Comment la région MENA use de technologies modernes pour préserver ses ressources en eau

Les besoins en eau du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord stimulent l'innovation dans les technologies et d'autres secteurs (Photo, AFP).
Les besoins en eau du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord stimulent l'innovation dans les technologies et d'autres secteurs (Photo, AFP).
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Publié le Mercredi 01 février 2023

Comment la région MENA use de technologies modernes pour préserver ses ressources en eau

  • L'identification des moyens d'atténuer les pressions climatiques et de s'y adapter est devenue une priorité absolue pour les pays de la région MENA
  • Les innovations peuvent aider à conserver l'eau douce, à recycler les eaux usées et à réduire les effets néfastes du dessalement de l'eau de mer

DUBAÏ: Depuis des décennies, la région du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord a du mal à répondre à ses besoins croissants en eau. Avec une population en plein essor et des sources naturelles d'eau douce qui s'épuisent rapidement, il est désormais urgent de trouver des solutions durables afin de remédier à l'état précaire de la sécurité de l'eau dans la région.
L'insécurité de l'eau a aggravé les conflits et les tensions politiques dans de nombreux pays arabes, affectant considérablement la santé et le bien-être de la population. Dans des pays comme l'Irak, la Jordanie, le Liban, la Syrie, le Yémen et même plusieurs pays du Golfe, de nombreuses communautés n'ont pas accès à une eau propre et abondante.
Alors qu'environ 40% de la population mondiale est confrontée à la pénurie d'eau, la région MENA est considérée comme l'une des régions du monde où l'insécurité hydrique est la plus grande, avec environ 90% des enfants vivant dans des zones de stress hydrique élevé ou extrêmement élevé. Selon l'Unicef, la région MENA abrite 11 des 17 pays les plus touchés par le stress hydrique dans le monde.

Les marais de Chibayich, dans le sud de l'Irak, présumés abriter le jardin d'Eden biblique, ont été frappés par la sécheresse ainsi que par la réduction du débit des rivières provenant de la Turquie et de l'Iran voisins (Photo, AFP).

«Les pays qui connaissent une croissance démographique rapide, un climat aride et des activités agricoles fortement consommatrices d'eau courent un risque beaucoup plus élevé d'être confrontés à une pénurie d'eau importante avant 2050. Ces pays auront donc besoin de contre-opérations plus importantes afin d'annuler l'impact attendu», a déclaré à Arab News Walid Saad, PDG et cofondateur de World of Farming.
«C'est un défi qui nécessite une approche collaborative entre les organisations des secteurs public et privé, et la mise en œuvre de technologies et de solutions innovantes dans tous les secteurs, afin de contribuer à assurer une plus grande efficacité et sécurité de l'eau pour les générations futures.»
Selon un rapport publié en 2020 par Orient Planet Research, les besoins en eau de la zone du Conseil de coopération du Golfe atteindront 33 733 mètres cubes par an d'ici 2050. Cependant, le stockage futur prévu dans la région n'est que de 25 855 mètres cubes.
Illustration par l'Orient Planet Reseach
Cela signifie que la région doit augmenter ses stocks d'eau de 77% pour répondre aux besoins de sa population dans les 30 prochaines années.
Identifier les moyens d'atténuer les pressions climatiques et de s'y adapter est devenu une priorité absolue pour les gouvernements régionaux. L'année prochaine devrait être l'une des plus chaudes jamais enregistrées, avec des phénomènes météorologiques extrêmes dont l'ampleur et la fréquence risquent de s'accroître et, ce faisant, d'aggraver les problèmes existants de la région en proie au stress hydrique.

En chiffres

• 11 des pays les plus touchés par le stress hydrique dans le monde (sur un total de 17) se trouvent dans la région MENA.

• 90% d'enfants vivent dans les zones de stress hydrique élevé ou extrêmement élevé dans la région MENA.

• L’augmentation des stocks d'eau nécessaire d'ici 2050 pour répondre aux besoins de la population du CCG est de 77%.

