La campagne visant à restaurer le patrimoine de l'Irak prend de l'ampleur

La construction traditionnelle de bateaux a fait son retour en Irak grâce au projet «Ark ReImagined (Photo, AN/Rachad Salim).
La construction traditionnelle de bateaux a fait son retour en Irak grâce au projet «Ark ReImagined (Photo, AN/Rachad Salim).
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Publié le Jeudi 21 juillet 2022

La campagne visant à restaurer le patrimoine de l'Irak prend de l'ampleur

  • «Le berceau de la civilisation» abrite plus de 10 000 sites archéologiques remontant à 5 500 ans
  • La volonté de protéger les sites archéologiques irakiens s'est intensifiée au cours des dernières années

BAGDAD: Dans la ville de Mossoul, dans le nord de l'Irak, entourée de bâtiments réduits en ruines depuis des années, les décombres de la mosquée Al-Nouri reprennent peu à peu vie. Cette structure emblématique – et beaucoup d'autres dans la célèbre vieille ville de Mossoul – a été endommagée par Daech pendant la bataille qui a fait rage ici en décembre 2017.

Le projet «Faire revivre l'esprit de Mossoul», dirigé par l'Unesco et visant à reconstruire les sites patrimoniaux endommagés de la ville, apporte aux Irakiens l'espoir que cette cité au riche passé puisse briller à nouveau.

Célèbre pour son minaret penché qui lui a donné son surnom de «bossu» ou «Al-Hadba» en arabe, Al-Nouri a été construite au XXIIe siècle. En juillet 2014, le leader de Daech, Abou Bakr al-Baghdadi, s'est tenu à la chaire de la mosquée et y a décrété que l'Irak et la Syrie feraient désormais partie du «califat» du groupe terroriste.

Trois ans plus tard, le célèbre minaret de la mosquée est détruit par Daech, un acte que le Premier ministre irakien de l'époque qualifie alors de «reconnaissance officielle de la défaite» du groupe.

Le projet «Faire revivre l'esprit de Mossoul», un projet dirigé par l'Unesco pour reconstruire les sites patrimoniaux endommagés de la ville, apporte de l'espoir aux Irakiens et aux étrangers (Photo fournie).

Daech a utilisé l'explosion de la structure à des fins de propagande, attribuant sa destruction à une frappe aérienne de la coalition mondiale dirigée par les États-Unis. «Les partisans des djihadistes s'en servent pour blâmer l'Occident et les Américains», a déclaré Alberto Fernandez, alors vice-président du Middle East Media Research Institute, au journal USA Today en 2017.

En 2018, un an après l'expulsion de Daech de la ville, les Émirats arabes unis se sont engagés à verser 49,5 millions d’euros pour financer la restauration de Mossoul, une somme que la directrice générale de l'Unesco, Audrey Azoulay, a jugée comme étant «la contribution la plus importante et la plus inédite jamais vue pour reconstruire le patrimoine culturel en Irak».

Le projet de rénovation est l'une des nombreuses initiatives lancées ces dernières années par des entités locales, régionales et internationales qui cherchent à restaurer les nombreux sites historiques importants mais endommagés en Irak.

Un atelier à Huwair enseigne l'art de fabriquer des pagaies (Photo, AN/Rachad Salim).

«Faire revivre l'esprit de Mossoul» se concentrera sur la documentation et le nettoyage du site, l'élaboration de plans pour sa reconstruction, et enfin, quatre années de restauration et de reconstruction fidèle du minaret de la mosquée Al-Nouri et des bâtiments adjacents. Il est également prévu de restaurer les jardins historiques de la ville et de construire un mémorial et un musée du site.

Réputé depuis longtemps pour être le berceau de la civilisation, l'Irak abrite plus de 10 000 sites du patrimoine culturel, depuis les cités de Sumer, vieilles de 5 500 ans (où sont conservées les plus anciennes écritures du monde), jusqu'aux vestiges archéologiques des cultures akkadienne, babylonienne, assyrienne, parthe et abbasside.

«Ces périodes, en particulier la période abbasside, qui a déployé de grands efforts dans le but de sauvegarder et développer les connaissances anciennes des cultures et empires précédents, ont façonné notre monde actuel», a déclaré à Arab News Lanah Haddad, directrice régionale de TARII, l'institut de recherche académique en Irak.

«L'idée de l'Irak comme berceau de la civilisation ne s'arrête pas à ces périodes, elle se poursuit jusqu'à ce jour avec ses hauts et ses bas», a-t-elle souligné.

