Tout ce que vous devez savoir sur les élections américaines avec Sam Feist, de CNN

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Publié le Samedi 31 octobre 2020

Tout ce que vous devez savoir sur les élections américaines avec Sam Feist, de CNN

  • La plupart des États américains choisissent leurs grands électeurs en utilisant la méthode «le-vainqueur-prend-tout»
  • Tout ce que Joe Biden doit faire dans cette élection est de s’emparer des États qu'Hillary Clinton a gagnés, plus trois autres États, et il sera président

Arab News est rejoint par le vice-président principal de CNN et le chef du bureau de Washington, Sam Feist, pour une discussion sur la prochaine élection présidentielle américaine.

Qu'est-ce que le collège électoral?

Le collège électoral est le mécanisme par lequel l'Amérique élit son président, et il est unique aux États-Unis. Dans la plupart des pays, soit vous élisez démocratiquement un membre du Parlement, puis ces membres forment un gouvernement, soit il y a un vote populaire pour choisir le président. Dans le système américain, le vote populaire de chaque État choisit plutôt un certain nombre d'électeurs, et ce nombre est calculé sur le nombre de membres du Congrès et le nombre de sénateurs dans chaque État. Donc, si vous avez un État qui a, disons, cinq membres du Congrès, ajoutez les deux sénateurs, et vous aurez sept votes électoraux dans cet État.

C’est important parce que la plupart des États américains choisissent leurs grands électeurs en utilisant la méthode «le-vainqueur-prend-tout», de sorte que même si un candidat ne gagne que de 1 % dans un État particulier, il remportera tous ses électeurs. Par exemple, la Floride a 29 voix électorales, donc si vous gagnez cet État, même avec une petite marge, vous gagnerez les 29 voix; ce n’est pas proportionnel.

Le jour du scrutin, les Américains choisissent leurs électeurs, et ces derniers voteront généralement pour le candidat qui remportera cet État. Puis, plus tard dans l'année, ces électeurs se réuniront pour voter et officialiseront les résultats du jour du scrutin.

Il y a deux exceptions: le Nebraska et le Maine choisissent un électeur dans chaque district congressionnel, plutôt que par la méthode «le-vainqueur-prend-tout». Donc si Donald Trump remporte les élections au Nebraska, Joe Biden pourrait toujours obtenir des électeurs en remportant un district congressionnel dans l'un de ces deux États, ou vice versa.

Ainsi, l'élection présidentielle n'est pas un vote populaire dans le pays. En fait, lors de plusieurs élections récentes – les années 2000 et 2016 me viennent à l'esprit – le vainqueur n'a pas remporté le vote populaire national.

Combien de votes faut-il pour gagner?

Il y a 538 votes électoraux à gagner, et pour être élu, un candidat doit obtenir une majorité d'au moins 270 grands électeurs.

Quels sont les Swing StatesÉtats-charnières»)

Les États que nous avons surveillés tout au long de cette année à CNN sont le Wisconsin, le Michigan, la Caroline du Nord, l'Arizona, la Pennsylvanie et la Floride, auxquels j'ajouterais également l'Ohio. Au fil de l’année, nous en avons ajouté d’autres: l’Iowa, la Georgie, le Nevada et certains indiquent même le Texas.

Ce qui est intéressant à propos de ces États du champ de bataille, c’est qu’à l'exception du Nevada ce sont tous des États que Donald Trump a gagnés en 2016. Tout ce que Joe Biden doit faire dans cette élection est de s’emparer des États qu'Hillary Clinton a gagnés, plus trois autres États, et il sera président. En 2020, Donald Trump devra défendre plus d'États que Joe Biden s'il veut gagner.

Ces États-charnières se divisent en réalité en deux catégories. Premièrement, vous avez les États de la Rust Belt: des régions industrielles comme le Michigan, la Pennsylvanie et le Wisconsin. Ce sont des États qui ont traditionnellement voté démocrate, et dans lesquels Donald Trump a battu Hillary Clinton en 2016.

