Un monde, un film choc sur le harcèlement scolaire

Un monde, le premier long-métrage de Laura Wandel, sort aujourd’hui dans les cinémas en France. (Photo, AFP)
Un monde, le premier long-métrage de Laura Wandel, sort aujourd’hui dans les cinémas en France. (Photo, AFP)
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Publié le Jeudi 27 janvier 2022

Un monde, un film choc sur le harcèlement scolaire

Un monde, le premier long-métrage de Laura Wandel, sort aujourd’hui dans les cinémas en France. (Photo, AFP)
  • Avec Un monde, la réalisatrice belge Laura Wandel réalise une parabole immersive à hauteur d’enfant qui dépeint également la brutalité de nos sociétés
  • «J’avais envie de montrer l’enfance, ses découvertes, mais aussi une certaine cruauté, parce que c’est aussi ça, l’enfance», explique à Arab News en français la réalisatrice

ABU DHABI : Ultraréaliste à la manière des frères Dardenne, Un monde, le premier long-métrage de Laura Wandel, sort aujourd’hui dans les cinémas en France. À première vue, le film est un récit maîtrisé de la violence et du harcèlement dans une cour d’école. On y suit Nora, 7 ans, qui entre à l’école primaire et découvre les tourments de son frère aîné Abel. Nora cherche à l’aider, mais elle se trouve prise dans un terrible conflit de loyauté, entre l’amour fraternel et son besoin de s’intégrer. 

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Laura Wandel : Le cinéma pour moi, c’est une fenêtre ouverte sur le monde, qui permet de découvrir d’autres cultures, de me projeter dans la vie de quelqu’un d’autre. (Photo fournie)

À travers une histoire sur le monde impitoyable des enfants, la réalisatrice belge met en lumière celui des adultes. Une parabole immersive à hauteur d’enfant qui dépeint aussi la brutalité de nos sociétés. 

Récompensé au dernier festival de Cannes par le prix Fipresci des critiques internationaux dans la catégorie «Un certain regard», Un monde a été présélectionné cette année pour les Oscars parmi quinze films internationaux. Arab News en français a rencontré Laura Wandel, qui dévoile les coulisses de sa création. 

Un monde peut être vu comme un récit du harcèlement à l’école, mais votre réflexion va bien au-delà, c’est un prétexte pour mener une réflexion plus large sur nos sociétés? 

Mon film ne parle pas seulement de harcèlement à l’école. C’est bien plus que ça. Il était important pour moi de renvoyer le spectateur à ses premiers souvenirs personnels, lorsqu’il a ressenti le besoin d’intégration, de reconnaissance, et d’appartenance. Ce besoin que l’on va retrouver dans notre vie d’adulte. J’ai l’impression que c’est vraiment à l’école, lorsque l’on quitte le cocon familial, que l’on est confronté pour la première fois à toutes ces problématiques. 

Nous passons plus de douze ans de notre vie, huit heures par jour, à l’école, et cela influence notre vision du monde en tant qu’adulte, notre rapport à l’Autre. C’est comme si des choses s’ancraient en nous à ce moment-là. J’aborde ici aussi la question de la territorialité: par exemple, le terrain de foot prend toute la place dans la cour de récréation, et j’ai l’impression que c’est assez universel. Dans la plupart des cours de récréation, les enfants qui n’ont pas envie de jouer au foot ont le droit à de tout petits espaces à côté. C’est assez révélateur de notre société, et je pense profondément que les conflits dans le monde sont liés à tous ces rapports de force. 

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Selon vous donc, le monde est en quelque sorte une grande cour de récréation?  

Oui j’ai l’impression. C’est vraiment un miroir de notre société, de notre monde. 

Vous avez aussi écrit le scénario du film. Comment vous avez eu l’idée de traiter ce sujet? 

Dans mon travail, je pars toujours d’un lieu, et cette fois, j’avais envie d’explorer l’école. C’est un microcosme et j’aime beaucoup les lieux qui représentent un microcosme. J’ai fait le choix de parler d’une enfant qui arrive dans la même école que son frère. J’avais envie de montrer l’enfance, ses découvertes, mais aussi une certaine cruauté, parce que c’est aussi ça, l’enfance.  

Maya Vanderbeque, la jeune fille qui incarne Nora, capte le spectateur par ses émotions dès les premiers instants du film. Sur quels critères vous avez fait le casting des enfants? 

