Alain Gresh se souvient d’une époque où «les Juifs dans le monde arabe étaient arabes»

Alain Gresh lors de son entretien avec Arab News en francais. (Photo capture d'écran).
Alain Gresh lors de son entretien avec Arab News en francais. (Photo capture d'écran).
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Publié le Lundi 20 décembre 2021

Alain Gresh se souvient d’une époque où «les Juifs dans le monde arabe étaient arabes»

  • Dans le sillage de l’exposition organisée par l’Institut du monde arabe (IMA) intitulée «Juifs d’Orient, Arab News en français a rencontré l’ancien rédacteur en chef du Monde diplomatique
  • C’est la langue arabe qui a créé dans l’enfance une fracture entre l’Égypte et lui, et c’est elle qui les rapprochera à l’âge adulte

PARIS: Dans le sillage de l’exposition organisée par l’Institut du monde arabe (IMA) intitulée «Juifs d’Orient, une histoire plurimillénaire», qui permet de découvrir l’histoire d’une cohabitation jalonnée de périodes de riches créations artistiques et intellectuelles et d’épisodes de violence sporadique, Arab News en français a rencontré l’ancien rédacteur en chef du Monde diplomatique, Alain Gresh.

Ce dernier, qui a également fondé le journal en ligne Orient XXI, est un personnage fait de paradoxes. Il a beau avoir gommé son accent égyptien, brimé son affect d’Oriental au profit de la rationalité, il n’en demeure pas moins le plus arabe des Juifs de France. Pendant toute sa vie, son œuvre intellectuelle a tourné autour du monde arabe, par lequel il est assurément habité.

 

EN BREF

L’exposition «Juifs d’Orient, une histoire plurimillénaire» se déploie sur 1 100 mètres carrés et constitue un événement culturel de portée internationale. Il s’agit d’évoquer l’histoire de la présence des Juifs dans les pays arabes, représentée par quelque deux cent huit éléments: vestiges archéologiques, objets liturgiques, bijoux, costumes et manuscrits anciens, peintures, photographies, musiques, installations audiovisuelles…

Issus de collections internationales (en France, aux États-Unis, en Espagne, au Royaume-Uni, en Belgique, au Brésil et au Maroc), ils attestent de cette cohabitation ancestrale entre les communauté juives et musulmanes.

Chez Alain Gresh, toute appartenance, qu’elle soit identitaire ou religieuse, est analysée, rationalisée. Il n’arbore aucune étiquette préconçue et tout ce qui peut le caractériser est réfléchi, nuancé. Né au Caire en 1948 d’une mère juive et russo-polonaise, il ne renie pas sa judéité, mais il a du mal à se définir comme juif.

«Quand vous m’interrogez sur les Juifs d’Égypte, je ne sais pas vraiment si je suis juif», déclare Gresh à Arab News en français. Cette indécision, il l’explique tout d’abord par les particularités de sa vie familiale. «Ma mère, qui est née à Bern, en Suisse, était juive, mais M. Gresh [son père adoptif, qu’il appelle comme tel] était un copte catholique égyptien; mon père naturel, Henri Curiel [militant communiste], était juif.»

«Moi, j’ai fait ma première communion. Mais, à l’âge de 11 ans, je suis devenu communiste et non croyant. La question de l’identité juive est très compliquée», concède-t-il, «mais, personnellement, cela ne m’a jamais tourmenté». Sa judéité s’inscrit dans la lignée du judaïsme internationaliste des années 1930 et 1940. «Ce que je renie aujourd’hui, c’est le fait que le judaïsme dominant n’a plus rien à voir avec ce qu’il était», nous confie-t-il.

À cette époque, comme il le souligne, il y avait une espèce de rapport entre le communisme et le judaïsme, qui n’était ni nationaliste ni antiarabe. «Les Juifs, dans le monde arabe, étaient arabes.» Par conséquent, «si j’ai un héritage juif, c’est cet héritage internationaliste», précise Alain Gresh.

