Entre Elisabeth II et la France, une surprenante histoire d’amour

Le président français, le général Charles de Gaulle avec La reine britannique Elizabeth II au Palais de Buckingham, le 5 Avril 1960. (Photo AFP)
Le président français, le général Charles de Gaulle avec La reine britannique Elizabeth II au Palais de Buckingham, le 5 Avril 1960. (Photo AFP)
Le Président français Jacques Chirac et la Reine Elizabeth II marchent du Palais de l'Elysée vers l'ambassade de Grande-Bretagne à Paris le 5 avril 2004. (Photo de Thomas Coex / AFP)
Le Président français Jacques Chirac et la Reine Elizabeth II marchent du Palais de l'Elysée vers l'ambassade de Grande-Bretagne à Paris le 5 avril 2004. (Photo de Thomas Coex / AFP)
Le président français Nicolas Sarkozy (2e à gauche) regarde son épouse Carla Bruni-Sarkozy (2e à droite) entre la reine Elizabeth II (à gauche) et le prince Philip (à droite) à Windsor, le 26 mars 2008. (Photo par Carl De Souza / Pool / AFP)
Le président français Nicolas Sarkozy (2e à gauche) regarde son épouse Carla Bruni-Sarkozy (2e à droite) entre la reine Elizabeth II (à gauche) et le prince Philip (à droite) à Windsor, le 26 mars 2008. (Photo par Carl De Souza / Pool / AFP)
Short Url
Publié le Vendredi 09 septembre 2022

Entre Elisabeth II et la France, une surprenante histoire d’amour

  • Elisabeth II se rend en France pour la première fois le 14 mai 1948, alors qu’elle n’est encore que princesse et nouvellement mariée avec Philip Mountbatten
  • A la veille de l’adhésion de la Grande Bretagne à la CEE, une opération de charme s’impose en direction de l’Europe, et c’est Elisabeth II qui entreprend la tournée, accueillie en France par Georges Pompidou

PARIS : Les relations entre la France et la Grande-Bretagne, pays voisins séparés par quelques miles marins et marqués par des flux et reflux de conquêtes et reconquêtes, ont toujours été en dents de scie. Les Anglais n’ont jamais arrêté de traiter les Français de « Froggies », en raison de leurs traditions culinaires autour de la grenouille, et les Français ne manquent pas une occasion de ressortir l’expression « Perfide Albion » pour justifier leur méfiance vis-à-vis de l’Angleterre.

Elisabeth II se rend en France pour la première fois le 14 mai 1948, alors qu’elle n’est encore que princesse et nouvellement mariée avec Philip Mountbatten. La seconde Guerre mondiale à laquelle elle a activement participé vient de se terminer. Elle représente son père, le roi Georges VI, et le but de son voyage est de resserrer les liens diplomatiques entre le Royaume-Uni et la France. Elle est alors déjà enceinte du prince Charles, mais le secret est encore bien gardé.

« Comment ce peuple a-t-il pu guillotiner son roi ? »

Le président Vincent Auriol fait organiser pour elle un programme festif : soirée de gala à l’Opéra Garnier, réception à l’Élysée, diner à la Tour d’Argent. La princesse n’a que 22 ans, et la France officielle ne veut pas lui imposer un séjour barbant. Pour l’occasion est organisée au musée Galliera une exposition ciblée : « Huit siècles de vie britannique à Paris ». La future reine visitera le château de Versailles et ira même « en boîte » pour écouter Edith Piaf et Henri Salvador, rue Pierre Charron. Ovationnée par le public français à chacun de ses déplacements, notamment à l’Opéra où elle est accueillie aux cris de « Vive la reine ! », Elisabeth II, dont l’humour deviendra légendaire, lâche en souriant : « mais comment ce peuple a-t-il pu guillotiner son roi ? ». Il faut dire que ces acclamations sont destinées à la reine mère dont l’attitude a été exemplaire durant la guerre, soutenant la résistance britannique au point que Hitler dira d’elle qu’elle est « la femme la plus dangereuse d’Europe ».  

Comment, par ailleurs, Elisabeth II ne serait-elle pas francophile, avec un aussi beau départ dans ses relations avec la France dont elle connaîtra dix présidents en 70 ans de règne ?