Pour le rôle de Nora, je savais que j’avais besoin d’une enfant qui ait les épaules pour porter ce film. J’ai vu environ 200 enfants pendant le casting. Mais quand Maya est arrivée, la première chose qu’elle m’a dit a été «je vais donner toute ma force à ce film», alors qu’elle n’avait que 7 ans. Cela m’avait vraiment impressionné. Et devant la caméra, elle dégageait quelque chose d’incroyable et de très beau, juste par son visage. C’est ça aussi la magie du cinéma. C’est quand la caméra arrive à révéler quelque chose que l’on ne voit pas spécialement à l’œil nu. Une fois que nous l’avons choisie, nous avons organisé tout le casting en fonction d’elle et nous avons sélectionné Günter Duret pour le rôle d’Abel, le frère de Nora. 

Quel a été le processus que vous avez mis en place pour préparer les enfants à la thématique du harcèlement? 

J’ai travaillé avec Maya pendant environ deux ans. La première étape a été de lui apprendre à nager. Cela nous a permis de bien nous connaître et de construire une relation de confiance. Ensuite, nous avons mis en place une méthode particulière avec une orthopédagogue. Chaque enfant devait créer la marionnette de son personnage. Il fallait qu’ils fassent bien la distinction entre eux et le personnage, qu’ils ne mélangent pas les deux. C’était une étape très importante. Ensuite, on leur a expliqué le début d’une scène et on leur a demandé d’improviser la suite pour qu’ils puissent aussi engager leur corps et proposer des dialogues par eux-mêmes. Lors de la dernière étape, ils devaient dessiner chaque scène et cela devenu leur scénario visuel, leur propre story-board. 

Les enfants n’ont jamais reçu de scénario, contrairement aux adultes, parce qu’il était très important pour moi qu’ils gardent une part de créativité et qu’il puissent participer à l’histoire. Pendant deux mois avant le tournage, nous avons travaillé avec eux tous les week-ends. 

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Laura Wandel: Les enfants n’ont jamais reçu de scénario, contrairement aux adultes, parce qu’il était très important pour moi qu’ils gardent une part de créativité et qu’il puissent participer à l’histoire. (Photo fournie)

Dans le film, vous explorez aussi le sujet de la fraternité, la relation entre frère et sœur? 

C’était une manière presque symbolique de dire qu’on est tous frères et sœurs, en tant qu’humains, et de montrer jusqu'où l’on peut aller, renier sa propre identité afin de s’intégrer. 

Vous avez fait le choix de positionner votre caméra à hauteur d’enfant. Était-ce pour plonger le spectateur encore plus dans l’histoire? 

Oui, c’est une manière d’immerger le spectateur et de le confronter à la vision d’un enfant. J’ai aussi fait appel au hors champ. Il était très important pour moi que spectateur participe à la narration et j’ai impression que ce choix le permet. C’est aussi le cas pour le fond sonore, qui pourrait paraître placé là par hasard, mais qui a été réalisé avec beaucoup de précision. Je l’ai construit comme une véritable partition musicale. Les ingénieurs du son sont allés capter des vrais sons dans des cours de récréations pendant des mois. L’un travaillait uniquement sur les sons intérieurs et l’autre a enregistré les sons extérieurs. Ensuite, chaque cri et chaque son ont été placés à des endroits très précis pour faire monter ou baisser la tension dans le film. 

Avant sa sortie en salle, Un monde a déjà été visionné par de nombreux enfants dans les écoles. Ce film a-t-il été réalisé dans un but pédagogique? 

Pas au départ, non. Ce film était a priori davantage destiné aux adultes, mais en Belgique et en France, il est beaucoup demandé par les écoles. Il est en fait, en train de devenir un outil pédagogique. C’est quelque chose qui me touche beaucoup, parce que je ne m’y attendais pas. C’est très beau qu’il ne soit plus juste un «objet cinématographique». 

Combien de temps avez-vous travaille sur ce film? 

J’ai travaillé dessus pendant sept ans, dont cinq ans sur l’écriture du scenario. J’ai passé d’ailleurs énormément de temps à observer les enfants dans des cours de récréation, parce que je ne voulais pas me baser uniquement sur mes souvenirs personnels. J’ai aussi rencontré pas mal d’instituteurs et des parents d’élèves. 

Vous avez terminé le film avant la pandémie, pourtant Un monde sort seulement aujourd’hui au cinéma. Comment avez-vous vécu cette période de la pandémie? 

