Mondial: La diaspora arabe d'Amérique latine divisée par des loyautés partagées

Supporters à Doha de la Coupe du monde 2022 (Photo, AFP).
Supporters à Doha de la Coupe du monde 2022 (Photo, AFP).
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Publié le Dimanche 04 décembre 2022

Mondial: La diaspora arabe d'Amérique latine divisée par des loyautés partagées

  • Les descendants d'immigrants palestiniens, syriens et libanais regardent avec fierté les équipes nationales du monde arabe
  • Bien que beaucoup soutiennent leur équipe locale, les supporters ont suivi avec intérêt les matches de l'Arabie saoudite, de la Tunisie, du Maroc et du Qatar

SAO PAULO: La Coupe du monde de football est un événement majeur en Amérique latine. Les villes du Brésil, d'Argentine, du Mexique et des autres pays sont à l’arrêt dès que leurs équipes nationales respectives sont sur le terrain. Mais pour un groupe de la société en particulier, le tournoi de 2022 organisé par le Qatar revêt une importance particulière.

On estime que les latino-américains d’origine arabe représentent environ 23 millions de personnes. Il existe d'importantes communautés au Brésil et en Argentine, ainsi que des populations importantes au Mexique, au Chili, au Venezuela et en Colombie, composées de descendants d'immigrants arabes venus du Moyen-Orient et d'Afrique du Nord, volontairement ou en tant que réfugiés. Et, comme tout le monde dans ces pays, les Arabes aiment le football.

Le fait que la Coupe du monde 2022 se déroule pour la première fois dans un pays arabe incite encore plus la diaspora arabe d'Amérique latine à suivre le tournoi depuis des fuseaux horaires éloignés. La seule question est de savoir s'il faut supporter l'équipe arabe qui reflète leurs origines ethniques ou les équipes de leur pays hôte. 

L'organisation de la compétition par le Qatar «suscite certainement la sympathie des communautés arabes; les gens attendent cette Coupe du monde depuis longtemps», a déclaré à Arab News, Agustin Dib, directeur du Club de la culture arabe de Buenos Aires.

Toutefois, selon lui, la plupart des latino-américains d’origine arabe ont tendance à soutenir l'équipe qui représente leur pays hôte.

«En Argentine, les premiers immigrants libanais et syriens ont commencé à arriver à la fin du 19e siècle», a révélé Dib. «Ceci a de même eu lieu au Brésil. Ainsi, nous sommes pleinement argentins, brésiliens, etc. et nous aimons nos équipes nationales.»

En même temps, les latino-américains d’origine arabe regardent avec fierté les sélections nationales du monde arabe et suivent avec intérêt les exploits du Maroc, de l'Arabie saoudite, de la Tunisie et du Qatar. La victoire historique 2-1 de l'équipe saoudienne contre l'Argentine lors de son premier match au Qatar a sans aucun doute suscité l'imagination de beaucoup d’entre eux.

Il existe d'importantes communautés arabes dans les zones frontalières entre le Brésil, l'Argentine, l'Uruguay et le Paraguay. Dans ces régions, une campagne de la Coupe du monde peut diviser temporairement les communautés arabes.

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Saleh al-Shehri célèbre avec l'attaquant saoudien #09 Firas al-Buraikan après avoir marqué le premier but de son équipe lors de la Coupe du monde Qatar 2022, match de football du groupe C entre l'Argentine et l'Arabie saoudite au stade Lusail (Photo, AFP).

C'est le cas de la ville brésilienne de Chui, divisée en deux, et de son homologue uruguayenne, Chuy, où plusieurs milliers de Palestiniens se sont installés. La plupart du temps, cette communauté fait peu de cas de la frontière géographique qui la sépare. Mais une Coupe du monde peut changer cela.

«En général, nous encourageons à la fois l'Uruguay et le Brésil», a déclaré à Arab News Jaber Nassar, un commerçant de 43 ans qui vit du côté brésilien de la ville. «Mais s'il y a un match entre les deux équipes, chaque partie encouragera son équipe nationale.»

Le reste du temps, cependant, les deux communautés ont toujours entretenu un lien historique en matière de football. En 1987, elles ont fondé le Central Palestino Futbol Club. Actif pendant un peu plus d'une décennie avant de cesser ses activités par manque de fonds, Central Palestino faisait partie de la ligue uruguayenne et a marqué les esprits dans les années 1990 en atteignant la finale d'un championnat national.

