En raison du soutien international dont il bénéficie, l'agresseur de Rushdie n'a pas été libéré sous caution

Sur cette photo tirée d'une vidéo fournie par Horatio Gates, on voit Salman Rushdie embarqué dans un hélicoptère d'évacuation médicale à proximité de l'institution Chautauqua après avoir été poignardé à Chautauqua, dans l'État de New York. (AFP)
Sur cette photo tirée d'une vidéo fournie par Horatio Gates, on voit Salman Rushdie embarqué dans un hélicoptère d'évacuation médicale à proximité de l'institution Chautauqua après avoir été poignardé à Chautauqua, dans l'État de New York. (AFP)
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Publié le Lundi 15 août 2022

En raison du soutien international dont il bénéficie, l'agresseur de Rushdie n'a pas été libéré sous caution

  • «Il n’est plus sous respirateur artificiel et le rétablissement a commencé», a indiqué Andrew Wylie, l'agent de Salman Rushdie
  • Le suspect a plaidé non coupable de tentatives de meurtre et d'agression lorsqu’il a comparu devant le tribunal samedi dernier

CHICAGO: Le romancier Salman Rushdie n'est plus sous respirateur artificiel; il peut désormais parler et raconter des blagues, a déclaré l'agent de l’écrivain agressé vendredi dernier par un activiste pro-iranien lors d'une conférence à New York.
Hadi Matar, 24 ans, interpellé pour cette agression, a été inculpé. Les procureurs ont refusé de le libérer sous caution.
Rushdie, qui faisait l'objet d'une fatwa de mort décrétée il y a trente-trois ans par feu l'ayatollah iranien Rouhollah Khomeini, restera à l'hôpital en raison de ses graves blessures, selon Andrew Wylie, l'agent de Salman Rushdie.
Wylie avait précédemment déclaré que Rushdie était «dans un état critique», qu'il «risquait de perdre un œil» et qu'il avait des blessures au bras et au foie.
Néanmoins, la nouvelle de l'amélioration de l'état de santé de Rushdie, âgé de 75 ans, a suscité un certain espoir et a atténué la gravité de cette agression considérée comme une tentative avortée du régime extrémiste iranien, qui est accusé d'encourager le terrorisme à travers le monde.
Le suspect, Hadi Matar, a plaidé non coupable de tentatives de meurtre au second degré et d'agression au second degré. Il a été mis en examen samedi soir à la prison du comté de Chautauqua, à New York.
La libération sous caution de Matar a été refusée. Le procureur a fait valoir que Matar disposait d'un soutien international et qu’il pouvait facilement fuir le pays.
Le procureur du comté de Chautauqua, Jason Schmidt, a souligné devant la juge Marilyn Gerace que la fatwa décrétée par l'Iran en 1989 «est un élément important à prendre en considération lorsque la caution est déterminée; ses propres revenus ne comptent pas, pour moi. […] Nous voyons que l’action à laquelle nous avons assisté hier a bel et bien été justifiée par des groupes et des organisations dont l’importance dépasse largement les frontières juridictionnelles du comté de Chautauqua. […] Ainsi, même si ce tribunal devait fixer une caution d’un million de dollars [1 dollar = 0,98 euro], nous courons le risque que la somme puisse être récoltée.»
Originaire de Fairview, dans le New Jersey, Hadi Matar doit comparaître à nouveau devant le tribunal vendredi. Il est représenté par un avocat commis d'office de New York qui lui a été assigné par le tribunal.
Les voix se sont élevées pour exiger une répression du terrorisme et de la violence liés à l'Iran. Pendant ce temps, la police continue d'enquêter sur les motifs de Matar et sur ses liens éventuels avec des partisans du régime iranien.
La page Facebook et les médias sociaux de Matar affichaient des photos de Khomeini et d'autres dirigeants issus du régime iranien.
«L'agression au couteau contre Salman Rushdie ne peut être considérée comme un acte irréfléchi», affirme Ali Safavi, membre de la Commission des affaires étrangères du Conseil national de la résistance iranienne, qui siège à Paris et qui a fermement condamné l'attaque. «Trente ans auparavant, voire plus, le fondateur de la théocratie iranienne, Rouhollah Khomeini, a émis une fatwa demandant l'assassinat de Salman Rushdie. Son successeur, Ali Khamenei, a entériné cette décision et une prime de 3,5 millions de dollars a été fixée par les institutions étatiques. La leçon à tirer est la suivante: la tolérance se retourne contre nous et encourage le terrorisme.»
L'ancien président américain Bill Clinton a quant à lui écrit sur Twitter: «Salman Rushdie a fait preuve de courage tout au long de sa vie et n'a pas permis aux intimidations de le réduire au silence ou de faire taire ses ouvrages et tout ce qu'il représente. Je pense à lui et je prie pour qu'il se rétablisse.»


