Entre déplacement et virus, la misère des enfants du Moyen-Orient

Des enfants se réveillent après avoir passé la nuit sur la route près de Mytilène à la suite d’un incendie qui a détruit le plus grand camp de réfugiés de Moria en Grèce sur l'île de Lesbos, tôt le 10 septembre 2020 (Photo, AFP)
Des enfants se réveillent après avoir passé la nuit sur la route près de Mytilène à la suite d’un incendie qui a détruit le plus grand camp de réfugiés de Moria en Grèce sur l'île de Lesbos, tôt le 10 septembre 2020 (Photo, AFP)
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Publié le Mercredi 21 octobre 2020

Entre déplacement et virus, la misère des enfants du Moyen-Orient

  • Selon le Rapport 2020 de l'ONU sur les migrations dans le monde, il y a environ 31 millions d'enfants
  • «Les réfugiés ont perdu leurs revenus et leurs moyens de subsistance, ils souffrent de graves perturbations historiques dans l'éducation de leurs enfants »

DUBAI / ERBIL: Des millions de personnes ont été déplacées à la suite des récentes guerres au Moyen-Orient et en Afrique du Nord (MENA) - dont un nombre important d'enfants. Abandonnés à la dérive dans un monde inconnu à la recherche d'un refuge, le traumatisme de la perte de leur maison est souvent aggravé par l'expérience brutale de leur déplacement.

Selon le Rapport 2020 de l'ONU sur les migrations dans le monde, il y a environ 31 millions d'enfants. Environ 13 millions d’entre eux sont des réfugiés, 936 000 sont des demandeurs d’asile et 17 millions sont déplacés de force à même l’intérieur de leur propre pays.

Des tragédies individuelles ont parfois attiré l'attention de la communauté internationale. Au moment où des photographies d'Alan Kurdi, le bambin syrien noyé couché face contre terre dans les vagues méditerranéennes, ont été dévoilées, la question de la migration des enfants est aussitôt apparue pour prendre le devant de la scène.

Des enfants syriens déplacés par la guerre se rassemblent dans un camp de fortune au stade de football d'Idlib le 3 mars 2020 dans la ville d'Idlib, dans le nord-ouest de la Syrie. (AFP / Fichier Photo)
Des enfants syriens déplacés par la guerre se rassemblent dans un camp de fortune au stade de football d'Idlib le 3 mars 2020 dans la ville d'Idlib, dans le nord-ouest de la Syrie. (AFP / Fichier Photo)

Cependant, le monde a rapidement évolué et les premiers signes de sympathie et de charité se sont rapidement transformés en angoisses traditionnelles concernant la sécurité. Maintenant, la pandémie a laissé des frontières bien serrées.

Bien entendu, ce n’est pas seulement la guerre et la terreur qui chassent les civils de leurs maisons. La persécution politique et culturelle, la perte d'opportunités économiques et les ravages du changement climatique ont également contribué à cette vaste nation d'apatrides.

Mais c'est la récente série de conflits au Moyen-Orient qui a particulièrement alimenté le phénomène de la migration des enfants. Comme le précise Ramzy Baroud, auteur et rédacteur en chef du Palestine Chronicle, la cause de la migration des enfants dans la région arabe est le résultat direct des conflits «violents».

Des enfants syriens déplacés assistent à un atelier visant à sensibiliser à la maladie du coronavirus et aux précautions à prendre pour sa prévention, dans un camp 9-+près de la ville syrienne d'Atme près de la frontière avec la Turquie à Idlib le 16 mars 2020 (AFP / Fichier Photo)
Des enfants syriens déplacés assistent à un atelier visant à sensibiliser à la maladie du coronavirus et aux précautions à prendre pour sa prévention, dans un camp 9-+près de la ville syrienne d'Atme près de la frontière avec la Turquie à Idlib le 16 mars 2020 (AFP / Fichier Photo)

«Contrairement aux difficultés économiques, qui évoluent souvent sur des périodes prolongées, la guerre est décisive et laisse souvent les gens sans autre choix que de fuir», a-t-il déclaré à Arab News. «Nous avons vu cette tendance se produire dans les premiers mois de bouleversement dans le monde arabe, à partir de 2011 en Libye et se poursuivant également en Syrie».

La Turquie accueille le plus grand nombre de réfugiés dans la région MENA, tandis que le Liban accueille le plus grand nombre de réfugiés par habitant, selon la porte-parole régionale du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), Rula Amin.

