La tempête de crises à l’origine de la catastrophe humanitaire en Afghanistan

La réfugiée afghane Gul Pari (2e à droite) est assise avec sa famille dans une tente à la périphérie de Jalalabad. (Photo, AFP/Archives)
La réfugiée afghane Gul Pari (2e à droite) est assise avec sa famille dans une tente à la périphérie de Jalalabad. (Photo, AFP/Archives)
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Publié le Dimanche 05 septembre 2021

La tempête de crises à l’origine de la catastrophe humanitaire en Afghanistan

  • Des personnes qui luttent pour faire face à l'impact collectif de la sécheresse, des conflits, de la Covid-19 et de l'effondrement économique
  • N'ayant pas réussi à développer ses secteurs d'extraction minière, l'Afghanistan dispose de peu de sources de revenus publics

DUBAÏ : La nouvelle selon laquelle l'administration Biden relance le financement américain des programmes d'aide en Afghanistan sera accueillie avec soulagement par les organisations internationales qui ont mis en garde contre un effondrement économique et une catastrophe humanitaire à la suite de la prise de contrôle du pays par les talibans. 

Le Wall Street Journal a rapporté samedi que la décision américaine profitera à des organisations telles que le Programme alimentaire mondial (PAM), l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) parmi d'autres groupes indépendants qui travaillent par l'intermédiaire de représentants et de personnel local basés dans le pays déchiré par la guerre.

Selon une estimation de l'Organisation internationale pour les migrations (l'OIM), jusqu'à 1,5 million de personnes pourraient fuir l'Afghanistan vers l'ouest à la recherche de sécurité et d'emplois en 2021. Ce n'est pas seulement la peur de la cruauté et de la moralité anachronique des talibans qui pousse les Afghans à fuir leurs foyers ; ils luttent contre les répercussions économiques de la prise rapide du pays par les talibans, notamment la capitale Kaboul le 15 août.

«Nous ne devons pas nous détourner. Une crise humanitaire bien plus grave ne fait que commencer », a déclaré Filippo Grandi, le Haut-Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, dans un communiqué la semaine dernière alors que l'impact combiné de l'inflation galopante, d'une monnaie en chute libre, de la hausse des prix des produits alimentaires et le manque de liquidités ont forcé des centaines d'Afghans à se rendre à Kaboul pour essayer de vendre leurs maigres possessions.

Au début de 2021, l'ONU a déclaré qu'un tiers de la population afghane est déjà confronté à l'insécurité alimentaire en raison d'une deuxième sécheresse en trois ans. Avec très peu d'irrigation en état de marche, l'Afghanistan dépend de la fonte des neiges dans ses montagnes pour maintenir le débit de ses rivières et arroser ses champs pendant les mois d'été. Cependant, les chutes de neige de l'hiver dernier ont été extrêmement faibles.

Les climatologues croient qu'un phénomène de La Nina et un affaiblissement du courant-jet déplaçant plus lentement les systèmes météorologiques à travers la planète pourraient être des facteurs à l'origine du temps sec en Afghanistan.

«Il est difficile de parler d'une seule crise en Afghanistan pour le moment», a déclaré à Arab News Richard Trenchard, représentant de l'Organisation pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) en Afghanistan. «De multiples crises affectent les Afghans qui sont souvent séparés et différents et qui se croisent et se renforcent mutuellement».

«Nulle part cela n'est plus évident que dans les zones rurales d'Afghanistan. Des millions d'hommes, de femmes et d'enfants voient leurs moyens de subsistance s'effondrer, et si la situation ne peut pas être inversée dans un proche avenir, elle pourrait empirer, provoquant une forte recrudescence de la faim, un effondrement économique et des déplacements à grande échelle».

