Soudan: Les victimes des conflits voisins piégés dans un cycle infernal de déplacements

De la fumée s'élève au-dessus des bâtiments à Khartoum le 1er mai 2023, alors que les affrontements meurtriers entre les forces des généraux rivaux sont entrés dans leur troisième semaine (Photo, AFP).
De la fumée s'élève au-dessus des bâtiments à Khartoum le 1er mai 2023, alors que les affrontements meurtriers entre les forces des généraux rivaux sont entrés dans leur troisième semaine (Photo, AFP).
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Publié le Mercredi 03 mai 2023

Soudan: Les victimes des conflits voisins piégés dans un cycle infernal de déplacements

  • Les Nations unies s'attendent à ce que près de 600 000 Soudanais fuient vers les pays voisins pour échapper aux combats en cours
  • Des milliers de personnes attendent pendant des jours sous des tentes par des températures dépassant les 40°C, sans savoir quand ou s'ils parviendront à quitter le pays

JUBA, Soudan du Sud: Au cours des deux dernières années, le monde a été en proie à des crises de réfugiés de grande ampleur, de la Syrie à l'Afghanistan en passant par l'Ukraine et le Myanmar. L'année dernière, les Nations unies ont estimé à plus de 100 millions le nombre de personnes déplacées dans le monde. Aujourd'hui, le conflit entre factions militaires rivales au Soudan, qui a débuté le mois dernier, risque de faire gonfler encore ces chiffres.

Ce mardi, un peu plus de trois semaines après les affrontements meurtriers entre les forces armées soudanaises d'Abdel Fattah al-Burhan et les milices des Forces de soutien rapide (FSR) de Mohammed Dagalo, plus de 100 000 personnes avaient afflué du Soudan vers les pays voisins à la recherche de sécurité, selon les Nations unies.

Kak Ruot Wakow, coordinateur de la consolidation de la paix pour une ONG, a récemment fui Khartoum à bord du véhicule de son employeur et se trouve actuellement à Paloch, une ville de l'État du Haut-Nil, au Soudan du Sud, qui est devenue une sorte relais pour les personnes déplacées par les combats au Soudan.

«Je n'ai pas vu de corps, mais j'ai vu des chars endommagés sur la route. Au moment où j'ai quitté Khartoum, les affrontements ne s’étaient pas étalés dans tous les quartiers de la ville, mais dans les bases militaires», a-t-il déclaré à Arab News depuis Paloch. En chemin, Ruot Wakow a croisé des unités des forces de soutien rapide qui l'ont heureusement laissé passer.

Il a indiqué qu'en plus des Soudanais du Sud, il y avait des Éthiopiens, des Érythréens, des Kenyans, des Somaliens, des Congolais et des Ougandais dans la marée humaine qui se dirigeait vers la frontière nord du Soudan du Sud.

Des réfugiés soudanais de la région de Tandelti qui ont traversé le Tchad sont vus le 30 avril 2023 (Photo, AFP).

Des événements similaires se déroulent à d'autres points de sortie du Soudan. La scène à Port-Soudan, une ville de l'est du pays actuellement envahie par des Soudanais et des étrangers à la recherche d'un passage sur un bateau à destination de l'Arabie saoudite et d'ailleurs, est sinistre. Des milliers de personnes attendent pendant des jours sous des tentes par des températures dépassant les 40°C, sans savoir quand ou s'ils parviendront à quitter le pays.

Selon Raouf Mazou, Haut-Commissaire adjoint des Nations unies pour les réfugiés, lors d'une réunion d'information organisée lundi à Genève, les Nations unies estiment que 580 000 Soudanais pourraient fuir vers le Soudan du Sud, le Tchad, l'Égypte, l'Érythrée, l'Éthiopie, la République centrafricaine et même la Libye, déchirée par la guerre.

À la fin du mois dernier, des ressortissants soudanais tentant d'entrer en Égypte ont raconté au journal britannique The Guardian, les scènes chaotiques qui se sont déroulées à la frontière, les fonctionnaires de l'immigration tentant d’accueillir les nouveaux arrivants qui attendaient en plein air avec peu de nourriture et d'eau.

La semaine dernière, Pierre Honnorat, directeur du Programme alimentaire mondial des Nations unies (Pam) au Tchad, a révélé à l'agence de presse Reuters que des dizaines de milliers de Soudanais étaient entrés dans le pays à l'ouest du Soudan et que le Pam s'attendait à ce que d'autres vagues arrivent au fur et à mesure que le conflit s'intensifiait.

