Nazisme: face au passé, l'Alsace commence à «sortir du malaise»

Rassemblement Nazi à Strasbourg, place Kléber (photo, domaine public)
Rassemblement Nazi à Strasbourg, place Kléber (photo, domaine public)
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Publié le Samedi 29 octobre 2022

Nazisme: face au passé, l'Alsace commence à «sortir du malaise»

  • A la différence du reste de la France occupée, la région a été annexée par le Reich qui considérait le territoire et ses habitants comme allemands
  • Dans cette région frontalière où l'on a changé quatre fois de nationalité entre 1871 et 1945, l'annexion hitlérienne est un sujet douloureux, dont certains aspects ont longtemps été tus

STRASBOURG : «On sort du malaise»: plus de 80 ans après son annexion de fait par le IIIe Reich, l'Alsace regarde en face son douloureux passé sous la botte hitlérienne, alors que se multiplient expositions, livres et conférences sur un sujet qui demeure «sensible».

«Il y a une prise de conscience et une volonté de prendre en charge ce passé qu'on voulait ignorer», analyse le sociologue Freddy Raphaël, spécialiste du judaïsme alsacien.

Le sujet reste «sensible» mais «on est en train de sortir du malaise», abonde Catherine Maurer, enseignante d'histoire contemporaine à l'Université de Strasbourg.

Dès les années 70, des chercheurs s'étaient penchés sur l'histoire de l'annexion de l'Alsace-Moselle (1940-1944). A la différence du reste de la France occupée, la région a été annexée par le Reich qui considérait le territoire et ses habitants comme allemands.

Plusieurs ouvrages ont ainsi été consacrés au Struthof (unique camp de concentration nazi en France, installé par les nazis en 1941 non loin de Strasbourg), ou au drame des incorporés de force, les 130.000 «malgré-nous» versés dans l'armée allemande.

Mais dans cette région frontalière où l'on a changé quatre fois de nationalité entre 1871 et 1945, l'annexion hitlérienne est un sujet douloureux, dont certains aspects ont longtemps été tus.

- «Germanité» -

«Il y a une part de non-dit qui naît après guerre», «on ne souhaite plus parler vraiment de cette période», explique Jérôme Schweitzer, conservateur à la Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg (BNUS), où il a monté avec Mme Maurer l'exposition «Face au nazisme. Le cas alsacien» à l'occasion des 80 ans de l'incorporation de force (1942).

Parmi les thèmes explorés jusqu'au 15 janvier: la propagande sur la «germanité» de l'Alsace, la «culture au service de l'idéologie» ou encore la résistance alsacienne au nazisme. L'épineuse question des «ralliés», ces Alsaciens qui ont épousé, par conviction, la doctrine national-socialiste, est également abordée.

De nombreux documents d'époque sont exposés, comme des affiches de propagande, ainsi qu'un plan de Strasbourg aux noms nazifiés, à l'image de l'actuelle place Broglie, alors baptisée «place Adolf-Hitler».

«Il n'y a sans doute jamais eu» dans la région «d'exposition de cette ampleur sur le sujet», estime Mme Maurer.

Elle coïncide avec une actualité dense autour de l'annexion, alors qu'on dénombre actuellement pas moins de six expositions sur le sujet en Alsace.

En mai, le rapport de l'Université de Strasbourg sur la faculté de médecine de la Reichsuniversität nazie avait déjà fait grand bruit en passant au crible les «crimes médicaux de guerre» commis en son sein, notamment des «expérimentations humaines».

Auparavant, les livres de deux pasteurs («La demeure du silence», de Gérard Janus et «Ces protestants alsaciens qui ont acclamé Hitler», de Michel Weckel), pointant les compromissions d'une partie du monde protestant local avec le nazisme, avaient suscité des remous.

- «Victimaire» -

L'an passé, un ouvrage avait levé le voile sur les affinités d'extrême-droite et les fonctions sous Vichy de Pierre Pflimlin, ex-maire de Strasbourg et figure de la IVe République («La face cachée de Pierre Pflimlin», par  Claude Mislin).

