A Koutouzivka en Ukraine, repos du guerrier et vie sous terre

Une femme cuisine dans le village de Kutuzivka, région de Kharkiv, le 27 mai 2022, au milieu de l'invasion russe de l'Ukraine (Photo, AFP).
Une femme cuisine dans le village de Kutuzivka, région de Kharkiv, le 27 mai 2022, au milieu de l'invasion russe de l'Ukraine (Photo, AFP).
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Publié le Samedi 28 mai 2022

A Koutouzivka en Ukraine, repos du guerrier et vie sous terre

  • Les Russes ont cessé leur offensive sur Kharkiv, mais ils gardent des positions à l'est de la ville
  • A plusieurs centaines de mètres de là, des soldats se reposent dans une maison qui a encaissé un obus laissant un trou béant dans un mur

KOUTOUZIVKA: "On met des croix pour chaque jour passé ici en vie", raconte Nadia Ryjkova, 76 ans, dans la pénombre d'un abri souterrain du village de Koutouzivka, dans le nord-est de l'Ukraine, où vivent une cinquantaine de personnes, en majorité des femmes âgées.

La doyenne de l'abri désigne un calendrier marqué de croix rouges depuis le 24 février, jour de l'invasion russe de l'Ukraine, puis caresse son chat "Mourtchik" ("Ronronneur") qui s'étire.

Les lits sont alignés dans trois grandes pièces. Des fils électriques pendent du plafond en béton, reliant quelques faibles ampoules à des batteries de voitures placées sous des chaises. Un poêle à bois dégage une chaleur étouffante mais dès qu'on s'en éloigne une froide humidité prend le dessus.

Pourtant, Marfa Khyjniak, 72 ans, se satisfait de ce confort spartiate, après les innombrables obus tombés sur le village de 1 500 habitants le 25 mars, lors du début de la contre-offensive ukrainienne.

"C'était effrayant, j'avais si peur. Il n'y pas de mots. C'était insupportable. J'étais dans ma salle de bain assise et je priais. Alors je suis venue me réfugier ici. Même un petit espace, une chaise m'aurait suffi", se souvient-elle.

"Aujourd'hui, certains reviennent au village mais pourquoi faire? Tout est détruit". La septuagénaire verse quelques larmes et avoue souffrir de "dépression" et prendre des médicaments.

Privée de connexion téléphonique, elle est sans nouvelles de ses enfants et de ses proches mais assure: "Je vis avec l'espoir qu'ils sont vivants. C'est la seule chose qui me garde en vie".

«Très chaud»

Les Russes ont cessé leur offensive sur Kharkiv, mais ils gardent des positions à l'est de la ville, tirant sur sa partie orientale et sur les villages avoisinants. Les échanges d'artillerie se poursuivent, notamment la nuit. 

L'école, la mairie et de nombreuses maisons ont été ravagés ces derniers jours mais aussi lors de l'avancée russe et lors de la contre-offensive ukrainienne.

"C'est dangereux c'est sûr. Il y a les tirs, les obus mais on s'y est habitué. On n'y fait plus trop attention", affirme Vlad, 35 ans, conducteur de tracteur, en livrant une citerne d'eau aux habitants de l'abri, qui se précipitent pour remplir des bidons et des bouteilles. "Avant, ils étaient obligés d'aller chercher de l'eau au puits". 

A plusieurs centaines de mètres de là, des soldats se reposent dans une maison qui a encaissé un obus laissant un trou béant dans un mur.

Malgré quelques tirs de canon sporadiques, l'ambiance est détendue avec des hommes et des femmes se prélassant sur des chaises. Ils reviennent de la première ligne située à une vingtaine de kilomètres de là.

"C'est chaud sur la première ligne. Très chaud. On y était pendant sept jours, je me rappelle plus vraiment pour moi c'était comme une seule longue journée", confie Laska, infirmière militaire, 36 ans. 

Femme d'affaires préparant un doctorat scientifique, elle a tout lâché pour s'engager. "Je ne vois pas ce que je pouvais faire d'autre. Chacun doit, soit être volontaire, soit défendre le pays", lance-t-elle avec conviction attendant de remonter au front.

«Se former au front»

"J'y retournerai c'est sûr, dès que les ordres arriveront. Nos gars y sont, on ne peut pas les laisser seuls!", ajoute-t-elle avec courage.

Dans la même cour, le "Tchékiste", comme on le surnomme, chef adjoint d'un escadron, une cinquantaine d'années, est lui rompu au combat.

"J'ai passé beaucoup de temps à la guerre. C'est mon métier. Je défends ma terre natale", confie ce militaire qui affrontait déjà les séparatistes prorusses de l'Est de pays depuis 2014, avant l'invasion des forces de Moscou.

Quand "je suis au combat, les images de mes enfants défilent et je sais alors pourquoi je combats", ajoute-il tout en révélant que l'armée ukrainienne fait désormais appel à des jeunes soldats inexpérimentés.

"Beaucoup arrivent et n'ont jamais tenu une arme. Avant, on pouvait les former mais en ce moment ils doivent se former sur le front. On perd beaucoup de gens malheureusement", dit-il en s'allumant une cigarette.

