En raison du soutien international dont il bénéficie, l'agresseur de Rushdie n'a pas été libéré sous caution

Sur cette photo tirée d'une vidéo fournie par Horatio Gates, on voit Salman Rushdie embarqué dans un hélicoptère d'évacuation médicale à proximité de l'institution Chautauqua après avoir été poignardé à Chautauqua, dans l'État de New York. (AFP)
Sur cette photo tirée d'une vidéo fournie par Horatio Gates, on voit Salman Rushdie embarqué dans un hélicoptère d'évacuation médicale à proximité de l'institution Chautauqua après avoir été poignardé à Chautauqua, dans l'État de New York. (AFP)
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Publié le Lundi 15 août 2022

En raison du soutien international dont il bénéficie, l'agresseur de Rushdie n'a pas été libéré sous caution

  • «Il n’est plus sous respirateur artificiel et le rétablissement a commencé», a indiqué Andrew Wylie, l'agent de Salman Rushdie
  • Le suspect a plaidé non coupable de tentatives de meurtre et d'agression lorsqu’il a comparu devant le tribunal samedi dernier

CHICAGO: Le romancier Salman Rushdie n'est plus sous respirateur artificiel; il peut désormais parler et raconter des blagues, a déclaré l'agent de l’écrivain agressé vendredi dernier par un activiste pro-iranien lors d'une conférence à New York.
Hadi Matar, 24 ans, interpellé pour cette agression, a été inculpé. Les procureurs ont refusé de le libérer sous caution.
Rushdie, qui faisait l'objet d'une fatwa de mort décrétée il y a trente-trois ans par feu l'ayatollah iranien Rouhollah Khomeini, restera à l'hôpital en raison de ses graves blessures, selon Andrew Wylie, l'agent de Salman Rushdie.
Wylie avait précédemment déclaré que Rushdie était «dans un état critique», qu'il «risquait de perdre un œil» et qu'il avait des blessures au bras et au foie.
Néanmoins, la nouvelle de l'amélioration de l'état de santé de Rushdie, âgé de 75 ans, a suscité un certain espoir et a atténué la gravité de cette agression considérée comme une tentative avortée du régime extrémiste iranien, qui est accusé d'encourager le terrorisme à travers le monde.
Le suspect, Hadi Matar, a plaidé non coupable de tentatives de meurtre au second degré et d'agression au second degré. Il a été mis en examen samedi soir à la prison du comté de Chautauqua, à New York.
La libération sous caution de Matar a été refusée. Le procureur a fait valoir que Matar disposait d'un soutien international et qu’il pouvait facilement fuir le pays.
Le procureur du comté de Chautauqua, Jason Schmidt, a souligné devant la juge Marilyn Gerace que la fatwa décrétée par l'Iran en 1989 «est un élément important à prendre en considération lorsque la caution est déterminée; ses propres revenus ne comptent pas, pour moi. […] Nous voyons que l’action à laquelle nous avons assisté hier a bel et bien été justifiée par des groupes et des organisations dont l’importance dépasse largement les frontières juridictionnelles du comté de Chautauqua. […] Ainsi, même si ce tribunal devait fixer une caution d’un million de dollars [1 dollar = 0,98 euro], nous courons le risque que la somme puisse être récoltée.»
Originaire de Fairview, dans le New Jersey, Hadi Matar doit comparaître à nouveau devant le tribunal vendredi. Il est représenté par un avocat commis d'office de New York qui lui a été assigné par le tribunal.
Les voix se sont élevées pour exiger une répression du terrorisme et de la violence liés à l'Iran. Pendant ce temps, la police continue d'enquêter sur les motifs de Matar et sur ses liens éventuels avec des partisans du régime iranien.
La page Facebook et les médias sociaux de Matar affichaient des photos de Khomeini et d'autres dirigeants issus du régime iranien.
«L'agression au couteau contre Salman Rushdie ne peut être considérée comme un acte irréfléchi», affirme Ali Safavi, membre de la Commission des affaires étrangères du Conseil national de la résistance iranienne, qui siège à Paris et qui a fermement condamné l'attaque. «Trente ans auparavant, voire plus, le fondateur de la théocratie iranienne, Rouhollah Khomeini, a émis une fatwa demandant l'assassinat de Salman Rushdie. Son successeur, Ali Khamenei, a entériné cette décision et une prime de 3,5 millions de dollars a été fixée par les institutions étatiques. La leçon à tirer est la suivante: la tolérance se retourne contre nous et encourage le terrorisme.»
L'ancien président américain Bill Clinton a quant à lui écrit sur Twitter: «Salman Rushdie a fait preuve de courage tout au long de sa vie et n'a pas permis aux intimidations de le réduire au silence ou de faire taire ses ouvrages et tout ce qu'il représente. Je pense à lui et je prie pour qu'il se rétablisse.»