Pour Gresh, le départ des Juifs d’Égypte, s’il était en partie lié à la création d’Israël, l’était aussi aux questions sociales.

Gresh a grandi en Égypte jusqu’à l’âge de 14 ans. Il fréquente alors le lycée français. Là, le tiers des élèves étaient des Juifs francophones d’origine italienne ou des Syriens, des Libanais.

Si la plupart de ses amis d’enfance étaient juifs, ce n’était donc pas en raison de la religion, mais de la langue. Le destin des Juifs égyptiens, selon lui, est beaucoup lié au destin des «khawaghas», c’est-à-dire les Italiens, les Grecs ou d’autres qui n’étaient pas de culture arabe. Pour Gresh, le départ des Juifs d’Égypte, s’il était en partie lié à la création d’Israël, l’était aussi aux questions sociales.

Des centaines de milliers de Grecs et d’Italiens sont partis au même moment après la politique de nationalisation lancée par le président de l’époque, Gamal Abdel Nasser, et les mesures de confiscation qui ont visé la classe aisée. Des menaces existaient bel et bien, puisque le conflit israélo-arabe «a mis les Juifs arabes dans une situation impossible», assure Gresh.

Il explique que ces derniers étaient antisionistes dans le sens où ils n’avaient pas l’intention de s’installer en Israël; mais c’est devenu compliqué pour eux au lendemain de la Seconde Guerre mondiale et du génocide. Il y avait une sorte de solidarité avec les Juifs d’Israël rescapés des camps de concentration. La création d’Israël a mis tous les Juifs dans une situation extrêmement complexe, d’autant plus qu’«Israël a utilisé les Juifs», soutient le rédacteur en chef du Monde diplomatique.

Les attentats qui ont eu lieu contre des intérêts anglais et américains au Caire en 1953 ont été organisés par les services israéliens afin de détériorer les relations entre Nasser et les États-Unis en utilisant des Juifs égyptiens comme exécutants. Gresh rappelle que jusqu’en 1948, alors que les organisations communistes étaient interdites, toutes les organisations sionistes avaient pignon sur rue au Caire.

Il faut être né dans le monde arabe pour comprendre à quel point la cause palestinienne est importante, non seulement pour les Palestiniens, mais pour le monde arabe, souligne Alain Gresh.

Son penchant précoce pour le communisme lui vient de sa mère, qui s’est engagée dans des actions militantes à partir des années 1940. «On a donc grandi dans la culture française», se souvient-il. Il se rappelle toutefois que, à 10 ans, il allait au Centre culturel chinois voir des films sur la résistance antijaponaise ou des productions soviétiques. «J’ai une relation très forte avec l’Égypte, mais, dans le même temps, ce n’est pas mon pays. Mon pays, c’est la France, parce que c’est là qu’est ma culture, ma langue… Et c’est difficile de vivre dans un pays dont on ne maîtrise pas la langue et où les gens vous identifient tout de suite comme un “khawagha”», raconte-t-il.

Le départ d’Égypte s’est passé, sur le moment, en toute simplicité pour lui. Il a mis de côté tout ce qui avait rapport à l’Égypte, sauf la politique. «Je me suis francisé, j’ai perdu mon accent et, quand j’y repense maintenant, j’ai le sentiment que c’était un arrachement de dent sans anesthésie», nous confie-t-il. Ce n’est que dernièrement qu’Alain Gresh est retourné en Égypte.

«J’ai repris contact avec l’Égypte à travers cette chose assez étrange qui est la langue.

