Macron et la guerre en Ukraine, un rendez-vous avec le destin national et le leadership européen 

Le président français Emmanuel Macron lors de l'émission "La France face à la guerre" diffusée sur la chaîne de télévision française TF1, à Saint-Denis, au nord de Paris, le 14 mars 2022. LUDOVIC MARIN / POOL / AFP
Le président français Emmanuel Macron lors de l'émission "La France face à la guerre" diffusée sur la chaîne de télévision française TF1, à Saint-Denis, au nord de Paris, le 14 mars 2022. LUDOVIC MARIN / POOL / AFP
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Publié le Mardi 15 mars 2022

Macron et la guerre en Ukraine, un rendez-vous avec le destin national et le leadership européen 

  • Une enquête d'opinion publiée le 4 mars indique que 60% des Français sont «satisfaits de la gestion de la crise en Ukraine par Emmanuel Macron»
  • La montée en popularité du président candidat est aussi liée à ses prises de position sur la sécurité de l'Europe et de la France. Il a réaffirmé son engagement pour une Europe plus souveraine avec un pôle de défense européenne

PARIS: À un mois du premier tour de l’élection présidentielle française, la guerre en Ukraine domine l’actualité et offre une occasion inopinée au président candidat Emmanuel Macron de conforter son destin national et de renforcer son leadership européen.

La guerre contre l'Ukraine s’est imposée à l’agenda de l'Europe et du monde, permettant au président français d’attendre la dernière minute pour officialiser sa candidature à la présidentielle de 2022 par une simple lettre publiée le 3 mars dans les quotidiens régionaux, après l'annulation d'un rassemblement électoral qui avait été prévu à cet effet.

Le quinquennat d’Emmanuel Macron a été marqué par des crises sans précédent: Gilets jaunes, pandémie, conflit russo-ukrainien… Le défi serait pour lui de pouvoir passer d’un «président des crises» à un candidat favori.

Effort diplomatique

Il semble en effet que l'implication du président candidat dans l'effort diplomatique pour éviter puis pour arrêter la guerre, ainsi que la perception de l’opinion publique qui le voit comme leader en temps de guerre, aient suscité l’adhésion d’une majorité politique des Français. C’est ce que révèle une enquête d'opinion publiée le 4 mars indiquant que 60% des d’entre eux sont «satisfaits de la gestion de la crise en Ukraine par Emmanuel Macron», contre 38% de mécontents.

Selon les derniers sondages, il est clair également que les chances de Macron de remporter un nouveau mandat présidentiel augmentent compte tenu de son rôle de premier plan dans la guerre contre l'Ukraine.

Malgré une entrée en campagne souhaitée tardive et discrète et un contexte international compliqué, Emmanuel Macron continue à progresser dans les derniers sondages, en atteignant ou dépassant les 30 % d’intentions de vote au premier tour. Au second tour, il est toujours gagnant dans tous les cas de figure.


Prises de position

La montée en popularité de Macron ne se résume pas uniquement à sa gestion de la crise ukrainienne, mais aussi à ses prises de position sur les questions liées à la sécurité de l'Europe et de la France. Il a en effet réaffirmé son engagement pour une Europe plus souveraine et pour la création d’un pôle de défense européenne. Il compte revitaliser l'Europe pour assurer la paix et la sécurité des Français.

Remarquons que le caractère exceptionnel d’une brève campagne électorale dominée par l’événement ukrainien, ce qui est rare dans les annales de la Ve République, sert aussi les intérêts du président sortant qui dirige le navire du pays dans cette phase délicate de l'histoire contemporaine de l'Europe.

Le trio de candidats des droites, Marine Le Pen, Valérie Pécresse et Éric Zemmour, semble se disputer la qualification pour le second tour. Mais les dernières enquêtes d’opinion soulignent que seuls deux candidats concurrents de Macron semblent se stabiliser ou progresser. Il s’agit de Marine Le Pen (extrême droite, Rassemblement national) et Jean-Luc Mélenchon (gauche radicale, la France insoumise). Ainsi, le scénario de 2017 (confrontation Macron-Le Pen) risque de se répéter cette année, et une nouvelle fois en faveur de Macron.

De surcroît, les positions prorusses ou plutôt «molles» des concurrents de Macron les plus en vue – Marine Le Pen, Éric Zemmour, Jean-Luc Mélenchon et Valérie Pécresse – ne bénéficient du soutien que d'une petite minorité dans l'opinion publique, qui craint le retour des guerres et l’épanouissement des vagues de l'autoritarisme et du fascisme.
 
