La campagne visant à restaurer le patrimoine de l'Irak prend de l'ampleur

La construction traditionnelle de bateaux a fait son retour en Irak grâce au projet «Ark ReImagined (Photo, AN/Rachad Salim).
La construction traditionnelle de bateaux a fait son retour en Irak grâce au projet «Ark ReImagined (Photo, AN/Rachad Salim).
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Publié le Jeudi 21 juillet 2022

La campagne visant à restaurer le patrimoine de l'Irak prend de l'ampleur

  • «Le berceau de la civilisation» abrite plus de 10 000 sites archéologiques remontant à 5 500 ans
  • La volonté de protéger les sites archéologiques irakiens s'est intensifiée au cours des dernières années

BAGDAD: Dans la ville de Mossoul, dans le nord de l'Irak, entourée de bâtiments réduits en ruines depuis des années, les décombres de la mosquée Al-Nouri reprennent peu à peu vie. Cette structure emblématique – et beaucoup d'autres dans la célèbre vieille ville de Mossoul – a été endommagée par Daech pendant la bataille qui a fait rage ici en décembre 2017.

Le projet «Faire revivre l'esprit de Mossoul», dirigé par l'Unesco et visant à reconstruire les sites patrimoniaux endommagés de la ville, apporte aux Irakiens l'espoir que cette cité au riche passé puisse briller à nouveau.

Célèbre pour son minaret penché qui lui a donné son surnom de «bossu» ou «Al-Hadba» en arabe, Al-Nouri a été construite au XXIIe siècle. En juillet 2014, le leader de Daech, Abou Bakr al-Baghdadi, s'est tenu à la chaire de la mosquée et y a décrété que l'Irak et la Syrie feraient désormais partie du «califat» du groupe terroriste.

Trois ans plus tard, le célèbre minaret de la mosquée est détruit par Daech, un acte que le Premier ministre irakien de l'époque qualifie alors de «reconnaissance officielle de la défaite» du groupe.

Le projet «Faire revivre l'esprit de Mossoul», un projet dirigé par l'Unesco pour reconstruire les sites patrimoniaux endommagés de la ville, apporte de l'espoir aux Irakiens et aux étrangers (Photo fournie).

Daech a utilisé l'explosion de la structure à des fins de propagande, attribuant sa destruction à une frappe aérienne de la coalition mondiale dirigée par les États-Unis. «Les partisans des djihadistes s'en servent pour blâmer l'Occident et les Américains», a déclaré Alberto Fernandez, alors vice-président du Middle East Media Research Institute, au journal USA Today en 2017.

En 2018, un an après l'expulsion de Daech de la ville, les Émirats arabes unis se sont engagés à verser 49,5 millions d’euros pour financer la restauration de Mossoul, une somme que la directrice générale de l'Unesco, Audrey Azoulay, a jugée comme étant «la contribution la plus importante et la plus inédite jamais vue pour reconstruire le patrimoine culturel en Irak».

Le projet de rénovation est l'une des nombreuses initiatives lancées ces dernières années par des entités locales, régionales et internationales qui cherchent à restaurer les nombreux sites historiques importants mais endommagés en Irak.

Un atelier à Huwair enseigne l'art de fabriquer des pagaies (Photo, AN/Rachad Salim).

«Faire revivre l'esprit de Mossoul» se concentrera sur la documentation et le nettoyage du site, l'élaboration de plans pour sa reconstruction, et enfin, quatre années de restauration et de reconstruction fidèle du minaret de la mosquée Al-Nouri et des bâtiments adjacents. Il est également prévu de restaurer les jardins historiques de la ville et de construire un mémorial et un musée du site.

Réputé depuis longtemps pour être le berceau de la civilisation, l'Irak abrite plus de 10 000 sites du patrimoine culturel, depuis les cités de Sumer, vieilles de 5 500 ans (où sont conservées les plus anciennes écritures du monde), jusqu'aux vestiges archéologiques des cultures akkadienne, babylonienne, assyrienne, parthe et abbasside.

«Ces périodes, en particulier la période abbasside, qui a déployé de grands efforts dans le but de sauvegarder et développer les connaissances anciennes des cultures et empires précédents, ont façonné notre monde actuel», a déclaré à Arab News Lanah Haddad, directrice régionale de TARII, l'institut de recherche académique en Irak.

«L'idée de l'Irak comme berceau de la civilisation ne s'arrête pas à ces périodes, elle se poursuit jusqu'à ce jour avec ses hauts et ses bas», a-t-elle souligné.