«Nous sommes à un moment où des choses surgissent», constate Michel Weckel. L'Alsace a «souffert du joug nazi» mais a eu «un peu tendance à se positionner de manière victimaire», estime le pasteur, qui appelle à ne pas occulter les pans «plus sombres».

Des aspects que Freddy Raphaël, aujourd'hui âgé de 86 ans, a cherché à pointer il y a quelques dizaines d'années avec un «groupe informel» d'historiens et de sociologues. «La nuit, je recevais des appels anonymes pour me dire +les fours sont encore chauds+ ou me traiter de +Nestbeschmutzer+ (littéralement en allemand : «celui qui salit le nid»), se souvient-il.

Depuis, le temps a passé, autorisant un rapport moins passionnel, «plus ouvert» à cette période, estime Mme Maurer. L'ouverture fin 2015 des archives de Vichy a aussi offert aux chercheurs de nouvelles perspectives, insiste-t-elle.

«L'histoire de l'Alsace a longtemps fait partie d'une sorte de déni», relève Jérôme Schweitzer, et des champs de recherche «restent inexplorés». Sur cette période, son histoire «n'est pas encore écrite».


Immigration clandestine: Londres et Paris prolongent un accord, le temps de finaliser leurs négociations

Londres et Paris vont prolonger de deux mois leur accord de coopération sur les contrôles de traversées de migrants par la Manche vers le Royaume-Uni, a annoncé mardi le Home Office britannique, en attendant de finaliser des négociations difficiles sur un nouveau partenariat. (AFP)
Londres et Paris vont prolonger de deux mois leur accord de coopération sur les contrôles de traversées de migrants par la Manche vers le Royaume-Uni, a annoncé mardi le Home Office britannique, en attendant de finaliser des négociations difficiles sur un nouveau partenariat. (AFP)
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  • "Alors que les négociations en vue de la finalisation d'un accord franco-britannique amélioré se poursuivent, les contrats opérationnels ont été prolongés de deux mois afin de fournir des capacités françaises en matière de maintien de l'ordre"
  • Pour cela, Londres va fournir un financement de 16,2 millions de livres (18,5 millions d'euros)

LONDRES: Londres et Paris vont prolonger de deux mois leur accord de coopération sur les contrôles de traversées de migrants par la Manche vers le Royaume-Uni, a annoncé mardi le Home Office britannique, en attendant de finaliser des négociations difficiles sur un nouveau partenariat.

Le traité de Sandhurst, signé en 2018 entre Londres et Paris, prévoit que le Royaume-Uni finance une partie des actions menées par la France pour sécuriser la frontière, car c'est sur le sol français que se déroulent les contrôles des personnes en partance pour le Royaume-Uni.

Il avait été prolongé de trois ans en 2023, et devait expirer ce mardi à minuit.

Depuis des mois, les deux gouvernements négocient âprement une nouvelle prolongation, mais sont en désaccord sur les objectifs la future contribution financière du Royaume-Uni.

"Alors que les négociations en vue de la finalisation d'un accord franco-britannique amélioré se poursuivent, les contrats opérationnels ont été prolongés de deux mois afin de fournir des capacités françaises essentielles en matière de maintien de l'ordre et de surveillance", a indiqué mardi le ministère britannique de l'Intérieur dans un communiqué.

Pour cela, Londres va fournir un financement de 16,2 millions de livres (18,5 millions d'euros), a-t-il précisé.

Depuis 2023, le Royaume-Uni a versé 540 millions d'euros à la France dans le cadre du traité, selon Paris.

L'an passé, 41.472 migrants ont entrepris la traversée périlleuse de la Manche depuis la France, soit le deuxième nombre le plus élevé après le record de 45.774 enregistré en 2022, selon les données du Home Office. Au moins 29 migrants ont péri en mer en 2025, selon un comptage effectué par l'AFP à partir de sources officielles françaises et britanniques.

