Le recyclage peut réduire la production de déchets en Arabie saoudite

L'Arabie saoudite produit près de 15 millions de tonnes de déchets chaque année, dont 95 % finissent dans des décharges et seulement 5 % du total des déchets sont recyclés. (Shutterstock)
L'Arabie saoudite produit près de 15 millions de tonnes de déchets chaque année, dont 95 % finissent dans des décharges et seulement 5 % du total des déchets sont recyclés. (Shutterstock)
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Publié le Lundi 31 janvier 2022

Le recyclage peut réduire la production de déchets en Arabie saoudite

  • La culture de consommation dans les pays du CCG a créé des montagnes de déchets, dont la plupart sont non biodégradables
  • «L'économie circulaire» ouvre d'énormes opportunités aux Saoudiens pour réduire, réutiliser et recycler les déchets qu'ils génèrent

DJEDDAH: Comme c'est le cas dans de nombreuses autres régions du monde, la combinaison de la croissance démographique, de l'urbanisation et de l'expansion économique a non seulement augmenté la consommation personnelle au Moyen-Orient, mais elle génère également des quantités colossales de déchets.
Cinq pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG) – Bahreïn, l'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis (EAU), le Qatar et le Koweït – se classent parmi les dix premiers pays au monde en matière de production de déchets solides par habitant.
Grâce à leur richesse pétrolière, les dépenses de consommation dans ces pays ont augmenté au cours des dernières décennies pour devenir un moteur essentiel des économies nationales. Mais de la même façon que dans de nombreux pays avancés, la consommation a créé des montagnes de déchets, dont la plupart sont non biodégradables et extrêmement nocifs pour l'environnement.
L'Arabie saoudite produit à elle seule près de 15 millions de tonnes de déchets par an, dont 95 % finissent dans des décharges, polluant le sol et libérant des gaz à effet de serre, dont du méthane, présent dans l'atmosphère pendant des décennies.
Ce qui n'est pas enterré finit souvent comme détritus dans les rues des villes, sous forme de sacs en polyéthylène, d’emballages de fast-food, de bouteilles en plastique et de canettes de soda vides.
Entre le début de l’année 2020 et le premier semestre de 2021, l'Arabie saoudite n'a recyclé que 5 % de ses déchets totaux, notamment le plastique, le métal et le papier.
Pour réduire la production de déchets, protéger les écosystèmes fragiles et tirer le meilleur parti des matériaux réutilisables, le pays peut s'appuyer sur le concept «d'économie circulaire», un système en boucle fermée qui implique l'approche des 3 R : réduire, réutiliser et recycler.
Le principal acteur de ce changement dans cet effort est la Saudi Investment Recycling Company (Sirc), créée en 2017 en tant que filiale à part entière du Fonds d'investissement public (PIF).

 

En bref

 

  • Le plastique met plus de quatre cents ans à se dégrader.
  • Seulement 12 % du plastique est incinéré dans le monde.

La Sirc cherche à détourner 85 % des déchets industriels dangereux, 100 % des déchets solides et 60 % des déchets de construction et de démolition des décharges d'ici à 2035. Les seuls types de déchets non traités par son mandat sont ceux créés par l'énergie militaire et nucléaire, tous deux gérés par des organismes spécialisés.
Le modèle d'économie circulaire ouvre d'immenses possibilités, que ce soit en termes de produits, de création d'énergie ou de services, qui peuvent apporter une contribution majeure à la diversification de l'économie saoudienne, loin du pétrole et de ses dérivés, conformément à la stratégie de réformes des objectifs de la Vision 2030 du Royaume.
L'Arabie saoudite a l’intention d’investir près de 24 milliards de riyals saoudiens (1 riyal saoudien = 0,24 euro) dans le recyclage des déchets d'ici à 2035, dans le cadre de ses efforts pour adopter un système de gestion des déchets plus durable. Le Royaume investira quelque 1,3 milliard de riyals dans les déchets de construction et de démolition et près de 900 millions de riyals dans les déchets industriels. Les investissements dans les déchets solides municipaux dépasseront 20 milliards de riyals, tandis que les investissements dans les autres types de déchets s'élèveront à plus de 1,6 milliard.
Il existe plusieurs façons de créer de la valeur dans une économie circulaire. L'une d'entre elles est la «valorisation énergétique des déchets», qui consiste à sécher et à incinérer les déchets, les eaux usées brutes et les boues industrielles pour alimenter des turbines à vapeur.

