Frankly Speaking: Pour Boeing, le carburant d'aviation durable est «la clé de la décarbonation de l'industrie»

Robert Boyd, expert en matière de SAF et responsable régional de la politique mondiale de durabilité et des partenariats de l'avionneur Boeing, lors de l'émission « Frankly Speaking », le talk-show hebdomadaire d'Arab News consacré à l'actualité. (Photo, AN)
Robert Boyd, expert en matière de SAF et responsable régional de la politique mondiale de durabilité et des partenariats de l'avionneur Boeing, lors de l'émission « Frankly Speaking », le talk-show hebdomadaire d'Arab News consacré à l'actualité. (Photo, AN)
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Publié le Dimanche 19 février 2023

Frankly Speaking: Pour Boeing, le carburant d'aviation durable est «la clé de la décarbonation de l'industrie»

Robert Boyd, expert en matière de SAF et responsable régional de la politique mondiale de durabilité et des partenariats de l'avionneur Boeing, lors de l'émission « Frankly Speaking », le talk-show hebdomadaire d'Arab News consacré à l'actualité. (Photo, AN)
  • Robert Boyd, responsable régional Politique mondiale de développement durable, affirme que l'industrie s'est engagée à décarboner ses activités au cours des trente prochaines années
  • Il appelle à investir dans le carburant durable, à remplacer les anciennes flottes et à améliorer les opérations et la gestion du trafic

DUBAÏ: Le secteur de l'aviation s'est engagé à décarboner, mais avec le trafic aérien qui doit tripler d'ici 2050, les énergies alternatives telles que l'électricité et l'hydrogène ne résoudront pas le défi. Les compagnies aériennes doivent remplacer leurs flottes, les aéroports doivent améliorer les structures de gestion du trafic aérien et le secteur doit investir dans un carburant aviation durable.

Toutefois, un « travail énorme » est nécessaire pour faire baisser les prix des SAF (Sustainable Aviation Fuel, carburant durable d’aviation), notamment plus de recherche et de développement, y compris technologique sur les matières premières. En outre, les SAF doivent être accessibles aux pays en développement afin d'avoir un impact au-delà des plus grands centres d'aviation. C'est ce qu'affirme Robert Boyd, expert en matière de SAF et responsable régional de la politique mondiale de durabilité et des partenariats de l'avionneur Boeing.

Lors de l'émission « Frankly Speaking », le talk-show hebdomadaire d'Arab News consacré à l'actualité, qui plonge au cœur de l'actualité régionale et s'entretient avec des décideurs politiques et des chefs d'entreprise de premier plan, il a déclaré : « La bonne nouvelle, c'est que le secteur de l'aviation dispose de plusieurs leviers d'action qui permettent essentiellement de relever le défi de la décarbonation au cours des vingt-huit prochaines années. »

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Le dirigeant de Boeing, Robert Boyd, interviewé par Katie Jensen sur Frankly Speaking. (Photo, AN)

Mais étant donné que « les limites technologiques ne permettent pas à l'hydrogène ou à l'électricité d'alimenter les avions gros porteurs et long-courriers, la SAF est la clé. »

Alors que le changement climatique occupe le devant de la scène de la Conférence des Nations unies sur le même sujet en Égypte, nombreux sont ceux qui se demandent si l'industrie aéronautique - actuellement responsable de 2,5 % des émissions mondiales - peut réellement passer au vert, ou si de réels progrès sont encore à attendre pendant des décennies.

« Dans un monde en décarbonation, si tous les secteurs ne le font pas au même rythme, alors le niveau des émissions de l'aviation ou du transport maritime est difficile à réduire », a-t-il précisé. « Il est donc absolument essentiel de décarboner. Il existe un plan clair pour parvenir à un taux net zéro d'ici 2050. Et cela peut se faire de plusieurs façons. »

« Le plus évident est celui des nouveaux avions. Un nouvel avion peut être de 20 à 25 % plus économe en carburant que son prédécesseur. »

Boyd a qualifié ces chiffres de « significatifs », soulignant que quelque 25 tonnes de dioxyde de carbone peuvent être économisées par jour en utilisant la meilleure flotte moderne de sa catégorie. « Cela peut représenter quelques centaines de milliers de tonnes de CO2 au cours de sa durée de vie. Nous devons donc nous assurer que nous utilisons la flotte moderne la plus efficace, qui pourrait obtenir un dividende de CO2 de 15 à 25 % au niveau mondial. Ce n'est pas rien ».

