La pluie artificielle, une solution à la question de l'eau en Arabie saoudite

L'ensemencement des nuages est considéré comme un moyen viable et respectueux de l'environnement d'augmenter l'approvisionnement en eau en Arabie saoudite à l'avenir, car le changement climatique rend la précieuse ressource encore plus rare. (Centre national saoudien de météorologie)
L'ensemencement des nuages est considéré comme un moyen viable et respectueux de l'environnement d'augmenter l'approvisionnement en eau en Arabie saoudite à l'avenir, car le changement climatique rend la précieuse ressource encore plus rare. (Centre national saoudien de météorologie)
L'ensemencement des nuages est considéré comme un moyen viable et respectueux de l'environnement d'augmenter l'approvisionnement en eau en Arabie saoudite à l'avenir, car le changement climatique rend la précieuse ressource encore plus rare. (Centre national saoudien de météorologie)
L'ensemencement des nuages est considéré comme un moyen viable et respectueux de l'environnement d'augmenter l'approvisionnement en eau en Arabie saoudite à l'avenir, car le changement climatique rend la précieuse ressource encore plus rare. (Centre national saoudien de météorologie)
Short Url
Publié le Samedi 28 mai 2022

La pluie artificielle, une solution à la question de l'eau en Arabie saoudite

  • Les pays touchés par la sécheresse se tournent vers l'ensemencement des nuages pour compléter leur approvisionnement en eau
  • L'Arabie saoudite est devenue le deuxième pays du Golfe à adopter cette technologie de pointe

DJEDDAH: Pour répondre à la demande croissante d'eau douce en Arabie saoudite, les autorités ont lancé un projet qui modifiera la structure des nuages pour augmenter les précipitations, technique connue sous le nom «d'ensemencement des nuages».

Avec des précipitations moyennes sur le long terme inférieures à 100 mm par an, une population en augmentation et un secteur agricole en croissance, il existe un immense besoin d'eau douce en Arabie saoudite. C'est pourquoi le Royaume a lancé début avril la première phase d'un programme d'ensemencement des nuages visant à modifier la quantité et le type de précipitations dans le pays.

Après l'approbation de ce plan par le gouvernement saoudien, un avion a survolé le vaste plateau rocheux du Najd dans la région centrale du Royaume, où il a libéré des panaches d'iodure d'argent dans les nuages. Cela a provoqué la formation de cristaux de glace dans ces nuages, stimulant les précipitations sur les zones ciblées. Le processus a commencé dans la région de Riyad et s'étendra bientôt à d'autres zones, à Asir, Baha et Taïf.

Infographie illustrant le procédé de l'ensemencement (Arab News)
Infographie illustrant le procédé de l'ensemencement (Arab News)

«Le Royaume est considéré comme l'un des pays où les précipitations sont les plus faibles, avec une moyenne de 100 mm par an», avait affirmé Ayman Ghulam, directeur général du Centre national de météorologie, lors d'une conférence à Riyad en mars. «L'ensemencement des nuages est l'une des solutions les plus prometteuses pour l’Arabie saoudite.»

Le programme national de pluie artificielle devrait se poursuivre pendant cinq ans, afin d'augmenter les précipitations de 20 %. Il fait partie de I’Initiative verte saoudienne, lancée en mars 2021 par le prince héritier, Mohammed ben Salmane, pour promouvoir le développement durable et la préservation de l'environnement, ainsi que pour sécuriser les sources d'eau naturelles dans le Royaume.

Roelof Bruintjes, qui dirige le groupe de modification du climat au National Center for Atmospheric Research des États-Unis, a affirmé que le Royaume utilisait une méthode bien établie d'ensemencement des nuages sans danger pour l'environnement.

Logo du centre national saoudien de la météorologie (fourni)
Logo du centre national saoudien de la météorologie (fourni)

Les deux agents d'ensemencement utilisés dans l'opération saoudienne sont des matériaux hygroscopiques (c'est-à-dire des substances qui ont tendance à absorber l'humidité de l'air) tels que les sels et l'iodure d'argent. Ils sont employés dans des concentrations si faibles qu'ils sont en grande partie indétectables et sont utilisés depuis près de quarante ans dans des projets d'ensemencement de nuages dans l'ouest des États-Unis, où les sécheresses sont fréquentes.

