À la découverte de la perception hégélienne de l’Islam avec Hussain Hindawi

Dans son ouvrage, Hussain Hindawi souligne les réflexions de Hegel sur l'Islam et sur l'Orient en général. Photo fournie.
Dans son ouvrage, Hussain Hindawi souligne les réflexions de Hegel sur l'Islam et sur l'Orient en général. Photo fournie.
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Publié le Mardi 16 novembre 2021

À la découverte de la perception hégélienne de l’Islam avec Hussain Hindawi

  • L'auteur, dans un entretien avec Arab News en français revient sur la genèse de son ouvrage et les difficultés rencontrées lors de l'écriture, mais aussi sur ses passages préférés
  • «Hegel reconnaît volontiers à l'Islam la fondation d'un “empire universel” et une brillante civilisation qui, pendant longtemps, a été “le centre du savoir”»

ATHÈNES: C'est un titre surprenant que Hussain Hindawi a choisi pour son tout dernier ouvrage: Hegel et l'Islam. Ce diplomate chevronné, actuellement conseiller du Premier ministre irakien, a étudié en France et longtemps travaillé sur l’Islam et les philosophes des Lumières. Pour lui, la philosophie hégélienne, qui est à l'origine «de tout ce qui s'est fait de grand en philosophie depuis un siècle», et qui a «modifié le destin du monde», ne pouvait pas ignorer l'Islam. 

Dans son ouvrage, Hussain Hindawi souligne les réflexions de Hegel sur l'Islam et sur l'Orient en général. Celles-ci ont imprégné la pensée occidentale, et influent encore, sur les relations qu'entretiennent ces deux cultures. Paradoxalement, les textes consacrés par Hegel à l'Islam sont un des aspects les moins étudiés de sa pensée. 

Qui est Hegel?

Georg Wilhelm Friedrich Hegel, né le 27 août 1770 à Stuttgart et mort le 14 novembre 1831 à Berlin, est un philosophe allemand. Son œuvre, postérieure à celle d’Emmanuel Kant, appartient à l'idéalisme allemand et a eu une influence décisive sur l'ensemble de la philosophie contemporaine. Hegel enseigne la philosophie sous la forme d'un système unissant tous les savoirs suivant une logique dialectique.

Il était nécessaire d’insister sur ce qui est vivant dans la philosophie de Hegel d’autant plus que ses réflexions sur l'Islam et sur l'Orient en général, imprègnent encore aujourd’hui dans une mesure non négligeable la pensée politique occidentale.

 

Hussain Hindawi

L'auteur, dans un entretien avec Arab News en français revient sur la genèse de son ouvrage et les difficultés rencontrées lors de l'écriture, mais aussi sur ses passages préférés. Et surtout sur la raison pour laquelle il a voulu interpeller Hegel sur l’Islam. «Mon intérêt pour la vision hégélienne de l'Islam tient surtout à des facteurs académiques et même épistémologiques, si je puis dire. Mon souci cependant, n'était pas de juger les idées d'un philosophe du XIXe siècle sur cette religion, mais plutôt de connaître leurs prolongements et leurs effets sur notre vie politique et culturelle actuelle. C’est pourquoi, il était nécessaire d’insister sur ce qui est vivant dans la philosophie de Hegel d’autant plus que ses réflexions sur l'Islam et sur l'Orient en général, imprègnent encore aujourd’hui dans une mesure non négligeable la pensée politique occidentale, et influent sur les relations qu'entretiennent ces deux cultures. Il était également important de compléter un aspect manquant dans la recherche sur la philosophie de l’Histoire et celle de la religion chez Hegel. Cette dernière occupe une place importante dans sa philosophie en général.»

La philosophie de Hegel n’est pas une doctrine à côté des autres, mais représente plutôt une manière différente de lire l’Histoire universelle.

Hussain Hindawi

Sur la manière dont l'idée du livre lui est venue, Hussain Hindawi souligne que ses recherches sur Hegel dataient de ses années d’études à l’université de Poitiers, où il avait en particulier suivi, entre 1980 et 1982, les cours d’un professeur «extrêmement énergique, passionné et convaincant, le philosophe français Jacques D'Hondt, fondateur du Centre de recherche et de documentation sur Hegel et Marx».

hindawi
Hussain Hindawi souligne que ses recherches sur Hegel dataient de ses années d’études à l’université de Poitiers. Photo fournie.

