De quoi le vote Mélenchon est-il le nom?

Jean-Luc Mélenchon. (AFP).
Jean-Luc Mélenchon. (AFP).
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Publié le Mercredi 20 avril 2022

De quoi le vote Mélenchon est-il le nom?

  • Les enquêtes d’opinion montrent que l’électorat Mélenchon est très volatil; celui issu de la «gauche culturelle» n’est souvent pas le même que celui de la gauche sociale traditionnelle qui lui aussi diffère, même s’il existe souvent des similitudes
  • La clé de cette élection, et sans doute de la vie politique française de ces prochaines années, consiste à savoir si cet électorat très divers saura se rassembler de nouveau sans la personnalité de Jean-Luc Mélenchon et surtout s’il pourra s’élargir

PARIS: Lors du premier tour de l’élection présidentielle, 22 % des électeurs se sont tournés vers Jean-Luc Mélenchon, candidat populiste volontiers qualifié d’«extrême gauche». Il s’en est d’ailleurs fallu de très peu pour que ce dernier ne dépasse Marine Le Pen et accède au second tour.

Mais comment près d’un Français sur quatre peut-il être amené à voter pour un candidat aux propositions si radicales?

Intéressons-nous d’abord aux lieux qui ont voté le plus pour ce candidat. On trouve d’abord un fort vote Mélenchon… dans les centres-villes. À Lyon, ville bourgeoise et prospère économiquement, Jean-Luc Mélenchon remporte 31,1 % des voix; à Paris, il réalise 30,09 %; à Nantes, il obtient 33,11 %. On le retrouve à 35 % à Strasbourg, 29 % à Bordeaux… La litanie des villes, dont l’électorat est économiquement le plus favorisé, et qui ont porté leur vote sur un leader d’extrême gauche, est sans fin. Ici, on parle d’un vote des «élites mondialisées», pour reprendre l’expression de Christophe Guilluy, qui bénéficient à plein du libéralisme et qui votent pour une forme de radicalité sociétale. C’est le vote de personnes exerçant souvent des professions intellectuelles préservées et qui s’intéressent à des enjeux progressistes.

Toutefois, le vote Mélenchon a aussi été très important dans des endroits plus populaires, voire dans des terres de ruralité acquises à la gauche. Il est en tête en Ariège, bien placé dans les Hautes-Alpes ou les Alpes-de-Haute-Provence, dans le Lot, mais aussi dans des départements plutôt pauvres, comme l’Hérault, où il talonne le Rassemblement national (RN).

EN BREF

Ce qui fait le poids du vote Mélenchon est sa capacité à réaliser des scores extraordinaires dans les banlieues.

  • Le département de la Seine-Saint-Denis est, dans toute la France, celui qui offre le plus grand pourcentage à un candidat, avec 49,09 %
  • Le Val-de-Marne lui donne 32,67 %
  • Le Val-d’Oise, 33,17 %.

Mélenchon: un électorat très volatil

Un récent sondage apporte un éclairage tout particulier à ces performances dans les départements urbains sensibles de la région parisienne. Les électeurs musulmans auraient voté à 69 % pour Jean-Luc Mélenchon, ce qui explique en partie les scores dans les départements où ils sont le plus nombreux. Les positions de M. Mélenchon fustigeant la conception traditionnelle de la laïcité française et se posant en défenseur des musulmans durant les cinq années du mandat écoulé lui auront sans doute attiré la sympathie de cet électorat.

Toutefois, les enquêtes d’opinion montrent que l’électorat Mélenchon est très volatil. Celui issu de la «gauche culturelle» résidant dans les centres-villes n’est souvent pas le même que celui de la gauche sociale traditionnelle qui lui aussi diffère, même s’il existe souvent des similitudes, de celui des banlieues populaires. Pour le report du deuxième tour, on trouve donc, grossièrement, une division en trois parts pas tout à fait équivalentes, mais dont les proportions peuvent fluctuer.

Il y a d’abord ceux qui se reportent mécaniquement vers Emmanuel Macron, dont on peut supposer qu’ils constituent l’électorat «des centres-villes», et dont le vote au premier tour est un signal pour que le président prenne en compte des enjeux de gauche. Il y a aussi ceux qui ne votent pas M. Macron, par rejet viscéral du président sortant; il s’agit de la frange la plus à gauche, la plus radicalisée de cet électorat, dont on a pu voir quelques manifestations au slogan très clair: «Ni Marine ni Macron». Il apparaît clairement que l’électorat socialement le plus en difficulté pourrait même être tenté par un vote RN, rejoignant ainsi la majorité des employés, ouvriers et précaires qui accordent déjà largement leurs suffrages à Marine Le Pen.