"Nous allons gagner la guerre. Ce sera dur mais notre moral est incassable. Incassable! Incassable!", répète-il, ajoutant "Nous ne plierons pas!" 


Le Canada en deuil après une rare tuerie qui a fait neuf morts

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  • L'attaque s'est déroulée à Tumbler Ridge, petite ville isolée de 2.300 habitants au pied des Montagnes Rocheuses, dans la province de Colombie-Britannique, à plusieurs heures de route de tout centre urbain
  • D'après la première "alerte" envoyée mardi par la police aux habitants, le suspect a été décrit "comme étant une femme brune portant une robe". Mais les autorités n'ont pas confirmé

MONTREAL: Le Canada est "en deuil", a déclaré mercredi le Premier ministre Mark Carney au lendemain d'une tuerie qui a fait neuf morts et une trentaine de blessés dans une petite ville isolée de l'ouest du pays, où une personne a ouvert le feu dans un collège-lycée.

"Nous surmonterons cette épreuve. Nous en tirerons des leçons", a également promis le Premier ministre, appelant les Canadiens au "rassemblement" dans un pays sous le choc, peu habitué aux tueries de ce type contrairement au voisin américain.

Les drapeaux des édifices gouvernementaux seront mis en berne pendant une semaine.

L'attaque s'est déroulée à Tumbler Ridge, petite ville isolée de 2.300 habitants au pied des Montagnes Rocheuses, dans la province de Colombie-Britannique, à plusieurs heures de route de tout centre urbain.

D'après la première "alerte" envoyée mardi par la police aux habitants, le suspect a été décrit "comme étant une femme brune portant une robe". Mais les autorités n'ont pas confirmé.

Le suspect, dont le genre fait l'objet de spéculations, serait mort après "une blessure qu'il se serait infligée", selon la police.

Ken Floyd, un responsable de la police canadienne, est resté prudent mais a indiqué que le tireur était bien la personne mentionnée dans l'alerte.

Vingt-sept personnes ont également été blessées, dont deux grièvement, a indiqué la Gendarmerie royale du Canada dans un communiqué.

"Horreur" 

Nina Krieger, ministre de le Sécurité publique de la province, a évoqué "l'une des pires tueries de masse de l'histoire" du Canada.

"Nous allons nous rassembler et faire en sorte d'être à l'écoute de ceux qui veulent parler" après cette "grande tragédie", a déclaré Darryl Krakowka, le maire de Tumbler Ridge, auprès de la chaîne publique CBC.

Mark Carney n'a pas prévu d'aller sur place mais le ministre canadien de la Sécurité publique, Gary Anandasangaree, et le Premier ministre de la province David Eby se rendent mercredi au chevet de la ville.

La famille royale britannique s'est dite "profondément choquée et attristée" par ce drame, dans un communiqué du roi Charles III, également chef d'Etat du Canada.

"L'horreur a frappé (...). Pensées aux familles des victimes, aux blessés et à toute la communauté éducative. La France se tient aux côtés des Canadiens", a affirmé le président français Emmanuel Macron sur X.

C'est la seconde tuerie en Colombie-Britannique en moins d'un an. En avril 2025, un homme avait tué 11 personnes à Vancouver, en fonçant avec son camion sur une foule qui célébrait un festival culturel philippin.

Ce type d'attaque est exceptionnel dans les écoles canadiennes. Elle frappe une ville connue pour son tourisme de plein air, avec la proximité des montagnes et un parc géologique.

"Mon plus jeune enfant vient tout juste de sortir du lycée (...). Ma fille aînée travaille à 300 mètres de l'école. Il s'en est fallu de peu", a raconté mardi soir à l'AFP Trent Ernst, journaliste local et ancien enseignant suppléant au lycée de Tumbler Ridge.

"Des fusillades dans des écoles au Canada, c'était une toutes les quelques années (...). Mais quand ça se produit dans votre ville, les choses déraillent complètement", a-t-il ajouté.

"Scène épouvantable" 

Darian Quist, élève dans l'établissement, a expliqué à CBC qu'il se trouvait en cours de mécanique quand on leur a annoncé le confinement de l'école.

"Nous avons pris des tables et barricadé les portes pendant plus de deux heures" jusqu'à l'arrivée de la police, a-t-il raconté.

La première alerte en début d'après-midi concernait un tireur dans l'école. Arrivées sur place, les forces de l'ordre ont d'abord découvert six corps, sans compter le suspect.

Une septième personne blessée par balle est décédée durant son transport à l'hôpital.

Par la suite, la police "a identifié un second lieu (...) lié à l'assaut, où deux autres victimes ont été retrouvées mortes dans une résidence", selon un communiqué.

Ken Floyd a décrit une "scène épouvantable" à l'arrivée des forces de l'ordre.

Si les tueries sont moins fréquentes au Canada qu'aux États-Unis, les statistiques sur la dernière décennie témoignent d'une augmentation constante des crimes commis avec des armes à feu.

