Frankly Speaking: Pour Boeing, le carburant d'aviation durable est «la clé de la décarbonation de l'industrie»

Robert Boyd, expert en matière de SAF et responsable régional de la politique mondiale de durabilité et des partenariats de l'avionneur Boeing, lors de l'émission « Frankly Speaking », le talk-show hebdomadaire d'Arab News consacré à l'actualité. (Photo, AN)
Robert Boyd, expert en matière de SAF et responsable régional de la politique mondiale de durabilité et des partenariats de l'avionneur Boeing, lors de l'émission « Frankly Speaking », le talk-show hebdomadaire d'Arab News consacré à l'actualité. (Photo, AN)
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Publié le Dimanche 19 février 2023

Frankly Speaking: Pour Boeing, le carburant d'aviation durable est «la clé de la décarbonation de l'industrie»

Robert Boyd, expert en matière de SAF et responsable régional de la politique mondiale de durabilité et des partenariats de l'avionneur Boeing, lors de l'émission « Frankly Speaking », le talk-show hebdomadaire d'Arab News consacré à l'actualité. (Photo, AN)
  • Robert Boyd, responsable régional Politique mondiale de développement durable, affirme que l'industrie s'est engagée à décarboner ses activités au cours des trente prochaines années
  • Il appelle à investir dans le carburant durable, à remplacer les anciennes flottes et à améliorer les opérations et la gestion du trafic

DUBAÏ: Le secteur de l'aviation s'est engagé à décarboner, mais avec le trafic aérien qui doit tripler d'ici 2050, les énergies alternatives telles que l'électricité et l'hydrogène ne résoudront pas le défi. Les compagnies aériennes doivent remplacer leurs flottes, les aéroports doivent améliorer les structures de gestion du trafic aérien et le secteur doit investir dans un carburant aviation durable.

Toutefois, un « travail énorme » est nécessaire pour faire baisser les prix des SAF (Sustainable Aviation Fuel, carburant durable d’aviation), notamment plus de recherche et de développement, y compris technologique sur les matières premières. En outre, les SAF doivent être accessibles aux pays en développement afin d'avoir un impact au-delà des plus grands centres d'aviation. C'est ce qu'affirme Robert Boyd, expert en matière de SAF et responsable régional de la politique mondiale de durabilité et des partenariats de l'avionneur Boeing.

Lors de l'émission « Frankly Speaking », le talk-show hebdomadaire d'Arab News consacré à l'actualité, qui plonge au cœur de l'actualité régionale et s'entretient avec des décideurs politiques et des chefs d'entreprise de premier plan, il a déclaré : « La bonne nouvelle, c'est que le secteur de l'aviation dispose de plusieurs leviers d'action qui permettent essentiellement de relever le défi de la décarbonation au cours des vingt-huit prochaines années. »

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Le dirigeant de Boeing, Robert Boyd, interviewé par Katie Jensen sur Frankly Speaking. (Photo, AN)

Mais étant donné que « les limites technologiques ne permettent pas à l'hydrogène ou à l'électricité d'alimenter les avions gros porteurs et long-courriers, la SAF est la clé. »

Alors que le changement climatique occupe le devant de la scène de la Conférence des Nations unies sur le même sujet en Égypte, nombreux sont ceux qui se demandent si l'industrie aéronautique - actuellement responsable de 2,5 % des émissions mondiales - peut réellement passer au vert, ou si de réels progrès sont encore à attendre pendant des décennies.

« Dans un monde en décarbonation, si tous les secteurs ne le font pas au même rythme, alors le niveau des émissions de l'aviation ou du transport maritime est difficile à réduire », a-t-il précisé. « Il est donc absolument essentiel de décarboner. Il existe un plan clair pour parvenir à un taux net zéro d'ici 2050. Et cela peut se faire de plusieurs façons. »

« Le plus évident est celui des nouveaux avions. Un nouvel avion peut être de 20 à 25 % plus économe en carburant que son prédécesseur. »

Boyd a qualifié ces chiffres de « significatifs », soulignant que quelque 25 tonnes de dioxyde de carbone peuvent être économisées par jour en utilisant la meilleure flotte moderne de sa catégorie. « Cela peut représenter quelques centaines de milliers de tonnes de CO2 au cours de sa durée de vie. Nous devons donc nous assurer que nous utilisons la flotte moderne la plus efficace, qui pourrait obtenir un dividende de CO2 de 15 à 25 % au niveau mondial. Ce n'est pas rien ».