L'ancienne secrétaire d'État américaine Hillary Clinton a quant à elle publié sur le même réseau social: «Je suis terriblement bouleversée par l'attaque lâche dont a été victime Salman Rushdie et je prie pour son prompt rétablissement. Comme il l'a un jour écrit, “un poète se doit de nommer l'innommable, de désigner les fraudeurs, de choisir son camp, de déclencher des discussions, de façonner le monde et de l'empêcher de sombrer dans le sommeil”.»


Le directeur exécutif du comté de Chautauqua, P. J. Wendel, a publié une déclaration dans laquelle il a dit prier pour le rétablissement de Rushdie.
«La petite communauté sereine du comté de Chautauqua a été profondément secouée par un acte de violence qui a eu des répercussions dans l’ensemble du comté et dans l'ouest de l'État de New York. Nous sommes tristes de vivre dans une société où nous ne savons pas accepter les différences des autres, notamment dans un endroit comme notre institution, qui accueille des penseurs et des personnes capables de résoudre des problèmes du monde entier et qui viennent partager leurs histoires», a souligné M. Wendel.
«Je remercie toutes les forces d'urgence et les forces de l'ordre qui ont fait un travail formidable en réagissant à cet événement atroce. C'est grâce à leur réponse rapide qu'ils ont pu apaiser la situation et appréhender l'agresseur présumé.»
L'auteur Stephen King a déclaré sur Twitter que cette attaque l'avait abattu: «J'essaie de me remonter le moral cet après-midi. Je ne parviens pas à chasser de mon esprit l'attentat contre Salman Rushdie.»


Le secrétaire d'État américain, Antony Blinken, a qualifié de «méprisable» le rôle que jouent les institutions étatiques iraniennes en «incitant à la violence contre Rushdie depuis plusieurs générations». Il a ajouté que les médias affiliés à l'État iranien «se sont félicités de la tentative d'assassinat dont il a fait l'objet».
«Au lendemain de cette attaque haineuse, nous nous joignons à ceux qui gardent Salman Rushdie dans leurs pensées, où qu'ils se trouvent dans le pays et dans le monde. Outre son statut de géant de la littérature, Salman Rushdie a sans cesse défendu les droits universels que sont la liberté d'expression, la liberté de religion ou de croyance et la liberté de la presse. Au moment où les forces de l'ordre poursuivent leur enquête sur cet attentat, je pense aux forces vicieuses qui cherchent à saper ces droits, notamment par les discours de haine et l'incitation à la violence qu'ils font circuler», a-t-il déclaré.
«Les États-Unis et leurs partenaires poursuivront sans relâche les efforts qui visent à faire barrage à ces menaces. Ils utiliseront tous les outils dont ils disposent. La force de Rushdie – comme celle de toutes les victimes de ces menaces à travers le monde – nous rend plus résolus et nous rappelle qu'il est impératif de faire front, en tant que communauté internationale, contre les détracteurs de ces droits universels», a-t-il ajouté.
La sénatrice républicaine Marsha Blackburn, qui a violemment critiqué l’actuel président des États-Unis, a orienté le débat vers la politique. Elle a ainsi contesté les efforts déployés par M. Biden pour parvenir à un accord avec l'Iran sur les armes nucléaires.
«L'Iran complote pour assassiner Salman Rushdie depuis 1989 et propose une prime à celui qui s'en chargera. Il a été attaqué hier sur scène. Pendant ce temps, l'administration Biden souhaite mener de nouvelles discussions avec ce régime terroriste et nuisible», a écrit Mme Blackburn sur Twitter.
L’attaque s’est produite alors que Rushdie était sur le point de s’adresser à la Chautauqua Institution, qui est à la fois un centre d’éducation à but non lucratif et une station balnéaire près de Buffalo. Il devait participer à une conférence dont le thème portait sur les États-Unis, «asile pour les écrivains et autres artistes en exil».
Selon la police, Hadi Matar avait obtenu un laissez-passer qui lui permettait d'assister à la conférence organisée dans la communauté fermée de l'institution. Cependant, tout le monde pouvait se procurer un tel laissez-passer.