Il y a enfin ceux qui ont voté Mélenchon par soutien ponctuel pour certaines de ses propositions. On peut penser à l’électorat d’origine immigrée ou de confession musulmane, et qui risque fort de s’abstenir au second tour, estimant que si Marine Le Pen était élue présidente, cela ne changerait pas grand-chose à leur quotidien déjà difficile.

La clé de cette élection, et sans doute de la vie politique française de ces prochaines années, consiste à savoir si cet électorat très divers saura se rassembler de nouveau sans la personnalité de Jean-Luc Mélenchon et surtout s’il pourra s’élargir. Car l’objectif des électeurs est, on l’oublie parfois, que leurs idées soient défendues au sommet de l’État. Peut-être que certains, de guerre lasse, se reporteront plus définitivement vers un candidat dont ils sont éloignés, mais qui sera plus à même de l’emporter.

Les derniers développements montrent toutefois que l’électorat Mélenchon pourrait être tenté par un « ni Marine ni Macron », slogan que l’on a pu entendre dans des lieux aussi prestigieux que la Sorbonne cette semaine. Lors de la consultation des adhérents de La France insoumise, organisée immédiatement après le deuxième tour, moins d’un tiers des réponses indiquaient une volonté de voter pour M. Macron, les deux autres tiers se prononçaient pour une abstention ou un vote blanc (l’option du vote Le Pen n’était pas proposée, ce qui laisse entendre que ceux qui n’ont pas répondu à cette consultation pourraient bien apporter leur suffrage à la présidente du RN).

La dérive populiste du discours de M. Mélenchon au cours de la campagne électorale, sous-entendant que l’ennemi du «peuple» était bien davantage Emmanuel Macron que Marine Le Pen, a largement entretenu cette confusion dans son électorat. Si Emmanuel Macron devrait facilement l’emporter dimanche 24 avril, force est de constater que son score sera nettement moins important que cinq ans auparavant et qu’il devra cette victoire plus étriquée à cette confusion savamment entretenue qui aura conduit, au moins en partie, à une jonction – certes partielle – des populistes entre les deux tours. Jean-Luc Mélenchon encore ajouté à cette confusion mardi en déclarant vouloir être « élu » premier ministre, se projetant déjà dans l’après présidentielle et se souciant peu de qui deviendra le Président. Or, cette fuite en avant s’apparente davantage à un chant du cygne pour celui qui est, à 70 ans, un vétéran de la politique française menant un dernier combat avant de passer la main dans des circonstances qui vont sans nul doute être très complexes tant son mouvement est hétéroclite. 


G7, Groenland, Russie: Macron face au défi de ne pas rompre le fil avec Trump

Emmanuel Macron tente un coup: il a proposé à Donald Trump un sommet du G7 à Paris avec la présence des Russes, toujours en quête d'un équilibre incertain pour contenir les poussées de fièvre de l'imprévisible diplomatie américaine, entre confrontation et accommodements. (AFP)
Emmanuel Macron tente un coup: il a proposé à Donald Trump un sommet du G7 à Paris avec la présence des Russes, toujours en quête d'un équilibre incertain pour contenir les poussées de fièvre de l'imprévisible diplomatie américaine, entre confrontation et accommodements. (AFP)
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  • "Mon ami", commence le président français dans un message privé qui n'aurait pas dû être publié mais a été révélé mardi par son homologue américain
  • "Nous sommes totalement alignés sur la Syrie. Nous pouvons faire de grandes choses en Iran. Je ne comprends pas ce que tu fais au Groenland", poursuit-il

PARIS: Emmanuel Macron tente un coup: il a proposé à Donald Trump un sommet du G7 à Paris avec la présence des Russes, toujours en quête d'un équilibre incertain pour contenir les poussées de fièvre de l'imprévisible diplomatie américaine, entre confrontation et accommodements.

"Mon ami", commence le président français dans un message privé qui n'aurait pas dû être publié mais a été révélé mardi par son homologue américain.

"Nous sommes totalement alignés sur la Syrie. Nous pouvons faire de grandes choses en Iran. Je ne comprends pas ce que tu fais au Groenland", poursuit-il.

Il propose d'"organiser une réunion du G7 à Paris jeudi après-midi", et se dit prêt, "en marge" de ce sommet, à "inviter les Ukrainiens, les Danois, les Syriens et les Russes".

Une présence officielle de dirigeants russes à Paris serait inédite depuis le début de l'invasion russe de l'Ukraine il y a bientôt quatre ans. La Russie a été expulsée du G8, redevenu G7, à la suite de l'annexion de la Crimée par Moscou en 2014, même si Donald Trump a plusieurs fois exprimé le vœu de la réintégrer.

La réponse du président américain n'a pas été rendue publique, et rien ne dit à ce stade que ce sommet se fera. Le Kremlin a assuré n'avoir reçu aucune invitation.