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Un enfant se tient dans un camp pour personnes déplacées à l'intérieur du pays (PDI) où de nouveaux immeubles d'habitation sont construits à Kaboul le 21 juin 2021. (Photo, AFP/Archives)

La sécurité alimentaire en Afghanistan a été gravement compromise par une augmentation des prix au cours des cinq dernières années, de 10 à 20 % selon certaines estimations, principalement à cause de la sécheresse, des impacts de la Covid-19, de l'accélération constante de l'inflation d'une année sur l'autre ainsi que des changements saisonniers. 

Pour aggraver la situation, les revenus moyens ont chuté pour 75% des personnes tandis que la dette personnelle a augmenté. Selon les évaluations du Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (BCAH), environ 73% des ménages ont déclaré être endettés et 74 % ont mis en cause la nourriture comme principale raison d'emprunt.

En février, le gouvernement afghan désormais déchu a prédit que la récolte de blé du pays chuterait de près de deux millions de tonnes en 2021 et que plus de trois millions de têtes de bétail risquaient de mourir en raison d'un manque de fourrage et d'eau.

À cela s'ajoutent « les effets persistants de COVID-19, en particulier en termes de réduction des envois de fonds de l'étranger, de contraintes croissantes du marché, de pouvoir d'achat réduit et de problèmes de déplacement et d'accès résultant des conflits récents, et actuellement, nous assistons à une crise de liquidité croissante à travers le pays», a souligné Trenchard.

«Tous ces éléments exercent d'énormes pressions sur des millions de moyens de subsistance dans les zones rurales. Si ces moyens de subsistance ne sont pas être protégés et renforcés, alors je crains que d'autres catastrophes ne se dessinent dans les mois à venir.

«Nous le savons tous et nous devons agir rapidement. La saison des plantations de blé d'hiver débute très bientôt, fin septembre. Les graines ne peuvent pas attendre. Les agriculteurs ne peuvent pas attendre. L'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (ONUAA) a pour objectif d'aider 250 000 familles d'agriculteurs vulnérables, soit environ 1,5 million de personnes, pour la prochaine campagne de blé d'hiver.

 

EN CHIFFRES

* 500 000 -  Afghans devraient fuir vers les pays voisins. 

* 7 millions - Afghans dont les moyens de subsistance sont menacés par la sécheresse. 

* 12 millions - Afghans confrontés à l'insécurité alimentaire avant la prise de contrôle des talibans. 

* $500 millions + - Dépenses annuelles du département d'État américain jusqu'à présent.

 * $260 millions - de l'Agence des États-Unis pour le développement international à distribuer aux programmes humanitaires.

 

Trenchard a révélé que L'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (ONUAA) continuerait à mettre en œuvre son plan d’action face à la sécheresse, mais que le financement reste une contrainte majeure. 

«La plantation commence fin septembre et se termine en octobre dans de nombreuses régions. Cependant, le financement actuel ne permettra à l’ONUAA de soutenir que 110 000 familles. C'est près de 800 000 personnes rurales. Nous essayons de mobiliser d'urgence des ressources supplémentaires, car cette prochaine campagne de blé d'hiver est un tournant. Si nous le manquons, la catastrophe se profile sans aucun doute.

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Des combattants talibans en haut des véhicules arborant des drapeaux talibans défilent le long d'une route pour célébrer le retrait de toutes les troupes américaines d'Afghanistan, à Kandahar le 1er septembre 2021. (Photo, AFP)

«Les besoins sont bien plus importants que les fonds disponibles», a-signalé Trenchard , surtout que les banques du pays restent fermées, ce qui rend extrêmement difficile l'obtention d'argent en Afghanistan. L’action de l’ONUAA manque de $18 millions.

Une partie du problème est le manque persistant de certitude en Afghanistan alors que les talibans, un groupe terroriste désigné par l'ONU, luttent pour former un gouvernement et que $10 milliards des actifs de la banque centrale du pays restent gelés sur des comptes à l'étranger.

«Il n'y a pas de transferts bancaires et de transfert d'argent», a déclaré à Arab News Shakib Noori, directeur des solutions durables basé aux États-Unis, chez AMS . «C’est le plus grand défi maintenant».