L'ancienne secrétaire d'État américaine Hillary Clinton a quant à elle publié sur le même réseau social: «Je suis terriblement bouleversée par l'attaque lâche dont a été victime Salman Rushdie et je prie pour son prompt rétablissement. Comme il l'a un jour écrit, “un poète se doit de nommer l'innommable, de désigner les fraudeurs, de choisir son camp, de déclencher des discussions, de façonner le monde et de l'empêcher de sombrer dans le sommeil”.»


Le directeur exécutif du comté de Chautauqua, P. J. Wendel, a publié une déclaration dans laquelle il a dit prier pour le rétablissement de Rushdie.
«La petite communauté sereine du comté de Chautauqua a été profondément secouée par un acte de violence qui a eu des répercussions dans l’ensemble du comté et dans l'ouest de l'État de New York. Nous sommes tristes de vivre dans une société où nous ne savons pas accepter les différences des autres, notamment dans un endroit comme notre institution, qui accueille des penseurs et des personnes capables de résoudre des problèmes du monde entier et qui viennent partager leurs histoires», a souligné M. Wendel.
«Je remercie toutes les forces d'urgence et les forces de l'ordre qui ont fait un travail formidable en réagissant à cet événement atroce. C'est grâce à leur réponse rapide qu'ils ont pu apaiser la situation et appréhender l'agresseur présumé.»
L'auteur Stephen King a déclaré sur Twitter que cette attaque l'avait abattu: «J'essaie de me remonter le moral cet après-midi. Je ne parviens pas à chasser de mon esprit l'attentat contre Salman Rushdie.»


Le secrétaire d'État américain, Antony Blinken, a qualifié de «méprisable» le rôle que jouent les institutions étatiques iraniennes en «incitant à la violence contre Rushdie depuis plusieurs générations». Il a ajouté que les médias affiliés à l'État iranien «se sont félicités de la tentative d'assassinat dont il a fait l'objet».
«Au lendemain de cette attaque haineuse, nous nous joignons à ceux qui gardent Salman Rushdie dans leurs pensées, où qu'ils se trouvent dans le pays et dans le monde. Outre son statut de géant de la littérature, Salman Rushdie a sans cesse défendu les droits universels que sont la liberté d'expression, la liberté de religion ou de croyance et la liberté de la presse. Au moment où les forces de l'ordre poursuivent leur enquête sur cet attentat, je pense aux forces vicieuses qui cherchent à saper ces droits, notamment par les discours de haine et l'incitation à la violence qu'ils font circuler», a-t-il déclaré.
«Les États-Unis et leurs partenaires poursuivront sans relâche les efforts qui visent à faire barrage à ces menaces. Ils utiliseront tous les outils dont ils disposent. La force de Rushdie – comme celle de toutes les victimes de ces menaces à travers le monde – nous rend plus résolus et nous rappelle qu'il est impératif de faire front, en tant que communauté internationale, contre les détracteurs de ces droits universels», a-t-il ajouté.
La sénatrice républicaine Marsha Blackburn, qui a violemment critiqué l’actuel président des États-Unis, a orienté le débat vers la politique. Elle a ainsi contesté les efforts déployés par M. Biden pour parvenir à un accord avec l'Iran sur les armes nucléaires.
«L'Iran complote pour assassiner Salman Rushdie depuis 1989 et propose une prime à celui qui s'en chargera. Il a été attaqué hier sur scène. Pendant ce temps, l'administration Biden souhaite mener de nouvelles discussions avec ce régime terroriste et nuisible», a écrit Mme Blackburn sur Twitter.
L’attaque s’est produite alors que Rushdie était sur le point de s’adresser à la Chautauqua Institution, qui est à la fois un centre d’éducation à but non lucratif et une station balnéaire près de Buffalo. Il devait participer à une conférence dont le thème portait sur les États-Unis, «asile pour les écrivains et autres artistes en exil».
Selon la police, Hadi Matar avait obtenu un laissez-passer qui lui permettait d'assister à la conférence organisée dans la communauté fermée de l'institution. Cependant, tout le monde pouvait se procurer un tel laissez-passer.


 
Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com.