Il a cité les rendements opérationnels comme une autre opportunité d'amélioration. « L'aviation planche sur ce sujet depuis plusieurs années, voire des décennies. Un grand nombre d'améliorations opérationnelles faciles sont déjà là. Elles sont intégrées dans la technologie que nous utilisons aujourd'hui », a-t-il déclaré.

Les améliorations de la gestion du trafic aérien offrent une autre possibilité, mais ces solutions ont des limites, selon Boyd, et ne résoudront pas le problème des émissions de l'aviation. « Le principal problème est de remplacer la source d'énergie par quelque chose de durable. C'est là que nous mettons l'accent sur le carburant durable pour l'aviation, car c'est lui qui fera le gros du travail de décarbonation jusqu'en 2050. »

Qu'en est-il de l’électricité ou l’hydrogène comme remplacement potentiel du kérosène ? « Ces théories sont vraiment passionnantes, et il faut continuer à y travailler, mais elles ne résoudront pas, à elles seules, le défi de la décarbonisation », a déclaré Boyd à l'animatrice de « Frankly Speaking », Katie Jensen.

« Aujourd'hui, les trois quarts environ de toutes les émissions internationales proviennent des vols long-courriers à fuselage large, et les limites technologiques ne permettent pas encore d'utiliser l'hydrogène ou l'électricité dans cet espace. Ce sera peut-être le cas en temps voulu, mais ce n'est pas une solution viable aujourd'hui. La SAF est donc la clé pour les trente prochaines années ».

Le problème de la SAF est bien sûr son prix : plus du double du prix du kérosène ordinaire, sans compter qu'il est en quantité limitée. Les chiffres de 2019 montrent que le SAF ne représentait que 0,1 % de la consommation mondiale de carburant de l’aviation, alors que l'objectif pour 2025 était de 2 %.

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La flambée des prix du carburéacteur a entravé les efforts des compagnies aériennes pour rebondir après deux ans de pandémie de Covid-19. Le coût du carburant d'aviation durable est actuellement le double de celui du carburéacteur ordinaire. (Photo, AFP)

Dans ces circonstances, les gouvernements doivent-ils intervenir et subventionner, ou les voyageurs seront-ils contraints de payer plus cher ?

« Nous évoquons de manière très positive le carburant aviation durable et son potentiel. Mais ce réalisme sur la situation actuelle est vraiment important car il montre l'ampleur du défi qui nous attend », a dit Boyd. « Ce qu'il faudra, c'est une croissance exponentielle. Nous sommes sur la bonne voie pour atteindre entre 4 et 6 milliards de litres de SAF d'ici 2025. Mais cela laisse encore une énorme montagne à gravir en termes de mise à niveau. »

Cela dit, Boyd reconnaît qu'il existe de gros obstacles à une augmentation plus rapide. « Le coût, sans aucun doute. Si la SAF était à parité de coût aujourd'hui et si elle était disponible, toutes les compagnies aériennes l'utiliseraient. Nous devons profiter de l'efficacité de la mise à niveau. Cela ne fait que commencer. Il y a une énorme quantité de travail, une sorte de recherche, de développement et de technologie, un travail de technologie pure sur les matières premières, qui peut faire baisser certains de ces prix », a-t-il poursuivi.

Il a fait référence aux États-Unis comme un bon exemple, où la loi sur la réduction de l'inflation de 2022 « fournit une énorme incitation à développer l'hydrogène vert et les carburants renouvelables pour des utilisations au sol et dans l'air, en particulier. Une vague d'approvisionnement est en train de déferler. Et avec cela, je m'attends à ce que nous ayons de meilleurs prix. « 

Boyd se dit également optimiste quant à l'approvisionnement en SAF. « Les installations existantes sont en expansion et de nouvelles sont en cours de développement. Certaines d'entre elles commencent à être mises en service maintenant, en 2022 », a-t-il déclaré. « Il y en aura d'autres en 2023, jusqu'en 2025 et au-delà. Nous avons une visibilité, d’une précision respectable, jusqu'en 2027 environ. »

On parle d'avions à hydrogène, mais l'hydrogène nécessite une grande zone de stockage, ce qui exigerait une refonte complète d'un avion. Que pense Boyd du potentiel de ce carburant à zéro émission ?