Leadership européen confirmé

Depuis qu’Emmanuel Macron a pris la présidence tournante de l’Union européenne (UE) au début de cette année, la crise ukrainienne accapare l’actualité et pousse les chancelleries européennes à suivre la situation de près.

À un moment où le déclenchement des hostilités dans le conflit russo-ukrainien paraissait inévitable, le président français a décidé de battre le fer et s’est rendu au Kremlin pour tenter une sortie diplomatique. Un dialogue avec Vladimir Poutine de près de six heures sans concessions, n’a pas abouti, ni réussi à amadouer le maître du Kremlin, comme en témoigne une conférence de presse «surréaliste» entre les deux présidents européens.
 
Apparement, Poutine ulcéré par le refus américain et de l’Alliance atlantique d’accorder des garanties de sécurité, refuse de céder d’un iota et exige des réponses, notamment concernant la non-adhésion de l’Ukraine à l’Otan et l’architecture de la sécurité européenne.

L’échec français n’est pas dû seulement au durcissement de Poutine et de sa lecture de la situation, mais aussi au fossé creusé entre Moscou et Kiev depuis 2014 (annexion de la Crimée et guerre dans le Donbass). De toute façon, l’épreuve de force dépasse le terrain ukrainien et ressemble à un duel à distance entre Moscou et Washington.

L’impasse diplomatique et la détermination de Poutine à changer le statu quo au prétexte du «traitement infligé à la population d’origine russe dans l’Est ukrainien» et de l’extension de l’infrastructure de l’Otan dans le voisinage russe, ont conduit à l’invasion de l’Ukraine.  L’éclatement de la guerre et la polarisation accélérée entre la Russie et l’Occident n’ont pas amené Macron à cesser ses efforts diplomatiques, tout en dirigeant l’UE vers plus de fermeté et d’union pour tenir tête à Moscou, et en considérant la Russie comme un agresseur.

Continuité du dialogue

Ce retour brutal à l'histoire tragique de l'Europe, ne laisse pas Macron indifférent. Il reconnaît que «les négociations avec le président Vladimir Poutine sont difficiles parce qu'il refuse un cessez-le-feu». Mais, le maître de l’Élysée parie sur la continuité du dialogue pour trouver une issue au moment opportun, tout en insistant sur la nécessité de respecter la Russie et son peuple.

Alors que Macron bataillait pour l’autonomie stratégique européenne, il plaide pour une association de la Russie à la construction d’une paix durable dans le cadre d'une «structure de sécurité à grande échelle sur notre continent, parce que l'histoire et la géographie le dictent».

Tandis que la guerre se poursuit, les dirigeants européens se sont réunis pour un sommet au château historique de Versailles les 10 et 11 mars. Il était remarquable que le président Emmanuel Macron ait déclaré lors de son ouverture que «l'Europe, qui a changé sous l'influence de la crise de la pandémie de Covid, changera plus rapidement et plus fort sous l'influence de la guerre».

Malgré les divergences sur la dépendance à l'égard des importations de gaz et d'énergie en provenance de Russie et sur la réponse à apporter à la demande ukrainienne d'adhérer immédiatement à l'Union européenne, on peut dire que le mot d'ordre de l'unité a prévalu dans les discours et les discussions en vue de faire pression sur la Russie pour mettre un terme à cette guerre et parvenir rapidement à un cessez-le-feu. Macron a été franc en déclarant ne pas s'attendre à une solution rapide du conflit.

Il est clair que le président français, qui est en première ligne, assume bien son leadership national et concrétise ses idées sur le développement d'une action européenne commune, car il estime que la crise actuelle confirme la nécessité d'une Europe capable de se défendre.

C’est au château de Versailles que la structure de l'Europe a été décidée après la Première Guerre mondiale. Ce château a accueilli la signature de la défaite de l'Allemagne à l'époque, mais il a également été le site de la capitulation de la France après son occupation par l'Allemagne nazie pendant la Seconde Guerre mondiale.

Ainsi, pour que l'histoire ne se répète pas dans la vengeance et la série de guerres, il y avait une volonté européenne de ne pas rompre définitivement avec la Russie, mais sans céder devant elle en ce moment critique.