Abou Haider et Rachad Salim à Guffa sur le Tigre à Qishla Baghdad (Ali Jawad Mousafiri/Photo fournie).

Depuis la défaite de Daech en Irak, le pays connaît une période de calme fragile après des années de guerre et de destruction. Alors que le peuple irakien attend toujours une classe politique capable de former un gouvernement cohésif afin de résoudre ses problèmes socio-économiques, la stabilité relative du pays a donné aux Irakiens et aux agences internationales une chance d'entamer le processus de reconstruction après des décennies de violence.

Selon Jaafar Jotheri, géoarchéologue à l'université d'Al-Qadisiyah en Irak, l'histoire récente de l'Irak a connu cinq vagues de destruction.

Le déclin et l'implosion de l'Empire ottoman, la guerre Iran-Irak dans les années 1980 et la guerre du Golfe au début des années 1990, suivis des sanctions de l'ONU et de la communauté internationale contre l'Irak jusqu'en 2003, constituent les trois premières phases de destruction. Pendant la période des sanctions contre l'Irak, la contrebande d'antiquités irakiennes a prospéré.

La quatrième phase de destruction s'est déroulée pendant l'invasion et l'occupation menées par les États-Unis à partir de 2003, au cours de laquelle les sites archéologiques ont été détruits par des opérations militaires et des pillages.

Le 15 mai de cette année mémorable, le grand ayatollah Ali al-Sistani a émis une fatwa ordonnant la protection des antiquités irakiennes, un mois après le début du pillage qui a suivi l'invasion américaine.

Community Jameel est une organisation philanthropique et de services lancée par la famille saoudienne Jameel en 2003. Depuis 2020, Community Jameel aide les communautés irakiennes en mettant l'accent sur la préservation culturelle (Photo fournie).

«L’intervention des chefs religieux et des institutions pour demander instamment l'arrêt de la contrebande d'objets anciens a complètement changé la donne», a indiqué Jotheri. «Les gens ont commencé à reconnaître à nouveau leur importance.»

Puis a commencé ce qu'il appelle «une période de guérison» - le début des projets de restauration pour reconstruire les structures du grand passé de l'Irak. Mais cette période a été tragiquement écourtée par la cinquième phase de destruction, qui s'est produite lors du déchaînement de Daech.

«Après la défaite de Daech, la communauté locale et internationale, consciente de la façon dont Daech utilisait le patrimoine culturel à des fins de propagande, a réalisé l'importance de l'archéologie pour l'identité d'un État», a signalé Jotheri.

Malgré la prise de conscience croissante de l'importance cruciale de la protection de l'histoire et de la culture de l'Irak, ces efforts sont souvent négligés ou oubliés.

«En tant que chercheurs irakiens, aux côtés de la communauté internationale, nous nous efforçons également de sensibiliser le peuple irakien à l'importance du patrimoine. Ce n'est pas leur priorité en ce moment - l'électricité, les emplois et l'éducation, la scolarisation des enfants, voilà les priorités actuelles des Irakiens», a expliqué Jotheri.

Selon Lanah Haddad, directrice régionale de l'Institut de recherche académique en Irak, les jeunes et les chefs d'entreprise sont très désireux de renouer avec leur patrimoine (Photo fournie).

Bien que d'autres questions prennent souvent le pas sur la préservation historique, le désir de protéger les sites archéologiques irakiens s'est intensifié ces dernières années.

Depuis 2020, Community Jameel, une organisation philanthropique et de services lancée par la famille saoudienne Jameel en 2003, aide les communautés irakiennes en mettant l'accent sur la préservation culturelle. En tant qu'organisation internationale, Community Jameel se consacre à l'utilisation d'une approche qui mêle art, science, données et technologie.

«L'un de nos principaux mandats consiste à essayer de soutenir les systèmes qui conservent, préservent, documentent et diffusent les connaissances, en particulier au Moyen-Orient, en Afrique du Nord et dans le Sud en général», a déclaré George Richards, directeur de Community Jameel, à Arab News.

«Avec l'Irak, la santé est au cœur de nos préoccupations. En partenariat avec l'Organisation mondiale de la santé, les acteurs locaux sur le terrain et une organisation appelée Culturunners, nous avons cocréé le Fonds culturel pour la santé en Irak, conçu pour soutenir les acteurs culturels irakiens de différents types utilisant les arts et la culture de manière à relever les défis de la santé.»

