À la découverte de la perception hégélienne de l’Islam avec Hussain Hindawi

Dans son ouvrage, Hussain Hindawi souligne les réflexions de Hegel sur l'Islam et sur l'Orient en général. Photo fournie.
Dans son ouvrage, Hussain Hindawi souligne les réflexions de Hegel sur l'Islam et sur l'Orient en général. Photo fournie.
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Publié le Mardi 16 novembre 2021

À la découverte de la perception hégélienne de l’Islam avec Hussain Hindawi

  • L'auteur, dans un entretien avec Arab News en français revient sur la genèse de son ouvrage et les difficultés rencontrées lors de l'écriture, mais aussi sur ses passages préférés
  • «Hegel reconnaît volontiers à l'Islam la fondation d'un “empire universel” et une brillante civilisation qui, pendant longtemps, a été “le centre du savoir”»

ATHÈNES: C'est un titre surprenant que Hussain Hindawi a choisi pour son tout dernier ouvrage: Hegel et l'Islam. Ce diplomate chevronné, actuellement conseiller du Premier ministre irakien, a étudié en France et longtemps travaillé sur l’Islam et les philosophes des Lumières. Pour lui, la philosophie hégélienne, qui est à l'origine «de tout ce qui s'est fait de grand en philosophie depuis un siècle», et qui a «modifié le destin du monde», ne pouvait pas ignorer l'Islam. 

Dans son ouvrage, Hussain Hindawi souligne les réflexions de Hegel sur l'Islam et sur l'Orient en général. Celles-ci ont imprégné la pensée occidentale, et influent encore, sur les relations qu'entretiennent ces deux cultures. Paradoxalement, les textes consacrés par Hegel à l'Islam sont un des aspects les moins étudiés de sa pensée. 

Qui est Hegel?

Georg Wilhelm Friedrich Hegel, né le 27 août 1770 à Stuttgart et mort le 14 novembre 1831 à Berlin, est un philosophe allemand. Son œuvre, postérieure à celle d’Emmanuel Kant, appartient à l'idéalisme allemand et a eu une influence décisive sur l'ensemble de la philosophie contemporaine. Hegel enseigne la philosophie sous la forme d'un système unissant tous les savoirs suivant une logique dialectique.

Il était nécessaire d’insister sur ce qui est vivant dans la philosophie de Hegel d’autant plus que ses réflexions sur l'Islam et sur l'Orient en général, imprègnent encore aujourd’hui dans une mesure non négligeable la pensée politique occidentale.

 

Hussain Hindawi

L'auteur, dans un entretien avec Arab News en français revient sur la genèse de son ouvrage et les difficultés rencontrées lors de l'écriture, mais aussi sur ses passages préférés. Et surtout sur la raison pour laquelle il a voulu interpeller Hegel sur l’Islam. «Mon intérêt pour la vision hégélienne de l'Islam tient surtout à des facteurs académiques et même épistémologiques, si je puis dire. Mon souci cependant, n'était pas de juger les idées d'un philosophe du XIXe siècle sur cette religion, mais plutôt de connaître leurs prolongements et leurs effets sur notre vie politique et culturelle actuelle. C’est pourquoi, il était nécessaire d’insister sur ce qui est vivant dans la philosophie de Hegel d’autant plus que ses réflexions sur l'Islam et sur l'Orient en général, imprègnent encore aujourd’hui dans une mesure non négligeable la pensée politique occidentale, et influent sur les relations qu'entretiennent ces deux cultures. Il était également important de compléter un aspect manquant dans la recherche sur la philosophie de l’Histoire et celle de la religion chez Hegel. Cette dernière occupe une place importante dans sa philosophie en général.»

La philosophie de Hegel n’est pas une doctrine à côté des autres, mais représente plutôt une manière différente de lire l’Histoire universelle.