Le succès des opérations d'ensemencement des nuages, a précisé Bruintjes, dépend dans une certaine mesure des caractéristiques des nuages eux-mêmes. «Aucun nuage n'est identique à un autre», explique-t-il à Arab News.

«En Arabie saoudite, la plupart des nuages qui se forment dans la région centrale et le sud-ouest sont des types de nuages plus convectifs. De cette façon, nous utilisons principalement des cellules hygroscopiques pour créer des gouttelettes plus grosses afin qu'elles puissent plus facilement entrer en collision les unes avec les autres et retenir la pluie, afin que l’on puisse obtenir plus d'eau, qui est traitée dans le nuage jusqu'à la surface», précise-t-il. «Il s’agit principalement d’essayer d'obtenir plus d'eau des nuages pour augmenter le pourcentage d'eau que les nuages traitent descendant à la surface.»

L'ensemencement des nuages est considéré comme un moyen viable et respectueux de l'environnement d'augmenter l'approvisionnement en eau en Arabie saoudite à l'avenir, car le changement climatique rend la précieuse ressource encore plus rare. (Centre national saoudien de météorologie)
L'ensemencement des nuages est considéré comme un moyen viable et respectueux de l'environnement d'augmenter l'approvisionnement en eau en Arabie saoudite à l'avenir, car le changement climatique rend la précieuse ressource encore plus rare. (Centre national saoudien de météorologie)

L'eau couvre environ 71% de la surface de la Terre, mais la région du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord(Mena) ne possède que très peu de ces ressources nécessaires à la vie. Selon l'ONU, c'est la région la plus pauvre en eau au monde, avec 17 pays considérés en dessous du seuil de pauvreté en eau.

La situation est aggravée par une croissance démographique rapide, des infrastructures insuffisantes et la surexploitation de ressources limitées. L'agriculture représente à elle seule 80 % environ de la consommation d'eau dans la région Mena, selon la Banque mondiale.

EN CHIFFRES

*50 pays sont à la recherche de plans d'intensification des précipitations.

*Objectif de 20 % d’augmentation des précipitations en Arabie saoudite grâce à l'ensemencement des nuages.

* L’Arabie saoudite dessale 18 % de la production mondiale d'eau de mer dessalée.

Cette surexploitation signifie que les réserves naturelles d'eau souterraine de la région ne sont pas reconstituées assez rapidement pour suivre le rythme de la demande. Les pénuries peuvent avoir des conséquences humanitaires de grande envergure, les sécheresses détruisant les moyens de subsistance et déplaçant les populations des zones rurales vers les zones urbaines.

Environ 1,1 milliard de personnes dans le monde n'ont pas un accès garanti à l'eau, et 2,7 milliards souffrent de pénurie pendant au moins un mois de l'année. D'ici à 2025, on estime que les deux tiers de la population mondiale pourraient faire face à des pénuries d'eau. Les prévisions indiquent que les approvisionnements en eau chuteront considérablement d'ici à 2030 et que le rationnement pourrait devenir la norme, à moins que des solutions durables ne soient appliquées.

L'ONU a classifié l'Arabie saoudite et la plupart des autres pays du Golfe comme pays pauvres en eau. L'exception reste Oman, qui se situe légèrement au-dessus du seuil de grave pénurie de 500 m3 d'eau par habitant et par an.

Des études ont montré que le Moyen-Orient pourrait être l'une des régions les plus touchées par le changement climatique. Elles précisent que les conditions sont susceptibles de conduire à un processus connu sous le nom de «pollution atmosphérique photochimique», qui vient s'ajouter à l'augmentation et à la concentration élevée de particules d'aérosol provenant de sources à la fois naturelles, comme la poussière du désert, et artificielles, telles la pollution.

Les aérosols sont accusés d'être parmi les causes du changement climatique, qui affectent la façon dont les nuages se forment. (Photo Shutterstock)
Les aérosols sont accusés d'être parmi les causes du changement climatique, qui affectent la façon dont les nuages se forment. (Photo Shutterstock)

«Le Moyen-Orient est le carrefour du monde», soutient Bruintjes. «La pollution vient de l'Inde en été, en raison des vents d'est, et en hiver, une partie du système frontal vient probablement d'Europe de l'Est et de la Méditerranée. Les aérosols, les nuages et la pollution ne connaissent pas de frontières», assure-t-il.