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Des volontaires en Arabie saoudite nettoient les plages de leurs déchets pour empêcher leur retour dans les eaux. (Fourni/Journée mondiale du nettoyage)

La combustion des déchets produit du dioxyde de carbone (CO2), mais les laisser se décomposer dans les décharges entraîne vingt à quarante fois plus d'émissions de gaz à effet de serre, sous forme de méthane, sur une période de plusieurs années.
Sans surprise, le concept de l'économie circulaire fait son chemin. En 2020, alors que l'Arabie saoudite assurait la présidence du Groupe des vingt (G20), le Royaume proposait aux alliés le concept d'une économie circulaire du carbone comme moyen d'atténuer l'accumulation de carbone dans l'atmosphère.
Mais un modèle d'économie circulaire ne peut réussir sans la participation active des grandes entreprises, des petits entrepreneurs et du grand public.
Les experts indiquent que la construction d'installations de recyclage dans le Royaume n'est qu'une partie de la solution; elle doit aller de pair avec des efforts pour inculquer à la population saoudienne une culture du recyclage domestique et de la consommation responsable.
«Nous devons investir dans l'infrastructure mais, également, créer des programmes de sensibilisation», a déclaré Ziyad al-Shiha, PDG de la Sirc, à Arab News en octobre. «Une fois que nous aurons atteint 25 à 35 % de recyclage, nous pourrons dire au public: “Regardez, c’est votre effort et c’est le résultat que nous vous offrons”.»

Chronologie des progrès environnementaux saoudiens

2016: Lancement de Saudi Vision 2030.
2017: Annonce du Programme national des énergies renouvelables.

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2018: Lancement de la Stratégie nationale de l'environnement.
2019: L'Arabie saoudite rejoint l'Alliance solaire internationale.

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2020: Lancement du Fonds environnemental.
27 mars 2021: Lancement de Saudi Green Initiative et Middle East Green Initiative.
16 septembre 2021: Les îles Farasan sont ajoutées au Réseau mondial des réserves de biosphère de l'Organisation des nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco).

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23 octobre 2021: L'Arabie saoudite annonce l'objectif de zéro émission nette de gaz à effet de serre d'ici à 2060.
23 octobre 2021: L'Arabie saoudite rejoint le Global Methane Pledge.

Des progrès ont déjà été réalisés dans la promotion d'un comportement respectueux de l'environnement à l’échelle communautaire. Les autoroutes saoudiennes sont mieux entretenues qu'avant. Même dans les villes, les égouts ne sont plus obstrués par les mégots de cigarettes, les mouchoirs en papier, les gobelets en papier et les emballages alimentaires jetés.
Ces améliorations résultent en partie de l'introduction de sanctions; le ministère des Affaires municipales et rurales et du Logement peut désormais imposer des amendes de 133 dollars (1 dollar = 0,90 euro) à quiconque est surpris en train de jeter ou de cracher dans un lieu public.
Mais les préoccupations environnementales et l'intérêt du public pour le recyclage et la réduction des déchets ménagers ont également nettement augmenté, grâce aux campagnes menées par des groupes de la société civile.
L'un de ces groupes, Mawakeb Alajer, s’efforce depuis dix-sept ans d’encourager le recyclage à Djeddah en fournissant des installations de tri où le public peut déposer un large éventail de produits recyclables, allant des déchets de papier et de plastique aux meubles indésirables et même aux vieilles robes de mariée.
«En tant que magasin de seconde main, nous encourageons les gens à donner ce dont ils n'ont plus besoin à des œuvres caritatives, ce qui aide à protéger l'environnement en réduisant les déchets», déclare Sara Alfadl, porte-parole de Mawakeb Alajer, à Arab News.
«Nous sommes convaincus que chacun joue un rôle dans la communauté et nous fournissons un service dont tout le monde peut bénéficier. Nous trions tout ce que nous recevons. Cela prend beaucoup de temps, nécessite beaucoup de main-d'œuvre et c’est difficile. Heureusement, la plupart des articles que nous recevons, qu'il s'agisse de vêtements ou de déchets recyclables, sont en bon état.»
En coopération avec des entreprises locales, des chargements de camions de matériaux recyclables sont apportés à l'installation de Mawakeb Alajer où ils sont triés puis vendus, donnés ou envoyés pour être réutilisés ou recyclés. Avec ce processus, le groupe contribue à changer progressivement les attitudes du public.
«La prise de conscience en est encore à ses balbutiements mais elle se développe néanmoins», souligne Sara Alfadl.
Les écoles ont commencé à jouer un rôle important pour changer la mentalité de la prochaine génération, en adoptant des projets de «culture environnementale» qui donnent aux élèves la possibilité d'apprendre en participant à des programmes de recyclage et à des projets scientifiques en milieu scolaire.

