Les enregistrements d'Al-Maliki laissent présager l'échec de la formation d'un gouvernement en Irak

Nouri al-Maliki, secrétaire général du parti islamique Dawan en Irak, croit, semble-t-il, à la légitimité de la violence politique. (Photo d'archive AFP)
Nouri al-Maliki, secrétaire général du parti islamique Dawan en Irak, croit, semble-t-il, à la légitimité de la violence politique. (Photo d'archive AFP)
L'homme fort de l'Irak, Nouri al-Maliki (le deuxième sur la gauche), assiste à une réunion politique au palais présidentiel de Bagdad, le 27 février 2019. (Fichier AFP)
L'homme fort de l'Irak, Nouri al-Maliki (le deuxième sur la gauche), assiste à une réunion politique au palais présidentiel de Bagdad, le 27 février 2019. (Fichier AFP)
Nouri al-Maliki, secrétaire général du parti islamique Dawan en Irak, croit, semble-t-il, à la légitimité de la violence politique. (Photo d'archive AFP)
Nouri al-Maliki, secrétaire général du parti islamique Dawan en Irak, croit, semble-t-il, à la légitimité de la violence politique. (Photo d'archive AFP)
Nouri al-Maliki, secrétaire général du parti islamique Dawan en Irak, croit, semble-t-il, à la légitimité de la violence politique. (Photo d'archive AFP)
Nouri al-Maliki, secrétaire général du parti islamique Dawan en Irak, croit, semble-t-il, à la légitimité de la violence politique. (Photo d'archive AFP)
Short Url
Publié le Mardi 26 juillet 2022

Les enregistrements d'Al-Maliki laissent présager l'échec de la formation d'un gouvernement en Irak

  • Dans les enregistrements présumés, on entend l'ancien Premier ministre dénoncer ses rivaux politiques et évoquer une guerre civile imminente
  • C'est au mois d’octobre 2021 que se sont tenues les élections législatives anticipées en Irak; toutefois, le pays n'est pas parvenu à former un nouveau gouvernement

ERBIL (Kurdistan irakien): Si l'on isole ces enregistrements sonores de leur contexte, ils semblent assez banals. Ils ne font qu'attester une réalité connue de tous en Irak: la profonde antipathie qui existe entre les protagonistes chiites les plus puissants du pays (Nouri al-Maliki et Moqtada al-Sadr) et la complexité des relations qu'ils entretiennent avec les autres responsables irakiens. 

Aux yeux des analystes, ces enregistrements révèlent les fortes divisions et les inimitiés tenaces qui gangrènent la scène politique irakienne et entraveront probablement davantage la formation d'un gouvernement dans les mois à venir. 

Parmi ces bandes sonores, connues en Irak sous le nom de «Maliki Wikileaks», on peut entendre l'homme qui a été Premier ministre entre 2006 et 2014 dénoncer ses rivaux politiques et évoquer la guerre civile qui se dessinerait. 

«L'Irak se trouve à l’aube d'une guerre meurtrière dont personne ne sortira indemne si on ne déjoue pas le projet de Moqtada al-Sadr, Massoud Barzani et Mohamed al-Halbousi […] et je n'hésiterai pas à attaquer Nadjaf s'il le faut», déclare Al-Maliki dans l'un des nombreux enregistrements dont il conteste cependant l'authenticité. 

Il allègue également que le Royaume-Uni manigance un complot qui vise à confier à Al-Sadr le commandement des chiites d'Irak pour l'assassiner ensuite, ce qui restaurera la suprématie des sunnites sur le pays. 