La deuxième catégorie comprend ceux qui ont connu des changements démographiques. Ces États, comme la Floride, l'Arizona, la Géorgie et la Caroline du Nord, ont vu un nombre croissant d'Hispaniques et, dans certaines régions, d'Afro-Américains, de sorte que la population passe de majoritairement blanche à une population minoritaire croissante. Cela conduit également à des changements politiques: à mesure que ces États se diversifient, sans parler dans certains cas de profil plus jeune, cela pourrait profiter à Joe Biden et aux Démocrates. Ils espèrent que 2020 sera l'année où certains de ces États atteindront un tournant pour les Démocrates.

Pour ce qui est des enjeux, il y en a toujours qui sont spécifiques et qui motivent certaines parties de l'électorat. Pour certains électeurs évangéliques, il peut s'agir de l’avortement; pour les autres électeurs, ce pourrait être l'immigration ou peut-être le contrôle des armes à feu.

Mais dans cette élection, nos sondages nous montrent que deux problèmes éclipsent tous les autres: premièrement, la pandémie de coronavirus (Covid-19) et la façon dont le président l'a gérée; puis l'économie dans son ensemble et le candidat qui sera le plus susceptible de ramener le pays vers une forte reprise.

Nos sondages suggèrent que si votre problème numéro un est la Covid-19, vous êtes plus enclin à voter pour Biden. Si vous êtes plus concentré sur la meilleure façon de remettre l’économie sur les rails, vous êtes plus enclin à voter pour Trump. Alors que nous abordons la dernière semaine, ce sont vraiment les deux problèmes clés dans le pays.

Quand connaîtrons-nous le résultat?

Il est moins probable que nous obtenions un résultat le soir des élections que les autres années, car plus d'Américains voteront par correspondance que lors de toute élection américaine de l'histoire.

En d’autres termes, il faut plus de temps pour compter les votes par correspondance. Il y a des contraintes pratiques qui ralentissent le processus. Par exemple, vous devez ouvrir l'enveloppe (dans certains états, il y en a deux)… La plupart des États vérifient les signatures avec votre carte d'inscription électorale; vous devez vous assurer que les informations d'inscription correspondent au bulletin de vote et que vous n'avez pas encore voté.

Toute cette procédure prend du temps. Pour cette raison, et parce que certains États mettent plus de temps que d'autres à compter, nous nous attendons à ne pas pouvoir faire de projection le soir des élections – mais cela reste possible. Certains États ont déjà commencé à compter les bulletins de vote par correspondance dont la Floride dès la deuxième semaine d'octobre.

Mais même si nous n’avons pas de gagnant le soir des élections, ce n’est pas grave. Ça ne veut pas dire qu’il y a un problème. Souvenez-vous que pour deux des cinq dernières élections, nous n’en connaissions pas le résultat le soir même. En 2000, cela a pris trente et un jours, car il a fallu recompter tous les bulletins de vote de Floride. En 2004, l’élection s’est jouée dans un seul État – l’Ohio – et ce n’est qu’à midi le lendemain que nous avons pu considérer l’Ohio acquis pour George W. Bush, et il a vaincu John Kerry.

Tout le monde doit être patient et laisser les États compter les votes, ouvrir ces bulletins de vote par correspondance, rapporter les votes et nous connaîtrons le gagnant assez tôt.

Existe-t-il un risque de fraude avec les bulletins de vote par correspondance? 

Il n'y a aucune preuve de fraude généralisée lors d'élections par correspondance ou en personne aux États-Unis. Toutes sortes de mesures de sécurité sont prises pour s'assurer que les gens ne votent qu'une fois et que la personne qui envoie le bulletin de vote est celle dont le nom est inscrit.

Certains États, républicains et démocrates, votent par correspondance depuis de nombreuses années. L'Utah et l'Oregon n’ont eu quasiment que des bulletins de vote par correspondance depuis des années, et sans aucune preuve significative de fraude. Le vote par correspondance a souvent un taux de participation plus élevé, il présente donc des avantages pour la société.