La volonté de restaurer les célèbres sites du patrimoine irakien ne se limite pas à Mossoul. Le Fonds irakien pour la santé culturelle a soutenu le projet «Ark Re-Imagined» de l'artiste irakien Rachad Salim, qui vise à faire revivre les pratiques culturelles traditionnelles dans les marais de Bassora, dans le sud de l'Irak, en construisant des bateaux et en faisant participer diverses parties de la communauté.

«Nous étions également intéressés par la façon dont le projet de Salim s'attaquait à divers problèmes de santé au sein de la communauté des marais, qu'il s'agisse de santé sociale, mentale ou environnementale», a affirmé Richards. «À la Communauté Jameel, nous soutenons une approche innovante, mais nous nous assurons qu'elle est fondée sur des preuves.»

L'emblématique mosquée Al-Nouri datant du XXIIe siècle à Mossoul est en cours de réparation après avoir été laissée en ruines par Daech en 2017 (Photo, AN/Rachad Salim).

L'accent mis sur la restauration du patrimoine culturel présente de nombreux avantages, surtout environnementaux. Les zones humides uniques de Bassora sont fortement touchées par le changement climatique, et Salim a étudié comment la relance des pratiques culturelles liées à la construction de bateaux a également permis de régénérer l'écosystème des marais.

«Le fait de renouer avec les pratiques traditionnelles a permis de rétablir un sentiment d'appartenance, d'utilité et de dignité au sein d'une communauté qui a dû faire face à la guerre et, désormais, au changement climatique», a déclaré Richards à Arab News.

L’artiste Salim a détaillé sa mission à Arab News. «Mon travail consiste à faire revivre la construction de bateaux, l'architecture et l'artisanat traditionnels du centre, du sud et de l'ouest de l'Irak dans des communautés qui ont subi des tragédies répétées, amenées au bord de l'extinction par les conflits, les déplacements et les traumatismes. J'engage des artisans à travers le pays pour faire revivre et documenter ce qui reste des pratiques traditionnelles», a-t-il détaillé.

Si, au cours de la dernière décennie, de nombreuses entités internationales ont participé à la restauration de sites du patrimoine en Irak. Haddad de Tarii a constaté que ces dernières années, un intérêt croissant des Irakiens et de la région du Golfe est de bon augure pour la renaissance historique et culturelle du pays.

«La restauration de la mosquée Al-Nouri et de l'église de l'horloge adjacente est cruciale et, à mon avis, symbolique, car elle montre qu'un autre pays à majorité musulmane, les Émirats arabes unis, se consacre à la reconstruction, à la recherche et aux fouilles en Irak», a indiqué Haddad, qui a effectué des travaux archéologiques en Irak au cours de la dernière décennie.

 «J'ai constaté une forte augmentation des projets de restauration et de préservation du patrimoine en Irak parmi les Irakiens et la communauté internationale.

«Je peux voir un développement et un changement énormes de la part de l'État et de la communauté, et aussi dans le niveau d'intérêt des pays étrangers travaillant en Irak, surtout après Daech. Beaucoup de choses ont changé», a-t-elle ajouté.

Le tourisme a également connu un essor, le gouvernement irakien accordant depuis mars 2021 des visas touristiques aux citoyens d'une douzaine de pays, dont la Chine, les États-Unis, le Royaume-Uni, la Russie et les États membres de l'UE.

«Je peux voir dans la communauté, chez les jeunes, chez les propriétaires d'entreprises qu'il y a une énorme soif de renouer avec leur patrimoine», a affirmé Haddad.

«Les jeunes nés après 2003 n'ont ni vu ni vécu la période de paix. Ils en ont assez de la guerre, des conflits et de la corruption. La seule chose qu'ils veulent, c'est une bonne vie et une identité. Ils veulent une identité qui ne soit pas politisée et qui ne soit pas fondée sur le sectarisme.

«Le meilleur moyen d'y parvenir, comme je le vois dans les efforts de cette génération, est une connexion avec le patrimoine riche et diversifié de l'Irak.»

