INTERVIEW : Hummingbird Technologies et l’Arabie saoudite collaborent sur la sécurité alimentaire

Illustration par Luis Grañena
Illustration par Luis Grañena
Short Url
Publié le Mardi 27 octobre 2020

INTERVIEW : Hummingbird Technologies et l’Arabie saoudite collaborent sur la sécurité alimentaire

  • En 2019, la SALIC a largement investi dans la jeune entreprise britannique d’agro-technologie Hummingbird Technologies. Un an plus tard, Will Wells, le PDG d’Hummingbird parle des bénéfices de sa technologie
  • LE PDG considère que les opportunités au sein du Royaume lui-même sont « immenses ». La sécurité alimentaire a toujours été un objectif national et constitue l’un des piliers de la Vision 2030

Will Wells,  le PDG de Hummingbird Technologies, examine minutieusement tous nos produits alimentaires, jusqu’à la laitue disposée sur un étalage de supermarché. « À chaque fois qu’une laitue est achetée en Europe, il y a une probabilité que Hummingbird ait analysé cette laitue », raconte t-il à Arab News. Depuis l’année dernière, la Saudi Agricultural and Livestock Investment Company (SALIC) l’a probablement examinée aussi.

En effet, en 2019, l’entreprise SALIC — qui appartient au Fonds public d’investissement saoudien et a pour mission d’optimiser l’investissement dans la nourriture et l’agriculture au sein du Royaume et dans le monde — est devenue un important investisseur dans le capital de Hummingbird Technologies, suite à une prise de participation au capital de l’entreprise de M. Wells à hauteur de 7 millions de livres (7,7 millions d’euros).

Un investissement qui a d’importantes implications pour le secteur de l’agro-technologie en pleine croissance —  qui se sert de technologies de pointe dans le domaine de l’agriculture et de la production alimentaire  — mais aussi pour celui de la sécurité alimentaire mondiale, et plus particulièrement pour l’Arabie saoudite, qui envisage de devenir davantage autosuffisante en matière de produits alimentaires durables.

Hummingbird, que M. Wells a créé il y a quatre ans, et qu’il appelle son « bébé » a développé une plateforme technologique qui a recours à des drones et des satellites. Grâce aux données récoltées par les images aériennes, il devient possible de prévoir les récoltes, identifier les maladies, détecter les ravageurs et les mauvaises herbes, et optimiser les rendements agricoles.

 « Si vous êtes une compagnie agricole et que vous me dites “ je veux que vous me montriez toutes les fèves de soja au Brésil, ou toutes les plantes de canne à sucre en Inde”, nous pouvons le faire en une milliseconde, affirme-t-il. Nous sommes comme un IRM pour les plantes. Nous avons recours à des données satellites, des robots et des drones pour aider les agriculteurs à réagir aux dysfonctionnements dans leurs cultures. Le résultat est l’immunothérapie, pas la chimiothérapie. En analysant des millions et des milliards de pixels de cultures depuis l’espace, nous pouvons aider les agriculteurs à utiliser moins de produits chimiques,  à améliorer l’offre et à surveiller toute la chaîne d’approvisionnement alimentaire numérique », explique M. Wells.

Forte d’une équipe de 65 personnes — formée notamment de scientifiques — dans son bureau à Londres, la société Hummingbird Technologies utilise les techniques d’intelligence artificielle (IA) pour analyser des milliards de pixels afin d’empêcher de tels problèmes. La technologie qu’elle a développée permet de mesurer et d’évaluer les techniques agricoles, contribuant ainsi à une production alimentaire plus durable, et limitant les pratiques à forte intensité de carbone. « Nous pouvons faire la différence entre l’agriculture durable et non durable. Une technologie comme la nôtre peut parvenir à faire le lien », indique M. Wells.