Un autre défi majeur est la fermeture de l'aéroport de Kaboul, qui empêche les vols d'aide d'arriver dans le pays.

Le 30 août, l'OMS a déclaré qu'elle avait établi un pont aérien lui permettant d'acheminer des équipements médicaux essentiels en Afghanistan pour la première fois depuis la prise du pouvoir par les talibans.

Cependant, Ahmed Al-Mandhari, directeur régional de l'OMS pour la Méditerranée orientale, a déclaré dans un communiqué que ces équipements ne pourraient que «reconstituer partiellement les stocks des établissements de santé en Afghanistan et garantir que les services de santé soutenus par l'OMS puissent continuer, pour l'instant». 

L'Afghanistan a connu une période de croissance économique rapide dans les années qui ont suivi l'arrivée des forces occidentales en 2001 grâce à un afflux d'argent de l'aide étrangère.

Selon la Banque mondiale, «la croissance annuelle de l'Afghanistan a été en moyenne de 9,4 % entre 2003 et 2012, motivée par un secteur des services en plein essor axé sur l'aide et une forte croissance agricole». 

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Des femmes afghanes rebelles ont organisé une rare manifestation le 2 septembre en déclarant qu'elles étaient prêtes à accepter la burqa si leurs filles pouvaient encore aller à l'école sous le régime des talibans. (Photo, AFP)

Néanmoins, plusieurs facteurs, notamment la reprise de l'insurrection des talibans, la réduction de l'aide au développement, la sécheresse et la corruption endémique à tous les niveaux de gouvernement, ont rapidement entraîné un ralentissement de la croissance économique de 2,5 % par an.

N'ayant pas réussi à développer ses secteurs miniers et d'extraction minière potentiellement rentables, le pays dispose de peu de sources de revenus précieuses.

Dans le cadre du dernier plan de l'administration Biden visant à relancer les flux d'aide humanitaire, le département du Trésor américain a émis une dérogation spéciale pour les programmes d'aide du gouvernement, permettant à l'Agence des États-Unis pour le développement international de distribuer les fonds vers les programmes des Nations Unies pour l'alimentation, la santé et les migrations.

Toutefois, l'Afghanistan reste confronté à la possibilité de sanctions internationales supplémentaires si les leaders talibans ne parviennent pas à mettre en place une gouvernance tolérante et inclusive ou à honorer leurs promesses en matière de lutte contre le terrorisme et de droits de l'homme. Même la Banque mondiale a suspendu son aide financière au pays à cause des inquiétudes concernant «les perspectives de développement du pays, en particulier pour les femmes», a affirmé un porte-parole le 25 août. 

Un homme peint un mur de béton le long d'une rue de Kaboul, le 4 septembre 2021. (Photo, AFP)
Un homme peint un mur de béton le long d'une rue de Kaboul, le 4 septembre 2021. (Photo, AFP)

Le Fonds monétaire international (FMI), pour sa part, signalé que l'Afghanistan ne pourra plus accéder aux ressources des prêteurs en raison d'un «manque de clarté au sein de la communauté internationale» de la part du nouveau gouvernement à Kaboul.

Les Afghans et la communauté internationale ne peuvent rien faire d'autre qu'attendre et voir quel type de régime taliban émergera à Kaboul, un régime modéré dans son traitement des femmes et des minorités, ou un régime qui répète la brutalité et la répression de son prédécesseur de 1996-2001.

«Si, ou quand, des sanctions sont mises en place, l'économie en développement de l'Afghanistan ne peut tout simplement pas soutenir une nation où plus de 50 % de la population est confrontée à la pauvreté avant la récente tournure des événements. Et il est probable que ce nombre augmentera de façon significative», a soutenu Noori de l’AMS.

«La pandémie de la Covid-19, la crise politique, la crise économique, tout cela mis ensemble, rend l'Afghanistan un pays maudit».