Il a cité les rendements opérationnels comme une autre opportunité d'amélioration. « L'aviation planche sur ce sujet depuis plusieurs années, voire des décennies. Un grand nombre d'améliorations opérationnelles faciles sont déjà là. Elles sont intégrées dans la technologie que nous utilisons aujourd'hui », a-t-il déclaré.

Les améliorations de la gestion du trafic aérien offrent une autre possibilité, mais ces solutions ont des limites, selon Boyd, et ne résoudront pas le problème des émissions de l'aviation. « Le principal problème est de remplacer la source d'énergie par quelque chose de durable. C'est là que nous mettons l'accent sur le carburant durable pour l'aviation, car c'est lui qui fera le gros du travail de décarbonation jusqu'en 2050. »

Qu'en est-il de l’électricité ou l’hydrogène comme remplacement potentiel du kérosène ? « Ces théories sont vraiment passionnantes, et il faut continuer à y travailler, mais elles ne résoudront pas, à elles seules, le défi de la décarbonisation », a déclaré Boyd à l'animatrice de « Frankly Speaking », Katie Jensen.

« Aujourd'hui, les trois quarts environ de toutes les émissions internationales proviennent des vols long-courriers à fuselage large, et les limites technologiques ne permettent pas encore d'utiliser l'hydrogène ou l'électricité dans cet espace. Ce sera peut-être le cas en temps voulu, mais ce n'est pas une solution viable aujourd'hui. La SAF est donc la clé pour les trente prochaines années ».

Le problème de la SAF est bien sûr son prix : plus du double du prix du kérosène ordinaire, sans compter qu'il est en quantité limitée. Les chiffres de 2019 montrent que le SAF ne représentait que 0,1 % de la consommation mondiale de carburant de l’aviation, alors que l'objectif pour 2025 était de 2 %.

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La flambée des prix du carburéacteur a entravé les efforts des compagnies aériennes pour rebondir après deux ans de pandémie de Covid-19. Le coût du carburant d'aviation durable est actuellement le double de celui du carburéacteur ordinaire. (Photo, AFP)

Dans ces circonstances, les gouvernements doivent-ils intervenir et subventionner, ou les voyageurs seront-ils contraints de payer plus cher ?

« Nous évoquons de manière très positive le carburant aviation durable et son potentiel. Mais ce réalisme sur la situation actuelle est vraiment important car il montre l'ampleur du défi qui nous attend », a dit Boyd. « Ce qu'il faudra, c'est une croissance exponentielle. Nous sommes sur la bonne voie pour atteindre entre 4 et 6 milliards de litres de SAF d'ici 2025. Mais cela laisse encore une énorme montagne à gravir en termes de mise à niveau. »

Cela dit, Boyd reconnaît qu'il existe de gros obstacles à une augmentation plus rapide. « Le coût, sans aucun doute. Si la SAF était à parité de coût aujourd'hui et si elle était disponible, toutes les compagnies aériennes l'utiliseraient. Nous devons profiter de l'efficacité de la mise à niveau. Cela ne fait que commencer. Il y a une énorme quantité de travail, une sorte de recherche, de développement et de technologie, un travail de technologie pure sur les matières premières, qui peut faire baisser certains de ces prix », a-t-il poursuivi.

Il a fait référence aux États-Unis comme un bon exemple, où la loi sur la réduction de l'inflation de 2022 « fournit une énorme incitation à développer l'hydrogène vert et les carburants renouvelables pour des utilisations au sol et dans l'air, en particulier. Une vague d'approvisionnement est en train de déferler. Et avec cela, je m'attends à ce que nous ayons de meilleurs prix. « 

Boyd se dit également optimiste quant à l'approvisionnement en SAF. « Les installations existantes sont en expansion et de nouvelles sont en cours de développement. Certaines d'entre elles commencent à être mises en service maintenant, en 2022 », a-t-il déclaré. « Il y en aura d'autres en 2023, jusqu'en 2025 et au-delà. Nous avons une visibilité, d’une précision respectable, jusqu'en 2027 environ. »

On parle d'avions à hydrogène, mais l'hydrogène nécessite une grande zone de stockage, ce qui exigerait une refonte complète d'un avion. Que pense Boyd du potentiel de ce carburant à zéro émission ?