 


Macron présente aux chefs de partis la future force en Ukraine, des doutes sur la "sincérité" de Trump

Le chancelier allemand Friedrich Merz, le président ukrainien Volodymyr Zelensky, le président français Emmanuel Macron, le Premier ministre britannique Keir Starmer, l'envoyé spécial américain Steve Witkoff et l'homme d'affaires américain Jared Kushner donnent une conférence de presse à l'issue de la signature de la déclaration sur le déploiement d'une force post-cessez-le-feu en Ukraine, lors du sommet de la Coalition des volontaires sur les garanties de sécurité pour l'Ukraine, à l'Élysée, à Paris, le 6 janvier 2026. (AFP)
Le chancelier allemand Friedrich Merz, le président ukrainien Volodymyr Zelensky, le président français Emmanuel Macron, le Premier ministre britannique Keir Starmer, l'envoyé spécial américain Steve Witkoff et l'homme d'affaires américain Jared Kushner donnent une conférence de presse à l'issue de la signature de la déclaration sur le déploiement d'une force post-cessez-le-feu en Ukraine, lors du sommet de la Coalition des volontaires sur les garanties de sécurité pour l'Ukraine, à l'Élysée, à Paris, le 6 janvier 2026. (AFP)
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  • Emmanuel Macron a présenté aux responsables politiques un projet de force multinationale en Ukraine après un éventuel accord de paix, évoquant jusqu’à ~10.000 soldats, dont environ 6.000 Français, avec un rôle dissuasif loin du front
  • Le projet suscite de fortes réserves politiques, notamment sur la fiabilité du soutien américain sous Donald Trump et le risque d’escalade

PARIS: Emmanuel Macron a présenté jeudi aux principaux responsables politiques le projet de déploiement de plusieurs milliers de soldats français en Ukraine, une fois un accord de paix conclu, suscitant des réactions très réservées sur la "confiance" à accorder à Donald Trump en matière de soutien militaire à ces troupes.

"Il ne faudrait avoir aucune naïveté dans les paroles de Trump qui a une versatilité qui est quand même assez record", a lancé la cheffe des Ecologistes Marine Tondelier à la sortie de la réunion.

Emmanuel Macron s'est félicité mardi du "soutien" apporté par les Américains aux garanties de sécurité que les Européens vont offrir à l'Ukraine, notamment l'envoi de forces aux sol pour dissuader toute nouvelle attaque russe, une fois un cessez-le-feu en vigueur, une perspective encore lointaine.

"Permettez-nous de douter de la sincérité de ces avancées et de leur stabilité dans le temps", a insisté Marine Tondelier, tout en disant "oui" à des garanties de sécurité.

La France insoumise n'est "pas d’accord que des soldats français puissent être déployés dans ces conditions" et réclamera un "mandat de l'Onu" lorsque la question se posera, a indiqué pour sa part la cheffe de file des députés LFI Mathilde Panot.

Elle a évoqué l'envoi de "deux brigades" sur des contingents français et britannique, soit "un peu moins de 10. 000 soldats", dont "6.000 soldats français qui pourraient être déployés, ce qui est évidemment énorme".

Il y aurait "deux brigades au total soit environ 10.000 hommes. La moitié pourrait être française", a abondé un autre participant.

"C'est cet ordre de grandeur", a juste dit Cyrielle Chatelain chez les Verts où l'on invoque la confidentialité demandée par l'Elysée sur certaines informations.

"Il n'y a aucune raison de faire confiance à Donald Trump, et ce d'autant plus qu'il menace de nombreux pays en Amérique latine" et vient "d'agresser le Venezuela", a ajouté Mme Panot, en reprochant à Emmanuel Macron d'avoir mis "autant de temps à réagir (à l'intervention américaine dans ce pays) sans aucune condamnation des violations du droit international".

"Nous ne faisons confiance ni au Président Poutine, ni au président Trump", a abondé dans un communiqué le parti communiste de Fabien Roussel, voyant dans l'envoi d'un contingent français "une marche de plus vers l’escalade guerrière, vers l’élargissement du conflit à l’ensemble des pays européens".

- Débat au Parlement -

Emmanuel Macron est allé "dans le détail" sur la future force multinationale, son "commandement" qui est déjà installé au Mont-Valérien près de Paris et a donné des "tableaux très précis avec quels types de matériels" à déployer, a précisé le président de la Commission des Affaires étrangères et de la Défense du Sénat, Cédric Perrin (LR), à l'AFP.

