Comment le numérique aide les personnes malvoyantes dans le monde arabe

Un Saoudien aveugle récite le Coran à partir d'une copie en braille dans une mosquée, le premier jour du Ramadan, à Qatif, en Arabie saoudite (Photo, Fournie).
Un Saoudien aveugle récite le Coran à partir d'une copie en braille dans une mosquée, le premier jour du Ramadan, à Qatif, en Arabie saoudite (Photo, Fournie).
Un Saoudien aveugle lit à haute voix à partir d'une copie en braille du Coran à l'intérieur d'une mosquée le premier jour du mois sacré du Ramadan dans la ville côtière de Qatif, dans la province orientale, le 27 mai 2017 (Photo, AFP /Archives).
Un Saoudien aveugle lit à haute voix à partir d'une copie en braille du Coran à l'intérieur d'une mosquée le premier jour du mois sacré du Ramadan dans la ville côtière de Qatif, dans la province orientale, le 27 mai 2017 (Photo, AFP /Archives).
L'Association nationale des aveugles « Kafeef » organise un évènement (Photo,DGDA).
L'Association nationale des aveugles « Kafeef » organise un évènement (Photo,DGDA).
oran en braille à Nabawi (Mosquée du Prophète) à Médine (Photo, Shutterstock).
oran en braille à Nabawi (Mosquée du Prophète) à Médine (Photo, Shutterstock).
Le bureau de poste d'Arabie saoudite a commémoré le braille en 1981 avec des timbres (Photo, Fournie).
Le bureau de poste d'Arabie saoudite a commémoré le braille en 1981 avec des timbres (Photo, Fournie).
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Publié le Samedi 04 février 2023

Comment le numérique aide les personnes malvoyantes dans le monde arabe

  • Les prix des appareils braille électroniques, autrefois exorbitants, baissent, la demande de logiciels augmente
  • En Arabie saoudite, les éducateurs adoptent des technologies d'assistance pour inclure les étudiants souffrant de déficience visuelle

DJEDDAH: Les technologies numériques transforment la manière dont les personnes de toutes langues et de tous horizons communiquent, facilitant ainsi le travail, les études et la socialisation au-delà des frontières nationales et culturelles.

Cependant, bon nombre des dernières innovations en matière de technologies de communication ont eu tendance à être orientées vers les smartphones, les tablettes et les liseuses — des formats qui ne sont pas toujours adaptés aux personnes souffrant de déficiences visuelles.

Aujourd'hui, les récentes améliorations apportées à un système d'écriture vieux de 200 ans aident les personnes souffrant de déficiences visuelles à se sentir intégrées dans une plus grande variété d'emplois, de domaines d'études et de formes de divertissement.

L'inventeur français Louis Braille, qui a perdu la vue à l'âge de trois ans, a mis au point en 1824 un système de communication constitué d'un code de 63 caractères, chacun composé d'un à six points en relief disposés dans une matrice ou cellule à six positions, conçue pour tenir sous le bout d'un doigt.

Ces caractères, appelés braille, sont gravés en lignes sur le papier et se lisent en passant légèrement les doigts sur le manuscrit. De l'alphabet à la notation musicale, le braille a ouvert un monde de possibilités pour les malvoyants.

Selon l'Organisation mondiale de la santé, environ 40 millions de personnes dans le monde sont aveugles, tandis que 250 autres millions souffrent d'une forme de déficience visuelle. Une enquête menée en 2017 par l'Autorité générale des statistiques d'Arabie saoudite a révélé que quelque 811 610 Saoudiens sont malvoyants.

Un code braille arabe unifié a été adopté dans les années 1950 dans le cadre de l'évolution vers un système braille universel. Cela a permis à beaucoup d'entre eux de vivre, de travailler et d'étudier sans aide.

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L'alphabet braille arabe (Image Shutterstock).

Les autorités saoudiennes ont pris des mesures afin de créer une société plus inclusive, en utilisant le braille sur l'emballage des médicaments et en établissant des programmes de travail de manière à intégrer les malvoyants dans la population active.

L’Arabie saoudite a également créé des antennes de l'Institut Al-Nour pour les aveugles, qui proposent des cours aux élèves, en plus des classes intégrées dans les universités grâce à un programme national qui garantit le droit à l'éducation.