«J'avais l'habitude de voir de nombreux matchs avec ma mère quand j'étais petit. Central Palestino était un champion local et nous voyagions dans tout l'Uruguay pour les voir jouer», a signalé Nassar, dont le beau-frère a fait partie de l'équipe pendant plusieurs années.

La communauté palestinienne a l'habitude de se déplacer en force pour regarder autant de matchs que possible pendant une Coupe du monde, a indiqué Nassar. Certains de ses amis se sont même rendus au Qatar pour le tournoi.

«Certainement, nous allons nous concentrer sur les équipes arabes», a-t-il ajouté.

Selon Nassar, l'amour des Palestiniens pour le football sud-américain n'est pas seulement le résultat de l'immigration. Même en Palestine, a-t-il affirmé, de nombreuses personnes encouragent le Brésil lors des tournois internationaux.

 

EN BREF

* La diaspora arabe en Amérique centrale et du sud compterait environ 23 millions de personnes.

* Les plus grandes communautés arabes se trouvent au Brésil et en Argentine, puis au Mexique, au Chili, au Venezuela et en Colombie.

 

Selon Dib, cette situation est courante dans de nombreux pays arabes et reflète une reconnaissance et une appréciation des talents des joueurs sud-américains.

«Dans des pays comme la Syrie et le Liban, les gens aiment le football argentin et brésilien», a-t-il jugé. «J'ai vécu quelques mois en Tunisie et les gens me posaient toujours des questions sur Maradona et Messi.»

Zuka Khouri, qui a quitté la Syrie en tant que réfugiée et s'est installée dans la ville brésilienne de Curitiba il y a neuf ans, a affirmé que sa famille encourageait l'équipe nationale brésilienne lors de chaque Coupe du monde.

«Nous avons également aimé voir l'Italie jouer», a-t-elle dévoilé à Arab News. «Cette année, l'Italie n'est pas dans la compétition, donc nous encourageons le Brésil.»

Anas Obaid, un réfugié syrien de 34 ans, a été capturé et retenu en otage par un groupe armé en Syrie jusqu'à ce que sa famille paie une rançon. Après sa libération, il a fui au Liban où il a travaillé dans un camp de réfugiés à Zahlé. Il vit au Brésil depuis 2015 et il est désormais journaliste et militant des droits de l'homme. Il aime le football et a confié qu'il avait l'habitude d'encourager l'Argentine lorsqu'il était enfant.

«J'étais là pendant la Coupe du monde 2014 qui a eu lieu au Brésil», a déclaré Obaid à Arab News. «J'ai encouragé l'Allemagne, car le pays accueillait de nombreux réfugiés syriens. Mais certains réfugiés dans le camp ont soutenu le Brésil.»

Depuis son arrivée à Sao Paulo, il est devenu un fervent supporter de l'équipe nationale brésilienne. «Les Brésiliens ont une passion pour le football et c'est un honneur de soutenir leur équipe», a-t-il estimé.

Bien que le football soit sans équivoque une obsession nationale au Brésil et que la Coupe du monde soit un événement majeur pour les habitants de ce pays, le nombre de supporters brésiliens ayant acheté des billets pour les matchs au Qatar (39 546) est nettement inférieur à celui des Argentins (61 083) et des Mexicains (91 173).

Le Mexique envoie régulièrement un important contingent de supporters aux Coupes du monde. La plupart des Mexicains arabes sont d'origine libanaise, selon Hector Chamlati, membre du conseil d'administration du Centro Libanes, une association communautaire de Mexico. Le nombre de Libano-mexicains est estimé à environ 500 000, dont la plupart sont chrétiens.

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Le président de la FIFA, Gianni Infantino, souriant pendant le match de football du groupe G de la Coupe du monde Qatar 2022 entre le Brésil et la Suisse au stade 974 à Doha (Photo, AFP).

«Nous avons un lien très fort avec l'équipe nationale mexicaine», a déclaré Chamlati à Arab News. «Mais cela fait plaisir à beaucoup d'entre nous de voir des équipes arabes jouer. J'ai été heureux de voir que la Tunisie a réussi à faire match nul avec le Danemark le 22 novembre.»