Abou Haider et Rachad Salim à Guffa sur le Tigre à Qishla Baghdad (Ali Jawad Mousafiri/Photo fournie).

Depuis la défaite de Daech en Irak, le pays connaît une période de calme fragile après des années de guerre et de destruction. Alors que le peuple irakien attend toujours une classe politique capable de former un gouvernement cohésif afin de résoudre ses problèmes socio-économiques, la stabilité relative du pays a donné aux Irakiens et aux agences internationales une chance d'entamer le processus de reconstruction après des décennies de violence.

Selon Jaafar Jotheri, géoarchéologue à l'université d'Al-Qadisiyah en Irak, l'histoire récente de l'Irak a connu cinq vagues de destruction.

Le déclin et l'implosion de l'Empire ottoman, la guerre Iran-Irak dans les années 1980 et la guerre du Golfe au début des années 1990, suivis des sanctions de l'ONU et de la communauté internationale contre l'Irak jusqu'en 2003, constituent les trois premières phases de destruction. Pendant la période des sanctions contre l'Irak, la contrebande d'antiquités irakiennes a prospéré.

La quatrième phase de destruction s'est déroulée pendant l'invasion et l'occupation menées par les États-Unis à partir de 2003, au cours de laquelle les sites archéologiques ont été détruits par des opérations militaires et des pillages.

Le 15 mai de cette année mémorable, le grand ayatollah Ali al-Sistani a émis une fatwa ordonnant la protection des antiquités irakiennes, un mois après le début du pillage qui a suivi l'invasion américaine.

Community Jameel est une organisation philanthropique et de services lancée par la famille saoudienne Jameel en 2003. Depuis 2020, Community Jameel aide les communautés irakiennes en mettant l'accent sur la préservation culturelle (Photo fournie).

«L’intervention des chefs religieux et des institutions pour demander instamment l'arrêt de la contrebande d'objets anciens a complètement changé la donne», a indiqué Jotheri. «Les gens ont commencé à reconnaître à nouveau leur importance.»

Puis a commencé ce qu'il appelle «une période de guérison» - le début des projets de restauration pour reconstruire les structures du grand passé de l'Irak. Mais cette période a été tragiquement écourtée par la cinquième phase de destruction, qui s'est produite lors du déchaînement de Daech.

«Après la défaite de Daech, la communauté locale et internationale, consciente de la façon dont Daech utilisait le patrimoine culturel à des fins de propagande, a réalisé l'importance de l'archéologie pour l'identité d'un État», a signalé Jotheri.

Malgré la prise de conscience croissante de l'importance cruciale de la protection de l'histoire et de la culture de l'Irak, ces efforts sont souvent négligés ou oubliés.

«En tant que chercheurs irakiens, aux côtés de la communauté internationale, nous nous efforçons également de sensibiliser le peuple irakien à l'importance du patrimoine. Ce n'est pas leur priorité en ce moment - l'électricité, les emplois et l'éducation, la scolarisation des enfants, voilà les priorités actuelles des Irakiens», a expliqué Jotheri.

Selon Lanah Haddad, directrice régionale de l'Institut de recherche académique en Irak, les jeunes et les chefs d'entreprise sont très désireux de renouer avec leur patrimoine (Photo fournie).

Bien que d'autres questions prennent souvent le pas sur la préservation historique, le désir de protéger les sites archéologiques irakiens s'est intensifié ces dernières années.

Depuis 2020, Community Jameel, une organisation philanthropique et de services lancée par la famille saoudienne Jameel en 2003, aide les communautés irakiennes en mettant l'accent sur la préservation culturelle. En tant qu'organisation internationale, Community Jameel se consacre à l'utilisation d'une approche qui mêle art, science, données et technologie.

«L'un de nos principaux mandats consiste à essayer de soutenir les systèmes qui conservent, préservent, documentent et diffusent les connaissances, en particulier au Moyen-Orient, en Afrique du Nord et dans le Sud en général», a déclaré George Richards, directeur de Community Jameel, à Arab News.

«Avec l'Irak, la santé est au cœur de nos préoccupations. En partenariat avec l'Organisation mondiale de la santé, les acteurs locaux sur le terrain et une organisation appelée Culturunners, nous avons cocréé le Fonds culturel pour la santé en Irak, conçu pour soutenir les acteurs culturels irakiens de différents types utilisant les arts et la culture de manière à relever les défis de la santé.»

La volonté de restaurer les célèbres sites du patrimoine irakien ne se limite pas à Mossoul. Le Fonds irakien pour la santé culturelle a soutenu le projet «Ark Re-Imagined» de l'artiste irakien Rachad Salim, qui vise à faire revivre les pratiques culturelles traditionnelles dans les marais de Bassora, dans le sud de l'Irak, en construisant des bateaux et en faisant participer diverses parties de la communauté.