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Trois journalistes libanais, dont un de la chaîne du Hezbollah, tués par une frappe israélienne

Des hommes se tiennent à côté d’un immeuble endommagé après le largage de tracts d’avertissement par Israël, dans un contexte d’escalade des hostilités entre Israël et le Hezbollah, alors que le conflit entre les États-Unis et Israël avec l’Iran se poursuit, à Beyrouth, au Liban, le 28 mars 2026. (Reuters/Stringer)
Des hommes se tiennent à côté d’un immeuble endommagé après le largage de tracts d’avertissement par Israël, dans un contexte d’escalade des hostilités entre Israël et le Hezbollah, alors que le conflit entre les États-Unis et Israël avec l’Iran se poursuit, à Beyrouth, au Liban, le 28 mars 2026. (Reuters/Stringer)
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  • Trois journalistes ont été tués dans une frappe israélienne au sud du Liban, suscitant de vives condamnations des autorités libanaises, qui dénoncent un « crime de guerre »
  • Le conflit entre Israël et le Hezbollah s’intensifie, avec de lourdes pertes civiles, des attaques contre des secouristes et une aggravation de la crise humanitaire

BEYROUTH: Trois journalistes libanais, dont un correspondant vedette de la chaîne al-Manar du Hezbollah, ont été tués samedi au Liban, les autorités dénonçant un "crime flagrant".

L'armée israélienne a affirmé avoir tué Ali Shoeib, qu'elle qualifie de membre de la force al-Radwan, unité d'élite du Hezbollah, opérant "sous la couverture d'un journaliste".

Depuis que le Liban a été entraîné le 2 mars dans la guerre régionale par une attaque du Hezbollah pro-iranien contre Israël, 1.189 personnes ont été tuées, dont 124 enfants et 51 secouristes et membres du personnel de santé, dans les frappes israéliennes massives, et plus d'un million ont été déplacées.

Les trois journalistes ont été tués par une frappe qui a visé leur voiture dans la région de Jezzine, éloignée de la frontière, dans le sud du Liban, selon une source militaire et les médias pour lesquels ils travaillaient.

Outre Ali Shoeib, correspondant de guerre de longue date d'al-Manar dans le sud du Liban, la journaliste d'al-Mayadeen, chaîne proche du Hezbollah, Fatima Ftouni, et son frère, le caméraman Mohammed Ftouni, ont été tués.

Le Hezbollah a dénoncé dans un communiqué l'assassinat de son reporter, tandis que des journalistes ont organisé un rassemblement dans le centre de Beyrouth.

- "Crime de guerre" -

Le président libanais Joseph Aoun a qualifié cette frappe de "crime flagrant" et a rappelé que "les journalistes bénéficient d'une protection internationale en temps de guerre".

Le premier ministre Nawaf Salam a quant à lui dénoncé "une violation flagrante du droit international humanitaire".

"Ces actes relèvent de la catégorie des crimes de guerre", a fustigé le ministre de l'Information, Paul Morcos.

Cette attaque intervient alors que deux journalistes de la chaîne russe RT ont été blessés le 19 mars dans une frappe israélienne, qui n'était pas "accidentelle" selon Moscou.

Le 17 mars, le directeur des programmes politiques d'al-Manar, Mohammed Cherri, avait été tué aux côtés de sa femme dans une frappe ayant visé son appartement du centre de Beyrouth, et blessé ses enfants et petits-enfants.

Ce n'est pas la première fois que des journalistes de ces deux chaînes sont visés par l'armée israélienne. En octobre 2024, trois reporters, deux d'al-Mayadeen et un d'al-Manar avaient été tués dans une frappe israélienne dans le sud.

En novembre 2023, deux autres journalistes d'al-Mayadeen avaient été tués par une frappe israélienne dans le sud du pays.

Un mois plus tôt, une frappe a tué le vidéaste de l'agence Reuters, Issam Abdallah, et blessé six autres reporters, dont deux de l'AFP, Dylan Collins et Christina Assi, amputée de la jambe droite.

- Neuf secouristes tués -

Le secteur de la santé est aussi durement touché par l'offensive israélienne: samedi, neuf secouristes ont été tués dans plusieurs frappes israéliennes, selon le ministre de la Santé.

Depuis le début de la guerre, les frappes israéliennes ont tué 46 secouristes et cinq membres du personnel soignant, a précisé Rakan Nassereddine, ajoutant que 75 attaques ont visé des services de secours et de santé.

Samedi, Israël a poursuivi ses frappes aériennes sur plusieurs localités du sud du Liban, selon l'Agence nationale d'information (Ani, officielle).

Le Hezbollah a annoncé des attaques contre les forces israéliennes qui progressent dans la région frontalière.

Il a notamment dit avoir frappé un char Merkava à l'aide d'un drone dans la localité de Debel, à majorité chrétienne, où certains habitants sont restés malgré la guerre.