Que se passera-t-il si Trump n'accepte pas le résultat?

Il existe des possibilités de contestations judiciaires ou de recomptes dans certains États si le résultat est exceptionnellement serré – comme nous l'avons vu en Floride en 2000 – mais la plupart des élections ne le sont pas, donc je pense qu'il y a de fortes chances qu'un gagnant clair émerge.

Les rapports de votes se feront de manière ordonnée, et à un moment donné, nous aurons un gagnant potentiel, et les États finiront par certifier les résultats. Cela peut prendre quelques jours.

Quand le gagnant emménage-t-il à la Maison Blanche?

Le 20 janvier, à midi, l'investiture a lieu. C’est inscrit dans la Constitution. À ce moment-là, s'il y a un nouveau président, il existe une tradition intéressante: lorsque le président sortant se rend au Capitole pour l'investiture, une équipe de déménageurs entre et déplace ses effets personnels hors de la Maison Blanche et apporte ceux du nouveau président. Vous voyez arriver les camions alors que les dignitaires se rassemblent au Capitole. 

Après l'investiture, lorsqu'un nouveau président arrive, toutes ses affaires sont en place, ses photos sont sur son bureau et tout est prêt pour qu'il se mette au travail.

Que se passe-t-il en cas d’égalité?

C’est hautement improbable, mais techniquement possible. Il existe plusieurs types d’égalités. Vous pourriez avoir une égalité dans un État, mais c’est quasiment impossible étant donné le grand nombre d’électeurs.

Un scénario plus probable est une égalité entre les collèges électoraux, et la Constitution contient une disposition à cet effet: l'élection est décidée à la Chambre des représentants, chaque État émettant une voix. Dans la composition actuelle de la Chambre, puisque les Républicains détiennent la majorité des délégations, Donald Trump serait probablement réélu dans ce scénario.

Compte tenu de leur âge, que se passe-t-il si celui qui gagne décède durant l’exercice de ses fonctions?

Le vice-président prend le relais et le nouveau président choisit un vice-président. Cela s’est produit en 1963, lorsque Lyndon B. Johnson a pris ses fonctions après la mort de John F. Kennedy; et Johnson a nommé Hubert Humphrey au poste de vice-président.

Existe-t-il aussi des élections pour le Congrès?

En 2020, nous élirons l'ensemble de la Chambre des représentants américains – 435 sièges – et environ un tiers du Sénat. Les sénateurs ont un mandat de six ans donc, tous les deux ans, environ un tiers de cette Chambre est élu. De nombreux États organisent des élections pour les gouverneurs, les maires, des élections locales, de sorte que de nombreuses élections auront lieu cette année.

 

Ce texte est la traduction d'un article paru sur Arabnews.com 

 


Le patrimoine mondial en péril face aux conflits et aux urgences écologiques

Un drapeau israélien flotte au sommet du château médiéval de Beaufort, connu localement sous le nom de Qalaat al-Shaqif ou Shaqif Arnoun, vu depuis la région de Marjayoun, dans le sud du Liban, le 31 mai 2026. (AFP)
Un drapeau israélien flotte au sommet du château médiéval de Beaufort, connu localement sous le nom de Qalaat al-Shaqif ou Shaqif Arnoun, vu depuis la région de Marjayoun, dans le sud du Liban, le 31 mai 2026. (AFP)
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  • L’Unesco examinera cette semaine plusieurs inscriptions d’urgence au patrimoine mondial en péril, notamment les châteaux du Mont Amel et Tyr au Liban, ainsi que des sites en Cisjordanie, en Crimée et au Soudan du Sud
  • Face aux conflits et aux menaces environnementales, l’Unesco veut renforcer la protection des sites menacés, dont le lac Baïkal, tout en mobilisant des financements pour leur préservation

PARIS: Forteresses médiévales au Sud-Liban, site archéologique en Crimée, lac Baïkal, parcs naturels au Soudan du Sud... Face à la multiplication des conflits et des menaces environnementales, plusieurs sites devraient rejoindre cette année la liste du patrimoine mondial en péril de l'Unesco.