Hussain Hindawi

Sur la manière dont l'idée du livre lui est venue, Hussain Hindawi souligne que ses recherches sur Hegel dataient de ses années d’études à l’université de Poitiers, où il avait en particulier suivi, entre 1980 et 1982, les cours d’un professeur «extrêmement énergique, passionné et convaincant, le philosophe français Jacques D'Hondt, fondateur du Centre de recherche et de documentation sur Hegel et Marx».

hindawi
Hussain Hindawi souligne que ses recherches sur Hegel dataient de ses années d’études à l’université de Poitiers. Photo fournie.

Et d'ajouter: «J’avais compris grâce à lui que la philosophie de Hegel n’est pas une doctrine à côté des autres, mais représente plutôt une manière différente de lire l’Histoire universelle. C’est lui aussi qui m’avait conseillé d’orienter mon travail vers l’aspect “islamique” de l’œuvre de Hegel. Ce thème avait été jusqu’alors très peu traité par les spécialistes de sa philosophie, et c’était l’occasion pour moi d’explorer un domaine quasiment vierge, ce qui était particulièrement excitant, en portant une attention minutieuse au détail des textes de Hegel et aux enjeux de raisonnement dont il est porteur.»

La notion de «pont » entre l'Occident et l'Orient qui apparaît chez Hegel est-elle encore possible aujourd'hui?

Dans son livre, Hussain Hindawi souligne que «les Arabes, entrèrent en effet en contact avec la philosophie grecque en particulier par l’intermédiaire des Syriaques (Asie antérieure), qui était sous leur domination. Les Syriaques étaient en effet de culture hellénique, et ils formaient un Royaume grec. En Syrie, près d’Antioche, et en particulier à Bérytos et à Édesse, il existait de grands établissements culturels. Les Syriaques constituèrent le point de liaison entre la philosophie grecque et les Arabes. La langue syriaque était une langue populaire à Bagdad même.»

Q. Cette notion de «pont» entre l'Occident et l'Orient est-elle encore possible aujourd'hui à l'heure où un clash entre ces deux mondes est plus que jamais perceptible?

R. Sans aucun doute, le monde culturel et l'Histoire humaine ont toujours besoin d'un cœur, central ou spirituel, même au sens symbolique, dans lequel les visions cosmiques se croisent, interagissent et illuminent. Cet axe était la Méditerranée jusqu'à nos jours. Il est vrai que la Méditerranée s'est parfois transformée en séparation, voire une arène d'affrontement, entre les hommes pendant un certain temps. Cependant, l’axe méditerranéen a toujours rappelé son rôle et sa position de pont entre les peuples, les civilisations et les religions, et peut-être, ce sera encore le cas pour de longues périodes à venir. Il y a un désir constant de retourner au berceau des civilisations et des religions, et cela concerne toutes les aires culturelles dans le monde. Mais la Méditerranée demeure le berceau par excellence pour nos idées les plus actuelles, philosophiquement du moins.

Lorsque nous lui demandons d'expliquer la spécificité de la philosophie hégélienne à des profanes, Hussain Hindawi s'exécute volontiers en expliquant que Hegel est un philosophe allemand «qui a construit un immense système ordonnant toutes les connaissances de son temps. Aux yeux de Hegel, la philosophie doit englober tout ce qui est, comprendre le réel dans sa totalité, penser l’Histoire et les choses: “Saisir et comprendre ce qui est, telle est la tâche de la philosophie”, dit-il.»

Ainsi, indique l'auteur, «la philosophie représente un système, c’est-à-dire un ensemble organisé et unifié dont tous les éléments sont indépendants, une connaissance formant une unité et englobant tous les éléments de la pensée et de la vie. En revanche, par ses travaux, Hegel aboutit à la conviction que la seule idée qu'apporte la philosophie, dans son rapport avec le fait historique, est: “la raison gouverne le monde et, par conséquent, l'Histoire universelle s'est, elle aussi, déroulée rationnellement”.»