Des milliers de Soudanais ont envahi les villages frontaliers de l'est du Tchad. Ils sont souvent plus nombreux que les villageois locaux et ne trouvent ni abri, ni nourriture, ni eau.

L'approvisionnement en eau, l'assainissement et l'hygiène pour un nombre croissant de personnes déplacées sont devenus un problème alarmant (Photo, AN /Robert Bociaga).
 

La crise humanitaire émergente est aggravée par le nombre déjà important de réfugiés au Soudan. Selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), le Soudan accueille plus d'un million de réfugiés et plus de trois millions de personnes déplacées à l'intérieur du pays.

Un grand nombre de ceux qui fuient le sud font en fait l'expérience d'un second déplacement vers leur pays d'origine: Les statistiques de l'ONU montrent que 800 000 réfugiés sudsoudanais vivent au Soudan.

Le retour de dizaines de milliers d'entre eux au Soudan du Sud fait planer le spectre d'une catastrophe humanitaire. L'année dernière, le ministère sudsoudanais des Affaires humanitaires et de la Gestion des catastrophes a indiqué que 1,6 million des 11,7 millions d'habitants du pays sont des personnes déplacées à l'intérieur du pays.

Le HCR a mobilisé des ressources pour aider les personnes qui ont fui le Soudan, dont environ 9 000 ressortissants soudanais qui sont arrivés dans le seul comté de Renk au Soudan du Sud. Le gouvernement du Soudan du Sud a également déployé du personnel à la frontière avec le Soudan pour accueillir les citoyens en fuite.

Selon le major-général Charles Machieng Kuol, secrétaire du Conseil conjoint de défense du Soudan du Sud, la région nord du pays est la plus touchée. «La plupart des personnes déplacées se dirigent vers Juba, par route, air ou par bateaux», a-t-il déclaré à Arab News.

Ruot Wakow, employé de l'ONG, a indiqué que de nombreux Sudsoudanais se rendaient en bus dans l'État soudanais du Nil blanc avant d'entamer le voyage vers le Soudan du Sud. Selon lui, la communauté locale n'a pas la capacité d'aider la population en transit, car le nombre de personnes est énorme et impossible à contrôler.

Actuellement, le rapatriement des Sudsoudanais par cette route se fait en deux fois par jour, ce qui n'est pas suffisant, a signalé Ruot Wakow. «Les gens veulent surtout aller à Juba, car c'est le seul couloir pour atteindre d'autres endroits. Le risque augmente si l'on voyage en bateau en raison du manque de sécurité.»

Bien que le gouvernement du Soudan du Sud ait alloué une somme équivalente à 7,6 millions de dollars (1 dollar = 0,91 euro) pour aider les personnes revenant du Soudan, des milliers de rapatriés sont toujours bloqués dans le nord du Haut-Nil et n'ont pas accès aux produits de première nécessité.

Les inondations catastrophiques au Soudan compliquent considérablement les déplacements des personnes fuyant le conflit (Photo, AN /Robert Bociaga).

«Sur le terrain, je n'ai vu aucune aide, à l'exception de l'OIM (Organisation internationale pour les migrations) et du HCR, qui ont mis à disposition des bus et des traversiers pour évacuer les personnes de la frontière du Soudan du Sud vers Paloch», a expliqué Ruot Wakow.

Les combats au Soudan ne font qu'aggraver la situation (Photo, AN /Robert Bociaga).

Selon lui, les nouveaux déplacés se plaignent du manque d'abris adéquats et des maladies. «Il y a maintenant des cas de choléra à cause des problèmes d'assainissement et des fortes pluies. La situation en matière d'hébergement est épouvantable», a-t-il prévenu.

En effet, ceux qui ont la chance d'arriver au Soudan du Sud se rendent rapidement compte qu'ils sont confrontés à une nouvelle série d'épreuves, notamment le manque d'accès aux produits de première nécessité tels que la nourriture, l'eau et les abris. L'afflux massif de réfugiés met à rude épreuve les ressources et les infrastructures, ce qui a poussé certains nouveaux déplacés à franchir une autre frontière, celle de l'Ouganda.

«Les gens se déplacent d'ici vers l'Ouganda à cause des difficultés auxquelles ils sont confrontés», a déclaré à Arab News, Kam William, une personne déplacée de la région nord du Soudan du Sud. «Le Programme alimentaire mondial a cessé ses livraisons ici à Juba, il n'y a donc plus de nourriture. Il n'y a rien; la situation est vraiment très difficile. Ici, il n'y a pas d'argent.»