Quand j’intervenais en arabe à la radio ou à la télévision, tout le monde me disait: “Tu es égyptien.”» C’est la langue arabe qui a créé dans l’enfance une fracture entre l’Égypte et lui, et c’est elle qui les rapprochera à l’âge adulte. «Bien que je ne maîtrise pas complètement l’arabe, j’éprouve un plaisir assez étonnant à me trouver dans les rues du Caire et à entendre autour de moi les gens parler cette langue. Mais, en réalité, je me sens concerné par tout ce qui se passe dans la région. L’engagement de ma vie a été la Palestine depuis l’âge de 14 ans, et cela a continué jusqu’à aujourd’hui», affirme Gresh.

«Je reste convaincu que c’est une cause importante», ajoute-t-il. «Souvent, je rencontre des analystes ou des intellectuels qui me demandent pourquoi je m’intéresse à la Palestine, qui me disent que c’est tout petit et que cela ne représente plus grand-chose. C’est alors que je me rends compte à quel point mon enfance en Égypte a été importante. Il faut être né dans le monde arabe pour comprendre à quel point la cause palestinienne est importante, non seulement pour les Palestiniens, mais pour le monde arabe.»

Et il ne s’agit pas seulement là d’un engagement intellectuel: «Je dirais que c’est presque physique», déclare-t-il.

Alain Gresh est l’auteur de plusieurs ouvrages sur le Proche-Orient, parmi lesquels De quoi la Palestine est-elle le nom?, publié en 2010 chez Babelio.


France Volontaires et l’Institut du monde arabe renforcent leur coopération 

Yann Delaunay, directeur général de France Volontaires et Anne-Claire Legendre,  présidente de l’Institut du monde arabe. (Photo fournie)
Yann Delaunay, directeur général de France Volontaires et Anne-Claire Legendre, présidente de l’Institut du monde arabe. (Photo fournie)
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  • Pour l’IMA, le partenariat doit permettre de renforcer les collaborations avec de jeunes professionnels et talents du monde arabe, en les associant à ses équipes et à ses projets
  • Pour France Volontaires, il ouvre un nouveau cadre de coopération avec l’une des principales institutions françaises consacrées aux relations entre la France et le monde arabe

PARIS : France Volontaires et l’Institut du monde arabe (IMA) ont signé lundi 31 août un accord visant à développer les échanges de volontaires entre la France et les pays arabes, avec l’objectif de renforcer les liens entre les sociétés civiles et de favoriser la circulation des compétences et des savoirs.

Cette convention structure leur coopération autour du volontariat international d’échange et de solidarité (V.I.E.S.), avec une attention particulière portée au principe de réciprocité. Celui-ci permet de développer des missions de volontariat dans les deux sens, en accueillant notamment au sein d’organisations françaises des jeunes issus des pays partenaires.

Pour l’IMA, le partenariat doit permettre de renforcer les collaborations avec de jeunes professionnels et talents du monde arabe, en les associant à ses équipes et à ses projets. Pour France Volontaires, il ouvre un nouveau cadre de coopération avec l’une des principales institutions françaises consacrées aux relations entre la France et le monde arabe.

Deux premières missions au sein de l’Institut du monde arabe

La convention prévoit la mise en place de deux premières missions de volontariat au sein de l’IMA.

La première sera confiée à Layan Qarain, une Jordanienne de 28 ans, dans le cadre d’une mission de Volontariat de solidarité internationale (VSI). Trilingue en arabe, français et anglais, elle apportera son expertise à la communication en langue arabe de l’Institut.

Son parcours comprend notamment des expériences à l’Ambassade de France en Jordanie et à l’Institut français de Jordanie, dans des fonctions liées à la communication institutionnelle. Son profil se situe ainsi à la croisée de la coopération internationale, de la culture et du dialogue entre la France et le monde arabe.

Selon France Volontaires, cette mission doit permettre à Qarain de mettre ses compétences au service de projets favorisant les échanges et la compréhension mutuelle entre les sociétés françaises et arabes.

La deuxième mission prévoit l’accueil d’un volontaire dans le cadre du Service Civique de réciprocité. Celui-ci travaillera notamment sur les relations avec les fondations et les acteurs de la philanthropie dans les pays du Golfe.