Petit-fils d'immigrants libanais, il a assuré que la communauté mexicaine ressentait un lien intense avec le Liban et que si l'équipe nationale du pays participait à une compétition au Qatar, nombre d'entre eux la soutiendraient certainement.

«Mais je crois que c'est spécial de voir le succès potentiel de toute équipe arabe», a-t-il ajouté.

Jose Alejandro Serio Haddad, un Libano-mexicain de 25 ans, s'est rendu au Qatar avec ses amis pour voir jouer le Mexique. C'était sa première visite dans un pays arabe et il a subi un choc culturel.

«Je pense que les cultures qatarie et libanaise sont très différentes», a-t-il déclaré à Arab News. «De plus, le nombre d'Arabes ici n'est pas très élevé. La plupart du temps, nous rencontrons des sud-asiatiques. Nous nous sentons tout le temps comme des étrangers.»

Serio Haddad ne s'est pas montré confiant quant aux chances d'une équipe arabe de passer de la phase de groupe à la phase finale du tournoi «mais nous ressentons certainement plus d'empathie à leur égard qu'à l'égard des équipes latino-américaines, comme l'Argentine, par exemple.»

Quant au fait que la Coupe du monde soit organisée pour la première fois par un pays musulman, Obaid a déclaré qu'il s'agit d'un événement notable, mais qu'il était mécontent des nombreuses critiques formulées à l'encontre du Qatar.

«Je suis préoccupé par la réaction de la communauté internationale», a-t-il avisé. «Cela peut être un moyen de lutter contre les préjugés sur les musulmans et les Arabes. Mais en même temps, les gens prêtent beaucoup plus attention aux contradictions sociales du Qatar qu'ils ne le faisaient lorsque la Coupe du monde se déroulait dans des pays non musulmans.»

Dib a souligné qu'il avait organisé des discussions pour débattre des distorsions courantes dans la façon dont les pays occidentaux perçoivent la Coupe du monde au Qatar.

«Depuis la première Coupe du monde, en Uruguay en 1930, il y a eu des scandales de corruption, par exemple», a-t-il indiqué. «Mais les médias se concentrent désormais presque exclusivement sur les problèmes du Qatar. C'est une question de préjugés.»

Dans tout autre contexte, la presse mondiale aurait parlé des merveilles de construction réalisées par le pays hôte, «mais étant donné qu'il s'agit d'un pays arabe, elle ne parle que des décès survenus pendant la construction», a-t-il signalé.

Dib a ajouté: «Je ne dis pas que ces problèmes ne sont pas importants, mais le fait de se concentrer exclusivement sur ces sujets est un problème. Ceci est en lien avec l'orientalisme tel que défini par Edward Saïd.»

Dans son livre de 1978, «Orientalism», Saïd a établi le terme comme un concept critique afin de décrire la représentation occidentale souvent méprisante de l'Orient.

Dib a soutenu que de nombreux Latino-américains d'origine arabe ne sont pas à l'aise avec ce qu'ils perçoivent comme une couverture biaisée du Qatar — ce qui a été répercuté dans les médias latino-américains également — car ils ont le sentiment qu'«il y a une attaque permanente contre la culture arabe dans son ensemble». 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com

 


La Syrie accuse Israël de vouloir la «déstabiliser» après une incursion et des frappes meurtrières

 Les autorités syriennes ont accusé Israël de vouloir "déstabiliser" la Syrie, après une série de frappes qui ont détruit un aéroport militaire et une incursion sanglante jeudi dans le sud du pays qui ont fait 13 morts selon une ONG. (AFP)
Les autorités syriennes ont accusé Israël de vouloir "déstabiliser" la Syrie, après une série de frappes qui ont détruit un aéroport militaire et une incursion sanglante jeudi dans le sud du pays qui ont fait 13 morts selon une ONG. (AFP)
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  • Des frappes intensives sur des objectifs militaires dans le centre de la Syrie et la région de Damas ont été suivies par une incursion des troupes israéliennes dans le sud, où neuf personnes ont été tuées en tentant de s'opposer à leur avancée
  • Mercredi soir, l'aviation israélienne a mené une série de frappes sur un centre de recherche militaire à Damas, l'aéroport militaire de la ville de Hama et la base aérienne militaire T-4 dans la province de Homs, tous deux dans le centre du pays

DAMAS: Les autorités syriennes ont accusé Israël de vouloir "déstabiliser" la Syrie, après une série de frappes qui ont détruit un aéroport militaire et une incursion sanglante jeudi dans le sud du pays qui ont fait 13 morts selon une ONG.

Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz,  dont le pays a mené des centaines de frappes en Syrie depuis la chute du pouvoir de Bachar al-Assad le 8 décembre, a averti le dirigeant syrien, Ahmad al-Chareh, qu'il paierait un "lourd tribut" si la sécurité d'Israël était menacée.

"Cette escalade injustifiée constitue une tentative préméditée de déstabiliser la Syrie", a pour sa part accusé le ministère syrien des Affaires étrangères dans un communiqué.

Des frappes intensives sur des objectifs militaires dans le centre de la Syrie et la région de Damas ont été suivies par une incursion des troupes israéliennes dans le sud, où neuf personnes ont été tuées en tentant de s'opposer à leur avancée.

Mercredi soir, l'aviation israélienne a mené une série de frappes sur un centre de recherche militaire à Damas, l'aéroport militaire de la ville de Hama et la base aérienne militaire T-4 dans la province de Homs, tous deux dans le centre du pays.

Le ministère syrien a affirmé que l'aéroport avait été "presque entièrement détruit" et évoqué des "dizaines de blessés civils et militaires".

"Protectorat turc" 

Selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), basé au Royaume-Uni mais qui dispose d'un vaste réseau de sources en Syrie, quatre militaires ont été tués et 12 blessés dans les raids contre l'aéroport de Hama.

Un correspondant de l'AFP a vu au moins un avion militaire calciné dans un hangar, et des véhicules militaires, dont un transportant un système de défense anti-aérienne, gravement endommagés.

Un bâtiment du centre de recherche scientifique à Barzé, dans la banlieue de Damas, également visé, a été détruit, selon un correspondant de l'AFP.

En Israël, l'armée a affirmé avoir "frappé les capacités militaires dans les bases syriennes de Hama et T4, dans la province de Homs, ainsi que d'autres infrastructures militaires dans la région de Damas".

Une source syrienne proche du dossier a indiqué à l'AFP que la Turquie, alliée des nouvelles autorités syriennes, tente d'établir des "positions militaires" en Syrie dont une "à l'intérieur de la base T4".

Lors d'une conférence de presse à Paris, le ministre israélien des Affaires étrangères Gideon Saar a imputé à la Turquie "un rôle négatif en Syrie" et "au Liban". "Nous ne pensons pas que la Syrie devrait être un protectorat turc", a-t-il dit.

Appels au combat 

A Deraa, neuf personnes tuées au cours de l'incursion israélienne ont été inhumées jeudi, a rapporté un correspondant de l'AFP.

Les autorités de la province avaient annoncé leur décès après un bombardement israélien près de la ville de Nawa, à l'ouest de Deraa, ayant suivi une "incursion israélienne" dans la région, "où les forces de l'occupation ont pénétré pour la première fois aussi profondément".

Selon l'OSDH, il s'agit d'habitants de la région qui ont pris les armes après des appels lancés dans les mosquées à contrer l'avancée des troupes israéliennes.

L'armée israélienne a indiqué avoir répondu à des tirs dans le sud de la Syrie et ciblé plusieurs combattants qui ont été "éliminés" dans des frappes terrestres et aériennes.

"La présence d'armes dans le sud de la Syrie constitue une menace pour l'Etat d'Israël", a déclaré un porte-parole militaire israélien, ajoutant que l'armée "ne permettrait pas l'existence d'une menace militaire en Syrie".

Dès la chute de Bachar al-Assad évincé par une coalition de rebelles dominés par les islamistes, après plus de 13 ans de guerre civile, Israël a envoyé des troupes dans une zone tampon démilitarisée du Golan, dans le sud-ouest de la Syrie.

Il a aussi mené des centaines de frappes aériennes sur des sites militaires, affirmant vouloir empêcher que des armes ne tombent entre les mains des nouvelles autorités, qu'il qualifie de "jihadistes".

Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, avait exigé fin février "la démilitarisation totale du sud de la Syrie" et affirmé qu'il ne tolérerait pas que les forces du nouveau pouvoir se déploient au sud de Damas.

Le 26 mars, six civils avaient déjà été tués après une incursion israélienne similaire dans la province de Deraa, selon les autorités locales.


