Entre faste et crise familiale, le Royaume-Uni prépare le couronnement de Charles III

Sur cette photo prise le 3 juin 2022, le prince Charles, prince de Galles, arrive au service national d'action de grâce pour le règne de la reine à la cathédrale Saint-Paul de Londres, dans le cadre des célébrations du jubilé de platine de la reine Élisabeth II. (AFP).
Sur cette photo prise le 3 juin 2022, le prince Charles, prince de Galles, arrive au service national d'action de grâce pour le règne de la reine à la cathédrale Saint-Paul de Londres, dans le cadre des célébrations du jubilé de platine de la reine Élisabeth II. (AFP).
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Publié le Dimanche 23 avril 2023

Entre faste et crise familiale, le Royaume-Uni prépare le couronnement de Charles III

  • Huit mois après avoir accédé au trône à la mort de sa mère Elizabeth II à 96 ans, c'est l'heure de la consécration publique pour Charles, chef d'Etat du Royaume-Uni
  • Il deviendra le 40e monarque britannique à être couronné à l'abbaye de Westminster depuis Guillaume le Conquérant en 1066

LONDRES : Le roi Charles III sera couronné le 6 mai à Londres lors d'une cérémonie religieuse organisée avec toute la pompe dont la monarchie britannique a le secret et marquée par le retour de son enfant terrible, le prince Harry.

A l'approche de l'événement, premier de la sorte en 70 ans, les premières répétitions des parades à cheval ont eu lieu, les tasses en porcelaine souvenirs - d'un bleu "masculin" - sont en vente et un plat officiel a été désigné : une quiche aux épinards, fèves et estragon.

Ne manque que l'enthousiasme du public, plus préoccupé par l'inflation que par ce nouveau mais déjà vieux roi de 74 ans, qui voudrait adapter l'institution multiséculaire à son époque, de l'environnent à la diversité, mais peine à incarner le renouveau et reste moins populaire que son héritier William.

Huit mois après avoir accédé au trône à la mort de sa mère Elizabeth II à 96 ans, c'est pourtant l'heure de la consécration publique pour Charles, chef d'Etat du Royaume-Uni mais aussi de 14 autres royaumes du Canada à l'Australie en passant par les Bahamas.

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Sur cette photo prise le 2 juin 2022, la reine Elizabeth II (à droite) et le prince Charles, prince de Galles, assistent à un défilé aérien spécial depuis le balcon du palais de Buckingham, à la suite du défilé de l'anniversaire de la reine, le Trooping the Colour, dans le cadre des célébrations du jubilé de platine de la reine Elizabeth II, à Londres. (AFP).

Il deviendra le 40e monarque britannique à être couronné à l'abbaye de Westminster depuis Guillaume le Conquérant en 1066. A son côté sera également couronnée la reine Camilla, 75 ans, maîtresse dans l'ombre de la princesse Diana.

L'abbaye de Westminster: un millénaire d'une histoire étroitement liée à la royauté

L'abbaye de Westminster, qui va accueillir le 6 mai le couronnement du roi Charles III, se trouve au coeur de la monarchie britannique depuis près d'un millénaire.

Dans les années 1040, le roi Edouard le Confesseur bâtit une église en pierres sur le site d'un monastère bénédictin fondé autour de 960.

La construction de l'imposante abbaye gothique que l'on connaît aujourd'hui commence sous le roi Henry III en 1245.

L'abbaye située dans le centre de Londres a été construite comme un lieu pour les couronnements et les funérailles des monarques.

Couronnements

Charles III sera le 40e monarque à être couronné dans l'abbaye.

Charles sera couronné sur la "chaise du couronnement", comme sa mère Elizabeth II en 1953. Ce trône a été fabriqué en 1300-1301. Il comprenait autrefois la pierre du destin, utilisée pendant des siècles pour couronner les rois d'Ecosse.

Ce bloc de grès a été brièvement volé par des étudiants écossais lors d'une audacieuse entreprise en 1950, et accidentellement cassé en deux.

En 1996, en pleine montée du sentiment indépendantiste, la pierre est symboliquement rendue à l'Ecosse. Mais il est convenu qu'elle reviendra du château d'Edimbourg à Westminster pour les couronnements.

Mariages

L'édifice a également été le théâtre de mariages royaux, la plupart depuis la Première Guerre mondiale.

Le premier a été celui du mariage du roi Henry Ier avec la princesse Matilda d'Ecosse le 11 novembre 1100.

Les grands-parents de Charles, le prince Albert - qui deviendra le roi George VI - et Elizabeth Bowes-Lyon s'y marient en 1923.

La mère de Charles s'y marie également alors qu'elle n'est encore que la princesse Elizabeth. La future reine épouse Philip Mountbatten à Westminster en 1947, apportant un peu de couleur dans l'après-guerre.

Le dernier mariage royal qui s'y est tenu est celui du fils aîné de Charles, William, qui a épousé Kate Middleton in 2011.

Quatorze ans plus tôt, en 1997, William assistait à l'abbaye aux obsèques de sa mère Diana, morte dans un accident de voiture à Paris.

Funérailles

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Sur cette photo prise le 31 août 2007, le prince Charles (à gauche) et ses deux fils, le prince Harry (à droite) et le prince William (à gauche), arrivent pour le service d'action de grâce pour la vie de Diana, princesse de Galles, à la chapelle des gardes, à Londres. (AFP). 

Au total, 30 rois et reines sont enterrés à l'abbaye. Le roi George II était le dernier, en 1760.

Les obsèques de 3 300 personnes y ont été célébrées, parmi lesquelles celles de personnages illustres de l'histoire britannique: Charles Dickens, Rudyard Kipling, Henry Purcell, ainsi que huit Premiers ministres.

C'est là qu'ont été célébrées les obsèques de la reine Elizabeth II le 19 septembre 2022, devant 2 000 invités.

Les cendres de l'astrophysicien Stephen Hawking y ont été disposées en 2018 entre les tombes d'Isaac Newton et de Charles Darwin.

«Particularité royale»

L'abbaye, qui porte le nom complet de Collegiate Church of St Peter, Westminster (église collégiale de Saint-Pierre), a le statut de "royal peculiar", ce qui signifie qu'elle est exempte de toute juridiction ecclésiastique autre que celle du monarque.

Le roi est le chef de l'Eglise d'Angleterre.

En dehors des périodes de célébrations royales, l'abbaye opère régulièrement des services religieux ouverts au public.

Traditions

Cette journée historique débutera par la "Procession du roi" qui rejoindra en carrosse l'Abbaye de Westminster depuis le palais de Buckingham sur un parcours d'environ 2 kilomètres.

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La voiture d'apparat porte le cercueil de la reine Élisabeth II, drapé de l'étendard royal avec la couronne impériale d'État et le globe et le sceptre de la souveraine, lors de la procession cérémonielle qui suit ses funérailles nationales à l'abbaye de Westminster, à Londres, le 19 septembre 2022. (AFP). 

La cérémonie elle-même doit débuter à 11H00 locales (10H00 GMT) et durer environ une heure sous la direction de l'archevêque de Canterbury Justin Welby, chef spirituel de l'église anglicane.

Agrémentée d'oeuvres musicales issues du répertoire classique mais aussi de compositions plus modernes, elle est censée "refléter le rôle du monarque aujourd'hui et se tourner vers l'avenir, tout en étant enracinée dans les traditions et l'apparat historiques", selon le palais.

Même si Charles III, 74 ans, a voulu un service plus simple et court que celui de la reine Elizabeth II, devant un parterre d'invités limités à 2 000 personnes (dirigeants étrangers, têtes couronnées, élus, société civile), certaines étapes sont intangibles.

Une fois entré dans l'Abbaye, le roi sera présenté et acclamé par l'assistance avant qu'il ne prête serment.