L’association La Guilde, membre de France Volontaires, accompagnera la mise en œuvre de ces deux missions pour le compte de l’Institut du monde arabe.

Un partenariat inscrit dans la durée

Au-delà de ces deux premières expériences, France Volontaires et l’IMA souhaitent utiliser cette convention pour identifier et développer de nouveaux projets communs.

France Volontaires accompagnera notamment les équipes de l’Institut et ses partenaires dans la découverte des différents dispositifs de volontariat international. Des sessions d’information et des ressources pratiques doivent permettre de faciliter la conception et la mise en œuvre de futures missions.

La convention est conclue pour une durée de quatre ans et fera l’objet d’un suivi annuel. Celui-ci permettra notamment de recenser les projets réalisés, de suivre le nombre de volontaires mobilisés et d’évaluer les résultats de la coopération.

Pour Anne-Claire Legendre, présidente de l’Institut du monde arabe, ce partenariat traduit concrètement la vocation de l’institution à rapprocher la France et le monde arabe.

« La réciprocité et le partage des compétences sont au cœur de cette démarche », a-t-elle déclaré.

De son côté, Yann Delaunay, directeur général de France Volontaires, considère le volontariat comme un outil permettant de transformer le dialogue entre les sociétés en expériences concrètes.

« Nous souhaitons créer des opportunités d’engagement qui permettent aux jeunes de France et des pays arabes de se rencontrer, de mettre leurs compétences au service de projets communs et de construire ensemble de nouvelles formes de coopération engagée et réciproque », a-t-il affirmé.

À travers cet accord, les deux organisations entendent ainsi donner une dimension plus concrète aux échanges franco-arabes, en misant sur la mobilité des jeunes, le partage d’expertises et la coopération entre les sociétés civiles.


Interdiction du voile: critiqué de toute part, le RN assure ne pas «attaquer un symbole religieux»

Le RN "n'attaque pas un symbole religieux" mais celui d'une "idéologie", avec sa proposition, critiquée de toute part, d'interdire le port du voile islamique en public, a assuré mardi le député Jean-Philippe Tanguy qui a défendu l'organisation d'un référendum en dépit des doutes sur sa constitutionnalité. (Combo/AFP)
Le RN "n'attaque pas un symbole religieux" mais celui d'une "idéologie", avec sa proposition, critiquée de toute part, d'interdire le port du voile islamique en public, a assuré mardi le député Jean-Philippe Tanguy qui a défendu l'organisation d'un référendum en dépit des doutes sur sa constitutionnalité. (Combo/AFP)
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  • La candidate à la présidentielle, Marine Le Pen, a confirmé lundi soir qu'elle proposerait "aux Français par référendum une grande loi de lutte contre les idéologies islamistes avec de nombreuses mesures puissantes, y compris la pénalisation du voile"
  • Le candidat LR Bruno Retailleau, qui veut interdire le voile dans les compétitions sportives et les sorties scolaires, a dénoncé sur RTL "des populistes" qui "trahiront leurs promesses parce qu'ils savent parfaitement que c'est inapplicable"

PARIS: Le RN "n'attaque pas un symbole religieux" mais celui d'une "idéologie", avec sa proposition, critiquée de toute part, d'interdire le port du voile islamique en public, a assuré mardi le député Jean-Philippe Tanguy qui a défendu l'organisation d'un référendum en dépit des doutes sur sa constitutionnalité.

"Nous n'avons jamais stigmatisé les femmes qui portent le voile" mais "il peut arriver qu'on doive malheureusement parfois abandonner un certain nombre de symboles parce qu'ils ont été accaparés par une idéologie", a justifié sur franceinfo M. Tanguy, qui avait évoqué dimanche le projet de son parti de soumettre à des amendes les femmes portant le voile dans la sphère publique.