« Je tiens à souligner la quantité considérable de solutions logicielles et matérielles qui existent déjà dans le secteur agroalimentaire — stations météorologiques, capteurs de sol, tracteurs sans conducteur, récolte robotisée, dispositifs de désherbage localisés. Le rôle de Hummingbird — à la manière d’une IRM — est de s’adresser à toutes ces technologies. Nous sommes à même d’intégrer tout ces technologies sur le terrain », ajoute-t-il.

Une croissance rapide, et de grandes ambitions

Hummingbird est née des travaux réalisés par des scientifiques de l’Imperial College de Londres et d’autres organisations technologiques et a été soutenue par des investisseurs prestigieux qui l’ont financée à ses débuts, notamment l'Agence spatiale européenne et l'inventeur et entrepreneur britannique James Dyson.

Cette entreprise a désormais pris une dimension internationale, et compte des clients  dans le monde entier, de l’Amérique latine et du Nord à l’Australie, en passant par l’Europe et la Russie. La collaboration avec l’Arabie saoudite a débuté lorsque SALIC a décidé d’utiliser les technologies de Hummingbird pour des projets sur des terres agricoles qu’elle gère en dehors du Royaume, notamment en Ukraine et en Australie.

BIO

NAISSANCE : 1983, Londres.

ÉDUCATION: Master, Université d’Edinburgh.

CARRIÈRE

Analyste en placements, Highclere International Investment.

Fondateur et PDG, Hummingbird Technologies.

« SALIC était d’abord un client, mais les investisseurs ont tellement apprécié nos technologies qu’ils ont décidé de les soutenir », souligne M. Wells. La participation de SALIC à hauteur de 7 millions de livres sterling dans le capital de Hummingbird lors de la dernière phase de financement fait de l’entreprise un investisseur majeur dans une startup valorisée à plus de 20 millions de livres sterling.

Mais les ambitions de M. Wells ne s’arrêtent pas là. « Une entreprise d'intelligence artificielle pour l'agriculture peut-elle atteindre le statut de  ʺlicorneʺ, au même titre que les entreprises de technologies médicales et financières, que nous avons vu décoller ces dernières années ? La taille potentielle du marché que nous cherchons à atteindre est absolument énorme. Nous tentons de bouleverser une industrie chimique qui pèse plusieurs milliards de dollars et nous essayons de déverrouiller un marché de carbone d’une valeur de plusieurs trillions de dollars. Il y a tellement de façons dont l'intelligence artificielle et la science des données peuvent améliorer l'alimentation et l'agriculture », plaide-t-il.

« Nous doublons et triplons notre croissance chaque année, nous nous développons rapidement. Nous analysons des millions d'hectares de terres agricoles chaque mois  et quand nous intervenons, notre efficacité permet d’économiser des milliards de dollars. Comme quoi, il n’est pas besoin de solution miracle pour obtenir le statut de ʺ licorneʺ dans ces conditions.  Les experts dans le domaine de l’IA et des cultures sont bien peu nombreux », précise M. Wells.

SALIC investit depuis un certain temps dans des actifs agricoles hors du Royaume. Il y a deux ans, la compagnie a effectué son plus grand investissement, achetant de grandes surfaces de productions de céréales ukrainiennes. Elle a en effet acheté Mriya Agro Holding, une structure qui produit des céréales et des légumes dans l’ouest du pays. Un investissement qui a suivi l’achat d’un précédent actif agricole un an plus tôt.

 

Un partenariat pour une meilleure sécurité alimentaire dans le Royaume

Le mois dernier, SALIC a importé et vendu son premier lot de céréales d’Ukraine, déchargeant 60 000 tonnes de blé à Djeddah, dans le cadre d’une stratégie mise en place par le Royaume pour soutenir les investissements étrangers dans l’agriculture et contribuer à assurer la sécurité alimentaire du Royaume.

En 2019, la compagnie saoudienne avait déjà acheté plus de 200 000 hectares de terrain en Australie-Occidentale, ce qui constituait son premier investissement étranger dans des terrains d'élevage de moutons. Cette transaction de terres agricoles a été l’une des plus grandes jamais réalisées en Australie.