En effet, le film devait sortir en 2020, mais nous avons décidé de reporter sa sortie, à cause de la Covid-19. D’ailleurs, le dernier jour de la postproduction était le premier jour du premier confinement en Belgique. J’ai vraiment eu peur que ce film n’existe jamais, mais aujourd’hui je ne regrette pas ma décision. 

Pendant la pandémie et les confinements, cela a été difficile pour tout le monde. En revanche, il y a quelques semaines, une très belle chose est arrivée: les salles de cinéma ont résisté face au gouvernement belge qui voulait les fermer à nouveau. Je trouve cela vital parce que la société a besoin de culture et qu’il faut revendiquer ses droits. L’accès à la culture est un droit.

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Laura Wandel: C’était une manière presque symbolique de dire qu’on est tous frères et sœurs, en tant qu’humains, et de montrer jusqu'où l’on peut aller, renier sa propre identité afin de s’intégrer. (Photo fournie)

 Un monde est votre premier long-métrage. Vous avec étudié le cinéma à l’IAD (Institut des arts de diffusion) en Belgique et depuis vous avez tourné plusieurs courts-métrages. Qui sont vos grands maîtres dans le cinéma? 

Je suis entrée à l’IAD tout de suite après l’école secondaire, à 18 ans. Je savais que je voulais faire du cinéma. À la sortie de l’école j’ai beaucoup travaillé sur des tournages, j’avais besoin de me confronter au milieu professionnel. Aujourd’hui, je suis tout d’abord influencée par les frères Dardenne – ma grande référence –, mais aussi par l’Iranien Abbas Kiarostami, Bruno Dumont, un réalisateur français, et le cinéaste autrichien Michael Haneke.  

Laura Wandel, qu’est-ce que le cinéma pour vous? 

Le cinéma pour moi, c’est une fenêtre ouverte sur le monde, qui permet de découvrir d’autres cultures, de me projeter dans la vie de quelqu’un d’autre. C’est ça, pour moi la puissance du cinéma, sa force empathique. Pendant une heure ou deux, on peut rentrer dans la vie de quelqu’un d’autre et comprendre ce qu’il vit. En ce moment, c’est très important et peut-être qu’on ne le fait pas assez. Le cinéma, c’est ce qui me fait vivre. C’est vraiment mon lien à la vie et aux autres. 


Plus de 300 candidatures, sept finalistes : JD Malat Gallery met à l’honneur la scène artistique des Émirats

Les œuvres des sept artistes retenus dans le cadre de l’initiative « Made in the UAE » seront présentées à la JD Malat Gallery Dubai à partir du 11 juin 2026. (fournie)
Les œuvres des sept artistes retenus dans le cadre de l’initiative « Made in the UAE » seront présentées à la JD Malat Gallery Dubai à partir du 11 juin 2026. (fournie)
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  • JD Malat Gallery Dubai a sélectionné sept artistes résidant aux Émirats arabes unis parmi plus de 300 candidatures reçues dans le cadre de l’appel à projets « Made in the UAE »
  • Leurs œuvres seront présentées lors d’une exposition collective qui ouvrira le 11 juin 2026 à Downtown Dubai, mettant en lumière la diversité de la scène artistique contemporaine du pays

DUBAÏ: JD Malat Gallery Dubai a annoncé les sept artistes retenus dans le cadre de « Made in the UAE », une initiative curatoriale destinée à mettre en lumière des talents qui contribuent à façonner le paysage culturel contemporain des Émirats arabes unis.

Lancé en octobre 2025, l’appel à candidatures a suscité un vif intérêt à travers le pays, avec plus de 300 candidatures reçues de la part d’artistes résidant dans les différents émirats. À l’issue du processus de sélection, sept finalistes ont été retenus pour participer à une exposition collective qui ouvrira ses portes le 11 juin 2026 au sein de la galerie, située à Downtown Dubai.

Les artistes sélectionnés sont Ahmed Emad (EAU/Égypte), Anila Ashraf (Pakistan), Camelia Mohebi (EAU), Elizaveta Pugacheva (Russie), Samo Shalaby (Égypte/Palestine), Sasan Nasernia (Iran) et Yousif Albadi (Soudan).

De la peinture à la sculpture en passant par des techniques mixtes, leurs travaux explorent des thèmes tels que l’identité, la mémoire, la matérialité et les échanges culturels. Ensemble, ils offrent un aperçu de la richesse et de l’évolution de la scène artistique contemporaine des Émirats.