La candidate à la présidentielle, Marine Le Pen, a confirmé lundi soir qu'elle proposerait "aux Français par référendum une grande loi de lutte contre les idéologies islamistes avec de nombreuses mesures puissantes, y compris la pénalisation du voile islamiste dans l'espace public".

Cette proposition a été critiquée de toute part à la fois comme une atteinte à la liberté religieuse et pour son applicabilité pratique par les policiers.

Le candidat LR Bruno Retailleau, qui veut interdire le voile dans les compétitions sportives et les sorties scolaires, a dénoncé sur RTL "des populistes" qui "trahiront leurs promesses parce qu'ils savent parfaitement que c'est inapplicable".

"Cela patauge dur au RN entre l'expression de M. Bardella (qui ne veut pas "mettre en place une police du vêtement") et l'expression de Mme Le Pen", a-t-il fait remarquer.

Le candidat Renaissance Gabriel Attal s'est dit "en désaccord radical avec cette proposition" à l'occasion de la visite d'une école de sa circonscription.

"Le respect des valeurs de la République passe aussi par une liberté de croyance, une liberté de culte, et donc le respect du choix qui est fait par certaines femmes", a-t-il estimé.

M. Attal avait aussi suscité la polémique il y a quelques mois en proposant l'interdiction du voile aux moins de 15 ans mais "au nom de la protection de l'enfance".

Un référendum nécessiterait au préalable une révision de la Constitution qui limite le champ du référendum dans son article 11. Mais M. Tanguy considère que "l'article 11 est extensif" et pense que "les Français doivent pouvoir se prononcer sur tous les sujets".

Si elle est élue, Marine Le Pen entend de toute façon procéder dès son arrivée à une grande révision de la Constitution pour y introduire des dispositions sur l'immigration, la nationalité ou la primauté du droit national.

Elle veut réaliser cette révision directement par référendum par cet article 11, ce qui serait probablement dénoncé comme un coup de force par le Conseil constitutionnel.

Celui-ci considère que la seule procédure de la révision de la Constitution est l'article 89 qui exige l'accord des deux chambres du Parlement (Assemblée nationale et Sénat) sur un même texte avant ensuite un Congrès à Versailles ou un référendum.

 


Entre excitation et stress, 11,6 millions d'élèves de retour en classe

Le maire de Paris, Emmanuel Grégoire, regarde à travers une clôture lors d'une visite à l'école primaire publique Annette Zaidman, le jour de la rentrée scolaire de l'année 2025-2026, après les vacances d'été, à Paris, le 1er septembre 2026. (Photo : SIMON WOHLFAHRT / AFP)
Le maire de Paris, Emmanuel Grégoire, regarde à travers une clôture lors d'une visite à l'école primaire publique Annette Zaidman, le jour de la rentrée scolaire de l'année 2025-2026, après les vacances d'été, à Paris, le 1er septembre 2026. (Photo : SIMON WOHLFAHRT / AFP)
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  • Après plusieurs années marquées par des réformes successives et quelques mois avant la présidentielle, cette rentrée apparaît toutefois relativement calme
  • "Ça fait un peu l'effet d'une rentrée plan-plan", constate même Aurélie Gagnier, du Snuipp-FSU, premier syndicat du primaire

PARIS: Les cartables ressortent du placard: 11,6 millions d'écoliers, collégiens et lycéens font mardi leur rentrée, marquée par quelques nouveautés, comme l'interdiction du portable au lycée, et pour certains par des perturbations après une importante cyberattaque ayant visé l'Éducation nationale.

Devant le collège Pasteur, à Strasbourg, Zuhal Chams est venue accompagner son fils Elham, qui rentre en sixième. "Je suis un peu stressée et lui aussi", confie la mère de famille.

A quelques mètres de là, Jawhara, 11 ans, arrivée seule pour sa rentrée en sixième, affiche un mélange d'inquiétude et d'impatience. "J'ai un peu peur mais j'ai aussi hâte", dit l'adolescente au sac à dos rose et au jogging gris.