Le gouvernement travailliste de Keir Starmer est sous pression pour réduire ces traversées, dans un contexte de montée du parti anti-immigration Reform UK de Nigel Farage.

"Notre collaboration avec la France a permis d'empêcher 42.000 tentatives de traversées de la Manche par des migrants illégaux", a rappelé mardi la ministre britannique de l'Intérieur Shabana Mahmood, citée dans le communiqué.

Selon plusieurs médias britanniques, Londres souhaiterait conditionner le versement d'une contribution financière à l'atteinte d'un objectif d'interception d'embarcations supérieur à celui constaté actuellement.

La France s'y oppose, mettant en avant le droit international de la mer qui donne la priorité à la sécurité des embarcations et de leurs passagers.

 


Moyen-Orient : la France «s'étonne» des reproches de Trump sur l'interdiction de survol de son territoire

La France a dit mardi "s'étonner" des reproches de Donald Trump, qui l'a accusée de se montrer "très peu coopérative" dans la guerre contre l'Iran en interdisant le survol de son territoire par "des avions à destination d'Israël chargés d'équipement militaire". (AFP)
La France a dit mardi "s'étonner" des reproches de Donald Trump, qui l'a accusée de se montrer "très peu coopérative" dans la guerre contre l'Iran en interdisant le survol de son territoire par "des avions à destination d'Israël chargés d'équipement militaire". (AFP)
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  • "Nous confirmons cette décision qui est conforme à la position française depuis le début de ce conflit", a dit l'Elysée à la presse en réponse à un message du président sur les réseaux sociaux.
  • "La France n'a pas changé de position depuis le premier jour", a ajouté la présidence française

PARIS: La France a dit mardi "s'étonner" des reproches de Donald Trump, qui l'a accusée de se montrer "très peu coopérative" dans la guerre contre l'Iran en interdisant le survol de son territoire par "des avions à destination d'Israël chargés d'équipement militaire".

"Nous confirmons cette décision qui est conforme à la position française depuis le début de ce conflit", a dit l'Elysée à la presse en réponse à un message du président sur les réseaux sociaux. "La France n'a pas changé de position depuis le premier jour", a ajouté la présidence française.

"Nous nous étonnons de ce tweet" de Donald Trump, a-t-elle encore affirmé.

Paris n'avait pas annoncé officiellement ou publiquement d'interdiction de survol de son territoire pour les appareils américains impliqués dans le conflit, comme l'a en revanche fait l'Espagne.

La France avait autorisé les Etats-Unis à poser des avions ravitailleurs sur sa base méridionale d'Istres début mars après avoir obtenu la garantie qu'ils ne participaient aux opérations menées en Iran.

"La France n'a pas laissé des avions à destination d'Israël, chargés d'équipement militaire, survoler le territoire français. La France a été TRES PEU COOPERATIVE en ce qui concerne le +boucher iranien+ qui a été éliminé avec succès", a écrit le président américain sur son réseau Truth Social.

 


Macron attendu à Tokyo, le conflit au Moyen-Orient en toile de fond

Le président français Emmanuel Macron à l’Élysée, à Paris, le 24 mars 2026. (AFP)
Le président français Emmanuel Macron à l’Élysée, à Paris, le 24 mars 2026. (AFP)
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  • Le président Emmanuel Macron entame une visite au Japon pour renforcer les partenariats franco-japonais dans le nucléaire civil, l’innovation technologique et spatiale, et discuter de la crise au Moyen-Orient
  • Le président Emmanuel Macron entame une visite au Japon pour renforcer les partenariats franco-japonais dans le nucléaire civil, l’innovation technologique et spatiale, et discuter de la crise au Moyen-Orient

TOKYO: Emmanuel Macron doit entamer mardi une visite au Japon qui vise a renforcer les partenariats franco-japonais dans le nucléaire civil ou l'innovation technologique et spatiale, mais qui est aussi percutée par la guerre au Moyen-Orient.