« Il est certain qu'il y a beaucoup de travail en cours avec l'hydrogène. Il y a encore beaucoup à apprendre dans ce domaine. Il est exact de dire que nous sommes en mesure de le faire », a-t-il déclaré. « Mais que se passe-t-il si l'avion a une apparence radicalement différente ? De plus, essayer de redessiner totalement les aéroports pourrait changer toute l'efficacité de l'aviation en termes de restrictions sur la façon de ravitailler un avion à hydrogène. Il y a déjà des trillions de dollars d'infrastructures de carburant, soit dans le sol, soit dans des pipelines allant aux aéroports. »

Selon lui, il s'agit là de « questions vraiment complexes » auxquelles il faut répondre avant de pouvoir avoir une discussion sensée sur le réalisme de l'hydrogène comme solution pour l'aviation à l'horizon 2050-2100. Cela ne veut « certainement pas dire qu'il ne faut pas poursuivre les travaux dans ce domaine, mais ce ne sera pas la solution miracle ».

Boyd pense-t-il que les réductions de carbone dont on parle à la COP27 et à d'autres grands événements changeront l'avenir d'aéroports tels que l'aéroport NEOM en Arabie saoudite ? « Si vous construisez un tout nouvel aéroport, vous devez vous projeter dix ou quinze ans en avant. Qu'est-ce qui est susceptible d'être faisable, plausible ou réellement mis en œuvre, par exemple, faut-il intégrer un système d'approvisionnement en hydrogène dans l'aéroport ? Il est beaucoup plus facile de faire cela au moment de la construction de l'aéroport que de rénover. »

Boyd n'exclut pas l'idée de rééquiper les transporteurs, ce dans quoi Ryanair a investi environ 200 millions de dollars. Il cite l'exemple de l'éco-démonstrateur, un programme qui permet à Boeing de racheter un avion existant à un opérateur. « Nous l'avons configuré comme un laboratoire expérimental, en mettant toutes sortes de technologies à bord pour tester tout et n'importe quoi. Environ trois cents technologies différentes ont été testées sur l'éco-démonstrateur au cours de la dernière décennie. Nombre d'entre elles sont introduites dans les avions aujourd'hui. »

Il a également évoqué la manière dont Boeing tente de rendre les avions plus légers et plus économes en carburant, et s'est demandé si cela allait changer le vécu des voyageurs. « Les gens n'apprécient peut-être pas la quantité de fibre de carbone qui se trouve dans un Boeing, un Dreamliner ou un 787. Mais c'est énorme en termes de poids », a-t-il déclaré. « Elle est incroyablement solide et incroyablement légère, permet la quantité appropriée de flexion, ce qui peut donner de meilleures propriétés aérodynamiques aux ailes. »

À l'heure actuelle, la plupart des émissions de l'aviation proviennent des pays développés, mais l'avenir de la croissance devrait se situer dans les pays en développement. Auront-ils les moyens de nations comme les États-Unis et l'Europe pour financer la réduction des émissions ? « C'est la raison pour laquelle la décarbonation est essentielle », a déclaré M. Boyd. « Il faut dissocier le dioxyde de carbone de l'aviation elle-même ».

« Si nous nous concentrons sur quelques pays (industriels avancés) et pensons que le travail est terminé, ce n'est pas du tout le cas. La même dynamique doit s'appliquer à la Chine, à l'Inde, à certaines parties de l'Asie, à toute l'Asie. Il existe des régions à croissance rapide comme l'Indonésie, le Bangladesh, l'Amérique du Sud et l'Afrique. Il est important de veiller à ce qu’aucun pays ne soit laissé pour compte ».

Ce texte est la traduction d'un article paru sur Arabnews.com


Flambée historique du pétrole, la guerre au Moyen-Orient fait s'envoler les cours de 30%

Le baril de pétrole a flambé lundi de 30% en quelques heures et tutoyé brièvement 120 dollars. (Reuters)
Le baril de pétrole a flambé lundi de 30% en quelques heures et tutoyé brièvement 120 dollars. (Reuters)
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  • Vers 06H30 GMT, le baril de West Texas Intermediate (WTI, référence du marché américain), s'envolait de 15,51%, à 104,96 dollars
  • Plus tôt dans les échanges asiatiques, il avait flambé de plus de 30% à 119,48 dollars

NEW YORK: Le baril de pétrole a flambé lundi de 30% en quelques heures et tutoyé brièvement 120 dollars, envolée historique dans un marché paniqué par la prolongation du conflit au Moyen-Orient, le blocage du détroit d'Ormuz et les dommages aux infrastructures énergétiques.