Ce serment du couronnement, rédigé en 1688, a connu des variantes au fil des siècles. Elizabeth II avait par exemple juré de gouverner "selon leurs lois" les peuples du Royaume-Uni et des 14 autres pays sur lesquels règne la Couronne et de défendre la religion anglicane dont le monarque est le chef suprême.

Charles pourrait avoir un propos plus œcuménique, en direction de toutes les fois.

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Sur cette photo prise le 25 mars 2010, le Prince Charles, Prince de Galles, regarde par le hublot d'un hélicoptère militaire britannique en route pour Lashkar Gah. (AFP).

Ensuite, le roi, assis sur la chaise du roi Edouard, recevra l'onction d'huile de l'archevêque, puis les attributs royaux : la robe royale, l'orbe (un globe en or surmonté d'une croix), le sceptre et la couronne de Saint-Edouard qui sera déposé sur la tête du souverain.

Les membres de la famille royale lui rendront hommage.

Huile végan, parures de tête, le couronnement «moderne» de Charles III

Le couronnement du roi Charles reprendra maintes traditions qui remontent au Xe siècle. Si certains éléments sont immuables, le nouveau souverain n'a pas caché son souhait de modernité.

Voici ce que l'on sait de ses projets avec une comparaison avec le couronnement de sa mère Elizabeth II en 1953.

Moins d'invités

Environ 2 000 personnes assisteront au couronnement dans l'abbaye de Westminster contre 8 000 il y a 70 ans, nécessitant un aménagement spécial de gradins.

Cette diminution s'inscrit dans la volonté affichée de Charles de "rationaliser" la monarchie, réduisant à sept le nombre de membres actifs de la famille royale.

La durée de la cérémonie doit également être réduite à un peu plus d'une heure contre près de trois heures en 1953.

Parures ou diadèmes ?

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Le cercueil de la reine Élisabeth II, orné d'un étendard royal et de la couronne d'État impériale, est tiré par un affût de canon de la King's Troop Royal Horse Artillery, lors d'une procession entre le palais de Buckingham et le palais de Westminster, à Londres, le 14 septembre 2022. (AFP). 

Au couronnement d'Elizabeth II, presque toutes les femmes de la famille royale ou de l'aristocratie portaient un diadème.

Le code vestimentaire pour le couronnement de Charles n'a pas encore été confirmé mais il semblerait que les femmes portent des chapeaux ou des parures de tête, à l'exception des femmes de rang le plus élevé de la famille royale.

Des Lords moins habillés

Des places en nombre limité pour les députés et les Lords, membres de la chambre haute du Parlement, sont allouées par vote.

En 1953, plus de 800 députés et Lords - incluant ducs, marquis, comtes, vicomtes et barons qui ont hérité de leur siège et de leur titre - étaient présents, vêtus de longs manteaux de velours pourpre.

L'hérédité des titres à la chambre des Lords a été réformée en 1999 et cette fois il a été demandé à ses membres de ne pas porter cette tenue spéciale.

Ils peuvent à la place opter pour celle qu'ils utilisent pour le discours du souverain au Parlement ou une tenue habituelle.

Couronne recyclée

Camilla sera couronnée avec une couronne faite pour la reine Mary, l'arrière grand-mère de Charles, en 1911.

Elle sera la première reine consort depuis trois siècles à faire modifier une couronne plutôt que d'en faire faire une nouvelle.

Huile végan

L'huile utilisée pour l'onction sera sans produit animal et comprendra huile d'olive parfumée de sésame jasmin, cannelle, néroli, benjoin, ambre et de fleur d'oranger.

Traditionnellement, elle comprenait de l'ambre gris issue d'intestin de baleine.

Hommage grec

Des Grecs orthodoxes chanteront pour la première fois lors d'un couronnement en hommage au père de Charles, le prince Philip, mort en avril 2021 à 99 ans. Né à Corfou, il était membre de la famille royale grecque.

Le "Byzantine Chant Ensemble", mené par Alexander Lingas, un professeur de musique orthodoxe, a été spécialement créé pour l'occasion.

"The Ascension Choir" sera également le premier choeur gospel à chanter pour un couronnement et un signe de la volonté de modernité du nouveau roi.

Girl power

Pour la première fois, des filles figureront parmi les élèves boursiers, les "King's scholars", de la très select Westminster School, participant à la cérémonie. En 1953, l'établissement n'accueillait que des garçons.

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La reine Élisabeth II (à gauche) rencontre des élèves au centre sportif qu'elle a officiellement inauguré à la Westminster School à Londres, le 12 juin 2014. (AFP). 

Un groupe d'élèves acclamera le monarque en latin : "Vivat Rex Carolus !" ("Longue vie au roi Charles !")

Moins de carrosse

Elizabeth a fait le trajet aller et retour à bord de l'ouvragé mais inconfortable carrosse Gold State Coach, vieux de 260 ans. Charles et Camilla ne l'utiliseront que pour leur retour.

Pour l'aller, ils ont opté pour le moderne Diamond Jubilee State Coach équipé d'amortisseurs et de l'air conditionné.

Ils feront aussi un trajet retour bien plus court (deux kilomètres) que celui d'Elizabeth, qui avait duré deux heures pour parcourir plus de sept kilomètres.

L'armée allégée

Comparé aux 29 000 membres des forces armées présentes en 1953, la procession du retour au palais de Buckingham sera moins imposante.

Près de 4 000 militaires, y compris des musiciens, accompagneront le couple royal.

Le roi et la reine Camilla, également couronnée lors de la cérémonie, repartiront en carrosse pour la "procession du Couronnement" vers Buckingham, accompagnés cette fois d'un cortège de près de 4 000 militaires en habits d'apparat.

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Sur cette photo prise le 26 janvier 2011, le prince Charles (à droite) et Camilla, la duchesse de Cornouailles (à gauche) assistent aux célébrations de l'Australia Day à Australia House, à Londres. (AFP). 

La famille royale apparaîtra enfin au balcon du palais pour saluer la foule et assister au survol d'avions de la Royal Air Force.

Deux couronnes pour Charles

En point d'orgue de la cérémonie, Charles se verra poser sur la tête la couronne de Saint-Edouard, pièce maîtresse des joyaux de la Couronne.

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Les joyaux de la couronne britannique / AFP / Gal ROMA AND Sophie RAMIS

Utilisée uniquement pour les couronnements, elle a été portée pour la dernière fois en 1953 par Elizabeth II.

Elle a été réalisée pour celui de Charles II en 1661, pour remplacer la couronne médiévale qui avait été fondue par les parlementaires en 1649 après l'exécution de Charles Ier.

Cette couronne en or massif est sertie de pierres semi-précieuses, notamment rubis, améthystes et saphirs, et garnie d'une toque de velours violet ourlée d'une bande d'hermine.

Sans être une réplique exacte de la couronne médiévale disparue - réputée avoir appartenu au roi Edouard le Confesseur (XIe siècle)- elle reprend ses quatre croix pattées, ses quatre fleurs de lys.

Elle a été récemment redimensionnée pour s'adapter à la tête de Charles. Elle pèse plus de 2 kilos.

En quittant l'abbaye, le roi portera la couronne impériale d'Etat, qui reposait sur le cercueil d'Elizabeth II pour ses funérailles.

Créé en 1937 pour le couronnement du roi George VI, le père d'Elizabeth II, elle est aussi utilisée lors de l'ouverture de l'année parlementaire.

Pesant un peu plus d'un kilo pour 31,5 centimètres de haut, elle est sertie de 2.868 diamants, 17 saphirs, 11 émeraudes, 269 perles et quatre rubis.

Cette couronne comprend le diamant Cullinan II, la deuxième plus grosse pierre taillée dans le diamant Cullinan, qui est, selon le site des palais royaux, le plus gros diamant jamais découvert.

La république du Transvaal a offert ce diamant au roi Edouard VII en 1907, en geste de réconciliation après la deuxième guerre des Boers (1899-1902).