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Photo prise le 25 avril 1967 montrant un étudiant d'une école pour aveugles à Riyad utilisant une machine (Photo, Getty Images).

S'adressant à Arab News, Khaled al-Harbi, porte-parole de l'Association nationale des aveugles, connue sous le nom de Kafeef, a indiqué que l'éducation permettait aux personnes ayant des besoins particuliers de faire partie intégrante de leur communauté.

Il a affirmé que la mission de Kafeef est d'autonomiser les personnes souffrant de déficiences visuelles grâce à des programmes lancés en coordination avec des entités gouvernementales et privées.

«Comme de nombreux membres, j'ai reçu un soutien moral et des conseils de Kafeef dès mon plus jeune âge et je me suis inscrit à des programmes», a signalé Al-Harbi à Arab News.

«On nous a fourni des outils, nous avons appris de nouvelles compétences en utilisant nos mains et, avec le temps, nous avons lancé plusieurs programmes de sensibilisation et des cours de formation en braille pour les malvoyants et les non-voyants, le dernier en date — Iqra — étant le premier programme de formation certifié en braille», a-t-il ajouté.

Il a mentionné: «Nous avons vu dernièrement plusieurs initiatives qui visent la communauté, comme l'envoi de cartes cadeaux en braille, et c'est très louable, mais cela peut aussi aller dans l'autre sens. Il faut que les malvoyants s'impliquent davantage pour utiliser la technologie à leur profit et au profit de la communauté.»

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Les progrès technologiques en matière de logiciels audio et de programmes de lecture d'écran sur les ordinateurs et les smartphones ont facilité la vie des malvoyants (Photo, Shutterstock).

Comme les développeurs numériques ont eu tendance à donner la priorité aux logiciels audio, tels que les programmes de lecture d'écran sur les ordinateurs et les smartphones, certains affirment que le braille est devenu un outil moins important pour les personnes souffrant de déficiences visuelles.

Cependant, les chercheurs croient que l'apprentissage du braille dès le plus jeune âge peut améliorer considérablement l'alphabétisation, car il s'agit d'un bien meilleur moyen de comprendre la ponctuation, la grammaire et l'orthographe que la seule utilisation de ressources audio.

Pendant de nombreuses années, les appareils électroniques en braille étaient d'un coût prohibitif, ce qui les mettait hors de portée de nombreuses personnes souffrant de déficiences visuelles, notamment dans les pays en développement. Aujourd'hui, les prix commencent à baisser et la demande de nouveaux logiciels augmente.

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Le VersaBraille du fabricant américain TeleSensory Corporation a été commercialisé pour la première fois en 1982 (Photo fournie).

Les premiers afficheurs de braille sont apparus au milieu des années 1970 et le premier afficheur de braille produit commercialement, le VersaBraille, est sorti en 1982. Cinq ans plus tard, le Braille 'n Speak, le premier appareil de prise de notes portable, a été lancé.

Les nouveaux dispositifs braille actualisables permettent aux utilisateurs de lire du texte sur un écran numérique lorsqu'ils sont connectés à un PC, une tablette ou un téléphone. Ces dispositifs imitent les motifs familiers de points en relief à l'aide de minuscules broches mobiles.

 

EN BREF

811 000 personnes en Arabie saoudite souffrent d'une forme de déficience visuelle, selon l'enquête de 2017 de l'Autorité générale des statistiques sur cet handicap.


Un code braille arabe unifié a été adopté dans les années 1950 dans le cadre de l'évolution vers un système braille universel.

Toutefois, en raison de leur forte dépendance aux câbles et à la connectivité Bluetooth, ces systèmes ne sont pas toujours les plus pratiques ou les plus conviviaux. En outre, les claviers braille physiques qui permettent aux utilisateurs de saisir du texte ne sont pas particulièrement mobiles.

Ce sont ces inconvénients qui ont conduit Google à développer son propre clavier intégré innovant, appelé TalkBack, qui fait partie intégrante du système d'exploitation Android et ne nécessite aucun appareil externe.

En 2018, Google a également lancé une app alimentée par l'IA appelée Lookout pour aider les utilisateurs malvoyants à interagir avec leur environnement. L'application peut lire des panneaux et des étiquettes, scanner des codes-barres et même identifier des devises.