«Nous étions également intéressés par la façon dont le projet de Salim s'attaquait à divers problèmes de santé au sein de la communauté des marais, qu'il s'agisse de santé sociale, mentale ou environnementale», a affirmé Richards. «À la Communauté Jameel, nous soutenons une approche innovante, mais nous nous assurons qu'elle est fondée sur des preuves.»

L'emblématique mosquée Al-Nouri datant du XXIIe siècle à Mossoul est en cours de réparation après avoir été laissée en ruines par Daech en 2017 (Photo, AN/Rachad Salim).

L'accent mis sur la restauration du patrimoine culturel présente de nombreux avantages, surtout environnementaux. Les zones humides uniques de Bassora sont fortement touchées par le changement climatique, et Salim a étudié comment la relance des pratiques culturelles liées à la construction de bateaux a également permis de régénérer l'écosystème des marais.

«Le fait de renouer avec les pratiques traditionnelles a permis de rétablir un sentiment d'appartenance, d'utilité et de dignité au sein d'une communauté qui a dû faire face à la guerre et, désormais, au changement climatique», a déclaré Richards à Arab News.

L’artiste Salim a détaillé sa mission à Arab News. «Mon travail consiste à faire revivre la construction de bateaux, l'architecture et l'artisanat traditionnels du centre, du sud et de l'ouest de l'Irak dans des communautés qui ont subi des tragédies répétées, amenées au bord de l'extinction par les conflits, les déplacements et les traumatismes. J'engage des artisans à travers le pays pour faire revivre et documenter ce qui reste des pratiques traditionnelles», a-t-il détaillé.

Si, au cours de la dernière décennie, de nombreuses entités internationales ont participé à la restauration de sites du patrimoine en Irak. Haddad de Tarii a constaté que ces dernières années, un intérêt croissant des Irakiens et de la région du Golfe est de bon augure pour la renaissance historique et culturelle du pays.

«La restauration de la mosquée Al-Nouri et de l'église de l'horloge adjacente est cruciale et, à mon avis, symbolique, car elle montre qu'un autre pays à majorité musulmane, les Émirats arabes unis, se consacre à la reconstruction, à la recherche et aux fouilles en Irak», a indiqué Haddad, qui a effectué des travaux archéologiques en Irak au cours de la dernière décennie.

 «J'ai constaté une forte augmentation des projets de restauration et de préservation du patrimoine en Irak parmi les Irakiens et la communauté internationale.

«Je peux voir un développement et un changement énormes de la part de l'État et de la communauté, et aussi dans le niveau d'intérêt des pays étrangers travaillant en Irak, surtout après Daech. Beaucoup de choses ont changé», a-t-elle ajouté.

Le tourisme a également connu un essor, le gouvernement irakien accordant depuis mars 2021 des visas touristiques aux citoyens d'une douzaine de pays, dont la Chine, les États-Unis, le Royaume-Uni, la Russie et les États membres de l'UE.

«Je peux voir dans la communauté, chez les jeunes, chez les propriétaires d'entreprises qu'il y a une énorme soif de renouer avec leur patrimoine», a affirmé Haddad.

«Les jeunes nés après 2003 n'ont ni vu ni vécu la période de paix. Ils en ont assez de la guerre, des conflits et de la corruption. La seule chose qu'ils veulent, c'est une bonne vie et une identité. Ils veulent une identité qui ne soit pas politisée et qui ne soit pas fondée sur le sectarisme.

«Le meilleur moyen d'y parvenir, comme je le vois dans les efforts de cette génération, est une connexion avec le patrimoine riche et diversifié de l'Irak.»

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Syrie: les autorités confirment des évasions massives de proches de jihadistes du camp d'al-Hol

 Le ministère syrien de l'Intérieur a confirmé mercredi que des évasions massives de proches de jihadistes du groupe Etat islamique (EI) avaient eu lieu dans le camp d'al-Hol, après le retrait fin janvier des troupes kurdes. (AFP)
Le ministère syrien de l'Intérieur a confirmé mercredi que des évasions massives de proches de jihadistes du groupe Etat islamique (EI) avaient eu lieu dans le camp d'al-Hol, après le retrait fin janvier des troupes kurdes. (AFP)
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  • Al-Hol, le plus grand camp de proches de jihadistes de l'EI dans le nord-est de la Syrie, était contrôlé par les Forces démocratiques syriennes (FDS, dominées par les Kurdes)
  • Elles s'en étaient retirées le 20 janvier sous la pression militaire de Damas et les forces de sécurité syriennes en ont pris le contrôle quelques heures plus tard

DAMAS: Le ministère syrien de l'Intérieur a confirmé mercredi que des évasions massives de proches de jihadistes du groupe Etat islamique (EI) avaient eu lieu dans le camp d'al-Hol, après le retrait fin janvier des troupes kurdes.