D'ici la fin du siècle, les scientifiques s'attendent à ce que les températures moyennes au Moyen-Orient augmentent de 5 degrés Celsius, rendant certaines parties de la région potentiellement inhabitables si des mesures ne sont pas prises d'urgence pour s'attaquer aux causes du changement climatique provoqué par l’homme.
Selon la Banque mondiale, outre les conditions météorologiques extrêmes, la pénurie d'eau liée au climat devrait réduire de 14% le produit intérieur brut de la région au cours des trente prochaines années.
Puisque près de 60% de l'eau douce de la région provient de territoires extérieurs, les relations internationales jouent également un rôle crucial dans la sécurité de l'eau.

Vue de la voie navigable de Chatt al-Arab dans la ville de Bassora, dans le sud de l'Irak, où l'Euphrate et le Tigre se rencontrent. Les deux fleuves prennent leur source en Turquie (Photo, AFP).

Le Nil, par exemple, traverse ou longe la frontière de 10 autres pays africains avant d'atteindre l'Égypte, ce qui fait du projet du Grand barrage de la renaissance de l'Éthiopie un point de discorde, tandis que l'Irak et la Syrie sont alimentés par le Tigre et l'Euphrate, qui prennent tous deux leur source en Turquie voisine, où de grands projets de barrage sont également en cours.
La Jordanie et la Cisjordanie, quant à elles, dépendent du fleuve Jourdain, dont la source se trouve en territoire israélien. Les conflits, les rivalités et l'absence de coopération en matière d'accès partagé à l'eau peuvent entraîner des polluants, l'épuisement des stocks de poissons et des pénuries d'eau en aval.
Face à ces défis, plusieurs gouvernements arabes accordent désormais la priorité aux investissements dans les nouvelles innovations et technologies visant à préserver les sources d'eau douce, à recycler et à réutiliser les eaux usées et à réduire les effets néfastes du dessalement de l'eau de mer sur l'environnement.

L'usine israélienne de dessalement de Hadera prévoit de pomper l'excédent de production dans la mer de Galilée, épuisée par la surconsommation et menacée par le changement climatique (Photo, AFP).

«Des technologies telles que les bioréacteurs à membrane, l'osmose inverse et la désinfection par ultraviolets sont utilisées pour traiter les eaux usées à un niveau élevé, ce qui permet de les réutiliser pour l'irrigation, l'industrie et même l'alimentation en eau potable», a expliqué à Arab News Faouzi al-Dibis, responsable de la durabilité et du changement climatique chez WSP Middle East.
Une autre solution est le traitement localisé des eaux grises, qui permet d'utiliser et de réutiliser l'eau à la source, évitant ainsi les coûts de pompage supplémentaires. Selon l’ONU, environ 80% des eaux usées dans le monde sont aujourd’hui rejetées dans l'environnement sans traitement.
La collecte de l'eau atmosphérique est un autre moyen prometteur de surmonter la pénurie d'eau en recueillant l'eau de l'air par le biais de diverses méthodes, notamment la condensation, la collecte de la rosée et la collecte du brouillard.

L'agriculture représente près de 80% de la consommation d'eau de la région MENA, contre 70% pour la moyenne mondiale. Selon la Banque mondiale, l'eau douce est puisée dans les aquifères souterrains naturels plus vite qu'elle ne peut être reconstituée.
Pour surveiller et contrôler cette ressource qui s'amenuise, de nouveaux systèmes intelligents de gestion de l'eau, utilisant la technologie de l'intelligence artificielle, sont en cours de développement, a signalé Al-Dibis à Arab News.
«Ces technologies permettent d'analyser les données provenant de diverses sources, telles que les prévisions météorologiques et les réseaux de capteurs, afin d’effectuer des prévisions plus précises sur la disponibilité de l'eau et d'optimiser la distribution et l'utilisation des ressources en eau», a-t-il précisé.

L'eau est récoltée dans les nuages de brouillard au Maroc grâce à une technologie développée par la Fondation allemande pour l'eau (Photo fournie).