Envolée du brut, "petit prix à payer" selon Trump

Vers 06H30 GMT, le baril de West Texas Intermediate (WTI, référence du marché américain), s'envolait de 15,51%, à 104,96 dollars. Plus tôt dans les échanges asiatiques, il avait flambé de plus de 30% à 119,48 dollars.

Le baril de Brent de la mer du Nord, référence du marché mondial, gonflait de 17,42% à 108,82 dollars, après avoir dépassé dépassé 119 dollars.

Depuis le début de l'offensive américano-israélienne contre l'Iran, le WTI s'est apprécié de quelque 60%, du jamais vu sur une période aussi courte.

Même l'invasion de l'Ukraine par la Russie, qui avait vu le baril grimper jusqu'à 130,50 dollars début mars 2022, n'avait pas provoqué de mouvements aussi violents.

Au dixième jour du conflit, les marchés de l'énergie restent suspendus aux développements au Moyen-Orient, où le détroit d'Ormuz, par lequel transite environ 20% de l'offre mondiale de pétrole et gaz naturel liquéfié (GNL), reste quasi-paralysé.

Alors que la flambée sans précédent des cours pénalise déjà les consommateurs américains, Donald Trump a rapidement réagi sur son réseau Truth Social, déclarant que ce coup de chaud était un "tout petit prix à payer pour la paix et la sécurité des Etats-Unis et du monde".

Ormuz bloqué, production en berne

Certes, vendredi, l'Agence américaine de développement DFC a annoncé la mise en place d'un mécanisme de réassurance pour faciliter la couverture des risques liés au passage du détroit d'Ormuz, jusqu'à 20 milliards de dollars.

Les Etats-Unis collaborent actuellement avec des armateurs qui souhaitent faire sortir leurs tankers du Golfe persique, a insisté dimanche le ministre américain de l'Energie Chris Wright.

"Dans les premiers temps, ces navires seront probablement sous protection militaire américaine", a-t-il ajouté, prévoyant un retour du trafic à la normale "dans un avenir relativement proche".

Mais ces signaux n'ont pas suffi à rassurer: par peur d'attaques, la circulation reste quasi-paralysée dans le détroit --des informations de presse mentionnant seulement le passage de quelques navires s'identifiant comme chinois.

"Les perturbations de l'approvisionnement s'intensifient, les données de suivi des navires confirmant l'arrêt du trafic maritime", observe Lloyd Chan, de la banque MUFG, parlant de "choc pétrolier".

Surtout, l'extension du conflit exacerbe les inquiétudes sur la production d'hydrocarbures.

L'Arabie saoudite a notamment encore intercepté lundi plusieurs drones qui se dirigeaient vers le gisement de pétrole de Shaybah, dans le sud-est du pays, déjà attaqué la veille.

"Les Émirats arabes unis, le Koweït et l'Irak ont réduit leur production de pétrole, l'Irak annonçant une baisse d'environ 3 millions de barils/jour" et "les frappes israéliennes ciblant des installations de stockage de carburant clés en Iran renforcent les risques", souligne M. Chan.

Crainte d'un choc économique

En Asie, très dépendante des hydrocarbures du Moyen-Orient, la flambée du pétrole a fait dévisser lundi les places boursières, de Tokyo à Taipei en passant par Séoul.

Particulièrement exposée, la Corée du Sud est le quatrième plus gros importateur de brut, et son économie repose sur une industrie tech très énergivore. le Japon est le cinquième plus gros pays importateur.

"Le Japon et la Corée sont des moteurs industriels géants qui fonctionnent au pétrole importé. Lorsque le prix du brut flambe, il se répercute directement sur les entreprises: les coûts des intrants explosent, les anticipations d'inflation grimpent", note Stephen Innes, de SPI Asset Management.

Des signes de tensions apparaissent: la Chine a demandé la semaine dernière à ses principaux raffineurs de suspendre leurs exportations de gazole et d'essence, selon Bloomberg. Et la presse nippone indique que Tokyo réfléchit à ouvrir ses réserves pétrolières stratégiques.

