Comment a crise de l'eau menace l'Irak et son développement

L'ONU a classé l'Irak au cinquième rang mondial en termes de vulnérabilité au changement climatique. Des études gouvernementales révèlent qu'il s'agit d'environ 40% de désert et que la salinité d'une grande partie des terres est trop élevée pour l'agriculture. (Photo, AFP)
L'ONU a classé l'Irak au cinquième rang mondial en termes de vulnérabilité au changement climatique. Des études gouvernementales révèlent qu'il s'agit d'environ 40% de désert et que la salinité d'une grande partie des terres est trop élevée pour l'agriculture. (Photo, AFP)
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Publié le Mercredi 13 avril 2022

Comment a crise de l'eau menace l'Irak et son développement

  • Les niveaux d'eau des deux plus grandes rivières, le Tigre et l'Euphrate, ont chuté pour enregistrer de faibles niveaux à cause d'une diminution de leurs volumes
  • Les pays voisins ont aggravé le problème en construisant des barrages sur les sources du Tigre et de l'Euphrate

DUBAÏ: Partout en Irak, les sources d'eau qui ont été tenues pour acquises et sur lesquelles on s'est appuyé pendant des siècles de difficultés, de chaos et de sécheresse, sont maintenant menacées. Il en va de même pour les moyens de subsistance de nombreuses personnes dans le pays qui se trouvent confrontées à des défis sans précédent afin d’avoir accès à l'une des ressources essentielles de la vie, l’eau.
Une série combinée de conflits, de corruption, de mauvaise gestion et de différends politiques régionaux a laissé le peuple irakien confronté à des pénuries d'eau chroniques qui ont de graves conséquences sur l'agriculture, l'économie et la santé de ses citoyens, à tel point que la viabilité de nombreuses communautés est maintenant soulevée.
Au cours des cinq dernières années, les habitants de Bagdad se sont habitués à la vue d'îles de terre saillant le long du Tigre, là où seules ses eaux puissantes étaient visibles. C'est un phénomène associé aux rivières dans lesquelles les niveaux d'eau ont chuté à des niveaux record à cause de la diminution de leurs volumes.
Un certain nombre d'îles stériles parsèment désormais la surface de l'une des voies navigables les plus légendaires du monde alors qu'elle serpente doucement à travers la capitale irakienne, une ombre du torrent rapide et vert qui a soutenu l'ancienne terre à travers les âges.
Salam, qui a préféré de ne donner que son prénom, est un chauffeur de taxi qui a vécu à Bagdad toute sa vie. Dans les années passées, il a observé le Tigre gronder à travers la ville, mais il a affirmé que son débit avait diminué au fil des ans et qu'il pouvait maintenant voir le lit étroit du fleuve.
Il a déclaré à Arab News aller «mieux que la plupart des autres habitants de l'Irak». «Mes factures d'eau sont encore assez abordables, mais je dois acheter beaucoup d'eau potable pour cuisiner car je ne peux pas utiliser l'eau du robinet, qui est maintenant trop contaminée».
Il a des amis et des parents à Diyala, dans le centre-est de l'Irak, et pour eux, c'est une autre histoire. Salam a également expliqué «Mes amis agriculteurs éprouvent actuellement des difficultés financières, alors je leur prête souvent de l'argent pour s'en sortir. Que Dieu les aide».

Les moyens de subsistance de millions de personnes sont désormais en péril car la diminution du volume des rivières aggrave les effets des faibles précipitations et des vagues de chaleur en Irak. (Photo, AFP)