«La situation en Syrie continue de provoquer la plus grande crise de réfugiés au monde. Il reste plus de 5,5 millions de réfugiés syriens enregistrés dans les principaux pays d'accueil: la Turquie, le Liban, la Jordanie, l'Irak et l'Égypte, dont 2,6 millions sont des enfants», a-t-elle déclaré à Arab News.

EN CHIFFRES

Les enfants dans la pandémie

  • 31 millions - Le nombre total des enfants migrants dans le monde.
  • 48% - Pourcentage d’enfants réfugiés non scolarisés.

Les Syriens sont de loin la plus grande population déplacée de force au monde - 13,2 millions d'entre eux à la fin de 2019, dont 6,6 millions de réfugiés et plus de six millions de personnes déplacées à l'intérieur du pays, selon le HCR.

La guerre est sans aucun doute le moteur de la première vague de déplacement. Mais Baroud a confirmé que les vagues qui suivent sont le résultat de la détérioration de la situation économique causée par les conflits.

Cela peut être vu dans le cas des enfants libyens et syriens, qui ont fui le danger immédiat avec leurs familles pour devenir des personnes déplacées à l'intérieur de leurs pays - connues dans le glossaire humanitaire sous le nom de PDI. Ce sont principalement les jeunes en bonne forme physique qui osent s'aventurer sur terre et sur mer pour rejoindre l'Europe.

4.	Des migrants, dont des femmes et des enfants, dans un canot pneumatique à l'approche de la côte sud de la Grande-Bretagne alors qu'ils traversent illégalement la Manche depuis la France le 11 septembre 2020 (AFP / Fichier Photo)
Des migrants, dont des femmes et des enfants, dans un canot pneumatique à l'approche de la côte sud de la Grande-Bretagne alors qu'ils traversent illégalement la Manche depuis la France le 11 septembre 2020 (AFP / Fichier Photo)

Alors que ces conflits s'éternisaient, les familles accompagnées d’enfants perdaient de plus en plus l'espoir de retourner chez elles, ont commencé à envisager des options beaucoup plus risquées. En janvier de cette année, par exemple, les traversées de la Méditerranée à bord de bateaux de fortune ont tué au moins 19 164 migrants depuis 2014, selon l'Organisation internationale pour les migrations.

« Avec le temps, des familles entières s'échappaient pour de longs et pénibles voyages. Dans de nombreux cas, les enfants n'étaient même pas accompagnés d'adultes, car leurs parents étaient tués ou séparés de leurs enfants pendant la guerre », a déclaré Baroud.

Cette tendance est apparue clairement en 2019, lorsque l'UNICEF a signalé que plus de 33000 enfants réfugiés sont passés en Grèce, à Malte, à Chypre, en Italie, en Espagne et en Bulgarie, la plupart en provenance du Moyen-Orient et d'Afrique du Nord.

«Ces premiers pays d'asile servent souvent de porte d'entrée vers d'autres destinations en Europe, où les réfugiés espèrent atteindre d’autres pays plus accueillants comme l'Allemagne et la Suède ou tout autre pays », a déclaré Baroud.

Des enfants syriens déplacés par la guerre restent dans un camp de fortune au stade de football d'Idlib le 3 mars 2020 dans la ville d'Idlib, dans le nord-ouest de la Syrie. (AFP / Fichier Photo)
Des enfants syriens déplacés par la guerre restent dans un camp de fortune au stade de football d'Idlib le 3 mars 2020 dans la ville d'Idlib, dans le nord-ouest de la Syrie. (AFP / Fichier Photo)

«Très souvent, une fois qu’un réfugié arrive en Grèce, par exemple, où il (ou elle) se voit accorder une sorte d’identification de réfugié, il espère continuer son voyage à travers la Grèce vers un autre endroit où il pourra s’installer définitivement».

Garder les familles ensemble est «tout un souci et une priorité majeure» pour les organisations humanitaires, dit Amin. La clé pour cela est d'obtenir des documents civils, tels que des certificats de naissance, de mariage et de décès. Grâce à ces preuves, les réfugiés et les personnes déplacées peuvent accéder aux services, se déplacer librement, et ainsi conserver leurs droits.

La Covid-19 a de plus en plus compliqué les choses. Selon le HCR, les mesures de confinement ont poussé les populations déplacées encore plus profondément dans la pauvreté et l'incertitude et c’est toujours les enfants qui en payent les frais.