Lorsqu'il a commencé à rassembler des informations sur le lien qui unissait Hegel à l'Islam, la plus grande difficulté pour Hussain Hindawi a été le fait que les textes consacrés par Hegel précisément à l'Islam sont l'un des aspects les moins étudiés de sa pensée: «Nous avons vainement cherché un ouvrage qui s'intéresse à ce sujet parmi les innombrables travaux qui ont été consacrés à la philosophie de Hegel, dont plusieurs sont relatifs à des spiritualités et des civilisations orientales telles que la Chine, l'Inde et le judaïsme notamment. Ainsi, l’absence d'un chapitre consacré à la religion islamique dans sa Philosophie de la religion et la maigreur des passages dans l'Histoire de la philosophie, dans la Philosophie de l'Histoire, et dans l'Esthétique ont renforcé l'idée que ce philosophe aurait délaissé l'Islam, et par là découragé les spécialistes d'entreprendre des études consacrées à ce thème. Toutefois, nous avions exclu que ce philosophe puisse oublier une grande religion comme l'Islam, d'autant plus que l'Islam pour Hegel est loin d'être un phénomène spirituel modeste; il affirme, bien au contraire, que “c'est une religion spirituelle comme la religion juive”, et qu’“elle est dans la même sphère que la religion chrétienne”.»

La perception hégélienne de l'Islam

Hussain Hindawi revient aussi sur la perception de l’Islam par Hegel. Pour le philosophe allemand, l'Islam est «le moment suprême de la religion du sublime qui trouve son existence historique dans le judaïsme également». Ces deux religions se succédant nécessairement dans le temps, selon la dialectique interne de la religion du sublime, mais en parfaite correspondance avec la progression vers la véritable représentation de Dieu. Ainsi l'Islam, selon Hegel, n'est pas seulement «une religion spirituelle comme la religion juive», mais «le contenu aussi de l’Islam est identique à celui de la religion juive»; leur opposition réside dans le fait que le Dieu des juifs qui n'est pas encore purement universel, unique et abstrait, devient absolument universel, unique et l’Un pur de la pensée pour les musulmans. Par conséquent, le christianisme et l'Islam sont, tous deux, et au même titre, la négation du judaïsme; Allah, selon Hegel, «se tient au même degré que le Dieu des chrétiens puisque aucune particularité n'est réservée».  Aussi, l'Islam se place au-dessus du judaïsme, comme sa négation, comme son dépassement. Car dans la conscience islamique l'unicité de Dieu est si rigoureusement exprimée que rien ne peut la troubler au point que même la multiplicité interne, la Trinité, est rejetée.  Voilà pourquoi, l'Islam à ses yeux ne se présente pas seulement comme «l'opposition absolue» du christianisme dans l'Histoire universelle, mais aussi et surtout, il représente avec le christianisme les deux mondes qui s'affrontent «au cours du dur combat»  au sein même du monde germanique. Donc, du point de vue de la logique, la dialectique de la quatrième figure universelle de l'Esprit se présente de la manière suivante: le catholicisme = thèse; l'Islam = antithèse ; le luthéranisme = synthèse.

Hegel reconnaît volontiers à l'Islam la fondation d'un “empire universel” et une brillante civilisation qui, pendant longtemps, a été “le centre du savoir”, qui attire à Bagdad puis à Cordoue non seulement des Orientaux mais aussi des chrétiens d'Occident.

Hussain Hindawi

Où en sommes-nous des principes de la Révolution aujourd'hui en France?

Q. On connaît l'admiration de Hegel pour la Révolution de 1789. Où en sommes-nous de ses principes (liberté, égalité, fraternité) aujourd'hui en France à l'heure où une partie de sa société – en l'occurrence d'obédience musulmane – est stigmatisée, en particulier au moment des échéances électorales?