C'est à cause de ces facteurs humains et environnementaux que l'ensemencement des nuages est considéré comme une solution particulièrement efficace pour cette région particulière.

«L'incidence des fumées de biomasse en provenance d'Afrique et la pénétration de la poussière du Sahara dans cette région, sont le type de facteurs que nous évaluerons dans le cadre de toute expérience d'ensemencement de nuages», indique Bruintjes.

«Les particules de poussière n'interagissent avec les nuages que pour former des cristaux de glace, pas des gouttelettes. Cependant, le dégazage dans l'industrie pétrolière produit plus de sulfates que de nitrates – des particules plus petites qui peuvent généralement empêcher les précipitations – et c'est là que l'ensemencement des nuages peut intervenir.»

Un pilote émirati prépare son avion pour une opération d'ensemencement de nuages. (UNE photo d'archive)
Un pilote émirati prépare son avion pour une opération d'ensemencement de nuages. (UNE photo d'archive)

L'Arabie saoudite ne possède pas de rivières ou de lacs naturels permanents, ni de zones de végétation naturelle abondante, à l'exception de ses hautes terres du sud-ouest de l'Asir.

Au cours des trois dernières décennies, le Royaume a exploité ses réserves souterraines, appelées «aquifères», à des fins agricoles. En conséquence, elles sont passées de 166 m3 de ressources renouvelables internes en eau douce par habitant en 1987 à seulement 71 m3 en 2018.

Le pays a donc été contraint de compter sur les importations et le dessalement de l'eau de mer à grande échelle pour répondre à la demande.

Une étude de l'ONU de 2018 a révélé qu'il existait 16 000 usines de dessalement en activité dans 177 pays, produisant un volume d'eau douce équivalent à près de la moitié du débit moyen des chutes du Niagara. L'Arabie saoudite possède l'une des plus grandes usines de dessalement au monde.

En l'absence de rivières ou de lacs naturels et permanents, l'Arabie saoudite a été la pionnière du dessalement de l'eau, y compris dans son usine de la ville industrielle de Jubail. (AFP)
En l'absence de rivières ou de lacs naturels et permanents, l'Arabie saoudite a été la pionnière du dessalement de l'eau, y compris dans son usine de la ville industrielle de Jubail. (AFP)

Cependant, les recherches ont montré que les usines de dessalement étaient inévitablement associées à des problèmes environnementaux, notamment la pollution de l'air, rendant leur utilisation à long terme non durable pour réduire les émissions nocives de gaz à effet de serre.

L'Arabie saoudite a des décennies d'expérience dans le dessalement de l'eau, depuis qu’elle a établi la première installation du pays dans les années 1950. De nouvelles technologies ont ensuite été développées pour minimiser les émissions, le Royaume ayant adopté l'énergie solaire et d'autres énergies renouvelables pour alimenter ses usines de dessalement.

Néanmoins, si le pays doit répondre à la demande toujours croissante en eau et reconstituer ses réserves aquifères, des alternatives doivent être développées à une échelle appropriée. Avec les générateurs d'ensemencement basés au sol, l'ensemencement des nuages est considéré comme un moyen possible d’augmenter les réserves qui continuent de diminuer.

L'Arabie saoudite n'est que le deuxième pays de la région du Golfe, après les Émirats arabes unis, à lancer un programme d'ensemencement de nuages. Cependant, de nombreux autres pays dans le monde touchés par la sécheresse ont adopté cette technologie pour modifier le climat et aider à compléter leurs approvisionnements en eau naturelle.

La capacité à prévoir la distribution et le niveau des précipitations dans le Golfe et les régions de la zone Mena pourrait s'avérer cruciale dans les années à venir, dans la mesure où le changement climatique entraîne des sécheresses plus fréquentes.

