Chypre attache une «grande importance à la région du Golfe»

Un soldat de la Garde nationale chypriote en masque monte la garde devant un poste de sécurité près de la zone tampon à Nicosie, la dernière capitale divisée du monde, le 26 novembre 2020 (Photo, AFP/Archives)
Un soldat de la Garde nationale chypriote en masque monte la garde devant un poste de sécurité près de la zone tampon à Nicosie, la dernière capitale divisée du monde, le 26 novembre 2020 (Photo, AFP/Archives)
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Publié le Vendredi 04 décembre 2020

Chypre attache une «grande importance à la région du Golfe»

  • La Turquie n'a absolument pas le droit de forer là, c’est pour cette raison qu’elle a été condamnée par l'UE et la communauté internationale.
  • Aucun pays ne voudrait inclure la Turquie dans les mécanismes de coopération régionale, y compris les réseaux énergétiques et sécuritaires, plus que nous

DUBAÏ: La décision de la Turquie d'arrêter la prospection de pétrole et de gaz naturel en mer Méditerranée survient à la veille d’une réunion des leaders de l'Union européenne. A l’ordre du jour, décider ou non d’imposer des sanctions à Ankara pour ses projets de forage dans ce que la Grèce et Chypre considèrent comme étant leur territoire maritime.

Les leaders du continent vont décider lors du sommet du 10 et 11 décembre du sort des potentielles sanctions potentielles concernant les activités turques.

Les tensions entre la Turquie et les deux pays membres de l’UE vives étaient à fleur de peau au cours des incursions sporadiques de cette dernière dans les eaux contestées.

La Turquie a repris à la mi-octobre ses activités de prospection, après un bref arrêt, renvoyant l'Oruc Reis vers la Méditerranée orientale. Lundi, le gouvernement turc a annoncé que le navire a terminé les levés sismiques et se dirigeait vers le port d'Antalya.

Dans une interview via le Zoom avec Arab News, Demetris Samuel, porte-parole du ministère des Affaires étrangères de la République de Chypre, a donné le point de vue de son gouvernement sur un éventail de questions, y compris les relations diplomatiques et économiques avec les pays du Golfe.

Q: La Turquie a commencé ses opérations de forage pétrolier et gazier au large de Chypre, dans ce qu'elle appelle «son plateau continental». Que peut Chypre faire au-delà des protestation et des avertissements de l'UE?

R: Nous avons fait de grands efforts pour délimiter nos zones maritimes avec nos voisins. Nous pensons qu’il faut un dialogue avec la Turquie sur la base du droit international, y compris la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer (CNUDM). Nous avons délimité nos zones maritimes avec l'Égypte, Israël et le Liban et nous avons appelé à plusieurs reprises la Turquie à engager un dialogue afin de pouvoir également délimiter nos frontières maritimes avec Ankara.

La Turquie a jusqu'à présent refusé, puisqu’elle ne reconnaît pas la République de Chypre. Au cours des derniers dix-huit mois, la Turquie a mené six forages illégaux dans la zone économique exclusive ou sur le plateau continental de Chypre. Elle a même exécuté des opérations de forage dans les eaux territoriales de Chypre, dans les 12 milles marins de Chypre précisément. La Turquie a foré principalement au sud des eaux territoriales chypriotes et égyptiennes. La Turquie n'a absolument pas le droit de forer là, c’est pour cette raison qu’elle a été condamnée par l'UE et la communauté internationale.

Q: Le secrétaire général de l'OTAN, Jens Stoltenberg, a affirmé que le dernier retrait par la Turquie du navire Oruc Reis «réduira certainement les tensions et facilitera également les progrès dans le processus de désescalade du conflit». Considérez-vous cela comme un développement positif pour la région dans son ensemble, y compris Chypre?

R: Si vous regardez la situation autant que telle, c’est une évolution positive, mais n’oublions pas que c’est une situation que nous avons vécue dans le passé avec la Turquie. Nous savons comment cela se termine. La Turquie retire le navire quelques jours avant le prochain Conseil européen afin de montrer à nos partenaires européens qu'elle prend du recul pour permettre un espace de dialogue. Puis, dès que la réunion du conseil se termine, le navire de forage ou le navire d'exploration poursuis sa mission. La Turquie n'a pas admis publiquement qu'elle avait a réellement retiré le navire.