Près de cette localité, un homme qui conduisait sa voiture et son fils ont été tués par "des tirs israéliens", selon l'Ani.

L'armée israélienne a de son côté annoncé poursuivre ses frappes "contre les infrastructures terroristes du Hezbollah à travers le Liban".

Elle a aussi tenté de larguer des tracts au-dessus de Beyrouth, mais le conteneur ne s'est pas ouvert en vol et est tombé sur un immeuble au sud de Beyrouth, selon un journaliste de l'AFP.

L'armée israélienne a ajouté avoir frappé pendant la nuit des dizaines de cibles du Hezbollah et avoir tué vendredi deux responsables de l'unité de communications du mouvement dans une frappe à Beyrouth.

L'armée libanaise, qui reste à l'écart des violences, a annoncé samedi la mort d'un soldat de 29 ans dans une frappe israélienne dans la région de Nabatiyeh.

Il n'était pas en service, selon un porte-parole de l'armée joint par l'AFP.


Au Liban, un demi-million d'élèves privés d'école à cause de la guerre et des déplacements forcés

Une photographie prise depuis la région de Marjayoun, dans le sud du Liban, montre de la fumée s’élevant du site d’une frappe aérienne israélienne visant le village de Deir al-Zahrani, le 28 mars 2026. (AFP)
Une photographie prise depuis la région de Marjayoun, dans le sud du Liban, montre de la fumée s’élevant du site d’une frappe aérienne israélienne visant le village de Deir al-Zahrani, le 28 mars 2026. (AFP)
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  • La guerre au Liban prive près de 500.000 élèves d’école, beaucoup étant déplacés et contraints de suivre des cours à distance dans des conditions précaires
  • Les difficultés d’accès à internet et le manque de ressources aggravent les inégalités, faisant craindre abandon scolaire, fracture numérique et risques accrus pour les élèves les plus vulnérables

BEYROUTH: Dans une salle d'un lycée transformé en centre d'accueil pour déplacés, Ahmad Melhem essaye tant bien que mal de suivre sur sa tablette un cours préenregistré. Comme des centaines de milliers d'élèves libanais, il est privé d'école en raison de la guerre.

"Nous essayons, avec les moyens du bord, de continuer à étudier pour réaliser nos rêves", explique à l'AFP cet adolescent de 17 ans, alors que certains cours à distance ont repris.

Avec sa famille, ils ont dû fuir la banlieue sud de Beyrouth, pilonnée par l'armée israélienne depuis que le Liban a été entraîné dans la guerre le 2 mars, lorsque le Hezbollah a commencé à tirer des roquettes sur Israël, pour venger l'assassinat du guide suprême iranien Ali Khamenei au premier jour de l'offensive américano-israélienne contre l'Iran le 28 février.

Avec d'autres familles, ils ont trouvé refuge dans cette salle du lycée Abdel Kader, au coeur de la capitale.

"On a pris des risques pour aller chercher nos livres scolaires", alors que les frappes israéliennes sont quotidiennes sur la banlieue sud, raconte encore Ahmad Melhem, qui veut à tout prix terminer le lycée.

- "La guerre a tout détruit" -

Au total, près de 500.000 élèves ont dû cesser de se rendre en classe depuis le 2 mars, selon l'Unicef; quelque 350 écoles publiques ont été transformées en centre d'accueil, et les établissements scolaires dans les quartiers et localités bombardés par Israël ont fermé leurs portes pour une durée indéterminée.

Les frappes israéliennes ont tué plus de 1.100 personnes, dont 122 enfants, et déplacé plus d'un million de personnes, selon les autorités libanaises.

Dans la salle de classe où s'étalent matelas et couvertures, Ahmad, qui espère plus tard suivre des études d'ingénieur, s'est aménagé un coin avec ses livres et un écran d'ordinateur, mais il ne dispose pas de connexion internet.

Son école privée de la banlieue sud de Beyrouth a fini par reprendre des cours à distance, deux semaines après le début de la guerre, mais avec des aménagements: les matières facultatives restent suspendues, et les cours durent moins longtemps.

Une ONG a installé une connexion internet dans la cour, qui grouille d'enfants en train de jouer et d'adultes qui discutent autour de narguilés, mais Ahmad dit avoir a du mal à se concentrer.

"Les travaux de groupe et les projets scientifiques me manquent", confie le lycéen, qui décrit les cours en présentiel comme "plus stimulants".