« Il est certain qu'il y a beaucoup de travail en cours avec l'hydrogène. Il y a encore beaucoup à apprendre dans ce domaine. Il est exact de dire que nous sommes en mesure de le faire », a-t-il déclaré. « Mais que se passe-t-il si l'avion a une apparence radicalement différente ? De plus, essayer de redessiner totalement les aéroports pourrait changer toute l'efficacité de l'aviation en termes de restrictions sur la façon de ravitailler un avion à hydrogène. Il y a déjà des trillions de dollars d'infrastructures de carburant, soit dans le sol, soit dans des pipelines allant aux aéroports. »

Selon lui, il s'agit là de « questions vraiment complexes » auxquelles il faut répondre avant de pouvoir avoir une discussion sensée sur le réalisme de l'hydrogène comme solution pour l'aviation à l'horizon 2050-2100. Cela ne veut « certainement pas dire qu'il ne faut pas poursuivre les travaux dans ce domaine, mais ce ne sera pas la solution miracle ».

Boyd pense-t-il que les réductions de carbone dont on parle à la COP27 et à d'autres grands événements changeront l'avenir d'aéroports tels que l'aéroport NEOM en Arabie saoudite ? « Si vous construisez un tout nouvel aéroport, vous devez vous projeter dix ou quinze ans en avant. Qu'est-ce qui est susceptible d'être faisable, plausible ou réellement mis en œuvre, par exemple, faut-il intégrer un système d'approvisionnement en hydrogène dans l'aéroport ? Il est beaucoup plus facile de faire cela au moment de la construction de l'aéroport que de rénover. »

Boyd n'exclut pas l'idée de rééquiper les transporteurs, ce dans quoi Ryanair a investi environ 200 millions de dollars. Il cite l'exemple de l'éco-démonstrateur, un programme qui permet à Boeing de racheter un avion existant à un opérateur. « Nous l'avons configuré comme un laboratoire expérimental, en mettant toutes sortes de technologies à bord pour tester tout et n'importe quoi. Environ trois cents technologies différentes ont été testées sur l'éco-démonstrateur au cours de la dernière décennie. Nombre d'entre elles sont introduites dans les avions aujourd'hui. »

Il a également évoqué la manière dont Boeing tente de rendre les avions plus légers et plus économes en carburant, et s'est demandé si cela allait changer le vécu des voyageurs. « Les gens n'apprécient peut-être pas la quantité de fibre de carbone qui se trouve dans un Boeing, un Dreamliner ou un 787. Mais c'est énorme en termes de poids », a-t-il déclaré. « Elle est incroyablement solide et incroyablement légère, permet la quantité appropriée de flexion, ce qui peut donner de meilleures propriétés aérodynamiques aux ailes. »

À l'heure actuelle, la plupart des émissions de l'aviation proviennent des pays développés, mais l'avenir de la croissance devrait se situer dans les pays en développement. Auront-ils les moyens de nations comme les États-Unis et l'Europe pour financer la réduction des émissions ? « C'est la raison pour laquelle la décarbonation est essentielle », a déclaré M. Boyd. « Il faut dissocier le dioxyde de carbone de l'aviation elle-même ».

« Si nous nous concentrons sur quelques pays (industriels avancés) et pensons que le travail est terminé, ce n'est pas du tout le cas. La même dynamique doit s'appliquer à la Chine, à l'Inde, à certaines parties de l'Asie, à toute l'Asie. Il existe des régions à croissance rapide comme l'Indonésie, le Bangladesh, l'Amérique du Sud et l'Afrique. Il est important de veiller à ce qu’aucun pays ne soit laissé pour compte ».

Ce texte est la traduction d'un article paru sur Arabnews.com


Après un été dévastateur, l'agriculture écartelée face au mur de la transition

Le 3 août 2026, à Beynost, dans l’est de la France, une culture de maïs est irriguée afin de limiter les effets de la sécheresse avant la récolte. (AFP)
Le 3 août 2026, à Beynost, dans l’est de la France, une culture de maïs est irriguée afin de limiter les effets de la sécheresse avant la récolte. (AFP)
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  • Après un été marqué par les sécheresses et les pertes agricoles, les syndicats alertent sur un possible regain de colère à l’automne
  • Les agriculteurs dénoncent des injonctions contradictoires entre productivité, compétitivité et transition écologique, sur fond de crise climatique

PARIS: Vers un automne de colère? L'été dévastateur pour les cultures comme pour l'élevage, juste après l'adoption de la loi d'urgence agricole, exacerbe les clivages autour de la transformation des agriculteurs, ballottés par les crises et perdus au milieu d'injonctions à produire mieux mais toujours plus.