Réunis à Busan (Corée du Sud), les 196 Etats membres de l'organisation onusienne examineront à partir de lundi une trentaine de nouvelles candidatures souhaitant venir s’ajouter plus de 1.200 sites déjà inscrits à la célèbre liste du patrimoine mondial.

Trois feront l'objet d'un classement en procédure d'urgence, à la fois sur la liste du patrimoine mondial et sur la liste du patrimoine en péril.

Deux sont situés au Moyen-Orient: le site archéologique de Sébastia, la Samarie de la Bible, dans le nord de la Cisjordanie occupée, auquel Israël s'intéresse depuis des années pour son potentiel touristique, et cinq châteaux du Mont Amel, dans le sud du Liban bombardé par Israël depuis le début de la guerre au Moyen-Orient.

L'une des plus connues, datant de l'époque des Croisades et conquise fin mai par l'armée israélienne, la forteresse de Beaufort, lui avait déjà servi de base durant les deux décennies d'occupation du sud du Liban, qui ont pris fin en 2000.

Israël a quitté l'Unesco en 2017 (comme les Etats-Unis, dont le départ sera effectif fin 2026) mais reste membre du Comité du patrimoine mondial et est signataire de la Convention de 1954 pour la protection des biens culturels en cas de conflits armés et de la Convention du patrimoine mondial.

Enfin, le Soudan du Sud intègrera pour la première fois le patrimoine mondial avec un site nécessitant une attention particulière tant en raison du conflit persistant entre forces gouvernementales et milices d'opposition que du réchauffement climatique.

Les savanes de Boma-Badingilo, zone de 37.500 km2 située entre le Nil Blanc et la frontière éthiopienne, abritent la plus grande migration terrestre de mammifères au monde, notamment d'antilopes.

- "Se reconstruire" -

"Nous n'avons peut-être pas les moyens d'envoyer des Casques bleus (...) mais nous pouvons faire passer un message au monde entier : ces sites sont importants, il faut tout faire pour empêcher leur destruction", explique à l'AFP le directeur Centre du patrimoine mondial de l'Unesco Lazare Eloundou Assomo.

"Le patrimoine permet aux communautés qui ont été traumatisées, victimes des conflits, de commencer à revenir, à se reconstruire", ajoute M. Assomo, insistant sur le fait que l'inscription sur la liste en péril n'est pas une sanction : il permet "de mobiliser des financements, des partenaires et l'attention" pour bénéficier d'une protection accrue.

Outre ces procédures d'urgence, d'autres sites devraient s'ajouter à la liste des biens en péril, comme Tyr, ancienne cité phénicienne du sud du Liban touchée ces derniers mois par des bombardements israéliens, ou la cité antique de Chersonèse Taurique et sa chôra, située en Crimée, territoire ukrainien annexé par la Russie depuis 2014.

Cette dernière est affectée par des fouilles non autorisées, des constructions de grande ampleur et des déplacements d'artefacts.

En Ukraine, le patrimoine local est ravagé par la guerre lancée par Moscou en 2022. Le dernier site emblématique endommagé a été la cathédrale de la Dormition à Kiev, touché par une frappe aérienne russe en juin.

- Alerte sur le Lac Baïkal -

Selon l'Unesco, le lac Baïkal, plus grande réserve d'eau douce liquide au monde, en Russie, pâtit lui de la pollution, de la pression touristique, d’un projet hydroélectrique en amont (Mongolie) ou encore de l'exploitation forestière à grande échelle.

Après avoir à maintes reprises appelé Moscou à agir pour stopper "la dégradation écologique du lac (...) de toute urgence", l'Unesco juge les mesures prises insuffisantes.