«Les réfugiés ont perdu leurs revenus et leurs moyens de subsistance, ils souffrent de graves perturbations historiques dans l'éducation de leurs enfants, la détérioration de l'économie dans leurs pays d'accueil ajoute à leurs défis et les expose à des risques accrus relatives au travail des enfants, de mariage précoce et de décrochage scolaire», A déclaré Amin.

Des enfants assis par terre, dans le camp incendié de Moria sur l'île de Lesbos, après le déclenchement d'un feu majeur, le 9 septembre 2020 (AFP / Fichier Photo)
Des enfants assis par terre, dans le camp incendié de Moria sur l'île de Lesbos, après le déclenchement d'un feu majeur, le 9 septembre 2020 (AFP / Fichier Photo)

En fait, 50% des filles réfugiées dans le monde risquent d'abandonner entièrement l'école à cause de la Covid-19. Avec les cours en ligne, de nombreux enfants déplacés n'ont tout simplement pas accès à des ordinateurs, à une connexion Internet adéquate ou à un environnement d'apprentissage stable. «La pandémie menace d'effacer des années de progrès accomplis pour garantir que les enfants réfugiés reçoivent une éducation appropriée», a déclaré Baroud. «Aujourd'hui, 48% de tous les enfants réfugiés dans le monde ne sont pas scolarisés, 77 % sont inscrits au primaire, 31% sont inscrits au secondaire et seulement 3% ont la possibilité de s'inscrire à l’université».

Moins ces enfants sont scolarisés, plus le retour à leurs pays d’origine sera difficile. Baroud a ajouté que les réalités économiques du déplacement les privent évidement de leur enfance tout en les poussant dans le monde atroce du travail.

«Les familles doivent choisir amèrement entre diriger leurs enfants vers le marché du travail pour subvenir aux besoins de leurs familles ou les laisser poursuivre leur éducation à long terme», a-t-il déclaré. «Malheureusement, Ils prennent souvent le premier choix».

Ce texte est la traduction d'un article paru sur Arabnews.com


Le Liban et Israël au Pentagone vendredi pour des discussions militaires 

Des personnes inspectent le site d'une frappe israélienne à Tyr, au Liban, le 28 mai 2026. (Reuters)
Des personnes inspectent le site d'une frappe israélienne à Tyr, au Liban, le 28 mai 2026. (Reuters)
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  • Beyrouth "donne la priorité à l'établissement d'un cessez-le-feu", selon une source officielle
  • Les forces israéliennes ont récemment traversé le fleuve Litani, selon une source militaire libanaise.

BEYROUTH : Une réunion entre les délégations militaires libanaise et israélienne, sous l'égide des Etats-Unis, doit avoir lieu vendredi au Pentagone pour lancer un nouveau cycle de pourparlers sur la sécurité entre les deux parties.

Israël et le Hezbollah ont devancé cette réunion en intensifiant leurs opérations militaires, bien qu'à une échelle inégale. Jeudi, des frappes aériennes israéliennes ont touché la banlieue sud de Beyrouth pour la première fois depuis la prolongation de 45 jours du cessez-le-feu décidée à Washington le 15 mai sous l'égide des États-Unis, ciblant un commandant du Hezbollah.

Une source officielle libanaise a déclaré à Arab News que "les réunions militaires au ministère américain de la Défense à Washington se poursuivent comme prévu sous le parrainage et la facilitation des États-Unis".

"Le Liban donne la priorité, dans ses discussions directes avec la partie israélienne, à l'établissement d'un cessez-le-feu avant de se pencher sur des questions politiques ou de sécurité plus larges", a déclaré cette personne.

Au cours des dernières 48 heures, Israël a étendu ses opérations militaires au Sud-Liban et à la vallée de la Bekaa, forçant les habitants de Tyr et de Nabatieh à fuir, nombre d'entre eux ayant été tués alors qu'ils s'éloignaient en voiture.


Les ordres d'évacuation israéliens au Sud-Liban se sont étendus au-delà de la rivière Zahrani, à environ 40 km de la frontière sud, dans ce qu'une source militaire libanaise a déclaré être un effort "pour isoler une région entière du pays et la dépouiller de toute présence effective de l'État libanais, laissant l'État incapable de réaffirmer son autorité dans cette région, sauf aux conditions israéliennes".