Entre bombes et jonquilles : quand Charles fut couronné prince de Galles

Le 1er juillet 1969, la pompe colorée de la cour d'Angleterre se déploie au château imposant de Caernarfon sur la côte nord-ouest du Pays de Galle pour la première intronisation du roi Charles III, comme prince de Galles, voilà plus de 50 ans.

SOS jonquilles

A la veille du grand jour, un sujet brûlant tourmente les esprits. Y aura-t-il des jonquilles sur les tables du grand bal le soir de l'investiture ?

Une commande de la fleur nationale galloise, introuvable fin juin en Grande-Bretagne, a bien été passée au Kenya. Las, une vague de chaleur dans ce pays a eu raison des éclatantes fleurs jaunes avant même leur cueillette.

Le salut vient in extremis de la BBC dont le SOS lancé dans ses émissions a été entendu par un horticulteur de... Nouvelle-Zélande qui expédie par le premier avion six douzaines de fleurs.

Sur les dents 

La perspective de l'installation d'un Anglais comme prince de Galles - suivant une tradition séculaire - a exacerbé le sentiment nationaliste gallois dans ce pays conquis au XIIIe siècle par le roi Edouard 1er, bâtisseur compulsif de châteaux, dont Caernarfon.

Face aux menaces d'attentats, des services de sécurité sur les dents déploient les grands moyens.

Pas moins de 2 800 policiers et 2 500 soldats à Caernarfon, des hélicoptères de l'armée et de la police, des perquisitions, des écoutes, des contrôles routiers continuels n'empêchent toutefois pas des attentats. Sept bombes éclatent ou sont découvertes juste à temps dans la quinzaine précédant la cérémonie.

Elles font aussi des morts la dernière nuit quand deux nationalistes gallois sont déchiquetés à Abergele, petite ville à 50 km de Caernarfon, par l'explosif qu'ils transportaient pour faire sauter le siège local de l'administration et de la sécurité sociale.

«Nuit de cauchemar»

Au même moment, la découverte sur la voie ferrée reliant Londres à Caernarfon d'un explosif factice (de la pâte à modeler et un réveille-matin) contraint le train transportant Charles, la reine Elizabeth et le prince Philip à être aiguillé sur une voie de garage.

"Après une nuit de cauchemar", écrit l'AFP le 1er juillet, "des policiers harassés vont à chaque seconde se demander si un terroriste ne se dissimule pas parmi les 250 000 personnes attendues à Caernarfon, si une bombe ne va pas être lancée sur le carrosse royal, si un fusil à lunette ne pointe pas d'une fenêtre".

En fin d'après-midi encore, les artificiers interviendront après la découverte d'une valise marquée aux initiales de "l'armée libre galloise", déposée au bord d'une route que la voiture du prince Charles emprunta peu après.

Etait-ce un oeuf ?

Jaillissant de la foule de spectateurs massés aux abords du château pour assister à l'arrivée du cortège royal, un projectile est lancé en direction du carrosse de la reine Elizabeth.

Certains témoins ont affirmé qu'il s'agissait d'un oeuf quand d'autres diront avoir identifié une boulette de papier.

Qu'importe l'objet du délit, une foule furieuse entendant régler son compte à l'auteur - maladroit - du tir, se jette sur un jeune homme en criant "lynchez-le". Les policiers, rapporte l'AFP, ont du "arracher" le fauteur de troubles des mains des spectateurs avant de l'appréhender.

Aux portes du château, deux autres jeunes gens sont arrêtés, accusés d'avoir hué la souveraine.

Offensive de charme

"Moi, Charles, prince de Galles, je me proclame votre homme lige d'âme et de corps..."

C'est dans un gallois fraîchement acquis - il vient de passer un trimestre dans une université du Pays de Galles pour en apprendre la langue -, que Charles prononce d'une voix juvénile les mots de son investiture.

La reine aide son fils à ajuster sa nouvelle couronne. Des diamants y dessinent le signe zodiacal du prince, le scorpion. Des années plus tard, l'artisan-joaillier qui réalisa l'ouvrage a révélé que la sphère d'or placée à son sommet était... une balle de ping-pong plaquée or.

Par sa simplicité, le prince a su gagner l'affection des Gallois, ont affirmé les journaux le lendemain.

La couronne de la reine Mary pour Camilla

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Sur cette photo prise le 16 septembre 2022, Camilla, reine consort de Grande-Bretagne, réagit lors d'une visite au château de Cardiff, à Cardiff, dans le sud du Pays de Galles. (AFP). 

La reine consort Camilla portera la couronne de la reine Mary, la grand-mère d'Elizabeth II, qui est sertie de 2.200 diamants.

C'est la première fois en près de trois siècles qu'une couronne existante est réutilisée pour un couronnement, a indiqué le palais de Buckingham, mettant en avant un souci "de durabilité".

La reine Mary, épouse du roi George V, avait fait faire cette couronne pour son propre couronnement en 1911.

Le palais a évoqué des changements "mineurs" apportés pour "refléter le style individuel" de Camilla et "rendre hommage" à la défunte Elizabeth II. Plusieurs diamants, les Cullinan III, IV et V, issus de la collection personnelle d'Elizabeth II et qu'elle portait souvent en broches, ont été intégrés.

En revanche, le controversé diamant "Koh-i-Noor", saisi en 1849 par la Compagnie des Indes orientales britannique, n'est plus sur la couronne.

Deux carrosses au lieu d'un

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Une photographie prise le 6 mai 2022 montre une vue générale du carrosse d'État en or, au Royal Mews, au palais de Buckingham, à Londres, qui sera utilisé pour les célébrations du jubilé de platine de la Reine. (AFP). 

Charles et Camilla n'utiliseront qu'à leur retour le traditionnel "Gold State Coach", le carrosse doré de 1762 qui transporte les souverains britanniques lors des grands évènements. Il a été utilisé pour chaque couronnement depuis 1831.

Lors de son couronnement, Elizabeth II avait fait l'aller-retour dans ce carrosse et avait qualifié l'expérience d'"horrible" en raison du manque de confort.

Il est si lourd qu'il doit voyager au pas. Il pèse quatre tonnes, est haut de 3,6 mètres et long de 7 mètres. Il faut huit chevaux pour le tirer.

"Quand vous le suivez, vous pouvez l'entendre grincer et vous avez l'impression qu'il s'agit d'un vieux galion qui avance", a raconté Martin Oates, qui s'occupe des carrosses aux Ecuries royales.

A l'aller, Charles et Camilla ont opté pour le "Diamond Jubilee State Coach", plus moderne et confortable.

Construit en Australie et utilisé pour la première fois par la reine Elizabeth II en 2014, c'est le plus récent dans les Ecuries royales.

Il a la climatisation, des vitres électriques. "Il ressemble beaucoup à une voiture", décrit Martin Oates.

Ce carrosse est tout de même long de 5 mètres, pèse 3 tonnes et doit être tiré par six chevaux.

Sceptres, trône et croix: un couronnement chargé de symboles

Outre les trois couronnes portées par Charles III et Camilla, la cérémonie du couronnement donnera à voir des objets symboliques, reliques et impressionnants joyaux incarnant la longévité de la monarchie britannique.

Le sceptre à la colombe

Ce sceptre composé d'un bâton en or, ornée d'un globe, d'une croix et d'une colombe en son sommet, représente le pouvoir spirituel et pastoral du souverain. Il a été utilisé à chaque couronnement depuis celui de Charles II en 1661.

Long de 110 centimètres, il pèse 1 150 grammes.

Le sceptre à la croix

Lui aussi utilisé depuis 1661, le sceptre représente le pouvoir temporel du souverain. Il pèse 1 170 grammes pour 92 centimètres de long.

En 1911 y a été ajouté le diamant Cullinan I de 530,2 carats, si lourd que le sceptre a dû être renforcé pour supporter son poids.

L'orbe royal

Ce globe de 27,5 centimètres surmonté d'une croix symbolise le monde chrétien.