La situation est rendue encore plus difficile par des inondations prolongées dans de grandes parties du Soudan du Sud. Cette catastrophe naturelle a forcé des centaines de milliers de personnes à quitter leurs foyers, ce qui complique encore la tâche des organisations humanitaires qui doivent fournir une aide aux personnes dans le besoin.

«Je suis arrivé ici lorsque la guerre a éclaté à Bentiu. Je suis venu par bateau», a déclaré à Arab News Christ Yoany Kuany, un éleveur qui a fui vers Juba. «La vie y est très difficile. La région a connu de très fortes inondations au cours des trois dernières années. J'ai perdu 100 vaches à Bentiu. Toutes les vaches restantes sont mortes de maladies.»

Dans certains cas, les communautés se sont affrontées pour l'accès aux ressources, ce qui a entraîné des violences et des déplacements. La situation est particulièrement difficile dans les zones où le gouvernement et les organisations d'aide ont un accès limité, ce qui rend la fourniture d'une aide et d'une assistance aux personnes touchées par la violence plus compliquée.

Les combats au Soudan peuvent également contribuer aux tensions intercommunautaires existant au Soudan du Sud. Certaines personnes fuyant le Soudan sont susceptibles d'apporter avec elles des rivalités ethniques et politiques de longue date, qui pourraient alimenter les conflits dans leurs nouvelles communautés.

«C'est notre maison, notre pays», a déclaré à Arab News James Deng, un Sudsoudanais qui vit actuellement dans un camp de personnes déplacées dans la région de Jebel, à Juba. «Et pourtant, nous n'avons nulle part où aller. Il y a tellement de maladies ici.»

La situation est particulièrement grave dans le camp de déplacés de Mangateen, à Juba, qui a été submergé par de fortes pluies, laissant des milliers de personnes déplacées sans abri ni accès aux produits de première nécessité. Le manque de ressources et de soutien a rendu de nombreuses personnes vulnérables aux maladies, à la malnutrition et à d'autres risques sanitaires.

La situation au Soudan du Sud va certainement empirer si le flux de personnes quittant le Soudan se transforme en marée humaine. Abdou Dieng, coordinateur résident et humanitaire par intérim des Nations unies au Soudan, a averti lundi que des millions de Soudanais avaient besoin d'une aide immédiate et que des millions d'autres étaient confinés chez eux, incapables d'accéder aux produits de première nécessité.

De nombreux établissements de santé ont été contraints de fermer, tandis que ceux qui fonctionnent encore sont confrontés à des difficultés, notamment des pénuries de fournitures médicales et de stocks de sang, a-t-il ajouté.

Les responsables du Bureau de la coordination des affaires humanitaires ont déclaré que 16 millions de personnes au Soudan, soit un tiers de la population, ont besoin d'aide et que 3,7 millions de personnes, principalement dans la province du Darfour, ont été déplacées depuis le début des combats le 15 avril.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Israël morcèle Gaza, accentue la pression sur le Hamas pour récupérer les otages

Mercredi, au moins 34 Palestiniens ont été tués dans les frappes. L'une d'elles a tué 19 personnes, dont neuf enfants, dans un centre de santé détruit de l'Unrwa, l'agence de l'ONU pour les réfugiés palestiniens, à Jabalia (nord), selon la Défense civile de Gaza, organisation de premiers secours. (AFP)
Mercredi, au moins 34 Palestiniens ont été tués dans les frappes. L'une d'elles a tué 19 personnes, dont neuf enfants, dans un centre de santé détruit de l'Unrwa, l'agence de l'ONU pour les réfugiés palestiniens, à Jabalia (nord), selon la Défense civile de Gaza, organisation de premiers secours. (AFP)
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  • Loin de céder, le Hamas a rejeté une proposition de trêve annoncée samedi par Israël et transmise par l'intermédiaire de la médiation du Qatar et de l'Egypte
  • Après deux mois de trêve, Israël a repris le 18 mars son offensive à Gaza affirmant que la pression militaire était le seul moyen de forcer le Hamas à rendre la soixantaine d'otages, morts ou vivants, qu'il détient encore

JERUSALEM: Israël a annoncé mercredi que son armée avait commencé à morceler la bande de Gaza et à y saisir de larges zones de territoire pour forcer le mouvement islamiste palestinien Hamas à rendre les otages.

