«Petite, je disais que je voulais me marier avec toi»

 La littérature francophone belge est mise à l'honneur du 27 avril au 14 mai 2023. (Photo, Zeina Zbibo)
La littérature francophone belge est mise à l'honneur du 27 avril au 14 mai 2023. (Photo, Zeina Zbibo)
 La littérature francophone belge est mise à l'honneur du 27 avril au 14 mai 2023. (Photo, Zeina Zbibo)
La littérature francophone belge est mise à l'honneur du 27 avril au 14 mai 2023. (Photo, Zeina Zbibo)
 La littérature francophone belge est mise à l'honneur du 27 avril au 14 mai 2023. (Photo, Zeina Zbibo)
La littérature francophone belge est mise à l'honneur du 27 avril au 14 mai 2023. (Photo, Zeina Zbibo)
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Publié le Samedi 29 avril 2023

«Petite, je disais que je voulais me marier avec toi»

  • Passionnée de littérature depuis son jeune âge, Mehtap Teke écrit « Petite, je disais que je voulais me marier avec toi, » son premier roman dédié à ses parents
  • Le sacrifice est un thème récurrent dans ce roman, le sacrifice de la vie d’une génération pour le bonheur d’une autre

DUBAÏ : La littérature francophone belge est mise à l'honneur du 27 avril au 14 mai 2023. Une quinzaine littéraire organisée par Wallonie Bruxelles International (WBI), en collaboration avec l'Alliance Française et la librairie francophone Culture & Co, offre un échange culturel autour de livres qui s’adressent à un public de tout âge.

Dans le cadre du Café littéraire « Lisez-vous le belge ?», l’évènement de lancement de cette quinzaine, Arab News en français est parti à la rencontre de Mehtap Teke, auteure belge qui y a présenté son ouvrage, « Petite, je disais que je voulais me marier avec toi » (éditions Viviane Hamy).

Née en 1982 dans une famille ouvrière d’origine turque, Mehtap a grandi dans la ville de Charleroi, en Belgique. Passionnée de littérature depuis son jeune âge, elle écrit « Petite, je disais que je voulais me marier avec toi, » son premier roman dédié à ses parents.

Le livre est le portrait d’un père, émigré kurde qui, à la recherche d’un avenir meilleur, a choisi la Belgique pour s’installer. Mehtap Teke retrace l’histoire de son père : des champs de coton d’Anatolie, jusqu’au départ pour la Belgique où il sera ouvrier puis propriétaire d’une épicerie. Une histoire d’émigré marquée par une série d’évènements et de sacrifices.

« C’est un homme qui a assez souffert de son exile. Il a grandi en Turquie, il a dû arrêter l’école à l’âge de douze ans pour ensuite commencer à travailler dans les champs de coton. Très vite il a été question pour lui de venir en Europe, pour travailler en tant qu’ouvrier en Belgique et se construire une vie, » décrit Mehtap.

L’auteure belge revient vers la question de l’exil et du travail ouvrier dans son roman. Elle peint une image différente du regard que la société peut avoir sur les ouvriers et les émigrés. 

« Je voulais expliquer à quel point l'émigration peut être difficile pour les personnes qui quittent leur pays et qui vont en Europe à la recherche d'une vie meilleure. Je voulais utiliser cette histoire pour raconter à quel point ça peut être douloureux mais également à quel point ça peut être une chance pour les générations suivantes de vivre dans des conditions plus privilégiées, » déclare-t-elle. 

L’auteur met en lumière le rêve de son père de voir ses filles « s’extraire de la classe ouvrière/populaire. » Une ascension sociale rendue possible à travers l’accès à l’éducation.

« Tout ce qu’il a fait [son père] c’est pour permettre à ses enfants d’étudier, » ajoute Mehtap.