Il est constitué d'une sphère creuse en or sertie de pierres précieuses et de perles. Une croix sertie de diamants, avec d'un côté un saphir au centre et de l'autre une émeraude, surmonte le globe.

Lors de la cérémonie de couronnement, l'orbe est placé dans la main droite du monarque, avant d'être déposé sur l'autel.

La canne à la colombe

Utilisé pour tous les couronnements de reine consort depuis 1685, ce petit sceptre en ivoire surmonté d'une colombe sera tenu par la reine Camilla durant la cérémonie, malgré les appels à ne pas l'utiliser en opposition au commerce de l'ivoire.

Camilla se verra remettre également un sceptre en or surmonté d'une croix.

L'Ampoule

Cet objet en or en forme d'aigle aux ailes déployées contient l'huile utilisée lors de l'onction du souverain, moment considéré comme le plus sacré du couronnement.

L'archevêque de Canterbury verse l'huile depuis la tête de l'aigle dans une cuillère, avant d'oindre le monarque.

La figure de l'aigle vient d'une légende selon laquelle la Vierge Marie est apparue à Saint Thomas Becket, et lui a remis un aigle en or et une fiole d'huile destinée à l'onction des futurs rois d'Angleterre.

Les éperons

Ces éperons en or, symbolisant la chevalerie, sont utilisés depuis le couronnement de Richard Cœur de Lion en 1189. Ils sont attachés aux chevilles des souverains, et dans le cas des reines simplement placés sur l'autel.

La robe d'Etat

Cette grande cape en soie et velours violet est brodée du monogramme du monarque, d'épis de blé et de branches d'olivier.

Faite spécialement pour le couronnement, elle a nécessité 3 500 heures de travail par douze couturières de l'Ecole royale de couture.

Le chaise du roi Edouard

Commandé par le roi Edouard I en 1300, ce trône en chêne, de plus de 2 mètres de haut, est au centre des couronnements royaux depuis plus de 700 ans.

Il encapsulait à l'origine la "pierre du destin", un bloc de grès symbole de la monarchie écossaise et rapporté d'Ecosse comme butin de guerre par Edouard I.

Brièvement volée par des étudiants écossais lors d'une audacieuse entreprise en 1950, la pierre est symboliquement rendue à l'Ecosse en 1996, en pleine montée du sentiment indépendantiste. Mais il est convenu qu'elle revienne du château d'Edimbourg à Westminster pour les couronnements.

La croix de Galles

Autre symbole du pouvoir spirituel du roi, cette croix en argent contient des fragments venant, selon le Vatican, de la croix sur laquelle a été crucifiée Jésus, et offerts par le pape François en cadeau pour marquer le couronnement de Charles.

Ces fragments ont été façonnés dans une petite croix apparaissant derrière un cristal de roche rose.

La croix de Galles sera utilisée en tête de la procession du couronnement, qui ramènera le roi, tout juste couronné, de l'abbaye de Westminster vers le palais de Buckingham.

Les proches

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Sur cette photo prise le 31 août 2007, le prince Charles (à gauche) et ses deux fils, le prince Harry (à droite) et le prince William (à gauche), arrivent pour le service d'action de grâce pour la vie de Diana, princesse de Galles, à la chapelle des gardes, à Londres. (AFP). 

Plusieurs membres de la famille royale auront un rôle à jouer durant la cérémonie tandis que certains, comme le prince Harry, présent sans son épouse Meghan, ou son oncle le prince Andrew, en retrait après un scandale sexuel, ne devraient être que spectateurs.

Charles a ainsi choisi ses quatre pages parmi ses proches, dont son petit-fils le prince George, 9 ans, 2e dans l'ordre de succession au trône, ou le jeune fils d'Edward Tollemache, filleul du roi.

La reine consort Camilla a elle tenu à inclure sa famille issue de son premier mariage avec Andrew Parker Bowles. Trois de ses petits-enfants, Gus, Louis et Freddy, feront partie des pages l'accompagnant, avec son petit neveu Arthur.

Meghan absente

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Meghan, duchesse de Sussex, suit en voiture la procession derrière le cercueil de la reine Élisabeth II, allant de l'abbaye de Westminster à Wellington Arch à Londres, le 19 septembre 2022, après les funérailles d'État de la reine Élisabeth II de Grande-Bretagne. (AFP). 

Depuis son accession au trône, Charles s'est montré pourtant très actif en s'écartant de la réserve inébranlable de sa mère pour s'engager sur des sujets comme l'environnement ou la guerre en Ukraine.

Mais il a souvent été accueilli dans ses déplacements par quelques manifestants antimonarchie, inimaginables sous Elizabeth II, et s'est retrouvé plusieurs fois visé par des jets d'oeufs. Le mouvement Republic a appelé les Britanniques à porter des t-shirts "Not my king" (pas mon roi) pour le couronnement.

L'attention médiatique des dernières semaines s'est surtout portée sur le prince Harry et son épouse Meghan, en rupture avec la famille royale depuis leur départ en Californie en 2020.

Mi-avril, le palais a levé le suspense : le fils cadet du roi, malgré des mémoires très virulents contre la monarchie, viendra mais pas l'actrice américaine ni leurs deux enfants, Archie (qui fêtera ses quatre ans le jour du couronnement) et Lilibet, presque deux ans.

Le duc de Sussex va-t-il rencontrer son père ou son aîné William qu'il a décrit comme colérique et limite violent ?

La presse britannique prévoit un passage éclair mais l'attention sera forte. Son dernier séjour à Londres fin mars pour un procès contre un tabloïd a fait davantage sensation que le premier voyage à l'étranger de son père la même semaine en Allemagne.

Une couronne datant de 1661 pour Charles III et un carrosse de plus de 260 ans: le couronnement prévu le 6 mai à l'abbaye de Westminster est ancré dans l'Histoire avec cependant des nouveautés au programme.

Couronnement de Charles III: 2000 invités et quelques absents

Dirigeants étrangers, têtes couronnées, élus... 2 000 invités triés sur le volet assisteront au couronnement du roi Charles III à l'abbaye de Westminster, soit beaucoup moins que les 8 000 personnes présentes lors de celui de la reine Elizabeth II en 1953.

Voici ce que l'on sait à deux semaines de l'évènement.

Les présents

  • Le prince Harry, qui a rompu avec fracas avec la monarchie et a quitté le Royaume-Uni en 2020 pour la Californie, a confirmé sa présence après des mois de négociations avec le palais de Buckingham.
  • De nombreux dirigeants étrangers, comme les présidents français Emmanuel Macron, allemand Frank-Walter Steinmeier, philippin Ferdinand Marcos Jr, ou encore la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen et le Premier ministre australien Anthony Albanese.
  • Le Premier ministre britannique Rishi Sunak et son épouse Akshata Murty, ainsi que les principaux membres du gouvernement.
  • Des têtes couronnées du monde entier, dont le roi Felipe VI et la reine Letizia d'Espagne, le prince Frederik et la princesse Mary du Danemark, le prince Fuhimito et la princesse Kiko du Japon, le prince Albert II de Monaco, ou encore le roi Abdallah II et la reine Rania de Jordanie.
  • Des centaines de personnes ayant oeuvré pour leur communauté et décorées par le palais de Buckingham, comme l'écolier Max Woosey qui a dormi trois ans dans une tente dans son jardin pour collecter de l'argent pour un hospice, ou Richard Thomas qui a livré plusieurs milliers de médicaments à des personnes malades pendant les confinements durant la pandémie de Covid-19.
  • 400 jeunes membres d'associations soutenues par la famille royale.
  • Un nombre restreint de 80 membres de la Chambre des Lords et de la Chambre des Communes, les deux assemblées du parlement britannique.
  • Les enfants de la reine consort Camilla, le critique culinaire Tom Parker Bowles et sa soeur Laura Lopes, conservatrice d'art.