 
Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com.


L'Iran met en garde contre des conséquences «imprévisibles» après l'attaque ukrainienne contre un de ses navires

Le président ukrainien Volodymyr "Zelensky a attaqué un navire marchand iranien, tuant un marin", a écrit dimanche sur X Abbas Araghchi. "Les agissements de ce parasite de Kiev ne PEUVENT RESTER SANS REPONSE". (AFP)
Le président ukrainien Volodymyr "Zelensky a attaqué un navire marchand iranien, tuant un marin", a écrit dimanche sur X Abbas Araghchi. "Les agissements de ce parasite de Kiev ne PEUVENT RESTER SANS REPONSE". (AFP)
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  • L'Iran menace de riposter à l'attaque ukrainienne contre son navire en mer Caspienne
  • Samedi, le ministère des Affaires étrangères a rapporté qu'un navire marchand iranien avait été attaqué par l'Ukraine, provoquant une explosion

TEHERAN: Le ministre iranien des Affaires étrangères a averti dimanche que son pays ne laisserait pas impunie l'attaque meurtrière perpétrée par l'Ukraine contre un navire iranien en mer Caspienne.

Le président ukrainien Volodymyr "Zelensky a attaqué un navire marchand iranien, tuant un marin", a écrit dimanche sur X Abbas Araghchi. "Les agissements de ce parasite de Kiev ne PEUVENT RESTER SANS REPONSE".

Samedi, le ministère des Affaires étrangères a rapporté qu'un navire marchand iranien avait été attaqué par l'Ukraine, provoquant une explosion.

Et le même jour, M. Zelensky avait affirmé sur les réseaux sociaux avoir obtenu "des résultats très solides avec des frappes à longue portée en mer Caspienne, visant notamment des navires utilisés pour le transport de cargaisons militaires impliquant l'Iran, ainsi qu'un navire de guerre".

"L'attaque menée par le régime ukrainien contre un navire marchand iranien en mer Caspienne, explicitement revendiquée par le chef de ce régime, témoigne de la persistance de l'attitude irrationnelle et hostile du régime ukrainien", a protesté le ministère dans un communiqué de presse.

La République islamique "n'est jamais intervenue dans le conflit entre la Russie et l'Ukraine", a-t-il affirmé.

Les services de renseignement ukrainiens (SBU) ont pour leur part fait état sur Telegram d'attaques de drones contre "des cargos sous sanctions internationales qui étaient utilisés pour transporter des cargaisons militaires entre l'Iran et la Russie".

Selon la télévision d'Etat iranienne, le chargé d'affaires ukrainien à Téhéran a été convoqué samedi au ministère des Affaires étrangères afin d'y être sermonné par un haut-fonctionnaire pour cet "acte hostile et criminel".

Abbas Araghchi a également indiqué s'être entretenu avec la cheffe de la diplomatie de l'Union européenne Kaja Kallas et le ministre des Affaires étrangères russe Sergueï Lavrov à ce sujet.