Dans le sud de l'Irak, où les fleuves du Tigre et de l'Euphrate se rejoignent pour se déverser dans les fabuleux marais mésopotamiens, les buffles boivent dans des mares stagnantes d'eau polluée et les agriculteurs pagayent dans des canoës traditionnels à travers ce qui était autrefois de l'eau potable pure mais qui ressemble maintenant à des boues industrielles.
L'approvisionnement en eau douce des deux fleuves autrefois puissants a été réduit à leurs sources par des barrages construits en Turquie, qui ont bloqué une grande partie du flux de l'Euphrate et du Tigre vers la Syrie et l'Irak.
Les deux fleuves fournissent 98% des eaux de surface de l'Irak. D'autres sources d'eau ont été endiguées en Iran, ce qui signifie que les volumes d'eau autrefois fiables qui ont aidé a éviter la famine et les maladies, même pendant des années de sécheresse extrême, sont désormais loin d'être assurés.
En 2018, l'ONU a classé l'Irak au cinquième rang mondial en termes de vulnérabilité des nations au changement climatique. Les répercussions ont été claires au cours des 15 dernières années, avec des précipitations plus faibles et des vagues de chaleur plus longues et plus chaudes qui deviennent plus fréquentes.
Des études menées par le gouvernement irakien révèlent que le pays est désormais composé d'environ 40 % de désert et que la salinité d'une grande partie des terres est trop élevée pour l'agriculture.
Ces dernières années, dans le sud de l'Irak, l'eau recouvre à peine 30 % de ce qui était autrefois des marécages, mais elle est à présent remplacée par de la terre sèche et craquelée, quelque chose auquel les habitants n'étaient pas habitués.
Les effets du changement climatique sont concrets : la saison hivernale 2020-21 a été l'une des plus sèches jamais enregistrées en Irak, marquée par une réduction du débit d'eau de 29 % dans le Tigre et de 73 % dans l'Euphrate. La chute de pluie a été de plus en plus intermittente au cours des 20 dernières années.

 

En Bref

* La population irakienne de 40 millions d'habitants devra doubler d'ici 2050.
* Le Tigre et l'Euphrate fournissent 98 % des eaux de surface de l'Irak.
* La chute de pluie devra chuter de 25 % d'ici 2050.
* Plus de la moitié des terres cultivables sont menacées de salinisation.

 

Pour l'instant, la politique régionale concernant l'eau demeure un problème plus pressant. Trouver des moyens de sommer Ankara et Téhéran à permettre aux fleuves irakiens de couler plus librement est un défi qui préoccupe les responsables irakiens.
Fin 2021, Mehdi Rachid Al-Hamdani, ministre irakien des ressources en eau, a annoncé qu'il prévoyait de porter plainte contre l'Iran pour avoir coupé l'approvisionnement en eau à la frontière et provoqué une catastrophe dans la province de Diyala. Les autorités irakiennes ont souligné que leur pays n'avait reçu qu'un dixième du quota déjà convenu. Pendant ce temps-là, la quantité d'eau provenant de la Turquie a diminué de près des deux tiers ces dernières années.
Un rapport intitulé «La crise de la sécheresse en Irak», publié par le Conseil norvégien pour les réfugiés l'année dernière, a révélé que de nombreux agriculteurs se sont endettés afin de garder leur bétail en vie. Il a également reconnu qu'une famille sur deux dans les zones touchées par la sécheresse avait besoin d'une aide alimentaire. Au moins sept millions d'Irakiens sont touchés par la sécheresse en cours.
Selon Caroline Zullo, conseillère en plaidoyer pour l'Irak au Conseil norvégien pour les réfugiés, les agriculteurs ont besoin de toute urgence de semences résistantes à la sécheresse et d'aliments supplémentaires pour leurs bovins, chèvres et moutons afin d'éviter de nouvelles pertes de bétail.
«A long terme, les installations d'irrigation pour les agriculteurs doivent être construites ou restaurées, en même temps que l'amélioration des plans de gestion des ressources en eau aux niveaux local et national», a-t-elle poursuivi pour Arab News.
Les répercussions de la sécheresse dans les gouvernorats ont été importants, notamment des pertes de récoltes et de bétail, des obstacles plus importants à obtenir la nourriture, une baisse des revenus et le déplacement des familles vulnérables en raison de la sécheresse.

Un tracteur laboure une parcelle de terre agricole à la périphérie de la ville de Tel Keppe (Tel Kaif) au nord de la ville de Mossoul dans la province de Ninive, au nord de l'Irak (Photo, AFP).