Et d'ajouter: «J’avais compris grâce à lui que la philosophie de Hegel n’est pas une doctrine à côté des autres, mais représente plutôt une manière différente de lire l’Histoire universelle. C’est lui aussi qui m’avait conseillé d’orienter mon travail vers l’aspect “islamique” de l’œuvre de Hegel. Ce thème avait été jusqu’alors très peu traité par les spécialistes de sa philosophie, et c’était l’occasion pour moi d’explorer un domaine quasiment vierge, ce qui était particulièrement excitant, en portant une attention minutieuse au détail des textes de Hegel et aux enjeux de raisonnement dont il est porteur.»

La notion de «pont » entre l'Occident et l'Orient qui apparaît chez Hegel est-elle encore possible aujourd'hui?

Dans son livre, Hussain Hindawi souligne que «les Arabes, entrèrent en effet en contact avec la philosophie grecque en particulier par l’intermédiaire des Syriaques (Asie antérieure), qui était sous leur domination. Les Syriaques étaient en effet de culture hellénique, et ils formaient un Royaume grec. En Syrie, près d’Antioche, et en particulier à Bérytos et à Édesse, il existait de grands établissements culturels. Les Syriaques constituèrent le point de liaison entre la philosophie grecque et les Arabes. La langue syriaque était une langue populaire à Bagdad même.»

Q. Cette notion de «pont» entre l'Occident et l'Orient est-elle encore possible aujourd'hui à l'heure où un clash entre ces deux mondes est plus que jamais perceptible?

R. Sans aucun doute, le monde culturel et l'Histoire humaine ont toujours besoin d'un cœur, central ou spirituel, même au sens symbolique, dans lequel les visions cosmiques se croisent, interagissent et illuminent. Cet axe était la Méditerranée jusqu'à nos jours. Il est vrai que la Méditerranée s'est parfois transformée en séparation, voire une arène d'affrontement, entre les hommes pendant un certain temps. Cependant, l’axe méditerranéen a toujours rappelé son rôle et sa position de pont entre les peuples, les civilisations et les religions, et peut-être, ce sera encore le cas pour de longues périodes à venir. Il y a un désir constant de retourner au berceau des civilisations et des religions, et cela concerne toutes les aires culturelles dans le monde. Mais la Méditerranée demeure le berceau par excellence pour nos idées les plus actuelles, philosophiquement du moins.

Lorsque nous lui demandons d'expliquer la spécificité de la philosophie hégélienne à des profanes, Hussain Hindawi s'exécute volontiers en expliquant que Hegel est un philosophe allemand «qui a construit un immense système ordonnant toutes les connaissances de son temps. Aux yeux de Hegel, la philosophie doit englober tout ce qui est, comprendre le réel dans sa totalité, penser l’Histoire et les choses: “Saisir et comprendre ce qui est, telle est la tâche de la philosophie”, dit-il.»

Ainsi, indique l'auteur, «la philosophie représente un système, c’est-à-dire un ensemble organisé et unifié dont tous les éléments sont indépendants, une connaissance formant une unité et englobant tous les éléments de la pensée et de la vie. En revanche, par ses travaux, Hegel aboutit à la conviction que la seule idée qu'apporte la philosophie, dans son rapport avec le fait historique, est: “la raison gouverne le monde et, par conséquent, l'Histoire universelle s'est, elle aussi, déroulée rationnellement”.»

Lorsqu'il a commencé à rassembler des informations sur le lien qui unissait Hegel à l'Islam, la plus grande difficulté pour Hussain Hindawi a été le fait que les textes consacrés par Hegel précisément à l'Islam sont l'un des aspects les moins étudiés de sa pensée: «Nous avons vainement cherché un ouvrage qui s'intéresse à ce sujet parmi les innombrables travaux qui ont été consacrés à la philosophie de Hegel, dont plusieurs sont relatifs à des spiritualités et des civilisations orientales telles que la Chine, l'Inde et le judaïsme notamment. Ainsi, l’absence d'un chapitre consacré à la religion islamique dans sa Philosophie de la religion et la maigreur des passages dans l'Histoire de la philosophie, dans la Philosophie de l'Histoire, et dans l'Esthétique ont renforcé l'idée que ce philosophe aurait délaissé l'Islam, et par là découragé les spécialistes d'entreprendre des études consacrées à ce thème. Toutefois, nous avions exclu que ce philosophe puisse oublier une grande religion comme l'Islam, d'autant plus que l'Islam pour Hegel est loin d'être un phénomène spirituel modeste; il affirme, bien au contraire, que “c'est une religion spirituelle comme la religion juive”, et qu’“elle est dans la même sphère que la religion chrétienne”.»