Si l'agriculture et l'irrigation peuvent être rendues plus durables, Saad affirme que la région pourrait également réduire son empreinte carbone en produisant davantage de ses propres cultures, ce qui réduirait sa dépendance à l'égard des produits importés.
«L'utilisation de l'irrigation intelligente et de l'automatisation en agriculture permet de réaliser des économies sur la consommation d'eau en optimisant la quantité d'eau nécessaire, dans des périodes de temps contrôlées», a-t-il indiqué. Le processus peut être automatisé à l'aide de capteurs sans fil distants qui recueillent des données en direct afin de réaliser des prédictions précises concernant le calendrier d'irrigation, l'emplacement et les besoins.
Une approche plus globale, mettant en œuvre un «système en circuit fermé» dans les opérations agricoles, pourrait réduire la pression sur tous les éléments de l'approvisionnement en eau dans la région et alléger la dépendance actuelle à l'égard du transport, de l'externalisation et des infrastructures au-delà de l'écosystème local.
Exemple de système de traitement de l'eau en circuit fermé pour les cultures, conçu par e-Gro, une collaboration de spécialistes américains de la floriculture (Diagramme reproduit avec l'aimable autorisation de e-gro.org).
Des technologies propres et d'autres innovations sont également déployées afin de contribuer à réduire les émissions de gaz à effet de serre et d'autres sous-produits nocifs au cours du processus de dessalement. «Heureusement, la science des nouveaux matériaux offre de nouvelles solutions aux usines de dessalement actuelles», a expliqué Al-Dibis.
Saad convient que l'exploitation des nouvelles technologies est cruciale de manière à réduire la dépendance de la région à l'égard du dessalement pour répondre à ses besoins en eau. «Le Moyen-Orient est à l'avant-garde de bon nombre de ces développements, stimulés par un climat plus sec et une forte dépendance à l'égard des importations», a-t-il expliqué.
Les Émirats arabes unis ont lancé leur stratégie «Net Zero 2050» en 2021, dans le but de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre conformément à leurs engagements climatiques mondiaux et de relever leurs propres défis environnementaux.

Des ingénieurs surveillent des panneaux de contrôle dans une usine de dessalement dans la ville portuaire omanaise de Sur, au sud de la capitale Mascate (Photo, AFP).

La nappe phréatique des Émirats arabes unis a baissé d'environ un mètre par an au cours des trente dernières années, ce qui laisse au pays moins de cinquante ans avant que toutes ses ressources naturelles en eau douce ne soient épuisées.
De même, l'Arabie saoudite a lancé sa Vision 2030, une initiative dont une partie est consacrée à l'utilisation optimale des ressources en eau, à la réduction de la consommation et à l'utilisation d'eau renouvelable, ainsi que «l’initiative verte saoudienne» et «l’initiative verte du Moyen-Orient».
Le giga-projet de la ville intelligente Neom du Royaume, qui prend forme sur la côte de la mer Rouge, vise également à réduire la perte moyenne d'eau de 30% à 3% en construisant des infrastructures et en optant pour des technologies innovantes par l'intermédiaire d'Enowa, sa filiale spécialisée dans l'énergie et l'eau.
Neom affirme qu'il disposera de réservoirs d'eau situés à des endroits stratégiques sur l'ensemble de son réseau et jusqu'à 10 stations de pipelines et de pompage pour assurer un approvisionnement abondant en eau potable (Photo fournie).
«Ce projet constituera un modèle pour la gestion durable de l'eau et des ressources à grande échelle et, une fois réalisé, un modèle de réussite que le reste du monde pourra adopter ou adapter», a souligné Saad.
Tout en reconnaissant que la technologie et l'innovation en temps réel sont essentielles pour réduire le gaspillage de l'eau, Saad estime que la préservation des ressources naturelles ne peut être obtenue que par la coopération entre les gouvernements, les entreprises et les consommateurs.
«Les décisions que nous prenons lorsque nous nous approvisionnons et consommons nos aliments, ainsi que la façon dont nous vivons au quotidien, peuvent toutes avoir un impact», a-t-il soutenu.
«Chacun peut contribuer à l'objectif global de durabilité en abordant nos propres habitudes et décisions quotidiennes.»
Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Léon XIV est arrivé en Algérie pour une visite historique, la première d'un pape dans le pays 

La basilique Notre-Dame d'Afrique, site chrétien emblématique du pays qui surplombe la baie d'Alger. (AFP)
La basilique Notre-Dame d'Afrique, site chrétien emblématique du pays qui surplombe la baie d'Alger. (AFP)
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  • Première étape d'une grande tournée dans quatre pays d'Afrique, le pape américain se rend en Algérie pendant deux jours "pour continuer à construire des ponts entre le monde chrétien et le monde musulman "
  • Le pape américain est arrivé peu avant 10H00 locales (09H00 GMT) à l'aéroport d'Alger et doit rendre hommage aux victimes algériennes de la guerre d'indépendance contre la France (1954-1962)

ALGER: Léon XIV est arrivé lundi matin en Algérie pour une visite de deux jours hautement symbolique, la première d'un pape dans ce pays à majorité musulmane, terre natale de Saint Augustin, a constaté l'AFP à bord de l'avion papal.