L’impact du manque d'eau sur les enfants, même dans les zones urbaines bâties, a longtemps été une cause d'inquiétude. Un rapport de l'UNICEF de 2021 intitulé “ Running Dry ” (La région s’assèche) a indiqué que près de trois enfants sur cinq en Irak n'ont pas accès à de l’eau gérée en toute sécurité. De nombreux ménages ont été contraints de creuser des puits afin d’obtenir de l'eau qui n'est du tout pas potable et, dans certains cas, insalubre même pour les nécessités telles que le lavage et la lessive.
Selon de nombreuses études, la qualité de l'eau dans la ville méridionale de Bassorah est parmi les pires du pays. Un rapport publié par Human Rights Watch en 2018, intitulé «Bassora a soif », indiquait qu'au moins 118 000 personnes avaient été hospitalisées ces derniers mois souffrant de symptômes en relation avec des problèmes d'hygiène publique et de qualité de l'eau. À l'époque, la direction de la santé publique de Bassora conseillait vivement les gens à faire bouillir l'eau avant de la boire.
Les effets du manque d'eau sur la démographie en Irak sont mis en évidence par les milliers de personnes qui fuient les zones urbaines vers la périphérie des grandes villes, qui à leur tour ont du mal à répondre aux besoins de leurs nouveaux arrivants.
Dans le nord kurde du pays, les fortes chutes de neige dans les montagnes en janvier ont accordé du répit aux habitants jusqu'à présent cette année. Lorsque le printemps arrive, le dégel aidera à remplir les réservoirs et à prévenir la pénurie d'eau avant le début d'un autre été féroce, où les températures dans la province d'Anbar et au plus profond du pays s'établissent généralement dans les 40 degrés Celsius entre le mois de mai et la mi-septembre.
Le gouvernement central irakien demeure faible et ne fait donc pas le poids face à de puissants voisins à la table des négociations. Cinq mois après des élections nationales, le pays est encore loin de choisir un nouveau président et un premier ministre ou même de former un gouvernement. Lorsque l'impasse politique se termine, un gouvernement faible et indiscipliné aura toujours besoin d'un soutien international pour faire face à un défi de taille tel que la sécurité de l'eau.
Rahman Khani, chef du département des ressources en eau et des barrages du gouvernement régional kurde au ministère de l'Agriculture, a indiqué que des méthodes dépassées entravent les systèmes de gestion de l'eau du pays.
«Nous souffrons aussi de la pollution et des méthodes d'irrigation traditionnelles» a-t-il précisé à Arab News. «La solution consiste à faire des reformes quant à la gestion interne de l'eau, en construisant des barrages et en adoptant des technologies d'irrigation modernes, en plus de faire pression sur les pays voisins pour qu'ils libèrent de bonnes quantités d'eau partagée».
En ce qui concerne l'avenir, les experts constatent qu’il faut faire davantage d'efforts afin d’aider les personnes les plus vulnérables d'Irak.
Alors que l'hiver cède la place à un temps plus chaud, il est fort probable que les Irakiens auront plus faim et plus soif cet été que jamais auparavant.


Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Le roi de Bahreïn et le président égyptien inaugurent officiellement le nouveau terminal passagers de l’aéroport international de Bahreïn