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Le maire saoudien rend hommage à l'expatrié britannique Neil Walker, pour ses vingt-sept ans de nettoyage des plages qui ont inspiré des initiatives environnementales créatives à Al-Khobar. (Fourni)

De leur côté, de nombreuses entreprises saoudiennes s'adaptent au modèle de l’économie circulaire, conformément aux objectifs de développement durable poursuivis par le Royaume.
Mona Alothman, cofondatrice de Naqaa, un fournisseur local de solutions de durabilité environnementale interentreprises, déclare que de nombreuses entreprises intègrent désormais le recyclage et la réduction des déchets dans leurs modèles commerciaux.
«Ce n'est pas qu'une phase», précise-t-elle à Arab News. «De nombreuses entreprises saoudiennes adoptent des moyens ingénieux pour réduire, réutiliser et recycler leurs fournitures de bureau et mieux gérer leurs déchets, entre autres.»
«Énormément de choses ont changé ces dernières années. La réglementation est devenue plus stricte afin de respecter les normes internationales. La philosophie de base de notre entreprise tourne autour de la durabilité, et le recyclage en fait partie.»
«Les entreprises d'aujourd'hui ne se contentent pas d’appliquer nos solutions recommandées pour les déchets d’entreprises, mais elles initient également des campagnes pour promouvoir et encourager les gens à être plus conscients de la façon dont ils jettent leurs déchets.»
Cette stratégie à plusieurs volets, englobant l'éducation, des programmes caritatifs, des règles et des sanctions plus strictes, encourage les établissements commerciaux du Royaume à adopter des pratiques respectueuses de l'environnement et les communautés à réfléchir davantage aux effets du mode de vie sur l'environnement.
Sara Alfadl et ses collègues de Mawakeb Alajer estiment que les Saoudiens peuvent faire beaucoup pour encourager leurs employeurs, leurs voisins et les autorités locales à mettre en œuvre des pratiques plus respectueuses de l'environnement dans les foyers et les lieux de travail.
«Je pense que le recyclage va se développer rapidement ici en Arabie saoudite», déclare Sara Alfadl. «Avec une prise de conscience croissante, ce qui était autrefois un projet ou une initiative à court terme est devenu une nécessité.»
«Notre vision a toujours été globale. Lorsque les employés se joignent à la démarche de développement durable avec leurs actions, d'autres feront rapidement de même et créeront une communauté de personnes qui suivent l’exemple.»

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Liban: "assiégés" par Israël, les derniers habitants de Tyr résistent

Un panache de fumée et un fragment de béton s’élèvent du site d’une frappe aérienne israélienne à la périphérie est de Tyr, dans le sud du Liban, le 24 mars 2026. (AFP)
Un panache de fumée et un fragment de béton s’élèvent du site d’une frappe aérienne israélienne à la périphérie est de Tyr, dans le sud du Liban, le 24 mars 2026. (AFP)
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  • À Tyr, des milliers de civils refusent de fuir malgré les bombardements israéliens et la menace d’une invasion, affirmant leur attachement à leur terre malgré la peur et les destructions
  • La ville est presque assiégée : infrastructures détruites, pénuries imminentes et situation humanitaire critique, tandis que les combats entre Hezbollah et Israël s’intensifient

TYR: "Ils devront nous faire partir par la force": malgré les bombes et la menace d'une invasion israélienne, Khalil est de ceux qui ont décidé de rester à Tyr, dans le sud du Liban, désormais très isolée du reste du pays.