"Lorsque nos forces sont arrivées, elles ont constaté des cas d'évasion collective, en raison de l'ouverture du camp de façon aléatoire", a déclaré le porte-parole du ministère, Noureddine al-Baba, lors d'une conférence de presse.

Al-Hol, le plus grand camp de proches de jihadistes de l'EI dans le nord-est de la Syrie, était contrôlé par les Forces démocratiques syriennes (FDS, dominées par les Kurdes).

Elles s'en étaient retirées le 20 janvier sous la pression militaire de Damas et les forces de sécurité syriennes en ont pris le contrôle quelques heures plus tard.

"Les FDS se sont retirées de façon soudaine, sans coordination et sans en informer au préalable" les autorités syriennes ou la coalition internationale antijihadiste, a affirmé le porte-parole.

Il a fait état d'une "situation de chaos" après le retrait kurde, ajoutant que "plus de 138 ouvertures" avaient été constatées dans le mur d'enceinte du camp, long de 17 km, ce qui a facilité les évasions "à travers des réseaux".

Des milliers de femmes et d'enfants se sont enfuis du camp pour une destination inconnue après le retrait des forces kurdes.

Al-Hol abritait selon le porte-parole 23.500 personnes, pour la plupart des Syriens et des Irakiens. Environ 6.500 étrangers de 44 nationalités vivaient dans l'Annexe, une section de haute sécurité du camp.

Les autorités ont évacué les familles restantes du camp la semaine dernière vers un autre site du nord de la Syrie.

Concernant les prisons de jihadistes eux-mêmes, l'armée américaine a achevé le transfert de plus de 5.700 détenus de Syrie vers l'Irak, pour garantir leur surveillance après le retrait des forces kurdes qui les gardaient.


2025 année record pour le nombre de journalistes tués, les deux tiers par Israël 

Cent-vingt-neuf journalistes et employés de presse ont été tués au cours de l'année 2025 dans le monde, selon le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), qui impute la responsabilité à l'Etat d'Israël dans les deux tiers des cas. (AFP)
Cent-vingt-neuf journalistes et employés de presse ont été tués au cours de l'année 2025 dans le monde, selon le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), qui impute la responsabilité à l'Etat d'Israël dans les deux tiers des cas. (AFP)
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  • Après 124 morts en 2024, l'année 2025 marque, avec 129 décès, le deuxième record annuel consécutif depuis 30 ans que le CPJ tient ce décompte
  • Outre la guerre à Gaza (86 journalistes tués), les deux autres conflits les plus meurtriers pour la presse ont été l'Ukraine (quatre morts) et le Soudan (neuf morts), relève le CPJ

NEW YORK: Cent-vingt-neuf journalistes et employés de presse ont été tués au cours de l'année 2025 dans le monde, selon le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), qui impute la responsabilité à l'Etat d'Israël dans les deux tiers des cas.

"L'armée israélienne a désormais commis davantage d'assassinats ciblés de membres de la presse que n'importe quelle autre armée gouvernementale à ce jour, l'écrasante majorité des personnes tuées étant des journalistes et travailleurs des médias palestiniens à Gaza", écrit l'ONG américaine.

Après 124 morts en 2024, l'année 2025 marque, avec 129 décès, le deuxième record annuel consécutif depuis 30 ans que le CPJ tient ce décompte.

Outre la guerre à Gaza (86 journalistes tués), les deux autres conflits les plus meurtriers pour la presse ont été l'Ukraine (quatre morts) et le Soudan (neuf morts), relève le CPJ.

"L'un des constats marquants de ces dernières années est la hausse du recours aux drones", avec 39 cas documentés, contre seulement deux en 2023, relève pour l'AFP Carlos Martinez de la Serna, chef de projet au sein de l'organisation.

Outre les conflits armés, la criminalité organisée a également été particulièrement meurtrière pour les membres de la presse. Au Mexique, six journalistes ont été tués en 2025. Plusieurs cas ont été recensés en Inde et au Pérou.

"Des journalistes sont tués en nombre record à un moment où l'accès à l'information est plus important que jamais", estime Jodie Ginsberg, directrice générale du CPJ.