Le « soft power » de Christian Dior

Un an plus tôt, en 1947, le couturier Christian Dior lançait son « New look », une ligne révolutionnaire, ultra-féminine et scandaleuse en ce qu’elle utilise d’énormes métrages de tissu à une époque où, sortant de la guerre, l’Europe comme l’Angleterre sont soumises à des restrictions drastiques. Cette collection donne en ce sens le coup d’envoi d’une nouvelle ère de prospérité. La reine mère et ses filles sont sous le charme. Le créateur va même être invité à présenter sa collection de l’hiver 1954 au palais de Blenheim, dans l’Oxfordshire. Les mannequins, priés par le protocole de sortir à reculons en l’honneur de la reine, vont recevoir de celle-ci l’ordre contradictoire de montrer le dos de leurs tenues pour qu’elle puisse en observer les détails.

La princesse Margaret (à gauche), accompagnée de la duchesse de Marlborough, remet à Christian Dior un parchemin lui conférant le titre de membre honoraire à vie de la Croix-Rouge britannique.
La princesse Margaret (à gauche), accompagnée de la duchesse de Marlborough, remet à Christian Dior un parchemin lui conférant le titre de membre honoraire à vie de la Croix-Rouge britannique

Les Français sont-ils des monarchistes refoulés, ou bien vouent-il à la reine d’Angleterre un amour exclusif ? Déjà la reine mère, en réalité reine consort, Elizabeth Bowes-Lyon, ne cache pas son attachement à la France. Elisabeth II et sa cadette Margaret ont une gouvernante belge. Elles apprennent le français dès leur plus jeune âge et avec leur mère, font de la langue de Molière une langue secrète dont elles se servent quand elles veulent éviter que leurs conversations soient interceptées par l’entourage et le personnel du palais.

Une reine à Versailles

Le premier voyage officiel d’Elisabeth II en France en tant que reine aura lieu en 1957, cinq ans après son accession au trône. Le président est alors René Coty. Ce dernier veut placer la barre encore plus haut que son prédécesseur. C’est après tout une reine qu’il reçoit à ce moment-là. Les deux pays viennent d’essuyer une défaite cuisante dans le cadre de la crise du canal de Suez, dont leurs troupes sont évacuées par la première force de maintien de la paix des Nations Unies. Une somptueuse réception est donc donnée en l’honneur de la jeune reine à la galerie des Glaces de Versailles où, un siècle plus tôt, Napoléon III avait reçu la reine Victoria. Elle sera également le point de mire d’un diner de gala au Louvre, dans la salle des Caryatides, originellement conçue au XVIe siècle comme une salle des fêtes. Enfin, une croisière longeant la Seine l’emmènera, de station en station, à la découverte de l’histoire de France à travers ses monuments, chaque arrêt étant marqué par un petit spectacle.

Opération de charme auprès de la CEE

Le 14 janvier 1963, le général de Gaulle, dont la reine admire malgré tout le charisme, donne une conférence de presse dans laquelle il se déclare opposé à la demande d'adhésion du Royaume-Uni à la Communauté économique européenne. Il évoque l'incompatibilité entre les intérêts économiques continentaux et insulaires. Il exige que la Grande-Bretagne, en laquelle il voit un cheval de Troie des Etats-Unis, accepte toutes les conditions des Six et qu'elle abandonne ses engagements vis-à-vis des pays inclus dans sa zone de libre-échange. Il opposera un second véto à cette adhésion en 1967.

Néanmoins, cette même année, la reine s’accorde des vacances en Normandie où elle visite de grands haras et rappelle aux Normands qui l’acclament que les rois d’Angleterre sont rois chez eux, mais ducs en Normandie, titre qui leur permet de régner sur les îles anglo-normandes que sont, notamment, Jersey et Guernesey.

1-	Le président français, le Général Charles de Gaulle avec La reine britannique Elizabeth II au Palais de Buckingham, le 5 Avril 1960. (Photo AFP)
Le président français, le général Charles de Gaulle avec La reine britannique Elizabeth II au Palais de Buckingham, le 5 Avril 1960. (Photo AFP)

Pompidou, Longchamp et le déblocage

Il faudra attendre, en mai 1971 que le sommet Georges Pompidou-Edward Heath débloque enfin les négociations entre les Six et le Royaume-Uni. En octobre de la même année, le Premier ministre Edward Heath s’adresse à la Chambre des communes demandant aux députés britanniques de se prononcer en faveur de l’Europe. Une opération de charme s’impose de la part du Royaume Uni en direction de l’Europe, et c’est Elisabeth II qui entreprend la tournée. Elle arrive en France en mai 1972, accueillie par le président Georges Pompidou qui, lui, mise sur l’amour de la reine pour les chevaux. Il organise en son honneur des courses hippiques à Longchamp et l’accompagne une fois de plus au château de Versailles où la visite frôle l’incident diplomatique, le président ayant touché la reine sans sa permission.