Loin de céder, le Hamas a rejeté une proposition de trêve annoncée samedi par Israël et transmise par l'intermédiaire de la médiation du Qatar et de l'Egypte, ont indiqué deux responsables du mouvement islamiste palestinien à l'AFP alors que les bombardements israéliens sur la bande de Gaza ont fait plus de 30 morts mercredi, dont des enfants, selon les secours locaux.

Le Hamas souhaite avancer sur une proposition egypto-qatarie prévoyant un cessez-le-feu de 50 jours, période pendant laquelle le mouvement islamiste libérerait "cinq soldats israéliens" en échange de la remise en liberté de quelque 2.250 prisonniers palestiniens détenus par Israël, a indiqué un de ces deux responsables sous le couvert de l'anonymat

Après deux mois de trêve, Israël a repris le 18 mars son offensive à Gaza affirmant que la pression militaire était le seul moyen de forcer le Hamas à rendre la soixantaine d'otages, morts ou vivants, qu'il détient encore.

"Nous morcelons la bande de Gaza et nous augmentons la pression pas à pas, afin qu'ils nous rendent nos otages", a déclaré le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.

Critiques des familles d'otages 

Appelant "les habitants de Gaza à agir maintenant pour chasser le Hamas et rendre tous les otages", le ministre de la Défense, Israël Katz, a menacé une nouvelle fois de confisquer au profit d'Israël de "vastes secteurs" conquis par l'armée à la faveur de l'élargissement de son offensive dans la bande de Gaza.

"Expliquez (...) comment vous comptez éviter la mise en danger des otages", a réagi le Forum des familles, la plus grande association de proches d'otages en Israël, en reprochant au gouvernement d'envoyer "davantage de soldats à Gaza" plutôt que "de libérer les otages par un accord et de mettre fin à la guerre"

De leur côté, une cinquantaine d'otages libérés et des proches d'otages ont estimé dans une lettre ouverte que "la pression militaire met en danger les otages".

"Où est le monde?" 

La guerre a été déclenchée le 7 octobre 2023 par l'attaque sans précédent du Hamas ayant entraîné la mort de 1.218 personnes du côté israélien, en majorité des civils, selon un décompte de l'AFP basé sur des données officielles.

Sur les 251 personnes enlevées ce jour-là, 58 sont toujours otages à Gaza dont 34 sont mortes selon l'armée israélienne.

En riposte Israël a juré de détruire le Hamas et lancé une campagne de représailles militaires ayant fait au moins 50.423 morts, majoritairement des civils, selon les données du ministère de la Santé du Hamas pour Gaza, jugées fiables par l'ONU.

Mercredi, au moins 34 Palestiniens ont été tués dans les frappes. L'une d'elles a tué 19 personnes, dont neuf enfants, dans un centre de santé détruit de l'Unrwa, l'agence de l'ONU pour les réfugiés palestiniens, à Jabalia (nord), selon la Défense civile de Gaza, organisation de premiers secours.

Le centre sert de refuge à 160 familles déplacées, a indiqué l'Unrwa.

"Les martyrs sont des jeunes, des garçons et des filles. De quel droit il les tuent? Ils ont visé directement la clinique. Où sont les Nations unies, où est le monde?" a lancé Abou Ahmed Jaber, un déplacé réfugié dans le bâtiment.

L'armée israélienne a confirmé une frappe contre le bâtiment de l'Unrwa affirmant y avoir visé "des terroristes du Hamas".

Treize personnes ont également été tuées par un bombardement sur une maison abritant des déplacés à Khan Younès et deux par une frappe sur une maison à Nousseirat (centre), selon les secours.

Après l'interception de deux projectiles tirés de Gaza en direction d'Israël dans la soirée, l'armée israélienne a appelé les habitants à évacuer plusieurs régions du nord de Gaza, en prévision de frappes.

"Guerre sans limite" 

De son côté, le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres est "choqué par les attaques de l'armée israélienne" contre un convoi médical et de secours, qui ont tué 15 secouristes et travailleurs humanitaires la semaine dernière à Gaza, selon son porte-parole.

La "fosse commune" où les secouristes ont été retrouvés expose une "guerre sans limite" à Gaza, a indiqué un responsable du Bureau des opérations humanitaires de l'ONU (Ocha), Jonathan Whittall.

Selon le ministère de la Santé de Gaza, 1.066 personnes ont été tuées depuis le 18 mars.

Pour accroître la pression sur le Hamas, Israël a bloqué depuis le 2 mars l'entrée de l'aide humanitaire à Gaza, aggravant les pénuries dans le territoire.