''
Sur cette pancarte, on voit le religieux chiite irakien Moqtada al-Sadr lors d'une prière du vendredi à Sadr City, à l'est de Bagdad, le 15 juillet 2022. (AFP) 

Ces enregistrements ont été publiés par le journaliste et activiste Ali Fadhel. Ils remontent vraisemblablement à deux mois, voire davantage, puisqu'ils évoquent la coalition parlementaire tripartite «Sauver la patrie» (composée du Mouvement sadriste, du Parti démocratique du Kurdistan [PDK] de Barzani et du Parti du progrès d’Al-Halbousi). Cette coalition a affronté les partis chiites favorables à l'Iran sous l'égide du Cadre de coordination (CC), auquel appartient la Coalition de l'État de droit de Nouri al-Maliki. 

Al-Sadr a exigé la démission de ses soixante-treize députés à la mi-juin. Il s'était efforcé pendant des mois de former un gouvernement majoritaire sans le Cadre de coordination. Ce dernier prône en effet un autre type de gouvernement fondé sur le consensus, ce qui constitue la norme en Irak depuis 2003. 

''
Les enregistrements ont été publiés par le journaliste et activiste Ali Fadhel et ils remontent à deux mois, voire davantage. (Capture d'écran de Twitter) 

Après la démission massive des sadristes, l'alliance baptisée «Sauver la patrie» a pris fin, et avec elle la perspective d'un gouvernement majoritaire en Irak. 

Le CC négocie depuis lors la formation d'un nouveau gouvernement avec les autres blocs parlementaires. 

C'est au mois d’octobre 2021 que se sont tenues les élections législatives anticipées en Irak. Toutefois, le pays n'est pas parvenu à ce jour à constituer un nouveau gouvernement. La gouvernance du pays est actuellement confiée au gouvernement intérimaire dirigé par Moustafa al-Kazimi, le Premier ministre actuel. 

Quelques chiffres

La population de l'Irak est de 39,3 millions d'habitants. 


Le taux de croissance du PIB se chiffre à 3,9%. (PPA) 


Le taux de chômage représente 12,8% de la population.  


Le PIB avoisine les 708,3 milliards de dollars, soit 695 milliards d’euros. (PPA) 


Source: The Heritage Foundation (2021) 

À première vue, l'Irak semble s'acheminer vers une instabilité plus marquée. Après avoir démissionné du Parlement, les sadristes sont retournés dans la rue. Ici, Al-Sadr a maintes fois fait la preuve d’une aptitude à mobiliser en un rien de temps des centaines de milliers de partisans dévoués; ces derniers vivent pour la plupart dans la pauvreté et nourrissent un sentiment de colère à l'égard de l'élite politique. 

L'impasse dans laquelle se trouve le Parlement perdure et l'espoir de former un nouveau gouvernement reste hypothétique. Les dix mois qui se sont écoulés depuis les dernières élections ne sont pas parvenus à changer le cours des choses. Les déclarations incendiaires d'Al-Maliki viennent aujourd'hui couronner ce tableau complexe. 

L'Irak risque-t-il d'être ravagé par une violente conflagration, ou même par une sorte de guerre civile, si la situation actuelle se prolonge? 

''
Des membres qui appartiennent au groupe paramilitaire Hachd al-Chaabi escortent un cortège funéraire à Bagdad, le 26 octobre 2019. (AFP) 

«Dans ses propos, M. Al-Maliki semble faire allusion à une recrudescence susceptible de conduire à des affrontements dans les rues; on a déjà assisté à de tels heurts entre les factions chiites», confie à Arab News Joel Wing, qui tient le blog Musings on Iraq («Réflexions sur l’Irak»). 

Les enregistrements sont authentiques, selon Joel Wing, qui fait remarquer que seuls Al-Maliki et ses alliés ont nié leur authenticité. 

Il rappelle que le Cadre de coordination a déjà recouru à la violence politique depuis les élections d'octobre, notamment en bombardant les maisons et les bureaux qui appartenaient à des partis politiques adverses. Le Kurdistan irakien, lui aussi, a été la cible d'une succession de tirs de roquettes et de drones. L'objectif était de soumettre le PDK à une certaine pression. 