En 2014, Apple a lancé son propre clavier braille à l'écran pour les appareils iPhone, iPad et iPod Touch, appelé iBrailler Notes.

L'application permet aux utilisateurs de naviguer dans le texte et d'effectuer des tâches sans connecter de matériel supplémentaire. Une caractéristique frappante de l'application est que les touches se forment automatiquement autour du bout des doigts lorsqu'elles sont placées sur l'écran.

De nombreuses nouvelles technologies braille n'ont pas encore été mises en place sur le marché et plusieurs sont encore en phase de conception ou de prototypage. Les nouvelles fonctions de balayage, les descriptions audio, les identificateurs de langue, les outils d'apprentissage automatique, l'exploration de texte et les processeurs vocaux pourraient tous apparaître prochainement dans les technologies d'assistance.

Abderrahmane al-Atawi, professeur à l’institut d'informatique et superviseur du centre d'innovation en apprentissage électronique de l'université saoudienne d’électronique, la première université du Royaume à adopter exclusivement des stratégies et des technologies d'apprentissage électronique, a déclaré à Arab News que ces technologies joueront un rôle important dans le parcours des étudiants.

En janvier, le forum sur les tendances mondiales en matière d'apprentissage en ligne s'est tenu à Riyad, où des leaders mondiaux du secteur de l'éducation ont partagé leurs idées, échangé leurs expériences et discuté de stratégies au service du processus d'apprentissage en ligne.

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Le forum de deux jours sur les tendances mondiales en matière d'apprentissage en ligne, qui s'est déroulé à Riyad du 21 au 23 février, a rassemblé des personnes ressources et des participants de 20 pays et de 50 entreprises (Photo, AN /Archives).

Dans le cadre des objectifs du forum, un concours destiné aux entrepreneurs EdTech, aux professeurs et aux étudiants de l’Arabie saoudite a permis de présenter des projets innovants utilisant les technologies émergentes au service du secteur de l'éducation.

Al-Atawi, qui a également dirigé le comité de l'Oasis de l'innovation et du GTEL Demofest, a déclaré que certains des projets gagnants étaient axés sur les personnes ayant des besoins particuliers.

«Pour beaucoup de spécialistes, le code braille permet aux aveugles et aux malvoyants de lire toute forme d'écriture, mais lorsqu'il s'agit d'images et de photos, c'est une autre histoire», a-t-il avisé.

Il a ajouté: «L'un des projets gagnants, une liseuse lecteur intelligent pour les malvoyants, a trouvé une solution à cela, en décrivant verbalement cette image.»

«À l'ère de la science moderne, nous souhaitons obtenir chaque parcelle d'information sous forme numérique. Avec les bons outils, nous pouvons aider les membres de la communauté des besoins spéciaux», a-t-il soutenu.

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com

 


La Syrie accuse Israël de vouloir la «déstabiliser» après une incursion et des frappes meurtrières

 Les autorités syriennes ont accusé Israël de vouloir "déstabiliser" la Syrie, après une série de frappes qui ont détruit un aéroport militaire et une incursion sanglante jeudi dans le sud du pays qui ont fait 13 morts selon une ONG. (AFP)
Les autorités syriennes ont accusé Israël de vouloir "déstabiliser" la Syrie, après une série de frappes qui ont détruit un aéroport militaire et une incursion sanglante jeudi dans le sud du pays qui ont fait 13 morts selon une ONG. (AFP)
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  • Des frappes intensives sur des objectifs militaires dans le centre de la Syrie et la région de Damas ont été suivies par une incursion des troupes israéliennes dans le sud, où neuf personnes ont été tuées en tentant de s'opposer à leur avancée
  • Mercredi soir, l'aviation israélienne a mené une série de frappes sur un centre de recherche militaire à Damas, l'aéroport militaire de la ville de Hama et la base aérienne militaire T-4 dans la province de Homs, tous deux dans le centre du pays

DAMAS: Les autorités syriennes ont accusé Israël de vouloir "déstabiliser" la Syrie, après une série de frappes qui ont détruit un aéroport militaire et une incursion sanglante jeudi dans le sud du pays qui ont fait 13 morts selon une ONG.

Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz,  dont le pays a mené des centaines de frappes en Syrie depuis la chute du pouvoir de Bachar al-Assad le 8 décembre, a averti le dirigeant syrien, Ahmad al-Chareh, qu'il paierait un "lourd tribut" si la sécurité d'Israël était menacée.

"Cette escalade injustifiée constitue une tentative préméditée de déstabiliser la Syrie", a pour sa part accusé le ministère syrien des Affaires étrangères dans un communiqué.

Des frappes intensives sur des objectifs militaires dans le centre de la Syrie et la région de Damas ont été suivies par une incursion des troupes israéliennes dans le sud, où neuf personnes ont été tuées en tentant de s'opposer à leur avancée.

Mercredi soir, l'aviation israélienne a mené une série de frappes sur un centre de recherche militaire à Damas, l'aéroport militaire de la ville de Hama et la base aérienne militaire T-4 dans la province de Homs, tous deux dans le centre du pays.

Le ministère syrien a affirmé que l'aéroport avait été "presque entièrement détruit" et évoqué des "dizaines de blessés civils et militaires".

"Protectorat turc" 

Selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), basé au Royaume-Uni mais qui dispose d'un vaste réseau de sources en Syrie, quatre militaires ont été tués et 12 blessés dans les raids contre l'aéroport de Hama.

Un correspondant de l'AFP a vu au moins un avion militaire calciné dans un hangar, et des véhicules militaires, dont un transportant un système de défense anti-aérienne, gravement endommagés.

Un bâtiment du centre de recherche scientifique à Barzé, dans la banlieue de Damas, également visé, a été détruit, selon un correspondant de l'AFP.

En Israël, l'armée a affirmé avoir "frappé les capacités militaires dans les bases syriennes de Hama et T4, dans la province de Homs, ainsi que d'autres infrastructures militaires dans la région de Damas".

Une source syrienne proche du dossier a indiqué à l'AFP que la Turquie, alliée des nouvelles autorités syriennes, tente d'établir des "positions militaires" en Syrie dont une "à l'intérieur de la base T4".

Lors d'une conférence de presse à Paris, le ministre israélien des Affaires étrangères Gideon Saar a imputé à la Turquie "un rôle négatif en Syrie" et "au Liban". "Nous ne pensons pas que la Syrie devrait être un protectorat turc", a-t-il dit.

Appels au combat 

A Deraa, neuf personnes tuées au cours de l'incursion israélienne ont été inhumées jeudi, a rapporté un correspondant de l'AFP.

Les autorités de la province avaient annoncé leur décès après un bombardement israélien près de la ville de Nawa, à l'ouest de Deraa, ayant suivi une "incursion israélienne" dans la région, "où les forces de l'occupation ont pénétré pour la première fois aussi profondément".

Selon l'OSDH, il s'agit d'habitants de la région qui ont pris les armes après des appels lancés dans les mosquées à contrer l'avancée des troupes israéliennes.

L'armée israélienne a indiqué avoir répondu à des tirs dans le sud de la Syrie et ciblé plusieurs combattants qui ont été "éliminés" dans des frappes terrestres et aériennes.

"La présence d'armes dans le sud de la Syrie constitue une menace pour l'Etat d'Israël", a déclaré un porte-parole militaire israélien, ajoutant que l'armée "ne permettrait pas l'existence d'une menace militaire en Syrie".

Dès la chute de Bachar al-Assad évincé par une coalition de rebelles dominés par les islamistes, après plus de 13 ans de guerre civile, Israël a envoyé des troupes dans une zone tampon démilitarisée du Golan, dans le sud-ouest de la Syrie.

Il a aussi mené des centaines de frappes aériennes sur des sites militaires, affirmant vouloir empêcher que des armes ne tombent entre les mains des nouvelles autorités, qu'il qualifie de "jihadistes".

Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, avait exigé fin février "la démilitarisation totale du sud de la Syrie" et affirmé qu'il ne tolérerait pas que les forces du nouveau pouvoir se déploient au sud de Damas.

Le 26 mars, six civils avaient déjà été tués après une incursion israélienne similaire dans la province de Deraa, selon les autorités locales.