En 2020, le Canada avait interdit 1.500 modèles d'armes d'assaut en réaction à la tuerie la plus meurtrière de son histoire, qui avait fait 22 morts dans la province de Nouvelle-Écosse (est).


Israël avance «vers une annexion de facto» de la Cisjordanie, dénonce Berlin

L'aval donné par le cabinet de sécurité israélien à des mesures visant à renforcer le contrôle d'Israël sur la Cisjordanie constitue "une étape supplémentaire vers une annexion de facto", a dénoncé mercredi le ministère allemand des Affaires étrangères. (AFP)
L'aval donné par le cabinet de sécurité israélien à des mesures visant à renforcer le contrôle d'Israël sur la Cisjordanie constitue "une étape supplémentaire vers une annexion de facto", a dénoncé mercredi le ministère allemand des Affaires étrangères. (AFP)
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  • L'aval donné par le cabinet de sécurité israélien à des mesures visant à renforcer le contrôle d'Israël sur la Cisjordanie constitue "une étape supplémentaire vers une annexion de facto"
  • "Israël demeure puissance occupante en Cisjordanie, et en tant que puissance occupante, il est contraire au droit international d'y construire des colonies"

BERLIN: L'aval donné par le cabinet de sécurité israélien à des mesures visant à renforcer le contrôle d'Israël sur la Cisjordanie constitue "une étape supplémentaire vers une annexion de facto", a dénoncé mercredi le ministère allemand des Affaires étrangères.

"Israël demeure puissance occupante en Cisjordanie, et en tant que puissance occupante, il est contraire au droit international d'y construire des colonies", a déclaré lors d'un point presse régulier un porte-parole du ministère, alors que les nouvelles mesures rendent plus faciles les achats de terres pour les colons israéliens.


L'UE doit éliminer les entraves qui l'empêchent d'être un "géant mondial", dit von der Leyen

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, assiste à un débat sur les mesures urgentes nécessaires pour renforcer la compétitivité de l’UE, approfondir le marché unique et réduire le coût de la vie, au Parlement européen à Strasbourg, dans l’est de la France, le 11 février 2026. (AFP)
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, assiste à un débat sur les mesures urgentes nécessaires pour renforcer la compétitivité de l’UE, approfondir le marché unique et réduire le coût de la vie, au Parlement européen à Strasbourg, dans l’est de la France, le 11 février 2026. (AFP)
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  • Ursula von der Leyen appelle l’UE à éliminer les obstacles internes au marché unique, notamment la fragmentation du secteur financier, afin de renforcer la compétitivité, faciliter l’accès aux capitaux et faire de l’Europe un « vrai géant mondial »
  • Elle défend la simplification réglementaire, la poursuite des accords de libre-échange et propose un nouveau statut paneuropéen pour les entreprises (« EU Inc »), tout en ouvrant la voie à des coopérations renforcées et en relançant le débat sur une « pré

STRASBOURG: L'Europe doit "éliminer les entraves" internes à sa compétitivité, si elle veut devenir "un vrai géant mondial", a plaidé mercredi la présidente de la Commission Ursula von der Leyen devant le Parlement européen, à la veille d'un sommet de l'UE.

Citant l'exemple de la fragmentation "sous stéroïdes" du secteur financier européen, la dirigeante a appelé à parachever au plus vite l'intégration du marché unique, en éliminant "un par un" les obstacles qui nuisent à l'activité économique au sein de l'UE.

"Nos entreprises ont besoin de capitaux dès maintenant. Nous devons le faire cette année", a-t-elle lancé aux eurodéputés réunis à Strasbourg, appelant également à poursuivre la conclusion d'accords de libre-échange et la "simplification" réglementaire pour libérer le potentiel de croissance de l'économie.

Les dirigeants des 27 se réunissent jeudi au château d'Alden Biesen en Belgique pour un sommet consacré à la compétitivité de l'économie européenne.

Plusieurs d'entre eux, dont Ursula von der Leyen, le président français Emmanuel Macron et le chancelier allemand Friedrich Merz participeront en outre à un sommet mercredi à Anvers avec des responsables de l'industrie européenne.

Parmi les sujets qui seront au menu de de ces réunions figure l'instauration d'une "préférence européenne", une mesure de soutien au "Made in Europe" qui consiste à obliger les entreprises bénéficiant de fonds publics à se fournir majoritairement en composants fabriqués en Europe.

La présidente de la Commission, qui avait défendu lundi cette mesure chère à la France, mais critiquée par d'autres pays, a assuré qu'il n'était pas question d'imposer une solution "toute faite" à l'ensemble de l'UE.

La responsable a par ailleurs ouvert la porte à des "coopérations renforcées" en matière de compétitivité, c'est-à-dire des réformes qui seraient menées dans certains pays volontaires, plutôt qu'à l'échelle des 27, comme le permettent les traités européens dans certains domaines.

Enfin, elle a confirmé que la Commission présenterait en mars un projet de création d'un nouveau statut juridique paneuropéen pour les entreprises, baptisé "EU Inc".

Ce statut, également appelé le "28e régime", leur permettrait d'exercer leurs activités dans l'ensemble de l'UE sans formalités supplémentaires ni surcoûts administratifs.