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Dans le Kordofan soudanais, une offensive paramilitaire se profile, la ville d'El-Obeid tremble

Après avoir brisé un siège prolongé en février de l'année dernière, l'armée a peiné à empêcher les paramilitaires de réimposer un blocus par le biais de frappes répétées de drones contre la ville, ses infrastructures et la principale route de sortie. (AFP)
Après avoir brisé un siège prolongé en février de l'année dernière, l'armée a peiné à empêcher les paramilitaires de réimposer un blocus par le biais de frappes répétées de drones contre la ville, ses infrastructures et la principale route de sortie. (AFP)
  • El-Obeid est un enjeu majeur dans la guerre qui oppose depuis trois ans l'armée soudanaise aux paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR)
  • La ville d'un demi-million d'habitants accueille environ 100.000 réfugiés, déplacés par la violence ailleurs dans le pays

Al-Ubayyid: Dans un camp de déplacés près d'El-Obeid, dans la région soudanaise du Kordofan, Agsam Hamad brave péniblement la chaleur écrasante pour aller chercher de l'eau trouble dans un puits. Déjà assiégés, les habitants vivent dans la crainte d'un assaut des paramilitaires, qui serait le plus violent à ce jour contre cette grande ville stratégique.

"Nous faisons de longues distances pour cette eau et elle est imbuvable", dit à l'AFP cette femme de 35 ans, mère de sept enfants. "Notre situation est très difficile. Nous avons besoin de nourriture et d'eau" potable.

El-Obeid est un enjeu majeur dans la guerre qui oppose depuis trois ans l'armée soudanaise aux paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR).

La ville d'un demi-million d'habitants accueille environ 100.000 réfugiés, déplacés par la violence ailleurs dans le pays.

Ces dernières semaines, elle a fait face à des attaques des FSR, les plus intenses jusqu'à présent.

Après avoir brisé un siège prolongé en février de l'année dernière, l'armée a peiné à empêcher les paramilitaires de réimposer un blocus par le biais de frappes répétées de drones contre la ville, ses infrastructures et la principale route de sortie.

De récentes attaques ont frappé la principale centrale électrique et les dépôts de carburant, plongeant des quartiers dans l'obscurité et mettant les pompes à eau hors service.

Les habitants doivent aujourd'hui s'en remettre à des camions-citernes, des puits et quelques points de distribution d'eau, ont-ils expliqué à l'AFP.

"Pouvoir et argent" 

L'ONU a alerté sur un renforcement de la présence des FSR autour de la ville avant un possible assaut terrestre, ce qui fait craindre une répétition des atrocités observées à El-Facher.

Cette ville du Darfour est tombée aux mains des paramilitaires en octobre dernier, lors d'une attaque présentant selon l'ONU les caractéristiques d'un "génocide".

D'après Nohad Eltayeb, de l'ONG basée aux Etats-Unis ACLED, des mouvements de troupes ont été observés au cours du mois passé à environ 60 kilomètres au nord, au sud et à l'ouest d'El-Obeid.

El-Obeid se trouve à un carrefour stratégique reliant des régions du centre et de l'est du Soudan contrôlées par l'armée, dont Khartoum, au Darfour sous contrôle des FSR à l'ouest.

Selon des analystes, sa prise consoliderait le contrôle des FSR sur l'ouest du Soudan et pourrait ouvrir la voie à une avancée vers la capitale.

El-Obeid abrite une division d'infanterie, une base aérienne, un oléoduc stratégique et un important marché de gomme arabique.

" La contrôler, c'est une question de pouvoir, de territoire et d'argent ", affirme l'analyste Kholood Khair.

Les combats et les restrictions ont pratiquement coupé tout accès à la ville, rendant de plus en plus difficile toute couverture indépendante.

De rares images obtenues par l'AFP dans le camp d'Al-Rahmaniyah montrent des femmes épuisées avançant sous un soleil accablant, des jerricans sur la tête après des heures passées à attendre de l'eau à un puits éloigné.

Trop fatigués 

Dans le camp, près de 200 familles s'entassent dans des abris précaires.

Des enfants traînent dans l'étroite zone d'ombre projetée par les huttes . Certains sont trop fatigués pour jouer, d'autres suivent silencieusement leur mère.

" Nous n'avons rien. Ni eau, ni nourriture, ni matelas ", lâche Waseela Mohamed, une grand-mère de 70 ans.

Les livraisons d'aide qui avaient réussi à atteindre le camp il y a plusieurs semaines se sont raréfiées.

" Les organisations humanitaires font ce qu'elles peuvent, mais les besoins sont bien plus importants ", explique un bénévole qui a requis l'anonymat.

A l'intérieur d'El-Obeid, les drones bourdonnent presque en permanence, raconte Adam Hussein - un pseudonyme.