La perception hégélienne de l'Islam

Hussain Hindawi revient aussi sur la perception de l’Islam par Hegel. Pour le philosophe allemand, l'Islam est «le moment suprême de la religion du sublime qui trouve son existence historique dans le judaïsme également». Ces deux religions se succédant nécessairement dans le temps, selon la dialectique interne de la religion du sublime, mais en parfaite correspondance avec la progression vers la véritable représentation de Dieu. Ainsi l'Islam, selon Hegel, n'est pas seulement «une religion spirituelle comme la religion juive», mais «le contenu aussi de l’Islam est identique à celui de la religion juive»; leur opposition réside dans le fait que le Dieu des juifs qui n'est pas encore purement universel, unique et abstrait, devient absolument universel, unique et l’Un pur de la pensée pour les musulmans. Par conséquent, le christianisme et l'Islam sont, tous deux, et au même titre, la négation du judaïsme; Allah, selon Hegel, «se tient au même degré que le Dieu des chrétiens puisque aucune particularité n'est réservée».  Aussi, l'Islam se place au-dessus du judaïsme, comme sa négation, comme son dépassement. Car dans la conscience islamique l'unicité de Dieu est si rigoureusement exprimée que rien ne peut la troubler au point que même la multiplicité interne, la Trinité, est rejetée.  Voilà pourquoi, l'Islam à ses yeux ne se présente pas seulement comme «l'opposition absolue» du christianisme dans l'Histoire universelle, mais aussi et surtout, il représente avec le christianisme les deux mondes qui s'affrontent «au cours du dur combat»  au sein même du monde germanique. Donc, du point de vue de la logique, la dialectique de la quatrième figure universelle de l'Esprit se présente de la manière suivante: le catholicisme = thèse; l'Islam = antithèse ; le luthéranisme = synthèse.

Hegel reconnaît volontiers à l'Islam la fondation d'un “empire universel” et une brillante civilisation qui, pendant longtemps, a été “le centre du savoir”, qui attire à Bagdad puis à Cordoue non seulement des Orientaux mais aussi des chrétiens d'Occident.

Hussain Hindawi

Où en sommes-nous des principes de la Révolution aujourd'hui en France?

Q. On connaît l'admiration de Hegel pour la Révolution de 1789. Où en sommes-nous de ses principes (liberté, égalité, fraternité) aujourd'hui en France à l'heure où une partie de sa société – en l'occurrence d'obédience musulmane – est stigmatisée, en particulier au moment des échéances électorales?

R. Pour Hegel, en effet, la Révolution française est le symbole de la liberté, ou l’arbre de la liberté. Il admirait les idéaux de la Révolution française, tout en demeurant profondément attaché au royalisme – qui était pour lui le seul système politique capable de préserver la liberté. Il voyait dans la rupture de 1789 l’opportunité du progrès vers la société rationaliste qui inscrit le vrai dans l’ordre du réel, qui ouvre l’horizon de l’avènement de l’esprit. On peut dire qu’après la Révolution, la France a en quelque sorte naturalisé ses principes révolutionnaires, liberté, égalité, fraternité, en principes républicains, les inscrivant dans la loi et dans diverses politiques sociales. Les développements historiques depuis la fin du XVIIIe siècle, la révolution industrielle, la colonisation, les guerres mondiales, la difficile décolonisation, ont inévitablement impacté la loi et la pratique sociale. Les principes se sont alors déformés (pour ne pas dire détruits) dans la concrétude du réel. Aujourd’hui la France doit encore faire face à son passé colonial, et toutes les questions afférentes, y compris celle de son rapport à l’Islam. Instrumentaliser la question de l’Islam avant chaque échéance électorale est tout sauf rationnel, on peut même dire que cela empêche le débat constructif sur la place, voire l’apport, du religieux dans la société française du XXIe siècle.