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com

 


Le G7 «uni» pour faire monter la pression sur la Russie et revenir à la stabilité au Moyen-Orient

Les dirigeants du G7, Donald Trump en tête, ont affiché leur volonté mardi lors d'un sommet à Evian d'intensifier la pression sur la Russie via des sanctions pour arrêter la guerre en Ukraine.  Les Sept - Allemagne, Canada, Etats-Unis, France, Italie, Japon et Royaume-Uni - ont également discuté avec des pays du Moyen-Orient des moyens d'accompagner la réouverture du détroit d'Ormuz et du retour de la stabilité au Liban après l'accord entre Téhéran et Washington. (AFP)
Les dirigeants du G7, Donald Trump en tête, ont affiché leur volonté mardi lors d'un sommet à Evian d'intensifier la pression sur la Russie via des sanctions pour arrêter la guerre en Ukraine. Les Sept - Allemagne, Canada, Etats-Unis, France, Italie, Japon et Royaume-Uni - ont également discuté avec des pays du Moyen-Orient des moyens d'accompagner la réouverture du détroit d'Ormuz et du retour de la stabilité au Liban après l'accord entre Téhéran et Washington. (AFP)
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  • Donald Trump, qui était totalement absorbé par le conflit en Iran ces dernières semaines, a aussi promis de "tout faire" pour aider à mettre fin à la guerre en Ukraine
  • Les négociations de paix sous médiation américaine sont totalement enlisées depuis le début du conflit au Moyen-Orient le 28 février

EVIAN: Les dirigeants du G7, Donald Trump en tête, ont affiché leur volonté mardi lors d'un sommet à Evian d'intensifier la pression sur la Russie via des sanctions pour arrêter la guerre en Ukraine.

Les Sept - Allemagne, Canada, Etats-Unis, France, Italie, Japon et Royaume-Uni - ont également discuté avec des pays du Moyen-Orient des moyens d'accompagner la réouverture du détroit d'Ormuz et du retour de la stabilité au Liban après l'accord entre Téhéran et Washington.

L'annonce la plus attendue est venue du président américain, qui a dit vouloir rétablir certaines sanctions pesant sur le pétrole russe, un temps suspendues pour contrer la flambée des cours du brut occasionnée par le conflit contre l'Iran.

"Nous serons bientôt en mesure" de les réintroduire, a-t-il assuré, alors que le trafic dans le détroit, par lequel transite un cinquième des exportations mondiales d'hydrocarbures, reprend timidement. Ces exportations constituent la principale source de financement de l'effort de guerre russe depuis l'invasion de l'Ukraine en 2022.

Donald Trump, qui était totalement absorbé par le conflit en Iran ces dernières semaines, a aussi promis de "tout faire" pour aider à mettre fin à la guerre en Ukraine.

Les négociations de paix sous médiation américaine sont totalement enlisées depuis le début du conflit au Moyen-Orient le 28 février.

Autant de déclarations accueillies avec soulagement par ses pairs, alors que le président américain  s'est souvent montré plus à l'écoute du Russe Vladimir Poutine que de l'Ukrainien Volodymyr Zelensky, qu'il avait accueilli avec une rudesse sans pareille en février 2025 dans le Bureau Ovale.

Zelensky félicité 

Les dirigeants du G7 sont "unis", "ils font le constat qu'il y a une dynamique sur le terrain" en faveur de l'Ukraine et sont d'accord pour "augmenter la pression" sur la Russie et livrer plus de moyens de défense antiaérienne à Kiev, avait esquissé auparavant une source diplomatique française.

Signe de sa bonne disposition, Donald Trump a aussi rencontré une vingtaine de minutes en aparté le président ukrainien et devait le revoir dans l'après-midi. Leur dernière rencontre remontait au 28 décembre aux Etats-Unis.

Le président américain l'a félicité pour la "performance" de l'armée ukrainienne sur le terrain et il a reconnu que la "dynamique" était ukrainienne, selon un participant.