R. Pour Hegel, en effet, la Révolution française est le symbole de la liberté, ou l’arbre de la liberté. Il admirait les idéaux de la Révolution française, tout en demeurant profondément attaché au royalisme – qui était pour lui le seul système politique capable de préserver la liberté. Il voyait dans la rupture de 1789 l’opportunité du progrès vers la société rationaliste qui inscrit le vrai dans l’ordre du réel, qui ouvre l’horizon de l’avènement de l’esprit. On peut dire qu’après la Révolution, la France a en quelque sorte naturalisé ses principes révolutionnaires, liberté, égalité, fraternité, en principes républicains, les inscrivant dans la loi et dans diverses politiques sociales. Les développements historiques depuis la fin du XVIIIe siècle, la révolution industrielle, la colonisation, les guerres mondiales, la difficile décolonisation, ont inévitablement impacté la loi et la pratique sociale. Les principes se sont alors déformés (pour ne pas dire détruits) dans la concrétude du réel. Aujourd’hui la France doit encore faire face à son passé colonial, et toutes les questions afférentes, y compris celle de son rapport à l’Islam. Instrumentaliser la question de l’Islam avant chaque échéance électorale est tout sauf rationnel, on peut même dire que cela empêche le débat constructif sur la place, voire l’apport, du religieux dans la société française du XXIe siècle.

À la question de savoir pourquoi avoir voulu appliquer la philosophie hégélienne pour analyser la place de l'Islam dans l'Histoire universelle, Hussain Hindawi explique que c’est Hegel qui a placé l'Histoire «au centre de sa réflexion philosophique». «Dans ses Leçons sur la philosophie de l’Histoire, son discours est centré uniquement sur l'Histoire générale de l'humanité dans le sens le plus habituel du terme; et même, il respecte l'ordre chronologique des événements, en partant des plus anciens, pour parvenir, par les étapes d'une succession, jusqu'aux plus récents. Cette Histoire universelle, en fait, est représentée par des efforts humains de six mille ans, allant du Déluge jusqu'à la Révolution française. De même, la Méditerranée est le cœur du monde historique, elle le conditionne et l'anime. Sans elle, on ne saurait se représenter l'Histoire universelle. Ces limitations géographiques et temporelles sont d'une importance capitale. Elles nous montrent, explicitement, combien le sud de la Méditerranée, berceau et cadre de l'Islam, occupe un rôle décisif, et combien l'Islam, activement présent dans cette partie du monde, tient une place importante dans la dialectique de l'évolution de l'Histoire universelle. En outre, Hegel reconnaît volontiers à l'Islam la fondation d'un “empire universel” et une brillante civilisation qui, pendant longtemps, a été “le centre du savoir”, qui attire à Bagdad puis à Cordoue non seulement des Orientaux mais aussi des chrétiens d’Occident.»

Hegel, sans doute sous l'influence de Goethe et de son Divan, a exprimé une admiration particulière pour les poèmes préislamique arabes, les Mu'allaqât.

Hussain Hindawi

Quelle partie du livre a été pour lui la plus agréable à rédiger? «Toutes!», nous répond Hussain Hindawi sans hésitation. «Cependant, le texte sur l'art musulman du sublime semblait le plus proche à mon cœur. Il parle de la conscience artistique musulmane, de la poésie soufie ainsi que de l'architecture arabe. Il est nécessaire de remarquer ici que Hegel considère la poésie musulmane comme la plus belle expression de l'art du sublime. À plusieurs reprises, en effet, il affirme que pour saisir cet art “dans sa plus belle pureté et sublimité, il faut s'adresser aux musulmans”.»

livre

Il est important de noter également que Hegel, une fois n'est pas coutume, cite de longs passages de «l'admirable Djalàl-ud-Din Rûmi» dans son Encyclopédie des sciences philosophiques. D'autres citations de Hafiz se trouvent aussi bien dans l'Esthétique que dans la Philosophie de la religion, tandis que les noms d'autres poètes et écrivains musulmans ont été simplement évoqués nommément par Hegel tel que Saadi, Nizami, Firdussi, Hariri... Mais c'est surtout Hafiz, Firdussi et, d'une manière plus importante et très significative, Rûmi qui captent l'intérêt de Hegel. Ce philosophe, et sans doute sous l'influence de Goethe et de son Divan, a exprimé une admiration particulière pour les poèmes préislamique arabes, les Mu'allaqâts.

Cette étude inédite sur Hegel et l'Islam est le deuxième titre de la nouvelle collection d'essais d'Orients Éditions après Qu'est-ce que le salafisme?