La sélection a été effectuée par un jury réunissant des figures du monde de l’art et de la culture dans la région, dont Zina Khair, cofondatrice de la Khair Art Collection, Roxane Zand, fondatrice de Zand Fine Arts et ancienne vice-présidente de Sotheby’s pour le Moyen-Orient, Ali Mohammadioun, collectionneur, curateur et fondateur d’E Plus A Atelier, ainsi que Jean-David Malat, fondateur de JD Malat Gallery.

Face à la qualité des candidatures reçues, le jury a décidé d’élargir la sélection initialement envisagée afin d’inclure sept artistes.

« Le niveau des candidatures était exceptionnel et témoigne de la profondeur des talents qui participent aujourd’hui au dynamisme culturel des Émirats arabes unis », a déclaré Jean-David Malat.

« Au-delà de la qualité des œuvres, c’est la diversité des perspectives et des parcours qui a particulièrement retenu notre attention. Ces artistes incarnent l’identité internationale et plurielle qui fait de Dubaï une ville créative unique, » a-t-il ajouté.

 


Un couple saoudien transforme des matériaux du quotidien en œuvres d’art

Hussain Al-Sadah et Sahar Al-Omair transforment des matériaux ordinaires en œuvres d’art complexes qui explorent la mémoire, la culture, les changements environnementaux et les liens humains. (Fourni)
Hussain Al-Sadah et Sahar Al-Omair transforment des matériaux ordinaires en œuvres d’art complexes qui explorent la mémoire, la culture, les changements environnementaux et les liens humains. (Fourni)
Hussain Al-Sadah et Sahar Al-Omair transforment des matériaux ordinaires en œuvres d’art complexes qui explorent la mémoire, la culture, les changements environnementaux et les liens humains. (Fourni)
Hussain Al-Sadah et Sahar Al-Omair transforment des matériaux ordinaires en œuvres d’art complexes qui explorent la mémoire, la culture, les changements environnementaux et les liens humains. (Fourni)
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  • Hussain Al-Sadah et Sahar Al-Omair partagent un langage artistique façonné par la curiosité et la collaboration
  • Sahar Al-Omair : « Notre philosophie artistique repose sur une compréhension profonde du pouvoir de l’ordinaire et du potentiel collectif humain. »

DJEDDAH : Les artistes saoudiens Hussain Al-Sadah et Sahar Al-Omair trouvent de la beauté là où on l’attend le moins.

Depuis leur atelier installé dans leur maison de la province orientale, ce duo mari et femme a développé une pratique artistique fondée sur des milliers d’objets du quotidien que beaucoup ignorent ou jettent : clous, punaises, vis, grains de café et plaques de métal rouillées.

Grâce à des processus minutieux pouvant nécessiter plusieurs mois de travail, ils transforment ces matériaux ordinaires en œuvres complexes qui explorent la mémoire, la culture, les mutations environnementales et les liens humains.

Au cœur de leur démarche se trouve la conviction que la valeur existe souvent dans des éléments que l’on ne remarque pas. « Notre philosophie artistique repose sur une compréhension profonde du pouvoir de l’ordinaire et du potentiel collectif humain », a déclaré Al-Omair à Arab News.

« Chaque punaise, chaque clou ou chaque perle peut sembler insignifiant pris isolément. Pourtant, lorsque des milliers d’entre eux sont assemblés avec soin, ils se transforment en quelque chose de magnifique. 

À travers notre travail, nous montrons comment des éléments négligés ou considérés comme “imparfaits” peuvent s’unir pour composer de remarquables harmonies visuelles, tout comme les actions individuelles, lorsqu’elles sont coordonnées, peuvent accomplir des réalisations extraordinaires. » 

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Hussain Al-Sadah et Sahar Al-Omair transforment des matériaux ordinaires en œuvres d’art complexes qui explorent la mémoire, la culture, les changements environnementaux et les liens humains. (Fourni)

Cette philosophie dépasse largement le choix des matériaux. Nombre de leurs œuvres abordent la mémoire collective, les transformations environnementales, l’identité culturelle et des récits humains oubliés, souvent au travers de processus exigeants qui brouillent les frontières entre démarche artistique, recherche et ingénierie.

L’un de leurs projets les plus ambitieux consistait à réaliser un portrait à partir de 13 000 grains de café usagés. Pour obtenir la gamme de tons nécessaire, les artistes ont passé deux mois à torréfier eux-mêmes les grains, traitant ce processus comme un peintre mélange ses couleurs.