Q: La Turquie a critiqué l'accord entre Chypre et le département d'État américain sur la création d'un centre de formation de sécurité commun, affirmant qu'il «nuirait à la solution du problème chypriote». Selon vous, quel type de solution satisfera la Turquie, qui n'est pas membre signataire de la Convention des Nations Unies de 1982 sur le droit de la mer?

R: L'objectif ultime de la Turquie depuis le début, depuis qu’elle a envahi Chypre en 1974, était d'avoir une influence, d’avoir le dernier mot sur ce qui se passe sur l'île. Elle a utilisé la communauté chypriote turque comme prétexte pour se mêler des affaires internes de l'île.

 

Cette photographie publiée par le ministère turc de la Défense le 12 août 2020 montre le navire de recherche sismique turc Oruc Reis qui se dirige vers l'ouest d'Antalya, dans la mer Méditerranée. (Photo, AFP/Ministère turc de la défense/d'archives)

La seule préoccupation du (Président) Erdogan est d’utiliser les Chypriotes turcs comme prétexte en vue de prouver sa domination sur Chypre. Après l’élection d'Ersin Tatar en tant que nouveau chef chypriote turc en octobre dans la zone occupée, le côté turc parle, publiquement même, d'une solution à deux États.

Q: Les dernières initiatives américaines sont considérées par beaucoup comme faisant partie des efforts de Washington pour détourner Nicosie de l'influence de Moscou. Chypre ressent-elle la pression des deux rivaux pour les garder heureux ou considère-t-elle que la concurrence est entièrement à son avantage?

R: Ni l'un ni l'autre. Nous menons notre politique étrangère sur la base d'un agenda positif. Nous ne pensons pas qu’il serait bénéfique de parier sur les États-Unis contre la Russie et vice versa.

Le maintien de nos excellentes relations avec les membres du Conseil de sécurité de l’ONU est l’un des piliers de notre politique étrangère et nous sommes très conscients que cela n’est pas affecté par tout ce que nous faisons dans une direction particulière.

Nous sommes un petit pays avec un problème existentiel. Nous avons 40 000 soldats étrangers sur notre sol, nous croyons fortement au droit international, et nous attachons une grande importance aux résolutions du Conseil de sécurité. Étant donné que les États-Unis et la Russie sont tous deux membres de ce Conseil, nous ferons de notre mieux pour ne pas laisser nos actions avoir un impact sur des acteurs internationaux de poids. Nous ne voyons pas notre politique étrangère comme un jeu à somme nulle.

Q: Lors de réunions tenues en août, le Ministre des affaires étrangères de l’Arabie saoudite, le prince Faisal bin Farhan, a réitéré le soutien de Riyad aux droits souverains de Chypre, tandis que son homologue chypriote a déclaré que «la solidarité et le soutien de pays comme l’Arabie saoudite» étaient une nécessité absolue pour Chypre. Comment décririez-vous cette relation?

R: Si vous regardez les faits concrètement, vous pouvez se rendre compte de l'importance que nous attachons à la région du Golfe. Certes, Chypre est l'un des plus petits États membres de l'Union européenne mais nous avons l'un des réseaux diplomatiques les plus étendus dans la région. Nous investissons beaucoup dans nos relations avec les pays du Golfe, en particulier l'Arabie saoudite. Il convient de noter que nos relations bilatérales ont évolué rapidement au cours des dernières années. (Depuis le rétablissement des relations diplomatiques entre l’Arabie saoudite et Chypre en 2016), nous avons ouvert des ambassades dans les capitales des deux pays et nous avons échangé un certain nombre de visites de haut niveau.

Les relations d'affaires ont également prospéré et, sans la pandémie, nous aurions déjà des vols directs entre Chypre et l'Arabie saoudite. Au cours des quatre dernières années, nous avons couvert un terrain d’entente et des relations diplomatiques qui prennent normalement de 20 à 30 ans à établir. Nous entretenons d'excellentes relations avec l'Arabie saoudite. Cela est une relation très dynamique qui est basée sur notre respect mutuel du droit international.