Pour la Coordination rurale, deuxième syndicat agricole, il y a un "risque majeur d'une crise humaine inédite à l'automne". La Confédération paysanne, troisième syndicat, prévient que les "braises de la colère" pourraient se raviver.

Mais les solutions proposées sont bien différentes. Habituée des actions coup de poing, la Coordination rurale appelle notamment à irriguer sans respecter les restrictions et à la réintroduction de pesticides interdits. Quand la Confédération paysanne appelle à une "bifurcation agroécologique indispensable" et soutient les appels à manifester en octobre contre les pesticides.

Interrogé sur l'adaptation des fermes au changement climatique, le président de la FNSEA, syndicat dominant, a affirmé qu'elle était en cours mais prendrait des années. "Avant de parler du moyen et long terme, encore faut-il survivre à cette crise", a ajouté Arnaud Rousseau, tout en assurant ultérieurement que son syndicat n'a pas pour l'instant en tête de manifester.

- Injnctions "contradictoires" -

Pour Claire Ruault, sociologue spécialiste de l'agriculture, le contexte "exacerbe les clivages idéologiques" et entraîne plus des réponses d'urgence pour "compenser financièrement au lieu d'une réflexion globale sur l'adaptation en prenant en compte la complexité du monde agricole".

"On demande aux agriculteurs de changer depuis la période de modernisation de l'après-guerre. Ce qui est différent aujourd'hui, c'est que les orientations ne sont pas claires", ajoute la coordinatrice du Gerdal, association de recherche sur le développement agricole.

"Il y a des objectifs de maintien de la productivité, des exportations sur un marché ultra compétitif. Les agriculteurs doivent produire beaucoup, à bas coût. C'est assez peu compatible avec les exigences de la transition agro-écologique affichées par ailleurs par le gouvernement mais pour lesquelles les moyens ne sont pas en adéquation".

Pour la sociologue, le malaise dans les fermes face à ces injonctions contradictoires est renforcé par une "culpabilisation individuelle" des agriculteurs, face aux résultats d'études sur les dangers de résidus de pesticides, d'additifs ou de PFAS dans les produits.

- "Déconnexion" -

Pour Eve Fouilleux, directrice de recherche au CNRS en science politique, "les politiques publiques ont favorisé depuis des décennies l'agrandissement et l'hyperspécialisation des exploitations agricoles par l'utilisation massive d'engrais et de pesticides, ce qui les rend plus vulnérables aux crises tout en générant des problèmes environnementaux et sanitaires majeurs".

La sécheresse record et les canicules à répétition vont créer à la rentrée des "situations dramatiques". Les agriculteurs ont "très peu de marges de manoeuvre du fait d'un endettement massif" alors qu'ils sont "en première ligne des conséquences du réchauffement climatique", affirme cette agroéconomiste de formation.

Dans les campagnes, nombre d'agriculteurs se disent "assommés" par les pertes et l'inquiétude grandit sur le risque de suicides dans la profession, qui s'est déjà mobilisée trois hivers d'affilée.

Si Eve Fouilleux n'exclut pas une mobilisation des agriculteurs indépendante des syndicats - comme en 2024 pour demander des revenus -, ou à l'initiative de la Coordination rurale et de la Confédération paysanne - comme en 2025 pour protester contre la gestion gouvernementale de la dermatose bovine -, elle rappelle que ces mobilisations ont été "récupérées" in fine par l'alliance syndicale dominante de la FNSEA et des Jeunes Agriculteurs.

Selon la chercheuse, "la FNSEA a les ressources politiques et économiques pour mobiliser des troupes et réorienter le débat public autour de la fausse idée selon laquelle la souveraineté alimentaire serait menacée en France. Et donc de défendre ce qu'ils appellent les moyens de production: les pesticides et l'accès prioritaire à l'eau, dans un but principal d'exportation", comme en témoignent les grands thèmes de la loi d'urgence agricole.

Les deux chercheuses soulignent que l'alliance a toutefois perdu sa majorité aux dernières élections professionnelles et que les dirigeants de la FNSEA sont "déconnectés" de la base, ce qui participe au malaise des agriculteurs.

Claire Ruault ajoute qu'au niveau local, les agriculteurs peinent à construire un point vue collectif, et à le porter dans leurs interactions avec les autres acteurs, pour alimenter les politiques agricoles.