Le roi de Bahreïn, Hamad ben Issa al-Khalifa, et le président égyptien, Abdel Fattah el-Sissi, lors de l’inauguration du nouveau terminal passagers à l’aéroport international de Bahreïn mercredi (Photo fournie).
Le roi de Bahreïn, Hamad ben Issa al-Khalifa, et le président égyptien, Abdel Fattah el-Sissi, lors de l’inauguration du nouveau terminal passagers à l’aéroport international de Bahreïn mercredi (Photo fournie).
Le roi de Bahreïn, Hamad ben Issa al-Khalifa, et le président égyptien, Abdel Fattah el-Sissi, lors de l’inauguration du nouveau terminal passagers à l’aéroport international de Bahreïn mercredi (Photo fournie).
Le roi de Bahreïn, Hamad ben Issa al-Khalifa, et le président égyptien, Abdel Fattah el-Sissi, lors de l’inauguration du nouveau terminal passagers à l’aéroport international de Bahreïn mercredi (Photo fournie).
Le roi de Bahreïn, Hamad ben Issa al-Khalifa, et le président égyptien, Abdel Fattah el-Sissi, lors de l’inauguration du nouveau terminal passagers à l’aéroport international de Bahreïn mercredi (Photo fournie).
Le roi de Bahreïn, Hamad ben Issa al-Khalifa, et le président égyptien, Abdel Fattah el-Sissi, lors de l’inauguration du nouveau terminal passagers à l’aéroport international de Bahreïn mercredi (Photo fournie).
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  • Le terminal passagers est considéré comme le plus grand projet d’infrastructure dans le secteur de l’aviation civile à Bahreïn
  • La construction du terminal a débuté en avril 2016 et s’est achevée en 2020

DUBAÏ: Le roi de Bahreïn, Hamad ben Issa al-Khalifa, et le président égyptien, Abdel Fattah al-Sissi, ont inauguré le nouveau terminal passagers à l’aéroport international de Bahreïn mercredi.

En présence du prince Salmane ben Hamad al-Khalifa, le prince héritier et Premier ministre, le roi Hamad et Al-Sissi ont été accueillis par le président du Conseil d’administration de l’aéroport, Kamal ben Ahmad ben Mohammed, le ministre des Transports et des Télécommunications, Mohammed ben Thamer al-Kaabi, et de hauts responsables.

Le nouveau terminal passagers est considéré comme le plus grand projet d’infrastructure dans le secteur de l’aviation civile dans le royaume et représente un saut qualitatif dans le domaine des services et des installations aéroportuaires, a révélé Mohammed.

Il a ajouté que le projet a été mis en œuvre dans une période record qui est considérée comme la plus rapide dans la construction d’aéroports dans le monde.

La construction a débuté en avril 2016 et s’est achevée en 2020.

«Nous avons investi dans les compétences et les cadres nationaux pendant la période de mise en œuvre, et nous sommes fiers aujourd’hui que ce soient eux qui exploitent et entretiennent l’aéroport», a-t-il indiqué.

Mohammed s’est engagé à ne ménager aucun effort pour continuer à améliorer le statut du royaume au niveau régional et international.

Le roi et Al-Sissi ont dévoilé une plaque commémorative, inaugurant ainsi officiellement le nouveau terminal passagers de l’aéroport international de Bahreïn.

Le roi Hamad, Al-Sissi et le prince Salmane ont visité le bâtiment du hall des départs et ont été informés de ses diverses installations.

Le roi s’est réjoui de la participation d’Al-Sissi à l’inauguration du nouvel aéroport international de Bahreïn, qui confirme la profondeur des solides relations entre le Bahreïn et l’Égypte.

Il a affirmé que le nouvel aéroport international de Bahreïn consolidera le statut du royaume en tant que centre pionnier du secteur de l’aviation régionale et internationale, tout en soutenant l’économie nationale.

En outre, le roi a félicité le président et les membres du Conseil d’administration de la Bahrain Airport Company parce que l’aéroport international de Bahreïn a été nommé «Meilleur nouvel aéroport du monde» lors de la cérémonie des Skytrax 2022 World Airport Awards qui s’est tenue au Passenger Terminal EXPO en France.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


«L’Arabie saoudite ouverte au dialogue interconfessionnel pour combattre l’intolérance religieuse»

L’ambassadrice Deborah Lipstadt, envoyée spéciale des États-Unis pour surveiller et combattre l’antisémitisme (Photo fournie).
L’ambassadrice Deborah Lipstadt, envoyée spéciale des États-Unis pour surveiller et combattre l’antisémitisme (Photo fournie).
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  • L’historienne et spécialiste de l’Holocauste «encouragé» par l’ouverture du Royaume au dialogue interreligieux
  • Le conflit israélo-palestinien est à l’origine de malentendus et d’animosité entre juifs et musulmans

RIYAD: L’ambassadrice Deborah Lipstadt, envoyée spéciale des États-Unis pour surveiller et combattre l’antisémitisme, a déclaré à Arab News que l’ouverture et l’honnêteté lorsqu’on aborde des sujets importants tels que l’antisémitisme ou la haine des musulmans est la façon dont le changement peut se produire.