Mohammed Khawaja, membre de la commission parlementaire de la défense nationale et législateur du mouvement Amal, a déclaré : "Israël cherche à tirer parti des attaques limitées de drones lancées par le Hezbollah en direction d'un certain nombre de colonies, malgré la grande disparité entre ces attaques et l'écrasante supériorité militaire d'Israël.

"Israël s'en sert pour justifier l'intensification de ses frappes sur le Sud-Liban et pour se présenter à la communauté internationale comme la victime, alors que les vraies victimes sont les habitants du Sud-Liban", a-t-il déclaré à Arab News.

Israël a affirmé avoir reçu le "feu vert des États-Unis pour mener une opération terrestre de grande envergure dans le sud du Liban, s'étendant jusqu'à la vallée de la Bekaa", sans indiquer de calendrier pour mettre fin à l'opération, a déclaré M. Khawaja.

Les négociations politiques devraient reprendre samedi, à condition que les pourparlers militaires aboutissent à un cessez-le-feu. La délégation libanaise est composée de six officiers dirigés par le général de brigade Georges Rizkallah, directeur des opérations de l'armée libanaise.

"Israël cherche à élargir la zone jaune qu'il avait précédemment désignée pour ses opérations et je pense que l'escalade militaire ne s'arrêtera pas tant qu'Israël ne s'engagera pas à respecter un cessez-le-feu", a déclaré M. Khawaja.

"Le président du Parlement, Nabih Berri, a affirmé à plusieurs reprises qu'en cas de cessez-le-feu, il serait en mesure de persuader le Hezbollah de mettre fin à ses opérations.

Passant en revue les dernières avancées israéliennes, la source militaire libanaise a déclaré : "Les forces israéliennes ont traversé le Litani et avancé vers Zawtar al-Gharbiya et Zawtar al-Sharqiya, tandis que des véhicules télécommandés ont été déployés vers Mayfadoun, une ville surplombant Nabatieh, et vers Shoukin, une autre position surélevée surplombant la ville.

"Ils poussent également vers Yahmar et Arnoun en direction du château de Beaufort (Qalaat al-Shaqif), l'une des positions les plus stratégiques de la région car elle surplombe de vastes étendues du sud, notamment le mont Rihan, la région d'Iqlim al-Tuffah, la route de Khardali, Kfar Tebnit et Ali al-Taher.

"Ces zones sont considérées comme étant sous le contrôle du Hezbollah et contiennent ses positions militaires. Toutes ces zones sont des collines surélevées qui surplombent la rivière Awali et constituent la troisième ligne de défense du Hezbollah. Elles ne peuvent être prises que par une manœuvre de flanc à partir de la vallée de la Bekaa occidentale, qui encerclerait le sud et l'isolerait complètement de la Bekaa."

Fadi Karam, législateur du parti des Forces libanaises et membre de la commission parlementaire de la défense, a déclaré que la guerre dans le sud visait à faire échouer les négociations.

"Nous devons nous rappeler que le Hezbollah, le mandataire de l'Iran qui s'oppose aux pourparlers israélo-libanais, est la partie qui a déclenché ce conflit. L'Iran veut utiliser le Liban comme monnaie d'échange dans ses négociations avec les États-Unis", a-t-il déclaré à Arab News.

"Il n'est pas dans l'intérêt d'Israël que le Hezbollah utilise les négociations comme couverture pour des attaques contre lui. Israël sépare les développements sur le terrain de ce qui se passe à la table des négociations, tandis que l'État et le peuple libanais restent coincés entre les intérêts des gardiens de la révolution et l'agression israélienne."

Lors des réunions du Pentagone, la partie libanaise devrait se concentrer sur la garantie du cessez-le-feu avant d'entamer toute discussion sur les accords de sécurité, compte tenu de l'escalade en cours sur le terrain.

Le commandement de l'armée libanaise a déclaré que "le fait d'aborder les accords de sécurité avant la conclusion d'un cessez-le-feu donnerait pratiquement à Tel-Aviv l'occasion d'imposer ses conditions".

La source militaire s'est inquiétée du fait qu'"Israël n'acceptera probablement pas de restreindre ses opérations militaires dans le sud du Liban et insistera pour préserver la liberté de mouvement sous le prétexte d'empêcher le Hezbollah de se regrouper ou de reconstituer ses capacités".