Nous sommes présents avec des missions résidentes dans tout le Golfe à l'exception de Bahreïn. Nous étudions actuellement la possibilité d'ouvrir une mission diplomatique et une ambassade à Bahreïn. Nous attachons une grande importance au Golfe car nous considérons le Golfe comme faisant partie de la région dans laquelle nous nous trouvons; ceci est, bien entendu, un élément très crucial. Nous pensons que ce qui se passe dans le Golfe a un impact considérable sur toute la région au sens large. Nous constatons également qu'il y a énormément de potentiel dans la grande région; en Méditerranée orientale et au Moyen-Orient ainsi que dans le Golfe.

En renforçant la coopération, nous estimons que nous pouvons exploiter ce potentiel au profit de nos peuples, au profit de la stabilité et de la sécurité dans la région toute entière. C’est une région cruciale pour la stabilité et la sécurité au niveau mondial. Si nous pouvons accroître et renforcer la stabilité, la coopération et la sécurité dans cette région, alors nous avons donc franchi (un long chemin vers) le renforcement de la sécurité et de la stabilité dans le monde entier.

Q: L'Arabie saoudite et Chypre ont tous deux tenu à promouvoir la signature d'une série d'accords bilatéraux, à organiser deux forums d'affaires d'ici la fin de l'année, et à inaugurer des vols directs entre les deux pays. Ces projets sont-ils sur la bonne voie?

R: Oui, bien sûr, tout est sur la bonne voie, mais nous avons connu quelques retards dus aux restrictions de la Covid-19, notamment en ce qui concerne le forum des entreprises.

Q: Chypre et l’Égypte ont l’intention de construire un pipeline maritime direct dans le cadre de leurs efforts pour transporter le gaz naturel du champ de gaz Aphrodite de votre pays vers des usines égyptiennes pour enfin le réexporter vers l’Europe. Ces projets respectent-ils le calendrier ou ont-ils été perturbés par la situation tendue en Méditerranée orientale?

R: Il y a certes des perturbations, mais elles ne sont pas dues à la situation en Méditerranée orientale mais à cause de la situation actuelle dans les marchés mondiaux en matière d'énergie. Le cadre intergouvernemental et juridique pour la mise en œuvre de ces projets a été déjà établi. Cependant, tout dépend bien sûr du marché et de son évolution. Même le développement de l'infrastructure qui se fera avec des investissements privés sera déterminé par les facteurs du marché mondial.

La pandémie a surtout perturbé le fonctionnement du marché en affectant les prix. Les décisions finales sont donc en cours de réévaluation. Ce qui ne change pas, c'est les cadres juridique et intergouvernemental qui sont nécessaires pour que ces projets se poursuivent et se concrétisent selon le marché.

Q: Rétrospectivement, pensez-vous que c'était une erreur en janvier 2019 d'éloigner la Turquie du Forum du gaz de la Méditerranée orientale et de lui refuser les avantages de la baisse des coûts et des prix compétitifs d'un marché gazier régional?

R: Aucun pays ne voudrait inclure la Turquie dans les mécanismes de coopération régionale, y compris les réseaux énergétiques et sécuritaires, plus que nous. Pourquoi? Notre approche est simplement pragmatique. En quelque sorte, la géographie détermine le destin.

S’il y a bien un pays qui aimerait avoir un voisin respectueux du droit international et des relations de bon voisinage, c'est nous. Nous aimerions avoir un tel voisin. Nous sommes les plus grands partisans du processus d'adhésion de la Turquie à l'UE, et plus que quiconque, nous aimons voir la Turquie ajuster sa politique étrangère et ses attitudes d'une manière qui en ferait un voisin que tout le monde aimerait avoir.

Nous appuyons pleinement l’inclusion de la Turquie dans ce réseau régional de coopération. Sans la Turquie, cette coopération ne serait jamais complète, ce pays est indéniablement un acteur très important dans la région.