Confrontée à plusieurs reprises à l’antisémitisme dans le monde réel, elle est peut-être plus connue pour le procès en diffamation intenté contre elle, au Royaume-Uni, par le négationniste David Irving. Lipstadt a gagné le procès en 2000, le juge décrivant Irving comme un «polémiste néo-nazi» tenant un discours «raciste et antisémite».

La visite de Lipstadt intervient avant le voyage du président américain, Joe Biden, dans le Royaume le mois prochain et à un moment où les relations américano-saoudiennes connaissent «des turbulences», comme l’a noté le prince Turki al-Faisal dans une interview précédente sur «Frankly Speaking», l’émission de radio d’Arab News, en décrivant la relation fluctuante mais stratégique.

Le 24 mai, la vice-présidente, Kamala Harris, a prêté serment à l’historien et professeur de l’université Emory en tant qu’envoyée spéciale. À peine un mois plus tard, elle a effectué son premier voyage international dans le Royaume, déclarant aux médias que l’«Arabie saoudite est un pays très important dans le Golfe et il a montré sa volonté et son ouverture à m’accueillir».

En marge d’une table ronde organisée au siège d’Arab News à Riyad, elle a fait remarquer comment «la représentation du Juif, qui dans les années précédentes, les décennies même, le Juif était diabolisé. On parlait du Juif dans un langage désobligeant et cela a eu un impact en dehors du Royaume dans le reste du monde musulman». Elle a ajouté qu’elle a observé le changement de notion et a été «exceptionnellement encouragée» en rencontrant des personnes qui reconnaissent la nécessité d’un changement.

Lipstadt dans les coulisses d’une table-ronde au siège d’Arab News à Riyad (Photo, AN/Basheer Saleh).

«C’est la première étape: Reconnaître ses propres défauts, que l’on soit un individu, une communauté, une famille ou une nation, et dire que “nous voulons changer”. Seule une personne peut faire cela. Et j’en ai vu un aperçu ici (en Arabie saoudite) et je trouve cela très encourageant», a indiqué Lipstadt.

Depuis des années, le dialogue interconfessionnel est encouragé avec les différents groupes religieux, les érudits et les dirigeants. Un dialogue ouvert est un moyen de reconnaître et d’aller à la racine du problème, comme l’a dit Lipstadt lors de la table ronde, et de comprendre comment «les préjugés fonctionnent, comment fonctionne la haine des juifs ou l’antisémitisme. Et plus important encore, la manière dont la haine d’un groupe se transforme en haine d’un autre groupe, que les mêmes principes de fonctionnement dans chaque préjugé, qu’il s’agisse de racisme, d’antisémitisme, de haine des musulmans, quel qu’il soit, fonctionnent de la même manière».

«Vous ne pouvez pas adopter ce que j’appelle une approche en silo – je combats l’un, mais pas l’autre. Il faut lutter contre tous les problèmes, mais il faut aussi les prendre au sérieux. Et trop souvent, dans de nombreux pays, l’antisémitisme n’a pas été pris au sérieux. Ce que j’ai trouvé intéressant et encourageant ici en Arabie saoudite, c’est la manière dont les choses sont en train de changer», a-t-elle ajouté.