Signe caractéristique, les couvertures sont produites d'après les œuvres de Medhi Qotbi, peintre franco-marocain et président de la Fondation des musées du royaume du Maroc depuis 2011.


L'armée israélienne annonce avoir tué plusieurs membres du Hezbollah dans le sud du Liban

L'armée israélienne a annoncé qu'un de ses soldats avait été modérément blessé lors d'un affrontement rapproché avec des combattants du Hezbollah dans le sud du Liban, dans la nuit de samedi, malgré le cessez-le-feu. (Photo d'archive/AFP)
L'armée israélienne a annoncé qu'un de ses soldats avait été modérément blessé lors d'un affrontement rapproché avec des combattants du Hezbollah dans le sud du Liban, dans la nuit de samedi, malgré le cessez-le-feu. (Photo d'archive/AFP)
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  • L'armée israélienne affirme avoir tué plusieurs combattants du Hezbollah dans le sud du Liban, où un soldat israélien a également été blessé
  • Malgré le cessez-le-feu, les tensions persistent, le Hezbollah rejetant l'accord-cadre tandis que Beyrouth dénonce la poursuite des opérations israéliennes

JERUSALEM: L'armée israélienne a annoncé samedi avoir tué plusieurs combattants du mouvement pro-iranien Hezbollah dans le sud du Liban et indiqué qu'un soldat israélien avait été blessé malgré le cessez-le-feu.

L'armée a affirmé avoir identifié dans la nuit plusieurs combattants du Hezbollah dans le sud du Liban.

"Après leur identification, les soldats ont frappé les terroristes et les ont éliminés afin d'écarter la menace", a indiqué l'armée dans un communiqué.

Elle avait précédemment annoncé qu'un soldat avait été blessé dans un "affrontement rapproché" avec le Hezbollah, et a confirmé dans son second communiqué que le soldat avait été "modérement" blessé.

Il a été évacué vers un hôpital, selon les communiqués militaires.

Le Hezbollah pro-iranien n'a revendiqué aucune attaque depuis l'entrée en vigueur d'un cessez-le-feu avec Israël le 20 juin.

Contacté par l'AFP à Beyrouth, le mouvement chiite libanais n'a pas fait de commentaire.

Un accord-cadre parrainé par les Etats-Unis, signé fin juin par le Liban et Israël, vise à mettre un terme aux hostilités. Il prévoit le désarmement du Hezbollah par l'armée libanaise ainsi que le retrait de l'armée israélienne de "zones pilotes", où les forces libanaises seront ensuite déployées.

Le Hezbollah a rejeté à plusieurs reprises cet accord et refuse de déposer les armes, tandis qu'aucun calendrier n'a été fixé pour le retrait complet d'Israël.

L'accord est intervenu plus de trois mois après que le Hezbollah a entraîné le Liban dans la guerre régionale en tirant des roquettes sur Israël, le 2 mars, en soutien à Téhéran, déclenchant d'importantes frappes aériennes israéliennes et une offensive terrestre.

Si les violences ont diminué depuis la signature, en juin, d'un accord préliminaire entre les Etats-Unis et l'Iran ainsi que de l'accord entre le Liban et Israël, Beyrouth continue de signaler des frappes israéliennes sporadiques et des tirs d'artillerie dans le sud du pays.

L'armée libanaise a récemment condamné la poursuite des activités militaires israéliennes qui, selon elle, empêchent son déploiement complet conformément à l'accord-cadre.


