Le recyclage peut réduire la production de déchets en Arabie saoudite

L'Arabie saoudite produit près de 15 millions de tonnes de déchets chaque année, dont 95 % finissent dans des décharges et seulement 5 % du total des déchets sont recyclés. (Shutterstock)
L'Arabie saoudite produit près de 15 millions de tonnes de déchets chaque année, dont 95 % finissent dans des décharges et seulement 5 % du total des déchets sont recyclés. (Shutterstock)
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Publié le Lundi 31 janvier 2022

Le recyclage peut réduire la production de déchets en Arabie saoudite

  • La culture de consommation dans les pays du CCG a créé des montagnes de déchets, dont la plupart sont non biodégradables
  • «L'économie circulaire» ouvre d'énormes opportunités aux Saoudiens pour réduire, réutiliser et recycler les déchets qu'ils génèrent

DJEDDAH: Comme c'est le cas dans de nombreuses autres régions du monde, la combinaison de la croissance démographique, de l'urbanisation et de l'expansion économique a non seulement augmenté la consommation personnelle au Moyen-Orient, mais elle génère également des quantités colossales de déchets.
Cinq pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG) – Bahreïn, l'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis (EAU), le Qatar et le Koweït – se classent parmi les dix premiers pays au monde en matière de production de déchets solides par habitant.
Grâce à leur richesse pétrolière, les dépenses de consommation dans ces pays ont augmenté au cours des dernières décennies pour devenir un moteur essentiel des économies nationales. Mais de la même façon que dans de nombreux pays avancés, la consommation a créé des montagnes de déchets, dont la plupart sont non biodégradables et extrêmement nocifs pour l'environnement.
L'Arabie saoudite produit à elle seule près de 15 millions de tonnes de déchets par an, dont 95 % finissent dans des décharges, polluant le sol et libérant des gaz à effet de serre, dont du méthane, présent dans l'atmosphère pendant des décennies.
Ce qui n'est pas enterré finit souvent comme détritus dans les rues des villes, sous forme de sacs en polyéthylène, d’emballages de fast-food, de bouteilles en plastique et de canettes de soda vides.
Entre le début de l’année 2020 et le premier semestre de 2021, l'Arabie saoudite n'a recyclé que 5 % de ses déchets totaux, notamment le plastique, le métal et le papier.
Pour réduire la production de déchets, protéger les écosystèmes fragiles et tirer le meilleur parti des matériaux réutilisables, le pays peut s'appuyer sur le concept «d'économie circulaire», un système en boucle fermée qui implique l'approche des 3 R : réduire, réutiliser et recycler.
Le principal acteur de ce changement dans cet effort est la Saudi Investment Recycling Company (Sirc), créée en 2017 en tant que filiale à part entière du Fonds d'investissement public (PIF).

 

En bref

 

  • Le plastique met plus de quatre cents ans à se dégrader.
  • Seulement 12 % du plastique est incinéré dans le monde.

La Sirc cherche à détourner 85 % des déchets industriels dangereux, 100 % des déchets solides et 60 % des déchets de construction et de démolition des décharges d'ici à 2035. Les seuls types de déchets non traités par son mandat sont ceux créés par l'énergie militaire et nucléaire, tous deux gérés par des organismes spécialisés.
Le modèle d'économie circulaire ouvre d'immenses possibilités, que ce soit en termes de produits, de création d'énergie ou de services, qui peuvent apporter une contribution majeure à la diversification de l'économie saoudienne, loin du pétrole et de ses dérivés, conformément à la stratégie de réformes des objectifs de la Vision 2030 du Royaume.
L'Arabie saoudite a l’intention d’investir près de 24 milliards de riyals saoudiens (1 riyal saoudien = 0,24 euro) dans le recyclage des déchets d'ici à 2035, dans le cadre de ses efforts pour adopter un système de gestion des déchets plus durable. Le Royaume investira quelque 1,3 milliard de riyals dans les déchets de construction et de démolition et près de 900 millions de riyals dans les déchets industriels. Les investissements dans les déchets solides municipaux dépasseront 20 milliards de riyals, tandis que les investissements dans les autres types de déchets s'élèveront à plus de 1,6 milliard.
Il existe plusieurs façons de créer de la valeur dans une économie circulaire. L'une d'entre elles est la «valorisation énergétique des déchets», qui consiste à sécher et à incinérer les déchets, les eaux usées brutes et les boues industrielles pour alimenter des turbines à vapeur.