La Défense civile de Gaza fait état d'au moins 15 morts dans une frappe israélienne dans le nord

L'armée israélienne a lancé un nouvel appel à évacuer pour les habitants de Choujaiya et d'autres districts dans le nord de la bande de Gaza. (AFP)
L'armée israélienne a lancé un nouvel appel à évacuer pour les habitants de Choujaiya et d'autres districts dans le nord de la bande de Gaza. (AFP)
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  • L'armée israélienne a lancé un nouvel appel à évacuer pour les habitants de Choujaiya et d'autres districts dans le nord de la bande de Gaza.
  • "L'armée israélienne opère avec une grande force dans vos zones pour détruire l'infrastructure terroriste" du mouvement islamiste palestinien Hamas, a déclaré le porte-parole de l'armée en langue arabe, Avichay Adraee, dans un message sur son compte X

GAZA: La Défense civile de Gaza a indiqué qu'au moins 15 personnes avaient été tuées jeudi à l'aube dans des frappes aériennes israéliennes dans la partie nord du territoire palestinien, après un appel à évacuer de l'armée israélienne.

Le porte-parole de la Défense civile, Mahmoud Bassal, a déclaré que les frappes avaient visé plusieurs maisons dans le quartier de Choujaiya, dans la ville de Gaza. "Il y a encore un certain nombre de personnes piégées sous les décombres", a-t-il ajouté.

L'armée israélienne a lancé un nouvel appel à évacuer pour les habitants de Choujaiya et d'autres districts dans le nord de la bande de Gaza.

"L'armée israélienne opère avec une grande force dans vos zones pour détruire l'infrastructure terroriste" du mouvement islamiste palestinien Hamas, a déclaré le porte-parole de l'armée en langue arabe, Avichay Adraee, dans un message sur son compte X.

"Vous devez évacuer ces zones immédiatement et vous rendre dans les abris connus dans l'ouest de la ville de Gaza", a-t-il ajouté.


Israël morcèle Gaza, accentue la pression sur le Hamas pour récupérer les otages

Mercredi, au moins 34 Palestiniens ont été tués dans les frappes. L'une d'elles a tué 19 personnes, dont neuf enfants, dans un centre de santé détruit de l'Unrwa, l'agence de l'ONU pour les réfugiés palestiniens, à Jabalia (nord), selon la Défense civile de Gaza, organisation de premiers secours. (AFP)
Mercredi, au moins 34 Palestiniens ont été tués dans les frappes. L'une d'elles a tué 19 personnes, dont neuf enfants, dans un centre de santé détruit de l'Unrwa, l'agence de l'ONU pour les réfugiés palestiniens, à Jabalia (nord), selon la Défense civile de Gaza, organisation de premiers secours. (AFP)
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  • Loin de céder, le Hamas a rejeté une proposition de trêve annoncée samedi par Israël et transmise par l'intermédiaire de la médiation du Qatar et de l'Egypte
  • Après deux mois de trêve, Israël a repris le 18 mars son offensive à Gaza affirmant que la pression militaire était le seul moyen de forcer le Hamas à rendre la soixantaine d'otages, morts ou vivants, qu'il détient encore

JERUSALEM: Israël a annoncé mercredi que son armée avait commencé à morceler la bande de Gaza et à y saisir de larges zones de territoire pour forcer le mouvement islamiste palestinien Hamas à rendre les otages.

Loin de céder, le Hamas a rejeté une proposition de trêve annoncée samedi par Israël et transmise par l'intermédiaire de la médiation du Qatar et de l'Egypte, ont indiqué deux responsables du mouvement islamiste palestinien à l'AFP alors que les bombardements israéliens sur la bande de Gaza ont fait plus de 30 morts mercredi, dont des enfants, selon les secours locaux.

Le Hamas souhaite avancer sur une proposition egypto-qatarie prévoyant un cessez-le-feu de 50 jours, période pendant laquelle le mouvement islamiste libérerait "cinq soldats israéliens" en échange de la remise en liberté de quelque 2.250 prisonniers palestiniens détenus par Israël, a indiqué un de ces deux responsables sous le couvert de l'anonymat

Après deux mois de trêve, Israël a repris le 18 mars son offensive à Gaza affirmant que la pression militaire était le seul moyen de forcer le Hamas à rendre la soixantaine d'otages, morts ou vivants, qu'il détient encore.