La reine Elizabeth II (à gauche), le prince Philip, duc d'Édimbourg (à l'arrière-plan), le président français Georges Pompidou (à gauche) et son épouse Claude (à l'arrière-plan) arrivent pour un dîner d'État au Grand Trianon de Versailles, le 15 mai 1972. (Photo de l'AFP)
La reine Elizabeth II (à gauche), le prince Philip, duc d'Édimbourg (à l'arrière-plan), le président français Georges Pompidou (à gauche) et son épouse Claude (à l'arrière-plan) arrivent pour un dîner d'État au Grand Trianon de Versailles, le 15 mai 1972. (Photo de l'AFP)
 

Avec Mitterrand, « Entente cordiale » et admiration réciproque

L’année 1992 et la fameuse « annus horribilis » pour la couronne d’Angleterre en raison d’une succession de malheurs, notamment l’incendie de Windsor et les scandales à répétition provoqués par les frasques de la famille royale, dont l’image de la reine sort poussiéreuse et ternie. La chute du mur de Berlin impose le renforcement des alliances et la reine se rend en France pour consolider, avec François Mitterrand, l’Entente cordiale entre les deux pays. Entre le président socialiste et la reine naît une amitié inattendue basée sur une admiration réciproque. Deux ans plus tard, en 1994, on les verra inaugurer ensemble le tunnel sous la Manche en vertu duquel « l’Angleterre ne sera plus une île ». La reine sera également présente un mois plus tard pour la commémoration des 50 ans du Débarquement. Vingt ans plus tard, elle y reviendra, accueillie par François Hollande et Anne Hidalgo.

La reine Elizabeth II de Grande-Bretagne (à gauche) sourit alors que le président français François Mitterrand l'accueille à l'Elysée, à Paris, le 9 juin 1992. (Photo par Joel Robine / AFP)
La reine Elizabeth II de Grande-Bretagne (à gauche) sourit alors que le président français François Mitterrand l'accueille à l'Elysée, à Paris, le 9 juin 1992. (Photo par Joel Robine / AFP)

« Reine de cœur », pour Emmanuel Macron

A l’annonce du décès d’Elisabeth II, le président Emmanuel Macron a tweeté : « Sa Majesté la Reine Elizabeth II a incarné la continuité et l’unité de la nation britannique plus de 70 ans durant. Je garde le souvenir d’une amie de la France, une reine de cœur qui a marqué à jamais son pays et son siècle ». L’histoire confirme que cette amitié de cœur était largement réciproque.

Le président français Emmanuel Macron place une rose blanche à côté d'un portrait de la reine Elizabeth II, après avoir signé le livre de condoléances à l'ambassade britannique à Paris, le 9 septembre 2022. (Photo : Christian Hartmann / Pool / AFP)
Le président français Emmanuel Macron place une rose blanche à côté d'un portrait de la reine Elizabeth II, après avoir signé le livre de condoléances à l'ambassade britannique à Paris, le 9 septembre 2022. (Photo : Christian Hartmann / Pool / AFP)

 

Paris 2004, pois de senteur et œuf de Pâques pour Elizabeth II rue Montorgueil

«On pensait lys, on pensait roses, mais c'était trop prétentieux». Alors pour la reine Elizabeth II, «on a choisi des pois de senteur», plus simples et champêtres, se souvient Jean-François Dayan, fleuriste à Paris honoré par la visite de la reine en 2004.

Au lendemain du décès de la souveraine britannique et en mémoire du «souvenir exceptionnel» de cette brève rencontre il y a près de 20 ans, il a accroché vendredi l'Union Jack à la devanture de sa petite boutique Anaïs rue Montorgueil, dans le vieux Paris non loin des Halles.

«Elle voulait un quartier populaire» et rencontrer des commerçants lors de sa visite d'Etat en avril 2004, la quatrième depuis son avènement en 1952, assure M. Dayan.

Arrivée de l'Hôtel de Ville dans sa Bentley avec le maire de l'époque, le socialiste Bertrand Delanoë, Elizabeth II avait visité un centre social puis remonté sur quelques mètres cette rue piétonne, accueillie par les «Vive la reine !» de la foule «impressionnante». «Elle n'était pas bien grande, on voyait juste son petit chapeau» bleu ciel assorti à sa capeline qui dépassait, raconte M. Dayan.