La source officielle libanaise a déclaré que "lors des contacts intensifs entre le président Joseph Aoun et les États-Unis, Washington a réaffirmé que Beyrouth, la banlieue sud, les infrastructures, les institutions de l'État et l'aéroport international de Beyrouth resteraient épargnés par la nouvelle escalade israélienne, à l'exception des opérations d'assassinat visant les dirigeants du Hezbollah".

La délégation militaire libanaise est une équipe technique de négociation qui n'était pas prévue à l'origine dans les pourparlers. Selon la source officielle, elle agit sur instruction de M. Aoun selon laquelle "la priorité absolue reste d'obtenir un cessez-le-feu et de mettre un terme à la destruction des villes et villages du sud, car le Liban ne peut pas négocier sous le feu alors qu'Israël fait fi de toutes les contraintes".

L'ambassadeur du Liban aux États-Unis, Simon Karam, dirige la délégation en qualité de diplomate et de militaire, ce qui témoigne d'une approche unifiée des négociations en matière de politique et de sécurité.

La source officielle a déclaré que "toute tentative de soulever la question du placement des armes sous le contrôle de l'État avant d'assurer le retrait israélien pourrait déclencher une crise politique intérieure, avec des répercussions potentielles sur la sécurité, car le gouvernement libanais cherche à traiter la question dans le cadre d'un État souverain global plutôt que dans le cadre de la sécurité israélienne".

Mehiedine Chehimi, professeur de droit international et de politique étrangère à l'École supérieure de commerce de Paris, a déclaré : "Il faut distinguer deux types de trêve.

"La première est l'accord actuel qui empêche Israël de cibler les institutions officielles et la capitale, à l'exception des assassinats. Cette condition a été respectée par Israël depuis l'accord de cessez-le-feu de 2024. La seconde est une trêve visant à arrêter les hostilités au Sud-Liban, qui est rejetée par Israël parce qu'elle donnerait au Hezbollah l'occasion de reconstruire ses capacités.

"Cela montre que les États-Unis et Israël traitent différemment l'État libanais et le Hezbollah.

"L'État libanais tente, par le biais de négociations, de restaurer sa souveraineté par des pourparlers directs et de s'assurer que le Liban n'est pas utilisé comme monnaie d'échange entre les mains de ceux qui négocient en son nom", a-t-il déclaré à Arab News.

Il a qualifié la poursuite des négociations libanaises malgré le rejet du Hezbollah de "négociations difficiles, mais elles se poursuivront malgré la situation militaire actuelle, qui devrait s'intensifier".

"Les ambitions et la criminalité d'Israël ne connaissent pas de limites. La bonne chose est que la partie américaine a tracé des frontières pour Israël", a déclaré M. Chehimi.

"D'autre part, le Hezbollah a tout perdu et n'est plus le parti que nous connaissions avant la guerre. Il est devenu une branche des Gardiens de la Révolution et Naim Qassem n'est que son porte-parole, exécutant les ordres des Gardiens de la Révolution. C'est là que réside le danger, car la prise de décision est désormais entre les mains de Téhéran.

"Le Hezbollah tente actuellement de prouver sa supériorité à l'intérieur du Liban afin de conserver le Liban comme carte de pression au service des intérêts iraniens. Le parti ne tient compte ni de son environnement, ni de son peuple, ni de ses pertes", a-t-il déclaré.

"Pendant ce temps, les Israéliens poursuivent l'escalade de leurs crimes parce qu'ils ne sont plus convaincus par les solutions qui ont été essayées précédemment. Aujourd'hui, ils veulent écraser le Hezbollah. Pris entre ces deux dangers, le Liban s'enfonce dans le chaos".

Selon M. Chehimi, pour sortir de l'impasse, l'Etat libanais doit "bénéficier de la médiation d'Islamabad afin de poursuivre sa voie de négociations directes avec Israël, tout en exerçant des pressions par le biais de la communauté internationale sur les parties israélienne et iranienne".

Plus de 3 270 personnes, dont un grand nombre de femmes et d'enfants, ont été tuées et près de 10 000 blessées depuis le début de la guerre, le 2 mars. Les attaques ont visé 16 hôpitaux.

Abdul Rahman Bizri, député de la ville de Sidon, a mis en garde contre les "répercussions sociales de l'escalade militaire dans le sud et le danger que représente la forte division politique".

"Le gouvernement libanais doit contenir les répercussions sociales et économiques de la guerre", a-t-il déclaré à Arab News.