Le président et le Premier ministre Sébastien Lecornu ont convenu de la "nécessité d'associer le Parlement aux discussions" et un débat aura lieu "dans les 15 jours à trois semaines" selon l'article 50-1 de la Constitution, avec ou sans vote, a-t-il ajouté.

Les présidents du Sénat Gérard Larcher et de l'Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet, les responsables des partis représentés dans les deux chambres et les chefs des groupes parlementaires ont assisté à la réunion, de même que les présidents des commissions de la Défense et des Affaires étrangères des deux chambres.

La plupart, dont les deux dirigeants du RN Jordan Bardella et Marine Le Pen, ainsi que Bruno Retailleau pour Les Républicains ou Gabriel Attal pour Renaissance, sont ressortis sans dire un mot. Edouard Philippe (Horizons), bloqué au Havre par l'alerte rouge Tempête, s'était fait représenter.

Cette réunion à huis clos a eu lieu deux jours après le sommet de la "coalition des volontaires" organisé mardi à Paris, où ces pays alliés de Kiev, essentiellement européens, se sont engagés à déployer une force multinationale en Ukraine après un éventuel accord avec Moscou.

Des émissaires de Donald Trump ont, eux, promis un "soutien" des Etats-Unis à cette force, tandis que Washington serait à la tête d'un mécanisme de surveillance d'un cessez-le-feu - encore très hypothétique.

La Russie a dénoncé de son côté ce projet de force multinationale, avertissant que toute présence militaire occidentale dans ce pays serait considérée par Moscou comme une "cible légitime".

Emmanuel Macron a été "très clair" devant les chefs de partis que les Ukrainiens "seraient en première ligne" et que la force internationale les accompagnerait "loin du front", a précisé Cédric Perrin.


Le budget de l'Etat de retour à l'Assemblée, au bout du tunnel le 49.3?

Le Premier ministre français Sébastien Lecornu (à droite) s'exprime lors d'une séance de questions au gouvernement à l'Assemblée nationale, à Paris, le 6 janvier 2026. (AFP)
Le Premier ministre français Sébastien Lecornu (à droite) s'exprime lors d'une séance de questions au gouvernement à l'Assemblée nationale, à Paris, le 6 janvier 2026. (AFP)
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  • L’Assemblée nationale relance l’examen du budget 2026, après l’échec d’un accord avec le Sénat, dans un climat politique tendu et avec la menace croissante d’un recours au 49.3
  • Faute de majorité claire et face à plus de 2 000 amendements, le gouvernement veut aller vite pour adopter un budget d’ici fin janvier et ramener le déficit sous les 5 %

PARIS: Après une première lecture infructueuse, l'Assemblée reprend jeudi en commission l'examen du budget de l'Etat pour 2026, avec l'espoir partagé par le gouvernement et les parlementaires de trouver une issue rapide, quitte à en passer par l'article 49 alinéa 3 de la Constitution.

Le 19 décembre, une commission mixte partiaire - composée de sept députés et sept sénateurs - avait rapidement acté l'impossibilité pour les représentants des deux chambres de s'accorder sur une version du texte, rendant impossible l'adoption du budget avant le 31 décembre.

Le gouvernement a donc dû recourir en fin d'année à une loi spéciale permettant d'assurer la continuité de l'Etat, en reconduisant en 2026 les impôts de 2025. Mettant en suspens notamment l'augmentation des crédits de défense, ou encore quelques mesures agricoles à l'heure où la profession manifeste sa colère.

Le projet de loi de finances est désormais de retour en nouvelle lecture à la chambre basse, d'abord de jeudi à samedi en commission, puis à partir de mardi dans l'hémicycle, théoriquement jusqu'au 23 janvier. En cas d'adoption du texte, il faudra encore, pour qu'elle soit définitive, que le Sénat l'approuve dans les mêmes termes, ou que l'Assemblée statue une troisième fois.

Les députés repartiront de la version du Sénat, en commission comme en séance, puisque sur les textes budgétaires les travaux de la commission ont valeur consultative.

Le gouvernement souhaite quoi qu'il en soit aller vite, afin de doter la France d'un véritable budget d'ici la fin du mois, et de revenir en 2026 sous la barre des 5% de déficit, contre 5,4% en 2025. Le chef des députés PS, Boris Vallaud, a lui aussi estimé dans Libération mercredi qu'il était "temps (...) de sortir de cette séquence budgétaire".