«On s'inquiétait de savoir comment la saluer, quoi lui dire, le protocole anglais nous a rassurés: 'Ne la touchez pas, et si elle vous tend la main, serrez-la+', m'a dit Scotland Yard». Ce qu'il fit.

«C'était une femme formidable, avec beaucoup d'humour», assure le fleuriste qui parla quelques minutes avec elle, en français, des roses anglaises avant de lui remettre une généreuse brassée de pois de senteur aux couleurs pastel, reniflée au préalable par un chien de Scotand Yard. Dans les semaines qui suivront, de nombreux Britanniques viendront acheter ce «bouquet de la reine».

Elizabeth II recevra aussi ce 6 avril 2004 un oeuf bariolé enrubanné de jaune, de l'une des institutions de la rue, la pâtisserie Stohrer fondée en 1730 sous Louis XV.

Cette visite avait donné le coup d'envoi des célébrations du centenaire de l'Entente cordiale, document signé le 8 avril 1904 et acte fondateur de l'alliance franco-britannique après des siècles d'hostilités.


Amnesty International exhorte la Belgique à mettre fin aux violations des droits des demandeurs d'asile

Des demandeurs d'asile dorment dans une rue du centre de Bruxelles, en Belgique, le 28 octobre 2022. (Reuters)
Des demandeurs d'asile dorment dans une rue du centre de Bruxelles, en Belgique, le 28 octobre 2022. (Reuters)
Short Url
  • La Belgique fabrique activement une crise du sans-abrisme. Sans intervention urgente, cette crise va s'aggraver
  • L'organisation a interrogé des personnes, dont des Palestiniens, qui naviguent dans le système d'asile du pays.

LONDRES : Amnesty International a condamné jeudi la Belgique pour avoir rejeté les demandes d'asile de milliers de personnes, les "forçant à devenir des sans-abri".

Amnesty a accusé ce pays membre de l'UE de "discrimination à l'encontre des hommes célibataires racialisés", ce qui a eu "un impact sur la vie, la dignité et les droits de l'homme des demandeurs d'asile".

L'organisation a ajouté : "À ce jour, les tribunaux nationaux et internationaux ont ordonné plus de 12 000 fois aux autorités belges d'accueillir des demandeurs d'asile.

"La Belgique a toujours refusé de se conformer pleinement aux jugements, bien que ceux-ci soient définitifs et juridiquement contraignants.

Amnesty a interrogé des personnes qui se sont retrouvées sans domicile fixe alors qu'elles naviguaient dans le système d'asile belge depuis 2021. Nombre d'entre elles ont déclaré qu'en plus de se voir refuser un logement, l'accès aux soins de santé est un problème majeur.

Sayed, qui a voyagé depuis l'Afghanistan, a passé du temps dans un squat à Bruxelles avec d'autres migrants sans-abri d'octobre 2022 à 2023.

"Au début, c'était assez bien, il y avait des toilettes et des douches, et certaines personnes apportaient de la nourriture l'après-midi ", a-t-il expliqué à Amnesty.

"Mais peu à peu, le centre s'est complètement transformé en cimetière. Les douches et les toilettes étaient cassées, avec le temps... L'urine arrivait jusqu'à l'endroit où l'on dormait."

Selon lui, les Belges ordinaires et les organisations caritatives locales ont été accueillants, mais l'État ne l'a pas été. "Les gens ressentaient notre douleur, mais pas les autorités", a-t-il ajouté.

Les réfugiés palestiniens Ahmet et Baraa, qui ont fui la guerre de Gaza l'année dernière, ont également été contraints de vivre dans un squat.

"Il faisait froid... Vous pouvez être affamé et personne ne le saura. Personne ne vous aidera", a déclaré Ahmet. "J'ai perdu beaucoup de parents et d'amis (à Gaza). Ma mère est gravement blessée, ainsi que mes frères et ma sœur. Je me suis mis à leur place : Je dois juste survivre."

Baraa a déclaré qu'il souhaitait simplement "une vie simple, des droits fondamentaux, un travail, de la nourriture dans (mon) estomac et vivre comme une personne normale. Nous avions une vie à Gaza, mais nous n'avions pas la sécurité nécessaire et c'est pour cela que nous sommes partis. C'est pourquoi nous sommes venus ici : pour trouver un endroit sûr".

Amnesty International craint que la Belgique ne continue d'exacerber le problème après que son nouveau gouvernement se soit engagé à adopter "la politique migratoire la plus stricte possible".