Emmanuel Macron estime avoir appris à gérer sa relation avec Donald Trump lors du premier mandat à la Maison Blanche et depuis son retour il y a un an.

Face à des tensions à nouveau au plus haut en raison de la volonté américaine de s'emparer du Groenland, territoire autonome danois, et des menaces de taxes douanières accrues contre les Etats européens qui s'y opposent, le président français tente de jouer sur les codes de la diplomatie disruptive de son homologue.

"Le président Trump aime faire des opérations. J'ai un peu le même tempérament, donc je comprends très bien", avait reconnu Emmanuel Macron en octobre au sujet de ses "coups" qui sèment souvent la sidération.

Accusé d'être trop accommodant il y a deux semaines sur le Venezuela, le chef de l'Etat français est monté en première ligne pour défendre la souveraineté du Danemark et du Groenland, en dépêchant des militaires sur l'île arctique aux côtés de l'Allemagne notamment.

Puis il a été le plus ferme des dirigeants de l'UE à s'élever contre les menaces douanières, en demandant d'activer son "instrument anti-coercition", considéré comme le "bazooka" en cas de guerre commerciale.

Parallèlement, Paris a été le premier grand pays à dire clairement "non" à l'invitation américaine à un "Conseil de la paix" qui ressemble à un substitut de l'ONU, mais totalement à la main de Donald Trump.

Fin de mandat 

Ce dernier a réagi à ce refus en moquant son homologue français, dont "personne ne veut car il va bientôt terminer son mandat", et en agitant le spectre de droits de douane de 200% sur les vins et champagnes.

Hasard du calendrier, cette séquence intervient le jour de la diffusion, prévue mardi sur la chaîne France 2, d'un documentaire dans lequel on voit Emmanuel Macron appeler le dirigeant américain en mai depuis Kiev pour lui dire que le président ukrainien Volodymyr Zelensky a accepté sa proposition de cessez-le-feu. "Prix Nobel pour ça!", "tu es le meilleur", répond l'intéressé.

Les deux hommes, qui avaient cassé les codes, chacun à sa manière, pour arriver aux affaires en 2017, avaient d'abord noué une relation particulière, entre séduction et rapport de forces. Mais la vraie-fausse idylle a depuis connu des hauts mais aussi beaucoup de bas.

A tel point qu'Emmanuel Macron est régulièrement accusé, en France et parfois en Europe, d'en faire trop pour plaire à Donald Trump.

L'ex-président François Hollande a estimé que son successeur à l'Elysée avait tort de vouloir ménager l'Américain "pour essayer de l'influencer" et de "tout faire pour garder Donald Trump sur le terrain européen".

C'est bien la stratégie d'Emmanuel Macron: "garder Trump au plus près de nous" lorsque les intérêts européens sont en cause, sur l'Ukraine, le Groenland ou le commerce. "Gérer ses à-coups" et les poussées de tensions, quitte à avaler des couleuvres, quand monter au créneau serait peine perdue.

"Il pense qu'il faut choisir ses batailles", analyse Célia Belin, chercheuse au Conseil européen pour les relations internationales. "C'est un principe de réalité: quand la gesticulation ne sert à rien, ça nous rend à la limite plus faibles", dit-elle à l'AFP.

Selon elle, "l'Europe a besoin que la France", pays doté de l'arme nucléaire et porteuse par tradition gaulliste d'une voix à part, "se mette plus en avant dans la confrontation avec Trump".

 


France: Marine Le Pen à la barre au procès en appel des assistants parlementaires de l'extrême-droite

Présidente du groupe parlementaire du parti d'extrême droite français Rassemblement National (RN), Marine Le Pen quitte le palais de justice lors de son procès en appel pour détournement présumé de fonds publics européens, à Paris, le 15 janvier 2026. (AFP)
Présidente du groupe parlementaire du parti d'extrême droite français Rassemblement National (RN), Marine Le Pen quitte le palais de justice lors de son procès en appel pour détournement présumé de fonds publics européens, à Paris, le 15 janvier 2026. (AFP)
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  • Marine Le Pen comparaît en appel dans l’affaire des assistants parlementaires du FN/RN, après sa condamnation en première instance à cinq ans d’inéligibilité avec exécution immédiate, compromettant sa candidature à la présidentielle de 2027
  • Elle ajuste sa ligne de défense, n’excluant plus une irrégularité mais niant toute intention frauduleuse,

PARIS: La cheffe de l'extrême droite française Marine Le Pen est appelée mardi à la barre au procès en appel à Paris des assistants parlementaires du Front national, où elle joue sa candidature à la présidentielle de 2027.