Faute de farine et de sucre, des boulangeries ont fermé. "La situation est très difficile, il n'y a pas de farine, pas de pain, pas de nourriture ni d'eau", a témoigné un père de famille, Mahmoud Sheikh Khalil.

A Jérusalem, le ministre israélien de la Sécurité intérieure, Itamar Ben Gvir, figure de l'extrême droite, s'est rendu une nouvelle fois sur l'esplanade des Mosquées, lieu disputé dans le secteur oriental de la Ville sainte occupé et annexé par Israël.

Troisième lieu saint de l'islam, l'endroit est pour les juifs, le mont du Temple, lieu le plus sacré du judaïsme. Plusieurs pays arabes ont dénoncé une "provocation" susceptible d'alimenter encore un peu plus les tensions régionales.


Amnesty appelle la Syrie à enquêter sur les massacres d'alaouites en tant que «crimes de guerre»

Le président par intérim Ahmad al-Chareh s'est engagé à poursuivre les auteurs des massacres et a formé une commission d'enquête qui n'a pas encore annoncé ses résultats. (AFP)
Le président par intérim Ahmad al-Chareh s'est engagé à poursuivre les auteurs des massacres et a formé une commission d'enquête qui n'a pas encore annoncé ses résultats. (AFP)
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  • Début mars, les régions du littoral dans l'ouest de la Syrie ont été le théâtre des pires massacres depuis la prise du pouvoir en décembre par une coalition dirigée par des islamistes radicaux
  • Selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), plus de 1.700 civils, en grande majorité des alaouites, minorité dont est issu le président déchu Bachar al-Assad, ont été tués

BEYROUTH: Amnesty International a appelé jeudi les autorités syriennes à veiller à ce que les auteurs des massacres d'alaouites en mars rendent des comptes et à enquêter sur ces tueries en tant que "crimes de guerre".

"Le gouvernement syrien doit veiller à ce que les responsables d’une vague de massacres visant des civils alaouites dans des zones côtières soient amenés à rendre des comptes", a affirmé l'ONG dans un communiqué.

Amnesty a également réclamé que ces massacres fassent "l'objet d'enquêtes en tant que crimes de guerre".

Début mars, les régions du littoral dans l'ouest de la Syrie ont été le théâtre des pires massacres depuis la prise du pouvoir en décembre par une coalition dirigée par des islamistes radicaux.

Selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), plus de 1.700 civils, en grande majorité des alaouites, minorité dont est issu le président déchu Bachar al-Assad, ont été tués.

Ces massacres ont eu lieu après des attaques sanglantes de partisans de l'ancien pouvoir contre les forces de sécurité. Ces dernières, des groupes qui leur sont alliés et des jihadistes étrangers ont été pointés du doigt dans le bain de sang.

L'ONU a indiqué avoir recueilli des témoignages selon lesquels les auteurs des massacres "ont effectué des descentes dans les maisons, demandant aux habitants s'ils étaient alaouites ou sunnites avant de les tuer ou de les épargner en fonction de leur réponse".

Le président par intérim Ahmad al-Chareh s'est engagé à poursuivre les auteurs des massacres et a formé une commission d'enquête qui n'a pas encore annoncé ses résultats.

"Les éléments de preuve que nous avons recueillis indiquent que des milices affiliées au gouvernement ont délibérément pris pour cible des civils de la minorité alaouite dans le cadre de graves attaques de représailles, abattant des personnes de sang-froid et à bout portant", a déclaré Agnès Callamard, secrétaire générale d’Amnesty International.

"Pendant deux jours, les autorités ne sont pas intervenues pour mettre fin aux homicides. Une fois de plus, c’est la population civile syrienne qui paie le prix des actions des parties au conflit qui règlent leurs comptes", a-t-elle ajouté.

Amnesty a demandé au gouvernement syrien de "prendre des mesures immédiates pour qu’aucune personne et aucun groupe ne soit pris pour cible en raison de son appartenance confessionnelle".

Lundi, douze autres civils, en majorité des alaouites, ont été tués par des hommes armés dans l'ouest et le centre de la Syrie selon l'OSDH.


L'Arabie saoudite condamne la prise d'assaut de la mosquée Al-Aqsa par un ministre israélien d'extrême droite

Le ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, s'exprimant dans l'enceinte de la mosquée Al-Aqsa à Jérusalem, le 17 juillet 2024. (Screengrab/AFP)
Le ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, s'exprimant dans l'enceinte de la mosquée Al-Aqsa à Jérusalem, le 17 juillet 2024. (Screengrab/AFP)
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  • Le ministère des Affaires étrangères critique les atteintes au caractère sacré du lieu saint.
  • Les violations israéliennes du droit international entravent les efforts de paix et menacent la sécurité mondiale.