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Des volontaires en Arabie saoudite nettoient les plages de leurs déchets pour empêcher leur retour dans les eaux. (Fourni/Journée mondiale du nettoyage)

La combustion des déchets produit du dioxyde de carbone (CO2), mais les laisser se décomposer dans les décharges entraîne vingt à quarante fois plus d'émissions de gaz à effet de serre, sous forme de méthane, sur une période de plusieurs années.
Sans surprise, le concept de l'économie circulaire fait son chemin. En 2020, alors que l'Arabie saoudite assurait la présidence du Groupe des vingt (G20), le Royaume proposait aux alliés le concept d'une économie circulaire du carbone comme moyen d'atténuer l'accumulation de carbone dans l'atmosphère.
Mais un modèle d'économie circulaire ne peut réussir sans la participation active des grandes entreprises, des petits entrepreneurs et du grand public.
Les experts indiquent que la construction d'installations de recyclage dans le Royaume n'est qu'une partie de la solution; elle doit aller de pair avec des efforts pour inculquer à la population saoudienne une culture du recyclage domestique et de la consommation responsable.
«Nous devons investir dans l'infrastructure mais, également, créer des programmes de sensibilisation», a déclaré Ziyad al-Shiha, PDG de la Sirc, à Arab News en octobre. «Une fois que nous aurons atteint 25 à 35 % de recyclage, nous pourrons dire au public: “Regardez, c’est votre effort et c’est le résultat que nous vous offrons”.»

Chronologie des progrès environnementaux saoudiens

2016: Lancement de Saudi Vision 2030.
2017: Annonce du Programme national des énergies renouvelables.

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2018: Lancement de la Stratégie nationale de l'environnement.
2019: L'Arabie saoudite rejoint l'Alliance solaire internationale.

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2020: Lancement du Fonds environnemental.
27 mars 2021: Lancement de Saudi Green Initiative et Middle East Green Initiative.
16 septembre 2021: Les îles Farasan sont ajoutées au Réseau mondial des réserves de biosphère de l'Organisation des nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco).

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23 octobre 2021: L'Arabie saoudite annonce l'objectif de zéro émission nette de gaz à effet de serre d'ici à 2060.
23 octobre 2021: L'Arabie saoudite rejoint le Global Methane Pledge.

Des progrès ont déjà été réalisés dans la promotion d'un comportement respectueux de l'environnement à l’échelle communautaire. Les autoroutes saoudiennes sont mieux entretenues qu'avant. Même dans les villes, les égouts ne sont plus obstrués par les mégots de cigarettes, les mouchoirs en papier, les gobelets en papier et les emballages alimentaires jetés.
Ces améliorations résultent en partie de l'introduction de sanctions; le ministère des Affaires municipales et rurales et du Logement peut désormais imposer des amendes de 133 dollars (1 dollar = 0,90 euro) à quiconque est surpris en train de jeter ou de cracher dans un lieu public.
Mais les préoccupations environnementales et l'intérêt du public pour le recyclage et la réduction des déchets ménagers ont également nettement augmenté, grâce aux campagnes menées par des groupes de la société civile.
L'un de ces groupes, Mawakeb Alajer, s’efforce depuis dix-sept ans d’encourager le recyclage à Djeddah en fournissant des installations de tri où le public peut déposer un large éventail de produits recyclables, allant des déchets de papier et de plastique aux meubles indésirables et même aux vieilles robes de mariée.
«En tant que magasin de seconde main, nous encourageons les gens à donner ce dont ils n'ont plus besoin à des œuvres caritatives, ce qui aide à protéger l'environnement en réduisant les déchets», déclare Sara Alfadl, porte-parole de Mawakeb Alajer, à Arab News.
«Nous sommes convaincus que chacun joue un rôle dans la communauté et nous fournissons un service dont tout le monde peut bénéficier. Nous trions tout ce que nous recevons. Cela prend beaucoup de temps, nécessite beaucoup de main-d'œuvre et c’est difficile. Heureusement, la plupart des articles que nous recevons, qu'il s'agisse de vêtements ou de déchets recyclables, sont en bon état.»
En coopération avec des entreprises locales, des chargements de camions de matériaux recyclables sont apportés à l'installation de Mawakeb Alajer où ils sont triés puis vendus, donnés ou envoyés pour être réutilisés ou recyclés. Avec ce processus, le groupe contribue à changer progressivement les attitudes du public.
«La prise de conscience en est encore à ses balbutiements mais elle se développe néanmoins», souligne Sara Alfadl.
Les écoles ont commencé à jouer un rôle important pour changer la mentalité de la prochaine génération, en adoptant des projets de «culture environnementale» qui donnent aux élèves la possibilité d'apprendre en participant à des programmes de recyclage et à des projets scientifiques en milieu scolaire.