Retranché avec sa femme et leur fils de deux ans dans un théâtre de la vieille ville après avoir fui leur maison bombardée, le trentenaire assure qu'il "ne (se) rendra pas": "Nous n'abandonnerons pas notre terre, nos cœurs sont ici".

Bravant les ordres d'évacuation lancés par l'armée israélienne, environ 20.000 personnes dont quelque 15.000 déplacés des villages environnants s'entassent dans le quartier chrétien - le seul encore épargné - et dans quelques écoles.

Mais beaucoup se demandent combien de temps la ville millénaire pourra tenir.

Mardi, une dizaine d'explosions ont secoué Tyr et ses environs immédiats, ont constaté des journalistes de l'AFP. Il s'agissait des pires bombardements que la ville ait connus depuis le début de la guerre entre Israël et le Hezbollah le 2 mars.

Avions de chasse et drones israéliens tournoyaient dans le ciel jusqu'à la nuit tombée, larguant des bombes qui ont fait au moins 24 blessés dans le centre et provoquant d'immenses panaches de fumée noire.

Le groupe chiite pro-iranien, dont le drapeau jaune flanqué d'une kalachnikov flotte sur chaque lampadaire, est très implanté dans la cité célèbre pour ses plages de sable et ses ruines antiques.

Véritables maîtres d'une ville quasi-fantôme, ses hommes reconnaissables à leurs vêtements noirs, sont partout: postés aux abords des rond-points, sillonnant à scooter les rues désertes, inspectant les immeubles réduits en poussière.

Avant chaque frappe israélienne, ils tirent en l'air pour prévenir du danger immédiat les rares civils qui s'aventurent à l'extérieur.

Mercredi, l'armée israélienne a accusé le Hezbollah "d'implanter ses infrastructures militaires au sein des zones résidentielles" de Tyr.

- "Tout le monde a peur" -

Mustafa Ibrahim Al Sayed, 50 ans, ne quitte pas l'enceinte de l'école où il s'est réfugié avec ses deux femmes et leurs 11 enfants. Originaires d'un village frontalier, ils avaient déjà échoué à Tyr lors du précédent conflit, en 2024.

Malgré les menaces d'invasion terrestre, "je ne veux pas être déplacé ailleurs (...) Mes enfants se sont habitués à la guerre et ils connaissent tout le monde ici", dit-il.

L'armée israélienne a annoncé mardi son intention de s'emparer d'une partie du sud, dont Tyr, pour créer une zone tampon de 30 km de large.

"Tout le monde a peur pour sa maison et sa terre, mais que pouvons-nous faire?", poursuit M. Al Sayed. "Depuis 1978 (première invasion israélienne, NDLR), c'est la cinquième fois que je suis déplacé, j'ai passé toute ma vie en exil".

Plusieurs responsables de la mairie et des secours ont raconté à l'AFP que des officiers israéliens les ont directement appelés ces derniers jours pour leur ordonner de faire respecter les avis d'évacuation.

"Vous faites votre boulot, je fais le mien!", assure leur avoir répondu Mortada Mhanna, à la tête de l'unité de gestion des catastrophes de Tyr, qui court partout pour aider les déplacés.

"On a conseillé aux gens de partir, on leur a expliqué qu'on pouvait affréter des navettes escortées par l'armée, ils n'ont rien voulu savoir", ajoute-t-il.

Pour ce quadragénaire énergique, hors de question de quitter la ville tant qu'il y a des civils. "Je serai le dernier à quitter cet endroit", dit-il avec aplomb.

- Ville isolée -

Tyr est de plus en plus isolée. L'aviation a bombardé les principaux ponts qui enjambent le fleuve Litani, affirmant vouloir empêcher le Hezbollah de se réapprovisionner en armes.

Un seul relie encore Tyr à la capitale Beyrouth et au nord du pays, sur l'ancienne route côtière.

