Journalistes otages en Syrie en 2013: dans l'enquête française, 4 suspects dont un absent

En France, trois suspects ont été mis en examen, tous pour «association de malfaiteurs terroriste», et placés en détention provisoire (Photo, AFP).
En France, trois suspects ont été mis en examen, tous pour «association de malfaiteurs terroriste», et placés en détention provisoire (Photo, AFP).
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Publié le Mercredi 30 mars 2022

Journalistes otages en Syrie en 2013: dans l'enquête française, 4 suspects dont un absent

  • Trois suspects ont été mis en examen dans l'enquête sur la prise en otage de journalistes français lors de la guerre en Syrie en 2013
  • En France, trois suspects ont été mis en examen, tous pour «association de malfaiteurs terroriste», et placés en détention provisoire

PARIS: Trois suspects ont été mis en examen dans l'enquête sur la prise en otage de journalistes français lors de la guerre en Syrie en 2013 mais le gouvernement français refuse de rapatrier, pour un éventuel procès, un quatrième geôlier présumé, pourtant localisé.

Selon plusieurs avocats, si les investigations touchent à leur fin, la comparution en cours aux Etats-Unis d'un djihadiste membre de la cellule des "Beatles", spécialisée dans la capture et l'exécution d'otages étrangers, pourrait néanmoins apporter de nouveaux éléments au juge d'instruction antiterroriste Bertrand Grain et aux enquêteurs de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI).

Depuis huit ans, ils travaillent à identifier les ravisseurs de Didier François, Pierre Torres, Edouard Elias et Nicolas Hénin, enlevés en juin 2013 et libérés en avril 2014 après des mois passés, entre autres, dans des cellules de l'hôpital ophtalmologique d'Alep transformé en quartier général du groupe djihadiste Front al-Nosra. 

«Prétendus indices»

A ce stade, en France, trois suspects ont été mis en examen, tous pour "association de malfaiteurs terroriste", et placés en détention provisoire. 

Parmi eux, le Français Mehdi Nemmouche, condamné à la perpétuité en Belgique pour la tuerie du musée juif de Bruxelles. Il est mis en examen depuis 2017 pour "enlèvement et séquestration en bande organisée et en relation avec une entreprise terroriste", dans ce dossier qui "repose quasi exclusivement sur les déclarations des quatre journalistes dans lesquelles apparaissent distorsions et contradictions flagrantes", selon son avocat Me Francis Vuillemin.

Le Français Abdelmalek Tanem, 32 ans, aurait aussi, selon des éléments de l'enquête dont a eu connaissance l'AFP, fréquenté l'hôpital d'Alep et été en lien avec Nemmouche et Salim Beghalem - également geôlier présumé mais réputé mort. 

"Oui, il était en Syrie à l’époque, et oui, il a rejoint les rangs de l’EI. Il a d’ailleurs déjà été condamné pour cela et a purgé sa peine. Est-ce que cela fait de lui un geôlier d’otages occidentaux ? Non", a réagi auprès de l'AFP son avocate Me Noémie Coutrot-Cieslinski, rejetant "de prétendus indices qui ne concordent pas."

Depuis 2019, la justice française incrimine aussi le Syrien Kais Al-A., mis en examen pour "complicité". Né en 1983, cet ancien cadre de la Syrian Petroleum Company et professeur de chimie à l'université s'était réfugié depuis 2015 en Allemagne, où il poursuivait des études supérieures.

Surnommé "le chimiste" et présenté selon des éléments du dossier comme un expert en explosifs de l'Etat islamique, il serait derrière l'enlèvement de MM. Hénin et Torres survenu dans les rues de Raqqa. Face au juge, lui a maintenu n’avoir toujours appartenu qu'à l'Armée syrienne libre. 

Mandat d'arrêt

Mais il manque l'interrogatoire d'un autre suspect français, Guillaume Kapo, qui s'est rendu en 2019 aux Forces démocratiques syriennes, dominées par les Kurdes, comme l'avait pointé Mediapart. Il est toujours emprisonné à Derik, dans l'extrême nord-est de la Syrie, selon une source proche du dossier. 