"C'est formidable que tout le monde comprenne que la Russie ne va pas gagner et que nous devons faire pression sur Poutine pour qu'il mette un terme à cette guerre", s'est félicité le président ukrainien, qu'Emmanuel Macron a invité à rester jusqu'à la fin du sommet mercredi.

Multipliant les marques d'attention, le président français est allé à sa rencontre à son arrivée à l'hôtel Royal, sur les bords du Lac Léman, où se tenait cette année la grand-messe de ce club de grandes puissances industrialisées.

"Déminage" 

Le président américain, lui, aura les honneurs du château de Versailles mercredi pour un dîner. "Et Versailles, c'est pas du plaqué or, c'est du lourd", s'est-il réjoui.

Le Premier ministre britannique Keir Starmer a annoncé que le Royaume-Uni allait fournir de l'uranium enrichi à l'Ukraine pour ses centrales nucléaires et imposer de nouvelles sanctions à la Russie.

Le chef du gouvernement canadien a fait de même avec des sanctions visant la flotte fantôme de pétroliers au service de la Russie, ses revenus énergétiques, son industrie de défense et les acteurs de la désinformation.

Et Friedrich Merz a offert un maillot de football allemand floqué à son nom au président américain, deux jours après son anniversaire.

Les dirigeants du G7 et leurs homologues d'Egypte, du Qatar et des Emirats arabes unis se sont ensuite félicités lors d'un déjeuner de l'accord irano-américain, un "très beau deal" selon une source diplomatique.

Ils ont insisté sur la "nécessité d'avoir de la visibilité sur la menace iranienne", de diversifier les routes d'approvisionnement en hydrocarbures pour réduire la dépendance au détroit d'Ormuz, cartes à l'appui, et d'un "effort multinational pour soutenir l'armée libanaise".

Les Etats-Unis nous "demandent de mettre des capacités de déminage" à disposition dans le détroit d'Ormuz, a indiqué une source européenne, précisant que des bateaux français et allemands étaient notamment mobilisés à cette fin.

Donald Trump s'était pourtant montré assez peu intéressé la veille par la mission maritime internationale mise en place par Paris et Londres pour garantir le retour à la liberté de circulation dans la région, une fois la paix revenue.

Mercredi, au dernier jour du sommet, le G7 recevra plusieurs "leaders de la tech mondiale" pour un déjeuner où il sera question de régulation, ou encore d'interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ou 16 ans. Des débats qui s'annoncent tendus avec Donald Trump.


L'accord Iran-USA doit être signé vendredi dans un complexe hôtelier suisse proche de Lucerne, annonce Berne

Selon un haut responsable américain, le cadre d'accord a déjà été signé de manière électronique par le président américain Donald Trump, son vice-président JD Vance, ainsi que le président du Parlement iranien et principal négociateur Mohammad Bagher Ghalibaf. (AFP et AP)
Selon un haut responsable américain, le cadre d'accord a déjà été signé de manière électronique par le président américain Donald Trump, son vice-président JD Vance, ainsi que le président du Parlement iranien et principal négociateur Mohammad Bagher Ghalibaf. (AFP et AP)
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  • "A ce stade, cette signature est prévue le vendredi 19 juin au Bürgenstock", a indiqué le ministère, ajoutant que ce site, difficilement accessible et donc aisément sécurisable, "a été proposé par les médiateurs pakistanais et qatariens
  • Pour l'instant, "il n'est pas encore possible de fournir des informations sur le déroulement et les détails de la signature prévue", a précisé le ministère

GENEVE: L'accord noué entre les Etats-Unis et l'Iran doit être signé vendredi en Suisse dans un luxueux complexe hôtelier surplombant le lac des Quatre cantons près de Lucerne, a indiqué mardi le ministère suisse des Affaires étrangères.

"A ce stade, cette signature est prévue le vendredi 19 juin au Bürgenstock", a indiqué le ministère, ajoutant que ce site, difficilement accessible et donc aisément sécurisable, "a été proposé par les médiateurs pakistanais et qatariens, ainsi que par les Etats-Unis et l'Iran".