Les absents

  • Le président américain Joe Biden sera représenté par son épouse Jill Biden. Jamais un président américain n'a assisté au couronnement d'un monarque britannique, ont rappelé des responsables des deux côtés de l'Atlantique.
  • La Maison Blanche a insisté que l'absence de Joe Biden, par ailleurs connu pour être fier de ses racines irlandaises "n'était pas une marque de mépris". Joe Biden a d'ailleurs déjà accepté l'invitation du roi pour effectuer une visite d'Etat au Royaume-Uni.
  • Meghan Markle, épouse du prince Harry, restera en Californie avec leurs deux enfants Lilibet et Archie, qui fêtera ses 4 ans le jour du couronnement.

Ceux qui n'ont pas été invités

  • La plupart des 24 ducs n'appartenant pas de près ou de loin à la famille royale, qui font les frais de la volonté alléguée du roi d'établir une liste d'invité sur une base méritocratique et non aristocratique. Le duc de Rutland a fait part de sa déception au quotidien Daily Mail, notant que ce sont des "familles comme la (sienne) qui soutiennent la famille royale depuis 1 000 ans".
  • Les épouses des parlementaires britanniques.
  • Sarah Ferguson, ex-femme du prince Andrew, frère du roi, et qui vit toujours avec lui dans leur domaine de Windsor. Les frasques passées de la duchesse d'York ont souvent embarrassé la famille royale.
  • Lady Pamela Mountbatten, fille du grand-oncle et mentor de Charles le comte Louis Mountbatten de Birmanie, et l'une des deux demoiselles d'honneur encore en vie de la reine Elizabeth II lors de son mariage avec le prince Philip en 1947.

Week-end prolongé

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Un portrait du roi Charles III de Grande-Bretagne, réalisé en 2016 par la sculptrice britannique Frances Segelman, est présenté lors de l'avant-première de presse de l'exposition "Majesty : Un hommage à la Reine" à la galerie Quantus à Londres le 28 septembre 2022. (AFP). 

Outre la cérémonie, le Royaume-Uni s'apprête à vivre trois jours de fête autour du couronnement, même si l'engouement reste encore peu perceptible dans le pays.

Le dimanche, la population est invitée à partager un "grand déjeuner" à travers des fêtes de voisinage et avec au menu la "quiche du couronnement", dont la recette a été dévoilée mi-avril par le palais.

Le soir, un concert aura lieu au château de Windsor, à l'ouest de Londres, auquel 10 000 Britanniques tirés au sort pourront assister. Katy Perry, Lionel Ritchie et le ténor Andrea Bocelli seront les têtes d'une affiche marquée par l'absence de stars britanniques.

Enfin, la famille royale appelle les Britanniques à faire des actions de bénévolat le lundi 8 mai férié.

L'ambiance s'annonce loin de la liesse du couronnement de la jeune Elizabeth II en 1953 qui marquait un renouveau dans un Royaume-Uni encore meurtri par la Seconde guerre mondiale, et même des festivités au parfum d'adieu des 70 ans de règne de la très populaire souveraine en juin.

Selon des sondages de l'institut YouGov, près des 2/3 des Britanniques (64%) ne sont pas intéressés et une majorité (51%) pense que l'Etat ne devrait pas payer la facture.

Les stars britanniques, d'Elton John à Adele en passant par Ed Sheeran, ont décliné pour le concert : l'affiche sera dominée par les Américains Lionel Ritchie et Katy Perry et le ténor italien Andrea Bocelli.

Les grandes dates de la vie de Charles III

Le couronnement de Charles III consacre une homme dont la vie a été une longue patience, nourrie de crises et de passions. Prince héritier à 3 ans, il est devenu roi à 73 ans à la mort de sa mère Elizabeth II et sera couronné le 6 mai à 74 ans.

Voici les grandes dates de sa vie :

  • 14 novembre 1948 : naissance de Charles Philip Arthur George à Buckingham Palace, sous le règne de son grand-père le roi George VI. Charles est le premier enfant de la princesse Elizabeth et de son époux Philip, duc d’Edimbourg.
  • 6 février 1952 : décès de George VI. Elizabeth devient automatiquement reine à la mort de son père, Charles prince héritier.
  • 2 juin 1953 : à 4 ans, il assiste au couronnement de sa mère à l’Abbaye de Westminster.
  • 26 juillet 1958 : Elizabeth II lui octroie le titre de prince de Galles, qui revient généralement au premier fils du souverain. Charles a 9 ans.
  • Octobre 1967-1970 : étudiant à l'université de Cambridge où il étudie l'antropologie, l'archéologie et l'histoire.
  • 1er juillet 1969 : investiture télévisée du prince de Galles au château de Caernarfon par sa mère.
  • 19 février 1970 : premier grand discours du prince sur l'environnement, une passion depuis plus de 50 ans.
  • 1970 : brève idylle avec Camilla Shand, avant que Charles ne joigne la Royal Navy. Elle épousera Andrew Parker Bowles en juillet 1973.
  • 1971-76 : Charles sert tour à tour dans l'armée de l’Air et la Marine royale.
  • 1976 : Charles crée le Prince’s Trust, sa première organisation caritative pour aider des jeunes en difficulté.
  • 1977 : première rencontre avec Lady Diana Spencer. Elle a 16 ans, à l’époque Charles fréquente sa sœur aînée Sarah.
  • 24 février 1981 : annonce des fiançailles de Diana, 19 ans, et Charles, 31 ans.
  • 29 juillet 1981 : mariage à la cathédrale Saint-Paul à Londres.
  • 21 juin 1982 : naissance de leur premier fils le prince William.
  • 15 septembre 1984 : naissance de leur deuxième fils, le prince Harry.
  • 1986 : reprise de la liaison entre Charles et Camilla Parker Bowles. Diana admettra aussi des infidélités. La "guerre des Wales" fait rage pendant plusieurs années par livres et tabloïds interposés.
  • 9 décembre 1992 : le Premier ministre John Major annonce au Parlement la séparation du couple.
  • 1993 : début de la construction de Pondbury, village imaginé par le prince Charles notoirement critique de l'architecture moderne.
  • 20 novembre 1995 : interview de Diana à la BBC. "Nous étions trois dans ce mariage, c'était un peu trop", dit-elle.
  • 28 août 1996 : divorce de Charles et Diana.
  • 31 août 1997 : Diana meurt dans un accident de voiture à Paris.
  • 10 février 2005 : annonce des fiançailles de Charles et Camilla.
  • 9 avril 2005 : mariage civil de Charles et Camilla à la mairie de Windsor. La reine n'y vient pas mais organise ensuite une réception au château de Windsor.
  • 2004-2005 : "mémos de l'araignée noire", courriers envoyés par Charles à des membres du gouvernement pour partager son opinion sur différents sujets, au risque d’être accusé d'ingérence politique. Rendus publics en mai 2015, ils seront jugés largement inoffensifs.
  • mars 2020 : après avoir abandonné ses obligations princières, Harry s'installe en Californie avec son épouse Meghan épousée le 19 mai 2018.
  • 9 avril 2021 : décès du prince Philip à 99 ans.
  • 10 mai 2022 : Charles remplace pour la première fois la reine, qui a du mal à se déplacer, pour le discours d’ouverture du Parlement.
  • 8 septembre 2022 : Charles devient roi à la mort d’Elizabeth II.
  • Janvier 2023 : un mois après une docu-série à charge contre la famille royale, Harry publie sa biographie "le Suppléant" également très critique de la famille royale. Le roi ne fait aucun commentaire.
  • 29 mars 2023 : premier voyage à l’étranger pour le roi et Camilla, en Allemagne. La première partie du voyage, en France, est annulée en raison de tensions sociales.
  • 6 mai 2023 : couronnement du roi et de la reine prévus à l’abbaye de Westminster.