RIYAD :  l'Arabie saoudite a condamné la prise d'assaut de la mosquée Al-Aqsa dans la partie occupée de Jérusalem, mercredi, par le ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir, un homme d'extrême droite.

Le ministère saoudien des Affaires étrangères a déclaré qu'il condamnait fermement « la prise d'assaut de la mosquée Al-Aqsa par le ministre israélien de la Sécurité nationale sous la protection de la police d'occupation ».

Le ministère a réitéré sa condamnation des attaques contre le caractère sacré de la mosquée Al-Aqsa, a rapporté l'agence de presse saoudienne.

Il a également condamné les forces israéliennes pour avoir pris pour cible une clinique de l'UNRWA dans le camp de Jabaliya, dans le nord de la bande de Gaza, et a dénoncé les attaques contre les organisations de l'ONU et les organisations humanitaires ainsi que leur personnel. 

Le ministère a déclaré : « Le Royaume condamne les violations persistantes par Israël du droit international et du droit humanitaire international et affirme son rejet catégorique de tout ce qui pourrait porter atteinte au statut historique et juridique de Jérusalem et de ses lieux saints.

Il ajoute que les violations israéliennes du droit international entravent les efforts de paix et menacent la sécurité mondiale.

Le ministère a souligné l'importance de protéger les organisations de l'ONU et les organisations humanitaires, ainsi que leur personnel, et a demandé que les autorités israéliennes soient tenues responsables de toutes les violations.

La visite de M. Ben-Gvir dans l'enceinte d'Al-Aqsa, dans la vieille ville de Jérusalem, a été vivement condamnée par la Jordanie et le groupe militant palestinien Hamas.

Réintégration du gouvernement israélien

Le ministre, chef du parti israélien anti-arabe Otzma Yehudit, s'est rendu sur le site après avoir réintégré le gouvernement le mois dernier, à la suite de la reprise de la guerre à Gaza.

Ben Gvir avait quitté le cabinet en janvier pour protester contre l'accord de cessez-le-feu dans la bande de Gaza.

Depuis la formation du gouvernement de Benjamin Netanyahu à la fin de l'année 2022, M. Ben Gvir s'est rendu à plusieurs reprises sur le site d'Al-Aqsa, suscitant à chaque fois l'indignation de la communauté internationale.

Le ministère jordanien des Affaires étrangères a également condamné la visite de mercredi en la qualifiant de « prise d'assaut » et de « provocation inacceptable ».

Le Hamas a parlé d'une « escalade provocatrice et dangereuse », affirmant que cette visite s'inscrivait dans le cadre du génocide en cours contre le peuple palestinien. 

« Nous appelons le peuple palestinien et les jeunes de Cisjordanie à intensifier la confrontation pour défendre notre terre et nos valeurs sacrées, au premier rang desquelles la mosquée Al-Aqsa », a déclaré l'organisation dans un communiqué.

Ce site est le troisième lieu saint de l'islam et un symbole de l'identité nationale palestinienne.

Connu des juifs sous le nom de Mont du Temple, il est également le lieu le plus sacré du judaïsme, car il abrite le second temple détruit par les Romains en 70 après Jésus-Christ.

Selon le statu quo maintenu par Israël, qui occupe l'est de Jérusalem et sa vieille ville depuis 1967, les juifs et les autres non-musulmans sont autorisés à visiter l'enceinte pendant des heures précises, mais ils n'ont pas le droit d'y prier ou d'y exposer des symboles religieux.

Le porte-parole de M. Ben Gvir a déclaré à l'AFP que le ministre « s'y est rendu parce que le site a été ouvert aux non-musulmans après 13 jours », période durant laquelle l'accès était réservé aux musulmans pour la fête de l'Aïd Al-Fitr et la fin du mois sacré musulman du Ramadan.

Ces dernières années, un nombre croissant d'ultranationalistes juifs ont défié les règles, notamment Ben Gvir, qui y a prié publiquement en 2023 et 2024.

Le gouvernement israélien a déclaré à plusieurs reprises qu'il avait l'intention de maintenir le statu quo dans le complexe, mais les craintes des Palestiniens quant à son avenir en ont fait un point chaud de la violence.

Rapport complémentaire de l'AFP.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com