«Les partis politiques se sentent de plus en plus frustrés de ne pas parvenir à former un gouvernement», explique M. Wing. «Les commentaires de M. Al-Maliki ne font qu'aggraver une situation déjà précaire. On constate en écoutant son discours sur la violence politique que certains dirigeants sont prêts à aller jusqu'au bout pour éliminer leurs adversaires.» 

Pour M. Wing, aucun signe ne semble présager un dénouement imminent de l'impasse politique dans laquelle se trouve le pays. Cette situation attisera les tensions et augmentera le risque d'affrontements armés, selon lui. Néanmoins, il ne craint pas que la situation actuelle en Irak ne dégénère en un conflit entre chiites ou en une guerre civile. 

'
Un manifestant irakien brandit un drapeau géant du Hachd al-Chaabi lors d'un rassemblement destiné à célébrer la journée d'Al-Qods (Jérusalem) dans la rue Abou-Nawas, à Bagdad, le 29 avril 2022. (Sabah Arar/ AFP) 

«Je ne redoute pas la guerre civile. Toutefois, le Cadre et les Sadristes ont déjà fait usage de violence par le passé et ils risquent d'aller encore plus loin dans la mesure où les partis politiques ne parviennent pas à trouver le moindre compromis», souligne-t-il. 

L'impasse politique persistera probablement, puisque le Cadre et les partis kurdes ne parviennent pas à élire le prochain président ni le futur Premier ministre. 

Pour que le Parlement élise le prochain Premier ministre, il est indispensable de désigner le candidat à la présidence, un poste symbolique réservé aux Kurdes en Irak. Cependant, le PDK et l'Union patriotique du Kurdistan ne se sont pas encore accordés sur le choix d'un candidat. 

''
Des membres du groupe paramilitaire du Hachd al-Chaabi escortent un cortège funéraire à Bagdad, le 26 octobre 2019. (AFP) 

Plus encore, «de profonds clivages divisent les membres du Cadre lui-même au sujet du choix du Premier ministre», comme le souligne M. Wing. 

«Voilà pourquoi on évoque de plus en plus la possibilité d'organiser de nouvelles élections ou de garder simplement le Premier ministre actuel en poste», ajoute-t-il. 

Tout comme M. Wing, Kyle Orton, analyste indépendant et spécialiste du Moyen-Orient, estime que les enregistrements de M. Al-Maliki sont authentiques. 

«On constate à travers les enregistrements divulgués que M. Al-Maliki est toujours convaincu de la légitimité de la violence politique; il adopte donc la position du parti Dawa, que la Révolution iranienne a formé en 1979», confie-t-il à Arab News. 

«Cette position est assez courante en Irak: depuis la chute de Saddam Hussein, de nombreux politiciens font de la politique le jour et se livrent au terrorisme la nuit.» 

''
Les enregistrements ont été publiés par le journaliste et activiste Ali Fadhel et ils remontent à deux mois, voire davantage. (Capture d'écran de Twitter) 

M. Orton est lui aussi convaincu que les enregistrements divulgués n'entraîneront pas de «guerre civile» imminente. Bien au contraire, «ils montrent avant tout que, en Irak, la politique obéit aux règles du jeu établies par le CGRI [Corps des gardiens de la révolution islamique d'Iran]», estime-t-il. 

«Ce sont les mandataires de l'Iran qui se livrent à une lutte de factions, même si le jeu paraît un peu plus brutal qu'il ne l'était dans le passé», affirme-t-il. «Mais le CGRI commande le dispositif de sécurité en Irak. De fait, ses milices contrôlent les rues et il ne tolérera donc pas qu’un tel effondrement se produise.» 

M. Orton conclut par ces mots: «Pour prévoir le dénouement de la situation, il faut chercher la réponse du côté de Téhéran: les Iraniens seront-ils contrariés par le fait qu’Al-Sadr franchit les limites ou estimeront-ils qu'Al-Maliki est trop affaibli sur le plan politique pour rester dans la course?» 