"Les attaques contre les médias sont un indicateur majeur d'atteintes à d'autres libertés, et il faut faire bien davantage pour empêcher ces assassinats et punir leurs auteurs. Nous sommes tous en danger lorsque des journalistes sont tués pour avoir couvert l'actualité", ajoute-t-elle.

Créé en 1981 à New York pour défendre la liberté de la presse et les journalistes dans le monde, le CPJ, financé par des fonds privés et des fondations, est dirigé par un conseil composé de membres de la presse et des personnalités de la société civile.

 


L'ONU condamne les atrocités commises par les forces de sécurité soudanaises au Soudan

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  • Les attaques délibérées contre le personnel humanitaire, ses locaux et ses biens peuvent constituer des crimes de guerre"
  • Les membres réaffirment leur "engagement inébranlable" envers la "souveraineté, l'indépendance, l'unité et l'intégrité territoriale" du pays

NEW YORK : Le Conseil de sécurité de l'ONU a condamné mardi les forces paramilitaires de soutien rapide pour leurs attaques continues et leurs atrocités au Soudan.

Les membres du Conseil ont "condamné fermement" la poursuite des attaques et de la déstabilisation de la région du Kordofan par les Forces de soutien rapide et "toutes les formes de violations et d'abus commis contre la population civile", y compris les informations faisant état de détentions arbitraires et de violences sexuelles liées au conflit, soulignant que "de tels actes peuvent constituer des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité".

Ils ont également condamné "toutes les atrocités, y compris celles qui auraient été perpétrées par les forces de sécurité à El-Fasher, notamment les meurtres systématiques, les déplacements massifs, les exécutions sommaires, les détentions arbitraires et le ciblage ethnique", et ont demandé que tous les auteurs d'abus et de violations soient tenus de rendre compte de leurs actes.

Le Conseil de sécurité des Nations unies s'est déclaré profondément préoccupé par la poursuite des violences au Soudan, notamment au Kordofan et au Darfour, et a appelé les parties au conflit à "cesser immédiatement les combats".

Les membres du Conseil ont également condamné fermement les informations faisant état d'attaques répétées de drones contre des civils, des infrastructures civiles et du personnel, des locaux et des biens humanitaires, y compris les multiples attaques qui ont touché le Programme alimentaire mondial depuis le début du mois de février.

Ils ont réaffirmé que "les attaques délibérées contre le personnel humanitaire, ses locaux et ses biens peuvent constituer des crimes de guerre" et ont appelé toutes les parties à respecter et à protéger le personnel humanitaire et ses installations, conformément au droit international et aux résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies.

Le Conseil a exigé que toutes les parties protègent les civils et respectent les obligations qui leur incombent en vertu du droit international, y compris le droit international humanitaire.

Les membres ont également exprimé leur vive inquiétude quant à la présence d'une famine induite par le conflit et d'une insécurité alimentaire extrême dans certaines régions du Soudan, avertissant que la crise risque de s'étendre.

Ils ont exigé que toutes les parties autorisent et facilitent un accès humanitaire sûr et sans entrave et qu'elles permettent aux civils de circuler en toute sécurité, conformément au droit international. Ils ont souligné que "la famine ne doit pas être utilisée comme arme de guerre".

Le Conseil a réaffirmé que la priorité était que les parties fassent avancer les pourparlers visant à instaurer un cessez-le-feu durable débouchant sur un processus politique global, ouvert à tous et pris en charge par les Soudanais.

Les membres ont salué les efforts coordonnés des acteurs régionaux, des Nations unies et d'autres partenaires internationaux pour soutenir un accord sur une trêve humanitaire qui devrait conduire à un cessez-le-feu immédiat.

Ces efforts, ont-ils déclaré, devraient contribuer à désamorcer la situation, à atténuer les répercussions régionales et à soutenir "une voie crédible vers une période de transition inclusive, dirigée par des civils, afin de réaliser les aspirations du peuple soudanais à un avenir pacifique, stable et prospère, en pleine conformité avec les principes de l'appropriation nationale".

Ils ont exhorté tous les États membres des Nations unies à s'abstenir de toute ingérence extérieure visant à attiser le conflit et l'instabilité, à soutenir les efforts en faveur d'une paix durable et à respecter les obligations qui leur incombent en vertu du droit international.

Le Conseil a également réaffirmé sans équivoque son "engagement inébranlable en faveur de la souveraineté, de l'indépendance, de l'unité et de l'intégrité territoriale du Soudan" et son rejet de la mise en place d'une autorité gouvernementale parallèle dans les zones contrôlées par les forces de sécurité soudanaises.