Nous ne pouvons néanmoins pas parler de tout cela pendant que la Turquie menace et viole les droits souverains de ses voisins, tout en en ignorant de manière flagrante le droit international et les résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU. Vous n’avez qu’à regarder les relations que la Turquie entretient avec les pays de la région, notamment l'Égypte, Israël, l'Irak, la Grèce et l'Arménie. Quand Erdogan est arrivé au pouvoir en 2003, son slogan était «zéro problème avec nos voisins». Il a complètement changé sa philosophie en «des problèmes avec tous les voisins».

La Turquie veut avoir ce rôle hégémonique dans la région et dicter à chacun comment les choses sont décidées et déterminées, y compris comment fonctionne la coopération. Ce n'est pas du tout le modèle sur lequel nous autres travaillons.

Q: Pensez-vous que les différends entre la Turquie et Chypre éloigneront davantage les Chypriotes grecs et turcs, ou les rapprocheront émotionnellement et contribueront indirectement, à long terme, à la réunification de l’île?

R: Si la Turquie était hors de l'équation et que des choses étaient laissées entre les Chypriotes grecs et turcs, les deux communautés de l'île, nous pourrions résoudre le problème très rapidement, en quelques jours même.

La Turquie utilise la présence de la communauté chypriote turque sur l’île comme prétexte pour de promouvoir ce qu’elle considère comme ses propres intérêts nationaux. Elle ne se soucie nullement du bien-être des Chypriotes turcs.

Chypre se trouve dans le plan stratégique de la Turquie. Par conséquent, son insistance à jouer un rôle dans les affaires d’un État indépendant et souverain, une Chypre fédérale qui évoluera à partir d’une résolution du problème chypriote, est le principal obstacle à la réunification de l’île.

 Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com

 


Israël morcèle Gaza, accentue la pression sur le Hamas pour récupérer les otages

Mercredi, au moins 34 Palestiniens ont été tués dans les frappes. L'une d'elles a tué 19 personnes, dont neuf enfants, dans un centre de santé détruit de l'Unrwa, l'agence de l'ONU pour les réfugiés palestiniens, à Jabalia (nord), selon la Défense civile de Gaza, organisation de premiers secours. (AFP)
Mercredi, au moins 34 Palestiniens ont été tués dans les frappes. L'une d'elles a tué 19 personnes, dont neuf enfants, dans un centre de santé détruit de l'Unrwa, l'agence de l'ONU pour les réfugiés palestiniens, à Jabalia (nord), selon la Défense civile de Gaza, organisation de premiers secours. (AFP)
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  • Loin de céder, le Hamas a rejeté une proposition de trêve annoncée samedi par Israël et transmise par l'intermédiaire de la médiation du Qatar et de l'Egypte
  • Après deux mois de trêve, Israël a repris le 18 mars son offensive à Gaza affirmant que la pression militaire était le seul moyen de forcer le Hamas à rendre la soixantaine d'otages, morts ou vivants, qu'il détient encore

JERUSALEM: Israël a annoncé mercredi que son armée avait commencé à morceler la bande de Gaza et à y saisir de larges zones de territoire pour forcer le mouvement islamiste palestinien Hamas à rendre les otages.

Loin de céder, le Hamas a rejeté une proposition de trêve annoncée samedi par Israël et transmise par l'intermédiaire de la médiation du Qatar et de l'Egypte, ont indiqué deux responsables du mouvement islamiste palestinien à l'AFP alors que les bombardements israéliens sur la bande de Gaza ont fait plus de 30 morts mercredi, dont des enfants, selon les secours locaux.

Le Hamas souhaite avancer sur une proposition egypto-qatarie prévoyant un cessez-le-feu de 50 jours, période pendant laquelle le mouvement islamiste libérerait "cinq soldats israéliens" en échange de la remise en liberté de quelque 2.250 prisonniers palestiniens détenus par Israël, a indiqué un de ces deux responsables sous le couvert de l'anonymat

Après deux mois de trêve, Israël a repris le 18 mars son offensive à Gaza affirmant que la pression militaire était le seul moyen de forcer le Hamas à rendre la soixantaine d'otages, morts ou vivants, qu'il détient encore.

"Nous morcelons la bande de Gaza et nous augmentons la pression pas à pas, afin qu'ils nous rendent nos otages", a déclaré le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.