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Le maire saoudien rend hommage à l'expatrié britannique Neil Walker, pour ses vingt-sept ans de nettoyage des plages qui ont inspiré des initiatives environnementales créatives à Al-Khobar. (Fourni)

De leur côté, de nombreuses entreprises saoudiennes s'adaptent au modèle de l’économie circulaire, conformément aux objectifs de développement durable poursuivis par le Royaume.
Mona Alothman, cofondatrice de Naqaa, un fournisseur local de solutions de durabilité environnementale interentreprises, déclare que de nombreuses entreprises intègrent désormais le recyclage et la réduction des déchets dans leurs modèles commerciaux.
«Ce n'est pas qu'une phase», précise-t-elle à Arab News. «De nombreuses entreprises saoudiennes adoptent des moyens ingénieux pour réduire, réutiliser et recycler leurs fournitures de bureau et mieux gérer leurs déchets, entre autres.»
«Énormément de choses ont changé ces dernières années. La réglementation est devenue plus stricte afin de respecter les normes internationales. La philosophie de base de notre entreprise tourne autour de la durabilité, et le recyclage en fait partie.»
«Les entreprises d'aujourd'hui ne se contentent pas d’appliquer nos solutions recommandées pour les déchets d’entreprises, mais elles initient également des campagnes pour promouvoir et encourager les gens à être plus conscients de la façon dont ils jettent leurs déchets.»
Cette stratégie à plusieurs volets, englobant l'éducation, des programmes caritatifs, des règles et des sanctions plus strictes, encourage les établissements commerciaux du Royaume à adopter des pratiques respectueuses de l'environnement et les communautés à réfléchir davantage aux effets du mode de vie sur l'environnement.
Sara Alfadl et ses collègues de Mawakeb Alajer estiment que les Saoudiens peuvent faire beaucoup pour encourager leurs employeurs, leurs voisins et les autorités locales à mettre en œuvre des pratiques plus respectueuses de l'environnement dans les foyers et les lieux de travail.
«Je pense que le recyclage va se développer rapidement ici en Arabie saoudite», déclare Sara Alfadl. «Avec une prise de conscience croissante, ce qui était autrefois un projet ou une initiative à court terme est devenu une nécessité.»
«Notre vision a toujours été globale. Lorsque les employés se joignent à la démarche de développement durable avec leurs actions, d'autres feront rapidement de même et créeront une communauté de personnes qui suivent l’exemple.»

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Syrie: l'ONU envoie de l'aide vers une ville à majorité kurde cernée par l'armée

Un cessez-le-feu entre Damas et les forces kurdes a été prolongé de 15 jours, après que ces dernières ont cédé des pans entiers de territoire aux troupes gouvernementales, décidées à reprendre le contrôle de l'ensemble du territoire. (AFP)
Un cessez-le-feu entre Damas et les forces kurdes a été prolongé de 15 jours, après que ces dernières ont cédé des pans entiers de territoire aux troupes gouvernementales, décidées à reprendre le contrôle de l'ensemble du territoire. (AFP)
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  • Un cessez-le-feu entre Damas et les forces kurdes a été prolongé de 15 jours
  • Des "affrontements violents" ont lieu tôt lundi entre les Forces démocratiques syriennes (FDS, dominées par les Kurdes) et des "factions affiliées à Damas" qui attaquent au sol et à l'artillerie le village de Kharab Ashk

DAMAS: Un corridor humanitaire a été ouvert vers Kobané, ville à majorité kurde du nord de la Syrie cernée par l'armée, où un premier convoi de l'ONU est arrivé dimanche pour fournir une "aide vitale" aux déplacés ayant fui les affrontements.

Un cessez-le-feu entre Damas et les forces kurdes a été prolongé de 15 jours, après que ces dernières ont cédé des pans entiers de territoire aux troupes gouvernementales, décidées à reprendre le contrôle de l'ensemble du territoire.

Les deux parties se sont mutuellement accusées de violations de la trêve.

Des "affrontements violents" ont lieu tôt lundi entre les Forces démocratiques syriennes (FDS, dominées par les Kurdes) et des "factions affiliées à Damas" qui attaquent au sol et à l'artillerie le village de Kharab Ashk, situé au sud-est de Kobané, affirment les FDS.