"Quand on interroge les agriculteurs individuellement sur la transition écologique, ils sont massivement pour", souligne Eve Fouilleux, "mais le système ne les incite pas à changer".


Les cours du pétrole baissent, les craintes sur l'approvisionnement s'atténuent

Le 3 avril 2026, à Toulouse, une station-service affiche tous ses carburants comme indisponibles, sur fond de tensions au Moyen-Orient et de flambée des prix du pétrole. (AFP)
Le 3 avril 2026, à Toulouse, une station-service affiche tous ses carburants comme indisponibles, sur fond de tensions au Moyen-Orient et de flambée des prix du pétrole. (AFP)
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  • Le Brent recule de 2,15 % à 87,07 dollars et le WTI de 2,43 % à 81,25 dollars, sur fond d’espoir d’une offre suffisante
  • L’AIE prévoit une baisse de la demande mondiale de pétrole de 1,6 million de barils par jour en 2026

WASHINGTON: Les cours du pétrole ont reculé jeudi, accrochés à l'espoir que les flux pétroliers mondiaux - y compris ceux en provenance du Moyen-Orient - suffisent à satisfaire une demande estimée en baisse.

Le prix du baril de Brent de la mer du Nord, pour livraison en octobre, a baissé de 2,15% à 87,07 dollars.

Son équivalent américain, le baril de West Texas Intermediate, pour livraison en septembre, a diminué de 2,43% à 81,25 dollars.

Les analystes restent partagés sur la quantité de pétrole qui parvient à franchir le détroit d'Ormuz, alors que les Etats-Unis et l'Iran multiplient les déclarations en affirmant chacun contrôler ce passage stratégique.

"On ne sait pas très bien aujourd'hui quelle quantité de pétrole transite réellement par le détroit d'Ormuz", souligne Arne Lohmann Rasmussen, de Global Risk Management.

Mais pour les experts d'Eurasia Group, ce qui est certain c'est que "les flux clandestins transitant par Ormuz soulagent la pression" du marché.

Une part croissante des tankers choisit de franchir ce passage avec les transpondeurs AIS - des appareils permettant la localisation des navires - éteints.

Bjarne Schieldrop, analyste chez SEB. juque qu'il passe "quotidiennement beaucoup plus de pétrole qu'on ne le pensait auparavant".

Le ministre américain de l'Energie, Chris Wright, avait affirmé mardi que "près de 9 millions de barils par jour" quittent actuellement le Golfe en passant par Ormuz, une estimation bien supérieure à celle de nombreux analystes.

La perspective de flux pétroliers importants s'ajoute à celle d'une demande moins importante que précédemment anticipé.

L'Agence internationale de l'énergie (AIE) a indiqué mercredi tabler pour 2026 sur une baisse de la consommation mondiale de pétrole de 1,6 million de barils par jour (mb/j) sur un an.

Sa précédente estimation envisageait un recul moindre, à hauteur de 1 mb/j.

Le opérateurs continuent aussi de surveiller les évolutions du côté des produits raffinés.

Les attaques houthies - une frappe de drones sur une raffinerie saoudienne a été revendiquée jeudi - et les frappes ukrainiennes sur les infrastructures énergétiques russes en mer Noire renchérissent le prix de certains dérivés du brut.

Mais "il est peu probable que des pénuries de produits surviennent à court terme", anticipent les analystes d'Eurasia Group. 


Marchés mondiaux: l'inflation américaine éclipse le pétrole et l'IA

Les marchés mondiaux ont les yeux tournés vers l'inflation américaine mercredi qui éclipse les moteurs habituels des algorithmes boursiers, la volatilité du pétrole et des valeurs de la tech. (AFP)
Les marchés mondiaux ont les yeux tournés vers l'inflation américaine mercredi qui éclipse les moteurs habituels des algorithmes boursiers, la volatilité du pétrole et des valeurs de la tech. (AFP)
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  • Des chiffres plus élevés que prévu pourraient accélérer la hausse des taux d'intérêt, d'abord sur le marché obligataire puis sur décision des banques centrales lors de leur prochaine réunion en septembre
  • "Les marchés s'attendent toujours à une hausse des taux de la Fed (Réserve fédérale américaine, ndlr) d'ici la fin de l'année, mais cette hausse est sans cesse repoussée : la probabilité d'un relèvement en septembre est actuellement d'environ 50%"

PARIS: Les marchés mondiaux ont les yeux tournés vers l'inflation américaine mercredi qui éclipse les moteurs habituels des algorithmes boursiers, la volatilité du pétrole et des valeurs de la tech.