"Nous ne savons pas ce qui se passe vraiment. Tout est en crise. Les civils et les infrastructures sont constamment pris pour cible ", a-t-il confié à l'AFP.

Au moment où il parlait, un drone s'est écrasé tout près, sans faire de victimes.

Alors que le prix de l'eau a doublé, que celui de la nourriture a augmenté jusqu'à 300 % et que les tarifs des transports ont aussi grimpé en flèche, de nombreux habitants sont désormais, de fait, "encerclés ", selon Kholood Khair.

"Boucliers humains" 

Mohamed Refaat, de l'Organisation internationale pour les migrations, a averti que la ville se rapprochait d'un siège total, les civils pouvant bientôt "ne plus être capables de partir ni de revenir".

Sans aide immédiate, les conditions pourraient "en quelques semaines" ressembler à celles observées à El-Facher, où les civils ont survécu en se nourrissant d'aliments pour animaux pendant 18  mois de siège, a-t-il prévenu.

Selon l'ONU, plus de 6. 000 personnes ont été tuées durant les trois premiers jours de sa chute.

Une source gouvernementale a indiqué à l'AFP que l'armée avait tenté de ralentir l'avancée des paramilitaires.

Une source proche des FSR a elle accusé l'armée d'utiliser des civils comme " boucliers humains ", estimant qu'ils devraient être évacués.

Bien que la composition démographique de la ville diffère de celle d'El-Facher, où les violences ont suivi des lignes ethniques, Noha Eltayeb prévient que les civils "pourraient néanmoins être confrontés à des pillages, des violences sexuelles et des attaques contre ceux accusés de soutenir l'armée".


Liban: nouvelles frappes israéliennes, le chef du Parlement enterre déjà l'accord-cadre

Israël a mené dimanche de nouvelles frappes dans le sud du Liban, au surlendemain de la signature par les deux pays d'un accord-cadre visant une "paix durable", dont le chef du Parlement libanais affirme qu'il ne sera pas adopté. (AFP)
Israël a mené dimanche de nouvelles frappes dans le sud du Liban, au surlendemain de la signature par les deux pays d'un accord-cadre visant une "paix durable", dont le chef du Parlement libanais affirme qu'il ne sera pas adopté. (AFP)
  • "Cet accord ne sera pas adopté, et il ne sera pas mis en oeuvre dans sa forme actuelle", a dit Nabih Berri
  • Les bombardements rapportés par l'Agence libanaise d'information ANI (officielle) interviennent alors que la veille déjà, une série de raids israéliens avait fait un mort dans la région

BEYROUTH: Israël a mené dimanche de nouvelles frappes dans le sud du Liban, au surlendemain de la signature par les deux pays d'un accord-cadre visant une "paix durable", dont le chef du Parlement libanais affirme qu'il ne sera pas adopté.

"Cet accord ne sera pas adopté, et il ne sera pas mis en oeuvre dans sa forme actuelle", a dit Nabih Berri, allié du Hezbollah pro-Iran, dans un communiqué diffusé par son parti, le mouvement Amal, dénonçant un "accord de +diktats+, pas un accord qui préserve les droits du Liban".

Les bombardements rapportés par l'Agence libanaise d'information ANI (officielle) interviennent alors que la veille déjà, une série de raids israéliens avait fait un mort dans la région.

Le ministère de la Santé a en outre fait état dimanche de deux blessés après le lancement d'une grenade par "l'ennemi israélien" sur une localité du sud.

Dans un communiqué, le Hezbollah "réaffirme que ce qu'a fait l'ennemi est une violation flagrante du cessez-le-feu auquel il s'était tenu jusque-là, et qu'il surveille et recense ces violations, se réservant le droit de défendre sa patrie et son peuple".

De son côté, l'armée israélienne a affirmé cibler des combattants du Hezbollah près de ce qu'elle appelle sa "zone de sécurité".

Elle a aussi annoncé la mort d'un soldat lors de combats, portant à 38 ses pertes dans le pays voisin, où elle affronte le mouvement islamiste. L'auteur, un "terroriste du Hezbollah", a ensuite été localisé et "éliminé par les soldats", a précisé l'armée.

Tunnel détruit 

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le ministre de la Défense israéliens Israël Katz ont par ailleurs indiqué que l'armée avait détruit un long tunnel construit par le Hezbollah dans le sud du pays.