Nicholas Heras, directeur adjoint de l'unité de sécurité humaine au Newlines Institute for Strategy and Policy, n'est pas d'accord avec M. Wing et il n'écarte pas la possibilité d'une guerre civile entre chiites. 

''
Des membres du groupe paramilitaire Hachd al-Chaabi escortent un cortège funéraire à Bagdad, le 26 octobre 2019. (AFP) 

«Al-Sadr n’a pas attendu les enregistrements pour savoir qu'Al-Maliki le déteste», déclare M. Heras à Arab News. «Moqtada Al-Sadr a bâti sa carrière politique en dénigrant Nouri al-Maliki, dénonçant son manque d'intérêt pour les besoins du peuple irakien, notamment ceux des chiites.» 

«L'Irak se dirige tout droit vers une guerre civile intrachiite. La situation dans le pays a pris une tournure inquiétante. Les tensions les plus vives sont celles que l’on observe au sein de la communauté chiite». 

Au sujet de l'avenir de l'Irak, M. Heras précise qu’«il s'agit principalement d'un conflit entre Al-Sadr et ses alliés d'une part, et un grand nombre de politiciens chiites et les milices qui leur sont affiliées d'autre part». 

«Les Kurdes et les sunnites se contentent de suivre le déroulement du conflit qui se profile à l'horizon à toutes fins utiles», conclut-il. 


La Syrie accuse Israël de vouloir la «déstabiliser» après une incursion et des frappes meurtrières

 Les autorités syriennes ont accusé Israël de vouloir "déstabiliser" la Syrie, après une série de frappes qui ont détruit un aéroport militaire et une incursion sanglante jeudi dans le sud du pays qui ont fait 13 morts selon une ONG. (AFP)
Les autorités syriennes ont accusé Israël de vouloir "déstabiliser" la Syrie, après une série de frappes qui ont détruit un aéroport militaire et une incursion sanglante jeudi dans le sud du pays qui ont fait 13 morts selon une ONG. (AFP)
Short Url
  • Des frappes intensives sur des objectifs militaires dans le centre de la Syrie et la région de Damas ont été suivies par une incursion des troupes israéliennes dans le sud, où neuf personnes ont été tuées en tentant de s'opposer à leur avancée
  • Mercredi soir, l'aviation israélienne a mené une série de frappes sur un centre de recherche militaire à Damas, l'aéroport militaire de la ville de Hama et la base aérienne militaire T-4 dans la province de Homs, tous deux dans le centre du pays

DAMAS: Les autorités syriennes ont accusé Israël de vouloir "déstabiliser" la Syrie, après une série de frappes qui ont détruit un aéroport militaire et une incursion sanglante jeudi dans le sud du pays qui ont fait 13 morts selon une ONG.

Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz,  dont le pays a mené des centaines de frappes en Syrie depuis la chute du pouvoir de Bachar al-Assad le 8 décembre, a averti le dirigeant syrien, Ahmad al-Chareh, qu'il paierait un "lourd tribut" si la sécurité d'Israël était menacée.

"Cette escalade injustifiée constitue une tentative préméditée de déstabiliser la Syrie", a pour sa part accusé le ministère syrien des Affaires étrangères dans un communiqué.

Des frappes intensives sur des objectifs militaires dans le centre de la Syrie et la région de Damas ont été suivies par une incursion des troupes israéliennes dans le sud, où neuf personnes ont été tuées en tentant de s'opposer à leur avancée.

Mercredi soir, l'aviation israélienne a mené une série de frappes sur un centre de recherche militaire à Damas, l'aéroport militaire de la ville de Hama et la base aérienne militaire T-4 dans la province de Homs, tous deux dans le centre du pays.

Le ministère syrien a affirmé que l'aéroport avait été "presque entièrement détruit" et évoqué des "dizaines de blessés civils et militaires".