Amnesty a exhorté le gouvernement à "fournir immédiatement des places d'accueil en nombre suffisant et à veiller à ce que toutes les personnes demandant l'asile bénéficient d'un logement adéquat".

"Il doit veiller à ce que les personnes aient accès à des services de santé adéquats, y compris à un soutien psychologique spécialisé, quelle que soit leur situation en matière de logement.

L'organisation a également demandé à l'Union européenne de "veiller à ce que la Belgique rétablisse le respect" de ses obligations légales à l'égard des demandeurs d'asile, "notamment en lançant des procédures d'infraction si nécessaire".

Eva Davidova, porte-parole d'Amnesty International Belgique, a déclaré que "l'incapacité du pays à fournir un accueil n'est pas due à un manque de ressources mais à un manque de volonté politique".

Elle a ajouté : "Le gouvernement précédent a eu amplement le temps de résoudre la situation des sans-abri et ne l'a pas fait.

"Le gouvernement actuel se préoccupe davantage de réduire le nombre de personnes qui reçoivent l'asile que de s'attaquer aux préjudices réels infligés aux demandeurs d'asile qui se trouvent actuellement dans le pays.

"L'ampleur et la durée du mépris persistant de la Belgique pour les décisions de justice soulèvent des questions quant à la manière dont les détenteurs de droits peuvent espérer demander des comptes au gouvernement belge, en particulier les personnes marginalisées et racialisées comme celles qui sont affectées par cette situation.

Mme Davidova poursuit : "La Belgique fabrique activement une crise du sans-abrisme qui aura un impact négatif durable sur la vie et la dignité des personnes, tandis que la société civile est laissée à elle-même pour ramasser les morceaux.

"Sans une intervention urgente, cette crise s'aggravera, violant davantage les droits des demandeurs d'asile et érodant à la fois les pays et l'engagement de l'UE en faveur des droits de l'homme.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Tarifs douaniers américains: Trump impose des prélèvements de 10% aux pays du CCG

Les droits de douane sont depuis longtemps une pierre angulaire de la stratégie économique de Donald Trump, ancrée dans son programme «America First». (Shutterstock)
Les droits de douane sont depuis longtemps une pierre angulaire de la stratégie économique de Donald Trump, ancrée dans son programme «America First». (Shutterstock)
Short Url
  • Alors que le CCG a été épargné par les pénalités les plus sévères, d'autres nations arabes ont été plus durement touchées
  •  La Syrie et l'Irak ont été frappés par des droits de douane de 41% et 39% respectivement

RIYAD: Les pays du Conseil de coopération du Golfe seront soumis à des droits de douane américains de 10% dans le cadre de la nouvelle politique commerciale de Donald Trump, qui vise à remédier à ce qu'il appelle des pratiques déloyales de longue date.

Alors que le CCG a été épargné par les pénalités les plus sévères, d'autres nations arabes ont été plus durement touchées: la Syrie et l'Irak ont été frappés par des droits de douane de 41% et 39% respectivement, suivis par la Libye à 31%, l'Algérie à 30%, la Tunisie à 28% et la Jordanie à 20%.

L'Égypte, le Maroc, le Liban et le Soudan ont reçu la même base de 10% que le CCG, ce qui reflète leurs liens commerciaux relativement stables avec les États-Unis, notamment en ce qui concerne les exportations de pétrole et de produits pétrochimiques.

Hamza Dweik, responsable du négoce chez Saxo Bank, a déclaré à Arab News: «Les secteurs non énergétiques du CCG les plus vulnérables aux nouveaux droits de douane sont l'électronique, l'automobile, la construction, la vente au détail et les biens de consommation.»

Il a ajouté: «Ces industries dépendent fortement des biens importés, et l'augmentation des coûts due aux droits de douane pourrait entraîner une hausse des prix pour les consommateurs et une baisse de la compétitivité sur le marché.»

M. Dweik a également averti que le secteur des services financiers de la région pourrait être confronté à des défis, car l'incertitude mondiale accrue pourrait perturber les flux d'investissement et avoir un impact sur les marchés financiers régionaux.

Des préoccupations ont été soulevées concernant l'impact potentiel d'un tarif de base sur les chaînes d'approvisionnement du CCG, notamment dans les secteurs des métaux, des produits chimiques et de l'industrie.

Selon M. Dweik, des représailles mondiales ou des retombées commerciales sont possibles et pourraient affecter indirectement les économies du Golfe.