Pour l'instant, "il n'est pas encore possible de fournir des informations sur le déroulement et les détails de la signature prévue", a précisé le ministère.

Situé dans le petit canton de Nidwald, dans le centre de la Suisse, le complexe hôtelier du Bürgenstock est établi sur une crête montagneuse surplombant Lucerne et le lac des Quatre cantons. Il avait déjà abrité en juin 2024 une conférence de haut niveau sur la paix en Ukraine, à laquelle avait participé le président ukrainien Volodymyr Zelensky.

Selon un haut responsable américain, le cadre d'accord a déjà été signé de manière électronique par le président américain Donald Trump, son vice-président JD Vance, ainsi que le président du Parlement iranien et principal négociateur Mohammad Bagher Ghalibaf.

D'après Téhéran, ces deux derniers devraient mener les délégations de leurs pays pour cette signature en Suisse.

Le texte de l'accord n'a pas été rendu public, laissant planer des doutes sur des points de divergence entre les deux parties après de laborieuses négociations pour mettre fin au conflit.

Le document fait environ "une page et demie" et est "très général", a révélé sur CNN JD Vance - qui avait plus tôt évoqué la possible présence à la cérémonie de Donald Trump, actuellement au sommet du G7 du côté français du lac Léman, à Evian.


Le détroit d'Ormuz «complètement ouvert» vendredi, annonce Trump après l'accord avec l'Iran

Donald Trump a affirmé que le détroit d'Ormuz serait "complètement ouvert" vendredi, jour de la cérémonie de signature du cadre d'accord trouvé entre les Etats-Unis et l'Iran pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient. (AFP)
Donald Trump a affirmé que le détroit d'Ormuz serait "complètement ouvert" vendredi, jour de la cérémonie de signature du cadre d'accord trouvé entre les Etats-Unis et l'Iran pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient. (AFP)
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  • Des médias iraniens ont annoncé dans la soirée que trois pétroliers et deux cargos transportant des marchandises avaient traversé la zone jusque-là soumise au blocus naval américain
  • "Des navires, dont certains chargés de pétrole, commencent à sortir du détroit", s'est réjoui lundi le président américain sur son réseau Truth Social. "Navires du monde entier, mettez les moteurs en marche. Que le pétrole coule à flots!"

TEHERAN: Donald Trump a affirmé que le détroit d'Ormuz serait "complètement ouvert" vendredi, jour de la cérémonie de signature du cadre d'accord trouvé entre les Etats-Unis et l'Iran pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient.

"Des navires, dont certains chargés de pétrole, commencent à sortir du détroit", s'est réjoui lundi le président américain sur son réseau Truth Social. "Navires du monde entier, mettez les moteurs en marche. Que le pétrole coule à flots!"

Des médias iraniens ont annoncé dans la soirée que trois pétroliers et deux cargos transportant des marchandises avaient traversé la zone jusque-là soumise au blocus naval américain.

Selon un haut responsable américain, le cadre d'accord a déjà été signé de manière électronique par Donald Trump, son vice-président JD Vance, et le président du Parlement iranien et principal négociateur de Téhéran, Mohammad Bagher Ghalibaf.

Le texte n'a pas été rendu public, laissant planer des doutes sur des points de divergence entre les deux parties après de laborieuses négociations.

Ce document "apportera la paix dans la région", a promis lundi Donald Trump. Il a laissé entendre que le texte pourrait être publié vendredi, après sa signature à Genève, qui marquera l'ouverture d'une période de soixante jours pour conclure un accord final.

"Nous avons un passif d'engagements non tenus, non appliqués, abandonnés, tout cela est présent dans notre esprit", dans le processus de négociation et de mise en place de l'accord, a déclaré, plus circonspect, le chef de la diplomatie iranienne Abbas Araghchi à la télévision d'Etat.

"En même temps, nous faisons tout ce qui est possible pour créer à travers ce processus des opportunités économiques pour notre pays", a-t-il ajouté.