À la question de savoir pourquoi avoir voulu appliquer la philosophie hégélienne pour analyser la place de l'Islam dans l'Histoire universelle, Hussain Hindawi explique que c’est Hegel qui a placé l'Histoire «au centre de sa réflexion philosophique». «Dans ses Leçons sur la philosophie de l’Histoire, son discours est centré uniquement sur l'Histoire générale de l'humanité dans le sens le plus habituel du terme; et même, il respecte l'ordre chronologique des événements, en partant des plus anciens, pour parvenir, par les étapes d'une succession, jusqu'aux plus récents. Cette Histoire universelle, en fait, est représentée par des efforts humains de six mille ans, allant du Déluge jusqu'à la Révolution française. De même, la Méditerranée est le cœur du monde historique, elle le conditionne et l'anime. Sans elle, on ne saurait se représenter l'Histoire universelle. Ces limitations géographiques et temporelles sont d'une importance capitale. Elles nous montrent, explicitement, combien le sud de la Méditerranée, berceau et cadre de l'Islam, occupe un rôle décisif, et combien l'Islam, activement présent dans cette partie du monde, tient une place importante dans la dialectique de l'évolution de l'Histoire universelle. En outre, Hegel reconnaît volontiers à l'Islam la fondation d'un “empire universel” et une brillante civilisation qui, pendant longtemps, a été “le centre du savoir”, qui attire à Bagdad puis à Cordoue non seulement des Orientaux mais aussi des chrétiens d’Occident.»

Hegel, sans doute sous l'influence de Goethe et de son Divan, a exprimé une admiration particulière pour les poèmes préislamique arabes, les Mu'allaqât.

Hussain Hindawi

Quelle partie du livre a été pour lui la plus agréable à rédiger? «Toutes!», nous répond Hussain Hindawi sans hésitation. «Cependant, le texte sur l'art musulman du sublime semblait le plus proche à mon cœur. Il parle de la conscience artistique musulmane, de la poésie soufie ainsi que de l'architecture arabe. Il est nécessaire de remarquer ici que Hegel considère la poésie musulmane comme la plus belle expression de l'art du sublime. À plusieurs reprises, en effet, il affirme que pour saisir cet art “dans sa plus belle pureté et sublimité, il faut s'adresser aux musulmans”.»

livre

Il est important de noter également que Hegel, une fois n'est pas coutume, cite de longs passages de «l'admirable Djalàl-ud-Din Rûmi» dans son Encyclopédie des sciences philosophiques. D'autres citations de Hafiz se trouvent aussi bien dans l'Esthétique que dans la Philosophie de la religion, tandis que les noms d'autres poètes et écrivains musulmans ont été simplement évoqués nommément par Hegel tel que Saadi, Nizami, Firdussi, Hariri... Mais c'est surtout Hafiz, Firdussi et, d'une manière plus importante et très significative, Rûmi qui captent l'intérêt de Hegel. Ce philosophe, et sans doute sous l'influence de Goethe et de son Divan, a exprimé une admiration particulière pour les poèmes préislamique arabes, les Mu'allaqâts.

Cette étude inédite sur Hegel et l'Islam est le deuxième titre de la nouvelle collection d'essais d'Orients Éditions après Qu'est-ce que le salafisme?

Signe caractéristique, les couvertures sont produites d'après les œuvres de Medhi Qotbi, peintre franco-marocain et président de la Fondation des musées du royaume du Maroc depuis 2011.