Mojtaba Khamenei appelle à maintenir Ormuz fermé, le pétrole flambe

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  • Le nouveau dirigeant, lui-même blessé dans une frappe et dont l'état de santé reste un mystère, n'est toujours pas apparu en public, et son premier message depuis sa désignation a été lu par une présentatrice à la télévision nationale
  • Son discours intervient alors que la guerre au Moyen-Orient entraîne "la plus importante perturbation" de l'approvisionnement mondial du pétrole de l'histoire, a averti jeudi l'Agence internationale de l'énergie (AIE)

TEHERAN: Le nouveau guide suprême iranien Mojtaba Khamenei a appelé jeudi à maintenir fermé le détroit d'Ormuz, passage hautement stratégique du commerce de pétrole mondial, accélérant la flambée des cours.

Désigné dimanche à la place de son père Ali Khamenei, tué au début des attaques israélo-américaines sur l'Iran, il a également promis de "venger" le "sang versé par les victimes de ces bombardements.

Le nouveau dirigeant, lui-même blessé dans une frappe et dont l'état de santé reste un mystère, n'est toujours pas apparu en public, et son premier message depuis sa désignation a été lu par une présentatrice à la télévision nationale. Il y a également appelé les pays de la région à fermer les bases américaines qu'ils abritent sur leurs sols.

Son discours intervient alors que la guerre au Moyen-Orient entraîne "la plus importante perturbation" de l'approvisionnement mondial du pétrole de l'histoire, a averti jeudi l'Agence internationale de l'énergie (AIE).

Les Gardiens de la Révolution, armée idéologique de la République islamique, se disent prêts à une longue campagne pour forcer Washington à la retraite en bombardant les intérêts occidentaux dans le Golfe et ailleurs, quitte à "détruire" l'économie mondiale.

L'armée américaine a annoncé jeudi avoir frappé environ 6.000 cibles depuis le début de la guerre, déclenchée le 28 février par des bombardements américains et israéliens contre la République islamique.

Le conflit pénalise l'approvisionnement en or noir de l'économie mondiale, affaiblit les sites de production de la région et menace ses services financiers.

Le géant français TotalEnergies a ainsi annoncé suspendre ou être sur le point de suspendre l'équivalent de 15% de sa production mondiale de pétrole et de gaz dans plusieurs Etats du Golfe.

La navigation est pratiquement bloquée dans le détroit d'Ormuz, de facto contrôlé par l'Iran et par où transite environ 20% du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondiaux.

"En réponse à l'ordre" de leur "commandant en chef" Khamenei, les Gardiens de la Révolution iraniens ont promis de garder le détroit fermé et de porter "les coups les plus sévères à l'agresseur", a indiqué le commandant des forces navales Alireza Tangsiri.

Pétroliers attaqués 

Mais le gouvernement iranien a laissé entendre dans le même temps qu'il pourrait autoriser certains navires, de pays jugés non hostiles, à emprunter le détroit.

Interrogé par l'AFP, le vice-ministre des Affaires étrangères, Majid Takht-Ravanchi, a assuré que Téhéran a "coopéré" avec plusieurs "pays" qui ont demandé à l'emprunter. Il n'a pas nommé ces pays mais souligné que ceux qui se sont joints aux Etats-Unis et Israël "ne devraient pas bénéficier d'un passage sûr dans le détroit d'Ormuz".

Le ministre a démenti jeudi auprès de l'AFP que l'Iran posait des mines dans le détroit d'Ormuz, comme Washington l'en accuse.

Plusieurs explosions ont secoué le Golfe jeudi. Sur un réservoir d'hydrocarbures à Bahreïn, un immense champ pétrolier en Arabie saoudite, un aéroport au Koweit, un port à Oman.

Au moins trois navires ont été attaqués, soit un total de six depuis mercredi et 16 depuis le début du conflit, selon l'agence maritime britannique (UKMTO).

Une vidéo diffusée par le média d'Etat iranien IRIB montre une de ces attaques iraniennes, menée mercredi soir contre un pétrolier à environ 50 km des côtes irakiennes.

On y voit, dans la nuit noire, l'avant d'un pétrolier exploser, puis s'envelopper d'une énorme boule de feu, frappé de plein fouet par un projectile tiré depuis ce qui semble être un hors-bord de la marine iranienne. "Dieu est grand. Contre l'impérialisme américain dans le nord du golfe Persique, au nom de l'imam Khamenei, au nom de la République islamique d'Iran, ces eaux appartiennent aux défenseurs de l'islam", se réjouit l'un des Iraniens à bord.

L'attaque, visant deux pétroliers, a fait un mort, selon les autorités irakiennes, qui précisent avoir secouru plus de 50 membres d'équipage.

Côté américain, entre la poursuite de la guerre et les cours du pétrole, le président Donald Trump dit avoir fait son choix: la nécessité de "stopper" l'Iran passe avant les prix du pétrole car il faut "empêcher un empire du mal, l'Iran, de se doter d'armes nucléaires et de détruire le Moyen-Orient, voire le monde entier".

En Iran, au 13e jour de la guerre, la vie quotidienne des habitants de la région s'organise entre privations, angoisses et espoir d'un lendemain meilleur.

"On peut toujours faire ses courses. L'exception, c'était le jour où ils ont frappé les dépôts de pétrole: avec la pluie noire, ça faisait apocalyptique", explique à l'AFP une habitante de 39 ans, contactée depuis Paris.

Les frappes, certes, sont difficiles à vivre. Mais "je ne comprends pas les gens qui disent +non à la guerre+", explique-t-elle. Après la violente répression des manifestations de janvier en Iran, "il n'y a aucune autre solution que l'intervention étrangère" pour changer le pouvoir politique.

Quelque 3,2 millions d'Iraniens ont été déplacés à l'intérieur de l'Iran depuis le début de la guerre, selon le Haut Commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR).

Téhéran "n'a plus rien à perdre" 

Entre blocage d'Ormuz et discours guerriers, les cours du pétrole, qui ont pour certains grimpé de plus de 40% depuis le début de la guerre, continuent de flamber, malgré la décision la veille des pays de l'AIE d'utiliser leurs réserves stratégiques pour soutenir l'offre.

Jamais l'approvisionnement mondial en pétrole n'a été aussi perturbé, estime l'AIE. Selon elle, le blocage d'Ormuz a contraint les pays du Golfe à réduire drastiquement leur production pétrolière, grevant l'offre mondiale de 7,5%.

Donald Trump a ces derniers jours promis qu'une "grande sécurité" régnerait bientôt dans le détroit d'Ormuz. Son ministre de l'Energie a toutefois précisé que l'armée n'était "pas prête" pour le moment à escorter des pétroliers dans le détroit.

"Le régime iranien, qui n'a plus rien à perdre, entretiendra une guerre d'usure contre les Etats-Unis et Israël pour les punir de leur agression", a estimé auprès de l'AFP Pierre Razoux, directeur académique de la Fondation méditerranéenne d'études stratégiques.

Economiquement, l'opération est un gouffre pour les Etats-Unis. La première semaine de guerre leur a coûté plus de 11 milliards de dollars, rapporte le New York Times, en s'appuyant sur des sources parlementaires.

 

 


Le Conseil de sécurité de l'ONU adopte une résolution pour l'arrêt des frappes iraniennes sur les États du Golfe et la Jordanie

Jamal Alrowaiei, ambassadeur de Bahreïn à l'ONU, s'adresse aux médias au siège de l'ONU à New York, mercredi. (Reuters)
Jamal Alrowaiei, ambassadeur de Bahreïn à l'ONU, s'adresse aux médias au siège de l'ONU à New York, mercredi. (Reuters)
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  • La résolution déclare que les attaques violent le droit international et constituent une "grave menace pour la paix et la sécurité internationales"
  • Les actions iraniennes visant à fermer la navigation internationale à travers le détroit d'Ormuz sont également condamnées

NEW YORK : Le Conseil de sécurité de l'ONU a adopté mercredi une résolution condamnant les attaques de missiles et de drones iraniens contre les États du Golfe et la Jordanie. Treize membres du Conseil ont voté en faveur de cette résolution, tandis que la Russie et la Chine se sont abstenues.