Critiques des familles d'otages 

Appelant "les habitants de Gaza à agir maintenant pour chasser le Hamas et rendre tous les otages", le ministre de la Défense, Israël Katz, a menacé une nouvelle fois de confisquer au profit d'Israël de "vastes secteurs" conquis par l'armée à la faveur de l'élargissement de son offensive dans la bande de Gaza.

"Expliquez (...) comment vous comptez éviter la mise en danger des otages", a réagi le Forum des familles, la plus grande association de proches d'otages en Israël, en reprochant au gouvernement d'envoyer "davantage de soldats à Gaza" plutôt que "de libérer les otages par un accord et de mettre fin à la guerre"

De leur côté, une cinquantaine d'otages libérés et des proches d'otages ont estimé dans une lettre ouverte que "la pression militaire met en danger les otages".

"Où est le monde?" 

La guerre a été déclenchée le 7 octobre 2023 par l'attaque sans précédent du Hamas ayant entraîné la mort de 1.218 personnes du côté israélien, en majorité des civils, selon un décompte de l'AFP basé sur des données officielles.

Sur les 251 personnes enlevées ce jour-là, 58 sont toujours otages à Gaza dont 34 sont mortes selon l'armée israélienne.

En riposte Israël a juré de détruire le Hamas et lancé une campagne de représailles militaires ayant fait au moins 50.423 morts, majoritairement des civils, selon les données du ministère de la Santé du Hamas pour Gaza, jugées fiables par l'ONU.

Mercredi, au moins 34 Palestiniens ont été tués dans les frappes. L'une d'elles a tué 19 personnes, dont neuf enfants, dans un centre de santé détruit de l'Unrwa, l'agence de l'ONU pour les réfugiés palestiniens, à Jabalia (nord), selon la Défense civile de Gaza, organisation de premiers secours.

Le centre sert de refuge à 160 familles déplacées, a indiqué l'Unrwa.

"Les martyrs sont des jeunes, des garçons et des filles. De quel droit il les tuent? Ils ont visé directement la clinique. Où sont les Nations unies, où est le monde?" a lancé Abou Ahmed Jaber, un déplacé réfugié dans le bâtiment.

L'armée israélienne a confirmé une frappe contre le bâtiment de l'Unrwa affirmant y avoir visé "des terroristes du Hamas".

Treize personnes ont également été tuées par un bombardement sur une maison abritant des déplacés à Khan Younès et deux par une frappe sur une maison à Nousseirat (centre), selon les secours.

Après l'interception de deux projectiles tirés de Gaza en direction d'Israël dans la soirée, l'armée israélienne a appelé les habitants à évacuer plusieurs régions du nord de Gaza, en prévision de frappes.

"Guerre sans limite" 

De son côté, le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres est "choqué par les attaques de l'armée israélienne" contre un convoi médical et de secours, qui ont tué 15 secouristes et travailleurs humanitaires la semaine dernière à Gaza, selon son porte-parole.

La "fosse commune" où les secouristes ont été retrouvés expose une "guerre sans limite" à Gaza, a indiqué un responsable du Bureau des opérations humanitaires de l'ONU (Ocha), Jonathan Whittall.

Selon le ministère de la Santé de Gaza, 1.066 personnes ont été tuées depuis le 18 mars.

Pour accroître la pression sur le Hamas, Israël a bloqué depuis le 2 mars l'entrée de l'aide humanitaire à Gaza, aggravant les pénuries dans le territoire.

Faute de farine et de sucre, des boulangeries ont fermé. "La situation est très difficile, il n'y a pas de farine, pas de pain, pas de nourriture ni d'eau", a témoigné un père de famille, Mahmoud Sheikh Khalil.

A Jérusalem, le ministre israélien de la Sécurité intérieure, Itamar Ben Gvir, figure de l'extrême droite, s'est rendu une nouvelle fois sur l'esplanade des Mosquées, lieu disputé dans le secteur oriental de la Ville sainte occupé et annexé par Israël.

Troisième lieu saint de l'islam, l'endroit est pour les juifs, le mont du Temple, lieu le plus sacré du judaïsme. Plusieurs pays arabes ont dénoncé une "provocation" susceptible d'alimenter encore un peu plus les tensions régionales.