L'an dernier, l'organisation alertait déjà sur la multiplication des menaces climatiques avec près de trois-quarts des sites du patrimoine mondial "confrontés à des risques hydriques graves, pénuries d'eau ou inondations".

De même, sur la cinquantaine de biens inscrits sur la liste du patrimoine mondial en péril, la moitié l'était en raison des conséquences directes des conflits.

Parmi les nouvelles candidatures au Patrimoine mondial, les plages du Débarquement allié du 6 juin 1944, dans le nord-ouest de la France, deux théâtres construits dans l'Amazonie brésilienne et le village tunisien de Sidi Bou Saïd devraient faire leur entrée dans la prestigieuse liste.


Bombardé pour la septième nuit de suite, l'Iran menace de déclencher une "offensive totale"

Un avion de combat multirôle se prépare à décoller d'un porte-avions américain dans le golfe Arabique. (Vidéo X : @Centcom)
Un avion de combat multirôle se prépare à décoller d'un porte-avions américain dans le golfe Arabique. (Vidéo X : @Centcom)
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  • Les États-Unis poursuivent leurs frappes en Iran ; Téhéran dit avoir riposté contre des bases liées aux forces américaines en Jordanie, au Koweït et à Bahreïn
  • Les tensions s'aggravent dans le détroit d'Ormuz, alimentant les craintes d'une escalade régionale

TEHERAN: Les Etats-Unis ont bombardé l'Iran pour la septième nuit consécutive samedi et Téhéran a une nouvelle fois riposté en frappant des cibles en Jordanie, au Koweït et à Bahreïn, tout en menaçant de passer à une "offensive totale".

Un mois après la signature, le 17 juin, d'un protocole d'accord entre l'Iran et les Etats-Unis censé ouvrir une période de pourparlers de paix, l'escalade continue au Moyen-Orient avec des échanges de frappes quotidiens et des incidents maritimes en série.

Le commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom) a dit avoir attaqué dans la nuit en Iran "des sites de surveillance, des infrastructures logistiques militaires, des dépôts souterrains d'armes et des moyens maritimes", sans mentionner de cibles civiles.

Les autorités de la province d'Hormozgan, dans le sud de l'Iran, ont annoncé que des frappes américaines y avaient fait au moins trois morts et huit blessés, et ciblé deux ponts et un tunnel routiers, selon l'agence officielle Irna.

Toujours selon Irna, les Etats-Unis ont également bombardé les villes d'Ahvaz et Bouchehr (sud-ouest), Bandar Abbas, l'île de Qeshm, Lar, Darab (sud), et Yazd (centre).

- Jordanie et Koweït attaqués -

En riposte, l'armée iranienne, citée par la télévision d'Etat, a affirmé avoir frappé le camp militaire d'Al-Adiri et la base d'Ali Al-Salem au Koweït, la base aérienne d'Al-Azraq en Jordanie, et celle de Sheikh Isa à Bahreïn, accusant l'armée américaine d'attaquer son territoire depuis ces installations.

"Nos défenses aériennes ont intercepté et abattu 10 missiles iraniens visant le territoire du Royaume", et qui n'ont fait ni victime ni dégât, a indiqué un responsable de l'état-major jordanien.

Au Koweït, l'armée a dit faire face à "des attaques de drones hostiles". Les sirènes d'alerte aérienne ont également retenti à Bahreïn, a annoncé le ministère de l'Intérieur de ce pays.

Téhéran va entrer dans "une phase d'offensive totale" si les frappes américaines se poursuivent au-delà de "deux-trois jours", a menacé vendredi Mohsen Rezaï, conseiller militaire du guide suprême iranien, cité par la télévision d'Etat.

Les Gardiens de la Révolution, armée idéologique de la République islamique, ont prévenu que les frappes "se poursuivront jusqu'au retour du calme sur la côte sud et dans le détroit d'Ormuz", où le trafic maritime est à nouveau pratiquement à l'arrêt.