Dimanche soir, l'armée, citée par des médias d'Etat, a dit avoir été visée par des drones autour de Kobané. Quant aux FDS, elles ont accusé l'armée de plusieurs attaques, dont un bombardement ayant tué un enfant à l'ouest de Kobané.

Plus tôt dans la journée, l'armée avait annoncé ouvrir deux corridors afin de permettre "l'entrée de l'aide", l'un vers Kobané et l'autre dans la province voisine de Hassaké, région dans laquelle l'armée s'est également déployée.

Un convoi d'aide de l'ONU est arrivé dimanche à Kobané, a déclaré à l'AFP Céline Schmitt, porte-parole du Haut-Commissariat aux Réfugiés (HCR) en Syrie.

Le représentant de l'agence en Syrie, Gonzalo Vargas Llosa, avait auparavant précisé que le convoi était composé de "24 camions transportant des denrées essentielles, des articles de secours et du diesel", devant "fournir une aide vitale aux civils affectés par les hostilités et le climat hivernal".

L'opération a été rendue possible par "la coopération du gouvernement syrien", avait-il écrit sur X.

Plus tôt cette semaine, des habitants de Kobané (Aïn al-Arab en arabe) avaient déclaré à l'AFP manquer de nourriture, d'eau et d'électricité, alors que la ville était submergée de personnes ayant fui l'avancée de l'armée syrienne.

Intégration à l'Etat 

Kobané, dans l'extrême nord-est de la Syrie, est entourée par les forces gouvernementales et est bordée par la frontière turque au nord.

Les forces kurdes ont accusé l'armée syrienne d'y imposer un "siège".

La ville, que les forces kurdes avaient libérée d'un long siège du groupe Etat islamique (EI) en 2015, était devenue un symbole en tant que première grande victoire contre les jihadistes.

Le pouvoir islamiste de Damas réclame la dissolution des FDS, tandis que Washington estime que leur mission initiale de lutte contre les jihadistes n'a plus de raison d'être, avec l'émergence d'un Etat central fort et soutenu par les Etats-Unis à Damas.

Samedi, les autorités syriennes ont affirmé que le cessez-le-feu avait été prolongé pour faciliter le transfert par les Etats-Unis de détenus de l'EI de Syrie vers l'Irak.

Cette opération a débuté cette semaine, Washington craignant des failles sécuritaires dans la surveillance des prisonniers du fait des affrontements entre l'armée et les Kurdes.

L'armée américaine a dit vouloir transférer en Irak jusqu'à 7.000 suspects de l'EI auparavant détenus par les combattants kurdes syriens.

Des Européens figuraient parmi les 150 détenus haut placés de l'EI qui ont été les premiers à être transférés mercredi, et deux responsables irakiens ont déclaré à l'AFP qu'un deuxième groupe "comptant jusqu'à 1.000 détenus de l'EI" était samedi en cours de transfert.

La trêve entre Damas et les FDS s'inscrit dans le cadre d'un accord plus large qui vise à intégrer les institutions civiles et militaires kurdes à l'Etat.

Cet accord, pour lequel les Kurdes syriens doivent présenter un plan d'application, porte un coup aux espoirs d'autonomie de cette minorité, qui avait instauré une zone autonome dans le nord et le nord-est durant la guerre civile (2011-2024).


Gaza: Israël annonce une «réouverture limitée» du poste-frontière de Rafah

L'armée israélienne "mène actuellement une opération ciblée afin d'exploiter toutes les informations recueillies dans le but de localiser et de ramener l'otage décédé, le sergent-chef Ran Gvili", a écrit le bureau du Premier ministre. (AP)
L'armée israélienne "mène actuellement une opération ciblée afin d'exploiter toutes les informations recueillies dans le but de localiser et de ramener l'otage décédé, le sergent-chef Ran Gvili", a écrit le bureau du Premier ministre. (AP)
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  • Le poste-frontière de Rafah est un point d'entrée essentiel de l'aide humanitaire dans la bande de Gaza. Sa réouverture est réclamée de longue date par les Nations Unies et la communauté humanitaire
  • Mais malgré l'entrée en vigueur du cessez-le-feu à Gaza le 10 octobre, les autorités israéliennes ne l'ont pas autorisée, invoquant le fait que le Hamas n'a pas encore restitué le corps du dernier otage israélien retenu à Gaza, le policier Ran Gvili

JERUSALEM: Israël a annoncé lundi sans en préciser la date une "réouverture limitée" du poste-frontière de Rafah, entre la bande de Gaza et l'Egypte, prévue par l'accord de cessez-le-feu en vigueur depuis le 10 octobre.