« Quand chaque matin, tu te levais sans rechigner pour te coucher, chaque nuit, sans soupirer, tu te brisais ; tu perdais les étincelles qui avaient forgé tes rêves. Et ce, dans l’espoir que tes enfants puissent atteindre un environnement social qui t’était inaccessible. Tu t’acharnais à vouloir leur bâtir la vie que tu aurais désiré avoir. » [Extrait]

Le sacrifice est un thème récurrent dans ce roman, le sacrifice de la vie, du bonheur et même de la santé d’une génération pour le bonheur d’une autre.

« Il y a un devoir de la génération suivante de faire quelque chose de sa vie, parce qu’on a bâti son bonheur sur la misère d'une génération précédente, » ajoute Mehtap.

Après des études en journalisme et en communication, Mehtap voyage à travers le monde et part travailler à New York, à Tokyo et à Singapour, avant de s’établir à Dubaï, où elle vit depuis quelques années. Son roman et son parcours témoignent d’une volonté d’être à la hauteur de la responsabilité que ses parents lui ont confiée ainsi que ses sœurs.

Ironie du sort, dans un passage elle évoque la dépendance de l’argent - une fois disponible - et les inconvénients de « la petite bourgeoisie » qu’elle décrit dans son roman.

« Tu sais, je déteste l'argent qui t'a dominé. Je le hais davantage depuis que j'en ai. À présent que je me trouve là où tu as toujours souhaité que je sois, l'existence est devenue d'un ennui ! La petite bourgeoisie est un milieu fastidieux, oui. J'aurais aimé que tu le saches. » [Extrait]

Mehtap Teke s’adresse aux enfants issus de l’immigration, aux émigrés et à ses parents en soulignant l’importance de profiter de chaque instant, à travers « Petite, je disais que je voulais me marier avec toi, » une histoire pleine d’émotions, qui parvient à rallier sacrifices et ambition.

 


Liban: 39 sites culturels placés sous protection renforcée de l'Unesco en raison de la guerre

Un homme inspecte les destructions sur le site d'une frappe aérienne israélienne ayant visé Baalbek, dans la vallée de la Bekaa à l'est du Liban, avec le temple romain de la cité antique en arrière-plan, le 7 novembre 2024, dans le cadre de la guerre en cours entre Israël et le Hezbollah. (AFP)
Un homme inspecte les destructions sur le site d'une frappe aérienne israélienne ayant visé Baalbek, dans la vallée de la Bekaa à l'est du Liban, avec le temple romain de la cité antique en arrière-plan, le 7 novembre 2024, dans le cadre de la guerre en cours entre Israël et le Hezbollah. (AFP)
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  • L’UNESCO place 39 sites culturels au Liban sous protection renforcée face aux risques liés au conflit
  • Des sites majeurs comme Baalbeck, Tyr et Byblos bénéficieront d’un soutien technique et financier

PARIS: L'Unesco a placé mercredi sous protection renforcée 39 sites culturels au Liban par crainte de dégâts causés par les bombardements auxquels fait face le pays après un mois de guerre.

"Ces 39 biens culturels bénéficient désormais du niveau de protection juridique le plus élevé contre les attaques et les usages à des fins militaires", écrit l'Unesco dans un communiqué.

Parmi ces biens figurent les sites archéologiques de Baalbeck et de Tyr, le musée national de Beyrouth ou encore le site de Byblos.

La convention de la Haye de 1954 oblige à préserver les biens culturels en cas de conflit armé.

Les 39 sites "recevront une assistance technique et financière de l'Unesco pour renforcer leur protection juridique, améliorer les mesures d'anticipation et de gestion des risques ainsi que fournir une formation supplémentaire aux professionnels de la culture et au personnel militaire de la zone", détaille l'Unesco.

"La protection renforcée permet également d'envoyer un signal à l'ensemble de la communauté internationale quant à l'urgence de protéger ces sites", ajoute l'organisation qui explique avoir convoqué mercredi une "réunion extraordinaire (...) à la suite d'une demande" du Liban.

Ces sites bénéficieront également d'une "aide financière internationale de plus de 100.000 dollars américains pour les opérations d'urgence sur le terrain", ajoute l'Unesco.