"Environ 30% des économistes s'attendent à une publication de l'inflation inférieure à 3,4% (en glissement annuel), alors que seulement 12% d'entre eux anticipent une inflation plus élevée", d'après Florian Ielpo de la banque privée suisse Lombard Odier.

Des chiffres plus élevés que prévu pourraient accélérer la hausse des taux d'intérêt, d'abord sur le marché obligataire puis sur décision des banques centrales lors de leur prochaine réunion en septembre.

"Les marchés s'attendent toujours à une hausse des taux de la Fed (Réserve fédérale américaine, ndlr) d'ici la fin de l'année, mais cette hausse est sans cesse repoussée : la probabilité d'un relèvement en septembre est actuellement d'environ 50%", déclare aussi Florian Ielpo.

"Quelles que soient les données aujourd'hui, les risques haussiers pesant sur l'inflation ne disparaîtront pas", estime Ipek Ozkardeskaya de Swissquote.

"Outre l'énergie, la forte hausse des prix des puces devrait également continuer de maintenir la pression sur les prix à la consommation comme sur les prix à la production", poursuit-elle.

Bourses prudentes en Europe

En Europe vers 08H00 GMT, Francfort continuait sur sa lancée des derniers jours (+0,10%), tout comme Milan (+0,04%).

Londres (-0,20%) se repliait comme Paris (-0,33%) avec une baisse des ventes du titre du groupe de luxe Kering (-3,12%).

A Séoul, l'indice Kospi a bondi en clôture de 3,68%, à nouveau porté par une envolée des valeurs des groupes de puces mémoire (Samsung et SK Hynix), grâce aux bons résultats la veille à New York de CoreWeave (cloud).

Wall Street a cependant terminé en baisse.

"Oracle, Amazon et SpaceX ont perdu plus de 2%, rappelant que les +hyperscalers+ (géants de l'IA et du cloud, ndlr) restent vulnérables dès que le coût du capital se tend", souligne l'analyste John Plassard de Cité Gestion.

"Intel a poursuivi son recul après avoir relevé de 15 à 20 milliards de dollars le montant de son augmentation de capital. À l'inverse, Nvidia a fini sans tendance après avoir confirmé la mobilisation de 500 milliards de dollars de financements pour construire de nouvelles infrastructures d'intelligence artificielle", ajoute-t-il.

Dans l'ensemble, les marchés boursiers se montrent résilients.

"C'est assez étonnant de voir à quel point les marchés boursiers mondiaux parviennent actuellement à se détacher des foyers de crise géopolitique et à inscrire sans cesse de nouveaux records", observe depuis Francfort Andreas Lipkow de CMC Markets.

En Europe, malgré "les températures anormalement élevées de cet été, asséchant les fleuves et perturbant davantage les transports au sein du continent, les anticipations de bénéfices pour les entreprises du Stoxx 600 (indice européen, ndlr) ne cessent d'augmenter", relève également Ipek Ozkardeskaya.

Le pétrole toujours volatil

Le pétrole poursuivait sur une sixième journée de hausse à 89,50 dollars le baril de Brent de la mer du Nord (+0,66%) et 83,89 dollars le WTI américain (+0,83%) vers 08H00 GMT.

Les tensions se sont multipliées ces dernières heures au Moyen-Orient dissipant l'espoir d'un accord Iran/Etats-Unis encore évoqué mardi par le Pakistan, médiateur dans le conflit.

"Pendant ce temps, les réserves stratégiques de pétrole des États-Unis continuent de diminuer, et le FMI avertit que les prix actuels du pétrole brut ne reflètent pas la gravité du choc d'offre pétrolière que traverse le monde", selon Iepk Ozkardeskaya.

L'Agence internationale de l'énergie a indiqué mercredi qu'elle revoyait fortement en baisse sa prévision de la demande de pétrole en 2026.

Le dollar menacé 

Sur le marché monétaire, l'euro reste fort par rapport au dollar à 1,1538 dollar pour un euro, en raison "d'une nouvelle perte d'appétit pour les bons du Trésor américain" d'après Ipek Ozkardeskaya.

Malgré l'intervention américaine, le yen restait faible à quasiment 160 yen pour un dollar, ce qui "ne fait qu'ajouter de l'huile sur le feu, car la faiblesse du yen ravive les inquiétudes concernant les ventes de bons du Trésor américains par le Japon", d'après Ipek Ozkardeskaya.