« Nous avons acheté une petite torréfaction et torréfié les grains selon différentes nuances, quelques secondes seulement séparant une teinte d’une autre », explique Al-Omair.

« Nous sommes finalement parvenus à obtenir neuf nuances distinctes, puis nous avons classé les grains comme dans une bibliothèque de couleurs. Les torréfactions légères servaient aux tons beige chaud et brun doux, les torréfactions moyennes aux teintes terreuses plus riches, et les plus foncées aux ombres profondes et aux contrastes. Chaque variation comptait, ce qui a rendu le processus extrêmement expérimental et détaillé. »

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(Fourni)

Leurs œuvres monumentales réalisées avec des clous exigent un niveau de précision similaire. Certaines pièces intègrent plus de 100 000 clous, obligeant Al-Sadah à calculer les dimensions, la répartition du poids et les charges structurelles avant même le début de la production.

« Au départ, ce n’était pas facile du tout », a confié Al-Sadah à Arab News. « Nous ne savions pas par où commencer ni à qui demander conseil. Il a fallu énormément de recherches, vraiment énormément.

Je pense que cette difficulté a été une bénédiction, car elle nous a poussés à expérimenter et à faire preuve de créativité avec les connaissances dont nous disposions. Je suis certain qu’il existe des méthodes plus rapides ou plus simples, mais comme nous ne les connaissions pas, nous avons dû inventer nos propres procédés. »

Le langage visuel des artistes est également profondément influencé par leur environnement dans la région de Qatif, un territoire historiquement marqué par ses oasis, ses palmeraies et son héritage agricole.

« Le calme de l’oasis, la densité des palmiers, les paysages désertiques et les vestiges de l’architecture ancienne ont forgé en nous chez nous une mémoire visuelle très forte », explique Al-Omair.

Elle ajoute que voir nombre de ces éléments disparaître progressivement au fil du temps a eu un impact émotionnel profond sur eux et continue d’influencer leur travail.

Leur prochaine exposition, par exemple, utilisera de la rouille récupérée sur des tôles ondulées en zinc qui dissimulent aujourd’hui les vestiges de la source historique de Darosh, une source d’eau vieille de 2 000 ans dont le déclin est devenu un symbole des transformations environnementales de la région.

« Ce n’est pas la première fois que nous travaillons avec des matériaux considérés comme “laids” ou sans valeur pour les présenter comme des œuvres dignes d’attention », souligne Al-Sadah.

« Le matériau porte déjà sa propre beauté, son histoire et sa présence ; nous ne faisons que les révéler. Ce qui nous intéresse, c’est l’authenticité de la surface elle-même : les textures, les taches, l’érosion, les traces du temps et de l’abandon. Même les dégradations acquièrent une signification visuelle et émotionnelle », explique-t-il.

Le couple s’est rencontré lors d’un atelier artistique en 2021 et a rapidement découvert un langage créatif commun malgré des parcours différents. Al-Sadah travaillait le bois et l’art numérique, tandis qu’Al-Omair se consacrait au dessin et à la composition visuelle.

« Lorsque nous avons commencé à travailler ensemble, la collaboration nous a semblé très naturelle ; notre manière de penser était étonnamment similaire », raconte Al-Omair.

« Nous étions tous deux passionnés par la narration et les détails. Alors que nous discutions d’une œuvre à ses débuts, nous nous sommes retrouvés à la réaliser entièrement ensemble. Depuis, nous travaillons comme un duo d’artistes », ajoute-t-elle.

Aucun des deux n’a suivi de formation artistique formelle, une réalité qui, selon eux, a nourri leur esprit d’expérimentation.

« Comme nous n’avions ni mentors ni cadres établis sur lesquels nous appuyer, nous avons été poussés vers une approche beaucoup plus expérimentale », explique Al-Sadah. « Nous avons dû tout apprendre par nous-mêmes, ce qui a façonné une grande partie de notre démarche. D’une certaine manière, nous nous estimons chanceux d’avoir bénéficié de cette indépendance, même si elle s’accompagnait d’incertitudes. »

Depuis leur mariage en 2022, le couple a réalisé entre 20 et 30 œuvres collaboratives, dont beaucoup nécessitent des mois de recherche, de tests de matériaux et de fabrication.

Au fil du temps, ils ont constitué une communauté fidèle de collectionneurs qui découvrent souvent leur travail directement dans leur atelier.