«L'incertitude politique et la possibilité de changements rapides pèsent lourdement sur les marchés mondiaux, y compris ceux du CCG. La région devrait se concentrer sur la diversification des relations commerciales et le renforcement des liens avec les régions non touchées afin d'atténuer les pertes potentielles», a-t-il ajouté.

Le pétrole exempté de droits de douane

La Maison Blanche a confirmé que les importations de pétrole et de gaz seraient exemptées des nouveaux droits de douane, ce qui constitue un soulagement notable pour les exportateurs du Golfe. Cette décision, qui s'applique également aux importations d'énergie en provenance du Canada, du Mexique et de l'Europe, vise à éviter de perturber les marchés américains de l'énergie et de faire grimper les prix des carburants.

Pour le CCG, cette exemption protège le secteur d'exportation le plus important de la région, puisque le pétrole et le gaz représentent plus de 60% des exportations de l'Arabie saoudite vers les États-Unis et restent un pilier essentiel du commerce entre le Golfe et les États-Unis.

Étant donné la dépendance du CCG à l'égard des exportations de pétrole, tout ralentissement économique mondial causé par les tensions commerciales pourrait avoir un impact négatif sur les prix du pétrole, ce qui exercerait une pression supplémentaire sur leurs économies, a déclaré M. Dweik, avant d'ajouter: «L'exonération permet d'atténuer certains de ces effets, en veillant à ce que la principale source de revenus de ces pays reste relativement stable malgré les perturbations commerciales plus générales.»

Les droits de douane sont depuis longtemps une pierre angulaire de la stratégie économique de Donald Trump, ancrée dans son programme «America First» visant à protéger les industries nationales et à réduire les déficits commerciaux.

Le président a relancé cette approche avec de nouveaux droits d'importation radicaux, arguant que les pratiques commerciales déloyales ont désavantagé les travailleurs américains pendant des décennies.

Les pays les plus durement touchés par la hausse des droits de douane – notamment la Chine, l'Union européenne, l'Australie et le Japon – ont vivement critiqué cette décision et plusieurs d'entre eux ont déjà imposé des droits de rétorsion sur les produits américains. Ces mesures radicales ont suscité l'inquiétude dans le monde entier, alimentant les craintes d'une montée du protectionnisme, de perturbations de la chaîne d'approvisionnement et du risque d'une guerre commerciale plus large.

Bien que les pays du CCG ne soient pas parmi les plus durement touchés, les analystes ont averti que les exportateurs de la région pourraient encore être confrontés à une augmentation des coûts, à des perturbations de la chaîne d'approvisionnement et à une augmentation des frictions commerciales, en particulier dans des secteurs tels que l'aluminium, les produits pétrochimiques et les biens industriels.

Risque indirect du CCG lié aux droits de douane américains

Selon une analyse réalisée en février par S&P Global Market Intelligence, des pays comme l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis – qui maintiennent des taux de change fixes par rapport au dollar américain – sont particulièrement vulnérables au resserrement des conditions monétaires, car la Réserve fédérale américaine pourrait maintenir des taux d'intérêt élevés pour contenir les pressions inflationnistes résultant des perturbations commerciales.

Un dollar plus fort pourrait éroder la compétitivité des exportations et affaiblir les balances commerciales de ces économies ancrées. Le rapport met en garde contre le fait que des taux d'intérêt américains durablement élevés puissent également réduire les flux de portefeuille vers la dette des marchés émergents, ce qui pourrait déclencher des sorties de capitaux et des pressions sur les liquidités, en particulier dans les pays surendettés tels que l'Égypte et la Tunisie.

Bien que la situation de l'Égypte se soit améliorée grâce aux investissements du Golfe et à un programme du Fonds monétaire international, un cycle prolongé de resserrement des taux américains pourrait compromettre cette reprise.

En outre, si les prix du pétrole chutent dans un contexte de ralentissement économique mondial, les exportateurs de pétrole du CCG pourraient être contraints de retarder leurs dépenses d'infrastructure, ce qui exercerait une pression sur les programmes de diversification à grande échelle.

Le géant du transport maritime Maersk a mis en garde contre les retombées mondiales des nouveaux tarifs douaniers américains, avertissant que l'escalade des tensions commerciales pourrait perturber les chaînes d'approvisionnement et augmenter les coûts d'expédition dans le monde entier.