L'Iran affirme contrôler le détroit d'Ormuz après les déclarations de Trump sur un contrôle américain

Cette photographie, obtenue auprès de l'agence de presse iranienne ISNA le 13 août 2026, montre une nappe de pétrole le long de la côte sud de l'île de Qeshm, en Iran, le 13 août 2026. (AFP)
Cette photographie, obtenue auprès de l'agence de presse iranienne ISNA le 13 août 2026, montre une nappe de pétrole le long de la côte sud de l'île de Qeshm, en Iran, le 13 août 2026. (AFP)
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  • Donald Trump, qui semble désormais privilégier une approche plus attentiste face à l'Iran, a répété mercredi sur son réseau Truth Social que les Etats-Unis avaient un contrôle "total" du détroit d'Ormuz et allaient le "garder"
  • Dans les faits, ce passage stratégique pour le commerce mondial de pétrole est verrouillé par l'Iran, alors que les Etats-Unis imposent de leur côté un blocus aux ports iraniens

TEHERAN: Un haut responsable iranien a affirmé jeudi que le détroit d'Ormuz restait sous le contrôle de l'Iran, après que le président américain Donald Trump a revendiqué la veille le contrôle américain de ce détroit stratégique.

"Aujourd'hui, vous voyez que le détroit d'Ormuz est sous la gestion et le contrôle de la République islamique, et que notre pays poursuit sa trajectoire en toute sécurité", a déclaré selon la télévision d'Etat Hossein Taeb, chef des forces paramilitaires du Bassidj, affiliées aux Gardiens de la Révolution, la puissante force armée de la République islamique.

Donald Trump, qui semble désormais privilégier une approche plus attentiste face à l'Iran, a répété mercredi sur son réseau Truth Social que les Etats-Unis avaient un contrôle "total" du détroit d'Ormuz et allaient le "garder".

Dans les faits, ce passage stratégique pour le commerce mondial de pétrole est verrouillé par l'Iran, alors que les Etats-Unis imposent de leur côté un blocus aux ports iraniens.

Les hostilités ont repris entre les deux pays début juillet, quand le protocole d'accord conclu en juin pour mettre durablement fin à la guerre au Moyen-Orient a volé en éclat.

Les frappes se sont depuis atténuées, Donald Trump assurant que des négociations étaient en cours avec l'Iran, qui a démenti, assurant de son côté ne parler qu'avec Oman d'un futur itinéraire pour franchir le détroit d'Ormuz.


Une colonie de Cisjordanie, démantelée en 2005, à nouveau inaugurée par Israël

Ganim est l'une des quatre colonies israéliennes de Cisjordanie évacuées par Israël dans le cadre du plan de retrait de l'ancien Premier ministre Ariel Sharon en 2005, avec Homesh, Sa-Nour et Kadim.  (AFP)
Ganim est l'une des quatre colonies israéliennes de Cisjordanie évacuées par Israël dans le cadre du plan de retrait de l'ancien Premier ministre Ariel Sharon en 2005, avec Homesh, Sa-Nour et Kadim. (AFP)
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  • À Ganim, environ deux douzaines de maisons préfabriquées ont déjà été installées. Des niveleuses et des rouleaux compresseurs s'activent sur le flanc de la colline afin de dégager de nouveaux espaces destinés à de futures habitations
  • Dans la vallée en contrebas, des Palestiniens interrogés par l'AFP témoignent de leur crainte que la construction de Ganim ne rende leur vie plus difficile, voire n'entraîne à terme leur déplacement

GANIM, TERRITOIRES PALESTINIENS: Plus de vingt ans après son retrait de la colonie de Ganim, en Cisjordanie occupée, Israël l'a officiellement inaugurée à nouveau jeudi, selon des journalistes de l'AFP sur place, dans une nouvelle illustration de la politique d'intensification de la colonisation menée par le gouvernement Netanyahu.

"Nous sommes revenus à Ganim  - et nous sommes revenus pour y rester", a affirmé le ministre de la Défense israélien Israël Katz, présent pour la cérémonie.

Sur l'unique rue récemment aménagée, l'odeur de l'asphalte fraîchement coulé flotte dans l'air. De nouveaux résidents et leurs proches, venus les aider à s'installer, sourient à la vue de leurs caravanes flambant neuves.

Ganim est l'une des quatre colonies israéliennes de Cisjordanie évacuées par Israël dans le cadre du plan de retrait de l'ancien Premier ministre Ariel Sharon en 2005, avec Homesh, Sa-Nour et Kadim. Leur emplacement isolé, dans le nord de la Cisjordanie, près de la ville palestinienne de Jénine, avait notamment motivé leur démantèlement.