Trump fait l'éloge d'un Premier ministre irakien en quête d'investissements

Le président américain Donald Trump écoute le Premier ministre irakien Ali al-Zaidi s'exprimer dans le Bureau ovale de la Maison Blanche, à Washington, le 14 juillet 2026. (AFP)
Le président américain Donald Trump écoute le Premier ministre irakien Ali al-Zaidi s'exprimer dans le Bureau ovale de la Maison Blanche, à Washington, le 14 juillet 2026. (AFP)
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  • Donald Trump a salué le Premier ministre irakien Ali al-Zaidi, qui promet de désarmer les groupes armés pro-iraniens d'ici fin septembre et d'ouvrir davantage l'Irak aux investissements américains
  • Bagdad cherche à renforcer son partenariat avec Washington tout en préservant son équilibre diplomatique avec l'Iran, dans un contexte de fortes tensions régionales

WASHINGTON: Donald Trump a salué mardi le leadership du Premier ministre irakien Ali al-Zaidi qui a de son côté promis de désarmer les groupes pro-iraniens présents dans le pays et s'est dit prêt à accueillir les entreprises américaines.

Parlant d'une "formidable alchimie" entre eux, le président américain a jugé que le dirigeant irakien était "un champion".

"Il a remporté une élection que beaucoup de gens n'avaient pas prévue", a-t-il affirmé devant la presse dans le Bureau ovale au côté du dirigeant irakien, insistant sur le fait qu'il l'avait "endossé".

"C'est un grand combattant, et c'est un grand admirateur des Etats-Unis", a ajouté le président américain en rappelant que le pays disposait d'énormes réserves de pétrole.

La visite du Premier ministre irakien -- son premier déplacement à l'étranger depuis sa prise de fonction en avril -- intervient en pleine reprise des affrontements entre les deux grands alliés de l'Irak, l'Iran et les Etats-Unis, dont l'opposition de longue date a fait du pays un terrain d'affrontement par procuration.

Ali al-Zaidi est arrivé lundi aux Etats-Unis pour ce déplacement d'une semaine. Il doit rencontrer également des représentants de compagnies pétrolières et des élus.

L'ex-homme d'affaires, arrivé au pouvoir avec l'appui du président américain, s'est engagé à dynamiser la fragile économie de son pays, qui dépend fortement de ses exportations de pétrole.

Il est surtout sous pression pour désarmer les groupes armés irakiens pro-iraniens, accusés d'avoir mené des centaines d'attaques sur des infrastructures américaines en Irak pendant la guerre au Moyen-Orient, déclenchée par les frappes israélo-américaines contre l'Iran fin février.

"Il s'agit de ma première visite aux Etats-Unis, non pas d'un simple voyage d'agrément, mais d'une déclaration de partenariat économique", a lancé pour sa part M. Zaidi.

"Le 30 septembre, les forces américaines se retireront et les entreprises américaines s'installeront" en Irak, a-t-il dit en soulignant que le gouvernement prendrait "le monopole sur les armes".

"Après le 30 septembre, les factions n'auront plus lieu d'être (..) et nous n'autoriserons aucune entité à porter des armes en dehors de l'Etat", a-t-il dit, condition indispensable selon lui pour attirer les investissements.

- "Maintenir l'équilibre" -

Son gouvernement a donné aux groupes armés, désignés comme organisations terroristes par les Etats-Unis, jusqu'au 30 septembre pour se désarmer, date coïncidant avec le retrait d'Irak de la coalition internationale dirigée par Washington pour combattre les jihadistes.

Si Bagdad a adopté récemment une position plus favorable aux Etats-Unis, cela ne "signifie pas que l'Irak tourne le dos à l'Iran", a souligné un haut responsable irakien à l'AFP, sous couvert d'anonymat.

L'Irak "doit maintenir l'équilibre en vigueur de longue date" entre ses alliés, a-t-il déclaré.

La semaine dernière, des villes saintes chiites irakiennes ont accueilli d'immenses cortèges à l'occasion des funérailles de l'ancien guide suprême iranien, Ali Khamenei, tué dans les frappes en Iran fin février.

En signe de soutien au dirigeant irakien, Washington a repris les envois de liquidités au titre des revenus pétroliers de l'Irak, gérés par la Réserve fédérale de New York depuis 2003, année de l'invasion américaine de l'Irak qui avait plongé le pays dans des années de violences.

Ces transferts de fonds avaient été suspendus plus tôt cette année pour accentuer la pression sur Bagdad afin qu'il désarme les groupes armés pro-iraniens.