"Nous morcelons la bande de Gaza et nous augmentons la pression pas à pas, afin qu'ils nous rendent nos otages", a déclaré le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.

Critiques des familles d'otages 

Appelant "les habitants de Gaza à agir maintenant pour chasser le Hamas et rendre tous les otages", le ministre de la Défense, Israël Katz, a menacé une nouvelle fois de confisquer au profit d'Israël de "vastes secteurs" conquis par l'armée à la faveur de l'élargissement de son offensive dans la bande de Gaza.

"Expliquez (...) comment vous comptez éviter la mise en danger des otages", a réagi le Forum des familles, la plus grande association de proches d'otages en Israël, en reprochant au gouvernement d'envoyer "davantage de soldats à Gaza" plutôt que "de libérer les otages par un accord et de mettre fin à la guerre"

De leur côté, une cinquantaine d'otages libérés et des proches d'otages ont estimé dans une lettre ouverte que "la pression militaire met en danger les otages".

"Où est le monde?" 

La guerre a été déclenchée le 7 octobre 2023 par l'attaque sans précédent du Hamas ayant entraîné la mort de 1.218 personnes du côté israélien, en majorité des civils, selon un décompte de l'AFP basé sur des données officielles.

Sur les 251 personnes enlevées ce jour-là, 58 sont toujours otages à Gaza dont 34 sont mortes selon l'armée israélienne.

En riposte Israël a juré de détruire le Hamas et lancé une campagne de représailles militaires ayant fait au moins 50.423 morts, majoritairement des civils, selon les données du ministère de la Santé du Hamas pour Gaza, jugées fiables par l'ONU.

Mercredi, au moins 34 Palestiniens ont été tués dans les frappes. L'une d'elles a tué 19 personnes, dont neuf enfants, dans un centre de santé détruit de l'Unrwa, l'agence de l'ONU pour les réfugiés palestiniens, à Jabalia (nord), selon la Défense civile de Gaza, organisation de premiers secours.

Le centre sert de refuge à 160 familles déplacées, a indiqué l'Unrwa.

"Les martyrs sont des jeunes, des garçons et des filles. De quel droit il les tuent? Ils ont visé directement la clinique. Où sont les Nations unies, où est le monde?" a lancé Abou Ahmed Jaber, un déplacé réfugié dans le bâtiment.

L'armée israélienne a confirmé une frappe contre le bâtiment de l'Unrwa affirmant y avoir visé "des terroristes du Hamas".

Treize personnes ont également été tuées par un bombardement sur une maison abritant des déplacés à Khan Younès et deux par une frappe sur une maison à Nousseirat (centre), selon les secours.

Après l'interception de deux projectiles tirés de Gaza en direction d'Israël dans la soirée, l'armée israélienne a appelé les habitants à évacuer plusieurs régions du nord de Gaza, en prévision de frappes.

"Guerre sans limite" 

De son côté, le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres est "choqué par les attaques de l'armée israélienne" contre un convoi médical et de secours, qui ont tué 15 secouristes et travailleurs humanitaires la semaine dernière à Gaza, selon son porte-parole.

La "fosse commune" où les secouristes ont été retrouvés expose une "guerre sans limite" à Gaza, a indiqué un responsable du Bureau des opérations humanitaires de l'ONU (Ocha), Jonathan Whittall.

Selon le ministère de la Santé de Gaza, 1.066 personnes ont été tuées depuis le 18 mars.

Pour accroître la pression sur le Hamas, Israël a bloqué depuis le 2 mars l'entrée de l'aide humanitaire à Gaza, aggravant les pénuries dans le territoire.

Faute de farine et de sucre, des boulangeries ont fermé. "La situation est très difficile, il n'y a pas de farine, pas de pain, pas de nourriture ni d'eau", a témoigné un père de famille, Mahmoud Sheikh Khalil.

A Jérusalem, le ministre israélien de la Sécurité intérieure, Itamar Ben Gvir, figure de l'extrême droite, s'est rendu une nouvelle fois sur l'esplanade des Mosquées, lieu disputé dans le secteur oriental de la Ville sainte occupé et annexé par Israël.

Troisième lieu saint de l'islam, l'endroit est pour les juifs, le mont du Temple, lieu le plus sacré du judaïsme. Plusieurs pays arabes ont dénoncé une "provocation" susceptible d'alimenter encore un peu plus les tensions régionales.