"Un grand nombre de personnes déplacées cherchent refuge à Sidon et ont besoin d'un véritable plan. La densité de population à Sidon a dépassé le triple de son taux normal, ce qui affecte directement la vie quotidienne dans la ville."

Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a menacé jeudi de venger la mort du soldat Rotem Yanai, 20 ans, qui a été "tué au cours d'une activité opérationnelle dans le nord d'Israël", affirmant que "le Hezbollah a payé, paie et continuera de payer un lourd tribut pour ses attaques contre Israël et ses citoyens".

Un certain nombre de membres du personnel israélien ont été tués au Liban depuis le début du cessez-le-feu le 17 avril. Le porte-parole du gouvernement israélien a déclaré que 24 d'entre eux avaient été tués lors des récentes attaques du Hezbollah à l'aide de drones explosifs.


Le Liban dénonce des attaques israéliennes près de ses sites patrimoniaux

 Les autorités libanaises ont dénoncé jeudi les attaques israéliennes menées à proximité de sites historiques et de monuments classés par l'Unesco dans le sud du pays. (AFP)
Les autorités libanaises ont dénoncé jeudi les attaques israéliennes menées à proximité de sites historiques et de monuments classés par l'Unesco dans le sud du pays. (AFP)
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  • Le ministre libanais de la Culture, Ghassan Salamé, "a multiplié les contacts avec ses homologues à travers le monde et les organisations internationales, afin d'attirer leur attention sur les dégâts considérables causés aux sites archéologiques"
  • M. Salamé a notamment évoqué la ville antique de Tyr et le château de Beaufort, situé dans le district de Nabatiyé, soulignant qu'"un grand nombre de ces sites bénéficient d'une protection renforcée de la part de l'Unesco"

BEYROUTH: Les autorités libanaises ont dénoncé jeudi les attaques israéliennes menées à proximité de sites historiques et de monuments classés par l'Unesco dans le sud du pays.

Le ministre libanais de la Culture, Ghassan Salamé, "a multiplié les contacts avec ses homologues à travers le monde et les organisations internationales compétentes, afin d'attirer leur attention sur les dégâts considérables causés aux sites archéologiques et aux quartiers patrimoniaux" dans le sud du pays, a indiqué l'Agence nationale d'information libanaise (Ani).

M. Salamé a notamment évoqué la ville antique de Tyr et le château de Beaufort, situé dans le district de Nabatiyé, soulignant qu'"un grand nombre de ces sites bénéficient d'une protection renforcée de la part de l'Unesco, ce qui rend impératif de les préserver de toute attaque aérienne ou d'artillerie israélienne".

Le Premier ministre Nawaf Salam a déclaré sur X que "rien ne saurait justifier les attaques en cours contre les régions de Tyr et de Nabatiyé, ni la destruction de leurs monuments historiques".

L'armée israélienne a bombardé ces derniers jours la ville côtière de Tyr, dans le sud du Liban. Jeudi, elle a averti qu'elle prendrait pour cible un bâtiment à Tyr, qui, selon une carte jointe, est située tout près de la zone archéologique de la ville.

Environ deux heures après cet avertissement, des images de l'AFP ont montré une boule de feu suivie d'un panache de fumée, alors qu'une frappe touchait le quartier visé.

Mercredi, un correspondant de l'AFP a vu de la fumée s'élever près du château de Beaufort, une forteresse datant des Croisades, après ce qui semblait être des tirs d'artillerie.

La municipalité d'Arnoun, située dans le sud du Liban et abritant ce château, a publié un communiqué sur Facebook dans lequel elle "condamne avec la plus grande fermeté l'attaque qui a visé" le site, imputant la responsabilité aux bombardements israéliens et exhortant les autorités à le protéger "contre de nouveaux dommages".

Les forces israéliennes ont utilisé le château de Beaufort comme base pendant leur occupation du sud du Liban, qui a duré deux décennies et s'est terminée en 2000.

En novembre 2024, lors d'une précédente guerre entre Israël et le Hezbollah, l'Unesco avait accordé une "protection renforcée provisoire" à 34 sites patrimoniaux situés au Liban, dont Tyr et le château de Beaufort.

En avril dernier, l'Unesco a ajouté 39 autres sites libanais à cette liste.