Elham, petit brun de 12 ans, se dit aussi "un peu excité et stressé aussi". Plus habitué aux lieux, Rafi, 16 ans, qui effectue sa rentrée en troisième, assure se sentir "très bien". "J'en avais marre de rester à la maison", explique-t-il, se disant "très content" de retrouver ses camarades.

Pour cette première rentrée en tant que ministre de l'Education, et vraisemblablement sa dernière, Édouard Geffray se rend mardi au lycée Chaptal de Mende (Lozère) avec le président Emmanuel Macron.

Ils échangeront avec élèves et enseignants sur l'interdiction du téléphone portable dans les lycées, principale nouveauté de cette rentrée.

Son application s'annonce complexe dans certains établissements, qui doivent encore adapter leur règlement intérieur et définir les dérogations autorisant l'usage des smartphones dans certains cas (paiement de la cantine, activités pédagogiques, etc.).

Parmi les autres grandes nouveautés de cette rentrée, des questions sur les violences sexistes et sexuelles seront ajoutées au questionnaire annuel sur le harcèlement scolaire distribué chaque année aux élèves, de la grande section à la terminale.

Rentrée "plan-plan" 

Après plusieurs années marquées par des réformes successives et quelques mois avant la présidentielle, cette rentrée apparaît toutefois relativement calme. "Ça fait un peu l'effet d'une rentrée plan-plan", constate même Aurélie Gagnier, du Snuipp-FSU, premier syndicat du primaire.

"Il n'y aura pas de réforme Geffray", a répété la semaine dernière lors de première conférence de rentrée le ministre. Cette année, le ministre a mis l'accent sur sur la maîtrise du langage et du raisonnement scientifique.

"Quand on regarde nos évaluations nationales, on a encore beaucoup de travail à faire. Il y a un effritement du niveau notamment sur les années collège depuis maintenant très longtemps", a-t-il reconnu lundi sur France Inter alors que seront dévoilés la semaine prochaine les résultats de l'étude Pisa qui évalue le niveau des élèves de 15 ans en français et en sciences.

Pour cette rentrée, Edouard Geffray met toutefois  en avant une amélioration du recrutement enseignant grâce au déplacement du concours à bac+3. "On a fait le plein cette année" grâce à cette réforme, s'est-il félicité lundi.

Les syndicats appellent néanmoins à la prudence, jugeant ces résultats en partie "en trompe-l'oeil" en raison de la coexistence cette année des concours à bac+3 et à bac+5. Plusieurs disciplines, comme les lettres classiques ou l'allemand, restent en tension.

Cyberattaque 

Cette rentrée est également marquée par les suites d'une importante cyberattaque révélée fin juillet par le ministère. Le piratage a entraîné la suspension préventive de nombreux outils numériques. Si un retour à la normale a été annoncé dans 28 des 30 académies, celles de Toulouse et de Nantes restent fortement perturbées.

"Nous ferons l'appel à partir de listes papier. C'est +Retour vers le futur+", ironise auprès de l'AFP Joeffrey Renaud, professeur d'histoire-géographie dans l'académie de Nantes et représentant du Snes-FSU, principal syndicat dans le second degré.

A Toulouse, les emplois du temps seront distribués en version papier.

Les personnels doivent encore composer avec l'absence d'accès aux messageries professionnelles, aux bases de données des élèves et des familles ou à certaines applications administratives.

Dans les deux académies, "la rentrée se fait dans des conditions techniquement difficiles pour les personnels de direction notamment, mais elle se fait évidemment dans des conditions ordinaires pour les élèves", a assuré lundi M. Geffray.

"Chacun fait de son mieux pour que cette rentrée se déroule dans les meilleures conditions possibles", abonde Yvon Manac'h, secrétaire académique du SNPDEN-UNSA, principal syndicat des chefs d'établissement, dans l'académie de Toulouse.