Amnesty appelle la Syrie à enquêter sur les massacres d'alaouites en tant que «crimes de guerre»

Le président par intérim Ahmad al-Chareh s'est engagé à poursuivre les auteurs des massacres et a formé une commission d'enquête qui n'a pas encore annoncé ses résultats. (AFP)
Le président par intérim Ahmad al-Chareh s'est engagé à poursuivre les auteurs des massacres et a formé une commission d'enquête qui n'a pas encore annoncé ses résultats. (AFP)
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  • Début mars, les régions du littoral dans l'ouest de la Syrie ont été le théâtre des pires massacres depuis la prise du pouvoir en décembre par une coalition dirigée par des islamistes radicaux
  • Selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), plus de 1.700 civils, en grande majorité des alaouites, minorité dont est issu le président déchu Bachar al-Assad, ont été tués

BEYROUTH: Amnesty International a appelé jeudi les autorités syriennes à veiller à ce que les auteurs des massacres d'alaouites en mars rendent des comptes et à enquêter sur ces tueries en tant que "crimes de guerre".

"Le gouvernement syrien doit veiller à ce que les responsables d’une vague de massacres visant des civils alaouites dans des zones côtières soient amenés à rendre des comptes", a affirmé l'ONG dans un communiqué.

Amnesty a également réclamé que ces massacres fassent "l'objet d'enquêtes en tant que crimes de guerre".

Début mars, les régions du littoral dans l'ouest de la Syrie ont été le théâtre des pires massacres depuis la prise du pouvoir en décembre par une coalition dirigée par des islamistes radicaux.

Selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), plus de 1.700 civils, en grande majorité des alaouites, minorité dont est issu le président déchu Bachar al-Assad, ont été tués.

Ces massacres ont eu lieu après des attaques sanglantes de partisans de l'ancien pouvoir contre les forces de sécurité. Ces dernières, des groupes qui leur sont alliés et des jihadistes étrangers ont été pointés du doigt dans le bain de sang.

L'ONU a indiqué avoir recueilli des témoignages selon lesquels les auteurs des massacres "ont effectué des descentes dans les maisons, demandant aux habitants s'ils étaient alaouites ou sunnites avant de les tuer ou de les épargner en fonction de leur réponse".

Le président par intérim Ahmad al-Chareh s'est engagé à poursuivre les auteurs des massacres et a formé une commission d'enquête qui n'a pas encore annoncé ses résultats.

"Les éléments de preuve que nous avons recueillis indiquent que des milices affiliées au gouvernement ont délibérément pris pour cible des civils de la minorité alaouite dans le cadre de graves attaques de représailles, abattant des personnes de sang-froid et à bout portant", a déclaré Agnès Callamard, secrétaire générale d’Amnesty International.

"Pendant deux jours, les autorités ne sont pas intervenues pour mettre fin aux homicides. Une fois de plus, c’est la population civile syrienne qui paie le prix des actions des parties au conflit qui règlent leurs comptes", a-t-elle ajouté.

Amnesty a demandé au gouvernement syrien de "prendre des mesures immédiates pour qu’aucune personne et aucun groupe ne soit pris pour cible en raison de son appartenance confessionnelle".

Lundi, douze autres civils, en majorité des alaouites, ont été tués par des hommes armés dans l'ouest et le centre de la Syrie selon l'OSDH.


L'Arabie saoudite condamne la prise d'assaut de la mosquée Al-Aqsa par un ministre israélien d'extrême droite

Le ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, s'exprimant dans l'enceinte de la mosquée Al-Aqsa à Jérusalem, le 17 juillet 2024. (Screengrab/AFP)
Le ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, s'exprimant dans l'enceinte de la mosquée Al-Aqsa à Jérusalem, le 17 juillet 2024. (Screengrab/AFP)
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  • Le ministère des Affaires étrangères critique les atteintes au caractère sacré du lieu saint.
  • Les violations israéliennes du droit international entravent les efforts de paix et menacent la sécurité mondiale.