"Dans le cadre du plan en 20 points du président Trump, Israël a accepté une réouverture limitée du passage frontalier de Rafah, réservée aux piétons et soumise à un mécanisme d'inspection israélien complet", a écrit le bureau du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu sur le réseau social X.

Le poste-frontière de Rafah est un point d'entrée essentiel de l'aide humanitaire dans la bande de Gaza. Sa réouverture est réclamée de longue date par les Nations Unies et la communauté humanitaire.

Mais malgré l'entrée en vigueur du cessez-le-feu à Gaza le 10 octobre, les autorités israéliennes ne l'ont pas autorisée, invoquant le fait que le Hamas n'a pas encore restitué le corps du dernier otage israélien retenu à Gaza, le policier Ran Gvili, et la nécessité d'une coordination avec l'Egypte.

Dimanche, des médias israéliens ont rapporté que les émissaires du président américain Donald Trump, Jared Kushner et Steve Witkoff, avaient exhorté le Premier ministre Netanyahu à rouvrir Rafah sans attendre la restitution de la dépouille de Ran Gvili.

La famille de l'otage avait, elle, appelé les autorités israéliennes à ne pas passer à la phase deux du cessez-le-feu sans restitution.

"Opération ciblée" 

L'armée israélienne "mène actuellement une opération ciblée afin d'exploiter toutes les informations recueillies dans le but de localiser et de ramener l'otage décédé, le sergent-chef Ran Gvili", a écrit le bureau du Premier ministre.

"Une fois cette opération terminée, et conformément à ce qui a été convenu avec les Etats-Unis, Israël ouvrira le point de passage de Rafah", a-t-il ajouté.

MM. Kushner et Witkoff sont arrivés dimanche en Israël pour des discussions sur l'avenir de la bande de Gaza.

Selon les médias israéliens, l'amiral Brad Cooper, chef du Commandement militaire américain pour le Moyen-Orient (Centcom) est également dans le pays.

Après l'annonce par les Etats-Unis du passage à la deuxième étape du plan Trump, le président américain a révélé la semaine dernière au Forum économique mondial de Davos son projet pour un "Nouveau Gaza", censé transformer le territoire palestinien dévasté en un complexe luxueux de gratte-ciels en bord de mer.

La deuxième étape du plan prévoit le désarmement du mouvement islamiste palestinien Hamas, au pouvoir dans la bande de Gaza, le retrait progressif de l'armée israélienne qui contrôle encore environ la moitié du territoire et le déploiement d'une force internationale.

Si la trêve a mis fin aux bombardements israéliens massifs de Gaza, en proie à une grave crise humanitaire, les deux parties s'accusent quotidiennement d'en violer les termes.


Les femmes premières victimes de la guerre au Soudan, dit une ministre

Les femmes sont les principales victimes des exactions commises pendant la guerre au Soudan, où elles sont confrontées aux « pires violences sexuelles au monde » et à d'autres crimes commis en toute impunité, a déclaré à l'AFP une militante des droits humains devenue ministre des Affaires sociales du gouvernement soutenu par l'armée. (AFP/Fichier)
Les femmes sont les principales victimes des exactions commises pendant la guerre au Soudan, où elles sont confrontées aux « pires violences sexuelles au monde » et à d'autres crimes commis en toute impunité, a déclaré à l'AFP une militante des droits humains devenue ministre des Affaires sociales du gouvernement soutenu par l'armée. (AFP/Fichier)
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  • Les femmes et les filles soudanaises sont les principales victimes du conflit, avec des violences sexuelles massives, utilisées notamment par les Forces de soutien rapide (FSR) comme arme de guerre et de nettoyage ethnique
  • Plus de 1.800 viols ont été recensés depuis avril 2023, dans un contexte d’impunité généralisée, poussant l’ONU et la CPI à enquêter sur de possibles crimes de guerre

PORT-SOUDAN: Proies faciles d'hommes portés par un sentiment d'impunité, les Soudanaises sont les premières victimes du conflit entre l'armée et les paramilitaires, marqué de violences sexuelles et "condensé de toutes les pires choses" au monde, a déclaré à l'AFP la ministre aux Affaires sociales.