"Protectorat turc" 

Selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), basé au Royaume-Uni mais qui dispose d'un vaste réseau de sources en Syrie, quatre militaires ont été tués et 12 blessés dans les raids contre l'aéroport de Hama.

Un correspondant de l'AFP a vu au moins un avion militaire calciné dans un hangar, et des véhicules militaires, dont un transportant un système de défense anti-aérienne, gravement endommagés.

Un bâtiment du centre de recherche scientifique à Barzé, dans la banlieue de Damas, également visé, a été détruit, selon un correspondant de l'AFP.

En Israël, l'armée a affirmé avoir "frappé les capacités militaires dans les bases syriennes de Hama et T4, dans la province de Homs, ainsi que d'autres infrastructures militaires dans la région de Damas".

Une source syrienne proche du dossier a indiqué à l'AFP que la Turquie, alliée des nouvelles autorités syriennes, tente d'établir des "positions militaires" en Syrie dont une "à l'intérieur de la base T4".

Lors d'une conférence de presse à Paris, le ministre israélien des Affaires étrangères Gideon Saar a imputé à la Turquie "un rôle négatif en Syrie" et "au Liban". "Nous ne pensons pas que la Syrie devrait être un protectorat turc", a-t-il dit.

Appels au combat 

A Deraa, neuf personnes tuées au cours de l'incursion israélienne ont été inhumées jeudi, a rapporté un correspondant de l'AFP.

Les autorités de la province avaient annoncé leur décès après un bombardement israélien près de la ville de Nawa, à l'ouest de Deraa, ayant suivi une "incursion israélienne" dans la région, "où les forces de l'occupation ont pénétré pour la première fois aussi profondément".

Selon l'OSDH, il s'agit d'habitants de la région qui ont pris les armes après des appels lancés dans les mosquées à contrer l'avancée des troupes israéliennes.

L'armée israélienne a indiqué avoir répondu à des tirs dans le sud de la Syrie et ciblé plusieurs combattants qui ont été "éliminés" dans des frappes terrestres et aériennes.

"La présence d'armes dans le sud de la Syrie constitue une menace pour l'Etat d'Israël", a déclaré un porte-parole militaire israélien, ajoutant que l'armée "ne permettrait pas l'existence d'une menace militaire en Syrie".

Dès la chute de Bachar al-Assad évincé par une coalition de rebelles dominés par les islamistes, après plus de 13 ans de guerre civile, Israël a envoyé des troupes dans une zone tampon démilitarisée du Golan, dans le sud-ouest de la Syrie.

Il a aussi mené des centaines de frappes aériennes sur des sites militaires, affirmant vouloir empêcher que des armes ne tombent entre les mains des nouvelles autorités, qu'il qualifie de "jihadistes".

Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, avait exigé fin février "la démilitarisation totale du sud de la Syrie" et affirmé qu'il ne tolérerait pas que les forces du nouveau pouvoir se déploient au sud de Damas.

Le 26 mars, six civils avaient déjà été tués après une incursion israélienne similaire dans la province de Deraa, selon les autorités locales.


La Défense civile de Gaza fait état d'au moins 15 morts dans une frappe israélienne dans le nord

L'armée israélienne a lancé un nouvel appel à évacuer pour les habitants de Choujaiya et d'autres districts dans le nord de la bande de Gaza. (AFP)
L'armée israélienne a lancé un nouvel appel à évacuer pour les habitants de Choujaiya et d'autres districts dans le nord de la bande de Gaza. (AFP)
Short Url
  • L'armée israélienne a lancé un nouvel appel à évacuer pour les habitants de Choujaiya et d'autres districts dans le nord de la bande de Gaza.
  • "L'armée israélienne opère avec une grande force dans vos zones pour détruire l'infrastructure terroriste" du mouvement islamiste palestinien Hamas, a déclaré le porte-parole de l'armée en langue arabe, Avichay Adraee, dans un message sur son compte X

GAZA: La Défense civile de Gaza a indiqué qu'au moins 15 personnes avaient été tuées jeudi à l'aube dans des frappes aériennes israéliennes dans la partie nord du territoire palestinien, après un appel à évacuer de l'armée israélienne.