L'Iran a aussi mis en garde contre des conséquences "imprévisibles" après l'attaque ukrainienne contre un de ses navires

 


Troisième nuit sans frappes au Moyen-Orient pour laisser «de la place» à la diplomatie

Le Moyen-Orient sort d'une troisième nuit consécutive sans frappes après que l'ambassadeur américain à l'ONU a assuré que Donald Trump voulait laisser une chance à diplomatie, faisant chuter les prix du pétrole lundi. (Photo d'archives ISNA via AP)
Le Moyen-Orient sort d'une troisième nuit consécutive sans frappes après que l'ambassadeur américain à l'ONU a assuré que Donald Trump voulait laisser une chance à diplomatie, faisant chuter les prix du pétrole lundi. (Photo d'archives ISNA via AP)
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  • Aucun bombardement américain n'a été signalé en Iran depuis vendredi soir, marquant une pause dans les hostilités après deux semaines de frappes sans précédent depuis le cessez-le-feu d'avril
  • De son côté, l'Iran n'a revendiqué aucune attaque contre ses voisins du Golfe alliés de Washington, et ces derniers n'ont fait état d'aucune alerte nocturne

TEHERAN: Le Moyen-Orient sort d'une troisième nuit consécutive sans frappes après que l'ambassadeur américain à l'ONU a assuré que Donald Trump voulait laisser une chance à diplomatie, faisant chuter les prix du pétrole lundi.

"Ce que fait le président en ce moment, (...) c'est laisser de la place aux négociations. Les négociations se poursuivent", a assuré dimanche Mike Waltz dans des médias américains, tout en soulignant que M. Trump n'avait pas renoncé à la nouvelle escalade dont il a menacé la République islamique: il "garde toutes les options sur la table".

Aucun bombardement américain n'a été signalé en Iran depuis vendredi soir, marquant une pause dans les hostilités après deux semaines de frappes sans précédent depuis le cessez-le-feu d'avril.

De son côté, l'Iran n'a revendiqué aucune attaque contre ses voisins du Golfe alliés de Washington, et ces derniers n'ont fait état d'aucune alerte nocturne. "Comme notre stratégie est essentiellement basée sur la riposte, nous avons également interrompu nos opérations", a commenté le porte-parole de l'armée iranienne Mohammad Akraminia.

Signe de soulagement, les cours du pétrole s'affichent en forte baisse lundi: vers 04H40 GMT, le Brent de la mer du Nord, référence internationale, cédait près de 5%, autour de 92 dollars le baril, après être même passé brièvement sous la barre des 90 dollars.

Son équivalent américain, le baril de West Texas Intermediate (WTI), reculait d'autant, à environ 84 dollars.

Alors que la guerre dure depuis bientôt cinq mois, la presse américaine fait état d'un possible manque de munitions.

Selon le New York Times, qui cite deux sources proches du dossier, le gouvernement s'inquiète de l'affaiblissement du stock de systèmes d'interception de missiles Patriot et d'autres équipements défensifs protégeant les pays de la région.

L'armée américaine dispose "de tout ce dont elle a besoin pour mener cette campagne avec toute l'efficacité requise", a rétorqué Mike Waltz, annonçant le déploiement au Moyen-Orient de "davantage de ressources".

Et Donald Trump d'insister auprès du Wall Street Journal: "Nous avons bien plus de munitions que quiconque dans le monde, et bien plus que ce dont nous avons besoin".

Soutien de Netanyahu 

Pour Téhéran, les Etats-Unis sont dans une situation "difficile et instable" et cherchent probablement "une nouvelle stratégie", a estimé Mohammad Akraminia.

En amont de la visite mardi du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, partisan d'une ligne dure, M. Akraminia a mis en garde les Américains: s'ils "se laissent à nouveau tromper" par Israël et "insistent pour continuer la guerre, particulièrement par des frappes aériennes, elle s'étendra géographiquement".