Les Etats-Unis pourraient également élargir la levée temporaire des sanctions sur le pétrole russe pour soulager le marché, après avoir accordé une première autorisation à l'Inde, jeudi.

Les ministres des Finances du G7 doivent par ailleurs se réunir en visioconférence lundi, et selon le Financial Times, ils pourraient discuter d'un possible recours coordonnée à leurs réserves pétrolières stratégiques respectives.

L'information contribuait à la modération de l'envolée du brut en fin d'échanges asiatiques.

 


Avec la guerre au Moyen-Orient, la peur de l'inflation est de retour sur les marchés

La bourse coréenne le 3 mars 2026. (AFP)
La bourse coréenne le 3 mars 2026. (AFP)
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  • En Europe, la Bourse de Paris a perdu 3,46%, Londres 2,75% et Francfort 3,44%. Milan a reculé de 3,92%.
  • A Wall Street, vers 16H50 GMT, le Dow Jones cédait 1,38%, l'indice Nasdaq a pris 1,32% et l'indice élargi S&P 500 1,28%.

PARIS: Bourses qui vacillent, taux d'intérêt en hausse... avec la flambée du prix des hydrocarbures provoquée par la guerre au Moyen-Orient, la peur de l'inflation est de retour sur les marchés.

En Europe, la Bourse de Paris a perdu 3,46%, Londres 2,75% et Francfort 3,44%. Milan a reculé de 3,92%.

A Wall Street, vers 16H50 GMT, le Dow Jones cédait 1,38%, l'indice Nasdaq a pris 1,32% et l'indice élargi S&P 500 1,28%.

"Les investisseurs craignent un choc d'inflation, en raison de la flambée des prix des hydrocarbures provoquée par le conflit au Moyen-Orient", explique à l'AFP Kevin Thozet, membre du comité d'investissement chez Carmignac.

En Europe, particulièrement dépendante de ses importations de gaz et de pétrole, le spectre de la crise inflationniste provoquée en 2022 par l'invasion de l'Ukraine par la Russie plane.

Le gaz s'enflamme

Au quatrième jour de l'offensive israélo-américaine contre l'Iran, Téhéran attaque mardi des sites liés aux Etats-Unis dans le Golfe, et Israël continue de bombarder "simultanément" l'Iran et le Liban.

Le conflit provoque depuis le début de la semaine une forte hausse du prix des hydrocarbures, en raison des perturbations de l'approvisionnement via le passage stratégique par lequel transite environ 20% du pétrole et du gaz naturel liquéfié (GNL) mondial.

Un général des Gardiens de la Révolution iraniens a d'ailleurs menacé lundi de "brûler tout navire" tentant de franchir le détroit.

Vers 16H50 GMT, le prix du baril de Brent de la mer du Nord prenait 7,07% à 83,24 dollars, après avoir dépassé les 85 dollars au cours de la séance, son niveau le plus élevé depuis juillet 2024. Son équivalent américain, le baril de West Texas Intermediate gagnait 7,34% à 76,46  dollars.

Le prix du gaz européen s'enflamme aussi, le contrat à terme du TTF néerlandais, considéré comme la référence du gaz naturel sur le Vieux Continent, bondissant de 20,69% à 53,71 euros. Depuis le début de l'année, il a grimpé de plus de 90%.

Cette flambée du prix de l'énergie ravive "la crainte que, même si cette guerre reste localisée, elle puisse avoir un fort impact sur la croissance européenne et raviver l'inflation", a relevé Neil Wilson, analyste de Saxo Markets.

Les taux d'intérêt en hausse en Europe

"La question est: revenons-nous à un scénario similaire à 2022, où la flambée des prix de l'énergie avait déclenché une vague massive d'inflation frappant l'économie mondiale ?", s'interroge Kathleen Brooks, analyste de XTB.

En Europe, le risque de "stagflation", une hausse des prix avec une croissance faible, inquiète les investisseurs.

"Une hausse des prix de l'énergie exerce une pression à la hausse sur l'inflation, en particulier à court terme", a déjà déclaré Philip Lane, chef économiste de la BCE, dans une interview accordée au Financial Times.