Certains d'entre eux ont dit qu'ils coopéreraient avec le gouvernement irakien, mais d'autres refusent toujours de rendre les armes.

"Tant qu'il y a une guerre dans la région, ni eux ni l'Iran n'accepteront" le désarmement, a estimé le haut responsable irakien.

Ces groupes, dont la puissance politique et financière a augmenté au fil des années, demandent depuis longtemps le retrait des troupes américaines de la coalition antijihadiste, établie en 2014 pour lutter contre l'organisation Etat islamique.

- En quête d'investissements -

L'Irak tente de tourner la page de décennies de violences, mais souffre toujours d'infrastructures et de services publics défaillants et d'une corruption endémique.

"C'est un fardeau qu'il faut partager avec un partenaire stratégique. Le partenaire stratégique le plus important au monde, ce sont les Etats-Unis", a relevé M. Zaidi.

Ces derniers mois, l'Irak a conclu plusieurs accords avec des compagnies pétrolières américaines.

D'autres accords devraient être signés cette semaine à Washington, notamment l'un portant sur la création d'un fonds auquel l'Irak apportera 500.000 barils de pétrole par jour contre l'amélioration de son approvisionnement en électricité.

Pays fondateur de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), l'Irak dépend fortement de ses exportations de brut, qui représentent ordinairement 90% de ses recettes budgétaires et transitent en grande majorité par le détroit d'Ormuz, au coeur des hostilités actuelles.


Nouveaux échanges de frappes au Moyen-Orient, Washington reprend son blocus des ports iraniens

Des navires sont amarrés le long d'un quai du terminal à conteneurs de Khor Fakkan, seul port naturel en eau profonde de la région et l'un des principaux ports à conteneurs de l'émirat de Charjah, sur le golfe d'Oman, le 14 juillet 2026. (AFP)
Des navires sont amarrés le long d'un quai du terminal à conteneurs de Khor Fakkan, seul port naturel en eau profonde de la région et l'un des principaux ports à conteneurs de l'émirat de Charjah, sur le golfe d'Oman, le 14 juillet 2026. (AFP)
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  • Les États-Unis ont repris leurs frappes contre l'Iran et rétabli un blocus naval, tandis que Téhéran affirme maintenir la fermeture du détroit d'Ormuz jusqu'à la fin des attaques américaines
  • L'escalade militaire fragilise le cessez-le-feu et les efforts diplomatiques, avec des risques majeurs pour le commerce mondial de l'énergie et la sécurité régionale

TEHERAN: Les Etats-Unis ont lancé une nouvelle série de frappes contre l'Iran et réimposé un blocus de ses ports, Téhéran promettant mercredi que le détroit maritime d'Ormuz resterait fermé jusqu'à la fin des "agressions" américaines.

La reprise du blocus naval - effective depuis 20H00 GMT mardi - et l'intensification des bombardements minent les efforts diplomatiques pour rendre durable le protocole d'accord signé le 17 juin par les Etats-Unis et l'Iran, qui entérinait le cessez-le-feu conclu en avril.

L'armée américaine a achevé mardi soir "une nouvelle série de frappes" visant des "dizaines de cibles militaires" iraniennes, a déclaré le Commandement central américain (Centcom).

L'Iran, après avoir rapporté des bombardements tous azimuts sur son sol, a riposté mercredi en attaquant des installations américaines dans plusieurs pays du Golfe.

Les Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique de la République islamique, ont également affirmé que le détroit d'Ormuz "resterait fermé jusqu'à ce que les Etats-Unis mettent fin à leurs actes d'agression", dans un communiqué diffusé par la télévision d'Etat iranienne.

Sans donner de détails, ils ont aussi évoqué une possible fermeture "d'autres voies d'exportation de pétrole et de gaz qui servent les intérêts des Etats-Unis et de leurs alliés".

Dans le détroit d'Ormuz et ses environs, où le trafic maritime s'est raréfié, plusieurs pétroliers ont été attaqués, faisant au moins deux morts et plusieurs blessés depuis lundi soir, selon l'Organisation maritime internationale.

Outre l'impact sur le commerce mondial d'hydrocarbures, l'ONU s'est alarmée mardi des "graves conséquences socio-économiques et humanitaires" du blocage de cette "voie de passage essentielle dont dépendent des millions de personnes" pour la nourriture, les médicaments et autres produits de première nécessité.