Les technologies de Hummingbird peuvent être utilisées dans les nouvelles acquisitions pour améliorer la productivité et éliminer les maladies. SALIC désire également investir au Canada et en Inde. Mais M. Wells considère que les opportunités au sein du Royaume lui-même sont « immenses ». La sécurité alimentaire a toujours été un objectif national et constitue l’un des piliers de la Vision 2030 pour diversifier l’économie du pays, trop dépendante du pétrole.

Plus tôt dans l’année, la National Grain Company a vu le jour et a permis un partenariat entre SALIC et la National Shipping Company, dans le but de superviser le commerce, la gestion et le stockage des céréales dans le Royaume. « Nous cherchons à nous développer et à avoir une présence agricole locale. L'Arabie saoudite veut cultiver plus de fruits et légumes dans le pays, et faire cela localement et de manière durable. Nous possédons une expertise dans la production efficace de produits alimentaires, et cette expertise peut être mise à profit en Arabie saoudite », souligne-t-il.

Pour le PDG de Hummingbird technologies,  la Vision 2030 répond aux besoins des consommateurs partout dans le monde. « Les personnes et les consommateurs du monde entier, pas seulement en Arabie saoudite, se demandent de plus en plus d’où provient leur nourriture. C’est un facteur important pour une entreprise comme la nôtre. Nous sommes un catalyseur de l’autosuffisance. »

Les activités de Hummingbird s’inscrivent parfaitement dans le cadre de la Vision 2030 qui prévoit de mettre l’accent sur la haute technologie et l’économie de la connaissance. Elles sont notamment adaptées au projet de la mégalopole NEOM prévue dans le nord-ouest du Royaume.

Mais la technologie d’Hummingbird peut aussi s’appliquer de manière plus immédiate et concrète dans le Royaume. La société travaille en effet actuellement sur un algorithme pour la production de dattiers au Moyen-Orient, région qui a, selon lui, un énorme potentiel. « En fin de compte, nous pouvons analyser n'importe quelle plante depuis l'espace, que ce soit au milieu du désert ou dans un champ au Brésil, et nous recherchons donc activement des partenaires locaux, en particulier des professeurs d'université spécialisés en phytopathologie », précise le PDG de la compagnie.

Hummingbird peut également jouer un rôle essentiel dans les projets du Royaume de réduire son empreinte carbone dans le cadre de la stratégie d’économie circulaire à faible émission de carbone pour lutter contre le changement climatique. « Ce que nous pouvons faire depuis l’espace, c’est mesurer les activités alimentaires et agricoles qui retiennent le plus le carbone. Pour dire les choses simplement, si un agriculteur ou une entreprise agricole utilisent la technologie Hummingbird et donc par conséquent ont recours à moins d'azote comme engrais, ou pulvérisent moins de produits chimiques, ils auront une empreinte carbone inférieure, voire un résultat carbone positif », explique M. Wells.

« En mesurant la biodiversité et la bonne santé des sols depuis l’espace, par exemple, nous sommes capables de distinguer entre une exploitation agricole durable et une qui ne l’est pas. C’est la meilleure manière de garantir un résultat « vert », poursuit-il.

À un certain stade, Hummingbird reviendra à la table des investisseurs pour obtenir davantage de financements. « Nous sommes une startup en pleine croissance et, au moment opportun, nous chercherons à obtenir de nouveaux investissements. Cela fait partie de notre parcours et nous avons également de nombreuses opportunités de marché, dit-il. Certains pourraient considérer notre action comme un ʺaccaparement de terresʺ, mais nous étendons nos activités dans des espaces où des millions d’hectares de terres agricoles n’ont pas encore été analysées de cette manière. C’est toujours un marché frontière. »

La collaboration avec SALIC pourrait être celle qui permettra à Hummingbird de devenir la « licorne » arabe, mais au-delà de l’ambition financière, il existe une ambition plus large, qui consiste à changer la perception du secteur mondial de l'alimentation et de l'agriculture.