La justice reproche à Marine Le Pen, au Rassemblement national (RN, alors appelé Front national) et à d'autres cadres d'avoir payé entre 2004 et 2016 des salariés du parti, qui traversait alors des difficultés financières en raison de mauvais résultats électoraux, avec de l'argent du Parlement européen.

Le 31 mars, le tribunal correctionnel de Paris l'a déclarée coupable de détournement de fonds publics et l'a notamment condamnée à cinq ans d'inéligibilité avec exécution immédiate, l'empêchant en l'état de se présenter à la présidentielle prévue en avril 2027. Un coup de tonnerre au moment où la candidate survolait les intentions de vote pour le premier tour.

Comme dix autres condamnés en première instance, Mme Le Pen, 57 ans, a fait appel.

Sous les boiseries du palais de justice, elle va être interrogée mardi après-midi et toute la journée de mercredi par la cour, puis par les représentants de l'accusation et les avocats des différentes parties.

Elle a martelé en fin de semaine dernière être "engagée dans un combat pour (son) innocence", avec "cette conviction que la cour entendra les arguments que le tribunal n'a pas entendus".

Marine Le Pen, qui espère être autorisée à mener à bien sa quatrième candidature à l'Elysée, a désigné Jordan Bardella pour la remplacer si elle en était empêchée par la justice.

- Nouvelle ligne de défense -

Alors que le second quinquennat d'Emmanuel Macron s'est enlisé faute de majorité à l'Assemblée nationale - où le RN dispose d'un record de 120 députés - M. Bardella est donné largement en tête dans les sondages et aucun candidat incontestable ne se dégage à droite et au centre gauche.

Mais Marine entend reprendre la main en cas de feu vert des juges.

Elle a dans cette perspective infléchi sa ligne de défense, ne niant plus la possibilité d'avoir commis un délit, contrairement à ce qu'elle soutenait en première instance.

Devant les juges d'appel, elle a lors de sa première prise de parole il y a une semaine assuré n'avoir eu "aucun sentiment" de commettre une irrégularité, et accusé le Parlement européen de n'avoir pas "pas joué (son) rôle d'alerte" alors qu'elle n'avait "rien dissimulé".

Un argument balayé jeudi par l'institution européenne lors de la déposition de son représentant, le directeur général des finances Didier Klethi, qui a dénoncé une "organisation bien rodée que seule l'instruction (de la justice) a permis de révéler".

En première instance, les juges ont établi le préjudice restant du Parlement de Strasbourg à 3,2 millions d'euros, une fois déduit 1,1 million d'euros de fonds indûment versés mais déjà remboursés par une partie des prévenus.


Les images du vol spectaculaire du Louvre dévoilées

Les images du braquage spectaculaire au musée du Louvre, en octobre en plein Paris, filmées par des caméras de vidéosurveillance ont été montrées pour la première fois dimanche par les chaines TF1 et France Télévision. (AFP)
Les images du braquage spectaculaire au musée du Louvre, en octobre en plein Paris, filmées par des caméras de vidéosurveillance ont été montrées pour la première fois dimanche par les chaines TF1 et France Télévision. (AFP)
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  • On y voit notamment deux des cambrioleurs: l'un porte une cagoule noire et un gilet jaune, l'autre est vêtu de noir et d'un casque de moto. Tous deux s’introduisent dans la galerie Apollon où se trouvaient les bijoux.
  • Ces images les montrent enjambant la porte-fenêtre, après être montés via un monte-charge

PARIS: Les images du braquage spectaculaire au musée du Louvre, en octobre en plein Paris, filmées par des caméras de vidéosurveillance ont été montrées pour la première fois dimanche par les chaines TF1 et France Télévision.

On y voit notamment deux des cambrioleurs: l'un porte une cagoule noire et un gilet jaune, l'autre est vêtu de noir et d'un casque de moto. Tous deux s’introduisent dans la galerie Apollon où se trouvaient les bijoux.

louvre

Ces images les montrent enjambant la porte-fenêtre, après être montés via un monte-charge.

L'un des deux hommes, s'attaque, muni d'une disqueuse, à la vitrine dans laquelle se trouvait le diadème de l'Impératrice Eugénie, qu'il parvient à saisir après avoir donné des coups de poings dans le verre.

Il vient ensuite en aide au deuxième malfaiteur s'affairant sur la vitrine voisine, qui attrape plusieurs bijoux à toute vitesse.

Le tout aura duré moins de quatre minutes, sous les yeux de quelques agents impuissants, l'un d'eux brandissant un poteau de guidage sans savoir que faire, selon les images de France Télévisions.

Le butin a été estimé à 88  millions d'euros.

Les voleurs auraient pu être stoppés "à 30 secondes près", a notamment estimé mi-décembre Noël Corbin, chef de l'Inspection générale des affaires culturelles (Igac).