"Si le dernier pont tombe, nous allons tout droit vers une catastrophe humanitaire", s'alarme Alwan Charafeddine, le maire adjoint de Tyr. "La ville sera assiégée et les convois de ravitaillement ne pourront plus l'atteindre".

"Nos stocks sont déjà presque épuisés", dit-il en énumérant les besoins en nourriture, en kits d'hygiène, mais aussi en carburant pour faire tourner les générateurs qui fournissent une bonne partie de l'électricité.

A 82 ans, Nada Reda Abu Sari n'est pas restée par choix. Cela fait des mois qu'elle dort sur un matelas jeté au sol, dans une salle de classe.

"Je suis malade, je n’ai même pas les moyens de m’acheter des médicaments", dit-elle en brandissant quelques boîtes vides. "Je ne dors plus. A chaque frappe, on se réveille, chaque jour, on meurt un peu plus".

La vieille dame n'a jamais revu sa maison de Dhaïra, l'un des villages frontaliers entourés de collines verdoyantes complètement détruits par les soldats israéliens en 2024.

"Nous n'avons plus ni foyer, ni terres, ni vignes, rien (...) mes enfants sont tous éparpillés et je n'ai aucune nouvelle d'eux", confie-t-elle sans pouvoir retenir ses sanglots.

"Est-ce que c'est ça, la vie? Parfois je me dis que je devrais me jeter à la mer".


Au moins 9 morts dans des raids israéliens contre le sud du Liban

Des secouristes arrivent sur le site d’une frappe aérienne israélienne ayant visé la ville côtière de Tyr, dans le sud du Liban, le 24 mars 2026. (AFP)
Des secouristes arrivent sur le site d’une frappe aérienne israélienne ayant visé la ville côtière de Tyr, dans le sud du Liban, le 24 mars 2026. (AFP)
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  • Des frappes israéliennes dans le sud du Liban ont fait au moins 9 morts et plusieurs blessés, tandis que des ordres d’évacuation ont été donnés dans la banlieue sud de Beyrouth
  • Les tensions s’intensifient : Israël affirme cibler des infrastructures du Hezbollah, tandis que le mouvement riposte par des attaques de roquettes vers le nord d’Israël

BEYROUTH: Au moins neuf personnes, selon les médias officiels libanais, ont été tuées dans la nuit de mardi à mercredi dans trois raids israéliens contre des localités du sud du Liban, qu'Israël considère comme un bastion du mouvement pro-iranien Hezbollah.

D'après l'Agence nationale d'information (ANI), une attaque israélienne a fait au moins trois morts et 18 blessés dans la région de Nabatiyeh, et une autre quatre morts et un blessé à Aadloun, au sud de la ville de Saïda, également appelée Sidon.

Selon la même source, une frappe israélienne contre un appartement du camp de réfugiés de Mieh Mieh, également près de Saïda, a par ailleurs fait deux morts et quatre blessés.

L'armée israélienne a en outre ordonné aux habitants de sept quartiers de la banlieue sud de Beyrouth, autre fief du Hezbollah, d'évacuer en prévision d'actions militaires.

Elle a aussi annoncé avoir, au cours de son opération terrestre dans le sud du Liban, avoir "démantelé des centres de commandement du Hezbollah" ainsi qu'un dépôt d'armes, et avoir tué plusieurs combattants du mouvement, sans en préciser le nombre.

De son côté, le Hezbollah a affirmé mercredi matin avoir attaqué un char et des soldats israéliens près de la frontière, et tiré un "barrage de roquettes" vers Kiryat Shmona, dans le nord d'Israël.

Les sirènes d'alerte ont retenti dans cette ville de la vallée de la Houla, proche de la frontière libanaise. Les autorités israéliennes n'ont fait état d'aucune victime.

Mardi, une Israélienne d'une trentaine d'années avait été tuée dans le nord du pays par un autre tir de roquettes depuis le Liban.

Depuis que le Liban a été entraîné dans la guerre régionale le 2 mars, les frappes israéliennes ont tué plus de mille personnes et fait plus d'un million de déplacés, selon les autorités.

Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a affirmé mardi que les forces israéliennes "manoeuvraient à l'intérieur du territoire libanais pour s'emparer d'une ligne de défense avancée" jusqu'au fleuve Litani, à environ 30 kilomètres de la frontière.