Fin "définitive" de la guerre 

Les premières informations sur le contenu de l'accord sont principalement venues d'Iran. Selon sa diplomatie, il prévoit "la fin immédiate et définitive de la guerre et des opérations militaires sur les différents fronts, y compris au Liban".

Dans le très stratégique détroit d'Ormuz, l'Iran devrait facturer des frais liés aux services aux navires, plutôt qu'instaurer un péage dont les Etats-Unis ne voulaient pas, selon la même source.

"Nous nous attendons à ce que le détroit soit rouvert sans péage à long terme", a dit le vice-président américain JD Vance à CNBC lundi.

La diplomatie iranienne a aussi assuré que "la partie américaine s'était engagée" à débloquer des fonds iraniens gelés à l'étranger et à verser des réparations pour les dégâts provoqués par la guerre.

"Ils ne recevront jamais le moindre dollar du contribuable américain. Jamais", a toutefois insisté JD Vance sur Fox News.

Aucun avoir sous sanction américaine n'a été débloqué pour l'instant, selon un haut responsable américain.

Les Etats-Unis doivent également garantir qu'Israël mette fin à la guerre au Liban, a affirmé le porte-parole de la diplomatie iranienne Esmaïl Baghaï.

Les affrontements entre Israël et le Hezbollah pro-iranien au Liban semblaient avoir cessé, mais une frappe israélienne a tué une personne dans le sud lundi à la mi-journée. Puis le Hezbollah a annoncé y avoir "repoussé", au moyen de roquettes et de drones, une force israélienne qui tentait d'avancer.

L'armée israélienne restera au Liban "aussi longtemps que nécessaire", comme en Syrie et à Gaza, a déclaré lundi soir le Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Alors que l'accord irano-américain est largement perçu comme un échec pour Israël par la société et une grande partie de la classe politique, le Premier ministre israélien a affirmé que la guerre avait sauvé son pays de la menace d'une "destruction nucléaire".

Et annoncé qu'il comptait se présenter aux élections législatives d'ici la fin de l'année, malgré les critiques et son procès pour corruption. Âgé de 76 ans, il a gouverné le pays plus longtemps qu'aucun autre Premier ministre: plus de 18 années cumulées depuis 1996.

Négociations sur l'uranium iranien 

L'annonce d'un accord pour mettre fin à la guerre, déclenchée le 28 février par des frappes américano-israéliennes et qui a fait des milliers de morts, principalement en Iran et au Liban, a fait chuter les prix du pétrole de près de 5% lundi. Ils se stabilisent mardi.

Les habitants de la région semblaient eux mitigés. "Le peuple iranien n'a rien gagné avec cet accord", réagit Arya, 38 ans, professeur d'anglais à Téhéran. "Les gens ne vont pas revenir à leur vie d'avant."

Au Liban, certains déplacés envisageaient timidement un retour vers le sud dans des zones non occupées par Israël. "Même s'il ne reste que des ruines, nous y planterons une tente et nous y resterons", assure Hana al-Jamma.

Les 60 jours de négociations qui doivent s'ouvrir porteront sur quatre sujets, selon le vice-ministre iranien des Affaires étrangères: la levée des sanctions contre l'Iran, le nucléaire, la "reconstruction" et "le développement économique" du pays, ainsi que "la mise en place d'un mécanisme de suivi" des engagements pris.

L'Iran cherchera "à ce que l'accord final soit soutenu par une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies", a précisé sa diplomatie.

Dans des déclarations au New York Times, Donald Trump a indiqué qu'un volet des négociations concernerait l'acceptation par l'Iran d'un moratoire de vingt ans sur l'enrichissement d'uranium, laissant entendre qu'il pourrait transiger sur quinze ans.

En vertu du protocole d'accord, des inspecteurs de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) seront par ailleurs autorisés à se rendre en Iran pour aider Téhéran à "détruire son stock d'uranium hautement enrichi", a annoncé JD Vance sur NBC News.