de la nuit, les forces armées avaient déjà mis en garde contre des salves successives de missiles d'Iran.

La nuit a aussi donné lieu à des raids israéliens dans la banlieue sud de Beyrouth, considérée comme un bastion du mouvement pro-iranien Hezbollah, mais aussi plus au sud, à Bshamoun, faisant deux morts selon le gouvernement libanais.

D'après le site d'informations Axios, le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, se serait entretenu avec les émissaires américains Steve Witkoff et Jared Kushner. Mais le responsable iranien a démenti, sur X, affirmant que "de fausses informations sont utilisées pour manipuler les marchés financiers et pétroliers et sortir du bourbier dans lequel les Etats-Unis et Israël sont enlisés".

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a, lui, affirmé que Donald Trump estimait possible "de réaliser les objectifs de la guerre dans le cadre d'un accord qui préservera nos intérêts vitaux".

Côté iranien, le ministère des Affaires étrangères a nié lundi "toute négociation avec les Etats-Unis au cours des 24 derniers jours de cette guerre imposée". Il a toutefois reconnu avoir reçu via des "pays amis" des "messages transmettant une demande américaine de négociations" pour faire cesser le conflit.

Selon Axios et l'agence de presse Reuters, MM. Witkoff et Kushner, et possiblement le vice-président JD Vance, pourraient rencontrer une délégation iranienne dès cette semaine au Pakistan.

Interrogée à ce sujet par l'AFP, la porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, n'a pas démenti mais répondu que de telles "spéculations" ne devaient pas "être considérées comme avérées tant qu'elles n'ont pas été officiellement annoncées par la Maison Blanche".

Le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif a, lui, promis à Téhéran l'aide d'Islamabad pour ramener la paix dans la région.

- Report de 5 jours -

Sur son réseau Truth Social, le président américain a annoncé un report "de cinq jours" des frappes qu'il menaçait de lancer sur des centrales électriques et autres infrastructures en Iran si la République islamique ne débloquait pas le détroit d'Ormuz, voie stratégique pour l'approvisionnement mondial en hydrocarbures.

Face à la presse, il a ajouté que Washington et Téhéran avaient trouvé des "points d'accord majeurs" lors de négociations menées avec un "haut dirigeant" qui n'est pas le nouveau guide suprême, Mojtaba Khamenei.

Donald Trump a toutefois menacé de "continuer à bombarder allègrement" si les négociations échouaient.

Malgré ces déclarations, l'agence de presse iranienne Fars a signalé tôt mardi que des infrastructures énergétiques avaient été visées par des frappes israélo-américaines à Ispahan (centre) et Khorramshahr (sud-ouest).

La volte-face de M. Trump, peu avant l'ouverture de Wall Street lundi, avait débuté avec un premier message, où le président s'était félicité de "très bonnes et productives discussions pour une cessation totale" des hostilités.

En réaction, les cours du pétrole ont brutalement chuté de plus de 10% lundi - avant toutefois de rebondir mardi matin en Asie, le baril de Brent de la mer du Nord, référence mondiale du brut, repassant au-dessus des 100 dollars.

Les marchés asiatiques affichent de leur côté leur soulagement mardi matin, comme les Bourses européennes (hormis Londres) et Wall Street lundi.

- Frappes au Liban -

En réponse à l'ultimatum de M. Trump, l'Iran avait menacé de fermer complètement le détroit d'Ormuz et de cibler "toutes les infrastructures énergétiques, de technologie de l'information et de dessalement d'eau appartenant aux Etats-Unis", selon l'agence Fars citant l'armée iranienne.

De leur côté, les médias d'Etat iraniens ont publié lundi des listes de cibles potentielles au Moyen-Orient, dont les deux principales centrales électriques d'Israël, Orot Rabin et Rutenberg.

Au Liban, où la guerre a fait plus d'un millier de morts et plus d'un million de déplacés, l'armée israélienne a repris ses frappes contre la banlieue sud de Beyrouth.

Sept raids aériens israéliens y ont eu lieu dans la nuit de lundi à mardi, selon l'agence Ani. Lundi soir, déjà, des images de l'AFPTV ont montré d'épais nuages de fumée s'élever au-dessus de cette zone qui n'avait pas été visée depuis vendredi.

Deux personnes ont par ailleurs été tuées et cinq autres blessées dans un raid d'Israël contre le village de Bshamoun, au sud-est de Beyrouth, a annoncé mardi le ministère libanais de la Santé.

Du côté des pays du Golfe visés ces derniers jours par l'Iran, l'Arabie saoudite a détruit mardi au moins une vingtaine de drones, selon son gouvernement, quand l'armée du Koweït a dit agir contre des missiles et drones "hostiles".