Ludovic Pouille: «La France comme start-up nation»

L'ambassadeur de France en Arabie saoudite, Ludovic Pouille, a animé une conférence de presse sur l'attractivité économique de la France, à la résidence de France à Riyad. (Twitter, @ludovic_pouille)
L'ambassadeur de France en Arabie saoudite, Ludovic Pouille, a animé une conférence de presse sur l'attractivité économique de la France, à la résidence de France à Riyad. (Twitter, @ludovic_pouille)
L'ambassadeur de France en Arabie saoudite, Ludovic Pouille, a animé une conférence de presse sur l'attractivité économique de la France, à la résidence de France à Riyad. (Photo, fournie)
L'ambassadeur de France en Arabie saoudite, Ludovic Pouille, a animé une conférence de presse sur l'attractivité économique de la France, à la résidence de France à Riyad. (Photo, fournie)
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  • Dans un contexte mondial perturbé par la Covid-19, la France reste un leader parmi les économies européennes en termes d'attractivité
  • La France crée un environnement propice aux start-ups dans le numérique afin de se développer et de gagner en compétitivité

RIYAD: L'ambassadeur de France en Arabie saoudite, Ludovic Pouille, a animé une conférence de presse sur l'attractivité économique de la France, à la résidence de France à Riyad. En partenariat avec Business France, la conférence met en lumière l'attractivité, les perspectives économiques et l'écosystème de l'investissement en France.

Selon le rapport EY 2022 sur l'attractivité (Baromètre de l'attractivité de la France: nouveau monde, nouvelles armes), la France est le pays européen le plus attractif pour les investissements directs étrangers (IDE) en 2021.

L'écosystème de l'investissement

Les investisseurs étrangers sont de retour en Europe, avec 5 877 projets annoncés dans 44 pays. Cela constitue une ne augmentation de 5% des IDE par rapport à 2020, mais ce taux reste inférieur de 12% par rapport à celui de 2017.

Dans un contexte mondial perturbé par la Covid-19, la France reste un leader parmi les économies européennes en termes d'attractivité, avec 1 222 investissements (implantations et projets d'expansions) annoncés en 2021: une augmentation de 24% par rapport au niveau enregistré en 2020. Ce rebond est particulièrement significatif pour un pays plus touché par la pandémie que la moyenne européenne.

Ces résultats reflètent la dynamique que traduisent également les chiffres publiés dans le rapport annuel «Investissements internationaux en France» de Business France, qui soulignent non seulement une hausse de 32% des projets d'investissement par rapport à 2020, mais aussi la création ou le maintien de 45 000 emplois (+30% par rapport à 2020).

D'un point de vue régional, l'attractivité du Royaume-Uni, qui n'a augmenté que de 2%, souffre des incertitudes accrues du marché. Celles-ci sont engendrées par le Brexit, les restrictions commerciales et la pénurie de main-d'œuvre. Néanmoins, le pays s’appuie sur ses industries clés, à savoir la technologie et la finance, ainsi que sur le fait d'être un un hub pour les entreprises.

Du côté allemand, les investisseurs perçoivent les marchés comme difficiles à pénétrer, notamment dans les secteurs de l’automobile, de la chimie et du pharmaceutique. En conséquence, l’économie exportatrice voit son attractivité pour les investisseurs étrangers diminuer de 10%.

Les IDE au Moyen-Orient

«La France est l'un des principaux investisseurs étrangers en Arabie saoudite depuis une décennie. Selon la Banque centrale française, la taille de l'investissement dans le Royaume a atteint les 3 milliards d'euros en 2021, axés sur le secteur de l'énergie.

Cela représente 25% des IDE français au Moyen-Orient, suivis des Émirats arabes unis (21%) et du Qatar (12%), entre autres.

«La taille d'IDE saoudiens en France est compris entre 500 et 600 millions d'euros, ce qui représente 4,5% des IDE moyens en France.» À ce titre, l'ambassadeur de France estime qu'il existe «de fortes opportunités pour que les investissements saoudiens augmentent en France».

M. Pouille met en avant les partenariats dans le Royaume, à savoir le développement de la région d'AlUla, «un projet phare, un exemple des belles collaborations (potentielles)», ajoute-t-il.

Les perspectives sont encourageantes

Après la pandémie, c’est la guerre en Ukraine qui constitue un nouvel obstacle et engendre une régression de l’appétit d’investissement en Europe.