Pour la région du CCG, qui dépend fortement du commerce maritime pour ses exportations pétrolières et non pétrolières, ces perturbations représentent un risque important. Si les exportations de pétrole du Golfe vers les États-Unis restent exemptées, des secteurs comme l'aluminium, les produits pétrochimiques et les biens industriels pourraient être indirectement touchés par le ralentissement de la demande mondiale et l'augmentation des coûts de fret.

M. Dweik a fait remarquer que le CCG pourrait bénéficier de l'évolution de la structure du commerce mondial, en particulier si les droits de douane américains restent concentrés sur les concurrents d'autres régions.

Réaction du marché des actions du CCG

Selon les données de Bloomberg, les marchés boursiers régionaux du CCG ont largement baissé à la suite de l'annonce des tarifs douaniers.

Le principal indice d'Arabie saoudite, le Tadawul All-Share Index, a chuté de 72,78 points, soit 0,61%, tandis que le marché parallèle Nomu a baissé de 0,77% à 12h20, heure saoudienne. Les Émirats arabes unis ont connu les plus fortes baisses, l'indice d'Abu Dhabi ayant chuté de 2,86% et l'indice DFM de Dubaï de 2,64%.

L'indice MSX 30 de la Bourse d'Oman a perdu 0,76%, l'indice Bahrain Bourse All Share a chuté de 0,50% et l'indice général de la Bourse d'Amman en Jordanie a baissé de 1,70%.

En revanche, le Qatar a fait figure d'exception, tous les principaux indices affichant une évolution positive. La bourse du Qatar a gagné 0,46%, reflétant probablement la confiance des investisseurs dans le positionnement économique diversifié du pays et une exposition directe moindre aux risques de la politique commerciale américaine.

Alors que les exportations de pétrole de la région restent exemptes des nouveaux tarifs douaniers, le sentiment du marché semble avoir été affaibli par les préoccupations concernant les impacts indirects sur des secteurs clés tels que les métaux, l'industrie manufacturière et les biens industriels. Cette réaction souligne la sensibilité croissante des investisseurs à l'escalade des tensions commerciales mondiales et à leurs retombées potentielles sur les économies régionales.

Mesures prises par le CCG pour atténuer les risques liés aux droits de douane américains

Bien que les derniers droits de douane américains visent principalement la Chine, le Mexique et le Canada, les exportateurs du CCG ne peuvent pas se permettre de rester passifs. Les États-Unis ayant explicitement lié leur politique commerciale à la sécurité nationale et revu tous les accords commerciaux mondiaux dans le cadre d'un «plan équitable et réciproque», les entreprises basées dans le Golfe sont de plus en plus exposées.

Selon le rapport de mars de PwC sur le commerce, les droits de douane récemment annoncés sur l'aluminium et l'acier s'appliqueront à tous les pays, y compris les Émirats arabes unis, Bahreïn et Oman, et primeront sur les accords de libre-échange existants. Le rapport prévient également que les réductions de droits de douane ne s'appliqueront plus à ces produits, ce qui augmentera les coûts pour les exportateurs du CCG et affectera la compétitivité sur le marché américain.

PwC recommande aux entreprises du CCG d'évaluer d'urgence leur exposition en modélisant l'impact des coûts, en réexaminant les classifications commerciales et en exploitant des outils tels que les zones de libre-échange et les stratégies d'optimisation douanière.

Les entreprises devraient également renforcer la conformité commerciale, investir dans des solutions numériques pour la chaîne d'approvisionnement et explorer la diversification des marchés pour réduire la dépendance à l'égard des États-Unis.

Alors que l'environnement commercial mondial évolue vers des politiques plus protectionnistes, le rapport conclut qu'une approche «attentiste» n'est plus viable pour la région.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


L'émissaire spécial de Poutine se rend à Washington pour améliorer les relations bilatérales

Cette combinaison d'images créées le 30 mars 2025 montre le président américain Donald Trump à la Maison Blanche le 24 mars 2025 à Washington, DC et le président russe Vladimir Poutine à Moscou le 18 mars 2025. Le 30 mars 2025. (Photo de Brendan SMIALOWSKI et Maxim Shemetov / AFP)
Cette combinaison d'images créées le 30 mars 2025 montre le président américain Donald Trump à la Maison Blanche le 24 mars 2025 à Washington, DC et le président russe Vladimir Poutine à Moscou le 18 mars 2025. Le 30 mars 2025. (Photo de Brendan SMIALOWSKI et Maxim Shemetov / AFP)
Short Url
  • Il s'agit de la première visite d'un haut responsable russe à Washington depuis le début de l'invasion russe de l'Ukraine en février 2022.
  • Dans son communiqué, il a jugé « crucial pour le monde entier » le « dialogue » entre Moscou et Washington, tout en reconnaissant que son « rétablissement n'est pas un processus facile ».