- L'Iran "stoppe" quatre navires -

Ce détroit stratégique, par lequel transitait avant la guerre au Moyen-Orient un cinquième du commerce mondial d'hydrocarbures, est à nouveau verrouillé par l'Iran depuis plus d'une semaine, après la reprise des hostilités avec les Etats-Unis. Ces derniers, en représailles, ont réimposé un blocus des ports iraniens.

Les Gardiens de la Révolution ont annoncé samedi avoir "stoppé" quatre navires qui tentaient de franchir sans leur autorisation le détroit où, toujours selon Téhéran, deux pétroliers ont par ailleurs sauté sur des mines.

"Au cours des dernières heures, quatre navires en infraction, soutenus par l'armée terroriste américaine, ont tenté de traverser le détroit d'Ormuz, et les quatre navires ont été stoppés sur place lors d'une opération combinée de missiles et de drones", ont déclaré les Gardiens, cités par la télévision d'Etat.

"Deux pétroliers, qui tentaient de traverser le champ de mines situé au sud du détroit d'Ormuz, trompés par les services de renseignement américains, ont explosé et pris feu", ont-ils également indiqué, selon Irna, sans préciser la nationalité des navires ni s'il y avait des victimes.

Le Commandement de l'armée américaine pour le Moyen-Orient (Centcom) a démenti. "Comme la plupart des revendications du Corps des gardiens de la Révolution islamique, ceci est faux", ont-ils écrit sur X, sans fournir plus d'explications.

Les affrontements ont repris le 7 juillet après des attaques iraniennes contre des navires dans le Golfe. Les frappes menées depuis sont sans précédent depuis le cessez-le-feu d'avril.

Déclenché le 28 février par des bombardements israélo-américains contre l'Iran, le conflit a fait des milliers de morts, principalement en Iran et au Liban, et n'en finit pas d'ébranler l'économie mondiale.

"Le détroit d'Ormuz est en train de devenir un piège pour les deux belligérants. La logique de l'escalade leur échappe de plus en plus", a analysé David Khalfa, spécialiste du Moyen-Orient à la Fondation Jean-Jaurès, en soulignant le "risque d'une confrontation régionale plus large".


Climat : face à la grogne de l'industrie, l'Europe révise son marché du carbone

Un piéton passe devant le bâtiment Berlaymont, siège de la Commission européenne, à Bruxelles, le 9 juin 2026. (AFP)
Un piéton passe devant le bâtiment Berlaymont, siège de la Commission européenne, à Bruxelles, le 9 juin 2026. (AFP)
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  • L'UE veut assouplir son marché carbone en prolongeant les quotas gratuits pour les industriels jusqu'en 2038
  • La réforme oppose les partisans de la compétitivité industrielle aux défenseurs d'objectifs climatiques plus stricts

BRUXELLES: Une trajectoire climatique moins exigeante pour les entreprises : la Commission européenne a proposé vendredi d'assouplir sa tarification du carbone, pilier de la politique environnementale de l'UE, au cœur d'une bataille féroce entre Etats, industriels et ONG.

Face à la grogne de l'industrie chimique allemande, de pays d'Europe centrale et de l'Italie, Bruxelles a mis sur la table une série de concessions, soumises aux Vingt-Sept et aux eurodéputés pour une négociation qui devrait durer plusieurs mois.

Dans l'ensemble, l'industrie européenne devrait être autorisée à émettre plus longtemps du CO2 et à un coût moindre que ce qui était prévu jusqu'à présent.

S'ils s'engagent à se décarboner, les industriels pourront notamment bénéficier plus longtemps de quotas carbone gratuits. Leur suppression totale interviendrait en 2038, contre 2034 dans le système actuel.

Et les entreprises auront la possibilité d'acquérir à partir de 2036 des crédits carbone internationaux en finançant des projets de décarbonation en dehors de l'UE qui seraient pris en compte dans la baisse de leurs émissions.