Située à une vingtaine de kilomètres de la frontière avec Israël, Tyr, ville inscrite sur la liste du patrimoine mondial en 1984, a été la cible de plusieurs frappes israéliennes depuis le début de la guerre avec le Hezbollah pro-iranien le 2 mars.

Encore en construction, un musée sur le site a subi quelques dommages. Mais ni la nécropole des IIe et IIIe siècles ni l'arc de triomphe monumental, les aqueducs ou encore l'hippodrome qui s'élèvent sur le site, n'ont été atteints.

Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient déclenchée le 28 février par des frappes américano-israéliennes sur l'Iran, "d'autres biens dans des pays voisins" ont subi des dégâts, écrit l'Unesco, sans détails.


Découverte : Blossom Space à Djeddah

(Photo: Arab News)
(Photo: Arab News)
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  • Blossom Space excelle dans les articles de papeterie, proposant carnets, encres et autres objets soigneusement sélectionnés

DJEDDAH : À Djeddah, Blossom Space combine charme, convivialité et créativité dans un seul et magnifique lieu. Dès que vous franchissez la porte, on a l’impression d’entrer dans les pages d’un livre d’histoires — un monde doux et rêveur, à mi-chemin entre une bibliothèque confortable et une boutique-cadeaux fantaisiste.

Le personnel est exceptionnellement gentil et accueillant, ajoutant une touche personnelle qui élève toute l’expérience.

L’extérieur est déjà séduisant, avec une façade en verre élégante et une enseigne lumineuse qui suggèrent un espace moderne et légèrement haut de gamme — discret mais intrigant, plutôt « trésor caché » qu’une boutique clinquante.

Une fois à l’intérieur, l’atmosphère se transforme en chaleur et charme. Des étagères en bois et un éclairage doux créent une ambiance apaisante, rappelant un coin lecture tranquille.

Les détails décoratifs — mini-carrousels, accents vintage, papeterie délicate — évoquent un sentiment nostalgique, presque de livre d’histoires. Les plantes suspendues apportent vie et fraîcheur, tandis que les présentoirs pastel offrent un rendu visuel plaisant, féminin et digne d’un tableau Pinterest.

Blossom Space brille dans la papeterie, proposant carnets, encres et autres objets soigneusement sélectionnés. Pour ceux qui cherchent une expérience plus interactive, l’espace coloriage à l’étage est parfait pour se détendre et se ressourcer, offrant une échappée thérapeutique pour adultes et enfants.

Les activités de coloriage coûtent SR35 (9 $), et les expériences de décoration à la main SR65.

J’y suis allé deux fois. La première visite était agréable, même si certaines peintures étaient sèches et le café gratuit pouvait être meilleur. La deuxième fois, je suis venu avec un ami mais je ne voulais pas peindre, et on m’a demandé de payer l’entrée. Je comprends la politique, mais cela a été un peu décevant, surtout que l’endroit était vide.

Que vous soyez amateur de livres, passionné de papeterie ou simplement en quête d’une sortie différente et mémorable, Blossom Space ne déçoit pas.

Organisé, propre et débordant de charme, j’y retournerai sans hésiter. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Ahmad Kaabour : la voix de Beyrouth s’éteint à 71 ans

Le chanteur libanais Ahmad Kaabour en concert au festival « Angham min al-Sharq » (Les Sons de l’Arabie) à Abou Dhabi, le 7 mai 2010. Organisé par l’Autorité pour la Culture et le Patrimoine d’Abou Dhabi (ADACH), l’événement célèbre la richesse musicale du monde arabe. (AFP)
Le chanteur libanais Ahmad Kaabour en concert au festival « Angham min al-Sharq » (Les Sons de l’Arabie) à Abou Dhabi, le 7 mai 2010. Organisé par l’Autorité pour la Culture et le Patrimoine d’Abou Dhabi (ADACH), l’événement célèbre la richesse musicale du monde arabe. (AFP)
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  • Ahmad Kaabour est décédé à 71 ans à Beyrouth, après une longue lutte contre le cancer, laissant un héritage musical engagé et profondément lié à la mémoire de la ville
  • Son répertoire transforme Beyrouth en protagoniste, célébrant sa résilience, sa culture et ses traditions à travers plus de quatre décennies de carrière