La Défense civile de Gaza fait état d'au moins 15 morts dans une frappe israélienne dans le nord

L'armée israélienne a lancé un nouvel appel à évacuer pour les habitants de Choujaiya et d'autres districts dans le nord de la bande de Gaza. (AFP)
L'armée israélienne a lancé un nouvel appel à évacuer pour les habitants de Choujaiya et d'autres districts dans le nord de la bande de Gaza. (AFP)
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  • L'armée israélienne a lancé un nouvel appel à évacuer pour les habitants de Choujaiya et d'autres districts dans le nord de la bande de Gaza.
  • "L'armée israélienne opère avec une grande force dans vos zones pour détruire l'infrastructure terroriste" du mouvement islamiste palestinien Hamas, a déclaré le porte-parole de l'armée en langue arabe, Avichay Adraee, dans un message sur son compte X

GAZA: La Défense civile de Gaza a indiqué qu'au moins 15 personnes avaient été tuées jeudi à l'aube dans des frappes aériennes israéliennes dans la partie nord du territoire palestinien, après un appel à évacuer de l'armée israélienne.

Le porte-parole de la Défense civile, Mahmoud Bassal, a déclaré que les frappes avaient visé plusieurs maisons dans le quartier de Choujaiya, dans la ville de Gaza. "Il y a encore un certain nombre de personnes piégées sous les décombres", a-t-il ajouté.

L'armée israélienne a lancé un nouvel appel à évacuer pour les habitants de Choujaiya et d'autres districts dans le nord de la bande de Gaza.

"L'armée israélienne opère avec une grande force dans vos zones pour détruire l'infrastructure terroriste" du mouvement islamiste palestinien Hamas, a déclaré le porte-parole de l'armée en langue arabe, Avichay Adraee, dans un message sur son compte X.

"Vous devez évacuer ces zones immédiatement et vous rendre dans les abris connus dans l'ouest de la ville de Gaza", a-t-il ajouté.


Israël morcèle Gaza, accentue la pression sur le Hamas pour récupérer les otages

Mercredi, au moins 34 Palestiniens ont été tués dans les frappes. L'une d'elles a tué 19 personnes, dont neuf enfants, dans un centre de santé détruit de l'Unrwa, l'agence de l'ONU pour les réfugiés palestiniens, à Jabalia (nord), selon la Défense civile de Gaza, organisation de premiers secours. (AFP)
Mercredi, au moins 34 Palestiniens ont été tués dans les frappes. L'une d'elles a tué 19 personnes, dont neuf enfants, dans un centre de santé détruit de l'Unrwa, l'agence de l'ONU pour les réfugiés palestiniens, à Jabalia (nord), selon la Défense civile de Gaza, organisation de premiers secours. (AFP)
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  • Loin de céder, le Hamas a rejeté une proposition de trêve annoncée samedi par Israël et transmise par l'intermédiaire de la médiation du Qatar et de l'Egypte
  • Après deux mois de trêve, Israël a repris le 18 mars son offensive à Gaza affirmant que la pression militaire était le seul moyen de forcer le Hamas à rendre la soixantaine d'otages, morts ou vivants, qu'il détient encore

JERUSALEM: Israël a annoncé mercredi que son armée avait commencé à morceler la bande de Gaza et à y saisir de larges zones de territoire pour forcer le mouvement islamiste palestinien Hamas à rendre les otages.

Loin de céder, le Hamas a rejeté une proposition de trêve annoncée samedi par Israël et transmise par l'intermédiaire de la médiation du Qatar et de l'Egypte, ont indiqué deux responsables du mouvement islamiste palestinien à l'AFP alors que les bombardements israéliens sur la bande de Gaza ont fait plus de 30 morts mercredi, dont des enfants, selon les secours locaux.

Le Hamas souhaite avancer sur une proposition egypto-qatarie prévoyant un cessez-le-feu de 50 jours, période pendant laquelle le mouvement islamiste libérerait "cinq soldats israéliens" en échange de la remise en liberté de quelque 2.250 prisonniers palestiniens détenus par Israël, a indiqué un de ces deux responsables sous le couvert de l'anonymat

Après deux mois de trêve, Israël a repris le 18 mars son offensive à Gaza affirmant que la pression militaire était le seul moyen de forcer le Hamas à rendre la soixantaine d'otages, morts ou vivants, qu'il détient encore.

"Nous morcelons la bande de Gaza et nous augmentons la pression pas à pas, afin qu'ils nous rendent nos otages", a déclaré le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.