"L’exécution du mandat d’arrêt dont il fait l’objet est aujourd'hui empêchée par des choix politiques du gouvernement", regrettent les avocats de Nicolas Hénin, Me Vincent Brengarth et William Bourdon, jugeant "essentiel qu’il soit confronté aux éléments du dossier mais également à ses victimes".

Né en 1989 à Abidjan, Guillaume Kapo vivait à Nîmes et aurait rejoint la Syrie en 2012. Selon les éléments de l'enquête, à l'été 2013 il aurait fait partie de l'"Amniyat", les redoutables services de renseignements de l'EI, à Alep et fréquenté les geôles de l’hôpital, avant de partir combattre notamment à Deir-el-Zor, où il aurait été grièvement blessé.

Interrogé par l'AFP, le Quai d'Orsay a rappelé sa doctrine, selon laquelle "les combattants de Daech (...) doivent être jugés au plus près des lieux où ils ont perpétré leurs crimes". "C'est à la fois une question de sécurité et un devoir de justice à l'égard des victimes".

Mais pour Me Pascal Garbarini, avocat d'Edouard Elias, "pour une bonne administration de la justice, il faut que toutes les personnes identifiées passent en même temps dans le même procès".

L'avocat de Pierre Torres, Me Clément Testard, s'inquiète "d’un renversement politique" sur place: "Monsieur Kapo pourrait se retrouver totalement libre, sans autre forme de procès".


Dans le quartier de Belleville à Paris, un ramadan entre ferveur et inquiétude

Pendant tout le ramadan, Belleville vit au rythme des préparatifs de l’iftar : les plateaux croulent sous les victuailles, les files s’allongent devant les boucheries halal et les pâtisseries. (AFP)
Pendant tout le ramadan, Belleville vit au rythme des préparatifs de l’iftar : les plateaux croulent sous les victuailles, les files s’allongent devant les boucheries halal et les pâtisseries. (AFP)
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  • Les commerçants installent leurs tables devant les boutiques, les passants déambulent sacs à la main et la foule compacte se presse pour préparer la rupture du jeûne
  • L’atmosphère est festive, vibrante, presque irréelle. Pourtant, derrière l’abondance et les odeurs alléchantes, une gravité inhabituelle imprègne ce mois sacré

PARIS: Des étals chargés de pâtisseries, d’épices et d’olives, des pains encore tièdes, des galettes dorées, des montagnes de dattes et des rangées de sodas. Comme chaque année, le traditionnel marché du ramadan a investi les trottoirs du boulevard de Belleville (dans le XIe arrondissement de Paris), transformant le lieu en un vaste théâtre gourmand à ciel ouvert.

Les commerçants installent leurs tables devant les boutiques, les passants déambulent sacs à la main et la foule compacte se presse pour préparer la rupture du jeûne. L’atmosphère est festive, vibrante, presque irréelle. Pourtant, derrière l’abondance et les odeurs alléchantes, une gravité inhabituelle imprègne ce mois sacré.

belleville

Pendant tout le ramadan, Belleville vit au rythme des préparatifs de l’iftar : les plateaux croulent sous les victuailles, les files s’allongent devant les boucheries halal et les pâtisseries. Certains restaurants ont même fermé leur salle pour la transformer en cuisine de production, où l’on pétrit du pain à la chaîne, nature ou farci.

Pour les commerçants, c’est le moment le plus intense de l’année : les odeurs de pain grillé et de pâtisseries au miel attirent les passants, souvent sans idée précise de ce qu’ils vont acheter. « On ne sait jamais vraiment ce qu’on vient chercher, mais on trouve toujours ce qui nous plaît », sourit Nahel, venu faire ses courses avec sa fille, dans ses sacs : des feuilles de brick, de la crème et du pain arabe.