 « La nourriture et l'agriculture ont été diabolisées, car on a considéré qu’elles étaient la cause du changement climatique. Mais il existe un moyen de produire des aliments de manière efficace et durable. C’est notre travail de nous occuper de tout cela. Nous cherchons à faire d’un secteur qui a été blâmé pour ses effets néfastes sur le changement climatique un secteur avec un bilan en carbone positif. C’est notre objectif », conclut le PDG de Hummingbird Technologies.


Israël morcèle Gaza, accentue la pression sur le Hamas pour récupérer les otages

Mercredi, au moins 34 Palestiniens ont été tués dans les frappes. L'une d'elles a tué 19 personnes, dont neuf enfants, dans un centre de santé détruit de l'Unrwa, l'agence de l'ONU pour les réfugiés palestiniens, à Jabalia (nord), selon la Défense civile de Gaza, organisation de premiers secours. (AFP)
Mercredi, au moins 34 Palestiniens ont été tués dans les frappes. L'une d'elles a tué 19 personnes, dont neuf enfants, dans un centre de santé détruit de l'Unrwa, l'agence de l'ONU pour les réfugiés palestiniens, à Jabalia (nord), selon la Défense civile de Gaza, organisation de premiers secours. (AFP)
Short Url
  • Loin de céder, le Hamas a rejeté une proposition de trêve annoncée samedi par Israël et transmise par l'intermédiaire de la médiation du Qatar et de l'Egypte
  • Après deux mois de trêve, Israël a repris le 18 mars son offensive à Gaza affirmant que la pression militaire était le seul moyen de forcer le Hamas à rendre la soixantaine d'otages, morts ou vivants, qu'il détient encore

JERUSALEM: Israël a annoncé mercredi que son armée avait commencé à morceler la bande de Gaza et à y saisir de larges zones de territoire pour forcer le mouvement islamiste palestinien Hamas à rendre les otages.

Loin de céder, le Hamas a rejeté une proposition de trêve annoncée samedi par Israël et transmise par l'intermédiaire de la médiation du Qatar et de l'Egypte, ont indiqué deux responsables du mouvement islamiste palestinien à l'AFP alors que les bombardements israéliens sur la bande de Gaza ont fait plus de 30 morts mercredi, dont des enfants, selon les secours locaux.

Le Hamas souhaite avancer sur une proposition egypto-qatarie prévoyant un cessez-le-feu de 50 jours, période pendant laquelle le mouvement islamiste libérerait "cinq soldats israéliens" en échange de la remise en liberté de quelque 2.250 prisonniers palestiniens détenus par Israël, a indiqué un de ces deux responsables sous le couvert de l'anonymat

Après deux mois de trêve, Israël a repris le 18 mars son offensive à Gaza affirmant que la pression militaire était le seul moyen de forcer le Hamas à rendre la soixantaine d'otages, morts ou vivants, qu'il détient encore.

"Nous morcelons la bande de Gaza et nous augmentons la pression pas à pas, afin qu'ils nous rendent nos otages", a déclaré le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.

Critiques des familles d'otages 

Appelant "les habitants de Gaza à agir maintenant pour chasser le Hamas et rendre tous les otages", le ministre de la Défense, Israël Katz, a menacé une nouvelle fois de confisquer au profit d'Israël de "vastes secteurs" conquis par l'armée à la faveur de l'élargissement de son offensive dans la bande de Gaza.

"Expliquez (...) comment vous comptez éviter la mise en danger des otages", a réagi le Forum des familles, la plus grande association de proches d'otages en Israël, en reprochant au gouvernement d'envoyer "davantage de soldats à Gaza" plutôt que "de libérer les otages par un accord et de mettre fin à la guerre"

De leur côté, une cinquantaine d'otages libérés et des proches d'otages ont estimé dans une lettre ouverte que "la pression militaire met en danger les otages".