La résolution 2817, présentée par Bahreïn au nom du Conseil de coopération du Golfe, a été coparrainée par 135 pays, ce qui représente l'une des plus importantes manifestations de soutien à une résolution du Conseil de sécurité de ces dernières années.

Elle "condamne sans équivoque, dans les termes les plus forts", les frappes de missiles et de drones iraniens visant les territoires des pays du Golfe et de la Jordanie, décrivant ces attaques comme une violation du droit international et une grave menace pour la paix et la sécurité internationales.

Elle exige que Téhéran mette fin "immédiatement et sans condition" à ses attaques et provocations contre les États voisins, y compris par l'intermédiaire de forces mandataires, et demande l'arrêt immédiat de toutes les frappes. Elle exprime son soutien résolu à la souveraineté et à l'intégrité territoriale des États du Golfe et de la Jordanie, et réaffirme leur droit à l'autodéfense en vertu de l'article 51 de la Charte des Nations unies.

La résolution déplore ce qu'elle décrit comme le ciblage délibéré par l'Iran de civils et d'infrastructures civiles, notamment des aéroports, des installations énergétiques, des installations de production et de distribution de denrées alimentaires et d'autres infrastructures essentielles.

Elle fait également référence à la résolution 552 du Conseil de sécurité (adoptée en 1984 et condamnant les attaques iraniennes contre la navigation dans le Golfe), réaffirmant ainsi l'importance de la liberté de navigation dans les eaux internationales et les voies maritimes, alors que les menaces pesant sur le trafic maritime dans la région suscitent des inquiétudes.

Elle met en garde contre toute menace pesant sur la navigation maritime, en particulier sur les voies navigables d'importance stratégique que sont le détroit d'Ormuz et le détroit de Bab Al-Mandab, et souligne l'importance de la région pour l'approvisionnement énergétique mondial et les flux commerciaux internationaux.

S'exprimant après le vote, l'ambassadeur du Bahreïn auprès des Nations unies, Jamal Alrowaiei, a déclaré que le large soutien apporté à la résolution reflétait l'inquiétude mondiale face aux récentes attaques contre des États de la région.

"Le fait que 135 pays aient coparrainé cette résolution témoigne d'une prise de conscience collective de la dangerosité des attaques iraniennes contre le CCG et la Jordanie", a-t-il déclaré.

Les frappes iraniennes ont visé des infrastructures civiles, des zones résidentielles et des installations essentielles dans toute la région, faisant des victimes parmi les civils, a-t-il ajouté.

"Notre région est un pilier essentiel de la stabilité régionale et mondiale, de la sécurité énergétique et de la sécurité des échanges commerciaux", a-t-il poursuivi.

"La protection de notre région n'est pas seulement une question régionale, c'est une responsabilité internationale commune étroitement liée à la stabilité de l'économie mondiale et des chaînes d'approvisionnement internationales.

Jérôme Bonnafont, représentant permanent de la France auprès des Nations unies, a déclaré que la résolution envoyait un signal clair en condamnant les "frappes aveugles menées par l'Iran contre ses voisins régionaux".

Il a ajouté : "Depuis une douzaine de jours, le Moyen-Orient est à nouveau plongé dans la guerre. Cette guerre fait peser de graves risques sur la sécurité régionale et doit cesser maintenant."

L'Iran porte une responsabilité majeure dans cette escalade, a déclaré M. Bonnafont, citant le programme de missiles du pays, son soutien aux milices régionales et les menaces liées à ses activités nucléaires.

James Kariuki, chargé d'affaires à la mission du Royaume-Uni auprès des Nations unies, a déclaré que le Conseil avait raison de condamner des attaques qui "constituent une menace sérieuse pour nos partenaires du Golfe et pour la Jordanie, et risquent de provoquer une nouvelle conflagration régionale et mondiale".

Le Royaume-Uni participe à des opérations défensives régionales coordonnées et continuera à soutenir les États du Golfe et la Jordanie, a-t-il ajouté.

L'ambassadeur d'Israël auprès des Nations unies, Danny Danon, a déclaré que Téhéran attaquait les États de la région par désespoir, car la patience de la communauté internationale à l'égard de ses actions s'épuisait.

"Le régime de Téhéran tente d'exporter la terreur et la destruction, mais même le Conseil de sécurité est à bout de patience face à l'agression iranienne", a-t-il ajouté.

L'ambassadeur des États-Unis, Mike Waltz, a déclaré : "La stratégie de l'Iran consistant à semer le chaos, à prendre ses voisins en otage et à ébranler la détermination de la région s'est clairement retournée contre lui, comme l'a montré le vote d'aujourd'hui.

L'ambassadeur de Chine aux Nations unies, Fu Cong, a déclaré que Pékin condamnait les attaques contre les civils et les cibles non militaires et soutenait les préoccupations des États du Golfe en matière de sécurité, mais qu'il s'était abstenu lors du vote parce qu'il estimait que la résolution ne reflétait pas correctement les causes plus larges du conflit.

"Le principal moyen d'empêcher une nouvelle détérioration de la situation est que les États-Unis et Israël cessent leurs opérations militaires", a-t-il déclaré.

Bien que la Chine ne soutienne pas les attaques iraniennes contre les États arabes du Golfe, elle estime que la résolution manque d'équilibre et ne tient pas suffisamment compte du contexte général du conflit, a-t-il ajouté.

M. Fu a appelé toutes les parties à mettre fin à leurs opérations militaires et à reprendre le dialogue et les négociations.

L'ambassadeur russe auprès des Nations unies, Vassily Nebenzia, a déclaré que Moscou s'était abstenu lors du vote parce qu'il considérait lui aussi que la résolution était "extrêmement déséquilibrée".

Il a déclaré au Conseil : "Il est impossible et injuste de parler d'attaques contre des pays de la région sans tenir compte des causes profondes de l'escalade actuelle, à savoir l'agression des États-Unis et d'Israël contre la République islamique d'Iran.

La résolution "confond la cause et l'effet" et ne mentionne pas les attaques contre l'Iran lui-même, a déclaré M. Nebenzia, estimant que le texte pourrait donner l'impression que Téhéran a mené des frappes non provoquées contre des États arabes.

Mais il a ajouté : "Les frappes contre les civils et les infrastructures civiles ne sont acceptables en aucune circonstance - ni en Iran, ni à Bahreïn, ni en Jordanie, ni au Qatar, ni au Koweït, ni à Oman, ni en Arabie saoudite, ni aux Émirats arabes unis, ni en Israël".

De nombreux diplomates ont déclaré que l'importance du soutien international à la résolution soulignait un sentiment croissant d'inquiétude face aux effets des attentats sur la stabilité régionale, les marchés mondiaux de l'énergie et les routes commerciales internationales.

L'ambassadeur du Pakistan auprès des Nations unies, Asim Iftikhar Ahmad, a déclaré qu'Islamabad avait voté en faveur de la résolution pour montrer sa solidarité avec les États du Golfe et la Jordanie, tout en appelant à une solution diplomatique plus large au conflit.

Il a condamné les attaques visant les civils et les infrastructures civiles et a réaffirmé le soutien de son pays à la souveraineté et à l'intégrité territoriale des États touchés.

Il a appelé à une cessation immédiate des hostilités et à un retour à la table des négociations, avertissant que le conflit avait déjà eu de graves conséquences régionales, notamment des pertes civiles et des perturbations économiques.

Le Pakistan est également préoccupé par l'instabilité en Iran, a déclaré M. Ahmad, et il a réitéré le soutien d'Islamabad à la souveraineté et à l'intégrité territoriale de l'Iran.

Des millions de ressortissants pakistanais vivant dans les pays du Golfe ont été exposés aux retombées du conflit, a-t-il ajouté, tandis que les perturbations de l'approvisionnement en énergie et des transports aériens affectaient déjà l'économie pakistanaise.