Trois d'entre elles ont désormais été reconstruites sous l'actuel gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu, sur fond de forte accélération de la création de nouvelles colonies, et de légalisation d'avant-postes (souvent constitués de quelques caravanes ou préfabriqués construits sans l'aval du gouvernement israélien, et destinés à créer des faits accomplis).

À Ganim, environ deux douzaines de maisons préfabriquées ont déjà été installées. Des niveleuses et des rouleaux compresseurs s'activent sur le flanc de la colline afin de dégager de nouveaux espaces destinés à de futures habitations.

Dans la vallée en contrebas, des Palestiniens interrogés par l'AFP témoignent de leur crainte que la construction de Ganim ne rende leur vie plus difficile, voire n'entraîne à terme leur déplacement.

De part et d'autre de la route reliant Israël à la nouvelle colonie, l'armée a démoli ces derniers jours des commerces et bloqué plusieurs chemins de terre menant aux villages palestiniens, y amoncelant des gravats.

Une centaine de personnes ont assisté à Ganim à la cérémonie d'inauguration, venus d'Israël ou d'autres colonies de Cisjordanie, dont des députés et deux ministres.

Yossi Dagan, le président du Conseil régional, chargé des colonies de ce secteur a parlé "moment historique".

Il a rappelé qu'un plan de construction de 19 nouvelles colonies dans cette zone avait été lancé, avec le soutien du gouvernement.

"Aujourd'hui, nous revenons à Ganim et nous la reconstruisons. Nous ne sommes pas seulement revenus dans les quatre localités qui avaient été évacuées : nous multiplions par deux et par trois la présence juive dans le nord de la Samarie", a-t-il déclaré, utilisant le nom israélien de la Cisjordanie occupée.


La condamnation à mort de Bachar al-Assad par la Syrie : un pas vers la justice ?

La condamnation d’Assad, la première prononcée à son encontre par un tribunal syrien depuis l’effondrement de son gouvernement en décembre 2024 et sa fuite en Russie, a été rendue par contumace. (Image générée par IA représentant à quoi il aurait pu ressembler)
La condamnation d’Assad, la première prononcée à son encontre par un tribunal syrien depuis l’effondrement de son gouvernement en décembre 2024 et sa fuite en Russie, a été rendue par contumace. (Image générée par IA représentant à quoi il aurait pu ressembler)
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  • Ce jugement constitue la première condamnation nationale prononcée à l’encontre du président déchu et marque une tentative sans précédent de demander des comptes aux dirigeants de l’ancien régime
  • Assad bénéficie toujours de la protection de la Russie, tandis que des experts juridiques avertissent que la peine de mort pourrait compliquer les efforts visant à l’extrader et à le faire comparaître en personne devant un tribunal syrien

LONDRES : Pendant près d’un quart de siècle, Bachar al-Assad s’est tenu à la tête d’un État syrien dans lequel le président semblait hors d’atteinte de ses tribunaux.

Mardi, cette situation s’est radicalement inversée.

La quatrième chambre pénale du tribunal de Damas a condamné le président déchu à mort par contumace après l’avoir reconnu coupable de crimes incluant « l’assassinat prémédité et intentionnel de plusieurs personnes, dont des enfants », ainsi que « la torture, les arrestations arbitraires et les crimes contre l’humanité » commis au cours du long conflit qui a ravagé le pays.

Il s’agit de la première condamnation prononcée à l’encontre d’Assad par un tribunal syrien depuis l’effondrement de son gouvernement en décembre 2024 et sa fuite en Russie.

Son frère Maher, ancien commandant de la redoutable quatrième division blindée, et Atef Najib, ancien chef de la sécurité à Deraa dont le traitement réservé aux manifestants adolescents avait contribué à déclencher le soulèvement de 2011, figuraient parmi les personnes également condamnées à mort.

Najib, arrêté en Syrie l’année dernière, était le seul haut responsable présent à l’audience.
Pour de nombreux Syriens, le symbolisme était indéniable.

Des foules se sont rassemblées devant le palais de justice de Damas et ont célébré la nouvelle à Deraa, où le soulèvement contre Assad avait commencé après que les forces de sécurité eurent arrêté et torturé des adolescents accusés d’avoir écrit des graffitis antigouvernementaux.