Liban: 14 morts dans des frappes israéliennes dans le sud, bombardement près de Beyrouth

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  • C'est la seconde fois qu'Israël cible une localité tout près de Beyrouth depuis le début du cessez-le-feu, qui n'a jamais été respecté
  • Ces dernières frappes surviennent alors que le Liban et Israël doivent tenir vendredi une réunion militaire à Washington, avant une nouvelle session de négociations prévue les 2 et 3 juin

TYR: Des frappes israéliennes ont fait au moins 14 morts jeudi dans le sud du Liban, où Israël a étendu sa "zone de combat" contre le Hezbollah pro-iranien, malgré un cessez-le-feu théoriquement en vigueur depuis le 17 avril.

L'armée israélienne a en outre annoncé avoir mené une "frappe ciblée" à Beyrouth, qui, selon une source militaire libanaise à l'AFP, a visé un appartement à Choueifat, une ville en bordure de la banlieue sud de la capitale, fief du Hezbollah. Aucun bilan n'était disponible dans l'immédiat.

C'est la seconde fois qu'Israël cible une localité tout près de Beyrouth depuis le début du cessez-le-feu, qui n'a jamais été respecté.

Ces dernières frappes surviennent alors que le Liban et Israël doivent tenir vendredi une réunion militaire à Washington, avant une nouvelle session de négociations prévue les 2 et 3 juin. Et en pleines négociations entre les Etats-Unis et l'Iran, qui veut inclure le front libanais du conflit dans tout accord.

Israël a intensifié ces derniers jours son offensive terrestre et aérienne dans l'est et le sud du Liban, avertissant mercredi soir qu'il considérait comme une "zone de combat" tout le territoire libanais au sud du fleuve Zahrani, à une quarantaine de kilomètres de la frontière.

Véhicule visé 

L'armée a bombardé jeudi dès l'aube plusieurs régions et villes dans le sud du Liban, faisant au moins 14 morts, selon les autorités.

A Saïda, ville côtière qui relie Beyrouth au sud, une frappe a visé vers 02H00 locales (mercredi 23H00 GMT) un immeuble résidentiel et fait cinq morts et 21 blessés, selon le ministère de la Santé.

Le raid a détruit les deux premiers étages du bâtiment, a constaté un correspondant de l'AFP. Les équipes de secours ont travaillé toute la nuit à évacuer les victimes.

Une autre attaque par drone a été menée à l'aube contre une voiture circulant sur une autoroute de la même région, tuant six personnes, dont deux enfants et leurs parents, a indiqué le ministère.

La Défense civile a par ailleurs fait état à l'AFP de plusieurs frappes plus au sud, en plein coeur de la ville côtière de Tyr et dans ses environs, à la suite d'ordres d'évacuation adressés aux habitants. L'une a touché une moto près d'une caserne de l'armée, tuant deux ressortissants syriens, dont un enfant, selon les autorités.

Un photographe de l'AFP a vu à l'aube un épais panache de feu et de fumée s'élever au-dessus de la ville, au milieu de détonations.

L'armée libanaise a de son côté annoncé la mort d'un militaire dans une frappe israélienne, "alors qu'il circulait" dans la région de Nabatiyé, plus à l'est.

"Nous restons ici" 

En frappant la ville millénaire de Tyr, "c'est son histoire et sa civilisation" qu'Israël veut viser, accuse Ghazouane Halawani, qui vit près d'un immeuble touché par une frappe.

Malgré les bombardements, il ne veut pas quitter sa ville. "Nous restons ici, c'est notre pays, notre terre, notre vie", dit-il à l'AFP.

Le Hezbollah continue de son côté de revendiquer des tirs et attaques de drone contre des forces israéliennes qui tentent d'avancer dans le sud.

Depuis le 17 avril, l'armée israélienne a continué ses frappes et ses opérations militaires au Liban.

Le Hezbollah, de son côté, a d'abord concentré ses tirs sur les soldats israéliens déployés dans le sud du Liban avant de multiplier les attaques de drones explosifs sur le nord d'Israël après l'assassinat d'un de ses chefs militaires dans une frappe israélienne sur la banlieue sud de Beyrouth le 6 mai.

Une soldate israélienne a été tuée jeudi près de la frontière avec le Liban par l'explosion d'un drone tiré par le Hezbollah, a annoncé l'armée israélienne, ce qui porte à 24 le nombre de morts dans ses rangs depuis la reprise des hostilités début mars, quand le Hezbollah a tiré sur Israël en représailles à l'attaque israélo-américaine contre l'Iran.

Les frappes israéliennes ont tué au Liban 3.269 personnes depuis, selon un dernier bilan officiel mercredi.