Benjamin Netanyahu a dit "soutenir pleinement les efforts" de Donald Trump pour parvenir à mettre fin aux ambitions nucléaires de Téhéran. "S'il peut y arriver sans revenir à des combats de haute intensité, c'est très bien", a-t-il déclaré dimanche sur Fox News.

Dans la capitale, Téhéran, épargnée par les bombardements depuis la reprise des hostilités début juillet, la vie suit son cours normal, entre embouteillages habituels et vague de chaleur, selon l'équipe de l'AFP sur place.

La guerre au Moyen-Orient a débuté le 28 février avec une campagne de bombardements israélo-américains contre l'Iran, et fait des milliers de morts dans la région. Elle a aussi ébranlé l'économie mondiale en bloquant le trafic dans le détroit d'Ormuz, entre l'Iran et la péninsule arabique, par lequel transitait avant-guerre un cinquième du commerce mondial des hydrocarbures.

La République islamique, qui verrouille cette stratégique voie maritime et veut faire payer le passage, a annoncé avoir tenu vendredi et samedi de nouvelles discussions avec Oman, dont les côtes bordent également le détroit, sur sa future gestion.

Les Etats-Unis ont repris en représailles leur blocus des ports iraniens.

Front yéménite 

Un protocole d'accord signé le 17 juin par Washington et Téhéran, prévoyant un cycle de négociations de paix de 60 jours, a volé en éclats moins d'un mois après son entrée en vigueur.

Sur le nouveau front de la guerre, opposant l'Arabie saoudite aux rebelles Houthis du Yémen, soutenus par Téhéran, les hostilités se sont intensifiées.

C'est le contrôle du ciel du pays qui a réveillé la discorde le 13 juillet: l'Iran avait envoyé à Sanaa un avion transportant une délégation rebelle sans solliciter d'autorisation auprès de Ryad, contrairement à l'usage depuis dix ans, déclenchant des frappes attribuées au royaume sur l'aéroport de Sanaa.

En retour, les Houthis ont attaqué le territoire saoudien pour la première fois depuis 2022. Ils ont notamment visé samedi des sites pétroliers.

 


Andy Burnham inaugure son Downing Street "du Nord" à Manchester

Le Premier ministre britannique Andy Burnham (au centre) pose pour une photo avec la ministre d'État au Cabinet Office, Louise Haigh (à gauche), et le chancelier de l'Échiquier, John Healey (à droite), lors d'une visite pour l'inauguration officielle du No. 10 North à Manchester, dans le nord-ouest de l'Angleterre, le 24 juillet 2026. (AFP)
Le Premier ministre britannique Andy Burnham (au centre) pose pour une photo avec la ministre d'État au Cabinet Office, Louise Haigh (à gauche), et le chancelier de l'Échiquier, John Healey (à droite), lors d'une visite pour l'inauguration officielle du No. 10 North à Manchester, dans le nord-ouest de l'Angleterre, le 24 juillet 2026. (AFP)
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  • Andy Burnham inaugure un bureau gouvernemental à Manchester pour renforcer la décentralisation et rapprocher l'État des régions
  • Des experts estiment toutefois que cette initiative reste surtout symbolique, sans réel transfert de pouvoirs

LONDRES: Le Premier ministre britannique Andy Burnham a inauguré vendredi ses nouveaux bureaux situés à Manchester, où il travaillera au moins une fois par semaine, symbole de sa promesse aux contours encore flous d'accentuer la décentralisation en Angleterre.

Le travailliste de 56 ans, qui a pris ses fonctions lundi et a succédé à Keir Starmer, a promis de redonner du pouvoir et d'apporter "la croissance économique à chaque région" pendant son mandat.

Sa première mesure est la création de ce bureau baptisé "No. 10 North" ("N°10 du Nord") dans cette ville du nord-ouest de l'Angleterre, dont il était maire il y a encore quelques semaines. Une référence au 10, Downing Street à Londres, lieu de travail et résidence officielle du Premier ministre.