Sa mère, Amira Salameh, 41 ans, tente d'aider son fils cadet, huit ans, à suivre lui aussi l'école en ligne.

"Si je laisse tout seul, il se met à rêvasser", dit-elle.  "La guerre a tout détruit, l'éducation est la seule chose qu'il reste à mes enfants."

- "Fracture numérique" -

L'Unicef s'est en particulier inquiété pour les lycéens comme Ahmad qui doivent passer le baccalauréat cette année, craignant qu'ils ne puissent rejoindre les rangs de l'université l'an prochain.

Autre sujet d'inquiétude: un possible abandon de l'école par les filles et adolescentes sous la menace de "mariages forcés", explique le directeur de l'éducation de l'Unicef au Liban, Atif Ratique.

Dans un lycée professionnel de la banlieue nord de Beyrouth, à Dekwaneh, Aya Zahran, 17 ans, passe ses journées "à cuisiner et à travailler à rendre l'endroit vivable", après avoir elle aussi fui la banlieue sud avec sa famille.

"Nous n'avons qu'un téléphone que l'on partage avec mes frères et soeurs" pour suivre les cours en ligne, et souvent, les liens transmis par l'école publique ne fonctionnent pas, dit l'adolescente.

Une illustration du manque de moyens de ces établissements publics, qui n'ont pas les ressources pour donner des cours à distance, et de la "fracture numérique" entre élèves, notamment ceux du sud du pays, les plus affectés par la guerre, selon M. Rafique.

Ces lacunes ont poussé le ministère de l'Education et l'Unicef à lancer une plateforme en ligne de cours préenregistrés. Un service d'assistance par téléphone où les élèves peuvent joindre un professeur sans avoir besoin de connexion internet a aussi été mis en place par l'Unicef et une ONG libanaise.

"Mes enfants sont d'excellents élèves, je ne veux pas qu'ils arrêtent l'école comme nous quand nous étions enfants", clame Nassima Ismaël, déplacée de l'est du pays, en évoquant sa propre enfance pendant la guerre civile (1975-1990).


L'armée israélienne dit faire face à un tir de missile du Yémen

Les Houthis manifestent en solidarité avec l’Iran et le Liban dans la capitale yéménite Sanaa le 27 mars 2026. (AFP)
Les Houthis manifestent en solidarité avec l’Iran et le Liban dans la capitale yéménite Sanaa le 27 mars 2026. (AFP)
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  • L'armée israélienne a détecté un missile tiré depuis le Yémen par les Houthis, première menace directe depuis un mois de conflit, déclenchant l'activation des systèmes de défense anti-aérienne
  • Les Houthis, alliés à l'Iran et à l'"axe de la résistance", menacent d'intervenir militairement contre Israël et les États-Unis en cas d'escalade régionale

JERUSALEM: L'armée israélienne a indiqué samedi avoir détecté un tir de missile depuis le Yémen, une première en un mois de guerre au Moyen-Orient, après que les rebelles Houthis soutenus par Téhéran ont menacé de se joindre au conflit.

Les forces israéliennes ont "identifié le tir d'un missile depuis le Yémen en direction du territoire israélien, les systèmes de défense anti-aérienne sont en action pour intercepter cette menace", a indiqué l'armée sur Telegram.

Les Houthis sont alliés à Téhéran au sein de ce que l'Iran a baptisé "axe de la résistance", aux côtés du Hezbollah libanais, du Hamas palestinien et de groupes armés irakiens pro-iraniens.

"Nous sommes prêts à une intervention militaire directe en cas de nouvelle alliance avec les Etats-Unis et Israël contre l'Iran (...), de conduite d'opérations hostiles à l'Iran ou tout pays musulman depuis la mer Rouge (...), et en cas de poursuite de l'escalade contre la République islamique" d'Iran, a déclaré vendredi le porte-parole militaire des Houthis, Yahya Saree, dans une vidéo diffusée sur X.

Ces insurgés pro-iraniens, qui contrôlent une grande partie du Yémen, avaient mené de nombreuses attaques contre Israël et les navires commerciaux en mer Rouge pendant la guerre entre Israël et le Hamas palestinien à Gaza, entre 2023 et 2025.

Leurs tirs de missiles et de drones avaient fortement perturbé le trafic dans cette voie maritime stratégique, aujourd'hui utilisée notamment par l'Arabie saoudite pour exporter son pétrole sans passer par le détroit d'Ormuz, où la navigation est bloquée par Téhéran.