M. Ahmad a appelé toutes les parties à faire preuve d'une "retenue maximale" et à reprendre rapidement la voie de la diplomatie afin de parvenir à une résolution négociée et durable de la crise.


Trois navires touchés, le détroit d'Ormuz au centre de toutes les attentions

Au moins trois navires ont été frappés mercredi à proximité du détroit d'Ormuz, qui s'impose comme l'enjeu stratégique majeur de la guerre au Moyen-Orient en faisant peser le risque de perturbations majeures de l'économie mondiale. (AFP)
Au moins trois navires ont été frappés mercredi à proximité du détroit d'Ormuz, qui s'impose comme l'enjeu stratégique majeur de la guerre au Moyen-Orient en faisant peser le risque de perturbations majeures de l'économie mondiale. (AFP)
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  • Un porte-conteneurs, un cargo et un vraquier ont été touchés par des "projectiles inconnus", selon l'agence maritime britannique UKMTO, qui a répertorié 17 incidents sur des navires depuis l'attaque israélo-américaine sur l'Iran, le 28 février
  • La marine thaïlandaise a annoncé que le vraquier Mayuree Naree avait été attaqué dans le détroit, ajoutant que 20 des 23 membres de l'équipage avaient déjà été sauvés

TEHERAN: Au moins trois navires ont été frappés mercredi à proximité du détroit d'Ormuz, qui s'impose comme l'enjeu stratégique majeur de la guerre au Moyen-Orient en faisant peser le risque de perturbations majeures de l'économie mondiale.

En riposte aux frappes israélo-américaines, l'Iran poursuit une offensive de grande ampleur sur les infrastructures pétrolières du Golfe et force la communauté internationale à chercher des solutions d'urgence pour éviter la pénurie d'hydrocarbures.

Un porte-conteneurs, un cargo et un vraquier ont été touchés par des "projectiles inconnus", selon l'agence maritime britannique UKMTO, qui a répertorié 17 incidents sur des navires depuis l'attaque israélo-américaine sur l'Iran, le 28 février.

La marine thaïlandaise a annoncé que le vraquier Mayuree Naree avait été attaqué dans le détroit, ajoutant que 20 des 23 membres de l'équipage avaient déjà été sauvés.

Simultanément, plusieurs explosions ont été entendues par des journalistes de l'AFP à Doha, où le ministère qatari de l'Intérieur a fait état d'un "niveau de menace sécuritaire élevé". Et des drones tombés près de l'aéroport de Dubaï ont fait quatre blessés, selon les autorités.

L'Arabie saoudite a pour sa part affirmé avoir neutralisé des drones visant le champ pétrolier géant de Shaybah, à la frontière des Emirats arabes unis, ainsi que des missiles ciblant une base aérienne abritant des militaires américains.

Quant à la raffinerie émiratie de Ruwais, l'une des plus grandes au monde, elle a été fermée mardi "par précaution".

Au lendemain de l'annonce par l'armée américaine de la destruction de 16 navires iraniens poseurs de mines "près du détroit", les dirigeants du G7 se réunissent par visioconférence mercredi et l'Agence internationale de l'énergie (AIE) envisage un recours sans précédent aux réserves stratégiques de brut, selon le Wall Street Journal.

Le spectre d'un détroit miné 

Rassemblé à la demande du président français Emmanuel Macron, le G7 évoquera "sans doute" le sujet des stocks stratégiques, selon le ministre français de l'Economie Roland Lescure.

Le Japon a annoncé avant les discussions qu'il débloquerait des réserves de pétrole dès lundi. L'Allemagne fait de même, selon des sources gouvernementales à l'AFP, mais la mesure n'est pas une panacée.

"Le problème avec les libérations de réserves, c'est qu'une fois qu'elles ont été effectuées, les prix peuvent toujours flamber en raison d'un événement extérieur, comme l'attaque d'une raffinerie ou l'explosion d'un pétrolier", souligne Neil Wilson, analyste pour Saxo Markets.

Le blocage du détroit, par lequel transite un cinquième des hydrocarbures de la planète, entraîne une volatilité extrême des marchés depuis lundi.

Les bourses européennes sont reparties dans le rouge après leur rebond de la veille. Dans les premiers échanges mercredi, les bourses ouvraient en légère baisse à Paris, Francfort et Londres. Les cours du pétrole sont remontés dans le même temps d'au moins 5%.

Plusieurs pays ont commencé à prendre des mesures de restrictions, de l'Inde au Vietnam, en passant par la Thaïlande et la Grèce, qui a plafonné les marges sur le carburant afin d'éviter la spéculation.

Le président américain Donald Trump a menacé l'Iran de "conséquences militaires (...) sans précédent" s'il minait le détroit d'Ormuz. Washington avait déjà évoqué l'hypothèse d'escorter des navires dans le passage stratégique.

Mais "les risques sécuritaires à eux seuls pourraient rendre un seul passage par le détroit plus coûteux que la marge bénéficiaire sur la cargaison de pétrole elle-même", relève le Soufan Center, basé à New York et spécialisé dans les questions de sécurité.

"Le stock de mines navales de l'Iran se situe entre 2.000 et 6.000 unités, ce qui compliquerait encore tout plan naval visant à escorter des pétroliers commerciaux".

Mojtaba "sain et sauf" 

L'Iran ne donne aucun signe d'inflexion: son armée idéologique, les Gardiens de la Révolution, a revendiqué la vague de frappes "la plus violente et la plus lourde depuis le début de la guerre".

"L'agresseur doit être puni et recevoir une leçon qui le dissuadera d'attaquer l'Iran à nouveau", a prévenu mardi le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf.

Les autorités assurent que le nouveau guide suprême, l'ayatollah Mojtaba Khamenei, était "sain et sauf". Désigné pour succéder à son père, tué dans des frappes au premier jour de la guerre, il n'est pas apparu publiquement.

Selon la télévision d'État, il a été "blessé" dans le conflit. "J'ai demandé à des amis qui ont des connections. Ils m'ont dit que, grâce à Dieu, il était sain et sauf", a écrit Yousef Pezeshkian, fils du président iranien et conseiller du gouvernement.

L'armée affirme avoir visé la direction du renseignement militaire et une base navale en Israël, après de nouveaux tirs de missiles dans la nuit. La chaîne israélienne Channel 12 fait état de plusieurs blessés près de Tel-Aviv.

Nouvelles frappes au Liban  

Israël a lui-même continué à frapper l'Iran et la banlieue sud de Beyrouth, bastion du Hezbollah pro-iranien.

A l'aube, une frappe a touché un immeuble du quartier de Aïcha Bakkar à Beyrouth, selon l'agence de presse officielle Ani. Un photographe de l'AFP a vu les septième et huitième étages de l'immeuble dévastés.

"Nous nous sommes réveillés en état de panique (...) je courais dans la maison comme un fou, en cherchant mes trois enfants", raconte à l'AFP, Mohammad, propriétaire d'un entrepôt de produits alimentaires qui habite dans un immeuble mitoyen.

Le quartier est inondé de déplacés. "Au lieu d'abriter une famille, chaque appartement en abrite désormais dix".

Les frappes israéliennes sur le Liban ont tué 570 personnes depuis que le pays a été entraîné dans la guerre régionale le 2 mars, dont 84 pour la seule journée de mardi, selon le ministère de la Santé. Le gouvernement évoque par ailleurs le chiffre de près de 760.000 déplacés.

A Téhéran, certaines déflagrations ont fait vibrer les vitres de l'appartement d'un journaliste de l'AFP habitant le nord de la ville.

"Si cette guerre insensée, anarchique et illégale se poursuit, les pertes humaines et matérielles s'aggraveront, et le coût pour l'économie mondiale ne fera que croître", a prévenu le président turc Recep Tayyip Erdogan, plaidant pour un retour de la diplomatie, aujourd'hui au point mort.