RIYAD :  l'Arabie saoudite a condamné la prise d'assaut de la mosquée Al-Aqsa dans la partie occupée de Jérusalem, mercredi, par le ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir, un homme d'extrême droite.

Le ministère saoudien des Affaires étrangères a déclaré qu'il condamnait fermement « la prise d'assaut de la mosquée Al-Aqsa par le ministre israélien de la Sécurité nationale sous la protection de la police d'occupation ».

Le ministère a réitéré sa condamnation des attaques contre le caractère sacré de la mosquée Al-Aqsa, a rapporté l'agence de presse saoudienne.

Il a également condamné les forces israéliennes pour avoir pris pour cible une clinique de l'UNRWA dans le camp de Jabaliya, dans le nord de la bande de Gaza, et a dénoncé les attaques contre les organisations de l'ONU et les organisations humanitaires ainsi que leur personnel. 

Le ministère a déclaré : « Le Royaume condamne les violations persistantes par Israël du droit international et du droit humanitaire international et affirme son rejet catégorique de tout ce qui pourrait porter atteinte au statut historique et juridique de Jérusalem et de ses lieux saints.

Il ajoute que les violations israéliennes du droit international entravent les efforts de paix et menacent la sécurité mondiale.

Le ministère a souligné l'importance de protéger les organisations de l'ONU et les organisations humanitaires, ainsi que leur personnel, et a demandé que les autorités israéliennes soient tenues responsables de toutes les violations.

La visite de M. Ben-Gvir dans l'enceinte d'Al-Aqsa, dans la vieille ville de Jérusalem, a été vivement condamnée par la Jordanie et le groupe militant palestinien Hamas.

Réintégration du gouvernement israélien

Le ministre, chef du parti israélien anti-arabe Otzma Yehudit, s'est rendu sur le site après avoir réintégré le gouvernement le mois dernier, à la suite de la reprise de la guerre à Gaza.

Ben Gvir avait quitté le cabinet en janvier pour protester contre l'accord de cessez-le-feu dans la bande de Gaza.

Depuis la formation du gouvernement de Benjamin Netanyahu à la fin de l'année 2022, M. Ben Gvir s'est rendu à plusieurs reprises sur le site d'Al-Aqsa, suscitant à chaque fois l'indignation de la communauté internationale.

Le ministère jordanien des Affaires étrangères a également condamné la visite de mercredi en la qualifiant de « prise d'assaut » et de « provocation inacceptable ».

Le Hamas a parlé d'une « escalade provocatrice et dangereuse », affirmant que cette visite s'inscrivait dans le cadre du génocide en cours contre le peuple palestinien. 

« Nous appelons le peuple palestinien et les jeunes de Cisjordanie à intensifier la confrontation pour défendre notre terre et nos valeurs sacrées, au premier rang desquelles la mosquée Al-Aqsa », a déclaré l'organisation dans un communiqué.

Ce site est le troisième lieu saint de l'islam et un symbole de l'identité nationale palestinienne.

Connu des juifs sous le nom de Mont du Temple, il est également le lieu le plus sacré du judaïsme, car il abrite le second temple détruit par les Romains en 70 après Jésus-Christ.

Selon le statu quo maintenu par Israël, qui occupe l'est de Jérusalem et sa vieille ville depuis 1967, les juifs et les autres non-musulmans sont autorisés à visiter l'enceinte pendant des heures précises, mais ils n'ont pas le droit d'y prier ou d'y exposer des symboles religieux.

Le porte-parole de M. Ben Gvir a déclaré à l'AFP que le ministre « s'y est rendu parce que le site a été ouvert aux non-musulmans après 13 jours », période durant laquelle l'accès était réservé aux musulmans pour la fête de l'Aïd Al-Fitr et la fin du mois sacré musulman du Ramadan.

Ces dernières années, un nombre croissant d'ultranationalistes juifs ont défié les règles, notamment Ben Gvir, qui y a prié publiquement en 2023 et 2024.

Le gouvernement israélien a déclaré à plusieurs reprises qu'il avait l'intention de maintenir le statu quo dans le complexe, mais les craintes des Palestiniens quant à son avenir en ont fait un point chaud de la violence.

Rapport complémentaire de l'AFP.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com