"Les centaines de milliers de résidents du sud du Liban qui ont été évacués vers le nord ne retourneront pas au sud du Litani tant que la sécurité des habitants du nord (d'Israël) ne sera pas assurée", a-t-il prévenu.

- Traces de sang -

Après avoir envahi le Liban en 1982, Israël avait maintenu une zone tampon de 10 à 20 kilomètres de profondeur, jusqu'à son retrait total en 2000, sous les coups de boutoir du Hezbollah.

"La bataille contre le Hezbollah (...) ne fait que commencer", a averti lundi la porte-parole arabophone de l'armée israélienne, Ella Waweya.

Mardi, des frappes israéliennes avaient déjà tué cinq personnes dans le sud du pays et trois autres dans une zone résidentielle proche de Beyrouth, après des raids sur la banlieue sud.

"Ma maison a été entièrement détruite. Il ne reste plus rien, tout a brûlé", dit à l'AFP Abbas Qassem, 55 ans, dont l'appartement voisin du sien a été visé par la frappe à Bchamoun, un village dans les montagnes au sud-est de Beyrouth qui est pourtant à l'écart des zones contrôlées par le Hezbollah.

"Qu'est-ce que j'ai fait pour que ma maison soit détruite? Je suis une personne normale", ajoute-t-il en pleurant, comme sa femme, découvrant l'appartement dévasté.

Un journaliste de l'AFP a vu des traces de sang et des restes d'un projectile dans l'appartement visé.

A Haret Hreik, l'un des quartiers de la banlieue sud désertée par une majorité d'habitants, un photographe de l'AFP a vu des immeubles effondrés et des rues jonchées de débris.

Beyrouth accuse les Gardiens de la révolution iraniens de diriger les opérations du Hezbollah contre Israël, et a interdit leurs activités sur son territoire.

Mardi, la décision des autorités d'expulser l'ambassadeur d'Iran a provoqué une vive réaction du Hezbollah, qui leur a demandé de se rétracter.

"Nous demanderons à l’ambassadeur iranien de rester à Beyrouth et de considérer la mesure comme nulle et non avenue", a affirmé une source de l'organisation à l'AFP.


Nouvelles vagues d'attaques au Moyen-Orient, les négociations Washington-Téhéran restent à confirmer

Les frappes aériennes israéliennes menées dans la nuit du 24 mars 2026 ont causé d’importants dégâts dans le quartier de Haret Hreik, une banlieue densément peuplée du sud de Beirut, considérée comme un bastion du Hezbollah. (AFP)
Les frappes aériennes israéliennes menées dans la nuit du 24 mars 2026 ont causé d’importants dégâts dans le quartier de Haret Hreik, une banlieue densément peuplée du sud de Beirut, considérée comme un bastion du Hezbollah. (AFP)
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  • L’Iran a intensifié les frappes (missiles et drones) contre Israël et plusieurs pays du Golfe, tandis qu’Israël poursuit ses bombardements en Iran et au Liban, aggravant le conflit régional
  • Les États-Unis proposent un plan de paix incluant un cessez-le-feu temporaire, des restrictions sur le programme nucléaire iranien et la levée des sanctions, alors que le détroit d’Ormuz rouvre partiellement, faisant baisser les prix du pétrole

TEHERAN: L'Iran a tiré mercredi des salves de missiles et de drones contre ses voisins du Golfe et Israël, et celui-ci continue de bombarder Téhéran et le Liban, malgré la promesse américaine de négociations de paix qui a calmé les marchés.

Iran et Etats-Unis négocient "en ce moment" pour tenter de mettre un terme au conflit, a affirmé mardi Donald Trump, ajoutant que son émissaire Steve Witkoff, son gendre Jared Kushner, le vice-président JD Vance et le chef de la diplomatie américaine Marco Rubio participent au processus.

Plusieurs médias, dont le New York Times et la chaîne de télévision israélienne Channel 12, avancent que l'administration Trump a proposé un plan de paix en 15 points à l'Iran par l'entremise du Pakistan, qui entretient de bonnes relations avec les deux parties.