S'adressant au personnel de cette nouvelle entité, installée dans un immeuble du centre de Manchester, Andy Burnham a évoqué la création d'un "pôle Nord qui fera contrepoids au pôle Sud", et permettra de "donner le sentiment d'un pays plus équilibré".

Il prévoit de travailler au moins une fois par semaine dans les bâtiments du "No. 10 North", où l'agence britannique du cyber-renseignement GCHQ était déjà installée, et d'y être régulièrement rejoint par ses ministres, répétant qu'il ne s'agit pas d'une mesure "gadget".

"Ce n'est pas juste un nouveau bureau (...) c'est une façon différente de gouverner" le Royaume-Uni, a insisté le dirigeant travailliste, en présence notamment du ministre des Finances, John Healey.

Andy Burnham a présidé dans l'après-midi la première réunion du Conseil économique national, une instance créée en 2008 pour soutenir la relance après la crise financière, et qu'il a décidé de réactiver, rassemblant plusieurs ministres et les maires à la tête de grandes agglomérations ou régions d'Angleterre.

Il a promis aux édiles que le gouvernement serait "entièrement mobilisé" derrière eux "car c'est sur le terrain que la croissance se concrétise".

Le nouveau chef de l'exécutif soutient que l'agglomération de Manchester, dont les performances économiques dépassent la moyenne nationale et où le maire est élu depuis 2017, constitue un modèle pour les autres régions d'Angleterre.

- Signal positif -

Les experts interrogés par l'AFP se montrent plus sceptiques et notent que la création d'une annexe du gouvernement central ne relève pas en soi d'une véritable politique de décentralisation.

"C'est ce qu'on appelle la +déconcentration+, très courante même dans des États très centralisés, et qui ne signifie pas en elle-même un transfert de pouvoir", explique Alan Trench, universitaire et conseiller en politiques publiques.

Le Royaume-Uni - composé de l'Angleterre, de l'Écosse, du pays de Galles et de l'Irlande du Nord - a connu à la fin des années 1990 d'importantes réformes constitutionnelles - baptisées "dévolution" - qui ont permis la création de parlements à Édimbourg, Cardiff et Belfast.

Andy Burnham, qui a rencontré jeudi les Premiers ministres indépendantistes écossais et gallois, s'est dit favorable à accentuer la décentralisation, sans donner davantage de détails, mais en excluant tout soutien à des référendums d'indépendance.

En Angleterre, malgré la création de mairies régionales et d'autres structures locales ces dix dernières années, le territoire reste l'un des plus centralisés d'Europe.

"Il n'existe aucun pouvoir législatif décentralisé en Angleterre", souligne Alan Trench.

Andy Burnham a lui-même été confronté aux limites du système : à Manchester, ses responsabilités étaient cantonnées à quelques domaines de compétence, comme les transports, en plus d'être partagées avec dix autres responsables locaux élus.

- Contrepoids au Trésor -

Désormais à la tête du gouvernement, il a demandé à plusieurs ministères, dont le puissant Trésor, de "transférer certaines fonctions stratégiques" au "No. 10 North".

Un signal "positif", indique Nicola McEwen, professeure à l'université de Glasgow. Pour réussir, avance-t-elle, cette structure devra être capable de "dialoguer avec les institutions décentralisées, de favoriser leur développement", mais également d'exercer une influence sur le pouvoir central à Londres, afin que celui-ci "s'adapte à cette vision" nouvelle.

L'idée n'est pas inédite, notent aussi ces experts: des fonctionnaires travaillent déjà dans des pôles administratifs délocalisés à Glasgow (Écosse), Sheffield (nord de l'Angleterre), ou à Darlington (nord-est).

Michael Keating, professeur de sciences politiques à l'université d'Aberdeen, en Ecosse, doute surtout de la capacité de cette structure à créer un véritable "contrepoids" au puissant ministère des Finances.

"Cela a déjà été tenté et le Trésor finit toujours par l'emporter. Il ne renoncera pas au contrôle des finances publiques", affirme-t-il à l'AFP.