​​​​​DUBAÏ: La disparition d’Ahmad Kaabour marque un chapitre essentiel de la mémoire musicale de Beyrouth. Figure emblématique de la chanson engagée et du patrimoine musical libanais, Kaabour aura traversé les décennies comme un témoin sonore des douleurs et des renaissances de sa ville natale. 

L’artiste s’est éteint à Beyrouth à l’âge de 71 ans, après une longue lutte contre le cancer. Né dans la capitale libanaise en 1955, il laisse derrière lui un héritage musical profondément ancré dans l’histoire et l’identité de la ville. Sa disparition marque la fin d’une voix qui a su chanter à la fois la douleur, l’espoir et la résilience de Beyrouth et du Liban.

Né dans une famille d’artistes, Kaabour commence à composer dès l’adolescence. En 1975, alors que le Liban s’enfonce dans la guerre civile, il compose la musique de « Ounadikom », sur des paroles du poète palestinien Tawfiq Ziad. La chanson devient un hymne de protestation et de solidarité, traversant générations et frontières.

Au fil des années, Kaabour travaille aux côtés de figures majeures de la scène libanaise, devenant partenaire artistique de Ziad Rahbani et Marcel Khalifé, tout en naviguant entre engagement politique et sensibilité populaire. 

Cette ouverture à des influences internationales se manifeste également dans son adaptation de « Baddi Ghanni Lannas », version arabe de « Chanter pour ceux qui sont loin de chez eux » de Michel Berger, parue en 1985 sur l’album Différences. Dans cette relecture, Ahmad Kaabour conserve la mélodie poignante et épurée de l’original, tout en y insufflant des paroles arabes ancrées dans les réalités libanaises et, plus largement, arabes.

Là où Berger chantait l’exil et la marginalité, Kaabour en élargit la portée pour en faire un hymne à la dignité et à la présence des peuples, fidèle à son engagement artistique. Cette collaboration indirecte — où Berger est crédité pour la musique et Kaabour pour l’adaptation — illustre sa capacité à faire dialoguer les cultures tout en restant profondément enraciné dans son identité.

Le lien avec Beyrouth reste central dans son œuvre. « La3younak » (1993) est une véritable déclaration d’amour à la ville, diffusée largement dans les années 1990, notamment sur Future TV, et incarnant l’esprit d’une capitale en reconstruction  derrière sa mélodie douce et nostalgique, c’est une ville-personne qui se dessine : aimée, fragilisée, mais toujours debout. 

Cette fibre beyrouthine traverse aussi d’autres titres. Dans ses reprises, comme « Shu Beddak » après l’explosion du port de 2020, Kaabour transforme une chanson populaire en élégie contemporaine, appelant à la mémoire et à la responsabilité collective. Dans des registres plus festifs, comme « Allou Al Bayarek », associé aux traditions du Ramadan à Beyrouth, il célèbre les rituels et la vie quotidienne de la ville, inscrivant son œuvre au cœur de la culture et des traditions locales.

Au-delà de ses succès pour adultes, Kaabour n’a jamais négligé le jeune public. Ses spectacles pour enfants, souvent avec la troupe Firkat al-Sanabel et le Théâtre libanais de marionnettes, évitaient la simplification, mêlant rythme, histoire et réflexion sur le monde. Pour lui, la musique était un pont entre générations et un moyen de transmettre mémoire et émotion.

Avec plus de quatre décennies de carrière, Ahmad Kaabour laisse un héritage unique : Beyrouth, avec toutes ses blessures et ses espoirs, comme protagoniste de sa musique. Sa voix restera à jamais l'écho de la ville qu’il a tant aimée.