Le porte-parole de la Défense civile, Mahmoud Bassal, a déclaré que les frappes avaient visé plusieurs maisons dans le quartier de Choujaiya, dans la ville de Gaza. "Il y a encore un certain nombre de personnes piégées sous les décombres", a-t-il ajouté.

L'armée israélienne a lancé un nouvel appel à évacuer pour les habitants de Choujaiya et d'autres districts dans le nord de la bande de Gaza.

"L'armée israélienne opère avec une grande force dans vos zones pour détruire l'infrastructure terroriste" du mouvement islamiste palestinien Hamas, a déclaré le porte-parole de l'armée en langue arabe, Avichay Adraee, dans un message sur son compte X.

"Vous devez évacuer ces zones immédiatement et vous rendre dans les abris connus dans l'ouest de la ville de Gaza", a-t-il ajouté.


Israël morcèle Gaza, accentue la pression sur le Hamas pour récupérer les otages

Mercredi, au moins 34 Palestiniens ont été tués dans les frappes. L'une d'elles a tué 19 personnes, dont neuf enfants, dans un centre de santé détruit de l'Unrwa, l'agence de l'ONU pour les réfugiés palestiniens, à Jabalia (nord), selon la Défense civile de Gaza, organisation de premiers secours. (AFP)
Mercredi, au moins 34 Palestiniens ont été tués dans les frappes. L'une d'elles a tué 19 personnes, dont neuf enfants, dans un centre de santé détruit de l'Unrwa, l'agence de l'ONU pour les réfugiés palestiniens, à Jabalia (nord), selon la Défense civile de Gaza, organisation de premiers secours. (AFP)
Short Url
  • Loin de céder, le Hamas a rejeté une proposition de trêve annoncée samedi par Israël et transmise par l'intermédiaire de la médiation du Qatar et de l'Egypte
  • Après deux mois de trêve, Israël a repris le 18 mars son offensive à Gaza affirmant que la pression militaire était le seul moyen de forcer le Hamas à rendre la soixantaine d'otages, morts ou vivants, qu'il détient encore

JERUSALEM: Israël a annoncé mercredi que son armée avait commencé à morceler la bande de Gaza et à y saisir de larges zones de territoire pour forcer le mouvement islamiste palestinien Hamas à rendre les otages.

Loin de céder, le Hamas a rejeté une proposition de trêve annoncée samedi par Israël et transmise par l'intermédiaire de la médiation du Qatar et de l'Egypte, ont indiqué deux responsables du mouvement islamiste palestinien à l'AFP alors que les bombardements israéliens sur la bande de Gaza ont fait plus de 30 morts mercredi, dont des enfants, selon les secours locaux.

Le Hamas souhaite avancer sur une proposition egypto-qatarie prévoyant un cessez-le-feu de 50 jours, période pendant laquelle le mouvement islamiste libérerait "cinq soldats israéliens" en échange de la remise en liberté de quelque 2.250 prisonniers palestiniens détenus par Israël, a indiqué un de ces deux responsables sous le couvert de l'anonymat

Après deux mois de trêve, Israël a repris le 18 mars son offensive à Gaza affirmant que la pression militaire était le seul moyen de forcer le Hamas à rendre la soixantaine d'otages, morts ou vivants, qu'il détient encore.

"Nous morcelons la bande de Gaza et nous augmentons la pression pas à pas, afin qu'ils nous rendent nos otages", a déclaré le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.

Critiques des familles d'otages 

Appelant "les habitants de Gaza à agir maintenant pour chasser le Hamas et rendre tous les otages", le ministre de la Défense, Israël Katz, a menacé une nouvelle fois de confisquer au profit d'Israël de "vastes secteurs" conquis par l'armée à la faveur de l'élargissement de son offensive dans la bande de Gaza.