Pour Rahaf Aldoughli, maître de conférences en études sur le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord à l’université de Lancaster, ce verdict revêt une « importance symbolique considérable ».

« Pendant des décennies, l’une des caractéristiques déterminantes du système Assad a été l’impunité : l’idée que les plus hauts responsables de l’État ne pourraient jamais être tenus légalement pour responsables », a-t-elle déclaré à Arab News.

« Un tribunal syrien qui reconnaît officiellement la responsabilité pénale de Bachar al-Assad rompt donc, au moins symboliquement, avec cet héritage. »

Elle a toutefois mis en garde contre une interprétation excessive de cet événement.
« Nous devons veiller à ne pas assimiler la condamnation d’Assad à la justice transitionnelle. La justice transitionnelle ne peut se réduire à la sanction d’un seul individu, aussi central qu’il ait pu être au sein du système. »

Ce verdict confronte également les nouvelles autorités syriennes à une question plus épineuse : condamner Assad à mort le rapproche-t-il de la justice, ou rend-il encore plus lointaine la perspective de le juger un jour en personne — ainsi que ceux qui ont permis le fonctionnement de son appareil ?

« Dans l’ensemble, il s’agit d’une avancée significative, mais il ne faut pas en exagérer l’importance », a déclaré à Arab News Robert Pinfold, maître de conférences en sécurité internationale au King’s College de Londres. « Cela reste largement symbolique — notamment parce qu’Assad se trouve en Russie. »

Si la poursuite des relations chaleureuses entre Damas et Moscou pourrait théoriquement constituer un « coup de théâtre », a-t-il ajouté, il est raisonnable de supposer que les avoirs d’Assad et de sa famille resteront hors d’atteinte à court terme.

« Quant à la condamnation à mort elle-même, la plupart des Syriens y seront globalement favorables », a déclaré M. Pinfold. « Très peu de gens aujourd’hui — y compris certains de ses anciens partisans et des alaouites qui estiment qu’il les a trahis en s’enfuyant — soutiennent encore Bachar al-Assad. Il ne s’agit donc pas d’une décision controversée.

« Mais la capacité du gouvernement à réellement l’appliquer est limitée, puisque Assad se trouve hors du pays. »

Il a fait valoir que, alors que Damas est confrontée à des demandes croissantes de vérité, de réconciliation et de responsabilisation, elle doit mener ces processus avec prudence afin d’éviter de donner l’impression que les communautés minoritaires sont collectivement tenues pour responsables des exactions de l’ancien régime, même si les Syriens continuent de réclamer justice.

Assad est devenu, contre toute attente, le dirigeant de la Syrie de 2000 à décembre 2024, succédant à son père Hafez Assad et présidant un système dominé par la présidence, les services de sécurité et l’establishment militaire.

Lorsque des manifestations pacifiques ont éclaté en 2011, les forces gouvernementales ont réagi par la force meurtrière. Le soulèvement s’est rapidement transformé en une guerre qui a fait plus de 580 000 morts, déplacé plus de 13 millions de personnes et donné lieu à des allégations de torture systématique, de disparitions forcées, d’attaques aveugles et d’autres violations graves.

Pendant des années, les tentatives visant à établir les responsabilités se sont principalement déroulées en dehors de la Syrie. Les tribunaux européens ont eu recours à la compétence universelle et à d’autres mécanismes juridiques pour poursuivre d’anciens agents des services de renseignement syriens et d’autres suspects qui avaient atteint leur territoire.

Les tribunaux français ont également poursuivi Bachar al-Assad lui-même. En 2025, des juges d’instruction français ont émis un mandat d’arrêt à son encontre en lien avec le bombardement, en 2012, d’un centre de presse à Homs qui a coûté la vie aux journalistes Marie Colvin et Rémi Ochlik.

La décision rendue mardi revêt une importance particulière car elle a été prononcée en Syrie, inscrivant officiellement Assad au casier judiciaire du pays en tant que prévenu condamné, et non plus simplement comme faisant l’objet d’enquêtes, d’allégations ou de sanctions étrangères.

Mais la condamnation à mort ne constitue pas nécessairement une issue juridique définitive. Assad a été jugé par contumace et, selon le droit procédural syrien, le verdict pourrait être annulé et la procédure rouverte s’il se rendait ou s’il était arrêté et traduit en justice, d’après l’analyse du Réseau syrien pour les droits de l’homme.