"Où est le monde?" 

La guerre a été déclenchée le 7 octobre 2023 par l'attaque sans précédent du Hamas ayant entraîné la mort de 1.218 personnes du côté israélien, en majorité des civils, selon un décompte de l'AFP basé sur des données officielles.

Sur les 251 personnes enlevées ce jour-là, 58 sont toujours otages à Gaza dont 34 sont mortes selon l'armée israélienne.

En riposte Israël a juré de détruire le Hamas et lancé une campagne de représailles militaires ayant fait au moins 50.423 morts, majoritairement des civils, selon les données du ministère de la Santé du Hamas pour Gaza, jugées fiables par l'ONU.

Mercredi, au moins 34 Palestiniens ont été tués dans les frappes. L'une d'elles a tué 19 personnes, dont neuf enfants, dans un centre de santé détruit de l'Unrwa, l'agence de l'ONU pour les réfugiés palestiniens, à Jabalia (nord), selon la Défense civile de Gaza, organisation de premiers secours.

Le centre sert de refuge à 160 familles déplacées, a indiqué l'Unrwa.

"Les martyrs sont des jeunes, des garçons et des filles. De quel droit il les tuent? Ils ont visé directement la clinique. Où sont les Nations unies, où est le monde?" a lancé Abou Ahmed Jaber, un déplacé réfugié dans le bâtiment.

L'armée israélienne a confirmé une frappe contre le bâtiment de l'Unrwa affirmant y avoir visé "des terroristes du Hamas".

Treize personnes ont également été tuées par un bombardement sur une maison abritant des déplacés à Khan Younès et deux par une frappe sur une maison à Nousseirat (centre), selon les secours.

Après l'interception de deux projectiles tirés de Gaza en direction d'Israël dans la soirée, l'armée israélienne a appelé les habitants à évacuer plusieurs régions du nord de Gaza, en prévision de frappes.

"Guerre sans limite" 

De son côté, le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres est "choqué par les attaques de l'armée israélienne" contre un convoi médical et de secours, qui ont tué 15 secouristes et travailleurs humanitaires la semaine dernière à Gaza, selon son porte-parole.

La "fosse commune" où les secouristes ont été retrouvés expose une "guerre sans limite" à Gaza, a indiqué un responsable du Bureau des opérations humanitaires de l'ONU (Ocha), Jonathan Whittall.

Selon le ministère de la Santé de Gaza, 1.066 personnes ont été tuées depuis le 18 mars.

Pour accroître la pression sur le Hamas, Israël a bloqué depuis le 2 mars l'entrée de l'aide humanitaire à Gaza, aggravant les pénuries dans le territoire.

Faute de farine et de sucre, des boulangeries ont fermé. "La situation est très difficile, il n'y a pas de farine, pas de pain, pas de nourriture ni d'eau", a témoigné un père de famille, Mahmoud Sheikh Khalil.

A Jérusalem, le ministre israélien de la Sécurité intérieure, Itamar Ben Gvir, figure de l'extrême droite, s'est rendu une nouvelle fois sur l'esplanade des Mosquées, lieu disputé dans le secteur oriental de la Ville sainte occupé et annexé par Israël.

Troisième lieu saint de l'islam, l'endroit est pour les juifs, le mont du Temple, lieu le plus sacré du judaïsme. Plusieurs pays arabes ont dénoncé une "provocation" susceptible d'alimenter encore un peu plus les tensions régionales.