Les perspectives sont néanmoins encourageantes sur un horizon de trois ans: 63% des dirigeants prévoient une amélioration de l’attractivité de la France et de l’Europe d’ici 2025 (étude EY) et 50% envisagent d'augmenter leur recherche et développement (R&D) en France durant la même période.

Parmi les dirigeants interrogés (rapport EY 2022), 56% expriment leur intention d’établir ou d’étendre leurs opérations en France, une augmentation importante par rapport aux 44% enregistrés en 2021, et aux 16% en 2020.

La reconfiguration de la chaîne d'approvisionnement paraît être bénéfique pour le pays et l’attractivité du marché français – un retour vers le Made in France en particulier pour gagner en compétitivité et promouvoir les produits français à l’export.

Cette reconfiguration a entraîné une augmentation des projets industriels (+18%) et logistiques (+37%) par rapport au niveau enregistré en 2019.

L’activité industrielle en France bénéficiera par ailleurs du rapatriement d’activités dans le pays, comme le confirme 56% des dirigeants interrogés, alors que 34% expriment une volonté de régionaliser la production en Europe.

Les implantations ou les extensions sont des projets industriels à 72% des cas, et se trouvent dans des régions de moins de 50 mille habitants, alors que l'implantation de centres de R&D a lieu dans les métropoles. 

Avec Londres en premières place, choisi par 34% des dirigeants interrogés en 2022 (une régression par rapport au niveau de 2021 qui était de 43%), Paris gagne sur ce plan, avec 28% en 2022, une augmentation de 18% par rapport à 2021.

Le shift dans les modes du travail a boosté l’investissement porté vers les entreprises de services numériques (ESN).

La France crée un environnement propice aux start-ups dans le numérique afin de se développer et de gagner en compétitivité face au Royaume-Uni, l’Allemagne et l’Irlande, entre autres. Ceci passe par une réglementation favorable aux IDE, les réformes avancées par le président Emmanuel Macron en termes de réduction du taux de l’impôt sur les sociétés (de 33,3% à 25%) et la création de Station F, le plus grand incubateur de start-ups au monde.

Les défis post-Covid

On retourne souvent sur les secteurs les plus touchés par la pandémie (l’automobile, l’aéronautique, etc.) et on évoque un retour au niveau d’activité de 2019. Un nombre de facteurs entravent toutefois cette transition: l’augmentation des prix des matières premières, le changement dans les préférences des consommateurs et la guerre en Ukraine.

«Avec l'évolution des préférences des consommateurs et la hausse du prix des matières premières, les industries locales devront s'adapter. La chaîne d'approvisionnement et le coût des matières premières sont un vrai problème, mais la logistique et les frais d'expéditions auront, eux aussi, un impact. Aujourd'hui, le prix du pétrole est très élevé – environ 115 dollars (1 dollar = 0,96 euro) le baril –, ce qui aura un impact sur de nombreux pays», constate M. Pouille. 

«Nous avons la responsabilité collective d'éviter une situation où, d'ici la fin de l'année et l'hiver de l'année prochaine, le monde pourrait souffrir à la fois d'une crise énergétique et d'une crise alimentaire, conduisant à l'instabilité dans de nombreux pays avec tous ses effets secondaires», ajoute-t-il.

Par ailleurs, la France et l'Europe travaillent pour stabiliser les prix et trouver une solution à la crise énergétique. Pour la crise alimentaire, le président Macron a lancé Farm, une initiative pour la collecte et la fourniture de denrées alimentaires aux pays pauvres, dans le but de lutter contre la famine dans les régions les plus vulnérables.

«Une fois les entreprises ont commencé à se redresser après la Covid, la guerre en Ukraine a commencé (…), mais les mesures que nous avons mises en place ont sauvé de nombreuses entreprises. Je suis convaincu qu'en France et en Arabie saoudite, les résultats que nous avons atteint aujourd'hui, après deux ans de Covid, continueront en 2022 et 2023», affirme M. Pouille.