- Le 49.3 débattu à Bercy -

Sur le plan de la méthode, l'utilisation du 49.3, qui permet au gouvernement de faire adopter un texte sans vote en engageant sa responsabilité, semble de plus en plus inéluctable.

Alors que le PCF et les écologistes se dirigent vers un vote "contre", à l'instar de LFI et du RN, il faudrait pour que le texte obtienne une majorité que les socialistes et les indépendants de Liot votent pour. Ce à quoi le PS se refuse, comme l'a redit M. Vallaud.

La voie des ordonnances, inédite, semble elle aussi compromise, le PS y voyant la "pire des solutions".

La question a été agitée lors d'une réunion à Bercy mardi, qui a réuni pendant plus de quatre heures des représentants de la coalition gouvernementale, de Liot et du PS autour des ministres Amélie de Montchalin (Comptes publics) et Roland Lescure (Economie).

Réticente, alors que Sébastien Lecornu s'est engagé auprès du PS en octobre à ne pas utiliser le 49.3, Mme de Montchalin "comprend que c'est la seule solution qui existe aujourd'hui", a rapporté mercredi à l'AFP un participant. Selon une source PS, le gouvernement "a admis que ce sera l'issue".

L'entourage de la ministre conteste cette version, affirmant que Mme de Montchalin a rappelé que la décision revenait au Premier ministre.

Dans Libération, M. Vallaud renvoie aussi la décision au gouvernement, précisant qu'il "devra donner des motifs de ne pas être censuré".

- Plus de 2.000 amendements -

Quels pourraient être les termes d'un pacte de non-censure? Ils sont pour l'heure difficiles à cerner. Le rapporteur général du budget LR Philippe Juvin propose dans un document révélé par Les Echos et consulté par l'AFP une hausse des recettes de 2,93 milliards par rapport à la version du Sénat et une baisse des dépenses de 6,2 milliards.

Bien éloigné du PS, qui souhaite, lui, augmenter les dépenses de neuf milliards d'euros, par rapport à la version initiale du gouvernement.

L'examen en commission devrait en tout donner lieu de nouveau à des débats enflammés, avec plus de 2.000 amendements déposés.

Que ce soit sur le barème de l'impôt sur le revenu - dont les députés LR exigent le dégel total, contrairement aux sénateurs LR -; la surtaxe sur les bénéfices des entreprises - le PS en espère 8 milliards d'euros, LR au maximum 4; ou côté dépenses, sur la réduction des effectifs d'enseignants souhaitée par le gouvernement et que rejettent les socialistes.

Avec de fortes chances selon plusieurs parlementaires d'aboutir au même résultat qu'en première lecture: la commission avait rejeté la partie recettes comme la partie dépenses du budget.


L'accord avec le Mercosur approche, l'UE compte sur le soutien de l'Italie

Des agriculteurs se tiennent à côté de pommes de terre et d'un tracteur garé devant le Parlement européen, lors d'une manifestation agricole visant à dénoncer les réformes de la politique agricole commune (PAC) et les accords commerciaux tels que le Mercosur, à Bruxelles, le 18 décembre 2025, organisée par le Copa-Cogeca, la principale association représentant les agriculteurs et les coopératives agricoles de l'UE. (AFP)
Des agriculteurs se tiennent à côté de pommes de terre et d'un tracteur garé devant le Parlement européen, lors d'une manifestation agricole visant à dénoncer les réformes de la politique agricole commune (PAC) et les accords commerciaux tels que le Mercosur, à Bruxelles, le 18 décembre 2025, organisée par le Copa-Cogeca, la principale association représentant les agriculteurs et les coopératives agricoles de l'UE. (AFP)
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  • L’UE se rapproche d’une signature de l’accord de libre-échange avec le Mercosur, portée par le soutien clé de l’Italie, malgré une forte contestation des agriculteurs, notamment en France
  • Bruxelles multiplie les concessions (engrais, pesticides, garanties agricoles) pour apaiser les tensions, tout en promettant des mécanismes de sauvegarde contre toute déstabilisation du marché

BRUXELLES: La Commission européenne s'est efforcée mercredi d'adresser d'ultimes gestes aux agriculteurs et table sur un soutien de l'Italie pour signer l'accord avec les pays latino-américains du Mercosur dans les prochains jours.

Bruxelles espère obtenir l'aval des États européens vendredi, pour une possible signature de ce traité de libre-échange avec l'Amérique Latine dès lundi au Paraguay.