Amnesty appelle la Syrie à enquêter sur les massacres d'alaouites en tant que «crimes de guerre»

Le président par intérim Ahmad al-Chareh s'est engagé à poursuivre les auteurs des massacres et a formé une commission d'enquête qui n'a pas encore annoncé ses résultats. (AFP)
Le président par intérim Ahmad al-Chareh s'est engagé à poursuivre les auteurs des massacres et a formé une commission d'enquête qui n'a pas encore annoncé ses résultats. (AFP)
Short Url
  • Début mars, les régions du littoral dans l'ouest de la Syrie ont été le théâtre des pires massacres depuis la prise du pouvoir en décembre par une coalition dirigée par des islamistes radicaux
  • Selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), plus de 1.700 civils, en grande majorité des alaouites, minorité dont est issu le président déchu Bachar al-Assad, ont été tués

BEYROUTH: Amnesty International a appelé jeudi les autorités syriennes à veiller à ce que les auteurs des massacres d'alaouites en mars rendent des comptes et à enquêter sur ces tueries en tant que "crimes de guerre".

"Le gouvernement syrien doit veiller à ce que les responsables d’une vague de massacres visant des civils alaouites dans des zones côtières soient amenés à rendre des comptes", a affirmé l'ONG dans un communiqué.

Amnesty a également réclamé que ces massacres fassent "l'objet d'enquêtes en tant que crimes de guerre".

Début mars, les régions du littoral dans l'ouest de la Syrie ont été le théâtre des pires massacres depuis la prise du pouvoir en décembre par une coalition dirigée par des islamistes radicaux.

Selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), plus de 1.700 civils, en grande majorité des alaouites, minorité dont est issu le président déchu Bachar al-Assad, ont été tués.

Ces massacres ont eu lieu après des attaques sanglantes de partisans de l'ancien pouvoir contre les forces de sécurité. Ces dernières, des groupes qui leur sont alliés et des jihadistes étrangers ont été pointés du doigt dans le bain de sang.

L'ONU a indiqué avoir recueilli des témoignages selon lesquels les auteurs des massacres "ont effectué des descentes dans les maisons, demandant aux habitants s'ils étaient alaouites ou sunnites avant de les tuer ou de les épargner en fonction de leur réponse".

Le président par intérim Ahmad al-Chareh s'est engagé à poursuivre les auteurs des massacres et a formé une commission d'enquête qui n'a pas encore annoncé ses résultats.

"Les éléments de preuve que nous avons recueillis indiquent que des milices affiliées au gouvernement ont délibérément pris pour cible des civils de la minorité alaouite dans le cadre de graves attaques de représailles, abattant des personnes de sang-froid et à bout portant", a déclaré Agnès Callamard, secrétaire générale d’Amnesty International.

"Pendant deux jours, les autorités ne sont pas intervenues pour mettre fin aux homicides. Une fois de plus, c’est la population civile syrienne qui paie le prix des actions des parties au conflit qui règlent leurs comptes", a-t-elle ajouté.

Amnesty a demandé au gouvernement syrien de "prendre des mesures immédiates pour qu’aucune personne et aucun groupe ne soit pris pour cible en raison de son appartenance confessionnelle".

Lundi, douze autres civils, en majorité des alaouites, ont été tués par des hommes armés dans l'ouest et le centre de la Syrie selon l'OSDH.


L'Arabie saoudite condamne la prise d'assaut de la mosquée Al-Aqsa par un ministre israélien d'extrême droite

Le ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, s'exprimant dans l'enceinte de la mosquée Al-Aqsa à Jérusalem, le 17 juillet 2024. (Screengrab/AFP)
Le ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, s'exprimant dans l'enceinte de la mosquée Al-Aqsa à Jérusalem, le 17 juillet 2024. (Screengrab/AFP)
Short Url
  • Le ministère des Affaires étrangères critique les atteintes au caractère sacré du lieu saint.
  • Les violations israéliennes du droit international entravent les efforts de paix et menacent la sécurité mondiale.

RIYAD :  l'Arabie saoudite a condamné la prise d'assaut de la mosquée Al-Aqsa dans la partie occupée de Jérusalem, mercredi, par le ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir, un homme d'extrême droite.