« Le fait qu’il s’agisse également d’une condamnation à mort complique en outre les traités d’extradition avec d’autres pays qui ont pu ou non accorder l’asile à des responsables du régime syrien », a déclaré Samy Akil, conseiller principal chez The Syria Report, à Arab News.

« Je pense que l’UE et la CPI s’opposent à l’extradition vers un pays où une peine de mort a été prononcée à l’encontre d’une personne jugée par contumace. Je pense que c’est un aspect dont les responsables syriens n’ont pas vraiment tenu compte. »

Une question juridique plus large se pose également. Le droit syrien ne définit pas les « crimes de guerre » ni les « crimes contre l’humanité » comme des infractions distinctes. Ces affaires sont donc généralement jugées en vertu des dispositions pénales ordinaires, notamment celles relatives au meurtre, à la torture et à la détention illégale.

Les procureurs ont cherché à combler cette lacune en invoquant des principes juridiques internationaux, bien que la Syrie ne soit pas partie à la Convention des Nations unies de 1968 sur l’imprescriptibilité des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité.

Ces procédures contribueront donc à établir le cadre juridique pour de futures affaires visant à établir les responsabilités.

« Le cadre juridique et le système judiciaire syriens ne sont pas suffisamment adaptés pour traiter l’ampleur, la portée et la nature des massacres qui ont été perpétrés en Syrie — qu’il s’agisse de crimes de guerre, de torture ou de toutes les questions pertinentes qui doivent être abordées », a déclaré Akil.

« Le fait qu’ils se soient largement appuyés sur le code pénal existant — malgré plus d’un an et demi de travail sur une loi de justice transitionnelle, un projet de texte et le plaidoyer de nombreux groupes de la société civile — sape le processus de transition (aujourd’hui) et pour l’avenir.

« En fin de compte, il faut un système judiciaire indépendant et opérationnel pour traiter d’autres affaires (similaires) qui sont peut-être moins médiatisées, comme celles concernant des commandants de division ayant commis des massacres sur ordre des échelons supérieurs de la chaîne de commandement.

« L’absence d’une loi claire sur la justice transitionnelle est, à mon sens, la principale préoccupation, mais en fin de compte, cette décision constitue évidemment une victoire symbolique. »

Pour l’instant, il est peu probable qu’Assad purge la peine qui lui a été infligée. Il se trouve toujours en Russie, qui ne devrait pas l’extrader, tandis que la peine de mort pourrait compliquer toute tentative visant à obtenir son extradition depuis un autre pays.

Pour autant, considérer ce jugement comme purement symbolique reviendrait à en négliger l’importance.


Pour la première fois, un tribunal syrien a formellement établi la responsabilité pénale de la figure la plus puissante de l’ancien régime — un homme qui incarnait autrefois l’autorité de l’État syrien, mais qui est désormais fiché comme un fugitif condamné pour des crimes graves.

« À court terme, cette condamnation n’aboutira probablement pas à l’emprisonnement ou à l’exécution d’Assad tant qu’il restera sous la protection de la Russie et que Moscou refusera de l’extrader », a déclaré M. Aldoughli.

« Son impact immédiat est donc avant tout juridique et symbolique, plutôt que coercitif. Mais cela ne la rend pas pour autant dénuée de sens. »

La condamnation d’Assad clôt un chapitre des relations entre la Syrie et son ancien dirigeant. La question la plus importante est de savoir si elle marquera le début d’un processus de justice transitionnelle complet et impartial, ou si elle restera un jugement historique qui ne pourra jamais être appliqué.

« Peut-être que l’importance la plus grande réside dans le fait qu’Assad, qui a gouverné la Syrie pendant plus de deux décennies avec un pouvoir pratiquement illimité, est désormais un fugitif recherché par la justice syrienne », a déclaré M. Aldoughli.

« Pour de nombreux Syriens, ce revirement aura en soi une portée symbolique considérable. Mais le véritable test de la transition syrienne sera de savoir si ce moment marquera le début d’un processus judiciaire complet et impartial, plutôt que son aboutissement. »