L'horizon s'est dégagé grâce à la position de plus en plus favorable de l'Italie, décisive dans ce dossier.

Le ministre italien des Affaires étrangères, Antonio Tajani a salué mercredi soir de nouvelles mesures de l'UE en faveur des agriculteurs et "les énormes avantages" du traité avec le Mercosur. "Nous avons toujours soutenu la conclusion de cet accord, en insistant sur la nécessité de prendre dûment en compte les préoccupations légitimes du secteur agricole", a-t-il assuré.

Car l'Union européenne doit composer avec la colère de nombreux agriculteurs européens, notamment en France où la contestation repart de plus belle.

Pour faire avaler la pilule du Mercosur, l'exécutif européen avait spécialement réuni les ministres de l'Agriculture des Vingt-Sept mercredi à Bruxelles.

La Commission a lâché du lest sur certaines revendications agricoles, parfois sans lien direct avec le Mercosur.

Ainsi, pour réduire le coût des engrais, l'UE a par exemple ouvert la voie à une suspension temporaire d'un mécanisme européen de taxe carbone aux frontières sur les fertilisants.

La décision n'est pas encore définitivement prise, mais "la taxe carbone sur les engrais pourra être suspendue avec effet rétroactif au 1er janvier 2026", s'est déjà réjouie la ministre française de l'Agriculture Annie Genevard.

En attendant, l'UE promet de réduire certains droits de douane sur l'engrais azoté et l'ammoniac.

- Interdiction de pesticides -

Concernant les pesticides interdits en Europe, mais dont certaines traces se retrouvent dans les importations, Bruxelles entend interdire tous les résidus pour trois substances: carbendazim, benomyl and thiophanate-methyl, dans des produits comme les agrumes, les mangues ou les papayes.

Paris avait fait monter la pression en publiant un arrêté suspendant les importations en France de produits agricoles sud-américains (avocats, goyaves, mangues...) traités avec des fongicides et herbicides non autorisés dans l'UE, une mesure soumise toutefois à un feu vert de la Commission, dont la décision est attendue dans une dizaine de jours.

Surtout, Ursula von der Leyen avait proposé dès mardi un geste budgétaire dans la future Politique agricole commune (PAC) 2028-2034 de l'Union européenne, en débloquant de façon anticipée 45 milliards d'euros dès 2028.

Mais le traité de libre-échange avec l'Argentine, le Brésil, le Paraguay et l'Uruguay reste un "chiffon rouge" qui pourrait entraîner des "mobilisations plus importantes" encore, ne cesse de marteler le premier syndicat agricole français, la FNSEA.

Convois vers Paris et rassemblements locaux, la contestation est vive en France, où des agriculteurs dénoncent à la fois la concurrence accrue des pays latino-américains et la gestion gouvernementale de l'épizootie de dermatose nodulaire contagieuse (DNC) chez les bovins.

De plus, la tempête politique couve en France. Si Emmanuel Macron soutient le Mercosur, "il prend le risque d'une censure" du gouvernement, a lancé le chef de la droite Bruno Retailleau

A ce stade, Paris maintient son opposition au Mercosur "en l'état", car le "compte n'y est toujours pas", a répété le gouvernement mercredi matin.

Mais sans autres alliées que la Pologne et la Hongrie, la France ne sera pas en mesure de bloquer l'accord, que plébiscitent l'Allemagne et l'Espagne pour relancer l'économie européenne.

La France votera-t-elle contre l'accord ? Politiquement, signer un tel traité contre l'avis de la première puissance agricole d'Europe embarrasserait la Commission.

Bruxelles insiste sur les garanties apportées aux agriculteurs. Les quotas de produits détaxés — bœuf, volaille.... — seront limités, souligne la Commission, et accompagnés de mesures de "sauvegarde" pour les produits agricoles les plus sensibles.

L'exécutif européen promet d'intervenir en cas de déstabilisation du marché, avec la possibilité si nécessaire de rétablir des droits de douane.

L'accord de libre-échange avec les pays du Mercosur permettrait notamment à l'UE d'exporter davantage de voitures, machines, vins et spiritueux. Dans le sens inverse, il faciliterait l'entrée en Europe de viande, sucre, riz, miel et soja sud-américains, ce qui alarme les filières concernées.

Après la signature du traité, il devra encore être ratifié par le Parlement européen, où le scrutin pourrait être serré.