Le pape américain est arrivé peu avant 10H00 locales (09H00 GMT) à l'aéroport d'Alger et doit rendre hommage aux victimes algériennes de la guerre d'indépendance contre la France (1954-1962).

Une visite historique 

Le pape Léon XIV est parti lundi matin pour un voyage historique en Algérie, marquant le début d'une tournée de onze jours en Afrique, premier voyage international de son pontificat mais qui risque d'être éclipsé par les critiques du président américain Donald Trump.

Son avion a décollé peu après 07H00 GMT de l'aéroport romain de Fiumicino.

Première étape d'une grande tournée dans quatre pays d'Afrique, le pape américain se rend en Algérie pendant deux jours "pour continuer à construire des ponts entre le monde chrétien et le monde musulman ", a déclaré à l'AFP l'archevêque d'Alger, le cardinal Jean-Paul Vesco.

Ce déplacement revêt aussi une forte dimension personnelle pour le pape américain: il marchera dans les pas de Saint Augustin, grand penseur chrétien du IVe siècle dont l'héritage spirituel irrigue son pontificat.

Dans un contexte international tendu par la guerre au Moyen-Orient, la coexistence pacifique sera au cœur du message du pape dans ce pays de 47 millions d'habitants, où l'islam sunnite est religion d'Etat.

Sa récente allocution antiguerre lui a valu dimanche soir une diatribe de Donald Trump: "Je ne suis pas un grand fan du pape Léon (...), c'est un homme qui ne croit pas à la lutte contre la criminalité", a déclaré le président américain à la presse. Puis d'ajouter sur son réseau Truth Social: "Je ne veux pas d'un pape qui critique le président des Etats-Unis" - même si celui-ci n'avait nommé personne dans son discours.

Première grande tournée 

Attendu à 10H00 (09H00 GMT) à Alger, Léon XIV sera accueilli avec les honneurs. Il rendra d'abord hommage, devant le monument des martyrs, aux victimes de la guerre d'indépendance contre la France (1954-62), un geste de reconnaissance de la douloureuse histoire nationale.

Dans la foulée, il sera reçu par le président Abdelmadjid Tebboune et prononcera un premier discours devant les autorités et le corps diplomatique.

L'après-midi, il visitera la Grande Mosquée, complexe monumental au plus haut minaret du monde (267 m), avant de se rendre à la basilique Notre-Dame d'Afrique, site chrétien emblématique du pays qui surplombe la baie d'Alger.

Au cours d'une célébration à dimension interreligieuse mêlant chrétiens et musulmans, le chef des 1,4 milliard de catholiques y lancera un appel à la fraternité dans le pays où les catholiques représentent moins de 0,01 % de la population.

Ce déplacement ouvre la première grande tournée internationale du pape de 70 ans, qui le conduira ensuite au Cameroun, en Angola et en Guinée équatoriale (13-23 avril), un marathon de 18.000 km à l'agenda très dense.

Fleurs et travaux 

Pour cette visite historique, Alger a sorti ses plus beaux atours, et l'ambiance des grands jours règne dans la capitale algérienne.

Les murs de certaines façades ont été rafraîchis, des routes refaites à neuf, des espaces verts agrémentés de plantes et de grands pots de fleurs déposés sur une partie du parcours.

Dans certains quartiers, comme celui de Bab El Oued, les travaux se sont poursuivis pendant la nuit, créant parfois des embouteillages à des heures tardives.

Des barrières ont été posées le long du parcours qu'empruntera le souverain pontife. Aucun bain de foule n'est cependant prévu dans la capitale et la fameuse papamobile, ce véhicule blanc emblématique, restera à l'aéroport, selon le site d'information Casbah Tribune.

Lundi, Léon XIV se recueillera aussi en privé dans la chapelle des 19 "martyrs d'Algérie", des prêtres et religieuses assassinés pendant la décennie noire de guerre civile (1992-2002), symbole du prix payé par les religieux engagés dans le dialogue avec l'islam.