Et "une potentielle hausse de l'inflation pourrait mettre en péril les baisses de taux des banques centrales", complète David Kruk, responsable du trading de La Financière de l'Échiquier, interrogé par l'AFP.

Résultat, les taux d'intérêt des dettes d'Etat, pourtant considérées traditionnellement comme des valeurs refuge en cas d'incertitude, grimpent, particulièrement sur le Vieux Continent.

Une inflation plus élevée réduit en effet la valeur réelle des sommes versées par un emprunteur à ses créanciers. Ces derniers exigent par conséquent des taux d'intérêt plus élevés pour compenser cette perte.

Le taux d'intérêt à échéance dix ans de la dette allemande, référence en Europe, a bondi de près de 0,10 points de pourcentage durant la séance, avant de modérer ses gains à 0,03 point, à 2,74%.

Son équivalent français a lui grimpé de 0,08 point par rapport à la veille, atteignant un taux de 3,37%. Vendredi, avant le début de la guerre en Iran, il évoluait autour de 3,20%. L'obligation italienne, aussi à échéance dix ans, a bondi de 0,10 point de pourcentage, à 3,45%.

Hors zone euro, le taux d'intérêt britannique a atteint  4,46%, contre 4,37% lundi soir.

Les craintes des investisseurs sur l'économie européenne profitent en revanche au dollar, qui bondissait de 0,74% face à la monnaie unique européenne, à 1,1604 dollar pour un euro. D'ailleurs, aux États-Unis, plus autonome d'un point de vue énergétique, l'obligation à dix ans restait stable.

L'or est en revanche délaissé : l'once perdait 4,13% à 5.102,16 dollars.

 

 


Trump menace de «cesser tout commerce» avec l'Espagne, «très peu coopérative»

Donald Trump a menacé mardi de "cesser tout commerce avec l'Espagne", lui reprochant son refus de laisser les Etats-Unis utiliser des bases militaires situées en Andalousie pour leur guerre contre l'Iran et ses dépenses militaires qu'il juge insuffisantes. (AFP)
Donald Trump a menacé mardi de "cesser tout commerce avec l'Espagne", lui reprochant son refus de laisser les Etats-Unis utiliser des bases militaires situées en Andalousie pour leur guerre contre l'Iran et ses dépenses militaires qu'il juge insuffisantes. (AFP)
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  • "Nous allons cesser tout commerce avec l'Espagne. Nous ne voulons pas entendre parler de l'Espagne"
  • "C'est le seul pays de l'Otan qui n'a pas accepté de consacrer 5%" de son PIB à des dépenses en matière de Défense, comme le veut le nouvel objectif de l'Otan poussé par Washington

WASHINGTON: Donald Trump a menacé mardi de "cesser tout commerce avec l'Espagne", lui reprochant son refus de laisser les Etats-Unis utiliser des bases militaires situées en Andalousie pour leur guerre contre l'Iran et ses dépenses militaires qu'il juge insuffisantes.

"Nous allons cesser tout commerce avec l'Espagne. Nous ne voulons pas entendre parler de l'Espagne", a déclaré le président américain depuis la Maison Blanche, où il reçoit le dirigeant d'un autre pays européen, le chancelier allemand Friedrich Merz.

"L'Espagne a été terrible", a attaqué Donald Trump, en reprochant au gouvernement socialiste de Pedro Sanchez de refuser à l'aviation américaine l'accès à des bases militaires situées dans le sud du pays pour sa campagne militaire contre l'Iran.

"C'est le seul pays de l'Otan qui n'a pas accepté de consacrer 5%" de son PIB à des dépenses en matière de Défense, comme le veut le nouvel objectif de l'Otan poussé par Washington, a-t-il aussi rappelé.

"L'Espagne a été très, très peu coopérative", a encore regretté Donald Trump.

Dans une conférence de presse donnée plus tôt dans la journée, le ministre des Affaires étrangères espagnol José Manuel Albares a déclaré n'avoir "eu aucune conversation avec aucun représentant nord-américain, ni aucune demande" au sujet des bases militaires de Rota et Moron.

"Nous n'avons reçu aucune plainte", a-t-il insisté.

"Les bases que nous utilisons conjointement avec les États-Unis sont des bases sous souveraineté espagnole", a rappelé le ministre. "Et c'est dans le cadre de notre souveraineté et du traité signé avec les Etats-Unis qu'elles peuvent être utilisées."