Critiques des familles d'otages 

Appelant "les habitants de Gaza à agir maintenant pour chasser le Hamas et rendre tous les otages", le ministre de la Défense, Israël Katz, a menacé une nouvelle fois de confisquer au profit d'Israël de "vastes secteurs" conquis par l'armée à la faveur de l'élargissement de son offensive dans la bande de Gaza.

"Expliquez (...) comment vous comptez éviter la mise en danger des otages", a réagi le Forum des familles, la plus grande association de proches d'otages en Israël, en reprochant au gouvernement d'envoyer "davantage de soldats à Gaza" plutôt que "de libérer les otages par un accord et de mettre fin à la guerre"

De leur côté, une cinquantaine d'otages libérés et des proches d'otages ont estimé dans une lettre ouverte que "la pression militaire met en danger les otages".

"Où est le monde?" 

La guerre a été déclenchée le 7 octobre 2023 par l'attaque sans précédent du Hamas ayant entraîné la mort de 1.218 personnes du côté israélien, en majorité des civils, selon un décompte de l'AFP basé sur des données officielles.

Sur les 251 personnes enlevées ce jour-là, 58 sont toujours otages à Gaza dont 34 sont mortes selon l'armée israélienne.

En riposte Israël a juré de détruire le Hamas et lancé une campagne de représailles militaires ayant fait au moins 50.423 morts, majoritairement des civils, selon les données du ministère de la Santé du Hamas pour Gaza, jugées fiables par l'ONU.

Mercredi, au moins 34 Palestiniens ont été tués dans les frappes. L'une d'elles a tué 19 personnes, dont neuf enfants, dans un centre de santé détruit de l'Unrwa, l'agence de l'ONU pour les réfugiés palestiniens, à Jabalia (nord), selon la Défense civile de Gaza, organisation de premiers secours.

Le centre sert de refuge à 160 familles déplacées, a indiqué l'Unrwa.

"Les martyrs sont des jeunes, des garçons et des filles. De quel droit il les tuent? Ils ont visé directement la clinique. Où sont les Nations unies, où est le monde?" a lancé Abou Ahmed Jaber, un déplacé réfugié dans le bâtiment.

L'armée israélienne a confirmé une frappe contre le bâtiment de l'Unrwa affirmant y avoir visé "des terroristes du Hamas".

Treize personnes ont également été tuées par un bombardement sur une maison abritant des déplacés à Khan Younès et deux par une frappe sur une maison à Nousseirat (centre), selon les secours.

Après l'interception de deux projectiles tirés de Gaza en direction d'Israël dans la soirée, l'armée israélienne a appelé les habitants à évacuer plusieurs régions du nord de Gaza, en prévision de frappes.

"Guerre sans limite" 

De son côté, le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres est "choqué par les attaques de l'armée israélienne" contre un convoi médical et de secours, qui ont tué 15 secouristes et travailleurs humanitaires la semaine dernière à Gaza, selon son porte-parole.

La "fosse commune" où les secouristes ont été retrouvés expose une "guerre sans limite" à Gaza, a indiqué un responsable du Bureau des opérations humanitaires de l'ONU (Ocha), Jonathan Whittall.

Selon le ministère de la Santé de Gaza, 1.066 personnes ont été tuées depuis le 18 mars.

Pour accroître la pression sur le Hamas, Israël a bloqué depuis le 2 mars l'entrée de l'aide humanitaire à Gaza, aggravant les pénuries dans le territoire.

Faute de farine et de sucre, des boulangeries ont fermé. "La situation est très difficile, il n'y a pas de farine, pas de pain, pas de nourriture ni d'eau", a témoigné un père de famille, Mahmoud Sheikh Khalil.

A Jérusalem, le ministre israélien de la Sécurité intérieure, Itamar Ben Gvir, figure de l'extrême droite, s'est rendu une nouvelle fois sur l'esplanade des Mosquées, lieu disputé dans le secteur oriental de la Ville sainte occupé et annexé par Israël.

Troisième lieu saint de l'islam, l'endroit est pour les juifs, le mont du Temple, lieu le plus sacré du judaïsme. Plusieurs pays arabes ont dénoncé une "provocation" susceptible d'alimenter encore un peu plus les tensions régionales.