"Expliquez (...) comment vous comptez éviter la mise en danger des otages", a réagi le Forum des familles, la plus grande association de proches d'otages en Israël, en reprochant au gouvernement d'envoyer "davantage de soldats à Gaza" plutôt que "de libérer les otages par un accord et de mettre fin à la guerre"

De leur côté, une cinquantaine d'otages libérés et des proches d'otages ont estimé dans une lettre ouverte que "la pression militaire met en danger les otages".

"Où est le monde?" 

La guerre a été déclenchée le 7 octobre 2023 par l'attaque sans précédent du Hamas ayant entraîné la mort de 1.218 personnes du côté israélien, en majorité des civils, selon un décompte de l'AFP basé sur des données officielles.

Sur les 251 personnes enlevées ce jour-là, 58 sont toujours otages à Gaza dont 34 sont mortes selon l'armée israélienne.

En riposte Israël a juré de détruire le Hamas et lancé une campagne de représailles militaires ayant fait au moins 50.423 morts, majoritairement des civils, selon les données du ministère de la Santé du Hamas pour Gaza, jugées fiables par l'ONU.

Mercredi, au moins 34 Palestiniens ont été tués dans les frappes. L'une d'elles a tué 19 personnes, dont neuf enfants, dans un centre de santé détruit de l'Unrwa, l'agence de l'ONU pour les réfugiés palestiniens, à Jabalia (nord), selon la Défense civile de Gaza, organisation de premiers secours.

Le centre sert de refuge à 160 familles déplacées, a indiqué l'Unrwa.

"Les martyrs sont des jeunes, des garçons et des filles. De quel droit il les tuent? Ils ont visé directement la clinique. Où sont les Nations unies, où est le monde?" a lancé Abou Ahmed Jaber, un déplacé réfugié dans le bâtiment.

L'armée israélienne a confirmé une frappe contre le bâtiment de l'Unrwa affirmant y avoir visé "des terroristes du Hamas".

Treize personnes ont également été tuées par un bombardement sur une maison abritant des déplacés à Khan Younès et deux par une frappe sur une maison à Nousseirat (centre), selon les secours.

Après l'interception de deux projectiles tirés de Gaza en direction d'Israël dans la soirée, l'armée israélienne a appelé les habitants à évacuer plusieurs régions du nord de Gaza, en prévision de frappes.

"Guerre sans limite" 

De son côté, le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres est "choqué par les attaques de l'armée israélienne" contre un convoi médical et de secours, qui ont tué 15 secouristes et travailleurs humanitaires la semaine dernière à Gaza, selon son porte-parole.

La "fosse commune" où les secouristes ont été retrouvés expose une "guerre sans limite" à Gaza, a indiqué un responsable du Bureau des opérations humanitaires de l'ONU (Ocha), Jonathan Whittall.

Selon le ministère de la Santé de Gaza, 1.066 personnes ont été tuées depuis le 18 mars.

Pour accroître la pression sur le Hamas, Israël a bloqué depuis le 2 mars l'entrée de l'aide humanitaire à Gaza, aggravant les pénuries dans le territoire.

Faute de farine et de sucre, des boulangeries ont fermé. "La situation est très difficile, il n'y a pas de farine, pas de pain, pas de nourriture ni d'eau", a témoigné un père de famille, Mahmoud Sheikh Khalil.

A Jérusalem, le ministre israélien de la Sécurité intérieure, Itamar Ben Gvir, figure de l'extrême droite, s'est rendu une nouvelle fois sur l'esplanade des Mosquées, lieu disputé dans le secteur oriental de la Ville sainte occupé et annexé par Israël.

Troisième lieu saint de l'islam, l'endroit est pour les juifs, le mont du Temple, lieu le plus sacré du judaïsme. Plusieurs pays arabes ont dénoncé une "provocation" susceptible d'alimenter encore un peu plus les tensions régionales.