À Belleville, la fête déborde largement du cadre culinaire

Le marché est devenu bien plus qu’un lieu d’approvisionnement : c’est un rendez-vous collectif, un moment attendu, une tradition solidement ancrée dans la vie du quartier. À Belleville, la fête déborde largement du cadre culinaire ; même les commerces qui ne vendent habituellement pas de nourriture participent.

Monsef, gérant d’une boutique de téléphonie, a installé devant sa vitrine des cageots de menthe et de fruits. « Ça ne rapporte pas grand-chose, mais on veut faire partie de la fête », explique-t-il.

Pour beaucoup, le ramadan est avant tout un temps de lien social et de générosité : les repas partagés se multiplient, les dons aussi. « On distribue des repas, on aide les plus démunis, on se rend davantage à la mosquée ; le mois sacré reste un moment de spiritualité et de solidarité », indique un restaurateur.

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Mais cette année, la ferveur est traversée par une inquiétude persistante : les conversations glissent régulièrement vers l’actualité internationale marquée, depuis quelques jours, par la guerre au Proche-Orient. Impossible pour certains de ne pas penser à ce qui se passe à Gaza ou, plus largement, dans l’ensemble de la région. « Quand on voit qu’ici on profite du ramadan et qu’ailleurs certains vivent sous les bombes, ça met mal à l’aise », confie Majid, commerçant.

Les télévisions allumées au moment de la rupture du jeûne en témoignent : certains préfèrent les séries traditionnelles du mois sacré, d’autres suivent en continu les chaînes d’information. La fête existe, mais elle est plus grave, plus retenue, comme si la joie devait désormais cohabiter avec l’inquiétude.

À cela s’ajoute une autre préoccupation : le budget. Car le ramadan reste un mois de générosité et d’abondance, mais cette abondance a un prix. Les commerçants constatent que les habitudes changent : les clients comparent davantage, achètent plus prudemment ; l’inflation est dans tous les esprits. « Les prix ont augmenté comme tout le reste, observe un épicier. Même si les gens ne le disent pas toujours, on sent qu’ils sont touchés. »

Pour beaucoup de familles modestes, le mois sacré exige une véritable préparation financière : certains mettent de l’argent de côté toute l’année pour pouvoir garnir la table plus généreusement qu’à l’ordinaire. Car le ramadan est aussi une fête domestique, rythmée par les invitations, les repas partagés et l’abondance symbolique, mais cette générosité pèse.

« On dépense beaucoup. On est obligés de prévoir, sinon on ne s’en sort pas », reconnaît une habituée du quartier, venue acheter des pâtisseries qui lui rappellent son pays d’origine, la Tunisie, et plus précisément Tunis.

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Pour les habitants issus de l’immigration, le ramadan à Belleville est aussi une manière de recréer un peu du pays quitté : les saveurs, les odeurs, les produits traditionnels permettent de maintenir un lien affectif avec les racines. Certains viennent même de loin pour retrouver cette ambiance. Salma, franco-libanaise, a fait le déplacement simplement pour ressentir cette atmosphère familière, qui la rapproche de ses souvenirs malgré la distance et les inquiétudes liées à l’actualité de sa région d’origine.

Entre abondance et retenue, joie et gravité, le ramadan 2026 s’inscrit dans une époque troublée. À Belleville, on continue de célébrer, de partager, mais cela n’atténue pas le ressentiment face aux souffrances du monde et aux difficultés du quotidien.