Le ministère saoudien des Affaires étrangères a déclaré qu'il condamnait fermement « la prise d'assaut de la mosquée Al-Aqsa par le ministre israélien de la Sécurité nationale sous la protection de la police d'occupation ».

Le ministère a réitéré sa condamnation des attaques contre le caractère sacré de la mosquée Al-Aqsa, a rapporté l'agence de presse saoudienne.

Il a également condamné les forces israéliennes pour avoir pris pour cible une clinique de l'UNRWA dans le camp de Jabaliya, dans le nord de la bande de Gaza, et a dénoncé les attaques contre les organisations de l'ONU et les organisations humanitaires ainsi que leur personnel. 

Le ministère a déclaré : « Le Royaume condamne les violations persistantes par Israël du droit international et du droit humanitaire international et affirme son rejet catégorique de tout ce qui pourrait porter atteinte au statut historique et juridique de Jérusalem et de ses lieux saints.

Il ajoute que les violations israéliennes du droit international entravent les efforts de paix et menacent la sécurité mondiale.

Le ministère a souligné l'importance de protéger les organisations de l'ONU et les organisations humanitaires, ainsi que leur personnel, et a demandé que les autorités israéliennes soient tenues responsables de toutes les violations.

La visite de M. Ben-Gvir dans l'enceinte d'Al-Aqsa, dans la vieille ville de Jérusalem, a été vivement condamnée par la Jordanie et le groupe militant palestinien Hamas.

Réintégration du gouvernement israélien

Le ministre, chef du parti israélien anti-arabe Otzma Yehudit, s'est rendu sur le site après avoir réintégré le gouvernement le mois dernier, à la suite de la reprise de la guerre à Gaza.

Ben Gvir avait quitté le cabinet en janvier pour protester contre l'accord de cessez-le-feu dans la bande de Gaza.

Depuis la formation du gouvernement de Benjamin Netanyahu à la fin de l'année 2022, M. Ben Gvir s'est rendu à plusieurs reprises sur le site d'Al-Aqsa, suscitant à chaque fois l'indignation de la communauté internationale.

Le ministère jordanien des Affaires étrangères a également condamné la visite de mercredi en la qualifiant de « prise d'assaut » et de « provocation inacceptable ».

Le Hamas a parlé d'une « escalade provocatrice et dangereuse », affirmant que cette visite s'inscrivait dans le cadre du génocide en cours contre le peuple palestinien. 

« Nous appelons le peuple palestinien et les jeunes de Cisjordanie à intensifier la confrontation pour défendre notre terre et nos valeurs sacrées, au premier rang desquelles la mosquée Al-Aqsa », a déclaré l'organisation dans un communiqué.

Ce site est le troisième lieu saint de l'islam et un symbole de l'identité nationale palestinienne.

Connu des juifs sous le nom de Mont du Temple, il est également le lieu le plus sacré du judaïsme, car il abrite le second temple détruit par les Romains en 70 après Jésus-Christ.

Selon le statu quo maintenu par Israël, qui occupe l'est de Jérusalem et sa vieille ville depuis 1967, les juifs et les autres non-musulmans sont autorisés à visiter l'enceinte pendant des heures précises, mais ils n'ont pas le droit d'y prier ou d'y exposer des symboles religieux.

Le porte-parole de M. Ben Gvir a déclaré à l'AFP que le ministre « s'y est rendu parce que le site a été ouvert aux non-musulmans après 13 jours », période durant laquelle l'accès était réservé aux musulmans pour la fête de l'Aïd Al-Fitr et la fin du mois sacré musulman du Ramadan.

Ces dernières années, un nombre croissant d'ultranationalistes juifs ont défié les règles, notamment Ben Gvir, qui y a prié publiquement en 2023 et 2024.

Le gouvernement israélien a déclaré à plusieurs reprises qu'il avait l'intention de maintenir le statu quo dans le complexe, mais les craintes des Palestiniens quant à son avenir en ont fait un point chaud de la violence.

Rapport complémentaire de l'AFP.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com