Mais aucun déplacement n'est prévu au monastère de Tibhirine, dont les moines furent enlevés et assassinés en 1996, un épisode encore entouré de zones d'ombre.

Dans un pèlerinage à la dimension plus personnelle, le pape se rendra mardi à Annaba (est), près de la frontière tunisienne, l'antique Hippone dont Saint Augustin (354-430) fut l'évêque.

Dans son premier discours en tant que pape, depuis le balcon de la basilique Saint‑Pierre, Léon XIV s'était présenté comme "un fils de Saint Augustin" en référence à l'ordre qui porte son nom.

Avant son élection à la tête de l'Eglise catholique en mai 2025, Robert Francis Prevost s'était rendu deux fois en Algérie, en tant que responsable de cet ordre, fondé au XIIIe siècle sur des préceptes de vie commune et de partage.


L'Iran a exécuté au moins 1.639 personnes en 2025, un record depuis 1989, selon des ONG

Les autorités iraniennes ont exécuté au moins 1.639 personnes en 2025, un record depuis 1989, ont indiqué lundi deux ONG, qui ont averti que le recours à la peine capitale pourrait s'accroître du fait de la guerre contre Israël et les Etats-Unis. (AFP)
Les autorités iraniennes ont exécuté au moins 1.639 personnes en 2025, un record depuis 1989, ont indiqué lundi deux ONG, qui ont averti que le recours à la peine capitale pourrait s'accroître du fait de la guerre contre Israël et les Etats-Unis. (AFP)
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  • "En semant la peur, en procédant à une moyenne de quatre à cinq exécutions par jour en 2025, les autorités ont tenté d'empêcher de nouvelles manifestations"
  • Depuis le début de la guerre contre Israël et les Etats-Unis le 28 février, l'Iran a pendu sept personnes en lien avec les manifestations de janvier

PARIS: Les autorités iraniennes ont exécuté au moins 1.639 personnes en 2025, un record depuis 1989, ont indiqué lundi deux ONG, qui ont averti que le recours à la peine capitale pourrait s'accroître du fait de la guerre contre Israël et les Etats-Unis.

Le nombre d'exécutions a progressé de 68% par rapport à 2024 (975 personnes tuées) et inclut 48 femmes pendues, ont comptabilisé dans leur rapport annuel conjoint l'organisation norvégienne Iran Human Rights (IHR) et l'organisation parisienne Ensemble contre la peine de mort (ECPM).

Si la République islamique "survit à la crise actuelle, il existe un risque sérieux que les exécutions soient utilisées de manière encore plus poussée comme outil d'oppression et de répression", alerte le rapport.

L'IHR - qui exige deux sources pour confirmer des exécutions, pour la plupart non relayées par les médias officiels iraniens - considère que l'estimation des pendaisons pour 2025 représente un "minimum".

Le chiffre retenu représente une moyenne de plus de quatre exécutions par jour.

Selon le rapport, le nombre d'exécutions est un record depuis que l'IHR a commencé à faire ce recensement en 2008 et le plus élevé jamais signalé depuis 1989.

Les ONG avertissent que "des centaines de manifestants détenus risquent toujours la peine de mort et l'exécution" après avoir été inculpés de crimes passibles de la peine capitale pour avoir participé aux manifestations de janvier 2026 contre les autorités.

Ces manifestations avaient été réprimées dans le sang, des organisation de défense des droits humains faisant état de milliers de morts et de l'arrestation de dizaines de milliers de personnes.

"Semer la peur" 

"En semant la peur, en procédant à une moyenne de quatre à cinq exécutions par jour en 2025, les autorités ont tenté d'empêcher de nouvelles manifestations", analyse Mahmood Amiry-Moghaddam, directeur de l'IHR.

Depuis le début de la guerre contre Israël et les Etats-Unis le 28 février, l'Iran a pendu sept personnes en lien avec les manifestations de janvier.

"En Iran, la peine de mort est utilisée comme un outil politique d'oppression et de répression, les minorités ethniques et d'autres groupes marginalisés étant surreprésentés parmi les personnes exécutées", explique Raphaël Chenuil-Hazan, directeur général de l'association Ensemble contre la peine de mort.

La minorité kurde dans l'ouest et les Baloutches dans le sud-est  -qui adhèrent pour la plupart à la branche sunnite de l'islam plutôt qu'à la branche chiite dominante en Iran- sont particulièrement visés.