Les Etats-Unis appellent leurs citoyens à "envisager de quitter" le Moyen-Orient

En Jordanie, les ressortissants américains ont été appelés à éviter les bases militaires américaines, récemment ciblées par des missiles iraniens. (Photo d'archive/AFP)
En Jordanie, les ressortissants américains ont été appelés à éviter les bases militaires américaines, récemment ciblées par des missiles iraniens. (Photo d'archive/AFP)
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  • Les ambassades américaines au Moyen-Orient appellent leurs ressortissants à se tenir prêts à quitter la région face au risque d’une nouvelle escalade entre Washington et Téhéran
  • Malgré des discussions sur une désescalade, les tensions restent vives, Donald Trump menaçant de nouvelles frappes contre l’Iran tandis que Téhéran avertit d’une riposte contre tout pays soutenant les États-Unis

DUBAI: Les ambassades américaines dans plusieurs pays du Moyen-Orient ont mis en garde samedi les citoyens américains contre une possible "escalade" du conflit régional et les ont exhortés à se tenir prêts à partir, le président Donald Trump ayant menacé de frapper l'Iran avec force.

L'Iran et les Etats-Unis ont repris cette semaine leurs échanges de frappes nocturnes après plusieurs jours d'accalmie, mais aucune attaque n'a été signalée depuis la nuit de vendredi à samedi.

Selon des médias américains, Washington envisage de nouveaux bombardements massifs ce weekend, notamment contre des infrastructures énergétiques, mais d'après le média américain CBS, qui cite plusieurs sources anonymes, Donald Trump n'aurait toutefois pas encore donné son feu vert.

Le président américain a de nouveau menacé vendredi de frapper "très fort" l'Iran, qui depuis la reprise des hostilités début juillet, a recommencé à viser des pays alliés de Washington et des installations américaines dans la région.

"Les Américains présents dans la région devraient envisager de partir, ou être prêts à partir en cas d'escalade", indique une alerte de sécurité dont des versions ont été publiées samedi sur les réseaux sociaux des ambassades à Amman, Abou Dhabi, Jérusalem, Mascate, Koweït, Bagdad, Ryad, Doha et Beyrouth.

Les messages invitent les ressortissants américains à vérifier les informations relatives à leurs vols et à suivre les consignes de sécurité des autorités locales.

"Les Américains au Moyen-Orient doivent actuellement faire preuve de prudence et d'une vigilance accrue et se préparer à d'éventuelles annulations de vols, à des fermetures périodiques de l'espace aérien et à des perturbations potentielles des déplacements", précise l'alerte.

- "Imprévisible" -

En Jordanie, les citoyens américains ont été appelés à éviter les bases militaires américaines, récemment visées par des missiles iraniens. En Israël, il leur a été recommandé de repérer l'abri antiaérien le plus proche. Au Liban, le personnel non-essentiel de l'ambassade a été relocalisé.

"Le régime iranien est imprévisible, comme l'ont montré ses récentes décisions d'attaquer des zones de la région sans avertissement ni provocation, ainsi que d'étendre ses attaques à des zones qui n'avaient pas été visées auparavant (comme l'Egypte)", indique un message publié sur les sites des ambassades.

Mercredi, un drone a frappé un navire gazier appartenant à une société américaine, amarré dans un port égyptien. L'Egypte mène une enquête mais n'a, à ce stade, accusé aucun groupe d'être à l'origine de l'attaque.

L'armée iranienne a, de son côté, accusé Washington d'"attiser les tensions" dans la région et averti: "Tout pays servant de bouclier défensif à l'Amérique criminelle et agressive sera englouti par les flammes de la guerre".

La guerre au Moyen-Orient a été déclenchée le 28 février par des frappes conjointes des Etats-Unis et d'Israël contre l'Iran, qui a riposté par des attaques de missiles et de drones dans la région.

Jeudi, le Pakistan, pays médiateur, a affirmé que les belligérants négociaient en vue d'une désescalade, en particulier concernant le détroit d'Ormuz, passage stratégique au coeur des tensions et verrouillé par Téhéran.

La reprise des affrontements début juillet a fait dérailler le protocole d'accord signé mi-juin et censé ouvrir la voie à des pourparlers de paix.