Selon trois sources non identifiées citées par Channel 12, les Etats-Unis proposent un cessez-le-feu d'un mois, le temps que les autorités iraniennes étudient leurs demandes.

Toujours selon la chaîne israélienne, parmi les 15 points, cinq concernent le programme nucléaire iranien, d'autres imposent l'abandon du soutien aux alliés de l'Iran dans la région, comme le Hezbollah ou le Hamas, et un point insiste pour que le détroit d'Ormuz reste ouvert à la navigation maritime. En contrepartie l'Iran obtiendrait une levée des sanctions internationales à son encontre et un soutien pour son programme nucléaire civil.

- L'Iran desserre l'étreinte sur Ormuz -

L'Iran a justement affirmé que les "navires non hostiles" pouvaient désormais "bénéficier d'un passage sûr par le détroit d'Ormuz en coordination avec les autorités compétentes", selon l'Organisation maritime internationale (OMI).

Près de 20% de la production mondiale d'hydrocarbures transite par ce détroit stratégique, dont le blocage de fait par Téhéran ces dernières semaines a fait flamber les prix du pétrole.

Donald Trump a évoqué mardi "un très gros cadeau" lié aux hydrocarbures, sans donner de précisions, qui pourrait justement être lié à cette réouverture partielle du détroit.

En réaction à ces informations les cours du pétrole retombent mercredi, et les Bourses d'Asie sont revenues dans le vert.

Mais l'Iran, pour l'heure, n'a pas confirmé la moindre négociation.

Mohammad Bagher Ghalibaf, président du Parlement iranien - présenté par le site d'informations Axios comme l'interlocuteur des Etats-Unis - a démenti en bloc. La diplomatie iranienne a juste reconnu en début de semaine avoir reçu, via des "pays amis", des "messages transmettant une demande américaine de négociations".

- Incendie à l'aéroport de Koweït -

La presse américaine évoque en outre l'envoi de 3.000 soldats parachutistes en renfort au Moyen-Orient, où la guerre ne donne aucun signe d'accalmie avec de nouvelles vagues d'attaques israéliennes contre l'Iran et le Liban, et de nouveaux tirs de missiles et de drones iraniens vers Israël, la Jordanie et plusieurs pays du Golfe.

Les Gardiens de la Révolution, armée idéologique de l'Iran, ont annoncé mercredi avoir lancé des attaques contre le nord et le centre d'Israël, dont la région de Tel-Aviv, ainsi que sur deux bases militaires américaines au Koweït, une en Jordanie et une au Bahreïn.

Selon les secours israéliens, 12 personnes ont été blessées mardi soir près de Tel-Aviv par un ou plusieurs missiles iraniens.

Au Koweït, une attaque de drones a mis le feu à un réservoir de carburant à l'aéroport international de l'émirat, selon l'Autorité de l'aviation civile du pays, qui n'a pas fait état de victime.

De son côté, comme au cours des nuits précédentes, l'armée israélienne a annoncé avoir "lancé une série de frappes visant les infrastructures du régime terroriste iranien à Téhéran".

"Les bruits, les explosions et les missiles font désormais partie de notre vie quotidienne", a confié à l'AFP par téléphone une femme de 35 ans, originaire du Kurdistan iranien et résidant à Téhéran.

- Au moins 9 morts au Liban -

Israël poursuit également son offensive au Liban, où au moins neuf personnes ont été tuées dans la nuit de mardi à mercredi dans trois raids dans le sud du pays, région considérée par Israël comme un bastion du mouvement pro-iranien Hezbollah, selon l'agence de presse officielle libanaise ANI.

L'armée israélienne a en outre ordonné aux habitants de sept quartiers de la banlieue sud de Beyrouth, autre fief du Hezbollah, d'évacuer en prévision d'actions militaires.

Depuis que le Liban a été entraîné dans la guerre régionale le 2 mars, les frappes israéliennes y ont tué plus de mille personnes et fait plus d'un million de déplacés, selon les autorités.

Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a affirmé mardi que les forces israéliennes "manoeuvraient à l'intérieur du territoire libanais pour s'emparer d'une ligne de défense avancée" jusqu'au fleuve Litani, à environ 30 kilomètres de la frontière.