Celui-ci "s'étendait sur plus de 200 mètres et atteignait une profondeur de plus de 25 mètres, contenait des centaines d'armes ainsi que plusieurs puits de lancement destinés à frapper l'État d'Israël et ses civils", détaille un communiqué conjoint.

Le Liban a été entraîné dans le conflit début mars quand le Hezbollah a ciblé Israël en soutien à l'Iran, après l'offensive américano-israélienne sur Téhéran.

Israël a lancé en représailles de vastes frappes aériennes et déployé des troupes dans le sud du pays, faisant plus de 4.200 morts selon Beyrouth.

Une trêve annoncée le 17 avril n'a jamais été respectée mais les affrontements ont largement diminué depuis la signature mi-juin d'un protocole d'accord entre les Etats-Unis et l'Iran, Téhéran ayant exigé qu'une cessation des combats au Liban en fasse partie.

Parallèlement, Israël et le Liban ont entamé des discussions directes sous l'égide de Washington, les premières depuis des décennies entre les deux pays techniquement toujours en état de guerre. Et ils ont conclu vendredi un accord-cadre, qualifié d'"historique" par Benjamin Netanyahu.

Dans un entretien téléphonique avec Donald Trump, le président libanais Joseph Aoun a assuré que l'Etat "assumerait ses responsabilités" dans la mise en œuvre de l'accord, qui conditionne un retrait israélien du pays au désarmement du mouvement chiite. Une exigence de longue date que Beyrouth peine à mettre en oeuvre.

"Sédition" 

Le Hezbollah s'était déjà fermement opposé à l'accord, son député Hassan Fadlallah affirmant dès dimanche qu'il "ne serait pas appliqué".

Ce qu'ont fait les autorités "équivaut à une sédition" visant à passer "d'un conflit avec l'ennemi à un conflit interne", avait-t-il ajouté.

Dénonçant une "grave erreur", le chef du groupe Naïm Qassem avait fustigé samedi un texte "humiliant, honteux, qui représente un abandon de souveraineté", accusant les autorités libanaises de "légitimer la poursuite de l'occupation" israélienne.

Des partisans du Hezbollah ont manifesté vendredi soir et un correspondant de l'AFP a vu, sur la route de l'aéroport de Beyrouth longeant la banlieue sud, bastion du Hezbollah, des pancartes portant l'inscription "Le Liban d'abord" incendiées.

L'Iran a, lui, réitéré ses exigences d'un retrait total d'Israël.

"Notre objectif est de mettre fin à la guerre au Liban, permettre le retour des déplacés dans leurs foyers, mettre un terme à l'occupation et obtenir le retrait du régime sioniste du territoire libanais", a souligné le président du Parlement iranien et négociateur en chef, Mohammad Bagher Ghalibaf, dans un appel avec son homologue libanais Nabih Berri.

 


L'accord sur le Liban est un "premier pas" vers la restauration de sa souveraineté, dit le président Aoun

Le président libanais Joseph Aoun a salué un nouvel accord-cadre avec Israël. (Archive/AFP)
Le président libanais Joseph Aoun a salué un nouvel accord-cadre avec Israël. (Archive/AFP)
  • Le président libanais Joseph Aoun a qualifié l'accord-cadre signé avec Israël de « première étape » vers le rétablissement de la pleine souveraineté du Liban
  • Il a affirmé son engagement à mettre fin à toute occupation, à obtenir la libération des prisonniers et à garantir un Liban sans subordination ni tutelle

BEYROUTH: Le président libanais Joseph Aoun a déclaré vendredi que l'accord cadre signé avec Israël était "un premier pas" vers la restauration de la souveraineté de son pays sans "occupation", "subordination" ni "tutelle".

"L'accord-cadre signé aujourd'hui est une première étape" qui doit permettre aux Libanais "de revenir sur leurs terres entièrement libérées et dans leurs maisons qui seront assurément reconstruites (...) sous la souveraineté de l'Etat libanais, qui n'a aucun partenaire dans l'exercice de sa souveraineté sur sa terre et son peuple", a déclaré Joseph Aoun dans un communiqué de la présidence.

"Nous jurons de continuer à oeuvrer jusqu'à ce que cela soit accompli. Il n'y aura plus d'occupation, de prisonniers, de subordination ni de tutelle", a-t-il promis.