Le rapport précise que près de la moitié des personnes exécutées en 2025 avaient été condamnées pour des infractions liées à la drogue.

Au moins 48 femmes ont été exécutées, le nombre le plus élevé enregistré depuis plus de 20 ans, représentant une hausse de 55% par rapport à 2024 (31 femmes pendues), selon les ONG.

Selon le rapport, 21 de ces femmes ont été exécutées pour avoir tué leur mari ou leur fiancé.

Presque toutes les exécutions par pendaison ont eu lieu à l'intérieur des prisons, mais le nombre d'exécutions publiques a plus que triplé avec un total de 11 en 2025.

Le code pénal iranien autorise d'autres méthodes de peine capitale, mais ces dernières années, toutes les exécutions connues ont été effectuées par pendaison.

Des organisations de défense des droits humains, dont Amnesty International, affirment que l'Iran est le pays qui procède au plus grand nombre d'exécutions par habitant au monde et le plus grand nombre parmi tous les pays, à l'exception de la Chine, pour laquelle aucune donnée fiable n'est disponible.

 


Iran: les Gardiens menacent de piéger leurs ennemis dans un «tourbillon mortel» dans le détroit d'Ormuz

Les Gardiens de la Révolution iraniens ont affirmé dimanche avoir "entièrement sous contrôle" le trafic dans le détroit d'Ormuz, menaçant d'y piéger leurs ennemis dans un "tourbillon mortel", après l'annonce par Donald Trump d'un blocus de ce passage maritime. (AFP)
Les Gardiens de la Révolution iraniens ont affirmé dimanche avoir "entièrement sous contrôle" le trafic dans le détroit d'Ormuz, menaçant d'y piéger leurs ennemis dans un "tourbillon mortel", après l'annonce par Donald Trump d'un blocus de ce passage maritime. (AFP)
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  • "L'ennemi se retrouvera piégé dans un tourbillon mortel dans le détroit s'il fait un faux pas"
  • "Tout navire militaire qui tenterait de s'approcher du détroit d'Ormuz sous quelque prétexte que ce soit sera considéré comme violant le cessez-le-feu et fera l'objet de mesures sévères"

TEHERAN: Les Gardiens de la Révolution iraniens ont affirmé dimanche avoir "entièrement sous contrôle" le trafic dans le détroit d'Ormuz, menaçant d'y piéger leurs ennemis dans un "tourbillon mortel", après l'annonce par Donald Trump d'un blocus de ce passage maritime.

"Tout le trafic (...) est entièrement sous contrôle des forces armées", a déclaré le commandement naval des Gardiens dans un message publié sur X.

"L'ennemi se retrouvera piégé dans un tourbillon mortel dans le détroit s'il fait un faux pas", a ajouté le commandement naval, en publiant une vidéo montrant des navires dans le viseur.

"Tout navire militaire qui tenterait de s'approcher du détroit d'Ormuz sous quelque prétexte que ce soit sera considéré comme violant le cessez-le-feu et fera l'objet de mesures sévères", a prévenu le commandement naval, dans un communiqué distinct.

Il a stipulé que "contrairement aux fausses allégations de certains responsables ennemis", le détroit d'Ormuz est "ouvert au passage inoffensif des navires civils, conformément à des réglementations spécifiques".

L'Iran a instauré de facto des droits de passage pour franchir le détroit, qu'il entend maintenir.

Donald Trump a annoncé dimanche un blocus naval américain du détroit d'Ormuz, après l'échec des négociations avec l'Iran au Pakistan ce week-end, faisant planer un doute sur le respect de la trêve de deux semaines actuellement en cours.

"A compter de maintenant, la marine américaine, la meilleure au monde, entamera le processus de BLOCUS de tous les navires tentant d'entrer ou de sortir du détroit d'Ormuz", a-t-il dit sur sa plateforme Truth Social.

"Tout Iranien qui nous tire dessus, ou qui tire sur des navires pacifiques, sera PULVÉRISÉ!", a-t-il averti, laissant entendre que "d'autres pays" seraient impliqués, sans toutefois les nommer.

Samedi, l'armée américaine avait annoncé que deux de ses navires de guerre avaient franchi le détroit d'Ormuz, marquant le début d'une opération de déminage. Des affirmations démenties par Téhéran.