- Protocole "démantelé" -

Après la décision des Etats-Unis de réinstaurer un blocus naval du pays, le vice-ministre iranien des Affaires étrangères, Kazem Gharibabadi, a estimé que Washington avait "démantelé" le protocole d'accord.

Donald Trump a, lui, renouvelé ses menaces à l'encontre de Téhéran.

"La semaine prochaine, ça va vraiment mal tourner pour eux", à moins qu'ils ne "s'assoient à la table des négociations", a-t-il déclaré sur Fox News, évoquant la possibilité de bombarder des ponts et des centrales électriques du pays.

Comme Téhéran, qui envisage de faire payer la traversée du détroit d'Ormuz, il avait assuré lundi vouloir prélever une redevance en échange de la protection de cette route maritime, au mépris du droit international et du principe de la liberté de navigation. Mais il a fait marche arrière mardi, remplaçant ce projet par "des accords de commerce et d'investissements" avec les monarchies du Golfe.

- Quatrième nuit de frappes -

Sur le terrain, l'Iran a rapporté tout au long de la journée, puis dans la nuit de mardi à mercredi, des bombardements sur son territoire notamment à Bandar Abbas et sur l'île de Qeshm - sur le détroit d'Ormuz - et dans la ville d'Ahvaz (sud-ouest).

Le Centcom américain a de son côté affirmé que des frappes avaient été menées "sur des sites de missiles et de drones iraniens, des capacités navales et des systèmes de défense côtière".

Il s'agit de la quatrième nuit de frappes américaines d'affilée. Donald Trump a envoyé la semaine dernière une notice officielle au Congrès pour signaler la reprise du conflit, déclenché le 28 février par des bombardements des Etats-Unis et d'Israël contre l'Iran.

Téhéran a, en retour, attaqué des installations américaines dans plusieurs monarchies du Golfe.

Le Koweït, touché mardi par des frappes iraniennes ayant blessé quatre militaires, a fait état dans la nuit de nouvelles attaques de drones. L'Iran a dit y avoir frappé le centre logistique de Mina Abdullah utilisé par l'armée américaine, selon les Gardiens iraniens.

A Bahreïn, où les sirènes d'alerte ont retenti, ces derniers ont affirmé avoir visé des installations de la marine américaine.

En Jordanie, l'armée a déclaré avoir abattu trois missiles lancés par l'Iran qui, selon la télévision d'Etat iranienne, y a mobilisé des drones contre des hangars sur la base Al-Azraq et contre une installation abritant des chasseurs F-18.

- "Pas un seul baril" -

Avec la réimposition du blocus naval, le président américain entend faire pression sur Téhéran, qui veut garder la main sur le détroit où il n'autorise qu'un seul couloir de navigation, le long de ses côtes.

Durant le précédent blocus, décidé en avril en représailles au verrouillage du détroit d'Ormuz par Téhéran, l'Iran n'avait pas pu exporter "un seul baril de pétrole", selon son négociateur en chef, Mohammad Bagher Ghalibaf.

L'opération avait "joué un rôle déterminant dans la conclusion du protocole d'accord", selon l'Institut pour l'étude de la guerre (ISW).


Les Etats-Unis frappent l'Iran pour la troisième nuit de suite et vont rétablir le blocus des ports

Les Etats-Unis ont mené une troisième nuit consécutive de frappes contre l'Iran, avant le rétablissement prévu mardi du blocus naval des ports iraniens, même si Donald Trump suggère qu'un accord avec Téhéran est encore "possible". (AFP)
Les Etats-Unis ont mené une troisième nuit consécutive de frappes contre l'Iran, avant le rétablissement prévu mardi du blocus naval des ports iraniens, même si Donald Trump suggère qu'un accord avec Téhéran est encore "possible". (AFP)
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  • Quatre explosions ont été entendues près de Bandar Abbas, ville portuaire située sur le détroit d'Ormuz, selon l'agence de presse iranienne Irna
  • Parmi les objectifs ciblés figurent "des systèmes de défense côtière, des installations de drones et de missiles et des moyens maritimes", selon le Centcom

TEHERAN: Les Etats-Unis ont mené une troisième nuit consécutive de frappes contre l'Iran, avant le rétablissement prévu mardi du blocus naval des ports iraniens, même si Donald Trump suggère qu'un accord avec Téhéran est encore "possible".

Pendant une mission de cinq heures, "les forces américaines ont frappé des cibles militaires" dans plusieurs villes portuaires du sud de l'Iran, comme Bouchehr et Bandar Abbas, a détaillé le commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom) dans la matinée.