Aux exactions, vols et pillages s'ajoutent les viols "souvent commis en présence de la famille", l'esclavage sexuel et le trafic vers les pays voisins, mais aussi les mariages scellés pour éviter la honte, explique Sulaïma Ishaq al-Khalifa, une militante ayant récemment rejoint le gouvernement pro-armée.

Selon elle, la violence sexuelle existe dans les deux camps, mais elle est "systématique" chez les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR), qui l'utilisent "comme arme de guerre" à des fins de "nettoyage ethnique".

"Il n'y a pas d'âge: une femme de 85 ans peut être violée, un enfant d'un an peut être violé", affirme cette psychologue engagée depuis des années dans la lutte contre les violences faites aux femmes.

Plus de 1.800 viols ont été recensés entre le début de la guerre en avril 2023 et octobre 2025, selon les données de son ministère, qui n'incluent pas les atrocités commises au Darfour et au Kordofan à partir de fin octobre.

Plus des trois-quarts des violences (77%) sont des viols, imputés à 87% aux FSR, selon un récent rapport du réseau Siha qui défend les droits de femmes dans la Corne de l'Afrique.

Les Nations-Unies s'inquiètent depuis plusieurs mois du déchainement des FSR contre les communautés non arabes dans la région du Darfour (ouest). La Cour pénale internationale (CPI) a ouvert une enquête pour "crimes de guerre" visant les deux camps.

- "Très fiers" -

Appelée mi-janvier devant le Conseil de sécurité de l'ONU, la vice-procureure de la CPI Nazhat Shameem Khan a décrit une "situation horrible" à el-Facher - capitale régionale du Darfour prise par les FSR fin octobre -, avec une "campagne organisée" incluant des viols et des exécutions "à grande échelle", parfois "filmés et célébrés" par leurs auteurs, "nourris par un sentiment de totale impunité".

"Il s'agit d'humilier les gens, de les forcer à quitter leurs maisons. Et aussi de briser le tissu social. Lorsque vous utilisez la violence sexuelle comme arme de guerre, cela signifie que vous voulez que la guerre se prolonge indéfiniment" car cela "nourrit l'esprit de vengeance", analyse Sulaïma Ishaq al-Khalifa, qui a reçu l'AFP à son domicile de Port-Soudan.

Le Darfour a déjà connu une période sanglante au début des années 2000. Un ancien chef des milices Janjawid, dont les FSR sont les héritières, a été récemment jugé et condamné par la CPI pour sa responsabilité dans de multiples crimes de guerre, y compris des viols.

"Ce qu'il se passe aujourd'hui est pire. Des viols de masse ont lieu, c'est documenté", dit la ministre à l'AFP. Et les auteurs "sont très fiers de ce qu'ils font, ils ne le voient pas comme un crime".

"On a l'impression qu'ils ont le feu vert pour faire tout ce qu'ils veulent", regrette-t-elle.

Au Darfour, "ils ont dit aux femmes - et cela ressort des témoignages de nombreuses survivantes - qu'elles valaient moins que des êtres humains, les traitant d'esclaves, et que lorsqu'ils les agressaient sexuellement, en fait ils les +honoraient+, parce qu’ils étaient plus instruits qu'elles ou de sang +plus pur+", poursuit-elle.

Pour la ministre, le Soudan est "un condensé de toutes les pires choses qui se sont produites dans le monde".

- Libérer la parole -

A Khartoum et dans plusieurs villes du Darfour, dont el-Facher, des survivantes ont évoqué des viols "commis par des mercenaires francophones venus d'Afrique de l'Ouest, Mali, Burkina Faso, Nigeria, Tchad, mais aussi des Colombiens ou des Libyens", accusés de combattre avec les FSR, selon la ministre.

Et puis, certaines victimes ont été enlevées et cloîtrées comme esclaves sexuelles, d'autres vendues par des réseaux de trafic facilités par l'instabilité et les frontières poreuses, mais les cas sont difficiles à documenter.

Une des difficultés est de libérer la parole des victimes, alors que certaines familles préfèrent les marier de force pour "cacher ce qui s'est passé", surtout en cas de grossesse, explique Sulaïma Ishaq al-Khalifa.

"Nous considérons cela comme une forme de torture", dit-elle, en évoquant les cas "effrayants" de mariages forcés d'enfants et d'adolescentes.

Depuis avril 2023, la guerre au Soudan a fait des dizaines de milliers de morts, des millions de réfugiés et plongé le pays dans la pire crise humanitaire au monde, selon l'ONU.