WASHINGTON : L'émissaire économique spécial du président russe Vladimir Poutine, Kirill Dmitriev, a annoncé qu'il tiendrait jeudi « des réunions » à Washington avec des représentants de l'administration Trump, alors que les États-Unis et la Russie sont en plein rapprochement.

Il s'agit de la première visite d'un haut responsable russe à Washington depuis le début de l'invasion russe de l'Ukraine en février 2022, alors que le président américain Donald Trump affirme vouloir trouver une issue en négociant avec Moscou.

Elle survient au lendemain de l'annonce par M. Trump de droits de douane significatifs visant de nombreux pays, mais pas la Russie, déjà soumise à des sanctions américaines en raison de la guerre et qui n'est officiellement plus un partenaire commercial important selon Washington.

« Les 2 et 3 avril (...), je dois tenir des réunions à Washington avec des représentants de l'administration du président Donald Trump », a annoncé Kirill Dmitriev sur Telegram. 

Des médias américains ont annoncé son arrivée sur le sol américain dès mercredi, mais la Maison Blanche n'a pas confirmé sa venue à ce stade. Il n'a pas été précisé s'il s'était déjà entretenu avec des représentants américains.

Le porte-parole de la présidence russe, Dmitri Peskov, a refusé de donner « des détails » de ce déplacement organisé « sur instruction du président » Vladimir Poutine. Le patron du puissant Fonds souverain russe, M. Dmitriev, ne s'exprime pas sur les discussions en cours concernant l'Ukraine.

Dans son communiqué, il a jugé « crucial pour le monde entier » le « dialogue » entre Moscou et Washington, tout en reconnaissant que son « rétablissement (...) n'est pas un processus facile ». « Mais chaque réunion, chaque conversation franche, nous permet d'avancer », a-t-il assuré.

De son côté, le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Riabkov, a qualifié de « dynamique » le dialogue avec les États-Unis « sur les irritants » qui dure depuis plusieurs semaines, évoquant « quelques progrès » mais « pas de percées » à ce stade. 

- Trump « furieux » -

Les sanctions américaines visant l'économie russe et les perspectives de coopération économique devraient ainsi figurer au programme des discussions.

Le 13 mars dernier, c'était Steve Witkoff qui s'était déplacé en personne à Moscou pour rencontrer Vladimir Poutine au Kremlin. Sa visite n'avait toutefois pas permis d'aboutir à une trêve sans conditions des combats en Ukraine, comme le proposait Donald Trump et comme le validait le président ukrainien Volodymyr Zelensky.

Depuis, le locataire de la Maison Blanche s'est dit « très énervé, furieux » contre son homologue russe, après que Vladimir Poutine eut évoqué l'idée d'une « administration transitoire » en Ukraine, sans M. Zelensky, dans le cadre du processus de paix. 

Dans la foulée, il a menacé la Russie de sanctions secondaires visant son pétrole si Moscou et Washington ne parvenaient pas à un accord rapide sur la question ukrainienne. 

Kirill Dmitriev est, lui, personnellement sous sanctions américaines depuis 2022 et a dû obtenir une suspension temporaire de ces restrictions pour obtenir un visa et se rendre aux États-Unis.

Il figurait parmi les négociateurs russes lors des pourparlers russo-américains qui se sont tenus le 18 février en Arabie saoudite, première rencontre de ce genre entre Russes et Américains, quelques jours après le premier appel officiel entre Vladimir Poutine et Donald Trump depuis le retour de ce dernier à la Maison Blanche en janvier.

Fin février, une autre réunion russo-américaine a eu lieu à Istanbul concernant le travail des ambassades, après de multiples expulsions de diplomates des deux côtés depuis plusieurs années.

Né à Kiev sous l'URSS, Kirill Dmitriev connaît très bien les États-Unis où il a fait carrière. Il a travaillé auparavant pour la banque Goldman Sachs à New York, ainsi qu'au sein du cabinet de conseil McKinsey. Il est diplômé de l'université de Stanford et de la prestigieuse Harvard Business School.

Dans les années 2000, il a dirigé une division du fonds d'investissement USA-Russie, mis en place en 1995 par le président américain Bill Clinton pour dynamiser l'économie russe, alors en proie à des difficultés.