Le président français est attendu à 17H30 locales (08H30 GMT) à Tokyo, avant une soirée dédiée à la culture populaire nippone et une rencontre prévue avec Kunihiko Moriguchi, peintre réputé de kimonos.

Les échanges économiques et politiques auront lieu mercredi tandis que le couple présidentiel déjeunera avec l'Empereur Naruhito et l'Impératrice jeudi.

S'il s'agit de son quatrième déplacement dans l'archipel, c'est la première fois qu'Emmanuel Macron s'y rend pour une visite pleinement consacrée aux relations avec le Japon. Et ce sera mercredi son "premier entretien à part entière" avec la Première ministre japonaise Sanae Takaichi, après un échange en marge du G20 à l'automne, relève un responsable de la diplomatie japonaise.

Ce responsable a évoqué, parmi les attentes, "la poursuite des communications en vue d'un apaisement rapide de la situation en Iran".

"La crise au Moyen-Orient sera au cœur de nos échanges", a confirmé la présidence française avant le voyage. Les deux dirigeants discuteront de la "façon dont on peut essayer de trouver des solutions communes", a-t-elle ajouté, insistant sur une possible coopération autour d'une initiative française pour rallier une coalition de "volontaires" sur le sujet du détroit d'Ormuz.

Le conflit déclenché il y a un mois par les Etats-Unis et Israël contre l'Iran, et la riposte de Téhéran, ont provoqué le blocage de facto de cet étroit passage maritime dans le Golfe par lequel transite, en temps normal, une grande part des importations de pétrole du Japon mais aussi de la Corée du Sud, où Emmanuel Macron doit se rendre ensuite jeudi et vendredi.

- "Attractivité" -

Ces deux pays asiatiques ont signé avec une vingtaine d'autres, dont la France, une déclaration d'Etats se disant "prêts à contribuer aux efforts" pour accompagner la réouverture du détroit, mais quand les armes se seront tues.

Le G7, présidé cette année par la France qui organisera un sommet en juin, et dont est également membre le Japon, multiplie aussi les messages communs, dont une déclaration lundi pour se dire déterminé à "prendre toutes les mesures nécessaires" pour stabiliser le marché de l'énergie face à la flambée des cours du brut.

Emmanuel Macron, qui a longtemps mis en avant sa capacité à discuter avec son homologue américain Donald Trump avec lequel les relations semblent toutefois s'être tendues dernièrement, pourra échanger à cet égard avec Sanae Takaichi.

La dirigeante japonaise, devenue en octobre la première femme à la tête de l'archipel, s'est imposée avec des positions ultranationalistes et conservatrices et n'a pas ménagé ses efforts pour afficher ses affinités avec le milliardaire républicain.

Au-delà de la crise géopolitique, le président français compte sur cette visite pour mettre l'accent sur "l'attractivité de la France", selon son entourage. Accompagné de nombreux chefs d'entreprises françaises, il doit rencontrer mercredi, en marge d'un forum économique, les dirigeants de Softbank, champion des investissements dans l'intelligence artificielle, de Iwatani, l'entreprise japonaise qui a investi dans la start-up lyonnaise Carester, ou encore du fabricant d'équipements pour la recherche Horiba.

Les deux pays entendent aussi signer une feuille de route en matière de nucléaire civil au Japon, dans la lignée d'une coopération déjà bien établie. Et renforcer les partenariats dans le domaine spatial, la recherche et les "technologies de rupture".

En présence de plusieurs ministres français, dont ceux de la Défense et des Affaires étrangères Catherine Vautrin et Jean-Noël Barrot, un volet consacré à la sécurité est aussi prévu.

Emmanuel Macron arrive à Tokyo en plein pic de floraison des emblématiques cerisiers du Japon, moment fort de l'année. Mais l'instant espéré de "hanami", ou observation des fleurs, pourrait être gâché par la pluie attendue trois jours durant dans la capitale japonaise.