« Les gens ne viennent pas seulement acheter une œuvre terminée », explique Al-Sadah. « Ils assistent souvent à des fragments du processus, aux expérimentations, aux échecs, aux matériaux et aux histoires qui se cachent derrière chaque réalisation. Cela suscite un lien émotionnel différent avec l’œuvre lorsqu’elle rejoint leur foyer. »

Bien qu’ils soient ouverts à des expositions sur de grandes scènes internationales, ils restent profondément attachés aux paysages, à l’histoire et aux transformations en cours de l’Arabie saoudite.

« Même si nos œuvres voyagent à l’international à l’avenir, nous ne considérons pas cela comme incompatible avec la préservation ou la mise en valeur des récits saoudiens », affirme Al-Sadah.

« D’une certaine manière, plus notre travail est enraciné dans notre environnement et nos expériences, plus il semble toucher un public universel. » 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


L'artiste franco-iranienne Marjane Satrapi, autrice de «Persepolis», est décédée

 L'artiste franco-iranienne Marjane Satrapi, qui s'est fait mondialement connaître avec la bande dessinée et le film "Persepolis", est décédée à Paris à l'âge de 56 ans, a appris l'AFP jeudi auprès de son entourage. (AFP)
L'artiste franco-iranienne Marjane Satrapi, qui s'est fait mondialement connaître avec la bande dessinée et le film "Persepolis", est décédée à Paris à l'âge de 56 ans, a appris l'AFP jeudi auprès de son entourage. (AFP)
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  • Adversaire acharnée des autorités de Téhéran, Marjane Satrapi avait refusé la Légion d'honneur française en 2025 pour dénoncer "l'attitude hypocrite de la France vis-à-vis de l'Iran"
  • "Depuis un moment, j'ai réellement du mal à comprendre la politique de la France vis-à-vis de l'Iran", avait-elle expliqué sur Instagram, regrettant que de "jeunes Iraniens épris de liberté, des dissidents, des artistes, se voient refuser des visas"

PARIS: L'artiste franco-iranienne Marjane Satrapi, qui s'est fait mondialement connaître avec la bande dessinée et le film "Persepolis", est décédée à Paris à l'âge de 56 ans, a appris l'AFP jeudi auprès de son entourage.

"Marjane Satrapi morte de tristesse un peu plus d'un an après le décès de Mattias Ripa, son mari et l'amour de sa vie", indique un communiqué de ses proches transmis à l'AFP. Producteur, acteur et scénariste, Mattias Ripa est mort le 8 avril 2025.

Exilée en France depuis 1994, naturalisée française en 2006, Marjane Satrapi avait connu la consécration avec la saga autobiographique "Persepolis" dans laquelle elle racontait son enfance en Iran sous le joug des mollahs, la répression subie par le peuple iranien et son douloureux départ vers l'Europe.

Primé en 2001 au festival de BD d'Angoulême, le premier volet avait été suivi de trois autres et porté à écran par Marjane Satrapi en 2007, avec Vincent Paronnaud à la co-réalisation, décrochant le prix du jury du festival de Cannes en 2007. "Même si ce film est universel, je tiens à le dédier à tous les Iraniens", avait alors déclaré Marjane Satrapi, qui a, ces dernières années encore, dénoncé les agissements de la République islamique d'Iran.

En 2005, un autre de ses albums situé en Iran, "Poulet aux Prunes", avait décroché le prix du meilleur album à Angoulême et Marjane Satrapi avait également co-réalisé son adaptation au cinéma en 2011 avec, au casting Mathieu Amalric, Edouard Baer, Maria de Medeiros.

Adversaire acharnée des autorités de Téhéran, Marjane Satrapi avait refusé la Légion d'honneur française en 2025 pour dénoncer "l'attitude hypocrite de la France vis-à-vis de l'Iran", qui connaissait alors une nouvelle vague de répression.

"Depuis un moment, j'ai réellement du mal à comprendre la politique de la France vis-à-vis de l'Iran", avait-elle expliqué sur Instagram, regrettant que de "jeunes Iraniens épris de liberté, des dissidents, des artistes, se voient refuser des visas".

"Le refus de la Légion d'honneur n'est en aucun cas une action ou une pensée contre la France. Bien au contraire, j'aime profondément ce pays qui est le mien", avait-elle précisé.

Son compte Instagram portait la trace du chagrin causé par la perte de son mari en 2025. Réparti sur plusieurs posts, un message proclamait ainsi: "I Lost the love of my life" (j'ai perdu l'amour de ma vie).