Il y a plus de vingt ans, l'Union européenne a mis en place ce marché des quotas d'émissions carbone (ETS), outil pionnier dans la lutte contre le dérèglement climatique.

Pour couvrir leurs émissions de CO2, les industries les plus énergivores (sidérurgie, ciment, chimie...) et les producteurs d'électricité doivent acheter des "permis de polluer", selon le principe du pollueur-payeur.

Le prix de la tonne de CO2 varie et s'établit autour de 80 euros actuellement dans l'UE.

Le total des quotas carbone disponibles sur le marché baisse au fil du temps pour inciter les industriels à émettre moins. Et pour les accompagner dans leur transformation, des quotas gratuits sont alloués.

Ils devaient disparaître en 2034, mais la Commission propose de les prolonger tout comme elle veut réduire moins vite que prévu l'ensemble des quotas disponibles sur le marché.

Pour montrer que ses ambitions climatiques demeurent, l'UE a néanmoins présenté vendredi un objectif "indicatif" d'électrification de son énergie. Elle souhaite que l'électricité représente 46% de sa consommation finale d'énergie en 2040, soit deux fois plus qu'actuellement.

- Scandinavie vs Europe centrale -

Depuis plusieurs années, cette part de l'électricité dans la consommation finale d'énergie de l'Union stagne autour de 23%, car elle coûte nettement plus cher que le gaz et parce que l'Europe peine à se priver des fossiles dans le chauffage des bâtiments et les transports.

Entre la crise énergétique liée à la guerre au Moyen-Orient et la canicule historique qui s'est abattue sur l'Europe, les défenseurs de l'environnement poussent pour que l'UE maintienne des ambitions climatiques élevées.

Mais depuis deux ans à Bruxelles, la tendance est plutôt de répondre aux préoccupations des industriels, en souffrance face à la concurrence de la Chine et aux droits de douane des Etats-Unis.

La réforme du carbone était prévue dans les textes, mais elle est devenue un enjeu politique, voire idéologique, entre les partisans d'ETS, comme l'Espagne, la Suède, la Finlande et le Danemark, et ses détracteurs, comme la Pologne, la République tchèque ou l'Italie aux économies plus carbonées.

Entre ces deux camps, la France va être "un Etat pivot dans les négociations", estime Phuc-Vinh Nguyen, expert de l'énergie de l'Institut Jacques-Delors, qui considère que Paris a intérêt à "sauvegarder un ETS fort" pour mettre en avant son électricité nucléaire décarbonée auprès des investisseurs.

Vendredi, la Commission a également poussé  pour que les revenus que perçoivent les Etats membres grâce au marché du carbone soient davantage fléchés vers la décarbonation de l'industrie, ce qui est loin d'être le cas actuellement.

Bruxelles avance par ailleurs prudemment sur l'extension de son marché du carbone à de nouveaux secteurs.

L'exécutif propose d'intégrer "graduellement" le secteur des incinérateurs de déchets à ETS. Avec une possibilité de dérogation jusqu'en 2035 pour les Etats, s'ils remplissent des objectifs de recyclage ou disposent déjà d'une taxe nationale équivalente.

Concernant l'aviation, face à la forte pression des compagnies aériennes et aux réticences de certains Etats, dont la France, la Commission a renoncé à directement intégrer les vols internationaux à son marché du carbone.

A la place, elle plaide pour une solution intermédiaire régionale à partir de 2029, avec l'intégration à ETS de vols internationaux dont le point d'atterrissage se situe à 5.000 kilomètres maximum du décollage en Europe. Un vol depuis Francfort vers Dubaï ou Istanbul serait couvert par ETS, mais Francfort-Tokyo ne le serait pas.

Au milieu de ces négociations, une victime collatérale de ce bras de fer pourrait être "l'ETS 2", c'est-à-dire l'extension prévue du marché du carbone au transport routier et au chauffage des bâtiments.

Très sensible politiquement, la mesure a déjà été repoussée de 2027 à 2028 et risque encore d'être reportée. Voire enterrée.