Frappes iraniennes: la France prête à «participer» à la défense des pays du Golfe et de la Jordanie

 La France est "prête" à "participer" à la défense des pays du Golfe et de la Jordanie, cibles de frappes de l'Iran, "conformément aux accords qui la lie à ses partenaires et au principe de légitime défense collective", a déclaré lundi son ministre des Affaires étrangères. (AFP)
La France est "prête" à "participer" à la défense des pays du Golfe et de la Jordanie, cibles de frappes de l'Iran, "conformément aux accords qui la lie à ses partenaires et au principe de légitime défense collective", a déclaré lundi son ministre des Affaires étrangères. (AFP)
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  • "Près de 400.000 Français sont résidents ou de passage dans la douzaine de pays de la région", a ajouté le ministre. "A notre connaissance, aucune victime française n'est à déplorer à ce stade", a-t-il ajouté
  • "Notre dispositif est déjà organisé localement pour faciliter les sorties par voie terrestre lorsque c'est possible, ce qui n'est pas le cas dans tous les pays concernés", a-t-il détaillé

PARIS: La France est "prête" à "participer" à la défense des pays du Golfe et de la Jordanie, cibles de frappes de l'Iran, "conformément aux accords qui la lie à ses partenaires et au principe de légitime défense collective", a déclaré lundi son ministre des Affaires étrangères.

"Aux pays amis qui ont été ciblés délibérément par les missiles et les drones des Gardiens de la révolution et entraînés dans une guerre qu'ils n'avaient pas choisie -Arabie Saoudite, Émirats arabes unis, Qatar, Irak, Bahreïn, Koweït, Oman et Jordanie- la France exprime son soutien entier et sa pleine solidarité. Elle se tient prête (...) à participer à leur défense", a affirmé Jean-Noël Barrot lors d'une conférence de presse.

"Près de 400.000 Français sont résidents ou de passage dans la douzaine de pays de la région", a ajouté le ministre. "A notre connaissance, aucune victime française n'est à déplorer à ce stade", a-t-il ajouté.

"Notre dispositif est déjà organisé localement pour faciliter les sorties par voie terrestre lorsque c'est possible, ce qui n'est pas le cas dans tous les pays concernés", a-t-il détaillé.

Le ministre a appelé à la "désescalade". "L'escalade militaire doit cesser au plus vite", a-t-il répété. "La prolongation indéfinie des opérations militaires sans but précis emporte le risque d'un engrenage qui entraînerait l'Iran et la région dans une longue période d'instabilité".

"Au Liban, le Hezbollah a commis une lourde faute, dont la population a payé ce matin le prix avec des dizaines de morts et des dizaines de milliers de déplacés, en rejoignant un conflit dans lequel les autorités, comme le peuple libanais, refusent d'être entraînées", a-t-il poursuivi, appelant le Hezbollah à "mettre immédiatement un terme à ces opérations".

 


France - Liban: Report de la conférence de soutien aux forces libanaises

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  • À l’issue de leurs discussions, les deux chefs d’État ont décidé de reporter au mois d’avril la conférence internationale de soutien aux Forces armées libanaises et aux Forces de sécurité intérieure libanaises
  • Les deux dirigeants ont souligné que la gravité de la situation renforce la nécessité de préserver la stabilité libanaise, de soutenir les institutions légitimes du pays et d’assurer le rétablissement complet de sa souveraineté

PARIS: Le président du Liban, Joseph Aoun, et son homologue de la France, Emmanuel Macron, se sont entretenus le 1er mars afin d’examiner les derniers développements affectant la sécurité régionale, y compris celle de pays alliés, selon un communiqué conjoint.

À l’issue de leurs discussions, les deux chefs d’État ont décidé de reporter au mois d’avril la conférence internationale de soutien aux Forces armées libanaises et aux Forces de sécurité intérieure libanaises, initialement prévue le 5 mars à Paris. Les conditions actuelles, marquées par une conjoncture régionale tendue, n’étaient pas réunies pour maintenir l’événement à la date prévue.

Les deux dirigeants ont souligné que la gravité de la situation renforce la nécessité de préserver la stabilité libanaise, de soutenir les institutions légitimes du pays et d’assurer le rétablissement complet de sa souveraineté.

Ils ont également affirmé que Beyrouth, Paris et leurs partenaires internationaux continueront à coordonner leurs efforts afin de soutenir ces objectifs dans un contexte régional jugé particulièrement sensible.