Quatre explosions ont été entendues près de Bandar Abbas, ville portuaire située sur le détroit d'Ormuz, selon l'agence de presse iranienne Irna.

Parmi les objectifs ciblés figurent "des systèmes de défense côtière, des installations de drones et de missiles et des moyens maritimes", selon le Centcom.

"Nous allons les frapper fort ce soir, et nous allons les frapper fort demain", avait déclaré lundi Donald Trump dans une interview radio. Pour le président américain, les dirigeants iraniens "ne peuvent absolument rien faire contre" ces frappes.

Comme la veille, les Gardiens de la Révolution iraniens ont, eux, revendiqué une opération à Bahreïn - entre autres contre un bâtiment hébergeant les troupes américaines sur la base de Juffair.

L'armée idéologique iranienne a aussi annoncé avoir ciblé en Jordanie "des installations clé et les forces américaines sur une base aérienne jordanienne", dans un communiqué cité par l'agence Tasnim. L'armée jordanienne a annoncé pour sa part l'interception de quatre missiles iraniens.

Deux tankers attaqués 

Dans le détroit d'Ormuz, les Emirats arabes unis ont déploré des attaques de missiles iraniens contre deux de leurs tankers, tuant un membre d'équipage indien.

Malgré ces échanges de frappes, Donald Trump a tout de même estimé, devant la presse à la Maison Blanche, qu'un accord avec l'Iran était encore "possible".

Avant cela, il avait annoncé sur Truth Social que les Etats-Unis prendraient le contrôle du détroit d'Ormuz et que le blocus des ports iraniens serait rétabli.

Il entrera en vigueur mardi à 20H00 GMT, selon l'armée américaine.

Tout comme Téhéran souhaite instaurer un péage pour traverser Ormuz, le président américain a dit vouloir percevoir en échange de la protection du détroit "une rémunération correspondant à 20% de la valeur des cargaisons", contraire au droit international censé garantir la liberté de navigation.

Le pétrole remonte 

Le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, dont le pays a pris le contrôle du détroit au début de la guerre, a rétorqué sur X: "l'Iran a toujours été le gardien du détroit et le restera pour toujours".

Donald Trump "a tout à fait raison. Quiconque assure le passage sûr et sécurisé des navires commerciaux dans le détroit d'Ormuz devrait être rémunéré", a-t-il ironisé, ajoutant: "20%, c'est évidemment trop. Nous serons équitables".

Les Gardiens de la Révolution iraniens ont accusé les Etats-Unis de mettre en péril l'approvisionnement mondial en pétrole.

Au lendemain d'une envolée spectaculaire de plus de 9%, les cours du pétrole continuaient leur ascension dans ce contexte. Le baril de Brent de la mer du Nord, référence internationale, gagnait 1,19% à 84,29 dollars vers 02H00 GMT.

Après quasiment 40 jours de bombardements dans le conflit déclenché par des frappes israélo-américaines le 28 février, un cessez-le-feu était entré en vigueur début avril, avant d'être entériné le 17 juin par un protocole d'accord.

Mais depuis des attaques survenues mardi contre des navires tentant de franchir Ormuz, les affrontements ont repris avec une intensité inédite depuis des semaines, faisant dire à Donald Trump que le cessez-le-feu était "terminé".

La semaine dernière, le président américain a d'ailleurs envoyé une notice officielle au Congrès indiquant que le conflit avec l'Iran avait repris, a confirmé la Maison Blanche à l'AFP.

Et au total, 25 personnes ont été tuées depuis mercredi, selon un décompte de l'AFP à partir des médias iraniens et sources officielles.

 Protocole d'accord "en crise" 

Pour le porte-parole de la diplomatie iranienne Esmaïl Baghaï, "il ne fait aucun doute" que le protocole d'accord "est en crise".

"Mais l'Iran n'a jamais été le premier à violer ses engagements", a-t-il tancé lors d'une conférence de presse lundi à Téhéran à laquelle assistait l'AFP.

Les consultations avec les médiateurs que sont le Qatar, le Pakistan et Oman se poursuivent afin de "prévenir une escalade", a-t-il toutefois assuré.

Le protocole d'accord prévoyait la réouverture du détroit, Téhéran n'autorisant toutefois qu'un seul couloir de navigation, le long de ses côtes.

"Ce passage stratégique est plus important que des dizaines de bombes atomiques, et la République islamique d'Iran le protégera", avait averti dimanche le conseiller militaire du guide suprême, Mohsen Rezaï.