Liban: les explosions israéliennes près d'un château menacent l'accord-cadre bilatéral, dit le président

De la poussière recouvre les collines près du château de Beaufort, dans le sud du Liban, après des détonations israéliennes visant, selon Israël, des tunnels du Hezbollah, le 31 juillet 2026. (AFP)
De la poussière recouvre les collines près du château de Beaufort, dans le sud du Liban, après des détonations israéliennes visant, selon Israël, des tunnels du Hezbollah, le 31 juillet 2026. (AFP)
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  • Le Liban accuse Israël de menacer l'accord-cadre bilatéral après de puissantes explosions près du château de Beaufort, attribuées à la destruction de tunnels du Hezbollah
  • Israël affirme avoir ciblé des infrastructures du Hezbollah après une violation du cessez-le-feu, tandis que de nouveaux pourparlers sont prévus à Rome

BEYROUTH: Le Liban a jugé vendredi que les explosions massives provoquées par l'armée israélienne, pour selon elle détruire des tunnels du Hezbollah, près du château de Beaufort, dans le sud, menaçaient l'application de l'accord-cadre bilatéral conclu récemment.

"Les forces israéliennes ont provoqué de très puissantes explosions vers minuit", notamment "dans le secteur de la forteresse de Beaufort", classée par l'Unesco, a annoncé l'Agence nationale d'information (Ani, officielle).

Le président libanais, Joseph Aoun, a dénoncé "une escalade extrêmement dangereuse (...) et une menace directe" pour la mise en oeuvre de l'accord-cadre conclu en juin entre le Liban et Israël sous égide américaine.

Cet accord prévoit le déploiement de l'armée libanaise dans des "zones pilotes" évacuées par Israël - qui occupe toujours une partie du sud du pays - sous réserve d'un désarmement du Hezbollah pro-iranien.

Les Etats-Unis ont confirmé lundi la tenue de nouveaux pourparlers entre Israël et le Liban, à Rome du 4 au 6 août, en vue notamment d'étendre ce processus.

"Le timing de ces agressions (...) envoie des messages négatifs et sape les efforts internationaux visant à consolider la stabilité", à quelques jours de ces nouveaux pourparlers, a déploré la présidence dans un communiqué.

Les explosions ont "provoqué des ondes équivalant à celles d'un séisme", a-t-elle pointé.

L'Ani a fait ensuite état dans la soirée de trois nouveaux dynamitages israéliens "violents" dans la région méridionale de Marjeyoun.

Le Premier ministre libanais, Nawaf Salam, a condamné "les agressions israéliennes continues dans le sud, sous forme d'explosions, bombardements et destructions méthodiques", y compris "les atteintes aux sites archéologiques".

Le château de Beaufort datant de l'époque des Croisés, situé dans la zone du sud occupée par Israël, a été inscrit la semaine dernière sur la liste du patrimoine mondial en péril de l'Unesco.

Selon le ministère libanais de la Culture, les explosions "pourraient avoir causé des dégâts aux abords de la forteresse", dont l'ampleur "ne pourra être évaluée qu'à l'issue d'une inspection sur le terrain", actuellement impossible.

Un correspondant de l'AFP dans un village proche a entendu d'énormes déflagrations et vu la poussière recouvrir de larges zones boisées de la région. Des fenêtres ont été brisées dans des maisons de villages alentour, selon l'Ani.

Dans un communiqué commun, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et le ministre de la Défense Israël Katz ont annoncé que l'armée avait détruit "les tunnels terroristes dans la région", utilisant quelque 700 tonnes d'explosifs.

Ils ont affirmé que l'opération faisait suite à une  "violation flagrante du cessez-le-feu par le Hezbollah" mercredi.

L'armée israélienne avait accusé le mouvement chiite pro-iranien d'avoir lancé un drone explosif contre un de ses véhicules dans le sud du pays.

Le Hezbollah n'a pas revendiqué d'attaque contre Israël depuis le 20 juin.

Mais il a appelé vendredi le pouvoir libanais à agir "à tous les niveaux politiques et diplomatiques pour la cessation des crimes de destruction commis par l'ennemi".

Le mouvement avait entraîné le Liban dans la guerre régionale le 2 mars en attaquant Israël, en soutien à l'Iran.

Israël a riposté par une vaste campagne de bombardements et une offensive terrestre, et son armée continue d'occuper des zones du sud du Liban.